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"L'important n'est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d'avoir été là, ce qui est ineffaçable" (Jacques Maritain)
Mis à jour : il y a 51 min 11 sec

Contre le fanatisme, la Sorbonne. Toute la Sorbonne.

mercredi 21/10/2020 - 15:49

De Conflans-Sainte-Honorine, j’ai l’image apaisée d’un petit port fluvial en contrebas de la route, de la capitale de la batellerie. Conflans-Sainte-Honorine, c’est une première étape vers le grand air. Il aura fallu l’assassinat de Samuel Paty pour que se dissipe dans le sang l’illusion que la gangrène islamiste qui frappe des villes voisines ne la touchait pas également. Là aussi, donc. Si proche. Mais est-ce surprenant : des individus radicalisés n’ont-ils pas été arrêtés dans une cité à moins d’un kilomètre de chez moi ? Le choc, donc, comme tout le monde et peut-être un peu plus encore par ma proximité avec le corps enseignant.

Et l’interrogation : comment nous en sortirons-nous ?

Par-delà la réponse sécuritaire, et au-delà des caricatures…

Il y faudra une réponse sécuritaire, dont je doute qu’elle passe par l’écriture de nouveaux textes de loi, qui ne sont souvent qu’autant d’effets d’affichage exonérant nos pouvoirs d’une action concrète. Mais il faudra qu’elle intervienne.

Emmanuel Macron n’a pas tort de le dire, même s’il n’est pas le seul : si ce n’est pas l’Etat qui agit, un jour ce seront les milices. C’est à l’évidence une hypothèse qui doit être prise au sérieux, et les responsables de nos services de renseignement l’ont déjà très concrètement évoquée. On apprend aussi avec une surprise certaine, en même temps que sa dissolution, qu’un collectif pouvait encore se nommer Cheikh Yassine dans notre pays. Pour autant, la dissolution d’une association n’a jamais éradiqué sa pensée. Il faut à l’évidence traiter avec constance et intransigeance les fanatiques islamistes comme les ennemis de notre pays qu’ils sont, et frapper comme nous l’aurions fait au cours de n’importe quelle guerre pour n’importe quel ennemi sur notre sol.

Mais si la réponse sécuritaire est indispensable, elle est aussi insuffisante. Si l’on me permet de poursuivre la comparaison avec la guerre : il en est un peu de même ici et avec les victoires militaires quand elles ne s’accompagnent pas de victoires politiques.

Or, au risque de prendre à rebours un mouvement qui semble unanime – à tout le moins lorsque l’on observe la presse et qu’on lit les réactions de journalistes, militants, intellectuels sur les réseaux – et d’assumer les assauts convergents des uns et des autres, je ne suis pas convaincu par l’approche frontale très majoritaire, qui bénéficie de la rencontre de ceux qui voudraient éradiquer l’islam et de ceux qui voudraient éliminer les religions, en même que de ceux qui voudraient que l’islam ne soit pas l’islam.

Cette logique de confrontation, implicite mais à l’œuvre, me paraît vouée à l’échec et à l’affrontement. A supposer encore que cela soit souhaitable, non, je ne pense pas que l’on puisse ambitionner sérieusement d’extirper la religion de l’âme humaine ou l’islam du cœur des musulmans. Refuser par principe de penser, pour les besoins du raisonnement, comme son interlocuteur (étant entendu que l’interlocuteur, ici, n’est pas le fanatique) ne peut que nous empêcher de trouver la racine du problème. Là aussi, l’empathie est indispensable.

Alors, disons-le clairement : la republication effrénée des caricatures de Charlie Hebdo me paraît une réponse bien courte et bien fausse. C’est un cri de liberté bien légitime après une telle attaque contre les valeurs qui nous sont chères, dont la liberté d’expression, qui comprend celle de critiquer toutes les religions. Mais n’avons-nous vraiment à notre portée, dans tout ce que la civilisation occidentale a pu produire, après tant de siècles de production artistique, théologique, philosophique que l’image de Mahomet à genoux, l’anus en étoile et les couilles à l’air, pour répondre ?

Je m’explique, parce que non, cela ne signifie pas qu’il serait, pour moi, interdit de dessiner des caricatures sur l’islam et Mahomet (la preuve ci-contre). Pas plus que, bien évidemment, mon propos serait de ménager les fanatiques.

