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Les yeux ouverts

Les yeux ouverts

Publié par Incarnare le dimanche 07/11/2010 - 23:31 - Corps

J'ai vu ce soir Les Yeux Ouverts de Frédéric Chaudier. Quelques années après le décès de son père, celui-ci revient à la Maison Jeanne Garnier, dans le service de soins palliatifs qui l'avait accueilli, pour comprendre cet accompagnement si particulier qui a permis à ce père et à son fils de se séparer dans la paix.. 

Soutenir les derniers pasLe film, d'une grande qualité, montre un lieu où la technique médicale se met au service de l'humain, où le patient n'est pas "l'alzheimer de la chambre 423 " mais M. Cousin ou Mme Simon, une personne en fin de vie, certes, mais une personne avant-tout. 

Chacune arrive avec ses craintes, crainte de l'avenir et peur de la mort, avec ses désillusions, sa frustration de ce corps qui se dérobe et laisse si peu de possibilités, ou sa tristesse de devoir quitter ce monde trop vite. 

Dans ce lieu se joue chaque jour un combat entre impuissance et toute-puissance. La médecine fait le premier pas en renonçant à la toute-puissance de la technique, qui réduit le patient à l'impuissance et lui fait réclamer ce droit à mourir ; les médecins s'oublient thérapeutes pour devenir soignants, c'est-à-dire prenant soin. Ils ouvrent ainsi au patient un chemin qui lui permet d'avancer à son rythme, pas à pas, jusqu'au dernier.

Tenir la main de la personne au moment clé, un soin primordialL'attention portée au corps, pourtant veilli, biscornu, et raidi, témoigne du souci de la personne, dans son intégralité. Le respect de sa volonté et de sa liberté, de son histoire et de son cheminement. Cette parole d'une soignante1 montre ce besoin d'accompagnement : « les gens ont peur de la peur, mais ils ont surtout peur d'être seuls face à la mort ».Et d'ajouter : notre rôle est d'être présents.

 

Voir La Rochelle et mourir

Ces choses au fond de nous, qui nous font veiller tardCette présence se traduit par des gestes tous simples qui accompagnent le soin du corps : l'une des scènes les plus prenantes du film est sans doute celle où cette infirmière chante "Veiller tard" pour une patiente qui aime Goldman.

On suit aussi l'histoire de vies, celle de M. Vilain, qui porte bien mal son nom, et qui désire plus que tout revoir sa ville natale de La Rochelle et sa soeur, et celle de ce patient qui peut à peine parler mais brûle encore d'enseigner la physique des particules à toute l'équipe ; celle de ce jeune homme qui est sur liste d'attente pour le suicide assisté en Belgique et en Suisse mais revient vers la vie, et celle de M. Cousin qui demande, comme la loi Leonetti le lui permet, l'arrêt complet de ses soins.

 

Une manière pour le réalisateur de faire le deuil de son père ?

  Non, j’avais dépassé le deuil bien avant de me lancer dans la préparation des « Yeux ouverts ». Je suis dans l’étape d’après, celle où je témoigne de l’utilité de l’accompagnement, de la lucidité qu’il faut avoir sur cette période de la vie. Le film tend un miroir, il nous rappelle à notre propre finitude.

Tant pis pour le chroniqueur du Monde si cette réponse ne colle pas dans ses schémas pré-établis : elle ne l'arrête pas dans son refus idéologique du film, qui l'amène jusqu'à accuser Frédéric Chaudier du "désir égoïste [...] liquider son deuil" (sic). Il lui reproche son impudeur : cachez cette mort que je ne saurai voir. Et de tourner en dérision, au nom de l'esthétique2, les animations qui ponctuent le film et qui permettent à Frédéric Chaudier de se mettre en scène tout en relâchant un peu, justement par pudeur, la charge émotionnelle, relâchement qui permet de ne pas sombrer dans le pathos et introduisent à la contemplation.

Le quotidien du soir lui prête également une intention idéologique. Que ceux qui seraient tentés de voir en Chaudier un idéologue se rassurent : le film est co-produit par la Région Ile-de-France et l'Inpes, deux organismes qu'on ne saurait soupçonner de soutenir des actions pro-vie.. En revanche, que tout discours sur l'accompagnement des personnes en fin de vie soit inaudible à la rédaction du Monde en dit long sur son état.

Aucune question n'est tue, ignorée dans le film : ni celle de la souffrance, ni celle de la solitude. Ni non plus celle de l'euthanasie, dont Frédéric Chaudier confie qu'il lui était favorable avant d'avoir accompagné son père vers sa mort. Pas de pladoyer, juste le goût de l'expérience humaine.

Retrouvez l'interview de Frédéric Chaudier sur Allociné, ainsi que les horaires des séances près de chez vous !

  • 1. retranscription approximative
  • 2. ignorant au passage que c'est le même studio qui a fait les animations de Persepolis

 
 

 
 

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