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Mgr Olivier de Germay, nommé archevêque de Lyon

cef.fr - articles - jeudi 22/10/2020 - 11:59

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Olivier de Germay, archevêque de Lyon, après l’acceptation de la démission du cardinal Philippe Barbarin, le 6 mars 2020. Monseigneur Olivier de Germay était jusqu’à présent évêque d’Ajaccio.
« J’ai reçu un appel du nonce le jour de mes 60 ans ! c’est-à-dire le 18 septembre. Je l’ai ensuite rencontré à Paris où il m’a annoncé que le Pape m’avait nommé archevêque de Lyon », précise Monseigneur Olivier de Germay.
Monseigneur Michel Dubost demeure administrateur apostolique de l’archidiocèse de Lyon jusqu’à l’installation de Monseigneur de Germay.
Ordonné prêtre le 17 mai 1998 pour l’archidiocèse de Toulouse, Monseigneur Olivier de Germay fut vicaire puis curé de Castanet (1999-2006) ; aumônier diocésain des Guides de France (1999-2001) ; doyen de la zone « Banlieues-Sud » de Toulouse (2003-2006) ; vicaire épiscopal (2004-2012) ; curé de Beauzelle (2006-2012) ; professeur de théologie sacramentelle et de la famille à l’Institut catholique de Toulouse (2008-2012) ; doyen de Blagnac (2009-2012).
Depuis 2012, Monseigneur Olivier de Germay était évêque d’Ajaccio.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Olivier de Germay est membre de la Commission pour la catéchèse et le catéchuménat ainsi que du groupe de travail Église et bioéthique.
Aux Corses, Monseigneur Olivier de Germay adresse le message suivant : « Je ne quitterai pas la Corse sans un vrai pincement au cœur ! J’ai beaucoup reçu et appris au cours de ces 8 années passées sur l’Ile de Beauté. La culture corse est pétrie de christianisme, et la laïcité est vécue ici sans crispation. Je remercie les Corses pour leur accueil chaleureux, pour leurs prières qui m’ont porté, et pour leur patience avec moi ! »
Le nouvel archevêque de Lyon confie sa joie d’être envoyé servir l’Église qui est à Lyon : « J’ai tout à découvrir de ce beau diocèse dont je pressens déjà toute la richesse humaine et spirituelle. Je compte sur les fidèles de ce diocèse pour m’aider à le découvrir. Je compte aussi sur leur prière ! »
L’installation de Monseigneur Olivier de Germay aura lieu le dimanche 20 décembre en la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. L’heure reste à préciser. Une messe d’action de grâce sera présidée par Monseigneur Dubost ce vendredi 23 octobre à 19h à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Lyon.
Monseigneur Olivier de Germay s’exprimera à l’occasion d’un point presse à l’évêché d’Ajaccio à 12h, 8 boulevard Sylvestre Marcaggi, 20 181 Ajaccio. Monseigneur Michel Dubost, administrateur apostolique du diocèse de Lyon, étant en voyage pour le soutenir les Libanais, Monseigneur Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, accueillera les journalistes qui le désirent à 15h à l’archevêché de Lyon, 7 place Saint-Irénée, 69 005 Lyon.

Contacts presse :
Diocèse de Lyon : M. Christophe RAVINET-DAVENAS – 06 50 42 02 04
c.ravinet@lyon.catholique.fr
Diocèse d’Ajaccio : M. François-Antoine ISONI – 06 33 02 87 22
communication@corse.catholique.fr

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Mgr Olivier de Germay, nommé archevêque de Lyon

cef.fr - jeudi 22/10/2020 - 11:59

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Olivier de Germay, archevêque de Lyon, après l’acceptation de la démission du cardinal Philippe Barbarin, le 6 mars 2020. Monseigneur Olivier de Germay était jusqu’à présent évêque d’Ajaccio.
« J’ai reçu un appel du nonce le jour de mes 60 ans ! c’est-à-dire le 18 septembre. Je l’ai ensuite rencontré à Paris où il m’a annoncé que le Pape m’avait nommé archevêque de Lyon », précise Monseigneur Olivier de Germay.
Monseigneur Michel Dubost demeure administrateur apostolique de l’archidiocèse de Lyon jusqu’à l’installation de Monseigneur de Germay.
Ordonné prêtre le 17 mai 1998 pour l’archidiocèse de Toulouse, Monseigneur Olivier de Germay fut vicaire puis curé de Castanet (1999-2006) ; aumônier diocésain des Guides de France (1999-2001) ; doyen de la zone « Banlieues-Sud » de Toulouse (2003-2006) ; vicaire épiscopal (2004-2012) ; curé de Beauzelle (2006-2012) ; professeur de théologie sacramentelle et de la famille à l’Institut catholique de Toulouse (2008-2012) ; doyen de Blagnac (2009-2012).
Depuis 2012, Monseigneur Olivier de Germay était évêque d’Ajaccio.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Olivier de Germay est membre de la Commission pour la catéchèse et le catéchuménat ainsi que du groupe de travail Église et bioéthique.
Aux Corses, Monseigneur Olivier de Germay adresse le message suivant : « Je ne quitterai pas la Corse sans un vrai pincement au cœur ! J’ai beaucoup reçu et appris au cours de ces 8 années passées sur l’Ile de Beauté. La culture corse est pétrie de christianisme, et la laïcité est vécue ici sans crispation. Je remercie les Corses pour leur accueil chaleureux, pour leurs prières qui m’ont porté, et pour leur patience avec moi ! »
Le nouvel archevêque de Lyon confie sa joie d’être envoyé servir l’Église qui est à Lyon : « J’ai tout à découvrir de ce beau diocèse dont je pressens déjà toute la richesse humaine et spirituelle. Je compte sur les fidèles de ce diocèse pour m’aider à le découvrir. Je compte aussi sur leur prière ! »
L’installation de Monseigneur Olivier de Germay aura lieu le dimanche 20 décembre en la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. L’heure reste à préciser. Une messe d’action de grâce sera présidée par Monseigneur Dubost ce vendredi 23 octobre à 19h à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste à Lyon.
Monseigneur Olivier de Germay s’exprimera à l’occasion d’un point presse à l’évêché d’Ajaccio à 12h, 8 boulevard Sylvestre Marcaggi, 20 181 Ajaccio. Monseigneur Michel Dubost, administrateur apostolique du diocèse de Lyon, étant en voyage pour le soutenir les Libanais, Monseigneur Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, accueillera les journalistes qui le désirent à 15h à l’archevêché de Lyon, 7 place Saint-Irénée, 69 005 Lyon.

Contacts presse :
Diocèse de Lyon : M. Christophe RAVINET-DAVENAS – 06 50 42 02 04
c.ravinet@lyon.catholique.fr
Diocèse d’Ajaccio : M. François-Antoine ISONI – 06 33 02 87 22
communication@corse.catholique.fr

Mgr Bertrand Lacombe, nommé archevêque d’Auch

cef.fr - articles - jeudi 22/10/2020 - 11:50

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Bertrand Lacombe, archevêque d’Auch, jusqu’à présent évêque auxiliaire de Bordeaux, suite à l’acceptation de la démission par le Pape François de Monseigneur Maurice Gardès pour raison d’âge.
Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse est nommé administrateur apostolique pour gouverner l’archidiocèse d’Auch jusqu’à la prise de possession canonique de Monseigneur Lacombe.
Ordonné en 2001, pour l’archidiocèse de Montpellier, Monseigneur Bertrand Lacombe a été membre de l’ensemble paroissial Sainte-Thérèse-Sainte-Famille à Béziers entre 2001 et 2005 où il occupait également une fonction de service auprès des aumôneries de l’Enseignement public de Béziers. De 2005 à 2007, il fut curé de la paroisse Mère Térésa à Béziers jusqu’ à ce qu’il devienne membre de l’équipe du Grand Séminaire de Toulouse et prêtre accompagnateur de l’Enseignement public du Libron. En 2009, il fut nommé aumônier national de la branche louveteaux-jeannettes au sein des Scouts et Guides de France, fonction qu’il occupa jusqu’en 2015. De 2011 à 2016, il fut vicaire général de l’archidiocèse de Montpellier.
Depuis 2016, Monseigneur Bertrand Lacombe était évêque auxiliaire de Bordeaux.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Bertrand Lacombe est membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes.
L’installation de Monseigneur Bertrand Lacombe aura lieu le dimanche 22 novembre 2020 à 15h30 en la cathédrale Sainte Marie d’Auch.

Contacts presse :

Diocèse d’Auch : P. Marc DERREY – 05 62 61 91 52
marc.derrey@wanadoo.fr

Diocèse de Bordeaux : P. Samuel VOLTA – 05 56 91 81 82
s.volta@bordeaux.catholique.fr

Catégories: Articles

Mgr Bertrand Lacombe, nommé archevêque d’Auch

cef.fr - jeudi 22/10/2020 - 11:50

Le pape François a nommé ce jour, Monseigneur Bertrand Lacombe, archevêque d’Auch, jusqu’à présent évêque auxiliaire de Bordeaux, suite à l’acceptation de la démission par le Pape François de Monseigneur Maurice Gardès pour raison d’âge.
Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse est nommé administrateur apostolique pour gouverner l’archidiocèse d’Auch jusqu’à la prise de possession canonique de Monseigneur Lacombe.
Ordonné en 2001, pour l’archidiocèse de Montpellier, Monseigneur Bertrand Lacombe a été membre de l’ensemble paroissial Sainte-Thérèse-Sainte-Famille à Béziers entre 2001 et 2005 où il occupait également une fonction de service auprès des aumôneries de l’Enseignement public de Béziers. De 2005 à 2007, il fut curé de la paroisse Mère Térésa à Béziers jusqu’ à ce qu’il devienne membre de l’équipe du Grand Séminaire de Toulouse et prêtre accompagnateur de l’Enseignement public du Libron. En 2009, il fut nommé aumônier national de la branche louveteaux-jeannettes au sein des Scouts et Guides de France, fonction qu’il occupa jusqu’en 2015. De 2011 à 2016, il fut vicaire général de l’archidiocèse de Montpellier.
Depuis 2016, Monseigneur Bertrand Lacombe était évêque auxiliaire de Bordeaux.
Au sein de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Bertrand Lacombe est membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes.
L’installation de Monseigneur Bertrand Lacombe aura lieu le dimanche 22 novembre 2020 à 15h30 en la cathédrale Sainte Marie d’Auch.

