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TDC 045 - La valeur du corps

TDC 045 - La valeur du corps

Publié par Incarnare le samedi 05/09/2009 - 20:32

1. Au centre de nos réflexions au cours de nos rencontres du mercredi, il y a depuis longtemps désormais l'énoncé suivant du Christ dans le Discours sur la Montagne: "Vous avez entendu qu'il a été dit: Tu ne commettras pas d'adultère; mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur." Mt 5,27-28. Ces paroles ont une signification essentielle pour toute la théologie du corps contenue dans l'enseignement du Christ. C'est pour cela que nous attribuons justement une grande importance à leur compréhension et à leur interprétation correcte. Dans notre précédente réflexion, nous avons déjà constaté que la doctrine manichéenne dans ses expressions primitives et postérieures, était en opposition avec ces paroles.
En effet, il n'est pas possible d'interpréter la phrase du Discours sur la Montagne qui est ici analysée, comme une "condamnation" ou comme une accusation du corps. Au plus, pourrait-on entrevoir une condamnation du coeur humain. Cependant, nos réflexions faites jusqu'ici montrent que si les paroles de Mt 5,27-28, contiennent une accusation, c'est l'homme de la concupiscence qui est surtout l'objet de cette accusation. Par ces paroles, le coeur n'est pas tellement accusé, mais plutôt soumis à un jugement ou, mieux, appelé à un examen critique ou autocritique pour voir s'il succombe ou non à la concupiscence de la chair. En pénétrant dans la signification profonde de l'énoncé de Mt 5,27-28, nous devons cependant constater que le jugement qui y est contenu sur le "désir" comme acte de concupiscence de la chair, renferme non pas la négation mais plutôt l'affirmation du corps comme élément qui, avec l'esprit, détermine la subjectivité ontologique de l'homme et participe à sa dignité de personne. Ainsi donc, le jugement sur la concupiscence de la chair a une signification essentiellement différente de celle que peut supposer l'ontologie manichéenne du corps et qui en découle nécessairement.


2. Dans sa masculinité et dans sa féminité, le corps est, "depuis l'origine", appelé à devenir la manifestation de l'esprit. Il le devient aussi par l'union conjugale de l'homme et de la femme quand ils s'unissent de manière à former "une seule chair". Ailleurs Mt 19,5-6, le Christ défend les droits inviolables de cette unité par laquelle le corps, dans sa masculinité et dans sa féminité, prend la valeur de signe sacramentel. En outre, en mettant en garde contre la concupiscence de la chair, il exprime la même vérité au sujet de la dimension ontologique du corps et il en confirme la signification éthique qui est cohérente avec l'ensemble de son enseignement. Cette signification éthique n'a rien de commun avec la condamnation manichéenne. Au contraire, elle est profondément pénétrée par le mystère de la "Rédemption du corps" dont parlera saint Paul dans l'Epître aux Romains Rm 8,23.
La Rédemption du corps ne montre cependant pas le mal ontologique comme attribut constitutif du corps humain. Il montre seulement le péché de l'homme par lequel celui-ci a, entre autre, perdu le sens limpide de la signification sponsale du corps où s'exprime la domination intérieure et la liberté de l'esprit. Comme on l'a déjà noté précédemment, il s'agit ici d'une perte "partielle", potentielle, où le sens de la signification sponsale du corps se confond, d'une certaine manière, avec la concupiscence et permet d'être assimilé par elle.


3. L'interprétation adéquate des paroles du Christ selon Mt 5,27-28, de même que la "praxis" où se réalisera par la suite l'ethos authentique du Discours sur la Montagne, doivent être absolument libérées des éléments manichéens dans la pensée et dans le comportement. Un comportement manichéen devrait conduire à un "anéantissement" sinon réel du moins intentionnel du corps, à une négation de la valeur du sexe humain, de la masculinité et de la féminité de la personne humaine ou au moins à leur "tolérance" dans les limites du "besoin" délimité par le besoin de la procréation. Sur la base des paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne, l'ethos chrétien est au contraire caractérisé par une transformation de la conscience et des comportements de la personne humaine, de l'homme et de la femme, de manière à manifester et à réaliser, selon le dessein originel du Créateur, la valeur du corps et du sexe, qui ont été mis au service de la "communion des personnes", substrat le plus profond de l'éthique et de la culture humaines. Alors que, pour la mentalité manichéenne, le corps et la sexualité constituent, pour ainsi dire, une "anti-valeur", pour le christianisme, au contraire, ils demeurent toujours une "valeur insuffisamment appréciée", comme je l'expliquerai mieux ailleurs. Le second comportement montre quelle doit être la forme de l'ethos dans lequel le mystère de la "Rédemption du corps" s'enracine, pour ainsi dire, dans le sol "historique" du péché de l'homme. Cela se trouve exprimé par la formule théologique qui définit l'"état" de l'homme "historique" comme status, naturae lapsae simul ac redemptae.


