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Et rien ne sera plus comme avant

koztoujours - dimanche 05/04/2020 - 16:39

On l’entend, on l’attend, parce qu’on ne peut accepter l’idée qu’une telle épreuve ne soit qu’une parenthèse avant que ne reprennent le bruit, la pollution, la course. Alors, on le répète, comme une prophétie auto-réalisatrice. « Rien ne sera plus comme avant ». Vraiment ? Nous l’avons dit, après la crise de 2001. Nous l’avons dit, après celle de 2008. Nous l’avons dit, surtout, lorsque les attentats ont frappé la France. Chaque fois, pourtant, le monde a repris sa marche inchangée. Alors, si rien ne doit être comme avant, ce ne sera ni sur intervention divine ni par une soudaine communion collective. Ce ne sera pas sans notre volonté. Si rien ne sera comme avant, ce ne sera pas sans l’exiger.

Rien ne devra être comme avant au nom de notre souveraineté, c’est certain. Depuis les composants de notre industrie jusqu’aux respirateurs, aux masques ou réactifs pour les tests, nous nous retrouvons dépendants – et dépendants du bon vouloir de pays (la Chine, les Etats-Unis) qui ne sont pas ou ne sont plus nos amis. Rien ne sera plus comme avant, et certes il faut applaudir tous nos soignants, chaque soir. Mais ceux qui se montrent amers en songeant aux années de combat perdu dans l’indifférence contre les logiques comptable et technicienne ont raison. Rien ne devra être comme avant et c’est la mort qui s’insinue, dans nos rues et nos esprits, pour nous rappeler soudainement à notre humanité, fragile et fugace. Il nous la faudra, cette révolution humaniste pour remettre l’Humain, la relation, les cœurs, les mains, au centre.

Mais aujourd’hui, ce sont les jours de solidarité et de responsabilité, ce sont les jours de l’attention fraternelle. Car, à cet instant précis, en cette semaine où s’abat sur nous la vague, rien ne sera surtout plus comme avant sans les visages de ceux qui partent, sans le sourire de cet ami, son rire, sans l’oreille de cette mère, l’épaule de ce frère. Rien ne sera plus comme avant pour ceux qui vivent ces heures dans l’angoisse d’un appel funeste, qui ne peuvent être au chevet de leur proche, ni le veiller, ni l’enterrer. Rien ne sera comme avant l’absence. Pour ceux qui partent et pour leurs proches qui restent, le temps n’est pas à la prospective, même si penser demain aide à supporter chaque jour. Aujourd’hui, soutenons chacun. Mais demain, ce sera bien en leurs noms, chargés du souvenir des morts, habités de leurs visages, que nous devrons assurer qu’advienne un autre temps.

Chronique en date… du mardi précédent.

L’article Et rien ne sera plus comme avant a été écrit par Erwan Le Morhedec pour Koztoujours.

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Semaine Sainte de denuément

Zabou the terrible - samedi 04/04/2020 - 23:59

Si les circonstances mondiales font que tout est différent, il faut bien dire que liturgiquement, tout semble également l’être et qu’il est bien étrange d’entrer ainsi dans la Semaine Sainte. 

 

            Ayant grandi en servant la messe durant de nombreuses années, j’ai acquis une sensibilité forte à la liturgie de cette Semaine que j’aime entre toutes : les jours et les célébrations qui se succèdent ont eu pour moi une réelle valeur pédagogique ajoutée au spirituel. Et que dire de cette nuit d’ivresse liturgique qu’est la Vigile Pascale, où chaque temps se laisse savourer pour entrer par tous nos sens dans la joie de la Résurrection ? 

 

Et là, cette année, ce sera une Semaine Sainte dépouillée de tous nos oripeaux, même chargés de sens et de foi ; 

Ce sera une Semaine Sainte où le faste n’aura pas d’éclat extérieur mais devra revêtir le plus profond de nos cœurs ; 

Ce sera une Semaine Sainte pauvre en apparence, dont les célébrations se réduiront à l’essentiel, simplement ; 

Essentiel auquel nous aurons à nous attacher de manière plus rugueuse mais pourtant bien vraie.

Comme un appel à entrer dans l’Essentiel d’un Mystère qui se vit, 

Comme un appel à entrer dans le Mystère d’un Dieu qui se donne pour nous donner la Vie. 

 

Belle entrée dans la Semaine Sainte à chacun, vers Pâques ! 

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Du Carême imaginaire au carême réel, vers la Semaine Sainte

Zabou the terrible - samedi 04/04/2020 - 10:55

 

            Je vois encore tous ces chrétiens, le mercredi des Cendres, sur les starting-blocks, prêts à prendre le départ du Carême. Certains avec des grands objectifs, d’autres avec des plus modestes mais tous disposés à saisir ce temps opportun pour se rapprocher, un peu mieux, du Seigneur, même au sein des cahots de la vie. 

 

Comme chaque année, le temps vient éprouver les décisions du premier jour mais, ce qui compte, c’est de vivre tout de même cette fidélité, non pas tant dans une rigidité à faire mal, mais bien dans celle de ce mouvement de conversion qui nous pousse à avancer, chaque jour un peu mieux. 

 

            Et puis est venu ce drame de notre humanité : une pandémie mondiale. De l’incertitude, de l’angoisse suivies d’un confinement, et tout s’est trouvé brouillé soudain : plus les mêmes repères du quotidien. Comment poursuivre le Carême dans ces conditions ? 

 

            Il y a ce malade, professionnel habituellement suractif, qui s’est retrouvé à vivre un Carême qu’il n’avait pas choisi, souffrant, alité : ne pouvant plus être actif, même guéri, simplement malade confiné, devant consentir à cette forme de passivité. 

            Il y a cette famille vivant dans un espace trop resserré, devant se découvrir autrement, inventer une manière d’être ensemble tout en cherchant un semblant d’intimité, en apprenant à se dire encore plus « pardon ». 

            Il y a cette famille débordée par le télétravail, l’école des enfants… plus un moment à soi. La prière devient comme un instant dérobé aux flots tempétueux du quotidien. 

            Il y a ces familles éprouvées par l’hospitalisation ou le décès d’un proche, qui souffrent de ne pouvoir l’accompagner, qui vivent l’angoisse et la souffrance, sans avoir le réconfort de la partager autrement que par des écrans, et encore.

            Il y a ces personnes âgées isolées qui crèvent de leur solitude, sans personne pour les serrer dans leurs bras, pour leur dire combien ils sont précieux et aimés, malgré leur grand âge. 

            Il y a chacun de nous, vivant tant bien que mal ce temps, même dans une recherche de garder le rythme le plus ordinaire qui soit… mais cela ne saurait faire illusion. Tout a changé. 

 

Tous, nous avons vécu un carême différent et il est sans doute temps de mesurer l’écart entre notre carême décidé et résolu, devenu imaginaire, et notre carême accueilli et consenti devenu le réel, celui  du quotidien. 

Il n’est pas certain que cela soit au détriment de notre relation à Dieu, bien au contraire : sans doute celle-ci s’ajuste-t-elle différemment, au gré de jours que nous n’avons pas choisi de vivre. 

 

Mais tous, nous allons désormais entrer dans la belle et grande Semaine Sainte avec tout cela : pour exposer toute notre vie, ce qui la constitue de grand et de misères à l’amour sans limite de notre Seigneur. 

 

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