Contacts presse :

Diocèse d’Auch : P. Marc DERREY – 05 62 61 91 52
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Diocèse de Bordeaux : P. Samuel VOLTA – 05 56 91 81 82
s.volta@bordeaux.catholique.fr

Contre le fanatisme, la Sorbonne. Toute la Sorbonne.

koztoujours - mercredi 21/10/2020 - 15:49

De Conflans-Sainte-Honorine, j’ai l’image apaisée d’un petit port fluvial en contrebas de la route, de la capitale de la batellerie. Conflans-Sainte-Honorine, c’est une première étape vers le grand air. Il aura fallu l’assassinat de Samuel Paty pour que se dissipe dans le sang l’illusion que la gangrène islamiste qui frappe des villes voisines ne la touchait pas également. Là aussi, donc. Si proche. Mais est-ce surprenant : des individus radicalisés n’ont-ils pas été arrêtés dans une cité à moins d’un kilomètre de chez moi ? Le choc, donc, comme tout le monde et peut-être un peu plus encore par ma proximité avec le corps enseignant.

Et l’interrogation : comment nous en sortirons-nous ?

Par-delà la réponse sécuritaire, et au-delà des caricatures…

Il y faudra une réponse sécuritaire, dont je doute qu’elle passe par l’écriture de nouveaux textes de loi, qui ne sont souvent qu’autant d’effets d’affichage exonérant nos pouvoirs d’une action concrète. Mais il faudra qu’elle intervienne.

Emmanuel Macron n’a pas tort de le dire, même s’il n’est pas le seul : si ce n’est pas l’Etat qui agit, un jour ce seront les milices. C’est à l’évidence une hypothèse qui doit être prise au sérieux, et les responsables de nos services de renseignement l’ont déjà très concrètement évoquée. On apprend aussi avec une surprise certaine, en même temps que sa dissolution, qu’un collectif pouvait encore se nommer Cheikh Yassine dans notre pays. Pour autant, la dissolution d’une association n’a jamais éradiqué sa pensée. Il faut à l’évidence traiter avec constance et intransigeance les fanatiques islamistes comme les ennemis de notre pays qu’ils sont, et frapper comme nous l’aurions fait au cours de n’importe quelle guerre pour n’importe quel ennemi sur notre sol.

Mais si la réponse sécuritaire est indispensable, elle est aussi insuffisante. Si l’on me permet de poursuivre la comparaison avec la guerre : il en est un peu de même ici et avec les victoires militaires quand elles ne s’accompagnent pas de victoires politiques.

Or, au risque de prendre à rebours un mouvement qui semble unanime – à tout le moins lorsque l’on observe la presse et qu’on lit les réactions de journalistes, militants, intellectuels sur les réseaux – et d’assumer les assauts convergents des uns et des autres, je ne suis pas convaincu par l’approche frontale très majoritaire, qui bénéficie de la rencontre de ceux qui voudraient éradiquer l’islam et de ceux qui voudraient éliminer les religions, en même que de ceux qui voudraient que l’islam ne soit pas l’islam.

Cette logique de confrontation, implicite mais à l’œuvre, me paraît vouée à l’échec et à l’affrontement. A supposer encore que cela soit souhaitable, non, je ne pense pas que l’on puisse ambitionner sérieusement d’extirper la religion de l’âme humaine ou l’islam du cœur des musulmans. Refuser par principe de penser, pour les besoins du raisonnement, comme son interlocuteur (étant entendu que l’interlocuteur, ici, n’est pas le fanatique) ne peut que nous empêcher de trouver la racine du problème. Là aussi, l’empathie est indispensable.

Alors, disons-le clairement : la republication effrénée des caricatures de Charlie Hebdo me paraît une réponse bien courte et bien fausse. C’est un cri de liberté bien légitime après une telle attaque contre les valeurs qui nous sont chères, dont la liberté d’expression, qui comprend celle de critiquer toutes les religions. Mais n’avons-nous vraiment à notre portée, dans tout ce que la civilisation occidentale a pu produire, après tant de siècles de production artistique, théologique, philosophique que l’image de Mahomet à genoux, l’anus en étoile et les couilles à l’air, pour répondre ?

Je m’explique, parce que non, cela ne signifie pas qu’il serait, pour moi, interdit de dessiner des caricatures sur l’islam et Mahomet (la preuve ci-contre). Pas plus que, bien évidemment, mon propos serait de ménager les fanatiques.

Les caricatures de Charlie Hebdo sont en passe d’être républicainement sacralisées. Charlie et ses caricatures sont de facto panthéonisés et leur acceptation est perçue comme un préalable pour vivre dans notre Cité. Ceux qui ne sont pas Charlie sont les nouveaux blasphémateurs. Or, je crois que l’élévation de ces caricatures au rang de totems républicains a, pour nombre de musulmans aujourd’hui, pour effet de rendre l’approbation même de ces caricatures comme une condition d’adhésion à la République. Quand on s’offusque de la réticence de musulmans à endosser le Je suis Charlie, peut-être pouvons-nous comprendre que pour beaucoup il ne s’agit pas seulement de dire par là Je suis Français et approuve liberté d’expression, mais j’approuve ces caricatures.

Or, je pense que c’est une approbation impossible.[1] On demande aux musulmans de considérer comme bonnes – au sens du Bien – des représentations obscènes de Mahomet (même si elles ne le sont pas toutes). Quand bien même ils tairont leurs réticences, le conflit de loyauté ne s’éteindra pas et la tentation séparatiste ne s’effacera pas. Cela n’implique pas qu’un musulman « ordinaire » approuve alors la violence, mais je crains fort que cela n’entretienne bien souvent la fracture latente. Plus encore, je crains que nous ne rendions plus attirantes les positions radicales.

Je lisais sur Twitter que « la question n’est pas de savoir ce que l’on pense des caricatures« . Je suis loin d’en être certain. Je pense que, plutôt que de les sanctuariser, il faut assumer parfois de dire que ces caricatures ne sont pas la fine fleur de la République, qu’elles sont choquantes, souvent laides, souvent scabreuses… ce qui ne suffit pas à leur interdire d’exister. [2]

… Toute la Sorbonne, dont la théologie.

Aussi, plutôt que de se satisfaire du soulagement passager que procure la republication compulsive des caricatures, passons à l’étape ultérieure. Convoquons ce que la civilisation occidentale a produit de plus beau, de plus grand, de plus glorieux, en philosophie comme en théologie !

L’hommage national à Samuel Paty est rendu à la Sorbonne et nombreux sont ceux qui saluent ici la France des Lumières. N’oublions pas que si la Sorbonne est le symbole par excellence de l’intelligence française, elle fut aux commencements une faculté de théologie ! La Sorbonne, à laquelle il sera aussi rendu hommage, tient son nom de Robert de Sorbon, prêtre et théologien, dont le souci fut notamment de permettre l’accès au savoir des élèves pauvres. Et il en faudrait peu pour penser que ceux-ci, aujourd’hui, sont les premiers candidats à la radicalisation.

Je ne peux ici que me référer au livre d’Adrien Candiard, islamologue dominicain, Fanatisme – Quand la religion est malade, et à son hypothèse, à laquelle je souscris. Nous ne pouvons pas continuer d’agir comme ces fameux trois singes qui croient que ce qu’ils n’écoutent pas, ne voient pas, ne disent pas, n’existe pas. Nous ne pouvons pas continuer à discréditer l’approche théologique de la religion. Nous ne pouvons pas imaginer répondre au fanatisme si nous disqualifions d’emblée l’univers mental d’un croyant.[3]

Le propos d’Adrien Candiard est notamment abordé dans les entretiens qu’il a donnés au Monde ou à La Croix[4]. Il faut s’y reporter, ainsi qu’à son essai qui début sur le cas effroyable d’un épicier pakistanais de quarante ans installé à Glasgow, assassiné en 2016 pour avoir posté sur son compte Facebook ce message : « Joyeuses Pâques à mes chers concitoyens chrétiens ! » Ainsi débute son questionnement, face à une réaction a priori inaccessible à la raison.

Sa volonté est ainsi de répondre par la théologie à un errement théologique. Car, comme il l’exprime en introduction, et sans exclure les approches sociologiques ou psychologiques, « c’est précisément cette exclusion de la théologie, c’est-à-dire d’un discours raisonné et critique sur la foi et sur Dieu, qui favorise le fanatisme. Elle seule peut prendre au sérieux ce que le fanatique dit de ses propres motivations, sans réduire ce discours au symptôme délirant d’une autre cause plus profonde. »

Et son hypothèse est que le fanatisme ne relève pas avant tout, comme on le soutient ordinairement, d’un excès de religion mais d’une absence de Dieu. Elle conduit à constituer des idoles qui ne sont pas étrangères à Dieu, mais qui ne sont pas Dieu, telles que les commandements ou, pour prendre un exemple dans le christianisme, la liturgie voire… son identité. Il faut ici citer son propos dans La Croix, tant il me semble bien davantage de nature à éclairer un croyant tenté par la violence, que quelque caricature que ce soit : « Tuer quelqu’un pour ses opinions est à l’évidence un comportement fanatique. Et puis, prétendre « venger Dieu » est une manière de le réduire à bien peu de chose. Elle relève d’une vision de Dieu tellement étriquée qu’elle n’a rien à voir avec Dieu et beaucoup plus avec une identité offensée dès lors que l’on « offense l’islam ». Cela revient à remplacer Dieu par soi-même en sacralisant sa propre identité, en absolutisant sa propre susceptibilité. »[5]

Contre toutes les apparences et les certitudes acquises, on pourrait presque trouver un point commun, pour des raisons opposées, entre la France républicaine et le fanatisme musulman : son rejet de la théologie. Rejet de principe dans les deux cas, pour l’un pour son incompatibilité supposée avec « Les Lumières« , pour l’autre, parce que l’on ne pourrait rien dire de Dieu.

