le mariage, champ de bataille philosophique

Publié dans : Mariage

Le mariage a ceci d'intéressant que, plus il est vidé des devoirs concrets qu'il portait autrefois, plus il doit assumer les divergences entre les représentations que chacun s'en fait. Moins il a de personnalité et plus il est schyzophrène ; plus l'enjeu devient faible et plus les enjeux sont grands. La question prioritaire de constitutionnalité sur le mariage des personnes homosexuelles déposée ce jour-ci au Conseil Constitutionnel en offre une illustration parfaite.

Laissons de côté une seconde nos opinions personnelles sur la question, pour constater que celle-ci n'est que l'épicentre d'une division dont le coeur est bien plus profond ; que dans ce débat autour du mariage se joue la cristallation d'un divorce latent entre deux options philosophiques que tout oppose.

Les forces en présence

La première est l'option libérale moderniste, qui repose sur deux postulats : elle considère tout d'abord que chacun peut faire tout ce qui ne nuit aux autres ; ensuite, selon ses partisans, c'est nous-mêmes qui nous construisons, qui nous créons, par la représentation que nous nous faisons de nous-mêmes. C'est à cette idéologie que nous devons, en politique, mai 68 (puisqu'il n'y a pas d'autre réalité que la représentation que je m'en fais, seule ma liberté compte : c'est la toute puissance de l'autonomie, il est interdit d'interdire), en pédagogie, les méthodes globales1, etc.

Pour les tenants de cette ligne philosophique, le mariage est une construction sociale, malléable à souhait. Il n'a aucune nature propre qui justifierait qu'on en limite l'accès. C'est pour eux un simple contrat (en code civil, on dit une convention). Certains vont plus loin en affirmant que l'idée-même d'identité sexuelle n'est pas une notion naturelle, mais qu'elle n'est qu'une fabrication de la société et que le sexe biologique est une contingence auquel il faut superposer un rôle, un sexe social, le genre.

Son slogan est sans doute la citation de Simone de Beauvoir "On ne naît pas femme : on le devient"2.

A l'opposé, se trouve une autre philosophie, humaniste et essentialiste3, qui postule que certaines choses sont naturelles et qu'on ne peut donc les redéfinir à l'envi. Sans nier que les personnes contribuent à la fondation de leur identité, elle affirme toutefois qu'il y a en chacun de nous une identité profonde ; que notre personne a un socle, qui garantit que nous restons nous-mêmes alors même que nous changeons, et que nous recevons comme étant constitutif de notre nature.

Contrairement aux philosophies qui pensent que le sexe est conventionnel ou reçu comme une addition à notre humanité, elle constate simplement que chacun est homme ou femme, que notre sexe est constitutif de notre humanité. Pour elle, le « contrat de mariage » est la reconnaissance par les sociétés d'une réalité naturelle («le mariage») définie comme l'union d'un homme et d'une femme, qui lui pré-existe.

Son slogan pourrait être la citation de Catherine de Sienne "Devenez ce que vous êtes"4.

Les tactiques de combat

Tandis que les premiers voient toute opposition au mariage homosexuel comme une restriction de la liberté, les seconds ne cherchent pas tant à empêcher les personnes homosexuelles de se marier, que de reconnaître qu'elles ne le peuvent pas, c'est à dire que l'objet-même du mariage exclut qu'ils puissent le contracter. Affirmons-le d'emblée : l'histoire du droit et l'esprit dans lequel les lois ont été écrites vont dans le sens des seconds.

La capacité de contracter

L'argumentation des partisans du mariage homosexuel est que l'empêcher irait à l'encontre de la liberté de contracter. Cependant, la jurisprudence du Conseil Constitutionnel reconnaît que le mariage civil n'est pas un simple contrat mais une institution, c'est à dire que, au-delà de sa forme, c'est son esprit et sa finalité qu'il convient de respecter. 

