Scoop : le Conseil Constitutionnel et le Pape sont tombés d'accord. Non pas sur la question du mariage des personnes de même sexe, sur laquelle les Sages se sont montrés particulièrement évasifs1. Mais sur une question bien plus profonde : le mariage est-il pure construction sociale, soumise au gré de chacun et aux revendications de tous, ou lui demeure-il une dimension naturelle, qu'opinions et débats ne peuvent épuiser ?
La prudence plus que la sagesse régnait ce matin rue Montpensier lorsque le Conseil a rappelé2 le droit du législateur à définir - ou reconnaître - le mariage comme étant l'union d'un homme et d'une femme, en affirmant : «le principe d'égalité ne s'oppose [pas] à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes»3.
Benoît XVI évoquait également le mariage sous ses aspects juridiques, lorsqu'il nous mettait en garde, dans ses voeux aux magistrats de l'église, contre un mariage "on demand" : «personne ne peut se prévaloir d'un droit à une cérémonie nuptiale » déclarait ainsi le Pape.
Avant de crier haro sur le Pontife, ou d'en dénoncer le juridisme, regardons de plus près ses propos : « le mariage n'est pas une revendication subjective à laquelle les pasteurs devraient accéder dans une reconnaissance purement formelle, indépendante du contenu réel de l'union. Le droit à contracter mariage présuppose la possibilité et l'intention réelles de le célébrer».
En d'autres termes, ce n'est pas seulement la réponse, le «oui» des mariés, qui fait le mariage : c'est la question à laquelle ce «oui» répond. Et cette question a plus d'implications pour la vie des futures conjoints qu'un simple «tu me passes le sel ?». La multiplication des demandes de déclaration de nullité4, loin d'être un signe d'appauvrissement du mariage, lance à l'Église le défi de la préparation des futurs époux5 pour qu'ils en recueillent toute la richesse.
Que cherche l'Eglise en défendant ainsi le mariage et sa préparation ? Benoît XVI6, le précise : « cette préparation n'a pour but de faire passer au couple un message idéologique ou conventionnel, et encore moins de lui imposer un modèle culturel, mais plutôt de mettre les fiancés en position de découvrir le sens de l'aspiration naturelle et de la capacité à se donner qui sont inscrites dans la relation homme-femme [...] l'objectif de la célébration est de favoriser la libre célébration d'un vrai mariage7 ».
- 1. et que Benoît XVI n'a pas évoquée
- 2. sans se prononcer lui-même sur la question
- 3. En lisant ces mots tirés de la jurisprudence du CC dans sa décision publiée ce jour à 10h, je me dis que j'aurais dû twitter ce matin un bout du Catéchisme de l'Eglise Catholique : les sages auraient peut-être rejoint la Sagesse ? :)
- 4. notamment aux Etats-Unis, qui comptent pour la moitié !
- 5. lire à ce sujet le bon billet d'Isabelle de Gaulmyn
- 6. citant ici Familiaris Consortio
- 7. non pas un mariage "on-demand" mais un mariage "on gift"

Commentaires
Je serais moins optimiste que toi sur la prudence du CC. La prudence est une grande vertu en particulier pour un juriste. Ici, nous sommes sans doute sur un autre registre... Surtout, il est claire que pour le CC si l'interdiction du mariage entre personne de même sexe ne contredit pas le principe d'égalité ni aucun autre principe constitutionnel, la reconnaissance d'une telle union ne serait pas davantage en contradiction avec la Constitution.
Nicolas, certes, mais le rôle du CC n'est pas de prendre parti dans un débat de société. Et, de fait, en l'état actuel du droit ce n'est pas la constitution qui l'interdit, mais le législateur qui reconnaît qu'une telle union n'est pas dans la nature du mariage.
En relisant mon billet, un défaut (parmi d'autres) me saute aux yeux.
Je voudrais donc préciser que l'exigence que Benoît XVI pose dans la préparation au mariage n'ont pas vocation à être un obstacle pour les couples : elles sont un défi lancé d'abord aux pasteurs et laïcs chargés de la préparation au mariage.
Benoît XVI cite sur ce point Jean-Paul II, qui disait que «l'Eglise ne doit jamais refuser de célébrer l'union de personnes "en bonne disposition", quand bien même elles seraient imparfaitement préparées [...], pourvu que chacune ait vraiment l'intention de se marier selon la réalité naturelle du mariage».
Cela rejoint les propos du Cardinal Vingt-Trois, cité dans un article par ailleurs excellent de La Vie sur la famille : «Une Église qui n’accueillerait que des chrétiens parfaits n’a plus qu’à mettre la clef sous la porte. Jésus est venu ouvrir un chemin de changement, de progrès et d’amélioration. L’Église ne condamne personne, mais indique un chemin.»
Le défi pastoral est en effet énorme alors que l'on peut craindre qu'une part non négligeable des mariages célébrés à l'Eglise sont nuls. Il faut peut-être mieux refuser dans certains cas.
J'ai lu il y a peu un article à propos de l'essor des "cérémonies" de mariage non confessionnelles.
Ces cérémonies n'ont aucune valeur juridique, mais permettent de répondre au besoin de solennité (on garde l'échange des anneaux, l'échange des voeux, on écoute des chansons et des textes, un mariage sur mesure au final...) des couples déçus par l'austérité du mariage civil et qui, à côté de ça, ne donnent pas vraiment de sens au sacrement.
Je trouve ça pas si mal en fait. Cela permettrait d'éviter les mariages religieux "pour la forme".
Le risque, toutefois, c'est de "perdre" tous ceux qui sont dans un entre-deux, qui ont encore un lien, même ténu, avec Dieu.