La crise que traverse aujourd’hui l’islam sunnite, dont le terrorisme n’est qu’un des aspects les plus visibles, tient très largement au succès de plus en plus large, et rarement conscient, de cette théologie du refus de la théologie, cette théologie qui pense l’inutilité de la théologie. Cette théologie dont Dieu est absent, sauf sous la forme de commandements.

Adrien Candiard, Du fanatisme – Quand la religion est malade, Editions du Cerf, p. 38.

Notre pays a changé et nous le devons aussi. La société française doit comprendre que la laïcité n’est pas l’athéisme, qu’il ne suffit pas d’exclure la religion de son horizon intellectuel pour que les croyants cessent d’exister. Si l’ennemi est bien le fanatisme, et non le musulman ou le croyant, alors nous devons dépasser les slogans et les caricatures, répondre avec les merveilles que la civilisation occidentale a su produire, et oser réinvestir ce champ méprisé qu’est la théologie. Qu’importe si ça chatouille, c’est indispensable.

  1. On peut me rétorquer que l’on attend bien des catholiques qu’ils acceptent les caricatures fréquemment ordurières publiées par Charlie Hebdo mais la situation me paraît différente : quels que soient nos malaises actuels, les chrétiens ne peuvent entretenir aucun doute sur leur place sur la terre de France.
  2. Ceux qui verraient dans mon approche une simple solidarité de religieux pourront peut-être lire, ici et puis là aussi, ce que j’écrivais à ceux qui voulaient en 2011 que nous allions à l’affrontement, « l’honneur du Christ nous y obligeant », face aux pièces Sur le concept du visage du Seigneur et Golgota Picnic ou au Piss Christ
  3. J’invite aussi mes lecteurs à lire ce que disait à cet égard Noémie Issan-Benchimol sur Twitter, juive, et diplômée en Philosophie et Etudes Hébraïques de l’Ecole Normale Supérieure et notamment ceci : « Ce qui est poursuivi, chassé, ou même disqualifié publiquement par l’autorité de l’Etat devient de facto au niveau du vécu résistance. Ca peut même être vécu religieusement comme une épreuve, la joie d’y résister est alors encore plus grande. »
  4. et vous me permettrez de relever ici une phrase de sa part, qui vient chez moi comme un écho à mon refus de considérer ma propre foi sous une approche identitaire : « C’est en tant qu’elle est opinion qu’une croyance religieuse peut-être discutable, qu’elle touche à l’universel. Notre approche héritée des Lumières, en cherchant à éviter des discussions dangereuses sur les questions religieuses, a rejeté la religion sur la seule identité, qui elle est indiscutable, et se trouve parfois sacralisée, posée commun un absolu. »
  5. Voir note 2, sur « l’honneur du Christ », d’ailleurs.

L’article Contre le fanatisme, la Sorbonne. Toute la Sorbonne. a été écrit par Erwan Le Morhedec pour Koztoujours.

Catégories: Blogroll

Nucléaire : le pape lâche une bombe dans un nid de lobbyistes.

koztoujours - mardi 20/10/2020 - 12:52

On a bien voulu ce matin me partager cette tribune (sobrement titrée « Pourquoi l’opinion du pape en matière de dissuasion n’a pas d’importance« ), dite « instructive ». Chemin faisant, mes observations, réflexions et découvertes ont, vous le constaterez, débordé du cadre d’un tweet, aussi les hébergerai-je ici.

A titre préliminaire, je dois avouer une chose : je ne suis pas au clair sur la dissuasion nucléaire. Ça fait partie des points sur lesquelles je me dis que le pape et l’Eglise ont peut-être bien raison mais pour lesquelles j’ai bien du mal à renoncer à l’aspect logique de la dimension dissuasive. Pour autant, je me dis souvent que le fait d’être à l’aise avec un propos du pape est rarement un bon critère, quand la parole du vicaire du Christ n’est pas spécialement là pour entretenir mon confort moral.

En revanche, et en tout état de cause, ce texte est aussi intrigant qu’il est irritant.

Il est intrigant parce qu’il s’agit d’une tribune se revendiquant de 30 experts anonymes, soutenant ce qu’un candidat de gauche pourrait promouvoir comme politique de défense.

Or,

  1. Il ne semble pas que la politique de défense du pays soit un domaine qui exige l’anonymat de la part d’un universitaire, d’une part et moins encore, d’autre part, lorsqu’il s’agit de contribuer non au programme du FN mais à celui d’un candidat de gauche;
  2. Nul n’est obligé de prendre pour acquis qu’il s’agisse de contribuer à un programme de gauche, même si cela fait probablement mieux passer le message. Mais l’on s’amusera que ce groupe d’experts n’ait trouvé d’autre relai pour une opinion de gauche que le journal La Tribune, dont on ne sache pas qu’il soit une lecture archétypale des candidats de gauche à la présidentielle. En outre, si la droite (souvent dans sa partie radicale) n’a pas le monopole de l’expression, l’expression de « démagogie mondaine » n’est pas non plus ordinaire dans un texte de gauche;
  3. Enfin, nous parlons ici de l’industrie de l’armement. Il est écrit que ce groupe « se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France« . Il semble acquis que ces derniers enjeux se doivent d’être très conformes à ceux de « l’industrie de défense » (appellation plus prisée dans ces milieux sensibles à tous égards que celle d' »industrie de l’armement« ).

En somme, on se dit que le pape a bien dû toucher quelque chose et déranger des intérêts évidents pour qu’un groupe anonyme d’experts autoproclamés se mette en tête de publier une telle tribune en vue des présidentielles. La seule question qui reste vraiment en suspens est celle du nom du cabinet de lobbying qui écrit ces tribunes. Gageons que le nom de celui qui tient la plume se trouvera dans le répertoire des représentants d’intérêts, et qu’on le connaîtra bientôt.

Manifestement donc, le pape a mis un coup de pied dans un nid de lobbyistes.

Le texte est, encore, irritant en ce qu’il est faux, à divers titres, c’est-à-dire dans le fond et l’esprit.

Il est faux dans son esprit car voici un texte qui se conclut sur ces mots : « Sans polémique, refusons un dialogue réducteur, ayons confiance dans un dialogue collaboratif et concerté »… après avoir aligné « pathétique », « démagogie mondaine », « poncifs éculés », « chef d’œuvre de mauvaise foi », marqué par « la subjectivité de Jorge Bergoglio », et affirmé que « l’autoréférence [du pape] à ses propres discours paraît bien présomptueuse » et brandi pas moins que la menace d’un retour au fichage des officiers catholiques pour éviter qu’ils ne soient susceptibles de faire valoir une quelconque clause de conscience. Je serais un officier catholique de la Marine Nationale, j’apprécierais assez modérément mon instrumentalisation en la matière.

Il est faux sur le fond aussi.

J’émets plus que des réserves par exemple sur le fait que le Vatican ait envisagé de publier une encyclique sur la dissuasion nucléaire qui aurait visé spécifiquement la France, et que la diplomatie française serait parvenue à enterrer. Qu’un texte ait été envisagé sur la dissuasion nucléaire, à la rigueur quoique je ne sois pas certain que ce soit dans les priorités des encycliques, mais qu’il vise la France plutôt que l’ensemble des puissances nucléaires, j’en doute.

Ensuite, je n’ai pas l’ambition ni le temps, dans un simple billet, de dresser la doctrine de l’Eglise sur la dissuasion nucléaire mais je relève que l’entreprise de cette tribune, à travers les vocables rapportés plus haut mais aussi dans le fond est de décrédibiliser et d’isoler le pape François, qui aurait exposé des opinions personnelles et minoritaires sur la dissuasion nucléaire et la guerre juste.

Or, il a notamment fallu, pour écrire ceci que nos lobbyistes putatifs (rien à voir avec une appréciation sur leur vertu) qui ont lu l’encyclique et qui la citent, omettent précisément de rappeler un propos de saint Jean XXIII cité par le pape : « Comme le disait saint Jean XXIII, « il devient impossible de penser que la guerre soit le moyen adéquat pour obtenir justice d’une violation de droits « . C’est au point 260 d’une encyclique qui ne compte que huit paragraphes sur la question, de sorte qu’il est difficile de le rater.

En outre, il faudrait rappeler à nos lobbyistes inquiets de l’influence du pape sur les officiers catholiques, qui risqueraient de prendre ses mots pour « parole d’évangile« , la réponse fameuse bien que piteuse de l’amiral de Joybert aux évêques critiques de la dissuasion nucléaire : « Messieurs de la prêtrise, voulez-vous, s’il-vous-plaît, vous mêler de vos oignons !«  »

C’était en 1973, ce qui porte deux enseignements.

  1. Le premier, c’est que cela fait 50 ans et plus que l’Eglise émet des critiques sur la dissuasion nucléaire, de sorte que non, le pape n’est ni isolé ni autoréférentiel.
  2. Le second, c’est que cela fait 50 ans et plus que des officiers catholiques (dont la tribune a raison de dire qu’on les trouve en nombre dans l’Armée, la Marine et les sous-marins – grâce leur soit rendue de défendre leur pays) n’en tirent pas de conséquences pratiques et, à tout le moins, pas de « clause de conscience ».

Puisque nos lobbyistes anonymes se targuent aussi de sociologie religieuse, j’aurais même tendance à penser que l’officier sous-marinier catholique français est relativement peu enclin à prendre la parole de ce pape en particulier pour « parole d’évangile« .

On observera certes que la position de l’Eglise sur la dissuasion nucléaire a évolué, depuis Jean XXIII jusqu’à Benoît XVI, en passant par Vatican II et Jean-Paul II en fonction des circonstances militaires, qui l’a conduite à tolérer la dissuasion nucléaire pendant la Guerre Froide. Sans reprendre l’ensemble des déclarations, on notera que, si Jean-Paul II a pu déclarer, en 1982 :

Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l’équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable.

Documentation Catholique, 4 juillet 1982

Il déclarait ultérieurement :

Les responsables des nations ne peuvent pas se satisfaire de l’état actuel : ils devraient plutôt renouveler leur engagement au désarmement et à la suppression de toute arme nucléaire.