Les caricatures de Charlie Hebdo sont en passe d’être républicainement sacralisées. Charlie et ses caricatures sont de facto panthéonisés et leur acceptation est perçue comme un préalable pour vivre dans notre Cité. Ceux qui ne sont pas Charlie sont les nouveaux blasphémateurs. Or, je crois que l’élévation de ces caricatures au rang de totems républicains a, pour nombre de musulmans aujourd’hui, pour effet de rendre l’approbation même de ces caricatures comme une condition d’adhésion à la République. Quand on s’offusque de la réticence de musulmans à endosser le Je suis Charlie, peut-être pouvons-nous comprendre que pour beaucoup il ne s’agit pas seulement de dire par là Je suis Français et approuve liberté d’expression, mais j’approuve ces caricatures.

Or, je pense que c’est une approbation impossible.[1] On demande aux musulmans de considérer comme bonnes – au sens du Bien – des représentations obscènes de Mahomet (même si elles ne le sont pas toutes). Quand bien même ils tairont leurs réticences, le conflit de loyauté ne s’éteindra pas et la tentation séparatiste ne s’effacera pas. Cela n’implique pas qu’un musulman « ordinaire » approuve alors la violence, mais je crains fort que cela n’entretienne bien souvent la fracture latente. Plus encore, je crains que nous ne rendions plus attirantes les positions radicales.

Je lisais sur Twitter que « la question n’est pas de savoir ce que l’on pense des caricatures« . Je suis loin d’en être certain. Je pense que, plutôt que de les sanctuariser, il faut assumer parfois de dire que ces caricatures ne sont pas la fine fleur de la République, qu’elles sont choquantes, souvent laides, souvent scabreuses… ce qui ne suffit pas à leur interdire d’exister. [2]

… Toute la Sorbonne, dont la théologie.

Aussi, plutôt que de se satisfaire du soulagement passager que procure la republication compulsive des caricatures, passons à l’étape ultérieure. Convoquons ce que la civilisation occidentale a produit de plus beau, de plus grand, de plus glorieux, en philosophie comme en théologie !

L’hommage national à Samuel Paty est rendu à la Sorbonne et nombreux sont ceux qui saluent ici la France des Lumières. N’oublions pas que si la Sorbonne est le symbole par excellence de l’intelligence française, elle fut aux commencements une faculté de théologie ! La Sorbonne, à laquelle il sera aussi rendu hommage, tient son nom de Robert de Sorbon, prêtre et théologien, dont le souci fut notamment de permettre l’accès au savoir des élèves pauvres. Et il en faudrait peu pour penser que ceux-ci, aujourd’hui, sont les premiers candidats à la radicalisation.

Je ne peux ici que me référer au livre d’Adrien Candiard, islamologue dominicain, Fanatisme – Quand la religion est malade, et à son hypothèse, à laquelle je souscris. Nous ne pouvons pas continuer d’agir comme ces fameux trois singes qui croient que ce qu’ils n’écoutent pas, ne voient pas, ne disent pas, n’existe pas. Nous ne pouvons pas continuer à discréditer l’approche théologique de la religion. Nous ne pouvons pas imaginer répondre au fanatisme si nous disqualifions d’emblée l’univers mental d’un croyant.[3]

Le propos d’Adrien Candiard est notamment abordé dans les entretiens qu’il a donnés au Monde ou à La Croix[4]. Il faut s’y reporter, ainsi qu’à son essai qui début sur le cas effroyable d’un épicier pakistanais de quarante ans installé à Glasgow, assassiné en 2016 pour avoir posté sur son compte Facebook ce message : « Joyeuses Pâques à mes chers concitoyens chrétiens ! » Ainsi débute son questionnement, face à une réaction a priori inaccessible à la raison.

