Le jour d'après

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Les lendemains du mariage gay, par Thibaud Collin

Ce lundi, Christiane Taubira concrétisait, dans les colonnes de La Croix, la volonté du gouvernement de faire droit aux revendications de certaines personnes homosexuelles au mariage civil. Cette annonce ouvre un débat majeur pour notre pays, débat dont on est – comme citoyens – en droit d’espérer qu’il sera :

  • le plus large possible : Mme Boutin a déjà manifesté son souhait de voir les citoyens consultés par référendum1,
  • le plus libre possible : les partis politiques seraient bien inspirés d’accorder à leurs élus une totale liberté de vote à l’assemblée,
  • le plus ouvert possible, c'est-à-dire qu’il ne sera pas confisqué par certains groupes idéologiques à coup d’accusations d’homophobie envers quiconque manifestera une opinion contraire.

S'adressant au plus grand nombre, ce billet n’aura rien de théologique2 ; il s’agit en revanche de proposer un cadre de réflexion qui permettra à chacun, chrétien ou non, de progresser dans sa réflexion. Il est notamment inspiré par l’ouvrage de Thibaud Collin3, « Les lendemains du mariage gay »45.

 

 

Le mariage, une discrimination ?

Pour les partisans de l'ouverture au mariage civil aux personnes de même sexe, il s'agit de mettre fin, au nom de l'égalité des droits, à une discrimination manifeste : l'injustice serait tellement criante, et leur revendication si évidente, que la question ne se discuterait pas

Mais en quoi consiste la discrimination ? Selon la CEDH6, une discrimination consiste à faire "subir sans justification objective et raisonnable un traitement différent à des personnes se trouvant dans des situations analogues".

Dès lors, la question est : deux personnes de même sexe sont-elles dans une situation analogue de deux personnes de sexe opposé, face au mariage ? ou existe-il une justification objective et raisonnable à cette différence de traitement ?7 

Selon quelle norme peut-on constater "une justification objective et raisonnable" ? On se trouve ici au coeur de la divergence de vues entre partisans du mariage entre personnes du même sexe et tenants du mariage civil actuel. 

 T. Collin cite longuement et analyse les publications d'Eric Fassin, sociologue et partisan8 du mariage homosexuel. Celui-ci disqualifie toute référence, jugée obscurantiste ou ringarde, à un "donné" (transcendent ou non) qui précède le droit. Pour Fassin, seules sont recevables, dans le débat, les normes négociées, construites. Seules l'histoire et la sociologie, qui veut construire le monde en même temps qu'elle le décrit, ont voix au chapitre. Toute référence aux sciences naturelles est un "biologisme", toute conception anthropologique forcément irrecevable. 

Citons E. Fassin9

 Discriminer c'est naturaliser les inégalités. A l'inverse, la discrimination suppose des inégalités naturalisées. Il s'agit bien d'une logique circulaire entre effets et conditions de possibilité : les discriminations reconduisent la hiérarchie sociale du fait que celle-ci paraît naturelle et d'autant mieux que celles-là la font paraître telle. 

En clair, pour Fassin et ses condisciples, toute différence est une inégalité cachée, et perpétuée par une sorte de complot inconscient. Mais alors, plus aucune différence ne peut exister. Cette philosophie, qui rejette tout donné "naturel", érige l'égalité - en fait l'uniformité, cachée sous le mot égalité - comme nature

Paradoxalement, alors que la philosophie de la Déclaration des Droits de l'Homme consistait à reconnaître à chaque homme des droits en fonction d'un état originel, d'un donné commun objectif, on somme aujourd'hui l'Etat, promu créateur de normes, de redéfinir l'homme en fonction des revendications subjectives10de chacun, légitimées par l'affirmation d'un vécu douloureux.    

 

Le jour d'après

Est-il juste d'ouvrir le mariage civil aux personnes de même sexe ? Si l'objectif est de délibérer démocratiquement d'une décision politique, et non de se vautrer dans les idéologies, il faut se demander alors ce qui changera demain, concrètement, si la loi est modifiée pour permettre le mariage de personnes de même sexe ? 