Quand bien même ce serait un contrat civil, la tentative, par l'avocat, d'invoquer la capacité à contracter, est assez malhonnête, puisqu'elle revient à insinuer que le refus du mariage homosexuel s'apparenterait à une mise sous tutelle de ces personnes. Il ne s'agit pas de dire que ces personnes sont incapables de contracter5 -d'ailleurs, rien ne les empêche de se marier.. avec une personne du sexe opposé- mais de dire que ce n'est pas là la nature du mariage.

De la nature du mariage...

Même les plus libéraux et les plus modernistes devront reconnaître que le mariage possède une nature. C'est en général les mêmes qui refusent (avec raison !) le mariage polygame. Dans l'expression «union d'un homme et d'une femme», ils choisissent de s'attaquer aux termes homme et femme. Mais, avec le même raisonnement6 on pourrait tout aussi bien s'attaquer aux termes un et une ! Le libéralisme à outrance justifie tout (et n'importe quoi) parce qu'il ne respecte rien. 

De fait, l'énergie consacrée par les lobbies homosexuels à revendiquer le mariage nous laisse penser qu'ils lui reconnaissent une nature spécifique, qui leur fait désirer le mot-même de mariage et non pas seulement les prérogatives. Seulement, en le détournant dans leur intérêt, ils risquent de le distordre et, de facto, d'anéantir l'objet de leur revendication.

L'une des caractéristiques les plus prisées du mariage7 c'est la reconnaissance sociale : la réalité du lien du mariage s'impose à tous comme une évidence. C'est donc au nom de la liberté, absolutisée dans l'égalitarisme, que l'on refuse à tous la liberté de ne pas reconnaître une telle union ; au nom de la tolérance que naît cette intolérance qu'est l'atteinte à la liberté de penser et d'expression.

De même, si on suit cette logique libérale jusqu'à l'extrême, l'ordre public est illégitime dès qu'il restreint la liberté et le "droit au" mariage. Et peu importe si cet ordre public est justement la condition première d'existence de cette liberté.

...et de sa finalité

Il ne reste plus que la finalité du mariage : le droit (canon) décrit le mariage comme «l'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants».

Finalement, n'est-ce pas la question de l'enfant qui se cache derrière cette Question Prioritaire de Constitutionnalité ? Force est de reconnaître que les couples homosexuels ne peuvent, sans recours extérieur, concevoir et ce, non pas par accident, mais par nature. On peut donc difficilement soutenir qu'une revendication du mariage homosexuel sous-tendue par la revendication du droit à l'enfant serait motivée par le respect de la finalité du mariage.

Le législateur a eu la bonne idée de s'opposer au mariage arrangé ; il serait bien inspiré de s'opposer à ce qu'on arrange le mariage.

  • 1. selon lesquelles l'enfant peut et doit découvrir de lui-même les connaissances
  • 2. phrase qui, s'il était bien comprise, ne serait pas si absurde
  • 3. sans être un pur essentialisme, cependant
  • 4. la citation exacte : «Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier!»
  • 5. comme des mineurs par exemples
  • 6. "ma liberté avant tout"
  • 7. et la discussion devient ici singulièrement savoureuse, si on se rappelle que c'est au nom de la liberté vue comme autonomie que ce combat est mené

URL de Trackback:

http://www.theologieducorps.fr/trackback/280

 
 

Commentaires

Portrait de Baroque

Merci beaucoup pour cet article, cependant, je crains que vous ne vous mépreniez sur le "libéralisme". Tout d'abord, la question de savoir si l'on autorise ou non le mariage homosexuel n'a pas grand chose à voir avec le libéralisme, et ceux qui demandent à ce qu'on donne aux homosexuels la possibilité de se marier ne sont pas particulièrement proches du libéralisme philosophique. Ce serait même plutôt l'exact contraire.

Ensuite, il ne faut pas confondre la morale et le droit. Dans le libéralisme, l'État ne peut (en théorie) vous interdire que ce qui nuirait aux autres, les vices ne sont pas des crimes, comme disait Spooner. C'est comme ça. L'Église est revenue sur son opposition stérile à ce "pilier" de la société contemporaine, depuis Vatican II à peu près, et c'est tant mieux. On peut ainsi considérer l'homosexualité comme un péché sans pour autant faire des comportements homosexuels des délits ou des crimes. Là, encore, d'un point de vue chrétien, c'est tant mieux. Attention donc à ce "pilier", que les chrétiens - et vous dans ce texte, me semble-t-il - peuvent être tentés de remettre en cause en s'appuyant sur des enseignements pontificaux... périmés, si j'ose le terme.