Avril 1995, déclaration aux évêques du Japon – Documentation catholique, 2 avril 95, p  303

Benoît XVI, en 2006, déclare :

Que dire des gouvernements qui comptent sur les armes nucléaires pour garantir la sécurité de leurs pays ? Avec d’innombrables personnes de bonne volonté, on peut affirmer que cette perspective, hormis le fait qu’elle est funeste, est tout à fait fallacieuse.

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale pour la paix, 1er janvier 2006

Puis, en 2007 :

La voie qui peut assurer un avenir de paix pour tous passe non seulement par des accords internationaux en vue de la non-prolifération des armes nucléaires, mais aussi par l’engagement à poursuivre avec détermination leur diminution et leur démantèlement définitif. C’est le destin de la famille humaine tout entière qui est en jeu !

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale pour la paix, 1er janvier 2007

Il semble donc déjà assez peu probable qu’une trentaine d’universitaires aient associé leurs efforts et expertises pour exposer ainsi leur ignorance conjointe de la doctrine de l’Eglise. Il apparaît manifestement ensuite que si le pape François n’a « pas lu la Bible » et néglige « des siècles de tradition religieuse« , alors il en est des mêmes des saints Jean XXIII et Jean-Paul II, des pères conciliaires et de Benoît XVI.

Quand un texte est aussi manipulateur sur de tels points, on a une assez bonne idée du sort à réserver à ce qu’il en reste. Voilà qui laissera davantage de chances à un « dialogue collaboratif et concerté » autant qu’honnête.

Sources (rapides et non-exhaustives)

L’article Nucléaire : le pape lâche une bombe dans un nid de lobbyistes. a été écrit par Erwan Le Morhedec pour Koztoujours.

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6 types de personnalités pour gérer le stress et rétablir la communication

Theologeek - vendredi 14/08/2020 - 23:37

La ProcessCom®, ou Process Communication Management, ou PCM, est une typologie de personnalités, et un modèle de communication basés sur les besoins psychologiques des différents types, et les états de stress qui sont générés quand ces besoins ne sont pas satisfaits.

Je trouve particulièrement intéressant de voire comment différentes personnalités gèrent le stress de manières très différentes. Découvrir cette approche m’offre une clé de lecture formidable pour relire mon game over récent: nous sommes entrés dans un cercle vicieux d’escalade du stress, dont nous n’avons pas réussi à sortir.

TL;DR:

Qu’est-ce que la PCM?

Fondée dans les années 1970 par Taibi Kahler, psychologue américain en analyse transactionnelle, en lien avec le recrutement d’astronautes pour la NASA, pour éviter d’envoyer des bombes à retardement dans l’espace. Elle met l’accent sur les comportements en situation de stress de ces différentes personnalités, et les manières de sortir des impasses de communications en inversant la spirale de stress.

L’idée générale est d’identifier son profil, identifier le profil de cellui avec qui la communication est difficile, identifier son niveau de stress, et utiliser un canal de communication adapté.

Les types de personnalité

La PCM identifie 6 types de personnalité:

  • Travaillomane (thinker): logique, organisé, responsable,
  • Persévérant (persister ou believer): engagé, observateur, consciencieux,
  • Rebelle (rebel ou funster): créatif, ludique, spontané,
  • Promoteur (promoter ou doer): adaptable, charmeur, plein de ressources,
  • Empathique (empathetic ou harmoniser): chaleureux, sensible, compatissant,
  • Rêveur (dreamer ou imaginer): réfléchi, imaginatif, calme

Chaque type a :

  • Des besoins psychologiques spécifiques
  • Un canal de communication privilégié
  • Une perception du monde propre
  • Une gestion du stress particulière (causes, réactions, stratégies pour le gérer)
  • Un style de leadership et un environnement qui lui convient mieux

Ces six types se retrouvent en chacun de nous, plus ou moins développés. Ils peuvent être représentés sous la forme d’un immeuble — ou d’une pyramide — chaque étage étant plus ou moins large. Le type dominant étant appelé « la base ». Au-dessus de la base se trouve « la phase active »: le type de personnalité qui caractérise l’instant présent.

La phase peut être le même que la base, mais pour différentes raisons peut être un autre type de personnalité. La base reste présente, et nous en gardons les traits. Mais nous allons habiter et développer fortement la phase pendant la période en cours.

La base est acquise, construite pendant l’enfance avant ses 7 ans, en fonction de la stratégie qui a le mieux fonctionné pour nous. Elle peut évoluer. L’ordre des personnalités est plus ou moins figé. Mais nous pouvons développer les autres types: plus ils sont développés (plus l’étage est large), moins ils vont demander d’énergie pour être utilisés (il faut prendre l’ascenseur pour monter plus haut dans l’immeuble)

Typologie des personnalités

(Les canaux de communications sont détaillés plus bas)

Le type Travaillomane est logique, organisé, responsable. Il a besoin d’un environnement structuré, d’être félicité pour ses compétences. Il déteste le chaos.

  • Besoins psychologiques: reconnaissance de son travail et de ses compétences; être structuré (dans l’organisation du temps notamment)
  • Perception du monde: par la pensée, sous l’angle de l’analyse: questions, faits, logique
  • Canal de communication: informatif / interrogatif
  • Question existentielle: suis-je compétent?

Le type Persévérant est engagé, observateur, consciencieux. C’est une personne de principes, de valeurs. Il aime pouvoir donner son avis.

  • Besoins psychologiques: reconnaissance de son travail et de ses opinions
  • Perception du monde: par la pensée, sous l’angle des opinions et valeurs
  • Canal de communication: informatif / interrogatif
  • Question existentielle: suis-je digne de confiance?

Le type Rebelle est créatif, ludique, spontané. C’est un bout-en-train, il a besoin d’un environnement stimulant et ludique. Il n’aime pas les tâches répétitives.

  • Besoins psychologiques: interactions ludiques
  • Perception du monde: par la ré-action (j’aime, je déteste)
  • Canal de communication: émotif / ludique
  • Question existentielle: suis-je acceptable?

Le type Promoteur est adaptable, charmeur, plein de ressources. C’est un·e fonceur, il vit de défis et d’actions. Il ne supporte pas ce qui manque de concrétude.

  • Besoins psychologiques: excitation, défis, sensations fortes
  • Perception du monde: par l’action (défis, résultats)
  • Canal de communication: directif
  • Question existentielle: suis-je vivant?

Le type Empathique est chaleureux, sensible, compatissant. Il prend soin des autres et de l’ambiance. Il a besoin d’une atmosphère chaleureuse, et de se sentir aimé.

  • Besoins psychologiques: reconnaissance de sa personne, stimulation sensorielle
  • Perception du monde: par les émotions
  • Canal de communication: nourricier
  • Question existentielle: suis-je aimable?

Le type Rêveur est réfléchi, imaginatif, calme. Iel pense en profondeur, a besoin de temps et de recul, et donne parfois l’impression d’être dans la lune. Iel n’aime pas être mis sous pression.

  • Besoins psychologiques: solitude, temps pour soi, introspection
  • Perception du monde: par l’in-action (imagination)
  • Canal de communication: directif en mode récepteur
  • Question existentielle: suis-je voulu?

Il s’agit d’une typologie comme il en existe beaucoup. Ce qui me semble intéressant, plus que ces 6 types, c’est ce qui vient ensuite. Principalement la manière donc chacun de ces types gère le stress, et communique.

Deux niveaux de stress

Quand les choses se passent bien, que les différentes parties ne sont pas sous stress, la relation est une relation de coopération [++] (j’ai de la valeur, tu as de la valeur). Le stress va créer de la mé-communication, soit dans un rapport de domination [+–] (j’ai de la valeur, tu n’en a pas), soit de soumission [–+] (je n’ai pas de valeur, tu en as).

Lorsque nos besoins psychologiques ne sont pas satisfaits, nous allons essayer de les combler par des comportements inadaptés à la situation. Nous dysfonctionnons, soit en [+–] (Parent) soit en [–+] (Enfant), et nous mé-communiquons.

La PCM distingue deux niveaux de stress.

Le premier niveau de stress

Au premier niveau de stress, nous entrons dans des automatismes (drivers) stéréotypés. Nous perdons la capacité d’agir selon les besoins de la situation présente. Nous créons et entretenons des situations de mé-communications.

Chacun des six types de personnalité gère le stress différemment à ce niveau:

  • Le type Travaillomane essaie d’être parfait (driver Enfant): « si je suis parfait, j’ai de la valeur ». Pinaille sur des détails.
  • Le type Persévérant critique les autres (driver Parent), se focalise sur le négatif.
  • Le type Rebelle pédale dans la semoule (driver Enfant), râle, ne comprend plus, pousse les autres à faire à sa place.
  • Le type Promoteur n’apporte aucun soutien (driver Parent), lève la barre, méprise les faibles
  • Le type Empathique se sur-adapte (driver Enfant), essaie de faire plaisir aux autres
  • Le type Rêveur se replie (driver Enfant), se coupe des autres, ne termine pas ses tâches
Le deuxième niveau de stress

Au deuxième niveau de stress, nous portons un masque. On ne voit plus la personne, uniquement les dysfonctionnements. Il y a une vraie urgence de satisfaire les besoins psychologiques.

