Les gender studies sont entréees en France par la grand porte, avec la création d'une chaire à Science-Po. Mais, finalement, que sont-elles ? Si elles sont difficiles à appréhender, c'est parce que, derrière un côté pluridisciplinaire se cachent des théories et idéologies très différentes.
Historiquement, les études sur le genre visent l'analyse de la répartition des rôles entre hommes et femmes dans la société, et la réhabilitation de la place des femmes dans l'histoire. Cependant, quelques idéologues se sont emparés de cette discipline pour propager leurs thèses : pour eux, notre sexe biologique est une contingence et la masculinité et la féminité sont de pures constructions sociales, qu'il s'agit de détruire en les remplaçant par des "genres" que chacun, homme ou femme, peut s'approprier.
En 1968, le livre de Stoller Sex and Gender. On the Development of Masculinity and Feminity tente de décrire le processus de "sexualisation", c'est à dire la manière dont chacun d'entre nous s'approprie son identité sexuelle. Comme un chercheur sur la vision humaine comprendrait la perception des couleurs en observant des sujets daltoniens et en les comparant avec des sujets non-daltoniens, Stoller analyse pour cela le cas des transsexuels, pour qui ce processus de sexualisation s'est mal passé.
Là où le bât blesse, c'est qu'un certain nombre de féministes, à qui des idiots ont dû opposer des arguments de type "l'inégalité homme-femme est dans la nature", ont, pour le besoin de leur lutte, décidé que l'identité sexuelle n'était qu'après-tout une construction sociale. C'est comme cela qu'on aboutit à des marches comme celle d'hier.
C'est comme si les daltoniens décrétaient que, finalement, la couleur est une convention sociale, parce qu'ils ne les voient pas ! Et de manifester contre les feux verts et feux rouges, bien entendu discriminatoires, de demander l'abolition de Benetton (united colours, quel scandale), des codes couleurs sur les résistances et des pubs pour téléviseurs Sony. La compassion pour les daltoniens1 ne nous fera pas renoncer à la couleur.
De même, si nous ne pouvons que manifester de la compassion aux personnes qui connaissent des difficultés dans le développement de leur identité sexuelle, il serait absurde de vouloir normaliser la société sur leur expérience. Leur "droit au bonheur" ne justifie pas la destruction du mariage, et le fait que beaucoup d'enfants souffrent de vivre sans leur père ou leur mère2 ne justifie en rien qu'on place volontairement d'autres enfants dans cette situation, et qu'on érige ce choix en modèle de société.
- 1. j'en suis!
- 2. je veux le dire avec le plus de douceur possible, sans jeter la pierre aux parents séparés, qui ont souvent fait ce choix la mort dans l'âme, face à une souffrance plus grande encore

Commentaires
Le problème de la société relativiste post-post-post-moderne, c'est qu'il n'est plus possible de faire des raisonnements par l'absurde.
Je vous jure que j'ai eu une conversation avec un brave jeune nourri de pensées relativiste qui me soutenait avec un sérieux et une aridité de puritain du Mayflower que puisque les daltoniens ne voient pas les mêmes couleurs que la plupart des gens, cela prouvait que les couleurs n'étaient qu'une convention sociale et que la vérité n'existait pas. Il soutenait également que 1+1 = 2 était une convention sociale.
Pas simple tout ça.
Dans ma paroisse, il y a un monsieur qui suit en ce moment un protocole de changement de sexe. Ce monsieur est marié, papa d'un enfant d'une douzaine d'années. La loi m'interdit évidemment de le mettre à l'écart ; de surcroît, l'humanité m'empêche de le condamner, pour plusieurs raisons. La première est la présence de son fils : ce serait faire reposer sur l'enfant la "faute" du père, ce qui serait contraire à l'Evangile (Jn 9). La seconde est que je ne peux être indifférent à sa souffrance, car c'est évidemment un homme qui souffre, il le dit lui-même et estime que son changement le guérira..