Il me semble qu'il faut se garder d'absolutiser des institutions qui sont apparues dans l'histoire, se sont transformées, et disparaîtront peut-être. Vous dites que le mariage possède une nature : non, il ne possède pas d'autre nature que celle que les hommes lui ont donnée au fil des siècles. Le mariage n'est pas "naturel". Épouser quelqu'un et lui rester fidèlement uni toute sa vie, ça n'a absolument rien de naturel, et à mon très humble avis l'Église gagnerait beaucoup à cesser de s'appuyer sur la nature et la soi-disant "morale naturelle", mais bref, vaste programme.

L'État moderne est là pour que les conditions dans lesquelles nous vivons soient telles que soit possible la recherche paisible du bonheur, et la recherche du salut pour ceux qui y croient (et si tant est qu'il faille "rechercher" à proprement parler le bonheur et le salut...). Ou pour mieux dire, il est là pour que nous ne nous soyons pas limités dans cette recherche par les nuisances que peuvent occasionner ou vouloir occasionner d'autres hommes.

Il y aurait beaucoup à dire, mais j'abuse déjà de votre temps et de celui de vos lecteurs et vais donc y aller rapidement : le "mariage" homosexuel (= la possibilité pour les homosexuels de faire reconnaître leur union par l'État, qu'on appelle cela comme on veut, le débat sur le sens des mots me paraît assez vain, et un peu hypocrite, l'Église s'étant déjà opposée aux divers contrats d'union civile et pactes en tout genre proposés auparavant...) entrave-t-il qui que ce soit dans la poursuite du bonheur et du salut ? De toute évidence, non. L'État n'a donc pas la moindre raison de leur refuser cette possibilité (d'autant plus que les avantages fiscaux attachés au mariage semblent appelés à disparaître...) : chrétiens et autres, concentrons-nous sur des tâches plus utiles que l'opposition au mariage homosexuel et aux autres dispositifs proches.

On pourrait aussi se demander s'il est réellement indispensable que l'État reconnaisse le mariage de deux individus d'une manière générale, mais c'est un autre débat...

Portrait de procedamus

@ Baroque (au sujet du rôle de l'Etat):

Dans le libéralisme, l'État ne peut (en théorie) vous interdire que ce qui nuirait aux autres, les vices ne sont pas des crimes, comme disait Spooner. C'est comme ça. L'Église est revenue sur son opposition stérile à ce "pilier" de la société contemporaine, depuis Vatican II à peu près, et c'est tant mieux.

Si je comprends bien cette phrase, vous estimez que l'Eglise est revenue sur son opposition au libéralisme politique. Il y a sans doute eu entre le XIXème et le XXème siècle un changement de ton, mais je ne vois pas de changement de position.

Réduire le rôle de l'Etat à n'interdire que ce qui nuit aux autres, revient à saper les fondements même de son autorité : le bien commun risque en effet de devenir la volonté du plus grand nombre et l'Etat ne sera plus au service de la communauté politique dans sa totalité. Le Concile Vatican II, dans la constitution <i>Gaudium et Spes</i> affirme (§74) la relation de l'autorité de l'Etat avec une autorité supérieure :