Sa volonté est ainsi de répondre par la théologie à un errement théologique. Car, comme il l’exprime en introduction, et sans exclure les approches sociologiques ou psychologiques, « c’est précisément cette exclusion de la théologie, c’est-à-dire d’un discours raisonné et critique sur la foi et sur Dieu, qui favorise le fanatisme. Elle seule peut prendre au sérieux ce que le fanatique dit de ses propres motivations, sans réduire ce discours au symptôme délirant d’une autre cause plus profonde. »

Et son hypothèse est que le fanatisme ne relève pas avant tout, comme on le soutient ordinairement, d’un excès de religion mais d’une absence de Dieu. Elle conduit à constituer des idoles qui ne sont pas étrangères à Dieu, mais qui ne sont pas Dieu, telles que les commandements ou, pour prendre un exemple dans le christianisme, la liturgie voire… son identité. Il faut ici citer son propos dans La Croix, tant il me semble bien davantage de nature à éclairer un croyant tenté par la violence, que quelque caricature que ce soit : « Tuer quelqu’un pour ses opinions est à l’évidence un comportement fanatique. Et puis, prétendre « venger Dieu » est une manière de le réduire à bien peu de chose. Elle relève d’une vision de Dieu tellement étriquée qu’elle n’a rien à voir avec Dieu et beaucoup plus avec une identité offensée dès lors que l’on « offense l’islam ». Cela revient à remplacer Dieu par soi-même en sacralisant sa propre identité, en absolutisant sa propre susceptibilité. »[5]

Contre toutes les apparences et les certitudes acquises, on pourrait presque trouver un point commun, pour des raisons opposées, entre la France républicaine et le fanatisme musulman : son rejet de la théologie. Rejet de principe dans les deux cas, pour l’un pour son incompatibilité supposée avec « Les Lumières« , pour l’autre, parce que l’on ne pourrait rien dire de Dieu.

La crise que traverse aujourd’hui l’islam sunnite, dont le terrorisme n’est qu’un des aspects les plus visibles, tient très largement au succès de plus en plus large, et rarement conscient, de cette théologie du refus de la théologie, cette théologie qui pense l’inutilité de la théologie. Cette théologie dont Dieu est absent, sauf sous la forme de commandements.

Adrien Candiard, Du fanatisme – Quand la religion est malade, Editions du Cerf, p. 38.

Notre pays a changé et nous le devons aussi. La société française doit comprendre que la laïcité n’est pas l’athéisme, qu’il ne suffit pas d’exclure la religion de son horizon intellectuel pour que les croyants cessent d’exister. Si l’ennemi est bien le fanatisme, et non le musulman ou le croyant, alors nous devons dépasser les slogans et les caricatures, répondre avec les merveilles que la civilisation occidentale a su produire, et oser réinvestir ce champ méprisé qu’est la théologie. Qu’importe si ça chatouille, c’est indispensable.

  1. On peut me rétorquer que l’on attend bien des catholiques qu’ils acceptent les caricatures fréquemment ordurières publiées par Charlie Hebdo mais la situation me paraît différente : quels que soient nos malaises actuels, les chrétiens ne peuvent entretenir aucun doute sur leur place sur la terre de France.
  2. Ceux qui verraient dans mon approche une simple solidarité de religieux pourront peut-être lire, ici et puis là aussi, ce que j’écrivais à ceux qui voulaient en 2011 que nous allions à l’affrontement, « l’honneur du Christ nous y obligeant », face aux pièces Sur le concept du visage du Seigneur et Golgota Picnic ou au Piss Christ
  3. J’invite aussi mes lecteurs à lire ce que disait à cet égard Noémie Issan-Benchimol sur Twitter, juive, et diplômée en Philosophie et Etudes Hébraïques de l’Ecole Normale Supérieure et notamment ceci : « Ce qui est poursuivi, chassé, ou même disqualifié publiquement par l’autorité de l’Etat devient de facto au niveau du vécu résistance. Ca peut même être vécu religieusement comme une épreuve, la joie d’y résister est alors encore plus grande. »
  4. et vous me permettrez de relever ici une phrase de sa part, qui vient chez moi comme un écho à mon refus de considérer ma propre foi sous une approche identitaire : « C’est en tant qu’elle est opinion qu’une croyance religieuse peut-être discutable, qu’elle touche à l’universel. Notre approche héritée des Lumières, en cherchant à éviter des discussions dangereuses sur les questions religieuses, a rejeté la religion sur la seule identité, qui elle est indiscutable, et se trouve parfois sacralisée, posée commun un absolu. »
  5. Voir note 2, sur « l’honneur du Christ », d’ailleurs.

L’article Contre le fanatisme, la Sorbonne. Toute la Sorbonne. a été écrit par Erwan Le Morhedec pour Koztoujours.