Il y a trois masques:

  1. L’attaquant [+/–] contrôle (Travaillomane) ou part en croisade (Persévérant)
  2. Le blâmeur [+/–] manipule (Promoteur) ou reproche (Rebelle)
  3. Le geignard [–/+] se replie sur lui (Rêveur) ou s’auto-sabotte (Empathique)

Plus en détail, les six types de personnalité tentent ainsi de gérer le stress de niveau 2:

  • Le type Travaillomane sur-contrôle, devient tyrannique, hyper-exigeant, méprisant, ne délègue pas.
  • Le type Persévérant part en croisade, n’écoute plus, coupe la parole, impose ses opinions
  • Le type Rebelle blâme les autres, se déresponsabilise, fais preuve de mauvaise foi
  • Le type Promoteur manipule, humilie, crée des tensions (défis négatifs), prends des risques trop grands
  • Le type Empathique s’auto-sabotte, fais des erreurs stupides, entre dans des comportements boulimiques
  • Le type Rêveur disparaît, attends passivement, se fait oublier
Tableau synoptique des types de personnalité PCM Les canaux de communication

Un canal de communication inclut:

  • L’attitude corporelle (non-verbal, 70%)
  • Le choix des mots (verbal, 10%)
  • Le ton de la voix, le volume, le rythme, etc. (para-verbal, 20%)

Il y a 4 canaux de communication principaux:

  • Nourricier — pour apporter du réconfort. Parle d’émotion et ressenti, de manière calme, souriante, détendue, tournée vers l’autre. Le canal privilégié de l’Empathique.
  • Informatif ou Interrogatif — pour transmettre de l’information. Parle de faits, opinions, questions, de manière calme, sans émotion, sobre, le corps rigide. Le canal privilégié du Persévérant et du Travaillomane.
  • Émotif ou Ludique — pour transmettre des sentiments. Parle par onomatopées et mots expressif (« wouah ! » « super », « génial »), de manière enthousiaste, avec une gestuelle dynamique. Le canal privilégié du Rebelle.
  • Directif — pour dire à l’autre quoi faire. Incite à l’action par la pensée, avec des verbes impératifs, de manière calme, sans menace ni colère, ni émotion particulière. Le canal privilégié du Promoteur (et du Rêveur).

Et un cinquième canal, l’Interruptif — pour couper court à un état de crise, face à une situation en stress profond. C’est une injonction ferme et bienveillante, qui fait appel aux sens: « écoute », « regarde-moi », « respire », « bois un verre ».

Une bonne communication prend en compte le type de l’autre, notamment:

  • Son besoin psychologique essentiel
  • Sa perception du monde (pensée, action, émotion, ré-action, in-action)
  • Le canal de communication privilégié
  • Le degré de stress de la personne

La communication se pense sous forme d’offre de l’émetteur, et d’acceptation de cette offre par le récepteur. L’acceptation ou non se manifeste immédiatement dans le langage non verbal.

Par exemple, pour le canal Directif, en situation de coopération: une directive est donnée, sans menace, sans colère, avec un « s’il vous plait » ou pas. Par exemple: « poses le rapport sur mon bureau. » La directive est reçue sans émotions par la partie pensante: « Ça marche », « tout de suite ».

En cas de stress, de l’agressivité est présente chez l’émetteur, sous formes de micro-expressions, émotions ou paroles catégoriques (« il faut impérativement », « vous ne devez pas »). Le récepteur peut alors ne pas bien réagir à cet ordre, sois dans une posture de soumission, soit de rébellion.

Résumé des canaux de communication Identifier son profile

Pour se faire un profil détaillé et rigoureux, il faut répondre à un questionnaire avec quelqu’un de formé dans la méthode. Mais s’il faut passer par un expert pour identifier les phases actives de nos proches, la méthode ne sert à rien.

On peut commencer à identifier son profile à partir des choses présentées jusqu’ici, notamment:

  • Dans quelles caractéristiques est-ce que je me retrouve?
  • Qu’est-ce qui me mets sous stress? Quels sont mes besoins psychologiques?
  • Comment est-ce que je réagis au stress?
  • Comment est-ce que je communique spontanément? Émotions, faits, opinions, imagination, action, réactions?

Cela permet déjà de se faire une idée sur sa phase active, ou celles des gens de son entourage.

Pour aller plus loin

Dans cet article, vous trouvez mes notes et synthèses de choses que j’ai lues à différents endroits. Ce n’est qu’une introduction. Il y a beaucoup plus. Notamment, comment communiquer plus précisément pour chaque type selon son niveau de stress. Comment identifier son profile, et celui des autres. Etc.

De plus, je n’ai aucune expérience en PCM, et j’y ai sûrement glissé des erreurs.

Pour lire ou regarder des choses plus sérieuses, vous pouvez voir par exemple:

Petite mise en perspective spirituelle

Derrière les besoins psychologiques se cache une « question existentielle ». Un besoin fondamental. La PCM prise comme outil de management pourrait laisser penser que la satisfaction des besoins de la personne est de la responsabilité de son environnement.

Spirituellement, théologiquement, nos besoins fondamentaux (être aimé, voulu, accepté, compétent, digne de confiance, vivant) ne peuvent trouver de satisfaction réelle que dans la Source de tout amour et de toute vie. Beaucoup l’appellent traditionnellement Dieu, mais vous l’appelez peut-être autrement.

Si nous cherchons à combler nos besoins d’amour, d’acceptation, de sécurité, etc. dans celleux qui nous entourent — notre famille, nos collègues — nous nous mettons en double situation d’échec. D’une part, nous imposons sur les autres une exigence qu’iels n’ont pas la capacité de combler. C’est une pression impossible. D’autre part, nous nous vouons à recevoir ce dont nous avons besoin qu’en quantité et en qualité insatisfaisante. Et donc à être en déficit pour donner aux autres. Nous risquons de vivre comme des mendiant·e·s, qui se jettent des miettes parmi pour survivre.

Nos besoins profonds ne peuvent être comblés réellement qu’en puisant dans la Source. Alors notre coupe débordera, et nous serons à même de mieux faire face à celleux qui ne peuvent pas nous donner ce dont nous avons besoins et qui ne sont pas prêt à se remettre en question. Nous pourrons « chercher à aimer plutôt qu’à être aimé, chercher à comprendre plutôt qu’à être compris ».

Bien sûr, nous avons besoins les uns des autres. Et besoins de nous respecter mutuellement. Et pour une partie, la Source nous donne ce dont nous avons besoin à travers notre entourage. Mais plus nombreux nous sommes à aller puiser à la Source, plus nous pouvons donner autour de nous, et plus la collectivité est dans l’abondance.

Personnellement, quand j’ai commencé à me sentir rejeté, je n’ai pas eu le réflexe d’aller chercher de manière profonde à la Source l’acceptation dont j’avais besoin et que mon entourage professionnel était incapable de me donner. Si je l’avais fait, j’aurais peut-être pu travailler à baisser le niveau de stress global, plutôt qu’à l’augmenter.

Ces éléments sont au cœur de l’épitre aux Éphésiens. Par exemple, dans cette merveilleuse phrase du premier chapitre (il ne s’agit que d’une phrase en grec):

3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ!

4 En lui, Dieu nous a choisis avant la création du monde pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui. Dans son amour, 5 il nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ. C’est ce qu’il a voulu, dans son amour, 6 pour que nous célébrions la gloire de sa grâce, dont il nous a comblés dans le bien-aimé.

7 En lui, par son sang, nous sommes rachetés, pardonnés de nos fautes, conformément à la richesse de sa grâce. 8 Dieu nous l’a accordée avec abondance, en toute sagesse et intelligence. 9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, conformément au projet bienveillant qu’il avait formé en Christ 10 pour le mettre à exécution lorsque le moment serait vraiment venu, à savoir de tout réunir sous l’autorité du Messie, aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre.

11 En lui nous avons été désignés comme héritiers, ayant été prédestinés suivant le plan de celui qui met tout en œuvre conformément aux décisions de sa volonté 12 pour servir à célébrer sa gloire, nous qui avons par avance espéré dans le Messie.

13 En lui vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, l’Évangile qui vous sauve, en lui vous avez cru et vous avez été marqués de l’empreinte du Saint-Esprit qui avait été promis. 14 Il est le gage de notre héritage en attendant la libération de ceux que Dieu s’est acquis pour célébrer sa gloire.

Dans la Source, en Christ, nous sommes comblés (« bénis de toute bénédiction »):

  • Dieu nous a choisi — nous sommes voulus (Rêveur)
  • Pour être ses enfants adoptifs — nous sommes acceptés (Rebelle)
  • C’est ce qu’il a voulu dans son amour — nous sommes aimés (Empathique)
  • Il nous rend « saints et sans défauts » — nous sommes dignes de confiance (Persévérant)
  • Il nous a marqué de l’Esprit, qui nous équipe (cf. chapitre 6) — nous sommes compétents (Travaillomane)
  • Il nous ressuscite avec le Christ (cf. chapitre 2) — nous sommes vivants (Promoteur)

Ici, en contemplant le mystère de l’amour de Dieu en Christ, l’Évangile répond à nos besoins existentiels. Toute la dynamique de l’épitre aux Éphésiens est de dire: puisque la Source nous a comblé en Jésus-Christ (c’est tous les chapitres 1 à 3), alors nous pouvons déborder sur d’autres (chapitres 4 à 6).

Ce n’est pas une manière de dire que la PCM n’est pas utile, bien au contraire. Mais plutôt qu’en étant enracinés et nourris spirituellement, nous serons d’autant plus à même de prendre en compte les besoins psychologiques des autres, diminuer leur stress et rétablir une communication saine et coopérative.

Quizz

Si vous avez lu jusqu’ici, et si vous me connaissez un peu, êtes-vous capables de deviner ma base, et ma phase active?

Plus important: est-ce que vous vous retrouvez dans ce profile? Quelle est votre base?

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Les Principes du Pingouin — petit manuel de survie

Theologeek - lundi 03/08/2020 - 21:07

« Quels sont les points communs entre pasteurs et pingouins? »

  1. Les pingouins ont un air très digne — et en même temps parfaitement ridicule
  2. Ils sont sensibles à la chaleur
  3. Ils sont menacés par des ennemis dangereux
  4. Ils sont relativement sans défenses
  5. Ils ont un instinct de retour à la maison
  6. Quoi qu’il leur arrive, les pingouins gardent la tête haute

Un bouquin qui compare les pasteurs et les pingouins — j’ai tout de suite su que c’était écrit pour moi. N’empêche, il a traîné dans ma bibliothèque pendant des années… Et puis grâce à une pandémie et un burn-out j’ai trouvé du temps pour lire — et effectivement c’était pour moi — et pour maintenant.

The Penguin Principles1 est un petit livre de 80 pages qui présente des situations de ministères fictives pour illustrer 6 principes que les auteurs ont appris dans leurs ministères réels. Tout ça dans un subtil mélange de réalisme brutal, de confiance en Dieu et d’humour.