[Individus, familles, groupements divers, tous ceux qui constituent la communauté civile] forment une communauté politique selon des types institutionnels variés. Celle-ci existe donc pour le bien commun; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification et c'est de lui qu'elle tire l'origine de son droit propre. Quant au bien commun, il comprend l'ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s'accomplir plus complètement et plus facilement.
Mais les hommes qui se retrouvent dans la communauté politique sont nombreux, différents, et ils peuvent à bon droit incliner vers des opinions diverses. Aussi, pour empêcher que, chacun opinant dans son sens, la communauté politique ne se disloque, une autorité s'impose qui soit capable d'orienter vers le bien commun les énergies de tous, non  d'une manière mécanique ou despotique, mais en agissant avant tout comme une force morale qui prend appui sur la liberté et le sens de la responsabilité.
De toute évidence, la communauté politique et l'autorité publique trouvent donc leur fondement dans la nature humaine et relèvent par là d'un ordre fixé par Dieu, encore que la détermination des régimes politiques, comme la désignation des dirigeants, soient laissées à la libre volonté des citoyens.
Il s'ensuit également que l'exercice de l'autorité politique, soit à l'ntérieur de la communauté comme telle, soit dans les organismes qui représentent l'Etat, doit toujours se déployer dans les limites de l'ordre moral, en vue du bien commun (mais conçu d'une manière dynamique), conformément à un ordre juridique légitimement établi ou à établir.

 

Dans le paragraphe 47 de Pacem in Terris le Bienheureux Jean XXIII avait déjà rappelé :

Pour autant l'autorité n'échappe point à toute loi. Elle consiste précisément dans le pouvoir de commander selon la droite raison. Dès lors toute sa force impérative lui vient de l'ordre moral, lequel à son tour repose sur Dieu, son principe et sa fin. "L'ordre absolu des vivants et la fin même de l'homme - de l'homme libre, sujet de devoirs et de droits inviolables, de l'homme origine et fin de la société -, regardent aussi la cité comme communauté nécessaire et dotée de l'autorité; sans celle-ci pas d'existence, pas de vie pour le groupe... Suivant la droite raison et surtout la foi chrétienne, cet ordre universel trouve nécessairement son origine en Dieu, être personnel et notre Créateur a tous; par conséquent, les titres des pouvoirs publics se ramènent à une certaine participation de l'autorité divine elle-même." (Radio message de Noël 1944)

 

Sur les fondements de l'Autorité Politique d'après l'Eglise, on pourra consulter le compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise, §393 sq.

Portrait de Baroque

Vite fait, parce que ça n'est pas le sujet principal de l'article : oui, enfin le bien commun, c'est un peu du charabia pré-hobbesien (ça ne veut pas dire que le bien commun n'existe pas, hein, mais simplement que c'est une notion qui a disparu de la philosophie politique contemporaine... aujourd'hui il y a d'ailleurs une confusion, quand on parle de bien commun c'est en général pour désigner en termes politiques ce qu'on appelle biens publics en économie).

Il serait temps de se rendre compte qu'on est dans la modernité politique et d'en tirer toutes les conséquences : la modernité politique, c'est en gros "nous ne sommes pas d'accord entre nous sur la finalité de l'existence, sur Dieu, sur le bien commun, donc gouvernons-nous sans référence à tout cela selon les principes de la démocratie et du libéralisme politique". L'Eglise a "validé" implicitement cette modernité politique en supprimant ou modifiant les concordats qui lui accordaient un statut privilégié,et  en reprenant à son compte la démocratie, les droits de l'homme et le libéralisme politique, au moins pendant la Guerre froide et malheureusement un peu moins depuis (parce que c'est moins intéressant "stratégiquement" pour elle, sans doute). Tout le reste, et notamment les extraits que vous citez, ça correspond plus à de "vieilles habitudes" : on fait semblant de croire que les choses fonctionnent encore de cette manière, alors que personne n'y croit plus.

Portrait de procedamus

Encore plus rapidement car, effectivement, ce n'est pas le sujet de l'article.

Je comprends votre pragmatisme. Mais je crois que l'Eglise n'a absolument pas "validé implicitement" cette modernité politique. Bien au contraire, elle pointe de plus en plus du doigt les dérives totalitaires d'une démocratie exercée sans référence à un principe supérieur.

Portrait de Nitt

Je ne trouve rien à dire d'autre que : merci pour cette vision et cette formulation très juste de ce gros problème actuel.

Décidément, ce blog est précieux : il met des mots sur des éléments qui échappent bien souvent lorsqu'on se trouve en face d'une personne pleine d'interrogations sur les raisons "de l'obscurantisme réactionnaire de l'Eglise - bouh, vilaine, pas jolie ! ouuuh - ".

