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La difficulté d'une parole publique sur la sexualité

La difficulté d'une parole publique sur la sexualité

La fin de l'année a vu débarquer à la télévision de nombreuses émissions consacrées à la sexualité (ou plutôt, à la description de pratiques sexuelles). Les grandes chaînes, subissant la concurrence de la TNT -ou reléguant leurs programmes les plus explicites sur les chaînes TNT de leurs groupes pour garder un semblant de moralité- ne sont pas en reste, comme M6, qui a choisi le registre pseudo-éducatif, avec une émission sur la "sexualité des français" mettant en scène un sexologue.

Ces émissions ont-elles leur place à la télévision ? Sans faire preuve de pudibonderie, on peut en douter.

Passons rapidement sur celles dont la prétention d'éduquer ou informer masque -mal- la volonté de taper dans les instincts les plus immédiats du téléspectateur : alléchant avec un sujet coquin de fin d'émission annoncé dès son commencement à grand renfort d'images floutées, elles sont un catalogues de pratiques, mises côte à côte comme si toutes se valaient ("eh ma bonne dame, l'échangisme, ça vous dit ? X% des français l'ont déjà fait").

Mais mêmes celles -rares- qui se veulent sérieuses présentent une difficulté : elles tentent de dire l'intime sur un mass-media. Parce qu'elles traitent d'un sujet qui touche le plus profond de notre être sur un ton technique et avec l'apparence de la scientificité, elles ont une portée normative et modèlent les comportements des téléspectateurs, dont elles exploitent le besoin d'être dans la normalité. S'adressant aux masses, elles anonymisent la sexualité, et limitent la relation au rapport. Posez-vous donc cette question avant de regarder : est-ce à une poignée d'individus, dans la tour TF1 ou au service marketing de Durex, de vous dicter comment aimer votre épouse ce soir ?

Point commun entre toutes ces émissions : aucune ne parle vraiment d'amour. Elles vous expliquent comment être une bête de sexe, mais pas comment votre sexualité s'inscrit comme signe du don de toute une vie à l'autre. "L'amour ? Mais, ma bonne dame, ça n'existe que dans les films"

Difficile d'appeler à la retenue sans être taxé au mieux de coincé, au pire d'obscurantiste. "Retire tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte"1 A vous de choisir : vous pouvez entrer sur la pointe des pieds, avec douceur et précaution sur cette terre sacrée ; vous pouvez aussi chausser vos grosses bottes et tout abîmer sur votre passage.

  • 1. Ex 3,5

 
 

Commentaires

C'est tristement vrai. Et en France nous souffront énormément de ce mal, de cette volonté de tout mettre au même niveau et de cette idée stupide que pour être pleinement soi-même, il faut être épanoui au lit.

J'ai pas mal discuté avec quelqu'un qui pense, comme tant de nos concitoyens, que l'amour, ça peut se donner pour un soir, que la relation purement physique "c'est toujours de l'amour". Que diraient les victimes de viols en écoutant ça ?
Ces personnes et moi n'avons pas du tout la même conception du mot amour. Là où j'ai appris, grâce à l'église, à voire don total, on nous dit, on nous crie, on nous martèle "grosse éclate d'une nuit", ou on déguise le même concept sous l'idée de "satisfaire et se satisfaire le temps d'un échange".
On n'imagine pas que l'amour puisse durer à distance, ni qu'on puisse rester fidèle sur la longue durée si on est séparé. "L'instinct est trop fort," pense-t-on.

C'est tellement triste.

A l'inverse, j'ai des amis canadiens qui considèrent le comportement tristement français (chez les expatriés, ceux qu'on prend de loin pour des romantiques sont vite reclassés dans la catégorie "coureurs de jupons". J'ai honte pour mon pays.) de "courir après tout ce qui bouge" comme un scandale, et qui répliquent sur le ton de l'évidence, quand on explique le mode de pensée assorti "mais nous ne sommes pas des animaux !"
Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de parler avec un homme d'un petit pays près de l'Afrique. L'Esprit m'a bien inspirée sur le moment, parce que j'ai su lui parler de mes convictions avec les mots justes, et la fierté que j'en tire. Son vocabulaire m'a amusée "vous voulez dire que vous êtes en état de virginité ?" On me croira si on veut, mais quand je lui ai dit "oui" et expliqué pourquoi, il s'est montré admiratif.
En France, quand on ose dire ces choses-là, on vous crache à la figure...

Argh ! La grosse faute d'accord ! Pardon !

Nous souffrons avec un S, bien sûr.
Et quand je dis : "ces personnes", je parle de ceux qui pensent que l'homme doit être régi par ses instincts, pas des victimes de viols...

Portrait de Marie-Anne

C'est le problème de notre société, le sexe comme un plaisir banal, comme un loisir !
Pour parler de ce que je connais, quand on s'est marié sans avoir vécu ensemble auparavant, on s'est entendu traiter d'inconscient, parce qu'on n'avait pas "testé" la personne avant... pareil parce qu'on a eu qu'un seul amour, on nous prend pour des fous parce qu'on a pas "comparé" !

Tu parles des émissions consacrées à la sexualité, avec un semblant de scientifique derrière, mais il y a encore toutes ces émissions, soit disant des jeux, où la fidélité et la sexualité harmonieuses sont tournées au ridicule, comme dans ces émissions de télé-"réalité" scandaleuse du genre "l'île de la tentation", ou cette émission finalement déprogramme "trompe-moi si tu peux"... ça m'afflige toujours de voir le titre de ces émissions revenir d'années en années, rien que le fait que quelqu'un ait pu imaginé un tel concept me scandalise et m'attriste !

Portrait de Guillaumet

En guise de commentaire approbateur de tout rejet de cette sexualité déshumanisée et déshumanisante, trop souvent légitimée en "libération", je  vous donne cette boutade de Tolstoï : " L'homme a conscience d'être Dieu, il a raison parce que Dieu est en lui ; il a aussi conscience d'être un cochon, et il a également raison car le cochon est en lui ; mais il se trompe cruellement lorsqu'il prend le cochon pour Dieu ! "


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