4. Il faut interpréter les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne Mt 5,27-28 à la lumière de cette vérité complexe sur l'homme. Si elles contiennent une certaine "accusation" contre le coeur humain, elles contiennent encore plus un appel qui lui est adressé. L'accusation du mal moral que le "désir" né de la concupiscence charnelle intempérante cache en lui est, en même temps, un appel à vaincre ce mal. Si la victoire sur le mal doit consister à se séparer de lui (d'où les paroles sévères dans le contexte de Mt 5,27-28), il s'agit cependant seulement de se séparer du mal de l'acte (dans le cas précis, de l'acte intérieur de la "concupiscence") et non pas de transférer la négativité de cet acte à son objet. Un tel transfert signifierait une certaine acceptation - peut- être pas pleinement consciente - de l'"antivaleur" manichéenne. Il ne constituerait pas une véritable et une profonde victoire sur le mal de l'acte qui est un mal d'essence morale et donc un mal d'essence spirituelle; il s'y cacherait même le grand danger de justifier l'acte au détriment de l'objet (ce en quoi consiste précisément l'erreur essentielle de l'ethos manichéenne). Il est évident que, dans Mt 5,27-28, le Christ exige un détachement du mal de la "concupiscence" (ou du regard de désir désordonné), mais son énoncé ne laisse supposer en aucune manière que l'objet de ce désir, c'est-à-dire la femme que l'on "regarde pour la désirer", soit un mal. (Cette précision semble cependant manquer dans quelques textes "sapientiaux".)


5 Nous devons donc préciser la différence entre l'"accusation" et l'"appel". Etant donné que l'accusation contre le mal de la concupiscence est en même temps un appel à le vaincre, cette victoire doit par conséquent être liée à un effort pour découvrir la valeur authentique de l'objet pour que l"antivaleur" manichéenne ne s'enracine pas dans l'homme, dans sa conscience et dans sa volonté. En effet, le mal de la "concupiscence", c'est-à-dire de l'acte dont parle le Christ dans Mt 5,27-28, fait que l'objet auquel il s'adresse constitue pour le sujet humain "une valeur insuffisamment appréciée". Si, dans les paroles analysées du Discours sur la Montagne Mt 5,27-28, le coeur humain est accusé de concupiscence (ou s'il est mis en garde contre cette concupiscence), en même temps, par les mêmes paroles, il est appelé à découvrir le sens plénier de ce qui, dans l'acte de concupiscence, constitue pour lui une "valeur insuffisamment appréciée". Comme nous le savons, le Christ a dit: Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur." L'"adultère commis dans le coeur" peut et doit être compris comme une "dévalorisation" ou comme un appauvrissement d'une valeur authentique, comme une privation intentionnelle de cette dignité à laquelle, dans la personne en question, correspond la valeur intégrale de sa féminité. Les paroles de Mt 5,27-28 contiennent un rappel à découvrir cette valeur et cette dignité et à les réaffirmer. Il semble qu'en comprenant de cette manière les paroles de Matthieu, on respecte leur portée sémantique.
Pour conclure ces brèves considérations, il faut encore une fois constater que la manière manichéenne de comprendre et d'évaluer le corps et la sexualité de l'homme est essentiellement étrangère à l'Evangile et non conforme à la signification exacte des paroles que le Christ a prononcées dans le Discours sur la Montagne. Le rappel à dominer la concupiscence de la chair naît précisément de l'affirmation de la dignité personnelle du corps et du sexe et il sert uniquement cette dignité. Celui qui voudrait utiliser ces paroles dans une perspective manichéenne commettrait une erreur essentielle.

- 22 octobre 1980

 
 

 

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