Sans forcément convaincre, on peut au moins poser un raisonnement clair sur tout cela. C'est un soulagement.

Portrait de Henry le Barde

Cet article fait écho, prolonge et relance notre conversation de samedi soir, trop tôt interrompue par l'arrivée en Gare du Nord !

Je crains que nombre de chrétiens n'aient pas réalisé que l'Eglise ne tient plus les rênes de la société - si tant est qu'elle les aient totalement tenues un jour.

Pour contrebalancer cet âge d'or perdu les chrétiens s'engagent en politique, en espérant peser du mieux qu'ils peuvent sur la législation. Tactique fort classique de groupe d'intérêts.

En fonction de la prééminence qu'ils accordent à tel ou tel aspect du message chrétien (solidarité avec les faibles ou salut moral) ils choisiront un camp politique qui ne sera souvent et au mieux qu'une alliance de pis-aller.

L'Etat démocratique serait donc préférable avec des "petits bouts de christianisme dedans". Le maintien de l'interdiction du mariage homosexuel sauverait donc ces derniers ? Symétriquement, peser sur une augmentation des transferts sociaux obligatoires allégerait la faute des riches ?

Sans dénier aux chrétiens le moindre rôle politique, je me demande si on ne se fourvoie pas à ne pas prendre la mesure de l'éclatement de la société.

Pour finir, mais surement pas clore le débat : on s'interroge souvent sur l'articulation que je donne à mon libéralisme et mon, disons, conservatisme. A ce jour - mon évolution est possible, Dieu merci, sinon j'arrêterais d'ouvrir des livres - j'essaie d'être pragmatique. Sans illusion sur le rapport de forces que le christianisme peut imposer à l'ensemble de la société occidentale, j'ai intérêt à ce que les libertés soient les plus grandes possibles. 

Si nous ne pouvons pas conquérir l'appareil d'Etat, il vaut mieux qu'en face non plus. Cela me laisse au moins toute latitude de pratiquer ce que je crois, de vivre ce que je souhaite.

Croyant, in fine, en la supériorité intrinsèque de mes convictions, je n'ai guère de doute que, mises en concurrence avec d'autres modèles, religieux ou matéralistes, elles ne finissent par l'emporter.

Après tout, le christianisme a battu les religions païennes romaines en adoptant cette tactique. La conversion d'un Constantin n'est pas la cause de la conversion de l'Empire romain, elle en est la conséquence inéluctable...

Je ne ferais donc pas du mariage homosexuel un cheval de bataille essentiel. En revanche, le combat contre l'adoption d'enfants par ces couples (ou celui contre l'IVG) sont à mener au nom de la protection des plus faibles. Comme le combat contre la pauvreté. Mais ces combats ne sont pas, à mes yeux, spécifiquement chrétiens, mais politiques. 

Portrait de Incarnare

@ Baroque :

Le libéralisme des partisans du mariage homosexuel n'a certes pas grand chose à voir avec celui, modéré, de ceux (dont moi) qui pensent simplement que l'état n'a pas vocation à tout diriger, et encore moins à définir pour chacun ce qu'est son bonheur. 

Cependant, du libéralisme, c'en est bien, mais poussé jusqu'au bout et teinté de modernisme. C'est justement le paradoxe : absolutiser la liberté individuelle, vue comme autonomie, conduit à abolir la liberté. 

Pour vous en convaincre, regardez les agences d'adoption en Angleterre ou aux USA, ou la Société Saint-Vincent de Paul. Ces organisations n'utilisent pas la force pour que la société refuse quoi que ce soit aux personnes homosexuelles, elles veulent juste la liberté de ne pas s'associer à la promotion de l'homosexualité.

Un point de votre commentaire me semble très juste : vous dites que la fidélité n'est pas une donnée naturelle du mariage. Je dirais en tout cas qu'elle n'est pas spontanée. L'église n'essaie pas de forcer l'état à renoncer au divorce. En revanche, elle le met face à ses responsabilités quant à la nature du mariage.