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Nucléaire : le pape lâche une bombe dans un nid de lobbyistes.

mardi 20/10/2020 - 12:52

On a bien voulu ce matin me partager cette tribune (sobrement titrée « Pourquoi l’opinion du pape en matière de dissuasion n’a pas d’importance« ), dite « instructive ». Chemin faisant, mes observations, réflexions et découvertes ont, vous le constaterez, débordé du cadre d’un tweet, aussi les hébergerai-je ici.

A titre préliminaire, je dois avouer une chose : je ne suis pas au clair sur la dissuasion nucléaire. Ça fait partie des points sur lesquelles je me dis que le pape et l’Eglise ont peut-être bien raison mais pour lesquelles j’ai bien du mal à renoncer à l’aspect logique de la dimension dissuasive. Pour autant, je me dis souvent que le fait d’être à l’aise avec un propos du pape est rarement un bon critère, quand la parole du vicaire du Christ n’est pas spécialement là pour entretenir mon confort moral.

En revanche, et en tout état de cause, ce texte est aussi intrigant qu’il est irritant.

Il est intrigant parce qu’il s’agit d’une tribune se revendiquant de 30 experts anonymes, soutenant ce qu’un candidat de gauche pourrait promouvoir comme politique de défense.

Or,

  1. Il ne semble pas que la politique de défense du pays soit un domaine qui exige l’anonymat de la part d’un universitaire, d’une part et moins encore, d’autre part, lorsqu’il s’agit de contribuer non au programme du FN mais à celui d’un candidat de gauche;
  2. Nul n’est obligé de prendre pour acquis qu’il s’agisse de contribuer à un programme de gauche, même si cela fait probablement mieux passer le message. Mais l’on s’amusera que ce groupe d’experts n’ait trouvé d’autre relai pour une opinion de gauche que le journal La Tribune, dont on ne sache pas qu’il soit une lecture archétypale des candidats de gauche à la présidentielle. En outre, si la droite (souvent dans sa partie radicale) n’a pas le monopole de l’expression, l’expression de « démagogie mondaine » n’est pas non plus ordinaire dans un texte de gauche;
  3. Enfin, nous parlons ici de l’industrie de l’armement. Il est écrit que ce groupe « se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France« . Il semble acquis que ces derniers enjeux se doivent d’être très conformes à ceux de « l’industrie de défense » (appellation plus prisée dans ces milieux sensibles à tous égards que celle d' »industrie de l’armement« ).

En somme, on se dit que le pape a bien dû toucher quelque chose et déranger des intérêts évidents pour qu’un groupe anonyme d’experts autoproclamés se mette en tête de publier une telle tribune en vue des présidentielles. La seule question qui reste vraiment en suspens est celle du nom du cabinet de lobbying qui écrit ces tribunes. Gageons que le nom de celui qui tient la plume se trouvera dans le répertoire des représentants d’intérêts, et qu’on le connaîtra bientôt.

Manifestement donc, le pape a mis un coup de pied dans un nid de lobbyistes.

Le texte est, encore, irritant en ce qu’il est faux, à divers titres, c’est-à-dire dans le fond et l’esprit.

Il est faux dans son esprit car voici un texte qui se conclut sur ces mots : « Sans polémique, refusons un dialogue réducteur, ayons confiance dans un dialogue collaboratif et concerté »… après avoir aligné « pathétique », « démagogie mondaine », « poncifs éculés », « chef d’œuvre de mauvaise foi », marqué par « la subjectivité de Jorge Bergoglio », et affirmé que « l’autoréférence [du pape] à ses propres discours paraît bien présomptueuse » et brandi pas moins que la menace d’un retour au fichage des officiers catholiques pour éviter qu’ils ne soient susceptibles de faire valoir une quelconque clause de conscience. Je serais un officier catholique de la Marine Nationale, j’apprécierais assez modérément mon instrumentalisation en la matière.

Il est faux sur le fond aussi.

J’émets plus que des réserves par exemple sur le fait que le Vatican ait envisagé de publier une encyclique sur la dissuasion nucléaire qui aurait visé spécifiquement la France, et que la diplomatie française serait parvenue à enterrer. Qu’un texte ait été envisagé sur la dissuasion nucléaire, à la rigueur quoique je ne sois pas certain que ce soit dans les priorités des encycliques, mais qu’il vise la France plutôt que l’ensemble des puissances nucléaires, j’en doute.

