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Chemin de croix en 15 stations (et plus)

Irene a eu une enfance difficile : sa mère s'est suicidée alors qu'elle avait huit ans, après une dépression qui a suivi sa stérilisation forcée,  comme 37% des femmes porto-ricaines entre 1955 et 1969. Deux de ses frères sont accroc à l'héroïne.

Jeune adulte, Irene n'a pas eu plus de chance : l'homme dont elle est tombée amoureuse, qui a plus du double de son âge, est manipulateur et l'utilise comme un objet. Il réprime tout désir de maternité de sa part, déclarant que l'arrivée d'enfants tue le désir au sein du couple. « Il colonisait mon corps, dit-elle, en me disant : si tu veux rester avec moi, il faut que tu restes inféconde ».

Le désir de donner la vie d'Irene est fort, comme est puissante la peur qui l'habite d'être abandonnée. « Jouant à la roulette russe avec sa pilule », elle avorte de peur d'être laissée seule, avec un enfant qu'elle ne se sent pas capable d'être enlevée. Elle tombe une fois. Deux fois. Elle devient suicidaire, sujette à l'automutilation.

Vient un moment où, enceinte, Irene n'attend plus un enfant : elle n'attend que l'interruption de grossesse suivante, pour mieux se punir des précédentes. Six fois. Sept fois... Quinze fois. 

Irene touche le fond, victime de l'indifférence des hommes. Victime aussi d'une société hypersexualisée1, où la femme est sommée d'être à la fois la femme fatale, l'épouse comblée, parfaite dans la maternité comme dans la vie professionnelle. 

Irene a rencontré un homme qui a su l'aimer comme elle est, accueillir sa fragilité et panser ses blessures. Qui lui a promis fidélité. Elle élève les deux filles qu'il lui a donné. Elle lui est reconnaissante de l'avoir aidée à dépasser ce réflexe, inscrit dans sa chair par des années d'esclavage à l'ivg, pour garder ces enfants qui font aujourd'hui sa joie.

***

Nombreuses sont celles qui, comme Irene, vivent cette descente aux enfers, où l'abandon du coeur, le fait de n'être pas aimée et reconnue pour la beauté de leur personne, laisse sa marque dans le corps. Rapidement jugées coupables d'avoir avorté ou facilement considérées comme trop stupides pour contrôler leur fécondité ; alors qu'elles n'ont juste pas été assez (bien) aimées.

Leurs corps disent la puissance du désir de vie qui les habite, et leurs décisions la peur, l'angoisse de celle qu'on a utilisé, jetté. Qu'Irene soit pour elles un signe, un gage d'espérance dans leur rédemption par l'amour.

Notre société, incapable d'apprendre aux hommes à aimer les femmes comme elles le méritent, préfère donner à ces dernières un droit à s'automutiler. En faisant du corps un simple objet que l'on peut utiliser, elle crée les conditions de l'esclavage du corps. 

Le 2 avril, une adolescente de 14 ans a été violée. Sa famille a dû quitter le quartier pour avoir porté plainte. A la radio, garçons et filles du quartier prenaient parti pour les violeurs, qui légitimaient leur acte en avançant que la victime n'était pas vierge. J'ai entendu une adolescente déclarer : « elle n'a pas été violée, elle a été tournée ». J'en ai pleuré.

Source: ABC et L'Express.

  • 1. ce n'est pas moi qui le dis, c'est elle..

 
 

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