@ Henry le Barde, Baroque et procedamus

Dans ce billet, je me suis interdit d'utiliser tout argument théologique, par essence inacceptable pour un non-croyant.

En revanche, j'ai fait appel à une conception philosophique, qui tient que certaines choses sont naturelles, et qu'elles ne peuvent ainsi être redéfinies. Elle affirme par exemple que la personne possède une valeur, une dignité inaliénable, qui pré-existe (et survit) par exemple à sa capacité de raisonner ou de vouloir. 

J'ai pris de front la position adverse, sans la disqualifier hâtivement par un argument d'autorité type «Dieu a créé le mariage, ne mettez pas vos pattes dessus», mais en prenant le temps d'en analyser les ressorts pour en montrer les limites internes

J'entends donc -ou espère- que ses partisans me feront la courtoisie de ne pas utiliser non plus d'argument d'autorité type «tout se vaut, donc tu n'as rien à dire» mais auront à coeur de défendre leur position avec rigueur et honnêteté intellectuelles, et leur serai gré de me montrer les limites de la mienne. 

Plus spécifiquement @ Henry le Barde

Ma position ne se veut pas une stratégie politique, mais l'amorce d'une réflexion philosophique. Car je crois qu'il vaut mieux que les idées qui guideront la politique de demain (quelles qu'elle soient) soient le fruit d'une réflexion claire et posée que d'une inertie qui se laisse porter par le courant.

Ma conviction profonde est que nombre de ces idées libérales modernistes portent en elles les sources mêmes de leur contradiction.

Portrait de Henry le Barde

@incarnare

"Ma position ne se veut pas une stratégie politique, mais l'amorce d'une réflexion philosophique."

Alors sur ce terrain nous sommes d'accord. C'est du reste le titre de ton billet, que j'ai un peu vite perdu de vue au cours de ma lecture de tes écrits et des commentaires.

Le débat philosophique permet de clarifier les positions, qui, trop souvent avancent masquées et parées de slogans trompeurs.

Concernant le supposé libéralisme poussé à l'extrême... je ne suis pas sûr qu'on se situe encore dans le libéralisme à proprement parler, même dénaturé.

Le libéralisme suppose l'autonomie de l'individu, en échange de quoi il assumera les conséquences de ses actes. L'espère de jungle morale qu'on nous vend depuis des années dispense tout à chacun d'anticiper sur celles-ci, qu'elles soient internes ou externes.

En clair, on privatise les actes en collectivisant les conséquences de celles-ci. Tant pis pour ceux qui s'attachent à adopter un comportement responsable - pour des raisons religieuses, morales, ou simplement rationnelles...

C'est ce qu'on nous vend par le mot "solidarité".

Je crois que s'il y a combat philosophique à mener, c'est avant tout de revenir aux fondements réels du libéralisme parce que, à ce jour, je n'ai pas trouvé de doctrine philosophique plus proche du christianisme que lui.

En clair, les idées libérales modernistes que tu dénonces - et je m'associe bien volontiers avec toi ! - sont modernistes, pas vraiment libérales...

Ou plutôt, si tu tiens à qualifier de libérales les idées que tu combats, j'inverserais la proposition en les traitant, justement, de libéralisme modéré, ou atrophié. 

SI je croyais au sens de l'histoire, je dirais que l'humanité est entrée depuis quelques siècles dans son adolescence, en découvrant qu'elle pouvait, et qu'elle voulait, être libre. Elle est en crise, elle ne supporte plus l'autorité, elle veut jouir sans entraves...

C'est plutôt un heureux présage : peut-être finira-t-elle par atteindre l'age adulte...

Portrait de Emmanuel Pic

Bien vu cher confrère, et pour le libéralisme comme idéologie (je préfère parler de modernité, mais dans le fond on est d'accord), et sur l'enracinement dans cette idéologie des partisans du mariage homosexuel. Dommage que le débat ne porte jamais sur ce point de philosophie, c'est sans doute trop en demander à nos élus. Il est vrai que l'on touche là à une limite fondamentale de la laïcité ; j'ai encore en mémoire cette rencontre sur les questions familiales au Conseil de l'Europe, au cours de laquelle le représentant de la France avait déclaré : "Il n'est pas question d'imposer en Europe un modèle familial unique". La laïcité ainsi comprise, c'est aussi le refus de s'interroger sur les présupposés philosophiques de choix politiques.

