Pour une opposition crédible à l'avortement

Publié dans : Avortement / IVG

Rosaire pour la Vie, photo Ouest France

L'association Sos Tout-Petits fait beaucoup parler d'elle ces temps-ci dans la presse, puisqu'elle organise en face des cathédrales de notre pays la prière publique du rosaire contre l'avortement, comme ici à Brest, Bordeaux, Angers, Poitiers. Celle-ci, annoncée, ne manque pas de déclencher des contre-manifestations des partisans de l'IVG. Loin de moi l'idée de nier la bonne foi de ceux qui viennent prier publiquement pour la vie1 ou de reléguer cet engagement dans la sphère privée ; j'émets toutefois des doutes quant à la méthode. 

Je voudrais évoquer en premier lieu l'efficacité en termes de communication. En effet, lorsqu'on se rassemble ainsi, on soutient implicitement le message des organisateurs de la manifestation et sa perception -moins évidente ou immédiate- par les médias. Or le message relayé par ces manifestations est souvent beaucoup plus tourné vers le jugement que vers la miséricorde. En effet, il s'articule uniquement autour de la réalité de l'enfant (avortement = mort d'un innocent) sans prendre en compte celle que vit la femme et mère (avortement = s'infliger une blessure profonde).

Ceci, couplé à une forme de prière bonne en soi mais déjà taxée de signe d'obscurantisme, suffit à distordre le message et donc l'impact, en termes de communication2. Il faut toutefois reconnaître à ceux qui choisissent cette forme d'action que leur non-violence est leur meilleur témoignage : on aimerait qu'elle s'étende aussi jusqu'aux discours.

Un terme entendu dans un reportage m'a fait sursauter : certains participants ont prétendu prier pour -je cite- "expier les péchés" des femmes qui avortent ou les "racheter". L'utilisation de tels termes est, à mon sens, profondément anticatholique : seul le Christ, agneau sans tâche, prend sur lui le péché du monde. En aucun cas il ne le rachète. Racheter à qui ? Au diable ? Dieu ne lui doit rien. A un Dieu qui aurait soif de vengeance ? Quelle image détestable !

Cela rejoint mon prochain grief : celui de l'identitaire. La tentation est toujours présente de cliver, de se mettre à part. Certes, les chrétiens, quoique dans le monde, ne sont pas du monde, ne vivent pas de l'esprit du monde. S'il est essentiel d'affirmer nos valeurs, nous sommes cependant toujours tentés de nous démarquer trop du reste de l'humanité. Je propose un petit outil de discernement : lorsque le principal effet de la démarcation est de nous conforter dans une innocence à bon compte -parce qu'il est plus confortable d'être "dans le camps des gentils"- abstenons-nous. 

Lorsque l'auto-justification nous menace, souvenons des paroles dures du Christ contre les Pharisiens, et gardons à l'esprit son appel à prier dans le secret. Si nous croyons vraiment que c'est la prière qui est efficace et non nos gesticulations publiques, alors osons prier3 dans le secret, avec foi. L'association SOS Tout-Petits a comme slogan la citation de Jean-Paul II « continuez votre bonne bataille » : une fois la bataille choisie, il s'agit de choisir les bonnes armes. 

Cela signifie t-il que notre action doit être strictement privée ? Pas du tout ! Dans une société qui est ouvertement opposée à la vie, l'Eglise a la responsabilité de proposer aux femmes qui vivent des situations de grossesses non-désirées un accompagnement, aux adolescentes enceintes une aide matérielle, aux femmes qui ont choisi l'avortement la miséricorde. Sans cette action sociale -qui peine à se développer ou à se faire connaître- les prières ne sont que pieuses paroles. 

Je termine ce billet en vous invitant à méditer la douceur de Jean-Paul II qui s'adresse4 aux femmes qui ont subi un avortement :

Je voudrais adresser une pensée spéciale à vous, femmes qui avez eu recours à l'avortement. L'Eglise sait combien de conditionnements ont pu peser sur votre décision, et elle ne doute pas que, dans bien des cas, cette décision a été douloureuse, et même dramatique. Il est probable que la blessure de votre âme n'est pas encore refermée. En réalité, ce qui s'est produit a été et demeure profondément injuste. Mais ne vous laissez pas aller au découragement et ne renoncez pas à l'espérance. Sachez plutôt comprendre ce qui s'est passé et interprétez-le en vérité. Si vous ne l'avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir: le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. C’est à ce même Père et à sa miséricorde qu’avec espérance vous pouvez confier votre enfant. Avec l'aide des conseils et de la présence de personnes amies compétentes, vous pourrez faire partie des défenseurs les plus convaincants du droit de tous à la vie par votre témoignage douloureux. Dans votre engagement pour la vie, éventuellement couronné par la naissance de nouvelles créatures et exercé par l'accueil et l'attention envers ceux qui ont le plus besoin d'une présence chaleureuse, vous travaillerez à instaurer une nouvelle manière de considérer la vie de l'homme.

 

  • 1. ceux qui lisent ce site régulièrement savent que son auteur est bel et bien opposé à l'IVG
  • 2. un peu comme la réaction de ces étudiants qui s'étaient mis à chanter en latin face aux militants d'Act-Up
  • 3. d'autant plus que JPII dit qu'une grande prière pour la vie est une urgence, EV100
  • 4. dans Evangelium Vitae, 99

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Post-it : se former cet été et l'an prochain

Publié dans : Blog

Que vous soyez en couple ou célibataire, laïc ou consacré, vous ressentez peut-être le désir de prendre le temps de réfléchir au sens profond de votre sexualité, à la beauté (et parfois, la difficulté) de vivre cet amour pleinement humain auquel nous sommes appelés ? 

Je vous fais passer ce 'tract virtuel' pour deux propositions de l'AFCP que je vous recommande : 

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    Parmi les thèmes des conférences  : "Le corps : objet de jouissance ? de mépris ? ; L'amour : désir, tendresse et respect de l'identité ; La communication dans le couple ; Sensualité, pudeur, plaisir : un bien ? un mal ?". Les participants bénéficient d'un accompagnement personnalisé.

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  • L'Institut Karol Wojtyla : une formation en cinq week-ends par an pendant quatre ans, sur Paris. 
    Habilité par l'Institut catholique de Toulouse, l'IKW offre une formation multidisciplinaire (philosophie, éthique, psychologie, droit canonique, théologie du corps, initiation à l'accompagnement, etc.) permettant de s'ancrer dans l'«anthropologie adéquate» de Jean-Paul II, en vue de l'accompagnement des personnes. 

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