Mes notes de lecture ci-dessous. Mais avant cela, quelques effets de cette lecture pour moi actuellement:

  • Mon expérience actuelle de l’Église est partagée par d’autres. Je ne suis pas seul. C’est bête, mais dans un burnout il y a toujours cette petite voix qui dit: « est-ce que c’est moi le problème? » Alors oui, en partie. Mais manifestement, pas uniquement. Et peut-être même pas principalement.

  • Elle me ramène à une anthropologie réaliste calvinienne, qui reconnaît que tout être humain est profondément pourri… pas juste certains qui sont méchants, « eux », alors que « nous » on est du bon côté. J’avais fonctionnellement mis de côté cette anthropologie parce qu’elle n’est pas tout à fait dans l’ère du temps. Mais pratiquement c’est la seule que je connaisse qui éclaire correctement la réalité.

  • Elle me ramène à une vision plus réaliste de l’Église. J’aspire à une église qui est un lieu d’humanité, d’humanisation. Mais la réalité est plus brutale, plus aliénante.

  • Ces principes poussent à regarder la réalité en face. Ce qui mène à deux choses, parce que la réalité est double: planifier, et prier. Planifier, pour faire face et prendre en compte de manière lucide à ce merdier2 qu’est la réalité humaine. Prier, pour faire face et prendre en compte la merveilleuse réalité divine. L’une sans l’autre ne mène à rien.

  • Au nombre de fois que le mot « réalité » revient ci-dessus, je vois que ces dernières années je me suis trop focalisé sur la vision, l’idéal à atteindre, ou l’exigence de l’évangile.

Mes notes, ci-dessous, retranscrivent peut-être une partie du contenu du livre. Pas de la forme, cependant, qui est à la fois légère et sérieuse.

Avant-propos

Notre culture comprend un nombre important de personnes qui aiment faire culpabiliser les autres et trop peu d’adultes qui peuvent rire d’eux-mêmes et de leurs faiblesses. La dimension la plus visible de ce déséquilibre est la surabondance d’adultes qui tirent un plaisir considérable d’une grande variété d’efforts pour faire culpabiliser leur pasteur d’être moins que parfait. (p. 7)

Celleux qui sont sans fautes et sans le moindre défauts de charactères feraient mieux de ne pas lire ce livre — leur innocence est à protéger.

Ce livre est pour les autres, qui:

  • croient que l’humour est un don de Dieu,
  • sont suffisement mature pour rire d’elleux-même,
  • préfèrent chercher de la sagesse plutôt que des coupables,
  • aiment l’église malgré ses défauts,
  • aiment Dieu et ses enfants.
Préface

Parallèles pingouins / pasteurs:

  • Dignité et ridicule: la tâche est glorieuse, mais le travail au quotidien est souvent risible.
  • Sensible à la chaleur: besoins de mécanismes pour se rafraîchir.
  • Ennemis perfides qui rôdent: celleux qui vivent longtemps sont celleux qui apprennent à marcher prudemment.
  • Sans défenses: à part agiter les ailes peuvent pas faire grand chose; veulent pas blesser les gens.
  • Instinct de retour: les pingouins se repèrent en suivant le soleil (sun); ils sont perdus dans les jours de brouillards. Les pasteurs suivent le Fils (Son), et tournent en rond dans les jours spirituellement brouillardeux…
  • Gardent la tête haute: quoiqu’il arrive, leur dignité vient d’ailleurs.

Les principes qui suivent ne s’applique pas uniquement aux pasteurs. Il s’agit de traits humains → ils s’applique à tous ceux qui travaillent avec des humains.

Avez-vous été « largué » dernièrement ? Vous êtes-vous retrouvé avec la frustration, la culpabilité, le doute de soi et la colère de l’expérience ? Alors le temps est venu pour vous d’arrêter de vous apitoyer sur votre sort, de vous redresser avec dignité, de lever le nez en l’air et de vous dandiner dans la bataille avec le Pingouin de Paroisse. (p. 13)

1. Le Principe des 5 %

Malgré toutes les belles choses que nous professons, à tout moment donné, dans tout groupe de l’Église, moins de 5% des gens fonctionnent avec une motivation purement chrétienne. Les 95% restants demandent : « Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? (p. 17)

L’Église n’est pas un groupe de gens biens intentionnés, bienveillants, qui ne cherchent qu’à servir leur prochain en témoignant de l’amour de Dieu.

Un jour quelqu’un demanda à un pasteur:

– ­Combien avez-vous de membres actifs dans votre église?
– 100, répondit le pasteur. 50 pour moi, 50 contre moi.

Luther aurait écrit:

Les défauts d’un prédicateur sont vite espionnés. Qu’il soit doté de dix vertus et n’ait qu’un défaut, et ce défaut éclipsera et obscurcira toutes ses vertus et ses dons, tant le monde est mauvais en ces temps. (cité p. 19)

Celui qui désire l’oreille du public doit supporter la bouche du public. (p. 19)

Ce n’est pas qu’il y a deux catégories de gens: les bons et les mauvais. Et qu’il y aurait 5% de « bons » et 95% de « mauvais ». Mais 100% d’entre nous opère de manière égocentrique 95% du temps.

Qu’est-ce qu’on peut en faire? Pas grand-chose, à part en être conscient. Permet d’avoir un peu de détachement quand on est face à toutes les petitesses de la vie d’église… Et de remercier Dieu pour les 5%.

Ce regard lucide sur la nature humaine permet aux Pingouins de Paroisse de se dandiner à travers la vie, le cœur tourné vers Dieu et les ailes ouvertes pour embrasser leurs compagnons. (p. 27)

L’important: au lieu de désespérer pour les 95%, rendre grâce à Dieu pour les 5% !

2. Le Principe de la Perspective Inverse

La plupart du temps, dans le monde de l’Église, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être. (p. 28)

Ce que les gens disent ne reflète généralement pas ce qu’on pense ou ressent réellement. Les actions envoient un message plus fiable.

Quand quelqu’un vous dit « oui », ça ne veut pas forcément dire « oui ».

De manière générale, souvent:

  • On ne dit pas ce qu’on pense, on ne pense pas ce qu’on dit
  • On entend généralement ce qu’on a envie d’entendre, et on ignore le reste
  • Les succès sont parfois des échecs, les échecs des succès
  • Les temps difficiles peuvent être les plus profonds
  • Parfois on fait plus en faisant moins
  • Rendre service ne rend pas toujours service
  • Les déserts peuvent être des lieux d’abondance
  • etc.

Pingouins de Paroisse, avancez lentement, prudemment. Écoutez au-delà des mots que les gens prononcent. Recherchez à décrypter le message derrière le message. … Essayez de rester alignés aux voies paradoxales de Dieu. (p. 36)

3. Le Principe de la Friction Ecclésiastique

Il y a des frictions dans l’église qui brûlent énormément d’énergie, consomment des heures interminables, étouffent la créativité, entravent le progrès. Et donc ça chauffe souvent pas mal. (p. 41)

Conseils sans fins, discussions mal organisées qui ne produisent pas de résultats… Plus il y a de gens qui s’impliquent pour faire avancer une bonne idée en église, plus cela va lentement.

L’inefficacité des conseils est généralement proportionnelle à leur taille.

Quand tu frottes trop d’idées nouvelles dans une paroisse, tu es généralement celui qui se fait brûler. Les paroisses sont comme des élastiques: il y a une limite dans laquelle elles peuvent bouger, mais quand ça va trop loin, ça casse. Et généralement, c’est toi qui casse.

Parfois vouloir rajouter une structure de plus pour aider créé plus de problèmes que de solutions…

Les bonnes idées se font avaler par la machine, et quand elles en ressortent — si elles en ressortent — elles ne ressemblent plus beaucoup à l’idée d’origine. Alors que le défi est d’introduire un changement dans la vie des gens pour devenir Église, témoin serviteur de l’amour de Dieu. Les comités sont très forts pour annihiler ça, et en faire quelque chose qui nous ressemble, nous rassure et nous sert nous-même.

Confusion entre « mouvement » et « agitation »: on peut faire plein d’activités et donner l’impression d’une paroisse vivante — mais en réalité on construit une machine, on ne fait pas avancer la mission de Dieu. On fait les choses pour nous, pas pour servir le quartier et le monde.

Beaucoup de paroisses ne visent rien, et l’atteignent. (p. 44)

On peut parfois (mais avec sagesse, responsabilité et compassion) utiliser ça à son avantage: utiliser des conseils pour parquer des gens ou des idées bizarres…

Quand on regarde en face la réalité de l’église, ce ne sont plus les échecs qui sont étonnants, mais les réussites ! (p. 46)

Puisque tout est mis en place pour que ça foire, chaque réussite — aussi petite soit-elle — est une victoire à célébrer !

Rappel: Dieu nous appelle à être fidèles, pas à avoir du succès.

4. Le Principe de l’Ignorance Créative

Dans le ministère, il est préférable de ne pas savoir faire certaines choses — même s’il faut les oublier de force. (p. 52)

Quand on est compétent dans un domaine, ça peut être plus utile de ne pas le faire savoir:

  • afin de ne pas se rendre indispensable
  • afin de permettre aux autres d’utiliser et développer leurs dons
  • afin de ne pas fatiguer / énerver les autres
  • afin de ne pas s’épuiser en se dispersant

C’est l’histoire d’une communauté qui demande à l’évêque que son prochain pasteur ait les qualifications suivantes:

  1. Qu’il ne parle pas le grec
  2. Qu’il ne sache pas chanter solo
  3. Qu’il n’ait jamais été en terre sainte.

Le meilleur don de Dieu pour l’église: un pasteur paresseux.

Éphésiens 4: le pasteur n’est pas là pour faire le job du peuple; le peuple n’est pas là pour aider le pasteur qui fait le travail. Le pasteur est là pour aider le peuple à faire son travail de témoin.