En même temps, je suis absolument persuadé que sa "transformation" ne mettra pas fin à sa souffrance, qui est d'une autre nature. La loi française ne reconnaît certes plus dans le transsexualisme un trouble de l'identité, mais ce n'est pas pour cela que ce n'en est pas un. D'autre part, je constate qu'il est beaucoup plus sensible à sa propre souffrance qu'à celle que son comportement fait naître chez les autres ; or, ce changement dérange profondément, car quand on est habitué à rencontrer un homme (masculin), avoir affaire à une femme, c'est extrêmement perturbant quand cette femme prétend être le même homme : que devient, en effet, la personne, dans une telle conception de l'humain ? Enfin, je m'interroge sur les effets que peuvent avoir, dans l'éducation des plus jeunes, des affirmations aussi absolues que celles des théoriciens du genre, lors du processus de construction de la personnalité.
La difficulté dans laquelle nous sommes, me semble-t-il, est que nous avons beaucoup de mal à dire qu'il y a une normalité (masculinité et féminité s'enracinent dans des réalités biologiques), et que cette normalité supporte des exceptions qui ne sont pas forcément condamnables. Ce qui m'interroge sur la véritable tolérance de notre société. Etre tolérant, ce n'est pas dire que tout se vaut. C'est dire qu'il y a une norme, mais que la transgression de cette norme doit être parfois acceptée, et en tout cas qu'elle ne doit jamais se traduire par un rejet de l'autre. Le relativisme (éthique et autre) n'est pas l'acceptation de l'autre : il est, au contraire, la négation de l'autre, puisque pour qu'il y ait un autre il faut quelque part un ego. Dans un monde comme celui-ci, l'atérité, voire l'altruisme, n'est pas possible. Et, ce qui est pire, quand quelque chose de différent se présente, il est alors ressenti, non pas comme autre, mais comme aliénant : l'aliénation remplace l'altérité.
J'allais ronchonner à la lecture de l'article que je trouve "facile" dans sa réflexion et bien hypocrite dans la remarque: "si nous ne pouvons que manifester de la compassion aux personnes qui connaissent des difficultés dans le développement de leur identité sexuelle", mais le commentaire du Père Pic est tellement admirable (de par son humanité et sa justesse d'analyse) que cela ne me serait presque plus nécessaire.
Néanmoins, j'aimerais soulever quelques points, car même si je reste tout à fait dubitatif sur le fond de ces cours dispensés à Sciences Po, l'observation depuis de nombreuses années de mes pairs m'a amené à la conclusion que ce genre d'études sont nécessaires. Etant homosexuel, mon expérience personnelle est forcément anormale, mais cette particularité m'a permis de trouver une place inédite parmi les hommes et les femmes hétérosexuels qui m'entourent. La particularité de ma condition et la chance de n'être ni la proie, ni le concurrent d'aucun des sexes me permettent souvent de faire le lien ou simplement d'avoir accès à des facettes des gens qu'ils ne montreraient pas à leurs pairs normaux. Et j'en suis assez rapidement venu à la conclusion que non seulement une bonne part des comportements étaient dus à des mimétismes permanents pour ne pas dépareiller de l'image qu'il est bien d'avoir, mais qu'en plus nombre d'entre eux ne se sont pas posés la question de qui ils sont et de la façon dont ils souhaitent s'inscrire homme ou femme dans la société. C'est en cela que j'estime l'étude de ces sujets utiles.
Enfin, j'aurais aimé avoir un éclairage sur les personnes que l'auteur de cet article comprend dans son analyse, car si le Père Pic se conscrit à la transsexualité, la remarque sur la "Gay Pride" et celle que je cite en début de mon commentaire, me laisse à croire qu'il englobe une population plus large dans le même amalgame. Si cela devait être le cas, je formaliserai probablement une réponse ;-)
Kern,
Je n'identifie évidemment pas les différentes tendances représentées dans la Gay Pride. Toutefois, force est de constater que cet amalgame est promu par les "défenseurs" de la cause, qui utilisent le vocable LGBT, confondant ainsi les différents cas.
