Vous êtes ici

Blogroll

Quelques minces considérations sur la pauvreté

Zabou the terrible - il y a 4 heures 54 min

        La pauvreté, conseil évangélique. Nous, vierges consacrées, ne prononçons pas ces trois vœux ou conseils mais, si nous engageons explicitement à vivre dans la chasteté (déjà tout un programme de vie quand on la considère en son sens large !), nous nous engageons aussi à « suivre le Christ » (sans doute encore davantage tout un programme !) et l’on a tendance à dire que les conseils évangéliques sont inclus dans cette sequela Christi. C’est vrai et cela est encore plus global puisqu’en réalité ces deux éléments ne font que dire, d’un simple oui : « je m’engage à apprendre à aimer tout au long de ma vie, jusqu’à la mort ».

 

         Mais considérons néanmoins la question de la pauvreté : vivant dans le monde, devant assurer notre quotidien, ses vicissitudes et ses impôts, il s’agit en gros d’une simplicité de vie qui prendra différents trains de vie selon les lieux, les circonstances diverses des unes ou des autres. Il est cependant bon de faire le point, de temps à autre, si possible avec un père spirituel, pour voir où nous en sommes dans notre rapport avec les biens matériels. À quel moment les transformons-nous en idoles qui tendraient à prendre la place d’un Dieu que nous nous sommes engagées à aimer plus que tout ? Peut-être aujourd’hui cette dimension prend-elle un sens plus brûlant dans le contexte de la crise écologique et nous invite-t-elle également à chercher à enlever de nos vies ce qui est surconsommation : c’est en tout cas une dimension qui va devenir chaque jour plus prégnante. Ces deux questions sont valables pour chacun, bien en dehors de la vie consacrée, puisqu'il s'agit bien d'un "conseil évangélique" destiné à tous. 

 

           Si cela est juste et bon, je me demande toutefois de plus en plus si la tension la plus profonde de ce conseil évangélique ne se trouve pas la réalité de notre pauvreté. Oh oui, nous sommes pécheurs et rien de neuf sous le soleil là ! Certes et c’est en plus facile à dire mais peut-être moins à réaliser pour de bon, en mettant toute la réalité de notre être face au Seigneur. Mais il y a aussi toute cette réalité existentielle de notre pauvreté : la non-maîtrise des événements ou encore le vide parfois apparent et déstabilisant de nos prières. Qu’en faisons-nous justement dans notre prière ? Restons-nous fanfaronnants de force, habitués, rodés de fidélité, ou osons-nous, simplement, venir comme nous sommes à la prière, comme une branche venant prendre sa sève vitale, dépendante intimement de la solidité qu’est le tronc, le corps du Christ ? Cela est pauvreté mais cela est aussi vérité.

          J’y pense souvent depuis la rentrée avec cette fameuse classe compliquée dont je suis professeur principale : je suis vive, j’aime l’action, j’ai un besoin certain de bouger pour changer les choses alors pour tout vous avouer je râle souvent devant le Seigneur en même temps que je Lui confie mes élèves. Des améliorations en vue ? Tellement minimes... mais et si Dieu m’appelait tout simplement à me reconnaître ainsi pauvre devant Lui venue simplement avec toute ma pauvreté ?

            C’est bien cette incroyable sève de vie de la relation avec Lui qui donne d’être une branche vivace, apte à porter des feuilles vertes, des fruits ou, même quand elle devient suffisamment solide, des oiseaux qui viennent s'y reposer. Alors embrasser la pauvreté est probablement d’accepter cette dépendance vitale intérieure.

            Peut-être alors que nos pauvretés existentielles deviennent ces deux pièces de la veuve que saint Luc faisait résonner juste avant la pericope que nous entendions dimanche dernier (Lc 21), juste avant l'annonce de la destruction du Temple. De ces pièces il ne restera probablement rien... mais il y aura été mis beaucoup d’amour et c'est cela qui importe plus que tout, et c'est cela qui transforme tout. 

          Que le Seigneur qui a pris notre chair jusque dans ce qu’elle avait de fragile nous donne chaque jour davantage de nous reconnaître pour ce que nous sommes devant lui, dans nos faiblesses et nos vulnérabilités

Catégories: Blogroll

La Panthère des neiges (Renaudot 2019)

Zabou the terrible - mercredi 20/11/2019 - 11:42

 

 

           Sylvain Tesson, l’écrivain-voyageur blessé dans sa chair, l’ancien fou d’escalade, celui qui rendit hommage de si belle manière à Notre-Dame, cet homme assez inclassable qui obtient le Renaudot avec un livre au titre si simple, La Panthère des neiges : cela ne pouvait que m’attirer, moi qui avais déjà savouré son itinérance Sur les chemins noirs emplie de réflexions en tout genre avec une verve assez incomparable. 

 

            On en retrouve toute la saveur mais, alors que la traversée de la France par les chemins de traverse oubliés des hommes s’écrivait pour lui immédiatement après son accident, forme de reconstruction par la marche, sa Panthère sonne davantage comme une longue quête contemplative. Celui qui provoque le récit, c’est un photographe naturaliste, Vincent Munier, qui le convie pour un voyage à la recherche de la panthère des neiges sur les hauts-plateaux du Tibet. 

 

            Est-ce parti pour une belle aventure en montagne à la Frison-Roche ? Pas tout à fait. L’exploit humain et sportif se fait ténu ici et se tient toujours derrière l’exploit chaque jour renouvelé de la nature et de sa grandeur. Car ce sont bien des amoureux de celle-ci qui voyagent en des lieux hostiles à l’homme, où celui-ci ne peut que survivre, mais où l’animal vit et ne se laisse approcher qu’après s’être imprégné et avoir deviné son intimité, à son rythme. C’est pour cela que le livre s’organise en une quête comprenant successivement trois parties aux noms jouxtant la quête spirituelle, lente et intense : l’approche, le parvis et enfin l’apparition. 

 

            Toutefois, il ne s’agit pas du simple témoignage d’un voyage exceptionnel : Sylvain Tesson le transforme, au gré de ses réflexions souvent littéraires, lentes et qui s’échafaude au pas de la marche, en une ode à la nature que j’écrirais, en chrétienne, à la Création. Dans cet écrin lumineusement rude qu’est le Tibet, la panthère est le joyau caché mais c’est bien l’ensemble de l’écrin qui se donne à contempler au regard exercé. La menace se renverse, n’est plus le fauve, mais probablement l’homme ayant oublié le rapport à la réalité et à sa beauté. Ce livre nous l’offre dans un français magnifique, merci Sylvain Tesson ! 

 

            En guise de finale, une citation qui est comme une clé de lecture : « on m’en veut d’esthétiser le monde, se défendait-il. Mais il y a suffisamment de témoins du désastre ! Je traque la beauté, je lui rends mes devoirs. C’est ma manière de le défendre ». 

 

Sylvain Tesson, La Panthère des neiges, Gallimard, coll. Blanche, Paris, 2019, 176 p. 

Catégories: Blogroll
S'abonner à Théologie du Corps agrégateur - Blogroll