5. Le Principe de la Mise au point

Ils ne vous le feront que si vous les laissez faire. (p. 61)

Nombre de ministres usés, épuisés, accusés…

« J’ai l’impression d’avoir été invité à faire partie de cette chaîne de commandement, de sorte que lorsque la chaîne se brise, vous pouvez me désigner comme le maillon le plus faible. » (p. 64)

Attentes irréelles, traitement injustes, demandes irritantes, reproches injustifiés… Les gens vont maltraiter le ministre d’autant plus si le ministre les laisse faire, se laisse marcher sur les pattes.

Parfois, quand les choses vont particulièrement mal, le ministre peut avoir l’impression d’une conspiration contre lui. La paranoia pastorale ne paie pas:

« Quand un pingouin se fait se fait presque avaler par un phoque léopard, c’est pas une conspiration contre le pingouin en question… c’est simplement la vie… » (p. 66)

C’est pas personnel, mais c’est réel. Qu’est-ce qu’on peut faire?

  1. Leur dire comment on ressent les choses
  2. Lever la tête avec la dignité du pingouin, et passer à l’offensive: demander ce dont on a besoin (plutôt que de subir)

Ça va pas forcément tout résoudre, mais ça peut aider.

Mettre de côté les « j’espère-qu’ils-m’apprécient », et laisser les gens assumer leurs responsabilités. Être clair dans sa tête ce qui est « mes » responsabilités et ce qui ne l’est pas; mes idées foireuses et leurs idées foireuses; mes échecs et leurs échecs, …

À l’image de Dieu: il nous laisse assumer les résultats de notre stupidité.

La critique, comme le poison, ne nous blesse que quand on l’avale. (68)

Arrêter d’assumer le rôle de la victime, lever la tête. Se rappeler que le plus grand chêne était un jour un gland qui a simplement tenu son terrain.

6. Le Principe du Pasteur

Le principe ultime pour les pasteurs est un « amour coriace » qui regarde au-delà de l’irritation du moment et qui, dans la force du Christ, aime les gens tels qu’ils sont. (p. 74)

Les moutons ne sont pas ces créatures tendres et aimables des dessins du culte de l’enfance. Non seulement ils s’égarent dans tous les sens, mais ils sentent fort, sont têtus, se plaignent quand la nourriture n’est pas selon leurs attentes… Être un berger demande d’être coriace.

Un pasteur, quand il était énervé par ses paroissiens, les imaginait dans un cercueil à leur service funèbre. Permet de remettre en perspective les trucs blessants, et regarder à travers toute la couche humaine pour poser un regard compatissant et aimant.

L’amour coriace permet de regarder au-delà du masque d’humanité pour voir le tampon de l’image de Dieu. Permet ce qu’aucune arme connue par l’homme n’a jamais fait: faire de tes ennemis des amis.

Les 5 premiers principes parlent de la réalité. La réalité est dure. Regarde là en face, planifie ta stratégie avec soin. Ce sixième principe ne peut pas être appris comme ça, c’est un don de Dieu. Dieu est la source de l’amour coriace.

Si Dieu est resté avec moi et m’a aimé à travers tout ce que je suis, mon histoire, toutes mes limites et mes aberrations passées — c’est que son amour est coriace.

Le Principe du Pasteur n’est pas appris en introspection, en formation de leadership, en technique de management ou autre.. mais dans la contemplation de l’amour de Dieu en Christ pour moi. Dieu est là, dans les frustrations, les jours pénibles, les semaines d’angoisse.

Le savoir, l’expérimenter, y croire, là est la puissance pour résister au besoin de se défendre soi-même quand les autres amassent sur toi reproches, accusation et toutes autres formes perverties de déchets ecclésiastiques. Être saisi par le bras puissant de l’amour du Christ donne le courage de faire avec la force ultime, « l’amour coriace », source de compassion renouvelée chaque jour en Jésus-Christ. « Nous aimons parce qu’il nous a aimé en premier. » (1 Jean 4, 19) (p. 80)

Prendre exemple sur les pingouins: ils ne peuvent nier la dure réalité et prétendre vivre dans un monde rose — sous peine de mourir de froid ou dévoré. Avec leurs compagnons, ils développent des stratégies pour rester en vie et prendre soin des petits. Malgré les vents glacés, ils se tiennent la tête haute, avec une certaine « dignité venue d’ailleurs ».

Comme les pingouins, on peut se tenir droit dans la dure réalité impitoyable de l’église, et marcher la tête haute, avec une dignité qui vient d’en haut (Col 3) pour faire face aux vents glacés de la paroisse avec un « amour coriace » qui vient de Dieu.

Alors que cet amour est reçu d’en haut et transmis, tes accusateurs sont dépassés. Ils ne peuvent pas résister. Alors que l’amour de Dieu les bombarde, leur défense s’effondre, leurs accusations perdent leur force, leurs langues sont changées en caoutchouc, leurs oreilles débouchées, leurs yeux s’humectent, et leurs cœurs de pierres s’animent. Voici la qualité explosive de l’arme ultime, « l’amour coriace », « le Principe du Pingouin. » (p. 80)

(Note de moi: un peu de peine ces temps à croire simplement à cette dernière partie. L’amour du Christ peut certainement nous aider à tenir et à aimer en retour. Et certaines personnes se remettent en question et reprennent vie. Mais d’autres semblent imperméables… Est-ce qu’on change vraiment?)

  1. David S. Belasic & Paul M. Schmidt, The Penguin Principles: A Survival Manual for Clergy Seeking Maturity in Ministry, C.S.S. Publishing Company, Ohio, 1986. 

  2. « Merdier », au sens stricte, n’est pas un terme négatif. Ca pue, mais c’est un excellent terreau, potentiellement très fertile. 

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Ma vie de ministre en ce moment

Theologeek - lundi 13/07/2020 - 15:40

Avec ma métamorphose, je suis passé au niveau supérieur.

Je m’attendais à un niveau stimulant, et ça a été le cas. J’ai relevé des nouveaux défis. Affronté des nouveaux ennemis. Accomplis des quêtes passionnantes. Gagné pas mal de XP. Surtout j’ai rencontré des alliés extraordinaires. Et ensemble on a marqué quelques points.

Mais je m’attendais pas à un niveau si difficile. Surtout, je m’attendais pas à ce que les ennemis principaux soient déguisés en alliés. Que le challenge principal c’est pas d’être pasteur de Celleux-qui-sont-pas-là, mais de le faire en présence de Celleux-qui-sont-là-et-n’en-veulent-fondamentalement-pas. J’ai perdu pas mal de points de vie en friendly fire. J’ai pas reçu de protection et de soin quand j’en avais besoin. Et pas pris assez le temps de les chercher. J’y croyais pas. Je pensais que ça allait se calmer — on est dans la même équipe, on a la même mission, non?

J’ai fait des faux pas, suis tombé dans des pièges. Et j’ai perdu mes derniers points de vie.

Teamkilled.

Et en avril, je me suis retrouvé là:

Maintenant j’ai récupéré une partie de mes PV. Je pourrais recommencer le niveau, mais si rien n’a changé je crains d’arriver au même résultat.

J’ai besoin de passer à l’arsenal pour mieux m’équiper. Des armes défensives et des armes offensives. Et j’ai besoin de parler stratégies avec d’autres joueurs qui sont au même niveau. J’ai besoin de débriefer avec des vétérans qui sont à des niveaux plus avancés pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Je ne dois plus me faire avoir en croyant celleux qui disent qu’ils sont mes alliés, mais me fier à leurs actions. Et j’ai besoin d’avoir des vrais backups. Que ma guilde, qui m’envoie en mission, soie réellement là pour tanker pour moi quand c’est nécessaire.

Est-ce que je vais réussir à passer ce niveau? Je sais pas. Mais je compte bien réessayer au moins une fois ou deux.

Le jeu en vaut encore la chandelle.

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« La pause est finie, le travail doit reprendre. » #FeVi2019

Theologeek - jeudi 08/08/2019 - 12:19

On dit que la première impression est toujours la bonne.

Ma première impression de la Fête des Vignerons, assis dans l’arène à attendre que le spectacle commence: les vidéos des partenaires principaux. « Ils rendent la fête possible. » BCV, Nestlé, Sécuritas, Tissot, SWISS, etc. Je m’attends à un spectacle qui célèbre la beauté et la simplicité de la vie locale, mais c’est La Suisse qui m’accueille, elle me parle en « je ». Elle me rappelle discrètement ses plus grands attributs: argent, sécurité, compétences, luxe.

Puis le spectacle m’emporte, m’émeut. Il me raconte la profonde richesse du lien à la Terre quand on est à son écoute. Je rêve de traverser les étapes de la vie en dansant joyeusement, comme la petite Julie, guidée par la libellule, servie par les étourneaux, en harmonie avec le passé et le futur, la vigueur et la faiblesse. J’y aspire: ma vie devrait être une danse !

Mais la première impression reste: le rêve n’est possible que grâce à la générosité des partenaires, qui nous attendent au bureau lundi à 8h.

On s’est débarrassé des dieux d’apparat: ceux de la mystique chrétienne de 1977, ceux de la mythologie grecque de 1999. « Merci aux dieux qui se sont laissés écarter », nous dit un Docteur. Ils n’ont pas opposés de résistance, ces dieux faisaient partie du décor, qu’on démonte après la fête. Mais le véritable dieu de la suisse, celui de la croissance et du profit, règne toujours sur nous. Il nous bénit gracieusement par un spectacle lumineux pendant l’été — pour mieux nous vendanger et nous presser à la rentrée, et la Terre avec nous.

« La pause est finie, le travail doit reprendre », dit encore le Docteur.

Je vous laisse, je dois retourner bosser.

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J’ai créé un jeu vidéo !

Theologeek - lundi 04/02/2019 - 12:54

C’était à une semaine de retraite spirituelle en début d’année, avec un tas de jeunes pasteur·e·s (et une jeune journaliste, les voies de Dieu…). On nous a proposé de réfléchir et d’exprimer quelque chose de notre vocation de manière artistique.

Je suis d’abord parti sur un jeu de plateau, mais c’était trop compliqué, alors je me suis rabattu sur un jeu vidéo narratif et minimaliste.