 

Quels sont les effets concrets du mariage civil ? Est-il plus qu'un contrat ? La question peut se poser au vu de son affaiblissement (manifesté par un taux de divorce en hausse perpétuelle) et de sa relativisation (la plupart des enfants naissent aujourd'hui hors mariage, devenu aujourd'hui une option parmi d'autres). Certains sont d'ailleurs tentés de le faire, et ils sont de tous bords !! A ma gauche, Jacques Derrida qui, après avoir soutenu le mariage homosexuel, s'est finalement prononcé pour l'abolition du mariage civil ; à ma droite, certains catholiques sont aujourd'hui tentés de s'affranchir du mariage civil. Tous font une lecture du mariage civil érigé comme un simple mime laïque du mariage chrétien, sorte de fiction sociologique destinée alors à figer des structures sociales mises en branle par la révolution.

 

Mais le mariage conserve des effets, et non des moindres. Citons l'avant-propos du livre de T. Collin (l'italique est de l'auteur, le gras de votre serviteur) :

 Au terme de la cérémonie de mariage, le maire remettra aux deux hommes ou aux deux femmes un livret de famille. Celui-ci est constitué par un extrait de l'acte de mariage, sur deux pages ; actuellement, à gauche le nom de l'époux, à droite celui de l'épouse. Une telle distinction aura dû disparaître sous peine de discrimination administrative. Les deux pages devront avoir pour en-tête un terme neutre, par exemple, premier conjoint et deuxième conjoint, voire même, pour éviter de donner à l'un la prééminence sur l'autre, un même mot conjoint

 

Après la page consacrée aux extraits d'actes de décès des deux conjoints, on trouve celle de l'extrait d'acte de naissance du premier enfant. C'est bien sûr au titre que cet enfant est présumé être celui du couple qui vient de se marier. L'ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe implique donc structurellement l'ouverture de la filiation à ces mêmes personnes.  

Au coeur des effets du mariage se trouve donc la question de l'enfant et de la filiation.

 

Ce rapport couple-enfant a connu deux évolutions notables : tout d'abord, les techniques médicales ont progressivement identifié enfant et désir d'enfant (par la réduction des grossesses non-désirées et par la procréation assistée) ; de plus, la focalisation sur le sentiment amoureux11 a rendu le couple instable, au point que l'enfant, de "bénéficiaire" du mariage, a pu en devenir l'assurance-tout-risques.

 

Par un retournement, certains en déduisent que tout sentiment amoureux peut revendiquer pour lui le mariage, et que tout désir d'enfant légitime un "droit à l'enfant", indépendamment de toute réalité, notamment biologique. Ils créent une autre fiction sociale, la "parentalité", distincte de la "parenté"12, permettant de construire et de déconstruire13 à loisir (Koz a traité ce sujet à deux reprises ces derniers mois et ses exemples sont éloquents). 

 

En réalité, en prétendant lutter contre ce qui serait une discrimination (entre couples hétérosexuels et homosexuels, dont on a vu qu'elle n'était pas établie), on crée volontairement deux catégories légales d’enfants : ceux qui auront un père et une mère, et ceux qui auront deux papas ou deux mamans, l’un des deux (au mieux) étant son géniteur. Quel est alors réellement l'intérêt de l'enfant ? 

 

Ainsi, ouvrir le mariage aux personnes de même sexe n'est pas neutre (après tout, lassés par des années de revendications, et poussés par un soupçon de libéralisme, n'est-on pas tenté de se dire "ça ne change rien à ma vie, c'est leur problème" ?) : c'est un véritable choix de société auquel nous sommes confrontés, et sur lequel il est de notre responsabilité, chacun en sa conscience, de se prononcer

 

 

 

«Les lendemains du mariage gay », par Thibaud Collin, Editions Salvator, 119p, 15€

