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TDC 105 - L'alliance est basée sur le lien conjugal

TDC 105 - L'alliance est basée sur le lien conjugal

Publié par Incarnare le lundi 07/09/2009 - 17:42

1. Nous allons analyser maintenant le caractère sacramentel du mariage sous l'aspect du signe.
Quand nous affirmons que, dans la structure du mariage en tant que signe sacramentel, entre essentiellement aussi le langage du corps, nous nous référons à la longue tradition biblique. Celle-ci a son origine dans le livre de la Genèse (surtout Gn 2,23-25) et trouve son couronnement définitif dans Ep 5,21-33. Les prophètes de l'Ancien Testament ont eu un rôle essentiel dans la formation de cette tradition. En analysant les textes d'Osée, d'Ezéchiel, du Deutéro-Isaïe et d'autres prophètes, nous nous sommes trouvés sur la voie de cette grande analogie dont l'ultime expression est la proclamation de la Nouvelle Alliance sous forme d'union nuptiale du Christ et de l'Eglise (cf. ibid.). En se basant sur cette longue tradition, il est possible de parler d'un prophétisme spécifique du corps, tant parce que cette analogie se rencontre surtout chez les prophètes, qu'en raison de son contenu même. Ici, le prophétisme du corps signifie précisément le langage du corps.

2. L'analogie semble avoir deux niveaux. Au premier niveau, fondamental, les prophètes considèrent la comparaison de l'Alliance établie entre Dieu et Israël comme un mariage (ce qui nous permettra encore de comprendre le mariage lui- même comme une alliance entre mari et femme (*). Dans ce cas, l'Alliance découle de l'initiative de Dieu, Seigneur d'Israël. Le fait que, comme Créateur et Seigneur, il fait alliance d'abord avec Abraham, puis avec Moïse, atteste déjà une élection particulière. Voilà pourquoi, supposant d'avance tout le contenu juridico-moral de l'Alliance, les prophètes vont plus à fond et en révèlent une dimension incomparablement plus profonde que celle du seul pacte. En choisissant Israël, Dieu s'est uni à son peuple par l'amour et la grâce. Il s'est lié par un lien particulier, profondément personnel, et c'est pour cette raison qu'Israël, bien qu'étant un peuple, est présenté dans cette vision prophétique de l'Alliance, comme épouse et, donc, en un certain sens comme personne: "... Celui qui t'a fait est ton époux / son nom est Seigneur des armées / et celui qui te rachète, c'est le Saint d'Israël / qui s'appelle le Dieu de toute la terre. / ... / Parole de Dieu ... / Mais ma bienveillance ne s'écartera pas de toi / et mon alliance de paix ne vacillera pas" Is 54,5-10.
Note (*) - Pr 2,17 Ml 2,14.

3. Jahvé est le Seigneur d'Israël, mais il devient également son Epoux. Les livres de l'Ancien Testament attestent la totale originalité de la souveraineté de Jahvé sur son peuple. Aux autres aspects de la souveraineté de Jahvé, Seigneur de l'Alliance et Père d'Israël, vient s'en ajouter un nouveau, révélé par les prophètes: la merveilleuse dimension de cette souveraineté qu'est la dimension nuptiale. De cette manière l'absolu de l'amour est révélé. Par rapport à cet absolu, la rupture de l'Alliance signifie non seulement la violation du pacte en liaison avec l'autorité du Législateur suprême, mais aussi l'infidélité et la trahison: c'est un coup qui transperce directement son coeur de Père, d'Epoux et de Seigneur.

4. Si dans l'analogie dont usent les prophètes on peut parler de niveaux, celui-là est, en un certain sens, le premier et fondamental niveau. Etant donné que l'Alliance de Jahvé avec Israël a un caractère de lien conjugal, à la ressemblance du pacte conjugal, ce premier niveau de l'analogie révèle le second qui est précisément le langage du corps. Ici, nous pensons en premier lieu au langage au sens objectif; les prophètes qui comparent l'Alliance au mariage, se reportent à ce sacrement primordial dont parle Gn 2,24, dans lequel l'homme et la femme deviennent, en vertu d'un libre choix, "une seule chair". Toutefois la manière de s'exprimer des prophètes se caractérise par le fait que, supposant le langage du corps au sens objectif, ils passent en même temps à son sens subjectif, c'est-à-dire qu'en un certain sens ils permettent au corps lui-même de parler. Dans les textes prophétiques de l'Alliance, sur la base de l'analogie avec l'union conjugale des époux, c'est le corps lui-même qui parle; il parle avec sa masculinité ou féminité; il parle avec le mystérieux langage du don personnel; il parle enfin - et ceci advient le plus souvent - soit avec le langage de la fidélité, c'est-à-dire de l'amour, soit avec celui de l'infidélité conjugale, c'est-à-dire de l'adultère.