Deux réflexions pour illustrer vos propos :

- Tous les fiancés qui me rendent visite pour préparer leur mariage commencent par ces mots : "Nous avons un projet de mariage". L'enjeu de la préparation au mariage, selon moi, est de les faire passer de cette logique de projet, si prégnante aujourd'hui, et qui est la traduction pratique de cette conception de la liberté, à une autre selon laquelle le mariage, avant d'être un projet, est un don. De la même façon, la célébration des baptêmes est l'occasion pour les parents de découvrir à quel point la vie est un don ; et celle des funérailles fait prendre cruellement conscience des limites de tout projet de vie.

- Lors d'un week-end avec des étudiants à l'abbaye de La Pierre-qui-Vire, l'un des moines avait eu cette phrase : "Au monastère, ma liberté commence là où celle de l'autre grandit". On est à mille lieues, ici, de l'idéologie libérale, mais en pleine vérité de l'humanité.

Portrait de Incarnare

Je précise rapidement que je n'ai rien contre l'idée libérale (que je partage sur de nombreux plans, en étant pour la liberté de l'enseignement, etc.), mais contre un certain "fondamentalisme libéral", qui fait de la liberté individuelle la mesure de toute chose.

@ Emmanuel, ce qui m'interpelle dans le "projet de vie", c'est le côté deadlines, stress de la réussite etc. Sans préjudice de mes rêves, je suis plus une personne du quotidien.

Portrait de Baroque

@procedamus

Mais l'absence de référence supérieure, c'est le principe même de la démocratie libérale (ou alors une référence supérieure très floue, comme le regard de Dieu dans la constitution américaine...) alors de deux choses l'une : soit l'Eglise fait semblant de ne pas le comprendre, soit elle retombe dans la proposition d'un modèle politique alternatif (ce qu'elle prétend pourtant ne pas vouloir faire, c'est écrit en toutes lettres dans le récent Compendium de la doctrine sociale).

@incarnare

Certes, mais le problème est que les conceptions philosophiques qui veulent que certaines choses soient naturelles sont par terre depuis trois bons siècles... donc que faisons-nous ? A la limite, qu'il y ait un Dieu, qu'il y ait une nature, ça n'est pas le problème, le problème, c'est : que nous dit Dieu ? que nous dit cette nature ? Et le principe de la démocratie libérale, c'est "ceux qui détiennent le pouvoir ne peuvent prétendre parler au nom de Dieu, sinon on n'arrive à rien", cf. les circonstances d'apparition de la modernité politique, les guerres de Religion, Hobbes, etc. Donc il n'est pas pertinent de débarquer dans le débat politique avec Dieu dans une main et la nature dans l'autre (ou un seul de ces deux phénomènes).

Bref, s'il y a une nature humaine, elle ne s'exprime pas ailleurs que dans les constructions intellectuelles que nous produisons au sujet de cette nature. La conception "chrétienne naturaliste" est l'une de ces constructions, parmi d'autres. Pourquoi pas. Mais on peut être chrétien sans faire appel à la nature, et aujourd'hui, c'est même éminemment souhaitable, puisque la nature est complètement disqualifiée dans le débat idéologique.

Vous refusez d'utiliser des arguments théologiques, à mon humble avis vous avez tort : ce sont les seuls valables pour expliquer à quoi peut ressembler le mariage chrétien. Dieu, l'amour, la fidélité, tout ça, c'est de la théologie, et les gens comprennent très bien. La morale et la politique, excusez-moi, mais laissons tomber. Le coup de la "morale chrétienne" et de la "politique chrétienne", ça n'a jamais été très sérieux, et en tout cas, ça a certainement fait plus de mal que de bien à l'Eglise catholique.