  • 1. l’élection présidentielle consistant à exprimer une unique réponse à des questions multiples, elle ne saurait manifester l’assentiment du peuple à n’importe quelle décision de l’élu, notamment les plus importantes, ce qui explique l’existence-même du référendum
  • 2. il ne s’agit pas pour moi de montrer la beauté du mariage chrétien comme union libre, totale, fidèle et féconde d’un homme et d’une femme : je crois l’avoir déjà fait, même si imparfaitement
  • 3. professeur de philosophie en classes préparatoires et co-auteur du livre de Nicolas Sarkozy « La République, les Religions, l’Espérance »
  • 4. Éditions Salvator, 119p
  • 5. full-disclosure : le livre m’a été gracieusement adressé par l’éditeur
  • 6. cf. arrêt Thlimmenos c. Grece §44
  • 7. Premier indice : le Conseil Constitutionnel n'a vu aucune discrimination dans le mariage civil actuel, lorsque la question lui a été posée.
  • 8. et pas des moindres, puisqu'il préface la traduction française de "Trouble dans le genre" de Judith Butler : voir sa page ici
  • 9. Eric Fassin, in "Discriminations : pratiques, savoirs, politiques", La Documentation Française, 2008
  • 10. Pour Thibaud Collin : "ce qui prend la place du sacré évacué dans la sphère privée, de l'indiscutable, du non-négociable, c'est ce postulat : la souveraineté absolue de la liberté et de l'égalité des individus affranchis de leurs différences."
  • 11. Natalia a produit hier un billet beau, mais dur, sur la question
  • 12. du grec paros, engendrer
  • 13. Thibaud Collin va jusqu'à affirmer que l'enfant, ainsi enfermé dans le projet parental, est assimilé à une oeuvre d'art

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Commentaires

Portrait de nicolas

Pour l'instant, la Cour EDH affirme également qu'il n'y a pas de discrimination à n'ouvrir le mariage qu'à des personnes de sexes différents (CEDH SCHALK & KOPF c. AUTRICHE). Quant au lien mariage-parenté, il est indissoluble. La France serait condamnée par la Cour EDH si elle ouvrait le mariage sans permettre l'adoption et sans doute l'AMP.

Portrait de Incarnare

Merci de cet éclairage juridique ; il me semble en effet que la tentation de certains est d'aller "au milieu du gué" (résister au jeu de mot... ) pour donner des allures de concertation / compromis. Et de laisser les tribunaux combler le fossé ainsi ouvert pour des raisons de cohérence législative. 

Cette démarche relèverait du pur cynisme et serait complètement antidémocratique.

Portrait de Bashô

 Comme je le disais sur Twitter, je ne suis pas un fan d'E. Fassin : je ne suis pas d'accord avec certaines de ses conclusions et présupposées mais le "résumé" tendencieux qu'en fait T. Collin ( du moins d'après votre note de lecture) me choque profondément. Mais pourquoi les philosophes catholiques français adorent tant la technique de l'homme de paille ?

Portrait de Incarnare

Bashô, Thibaud Collin détaille nettement plus les positions de Fassin que je ne l'ai fait ici (courez acheter son bouquin :p), dans un billet court (!) et forcément imparfait. Une citation de Bourdieu sur la "violence symbolique légitime" (qu'il s'agirait pour les sociologues de conquérir contre les tenants de l'ordre en place) m'a également interpellé...

Bref, des pistes de lectures captivantes dans les prochaines semaines.

Portrait de Incarnare

Bashô, nul besoin de supposerde l'incompréhension ou de l'inculture partout où tu constates un désaccord. Le texte que tu as partagé avec moi sur Twitter est très éclairant..

Il est intéressant que l'auteur y affirme que le théorème de Pythagore est une construction sociale (c'est-à-dire que, pour être utilisé par tous, il a dû faire l'objet d'un consensus). Cela n'empêche pas que sa vérité reposait sur une base factuelle "naturelle". Ainsi, toute construction qu'il est, il ne peut être déconstruit ou reconfiguré à loisir.

Portrait de Bashô

 Cher Incarnare, désolé de vous contredire mais le théorème de Pythagore n'a cessé d'être "déconstruit ou reconfiguré à loisir", ou plus précisément les mathématiciens n'ont cessé d'interpréter et de discuter du cadre dans lequel se situe le théorème de Pythagore. Vous avez appris la version "primitive" du théorème de Pythagore mais pour nous le théorème de Pythagore n'a de sens (social) que dans le cadre des espaces de Hilbert. Plus précisément, le théorème de Pythagore n'est qu'un cas particulier (et secondaire) des théorèmes vrais et plus "naturels" dans la catégorie des espaces d'Hilbert. Et ce sens social est probablement appelé à évoluer encore.

  En fait, ce que nous dit la notion de construction sociale est que le naturel n'est jamais "spontané", il est toujours enveloppé de "social". Et ce n'est qu'en sachant cela qu'on ne peut vraiment comprendre la citation d'Eric Fassin. Par exemple, il ne rejette pas tout donnée naturel contrairement à ce que vous croyez comprendre. Mais lisons-le mot à mot :

Discriminer c'est naturaliser les inégalités. A l'inverse, la discrimination suppose des inégalités naturalisées. Il s'agit bien d'une logique circulaire entre effets et conditions de possibilité : les discriminations reconduisent la hiérarchie sociale du fait que celle-ci paraît naturelle et d'autant mieux que celles-là la font paraître telle. 

