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TDC 091 - Analogie de la relation Christ-Eglise et époux-épouse

TDC 091 - Analogie de la relation Christ-Eglise et époux-épouse

Publié par Incarnare le lundi 07/09/2009 - 17:09

1. Dans nos précédentes considérations au sujet de Ep 5,21-33 nous avons attiré particulièrement l'attention sur l'analogie de la relation qui existe entre le Christ et l'Eglise, et de celle qui existe entre l'époux et l'épouse, c'est-à-dire entre le mari et la femme unis par les liens du mariage. Avant d'aborder l'analyse des passages suivants du texte en question, nous devons prendre conscience du fait que, dans le cadre de l'analogie paulinienne fondamentale, Christ et Eglise d'une part, homme et femme en tant qu'époux d'autre part, il y a aussi une analogie supplémentaire: l'analogie de la tête et du corps. Et c'est précisément cette analogie qui confère une signification principalement ecclésiologique à l'énoncé que nous avons analysé: 'Eglise est, comme telle, formée par le Christ; dans sa partie essentielle, c'est le Christ qui la constitue comme corps de la tête. L'union du corps avec la tête est surtout de nature organique et, en termes simples, l'union somatique de l'organisme humain. C'est sur cette union organique que se fonde, de manière directe, l'union biologique, en ce sens que l'on peut dire que le corps vit de la tête (même si, en même temps, mais d'une autre manière, la tête vit du corps). En outre s'il s'agit de l'homme, c'est sur cette union organique que se fonde également l'union psychique, entendue dans son intégrité et, en définitive, l'unité intégrale de la personne humaine.

2. Comme il a été dit précédemment (pour le moins dans le passage analysé), l'auteur de l'épître aux Ephésiens a introduit l'analogie supplémentaire de la tête et du corps dans le cadre de l'analogie du mariage. Il semble même qu'il a conçu la première analogie tête-corps de manière plus centrale au point de vue de la vérité sur le Christ et sur l'Eglise qu'il a lui-même proclamée. Toutefois, il faut affirmer également qu'il ne l'a pas placée à côté ou à l'extérieur de l'analogie du mariage comme lien conjugal. Bien au contraire. Dans tout le texte de Ep 5,22-33, l'auteur parle comme si dans le mariage également le mari était chef de sa femme, et la femme corps du mari, comme si les époux formaient eux aussi une union organique. Le fondement de cela, on peut le trouver dans Gn 2,24 où il est question d'"une seule chair" ou bien dans le texte auquel l'auteur de l'épître aux Ephésiens se référera bientôt dans le cadre de sa grande analogie. Néanmoins le texte du livre de la Genèse met clairement en évidence qu'il s'agit de l'homme et de la femme, de deux sujets personnels bien distincts qui décident consciemment de leur union conjugale, que l'antique texte définit en ces termes: une seule chair. Et, dans l'épître aux Ephésiens, cela est tout aussi clair.
L'auteur a recours à une double analogie: tête-corps, mari-femme, afin d'établir avec clarté la nature de l'union entre le Christ et l'Eglise. En un certain sens, spécialement dans ce premier passage, Ep 5,22-33, la dimension ecclésiologique semble décisive et prévalente.

3. "Que les femmes soient soumises à leur mari comme au Seigneur; en effet, le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l'Eglise, lui Sauveur du corps; or l'Eglise se soumet au Christ; les femmes doivent donc et de la même manière se soumettre en tout à leur mari. Et vous, maris, minez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise: il s'est donné pour elle... " Ep 5,22-25. Cette analogie supplémentaire fait que, dans le cadre de Ep 5,22-33, nous sommes en présence de deux sujets distincts qui, en vertu d'un certain rapport de réciprocité, deviennent en un sens un seul sujet: la tête constitue avec le corps un sujet (dans le sens physique et métaphysique), un organisme, une personne humaine, un être. Incontestablement le Christ est un sujet différent de l'Eglise, mais en vertu d'un rapport particulier il s'unit à elle, comme en une union organique de la tête et du corps: l'Eglise est ainsi fortement, elle est ainsi essentiellement elle-même en vertu d'une union (mystique) avec le Christ. Est-il possible de dire la même chose des époux, de l'homme et de la femme, unis par un lien conjugal? Si l'auteur de l'épître aux Ephésiens voit également dans le mariage l'analogie de l'union de la tête avec le corps, cette analogie semble, en un certain sens, se rapporter au mariage en considération de l'union que le Christ constitue avec l'Eglise et l'Eglise avec le Christ. Donc l'analogie regarde surtout le mariage lui-même comme cette union grâce à laquelle "les deux formeront une seule chair" Ep 5,31 Gn 2,24

4. Cette analogie ne passe pas, toutefois, à l'individualité des sujets: celle du mari et celle de la femme, c'est-à-dire la bi-subjectivité qui se trouve à la base d'un seul corps. L'essentielle bi-subjectivité du mari et de la femme dans le mariage qui, en un certain sens, fait d'eux un seul corps, passe, dans l'ensemble du texte que nous sommes en train d'examiner Ep 5,22-33, à l'image de l'Eglise-corps, unie au Christ-tête. On le constate spécialement dans la partie suivante de ce texte où l'auteur décrit les rapports du Christ et de l'Eglise en recourant précisément à l'image des rapports du mari et de sa femme. Dans cette description, l'Eglise-corps du Christ apparaît clairement comme le second sujet de l'union conjugale auquel le premier sujet, le Christ, manifeste l'amour dont il l'a aimée en se donnant pour elle. Cet amour est une image et surtout un modèle de l'amour que le mari doit manifester à sa femme dans le mariage, quand ils sont soumis l'un à l'autre dans la crainte du Christ.

