Dans une galaxie très, très proche, la justice et la miséricorde semblent se livrer à une lutte sans merci ; la liberté et la grâce se sont montrées des aides précieuses pour les réconcilier. Mais seule la patience divine rendra possible le salut.
Note : ce billet est la conclusion de la série "Le paradis, cet enfer ?". Si ce n'est déjà fait, le lecture des deux précédents épisodes est vivement conseillée, ici : Episode 1 ; Episode 2.
Si l'image de C.S. Lewis évoquée à l'épisode 2 est juste, alors le vrai risque pour nous, c'est que nous refusions le salut que Dieu nous offre. Nos jours sont donc semblables aux jours redoutables que j'évoquais au premier épisode : il ne s'agit pas de faire preuve d'un faux repentir pour calmer la colère divine, mais de convertir nos coeurs, afin que le moment venu, avec l'aide de Dieu, nous soyons capables d'accepter le don offert.
Patience et colère de Dieu
Si vous avez déà écouté le Requiem de Mozart (si, vous en avez forcément entendu des morceaux, au moins en regardant Amadeus), vous aurez peut-être remarqué quelque chose qui m'a frappé : la pièce qui exprime la colère de Dieu (le Dies Irae) est situé après le Kyrie où la miséricorde de Dieu est manifestée : c'est que la colère de Dieu ne vise pas sa créature déjà pardonnée, mais le mal qui l'a détournée de lui.
Nous avons parfois du mal à comprendre à quoi sert le temps de notre vie terrestre : punition ? défi ? Non, ce temps est le temps de la maturation. Jésus se compare à un jardinier soigneux qui tient tellement à ses plantes, qu'ayant semé, il prend patience jusqu'au temps de la moisson avant de séparer le bon grain de l'ivraie, de crainte d'arracher ne serait-ce que l'une de ses plantes.
En effet, pour qui décide de vivre uniquement pour lui-même, le don de soi jusqu'au don de sa vie est littéralement synonyme d'enfer. Il faut donc que germe en nous le désir du don, la reconnaissance de la créature pour son créateur, pour que nous désirions-même vivre éternellement avec Dieu, pour faire cet acte de foi de croire en un bonheur dont nous ne pouvons pressentir aujourd'hui que les prémices.
Les textes de ce dimanche, dernier dimanche avant la Toussaint, disent de manière éloquente avec quelle douceur et quelle patience Dieu nous accompagne et la bienveillance avec laquelle il nous regarde grandir dans son amour.
Livre de la Sagesse 11,23-26.12,1-2.
Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu'ils se convertissent.
Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n'as de répulsion envers aucune de tes œuvres, car tu n'aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui.
Et comment aurait-il subsisté, si tu ne l'avais pas voulu ? Comment aurait-il conservé l'existence, si tu ne l'y avais pas appelé ?
Mais tu épargnes tous les êtres, parce qu'ils sont à toi, Maître qui aimes la vie, toi dont le souffle impérissable anime tous les êtres.
Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu'ils se détournent du mal, et qu'ils puissent croire en toi, Seigneur.
L'évangile de Zachée montre également, s'il en était encore besoin, que c'est pour les malades et non pour les biens-portants que le Christ est venu. Si nous nous reconnaissons en Zachée, alors nous avons une chance pour que le paradis soit vraiment le paradis !

Commentaires
l'image qui me parle le plus de l'enfer, c'est celle d'un enfant qui boude: on peut tout lui dire, tout lui promettre, demander pardon, même si on n'a rien fait, lui demander ce qu'il veut, pourquoi il boude, rien n'y fait: le coeur est comme coincé, comme bloqué...Heureusement, sur terre, il y aura toujours l'heure du repas, la faim, la soif, l'ennui, qui viendra obliger l'enfant à rompre ce processus, jusqu'à la prochaine fois.
Mais après la mort, il n'y aura rien pour nous faire revenir si on reste bloqué dans ses certitudes, dans son amertume, dans sa révolte.
Et il y a une phrase très dure du Cardinal Daniélou, qui est pourtant très vraie, qui nous montre comment ce mécanisme devient redoutable chez l'adulte qui se "complaît dans la souffrance", comme on dit (je ne suis pas trop d'accord avec ce mot, car on n'a pas conscience de le faire volontairement): il dit
"l'orgueil a besoin de la souffrance pour nourrir sa révolte".
Eh bien moi, ça m'a fait réagir, perce que c'est vrai, que c'est un mouvement d'orgueil, au fond, qui nous fait nous révolter contre Dieu et nous détourner de lui alors qu'il est tout ce que nous recherchons... Mais nous n'acceptons pas de ne pas tout comprendre, ou de devoir admettre qu'il n'est pas responsable du mal.
@do, l'image est juste mais j'ajouterais que si l'enfant sort de sa révolte, ce n'est pas seulement par la perspective de la faim ou de la soif, mais par la réaffirmation, par ses parents, de l'amour qu'ils lui portent et de la possibilité de revenir dans la communion.
Ce qui touche Zachée dans l'évangile d'aujourd'hui, c'est que le Christ n'a pas vu en lui le collecteur d'impôt qui s'est enrichi sur le dos des autres, mais l'homme qui a couru devant et est monté sur un arbre pour avoir une chance de l'apercevoir.
Il lui rend sa dignité en lui disant "aujourd'hui je dois demeurer chez toi".
t'as jamais boudé, toi ! ;-)