 Qu'est-ce que ça signifie ? La discrimination est un ensemble de gestes sociaux qui tendent à établir une différence ou une distinction. Par exemple, en Inde, les différents castes se distinguent par des comportements sociaux différents : un brahman n'acceptera jamais un verre venant d'un membre d'une autre caste mais il l'acceptera d'un autre brahman. Ce faisant, il perpétue un rite social qui continue la discrimination entre les différentes castes et ce faisant il "naturalise" les inégalités en ce sens qu'en le perpétuant et le transmettant à ses enfants, il conduit à voir et faire voir comme quelque chose d'évident, de... naturel.

  Inversement, discriminer, i.e. continuer les gestes sociaux communément acceptés de tous qui établit et perpétue une distinction sociale, présuppose que cette distinction est bien "là". Par exemple, le fait que très longtemps les femmes avaient un statut politique inférieur par rapport aux hommes venaient du fait que les femmes étaient effectivement différentes des hommes en matière d'action politique : i.e. les hommes étant plus robustes et les femmes accaprés par les tâches domestiques ne pouvaient avoir le même théatre d'action. Ceci explique que l'Eglise catholique se soit parfois opposé au droit de vote des femmes. 

 Donc je pense que vous l'avez lu trop vite : Eric Fassin ne rejette pas le naturel mais en bon sociologue, il se méfie de ce qui est donné comme "naturel" dans notre société.

Portrait de Incarnare

Bashô : je zappe sur le côté "nous les scientifiques" (j'ai aussi manipulé des espaces de Hilbert et de la topologie) un peu déplaisant (l'argument d'autorité a tendance à me saoûler) pour aller direct au fond. 

Dire que Pythagore n'est qu'un cas particulier d'un théorème plus large n'enlève rien au fait que sa formulation "naïve" correspond à un donné. On s'amuse en tant que matheux à créer des espaces de dimension N (qui ont leur utilité dans plein de domaines concrets, certes), ça n'enlève rien que sur le bon vieux plan de ma feuille de papier, le carré de l'hypothénuse a été égal à la somme des carrés des autres côtés avant qu'il n'y ait consensus, et même avant qu'il n'y ait Pythagore.

Puisque tu as l'air d'être un expert de Fassin, trouve-moi une citation où il définit ce qu'il accepte comme "donné" (puisque tu nies qu'il rejette cette idée-même) : c'est bien là que se situe le coeur du problème. 

Ta définition de discrimination ("La discrimination est un ensemble de gestes sociaux qui tendent à établir une différence ou une distinction.") n'est pas conforme à celle de la CEDH, puisqu'elle dit que c'est le geste social qui crée la différence, là où la CEDH accepte l'idée qu'il existe des différences de fait et  qu'il est possible d'en déduire des comportements différents, à conditiion que cette différence de comportement soit objectivement et raisonnablement justifiée par la différence de fait. 

Tu rejoins donc bien Fassin et cie. dans le coeur du sujet : peut-il exister des différences ou toute différence n'est-elle au fond qu'une inégalité "bien cachée" ? 

Portrait de Bashô

 Je crois que le mieux est qu'on continue la discussion autour d'un verre car sur internet les maladresses sont plus difficilement rattrapables.

 Lorsque je disais "nous les scientifiques", je ne faisais pas un argument d'autorité car je ne disais pas comment quelqu'un qui n'a fait des maths qu'au lycée, au collège devrait voir le théorème de Pythagore. Ce que je cherchais à dire est que le théorème de Pythagore ne vient jamais "seul" mais est toujours situé dans un "cadre". Il est transmis au collège dans le cadre de la géométrie du triangle, on enseigne d'abord la notion du plan, du triangle etc. Losqu'on parle du théorème de Pythagore à quelqu'un qui n'a fait que ça, il ne pense jamais le théorème de Pythagore "seul" mais dans le cadre de la géométrie du triangle et en ce sens ce cadre est pour lui le plus naturel. Il ne peut imaginer d'autres cadres, d'autres façons de voir le théorème de Pythagore. Par contre, lorsqu'on en parle à quelqu'un qui fait des maths de haut niveau depuis plusieurs années et qui n'a pas fait de géométrie du triangle depuis la Terminal, la géométrie du triangle lui apparaîtra de façon brumeuse et... morte. Lorsqu'on parle de théorème de Pythagore, il lui apparaîtra "naturellement" dans le cadre des espaces de Hilbert. Ce que je cherchais à dire ici est que ce qui est naturel pour l'un l'est bien moins pour l'autre. C'était une tentative d'expliquer la notion de construction sociale et que la notion de "naturel" n'est pas si évident.