Cela dit, je lis avec intérêt votre commentaire. La relation que vous appréciez, celle du "bon ami" dont on sait qu'il n'a aucune attente, la relation "sans ambiguité", mérite l'attention. Elle est plus courante chez les personnes de même sexe (la meilleure copine, le pote de 20 ans, etc.) et vous semblez vous féliciter de la vivre avec les personnes du sexe opposé.
Cette relation n'est possible selon vous (si je vous ai bien compris) que parce qu'elle est, pas nature, a-sexuée. Vous semblez supposer que cette relation est impossible entre personnes hétérosexuelles. En effet, il semble que la plupart de nos relations envers le sexe opposé subissent ainsi un biais. Nous constatons que nous sommes tous soumis à la concupiscence ("nous", autant que "vous").
S'arrêter là, cependant, serait refuser de croire que nous pouvons dépasser cet état de fait, issu du péché (cf. Génèse, "ton désir te poussera vers lui et il dominera sur toi") pour atteindre une relation vraie, libérée du péchée. JPII annonce, avec l'évangile, le contraire : la "rédemption du corps", la possibilité pour chacun d'être soi-même en vérité avec l'autre, dans le don libre, total, fidèle et fécond de sa personne à l'autre.
Il faut reconnaître aussi que ce genre de scénario ne plaide pas pour une "normalisation" des comportements plus ou moins exotiques :
http://dinersroom.eu/4996/pouvez-vous-adopter-votre-ex-mari
En effet, cet article de Jules est juste superbe! Cela me rappelle l'actualité américaine ou une grand-mère souhaiterait épouser son petit-fils (même si finalement cela fait pale figure par rapport à cette histoire!)
Au sujet de l'amalgame, c'est bien un problème, mais on passerait presque pour des dissidents dans les médias en refusant le T de LGBT et de distinguer l'identité de genre et l'identité sexuelle. De plus, je pense que nous sommes nombreux à apprécier que les problèmes d'identité de genre ne soient plus considérés comme des maladies mentales, en étant pourtant gênés par le changement de sexe en soi, qui n'a plus rien de naturel (là ou les problèmes d'identité sexuelle, si ils sont bien anormaux, restent naturels).
Sur les relations interpersonnelles, je pense ne pas avoir réussi à exprimer le fond de ma pensée. Je vous rejoins tout à fait sur les questions de dépassement et de relation vraie et heureusement de nombreuses personnes s'en sortent très bien quelle que soit leur condition. De plus, ce n'était pas tant pour les amitiés avec les personnes de sexe opposé que je me réjouissais (félicitais est un peu fort, il aurait fallu que je choisisse ;-) ), car ce type de relation est assez "classique", mais plutôt pour celles avec ceux du même sexe. Pour donner un exemple, j'ai bcp d'amis hommes qui parleront de leurs sentiments avec moi, là où avec leurs amis hétéros, c'est un sujet tabou, parce que supposément non viril ; pire encore, ils s'auto congratuleront dans leurs comportements machistes, alors qu'au fond, peu d'entre eux le sont réellement. Et c'est pour ce genre de situations que je pense que nous avons encore à apprendre des études sur le genre, particulièrement en cette époque où le poids de la publicité et des médias déforme la vision que nous pourrions avoir de l'autre.
Je crois que ce que tu touches du doigt, c'est le côté "plus éduqué que la moyenne" d'une partie non-négligeable de la population homosexuelle, plus qu'une question de capacité naturelle à se dire.