Le jeu

Vous incarnez une petite fourmi qui vient de naître dans une fourmilière. Il y a plusieurs castes de fourmis, avec des rôles spécifiques. Vous faites partie d’une de ces castes, mais vous ne savez pas laquelle. Votre but est de le découvrir…

Je vous laisse découvrir.

Cliquez sur l’image pour lancer le jeu.

(Sur mobile pour une meilleure expérience, et je ne sais pas si ça passe les tests pour épileptiques, en cas de doute regarder avec une certaine distance.)

Alors?

Expérience? Réactions? Impressions?

(En se rappelant que c’est un truc bidouillé rapidement lors d’une retraite.)

Techniquement

Il s’agit d’une Progressive Web App crée avec Quasar, un High Performance Full Frontend Stack propulsé par Vue.

Le code est sur github.

Ça ne fait pas longtemps que je me suis lancé dans le développement web (j’ai surtout fait du dur en Python/PyQt, par exemple Manuskript). Je kiff Vue, et j’ai deux projets en cours avec Vuetify. Mais là je voulais tester autre chose et j’ai choisi Quasar. Et je n’ai pas été déçu!

Spirituellement

Il s’agissait pour moi d’exprimer deux choses:

  1. On peut découvrir sa vocation par trials & errors, en mouvement. Pas uniquement assis en silence dans une retraite au sommet d’une montagne (même si des moments comme ça ont été décisifs pour moi), mais aussi dans l’action.
  2. Un indice de sa mission sur terre peut être la joie. J’ai eu plusieurs fois dans mon parcours des moments de joie intense et fugace. Et c’est un des guides que j’ai suivi dans ma récente métamorphose — et que je suis encore pour trouver ma place dans l’univers et y rester.

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3 métaphores pour des relations humaines en 3D

Theologeek - vendredi 01/02/2019 - 22:55

Une des dimensions de la spiritualité chrétienne concerne les relations que l’on entretien avec ses proches. La spiritualité n’est pas qu’individuelle, elle est aussi interpersonnelle, communautaire. Et dans la spiritualité chrétienne la qualité relationnelle est primordiale. C’est ce qui arrive quand on a un Dieu trine, relationnel dans son essence.

Pour Jésus, la qualité relationnelle est même la marque principale de ses disciples:

« Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » — Jean 13, 34–35

En fait, cet « amour » est le fruit de la transformation spirituelle que Dieu produit en nous, si bien que si on a pas d’amour on peut se demander si Dieu agit en nous (1 Jean 3, 14) et si même on le connaît réellement (1 Jean 4, 7–8).

Ok. Mais c’est quoi cet « amour »?

Dans mon cheminement de foi personnel, j’ai vécu un tournant à 18 ans lors d’un voyage à Madagascar avec des chrétiens d’ici et de là-bas. J’ai été absorbé dans un tissu relationnel d’une intensité à laquelle je n’avais jamais goûté jusque là. D’un autre monde. Ça a fait fondre une partie des rationalisations que j’avais construites pour tenir Dieu à l’écart et l’empêcher de questionner ma vie. Et ça m’a relancé dans une aventure de foi et spiritualité incroyable. En rentrant, j’ai dévoré le Nouveau Testament, je suis tombé sur le verset cité là-haut, et j’ai décrypté ainsi ce qui c’était passé.

Depuis, la dimension communautaire (pas communautariste) de la foi a toujours été très importante pour moi. C’est peut-être ce qui m’a attiré dans la missiologie de Newbigin.

Mais quel forme prend cet amour? À quoi ressemble cette intensité relationnelle?

Il y a quelques jours, dans ma série de prédications sur l’épître aux Philippiens, j’ai croisé ce verset (Ph 2, 25):

J’ai cependant estimé nécessaire de vous renvoyer mon frère Épaphrodite, mon collaborateur et mon compagnon de combat, que vous aviez envoyé afin de pourvoir à mes besoins.

Pour dire l’intensité de sa relation avec Épaphrodite, Paul utilise 3 termes:

  • Mon frère (ἀδελφός), métaphore de la famille, reliés par un père commun
  • Mon collaborateur (συνεργός), métaphore du travail, reliés par une mission commune
  • Mon compagnon d’arme (συστρατιώτης), métaphore militaire, reliés par un ennemi commun

Ces trois métaphores nous disent chacune quelque chose de différent de l’intensité et la qualité relationnelle que nous pouvons approfondir entre nous.

1. « Frère/sœur » — La famille

La première métaphore est celle de la famille. Des trois c’est certainement la plus littérale, au vu du nombre de fois que l’image de Dieu comme Père et de la communauté chrétienne comme famille revient dans le Nouveaut Testament. Mais ça reste une métaphore, car tout langage est métaphorique.

Dans cette métaphore, nous sommes en relation parce que nous avons un père commun. Adopté en Jésus-Christ, pure grâce imméritée, je suis héritier de la famille divine. Et parmi les choses dont j’hérite aussitôt: des frères et des sœurs (cf. Marc 10, 29–30). Youpie!

On choisit ses amis, pas sa famille, dit-on. Et c’est vrai dans le cadre de l’Église — et plus largement de l’humanité. On ne choisit pas ses « frères » et « sœurs ». On doit faire avec ceux qui sont là. Mais en positif: on a pas à construire ce lien, à le fabriquer, le mériter. Il est là. Qu’on le veuille ou non. C’est une donnée. Un don. Mon travail pour intensifier mes relations c’est pas de produire quelque chose qui n’existe pas, c’est de manifester une réalité qui est. De l’accepter et de la vivre.

Cette métaphore de la famille implique une certaine proximité. Dans une famille, on partage la vie dans son ensemble. C’est une relation d’intimité, de confiance, de solidarité. Puisque la relation familiale ne dépend pas de ce que je fais mais d’une alliance qui m’est donné, je n’ai pas besoin d’être performant, de prouver ma valeur pour mériter ma place. Je peux être vulnérable et authentique. Je peux être, simplement. Ce que je suis a de l’importance.

2. « Collaborateur » — le travail

La deuxième métaphore vient du monde du travail. Co-laborateur. Compagnon d’œuvre, de travail. Ici nous sommes unis par une mission commune. Un but commun. On regarde dans la même direction, on veut accomplir quelque chose ensemble.

Dans cette métaphore, nos talents, dons et compétences prennent toute leur place. Face à la mission commune, mes performances comptent. Ce que je fais a de l’importance, pas uniquement ce que je suis. Mais je n’ai pas besoin de faire pour être. Je peux faire — à partir de ce que je suis.

Si au niveau de la famille il y a la place pour de la vulnérabilité et de la fragilité, et qu’il n’y a pas besoin de produire de résultats, ici il y a de la place pour de la compétence, de l’exigence, de la performance. On veut des résultats, on veut des fruits, et on est prêt à se donner à fond pour ça.

Mais puisque nous sommes co-laborateurs, nous jouons un jeu co-opératif. Nous sommes ensemble dans la mission. Ce n’est pas toi contre moi. Je ne suis pas menacé par ce que tu accomplis. Au contraire: je suis au bénéfice de tes réussites. Comme toi des miennes.

Et on pourrait même développer ici une image de Dieu qui à ma connaissance n’est pas très répandue: Dieu comme CEO.

3. « Compagnon d’arme » — l’armée

La troisième métaphore est militaire. Συστρατιώτης, co-soldat, compagnon d’armes. Ici nous sommes réunis contre un ennemi commun. Après avoir été unis par, unis pour, nous sommes unis contre.

Cette métaphore est certes moins populaire. En tout cas dans mon milieu d’Église. Probablement un bout parce que, parfois, elle a été prise littéralement. Gloups. Il est clair que l’ennemi en question n’est pas « de chair et de sang » (Ephésiens 6, 12): on ne lutte pas contre des humains.

Mais alors contre quoi? On peut dire que nous luttons contre « le péché », une puissance spirituelle (pour reprendre des termes d’Éphésiens 6) de déshumanisation et division. Le péché est ce qui est détruit l’harmonie, la vie. Le « voleur » qui vient pour « voler, tuer, détruire » alors que Jésus vient pour donner la vie, et la vie en abondance (Jean 10, 10).

Alors certes il y a plein de manières dont cette métaphore peut déraper en voulant « combattre pour la foi », mais la question ici est:

Qu’est-ce que le contexte militaire produit comme type de relation?

Si j’ai une expérience familiale et professionnelle, je n’ai pas d’expérience dans ce domaine. De ce que je peux en imaginer (sur la base de films et jeux vidéos, ok…) c’est une certaine solidarité, radicalité, urgence. On est dans des questions de vie ou de mort. Il y a une intensité, et cette intensité soude.

Et motive.

En tout cas moi ça me fait vibrer quand je chante « Debout sainte cohorte » !

Des relations en 3D

Ces trois métaphores offrent un outil de diagnostique intéressante pour nos relations.

Frère/sœur, collaborateur, compagnon d’arme. De qui est-ce que je peux dire ça? Qui peut dire ça de moi?

Je vois dans ma vie et dans l’Église des gens avec qui je partage une relation qui pourrait être caractérisée par telle ou telle métaphore. Plutôt familiale, intime, vulnérable avec tel groupe. Plutôt professionnelle avec tel autre. Plutôt militante avec celui-ci. Avec certaines personnes j’ai peut-être développé deux dimensions. Plus rares sont celles avec qui je peux dire que je vis quelque chose des trois.

Ce que j’ai l’impression d’entrevoir ici chez Paul, c’est que sa relation avec Épaphrodite est tridimensionnelle. À fond familiale, à fond professionnelle et à fond militaire. Ensemble ils connaissent Dieu comme Père, comme CEO et comme chef de guerre.

Et ça me fait envie.

D’ailleurs, et comme partout dans l’épître aux philippiens, Paul laisse entendre que l’intensité relationnelle que le Christ nous offre nous conduit à la joie (Ph 2, 28–29). Ce qui semble d’ailleurs être le but du ministère de Paul (Ph 1, 25).

Du coup, dans l’utopie que je poursuis, l’Église toute entière vit caractérisée par cet « amour », cette intensité relationnelle tridimensionnelle.

***

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