Portrait de Incarnare

@ Baroque

J'écris assez régulièrement sur un plan théologique, et ce billet a justement pour objectif d'ouvrir un dialogue avec ceux et celles qui ne partagent pas la foi qui sous-tend ce point de vue théologique.

C'est pour cela que ce billet n'aborde pas l'indissolubilité du mariage, dont tu dis à juste titre que c'est un plus catholique.. Je dirais pour ma part que l'indissolubilité concerne au moins autant la vocation du mariage que sa nature. La vocation est une question d'appel et sa compréhension suppose que l'on se sache appelé(e).

Pour autant, je ne crois pas dans ton opposition "soit tu fais carrément de la théologie, soit tu acceptes le relativisme total". La philosophie que je présente ici a beau être déclarée "morte" par les tenants du relativisme absolu (pour leur profit), il n'en demeure pas loin que je crois qu'elle rencontre un écho chez chacun. 

Certains désirs comme certains interdits sont ressentis par chacun : le désir de partager sa vie, l'interdit du meurtre, etc. Et ce n'est pas le fait d'une simple convention sociale. L'idée très nitzschéenne comme quoi nous devons être des surhommes libres de ces déterminations (forcément contingentes) est elle, bien mort.

J'ai, je crois, montré certaines limites d'une philosophie qui nie la nature pour ériger l'autonomie en modèle. J'ai démontré qu'à terme, si on l'on suit avec un peu d'honnêteté cette ligne, il ne reste ni liberté ni autonomie, mais l'aliénation. J'entendrais avec plaisir des arguments opposés.

Tu parles d'une conception chrétienne qui renoncerait à l'idée de nature ou de loi naturelle. Je suis impatient de lire ton développement sur ce thème.

Portrait de Baroque

@Incarnare

Hé hé, pour le développement, c'est en projet, j'ai manqué de temps pour faire les lectures adéquates, mais devrais pouvoir me rattraper ces prochaines semaines. En tout cas merci d'ouvrir la discussion sur ces questions, beaucoup plus importantes (à mes yeux en tout cas) que celles portant sur la couleur de la jupe des futures femmes prêtres.

Portrait de Incarnare

@Baroque

Ca pue le troll catho à plein nez, cette dernière remarque :)

Ajouter un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement. Si vous avez un compte Gravatar associé à cette adresse e-mail, l'avatar associé sera affiché.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <i> <strong> <b> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd><br><p><br />
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

 
 

A la une

Bâtir des ponts entre nous et le ciel..

Publié dans : Amour et Sexualité

Dieu aime ceux qui s'aiment

«Moi je n'étais rien et voilà qu'aujourd'hui, je suis le gardien du sommeil de ses nuits »... J'ai été un peu surpris de découvrir aujourd'hui cette mélodie bien connue en tête des ventes de disques. Mais pas si étonné, à la réflexion : qu'elles sortent des lèvres de Shakira ou de la moustache de Cabrel1, ses paroles nous parlent encore aujourd'hui. 

  • 1. je laisse chacun(e) à sa préférence :)
 

Commentaires récents

Abus sexuels : guérison et renouveau (1)

  • Nitt : Très belle initiative ! J'aime apprendre que l’Église prend...

En solde : l'estime de soi (1)

  • Anne Sophie : Au problème des photos retouchées à...

Compter ses bénédictions (3)

  • Le Spirituel D'abord : Merci pour cette relecture, qui donne envie de faire de m...
  • Incarnare : Anne-Sophie, ravi de faire votre connaissance et merci pour...
  • Anne Sophie :  Merci pour ce beau post (et aussi pour le site, d...

#DescribeYourSexLifeWithAMovieTitle (2)

  • Eliette : Oui, merci aussi. Très bien tourné ;)
  • Amblonyx : merci, j'aime beaucoup !

Mélange des genres (8)

  • Anonyme : "Pour être un homme 'auto-fondé', il faut...

L'Eglise, l'amour, la loi, et la rédemption (1)

  • jeanduma : Tant que l'on aura pas rappelé clairement en chaire ce que...

Miserere (5)

  • Incarnare :  Très bon article dans le New York Times, cit...