5. On sait que ce sont les divers péchés du peuple élu - et surtout les fréquentes infidélités dans le culte du seul et unique Dieu, c'est-à-dire les différentes formes d'idolâtrie - qui ont offert aux prophètes l'occasion des énoncés précités. Prophète de l'"adultère" d'Israël, l'est spécialement devenu Osée non seulement parce qu'il le stigmatise en paroles, mais aussi, en un certain sens, par des gestes ayant une signification symbolique: "Va, prends pour toi une femme de prostitution et des enfants de prostitution, car vraiment le pays se prostitue en se détournant du Seigneur" Os 1,2. Osée met en relief toute la splendeur de l'Alliance - de ce mariage dans lequel Jahvé se révèle époux - conjoint sensible, affectueux, disposé à pardonner et en même temps exigeant et sévère. L'adultère et la prostitution d'Israël constituent une évidente contradiction avec le lien conjugal sur lequel se base l'Alliance comme, de manière analogue, le mariage de l'homme avec la femme.

6. De la même manière, Ezéchiel stigmatise l'idolâtrie, faisant appel au symbole de l'adultère de Jérusalem Ez 6 et, dans un autre passage, il parle de Jérusalem et de Samarie Ez 23: "Je passai près de toi et je vis que ton âge était celui des amours; ... je te prêtai serment, je fis alliance avec toi, oracle du Seigneur, et tu fus à moi" Ez 16,8 "Mais tu t'es fiée à ta beauté et, forte de ta renommée, tu t'es prostituée et tu as prodigué tes faveurs à tout passant" Ez 16,15.

7. Dans les textes prophétiques, le corps humain parle un langage dont il n'est pas lui-même l'auteur. Son auteur est l'être humain en tant qu'homme ou femme, en tant qu'époux ou épouse - l'être humain avec son éternelle vocation à la communion des personnes. Toutefois, en un certain sens, l'homme n'est pas capable d'exprimer sans le corps ce langage singulier de son existence personnelle et de sa vocation. Déjà à l'origine, il a été constitué de manière que les plus profondes paroles de l'esprit: paroles d'amour, de donation, de fidélité - exigent un langage du corps approprié. Sans celui-ci, elles ne sauraient être pleinement exprimées. Par l'Evangile, nous savons que cela se réfère tant au mariage qu'à la continence pour le Royaume des Cieux.

8. Comme porte-parole inspirés de l'Alliance de Jahvé avec Israël, les prophètes cherchent précisément à exprimer par ce langage du corps exprime soit la profondeur nuptiale de cette Alliance, soit tout ce qui la contredit. Ils louent la fidélité, et stigmatisent au contraire l'infidélité comme adultère - ils parlent donc selon des catégories éthiques, opposant l'un à l'autre le bien et le mal moral. L'opposition du bien et du mal est essentiel pour l'éthos. Les textes prophétiques ont dans ce domaine une signification essentielle, comme nous l'avons déjà relevé dans nos précédentes réflexions. Il semble toutefois, selon les prophètes, que le langage du corps n'est pas uniquement un langage de l'éthos, un éloge de la fidélité et de la pureté, ainsi qu'une condamnation de l'adultère et de la prostitution. En effet, pour tout langage en tant qu'expression de la connaissance, les catégories de la vérité et de la non-vérité (c'est-à-dire du faux) sont essentielles. Dans les textes des prophètes qui voient une analogie entre l'Alliance de Jahvé avec Israël et le mariage, le corps dit la vérité par la fidélité et l'amour conjugal; et il dit le mensonge et commet une fausseté quand il se laisse aller à l'adultère.

9. Il ne s'agit pas ici de remplacer les différenciations éthiques par les différenciations logiques. Si les textes prophétiques indiquent la fidélité conjugale et la chasteté comme vérité, et au contraire l'adultère, ou la prostitution comme non-vérité, comme fausseté, du langage du corps, ceci advient parce que dans le premier cas, le sujet (= Israël comme épouse) concorde avec la signification conjugale qui correspond au corps humain (en vertu de sa masculinité ou féminité) dans la structure intégrale de la personne; dans le second cas, au contraire, ce même sujet est en contradiction et entre en opposition avec cette signification.
Nous pouvons donc dire que pour le mariage comme sacrement, l'essentiel est le langage du corps, relu dans sa vérité. C'est précisément grâce à celui-là que se constitue en effet le signe sacramentel.

- 12 janvier 1983

 
 

 

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