Je n'ai pas dit que je me disais moi, mais que les autres se disaient à moi :-p Et si j'estime que j'ai cette possibilité par la place anormale que j'ai, ça n'était pas du tout dans un but de l'étendre aux autres, simplement pour expliquer comment j'avais pu observer cela et comment j'en étais arrivé à mes conclusions ;-)
Et sur le côté plus éduqué, cela me semble un mythe. Beaucoup n'ont pas forcément été éduqués même si le fait d'être hors de la norme impose une réflexion que tout le monde ne fait pas. Néanmoins, chacun ne va pas aussi loin que les autres dans celle-ci. Pourtant, je concède qu'il est surement plus facile de s'assumer dans des milieux éduqués, ce qui explique les regroupements dans les grandes villes (même si au final, ça n'éduque pas forcément).
Kern, même en isolant les "T" dans un coin (et j'imagine que ça doit être lourd de se voir récupérer sans cesse par des militants de tout poil et de toutes causes), et considérant également que l'attraction pour des personnes du même sexe n'est pas une maladie mentale (au sens de privative de liberté, ou de jugement), je ne peux concevoir cette attraction comme équivalente au désir hétérosexuel (à condition que ce dernier soit bien ordonné).
Ce n'est pas un jugement, ou un présupposé strictement personnel, mais le fruit de rencontres, de personnes qui ont pu me parler de leur orientation. L'une d'entre elles, un américain, tient un blog sur le sujet : johnheard.blogspot.com
A quoi ça sert que je choisisse mes mots si c'est pour qu'ils soient déformés? :D
En disant que l'homosexualité est naturelle, je tiens juste à dire qu'existant depuis toujours et aussi chez les animaux, elle est bien anormale, mais existe naturellement. Après, je étant par essence non procréatrice, elle n'est pas comparable à une sexualité hétérosexuelle. Après, j'ai bon espoir (et de beaux exemples) qu'on puisse vivre de manière épanouie en couple homo, même si ça n'est pas pareil. Mais bon, on sort du sujet initial :-p
Pour la récupération par les militants, finalement les homos et les cathos ont les même soucis avec leurs extrémistes :-p On devrait créer des structures de dialogue pour échanger des solutions pratiques sur ces questions là ;-)
Kern : en tout cas, bienvenue ! et j'espère que la lecture de Jean-Paul II vous apportera autant qu'à moi.
Emmanuel Pic : pas simple en effet ; chacun, chacune vit une réelle souffrance qui ne peut que nous toucher et c'est pour cela -n'en déplaise à Kern- que je mentionne la compassion à leur égard. Comme tu le dis, changer les signes visibles de son sexe "biologique" est sans doute une échappatoire illusoire.
Sans cautionner chaque demande, je crois qu'il est nécessaire de prendre le temps de l'écouter, surtout si elle ne colle pas avec nos schémas pré-établis, nos pré-jugés. Jésus a pris le temps de demander à l'aveugle ce qu'il voulait (et pourtant ça devait être évident..).
Merci! J'avoue que même si je reçois toutes les màjs de Sacristains, je ne commente pas souvent. :-)
Pour JP II, il ne serait pas forcément mal que je me replonges dedans. J'en ai lu aux scouts (notre clan était même nommé Jean Paul II ), mais j'ai un peu laché depuis ...
Merci pour le blog aussi! Ca change des thérapies réparatrices! Même si au final, je pense que son discours fait tjs plus de mal que de bien au plus grand nombre, c'est un discours essentiel pour toute une frange de la population!
Et pour la compassion, du moment qu'elle en est bien, et pas de la pitié, je suis 100% pour ^^
"Merci pour le blog aussi! Ca change des thérapies réparatrices! Même si au final, je pense que son discours fait tjs plus de mal que de bien au plus grand nombre, c'est un discours essentiel pour toute une frange de la population!"
Peux-tu expliciter, je ne suis pas sûr de t'avoir compris ?
Celui de John Heard ;-)
Ah ok! Je l'avais entendu parler (il donne des conférences un peu partout dans les pays anglosaxons) et il avait su témoigner de manière simple et vraie, sans faux semblant, faisant preuve d'une profonde réflexion.