Dimanche a lieu la Marche pour la vie qui a pour but de sensibiliser nos concitoyens aux enjeux moraux (certains préfèrent dire éthiques... ce qui est la même chose, l'un en latin, l'autre en grec !) liés au respect de la vie. C'est en y pensant que je lisais l'évangile de demain : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »
Voilà mon espérance, ma prière, à moi qui ai toujours évité cette manifestation, craignant la récupération par un petit groupe non-représentatif, et qui vais marcher pour la première fois dimanche : que les attitudes et les slogans des marcheurs ne soient pas pleines de jugement et de mépris pour ceux et celles qui ont subi la violence de l'avortement. Qu'ils se contentent de proclamer que l'acte n'est pas anodin ni pour l'enfant ni pour la mère et qu'ils manifestent aux parents la tendresse du Christ, sans geste de rejet. Bref, qu'en marchant pour la vie, on ne marche pas contre les vivants.

Commentaires
J'ai entendu tout à l'heure Mme Edel qui organise cette manifestation. Elle m'a paru tout à fait dans l'esprit défendu ici. Elle se place sur le terrain du témoignage d'abord puis ensuite sur le terrain du lobbying dans l'espoir de revenir sur les lois adoptées depuis 35 ans.
en fait, au moment où je twittais mon billet, quelqu'un twittait un lien vers les règles de la marche pour la vie, où l'on peut lire ceci, notamment, qui me rassure vraiment :
6. Notre Marche est sans lien avec toutes choses blessantes qui seraient adressée aux femmes ayant subi un avortement. Nous aimons ces femmes et souhaitons leur guérison et leur aide.
7. Les participants répondant à des interviews dans les medias sont invités à s’exprimer dans l’esprit de justice et de compassion caractérisant la marche.
8. « Chacun a le droit d’avoir de bonnes informations et un soutien suffisant », de cette manière l’avortement peut être préventivement empêché. Nous voulons faire passer cet appel aux autorités publiques, aux médias, aux hommes et femmes de terrain.
Au sujet de votre scepticisme quant à la distinction Morale / Ethique : généralement, en philosophie, on distingue la Morale, science du Bien et du Mal, et des principes théoriques de l'Action, de l'Ethique, domaine de l'Action qui cherche à améliorer le réel en vue du Bonheur commun, ou du Bien.
Dit autrement, pour faire simple, la Morale est la théorie du Bien et du Mal, alors que l'Ethique est le domaine de son application pratique.
Bien sûr, cette distinction est loin d'être évidente, et dans le langage courant on a tendance à assimiler les deux... D'autre part, je suis bien conscient qu'une telle définition ne fait pas l'unanimité, y compris au sein même de la philosophie... Toutefois c'est celle que j'ai conservé, parce qu'elle a le mérite d'être assez claire une fois bien comprise, et d'être réellement féconde pour la recherche intellectuelle.
Ainsi, appliquée à la Marche pour la Vie et plus largement à la Théologie du Corps, le pan moral serait celui du jugement porté sur le respect de la Vie, comme un Bien, et de l'avortement en général, comme un Mal ; alors que le pan Ethique serait celui de l'interrogation sur les conséquences de la pratique de l'IVG, sur la prégnance de l'idéologie pro-avortement au sein de la société, sur les aspects concrets de l'accueil de la Vie au sein des familles, sur les mesure prises par les gouvernements pour favoriser l'IVG ou la vie familiale etc. Le seconde dépendant bien sûr étroitement du premier !
Savoir si une chose est bonne ou mauvaise en soi est une chose ; déterminer au coeur de son action et de ses comportements si je dois faire telle ou telle chose, si tel comportement ou telle attitude est bonne ou mauvaise, non pas théoriquement, mais pour elle-même, dans son contexte, avec ses conséquences, mais aussi ses déterminations, ses causes, etc. en est une autre, mais une autre qui repose intimement sur la première. Ou encore : la Morale dit ce qui EST bon, l'Ethique détermine ce qu'est l'ACTION bonne.
On pourrait, pour illustrer, tracer un parallèle avec le couple Droit / Justice : le Droit détermine théoriquement ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire ; la Justice règle l'application pratique du Droit en déterminant, pour chaque cas, dans son contexte concret, quel jugement particulier il convient de porter, et quelle sanction il convient de prendre le cas échéant. Le Droit dit ce qu'il FAUT faire ; la Justice détermine pour chacun ce qu'il est JUSTE de faire. Et parfois ça ne correspond pas, d'ailleurs... Ainsi les Résistants français ou allemands agissaient, selon le Droit, comme des terroristes, mais aujourd'hui nous reconnaissons généralement qu'ils ont agit justement.
Arrêtons là le cours de Philosophie... ^^ Sinon je vais encore écrire des pages et des pages et je vais vous lasser.
En espérant que ces distinctions vous auront un peu éclairé, et en accueillant avec joie la nouvelle de votre entrée parmi les Sacristains.
Bien à vous, C.S.
C.S., Merci pour votre commentaire.
Je ne nie pas la nuance entre les deux notions, je m'irrite juste lorsque nous utilisons éthique parce que morale fait un peu désuet.
Une distinction un peu différente est celle entre éthique et éthos. L'éthique correspond à la morale en tant que règle extérieure, tandis que l'éthos est l'intériorisation de cette morale (vécue alors non comme une contrainte mais par amour ou fidélité à Dieu, qui en est la source).