5. Nous lisons en effet: "Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise: il s'est donné pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée. C'est ainsi que les maris doivent aimer leur propre femme comme leur propre corps. Aimer sa femme n'est-ce pas s'aimer soi-même? Or nul n'a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin... Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair" Ep 5,25-31.

6. Il n'est pas difficile de constater que, dans cette partie du texte de Ep 5,22-23, la bi-subjectivité prévaut clairement: on la relève tant dans le rapport Christ-Eglise que dans la relation mari-femme. Cela ne signifie pas que disparaisse l'image d'un sujet unique: l'image d'un seul corps. Elle est conservée également dans le passage de notre texte, et, en un certain sens, elle y est encore mieux expliquée. Nous le verrons plus clairement quand nous soumettrons le texte précité à une analyse plus détaillée. C'est donc ainsi que l'auteur de l'épître aux Ephésiens parle de l'amour du Christ envers l'Eglise, expliquant comment l'amour s'exprime, et présentant en même temps soit cet amour, soit ses expressions, comme modèles que le mari doit suivre à l'égard de sa femme. L'amour du Christ envers l'Eglise a essentiellement pour but sa sanctification: "Le Christ a aimé l'Eglise et s'est donné pour elle afin de la sanctifier" Ep 5,25-26. A l'origine de cette sanctification il y a le baptême, fruit premier et essentiel du don de soi- même que le Christ a fait pour l'Eglise. Dans ce texte, le baptême n'est pas appelé de son propre nom, il est défini comme "purification par le bain d'eau qu'une parole accompagne" Ep 5,26. Ce bain d'eau, ainsi que la puissance qui découle du don rédempteur, du don de soi-même que le Christ a fait pour l'Eglise, opère la purification fondamentale grâce à laquelle son amour pour l'Eglise prend aux yeux de l'auteur de l'épître un caractère nuptial.

7. On sait que c'est un sujet individuel qui prend part au sacrement du baptême. L'auteur de l'épître voit toutefois toute l'Eglise à travers ce sujet individuel du baptême. L'amour nuptial du Christ se réfère à elle, à l'Eglise, chaque fois qu'une personne y reçoit individuellement la purification fondamentale grâce au baptême. En vertu de l'amour rédempteur du Christ celui qui reçoit le baptême participe en même temps à son amour nuptial pour l'Eglise.
Le bain d'eau qu'une parole accompagne est, dans notre texte, l'expression de l'amour nuptial en ce sens qu'il prépare l'épouse (Eglise) pour l'Epoux, qu'il fait de l'Eglise l'Epouse du Christ, in actu primo, dirais-je. Quelques spécialistes de la Bible observent ici que dans le texte que nous avons cité le bain d'eau évoque les ablutions rituelles qui précédaient les noces - ce qui constituait également chez les Grecs un important rite religieux.

8. Comme sacrement du baptême, le "bain d'eau qu'une parole accompagne" Ep 5,26 fait de l'Eglise une épouse non seulement in actu primo, mais aussi dans une perspective plus lointaine, c'est-à-dire dans la perspective eschatologique. Celle-ci s'ouvre à nous quand nous lisons dans l'épître aux Ephésiens que par "le bain d'eau" l'époux voulait "se présenter (l'Eglise) à lui-même, toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée" Ep 5,25 L'expression se présenter l'Eglise à lui-même semble indiquer le moment des noces où l'épouse est conduite à l'époux, déjà vêtue de la robe nuptiale et parée pour les noces. Le texte cité relève que le Christ-Epoux lui-même prend soin d'orner l'Epouse-Eglise, qu'il se soucie de la rendre belle de la beauté de la grâce, belle en vertu du don du salut dans toute sa plénitude, déjà accordé dès le premier moment du baptême. Mais le baptême n'est qu'un début d'où devra émerger, mais seulement avec la dernière venue du Christ - la parousie -, la figure toute resplendissante de l'Eglise (comme nous le lisons dans le texte), comme fruit définitif de l'amour nuptial rédempteur.
Nous voyons combien l'auteur de l'épître aux Ephésiens scrute en profondeur la réalité sacramentelle quand il en proclame la grande analogie: tant l'union du Christ avec l'Eglise, que l'union conjugale de l'homme et de la femme dans le mariage reçoivent ainsi l'éclairage d'une lumière surnaturelle toute particulière.

- 25 août 1982

 
 

 

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