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De l'urgence d'une vraie éducation sexuelle..

De l'urgence d'une vraie éducation sexuelle..

J'apprends aujourd'hui qu'une chaîne télévisée d'«éducation sexuelle» allait être lancée... par une actrice porno. Autant vous le dire tout de suite1: vous n'apprendrez là bas pas grand chose sur l'amour. On va vous vendre du sexe-performance, du sexe-divertissement, mais sans doute pas du sexe-amour. 

La promotrice de la chaîne se veut rassurante : « bien sûr, on diffusera également des films pornos contemporains, mais on est très exigeant sur le choix des films pour qu'ils soient accessibles aux femmes ». C'est en fait l'ultime étape d'un processus proprement diabolique. Par la pornographie, on normalise d'abord chez l'homme (touché plus spontanément par le côté "graphique") une représentation faussée de la sexualité -dont chaque femme vous dira qu'elle ne représente pas son idéal ni affectif ni sexuel-, souvent extrêmement violente, toujours travestie. La femme alors délaissée par son mari dupé par ces ébats virtuels sera alors tentée d'accepter l'irruption de la pornographie au coeur même de l'intimité du couple, dans la chambre conjugale.. Cela signe l'arrêt de mort du sexe-amour-don, au profit du sexe-excitation-appropriation.

Pornographie signifie littéralement "représentation de la prostitution". En d'autres termes, représentation de la domination de l'homme sur la femme et de la relégation de celle-ci au rang d'objet pour la satisfaction égoïste de son compagnon. Cette représentation, qui s'appuie sur des corps anonymisés voire sur des bouts de corps, a pour effet, par son visionage même, de normaliser cette idée-même que le corps, et particulièrement le corps de la femme, est fait non pour être donné, mais pour être pris ; qu'on peut le séparer de la personne, de ses sentiments.

Face à cela, je dis qu'il y urgence à proposer une vraie éducation sexuelle. C'est en effet le puritanisme qui a créé la pornographie. Par exemple, Hugh Hefner, fondateur de Playboy, a ainsi révélé un jour que l'origine de son "projet" se trouvait dans ses origines familiales puritaines, où il n'était pas permis -même entre frères et soeurs- de s'embrasser et où caresses et calins étaient bannis. Pour cela, il nous faut d'abord ajuster notre propre vision du couple, du corps et de la sexualité. "Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra t-on ?"

Ensuite, en parler, dans des termes respectueux, qui en montrent toute la beauté et la dignité. Proposer une vraie éducation à la sexualité, qui soit une éducation à l'amour, mais qui ne se réfugie pas derrière l'amour pour cacher le corps. Si nous fuyons dans l'angélisme, le monde ira à coup sûr dans l'animalisme.

  • 1. mais je suis sûr que vous en doutiez déjà, voyez quelle confiance j'accorde à mon lecteur

 
 

Commentaires

Portrait de Anonyme

Vous dites que le corps n'est pas fait pour être pris mais pour être donné. On connaît effectivement le vocable de "prendre" ("je l'ai prise") associé à la femme-objet. Mais, par ailleurs, en termes de connotations, "donner" m'évoque la douceur et "prendre" la fougue, et c'est là que je tilte : il y a quelque chose de lymphatique dans le corps qui se donne mais ne se prend pas !

Portrait de Incarnare

Vous touchez là quelque chose d'important :  nous identifions souvent, à tort, le fait de se donner, et surtout le fait de recevoir l'autre, à une certaine passivité.

Au contraire ! Se donner à l'autre ne signfie pas manquer de fougue. Dans le mariage, on fait pas que "se donner" (de manière intransitive) : on se donne à quelqu'un ! Ce n'est pas un don anonyme, c'est la recherche d'une communion avec une autre personne. Ca n'exclut pas la passion, loin s'en faut !

Mais pour rencontrer l'autre avec tout ce qu'il est, il faut accepter de se donner complètement, tel que l'on est : sinon, on se contente de "tirer" son coup (la laideur de l'expression illustre assez bien la nature réelle de la relation).

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