 Quant à la discrimination, j'esquissais une définition... sociologique. Le sociologue étudie tout d'abord le fait social ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Fait_social ). Et je voulais souligner qu'Eric Fassin pense et agit en sociologue. Si on veut saisir ses nuances, il faut connaître quelques notions de sociologie, savoir a minima comment réfléchit un sociologue. Tu me parles de la CEDH, c'est un organisme juridique et donc pense et agit en juriste, pas en sociologue. Lorsqu'on veut comprendre un arrêt de la CEDH, il faut connaître quelques notions de droit. J'avais parlé de sociologie car tu critiquais des extraits d'un livre écrit par un sociologue alors que je ne lisais pas ces extraits de la même façon que toi car je me suis un peu frotté à la sociologie. 

 Je ne connais pas la pensée d'E. Fassin jusque dans ses moindres nuances, je n'ai pas tout lu de lui même si je l'aime bien. :-) Je ne peux donc pas dire si je rejoins E. Fassin dans le coeur du sujet.

"peut-il exister des différences ou toute différence n'est-elle au fond qu'une inégalité "bien cachée" ? "

  Je ne comprends pas ta question.

Portrait de Incarnare

Ok pour en causer autour d'un verre (tout débat qui n'offre pas cette possibilité n'est-il pas par essence incomplet ? :p).

Je comprends ce que tu dis par rapport à Pythagore.. mais c'est dommage si la géométrie du triangle en vient à paraître brumeuse : la correspondance au réel reste un critère de vérificabilité. Car il n'y a qu'un seul monde réel, et c'est sur lui que se projettent (au sens mathématique) les approches des sociologues comme celles des juristes.

Ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les théories de chacun mais leurs conséquences pratiques (ouvrir ou non le mariage aux personnes de même sexe).  S'agissant d'une délibaration politique, concrète, la question à se poser est celle de la justice (Thibaud Collin y revient souvent : l'art du droit est de "donner à chacun ce qui lui revient"). 

Quand certains projettent des théories sociologiques sur le droit (et c'est là le souci, avec les deux définitions très différentes de "discrimination" que nous avons évoquées), je dis stop. Il se n'agit pas pour moi d'interdire à Fassin de jouer avec un concept qui lui appartient ; mais dès lors que certains groupes assimilent ce concept sociologique au concept juridique de discrimination, je dis stop. 

Alors, oui, Fassin peut ne pas être "coupable" de ce glissement sémantique. Mais n'est-on pas en droit d'attendre d'un "bon sociologue" qu'il sache faire des distinctions conceptuelles et crée, au besoin, des néologismes pour désigner les conceptis qu'il crée ? 

Je reformule la dernière question qui semble te poser souci : "Peut-on considérer qu'hétérosexualité et homosexualité ne sont pas identiques, et en déduire un traitement distinct pour certaines questions (notamment celle de l'accès aux "soins reproductifs") ? ou est-ce condamnable, puisque toute distinction cacherait un jugement discriminant, auquel cas, il n'y a plus homme ni femme, enfant ou adulte, etc." ? 

Portrait de Incarnare

Pas que chez les cathos : Joël Mergui, Président du Consistoire central isréalité de France fait également la part des choses entre convictions religieuses et analyse sociale et philosophique de la loi en cours de discussion : 

La religion juive ne reconnaît évidemment pas le mariage homosexuel. Mais, au-delà de l’interdit religieux, je m’interroge sur le sens d’une société qui accorderait la même normalité à des familles où l’enfant aurait deux pères ou deux mères au lieu d’un père et d’une mère, le modèle traditionne

 

 

Portrait de Incarnare

A lire également sur ce sujet  : l'analyse par Henri Tincq, journaliste à Slate (et auparavant au Monde et à La Croix), de la position des évêques français, qui montre comment leur position n'est pas fondée (seulement) en religion.

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