Ensuite, je n’ai pas l’ambition ni le temps, dans un simple billet, de dresser la doctrine de l’Eglise sur la dissuasion nucléaire mais je relève que l’entreprise de cette tribune, à travers les vocables rapportés plus haut mais aussi dans le fond est de décrédibiliser et d’isoler le pape François, qui aurait exposé des opinions personnelles et minoritaires sur la dissuasion nucléaire et la guerre juste.

Or, il a notamment fallu, pour écrire ceci que nos lobbyistes putatifs (rien à voir avec une appréciation sur leur vertu) qui ont lu l’encyclique et qui la citent, omettent précisément de rappeler un propos de saint Jean XXIII cité par le pape : « Comme le disait saint Jean XXIII, « il devient impossible de penser que la guerre soit le moyen adéquat pour obtenir justice d’une violation de droits « . C’est au point 260 d’une encyclique qui ne compte que huit paragraphes sur la question, de sorte qu’il est difficile de le rater.

En outre, il faudrait rappeler à nos lobbyistes inquiets de l’influence du pape sur les officiers catholiques, qui risqueraient de prendre ses mots pour « parole d’évangile« , la réponse fameuse bien que piteuse de l’amiral de Joybert aux évêques critiques de la dissuasion nucléaire : « Messieurs de la prêtrise, voulez-vous, s’il-vous-plaît, vous mêler de vos oignons !«  »

C’était en 1973, ce qui porte deux enseignements.

  1. Le premier, c’est que cela fait 50 ans et plus que l’Eglise émet des critiques sur la dissuasion nucléaire, de sorte que non, le pape n’est ni isolé ni autoréférentiel.
  2. Le second, c’est que cela fait 50 ans et plus que des officiers catholiques (dont la tribune a raison de dire qu’on les trouve en nombre dans l’Armée, la Marine et les sous-marins – grâce leur soit rendue de défendre leur pays) n’en tirent pas de conséquences pratiques et, à tout le moins, pas de « clause de conscience ».

Puisque nos lobbyistes anonymes se targuent aussi de sociologie religieuse, j’aurais même tendance à penser que l’officier sous-marinier catholique français est relativement peu enclin à prendre la parole de ce pape en particulier pour « parole d’évangile« .

On observera certes que la position de l’Eglise sur la dissuasion nucléaire a évolué, depuis Jean XXIII jusqu’à Benoît XVI, en passant par Vatican II et Jean-Paul II en fonction des circonstances militaires, qui l’a conduite à tolérer la dissuasion nucléaire pendant la Guerre Froide. Sans reprendre l’ensemble des déclarations, on notera que, si Jean-Paul II a pu déclarer, en 1982 :

Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l’équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable.

Documentation Catholique, 4 juillet 1982

Il déclarait ultérieurement :

Les responsables des nations ne peuvent pas se satisfaire de l’état actuel : ils devraient plutôt renouveler leur engagement au désarmement et à la suppression de toute arme nucléaire.

Avril 1995, déclaration aux évêques du Japon – Documentation catholique, 2 avril 95, p  303

Benoît XVI, en 2006, déclare :

Que dire des gouvernements qui comptent sur les armes nucléaires pour garantir la sécurité de leurs pays ? Avec d’innombrables personnes de bonne volonté, on peut affirmer que cette perspective, hormis le fait qu’elle est funeste, est tout à fait fallacieuse.

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale pour la paix, 1er janvier 2006

Puis, en 2007 :

La voie qui peut assurer un avenir de paix pour tous passe non seulement par des accords internationaux en vue de la non-prolifération des armes nucléaires, mais aussi par l’engagement à poursuivre avec détermination leur diminution et leur démantèlement définitif. C’est le destin de la famille humaine tout entière qui est en jeu !

Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale pour la paix, 1er janvier 2007

Il semble donc déjà assez peu probable qu’une trentaine d’universitaires aient associé leurs efforts et expertises pour exposer ainsi leur ignorance conjointe de la doctrine de l’Eglise. Il apparaît manifestement ensuite que si le pape François n’a « pas lu la Bible » et néglige « des siècles de tradition religieuse« , alors il en est des mêmes des saints Jean XXIII et Jean-Paul II, des pères conciliaires et de Benoît XVI.

Quand un texte est aussi manipulateur sur de tels points, on a une assez bonne idée du sort à réserver à ce qu’il en reste. Voilà qui laissera davantage de chances à un « dialogue collaboratif et concerté » autant qu’honnête.

Sources (rapides et non-exhaustives)

L’article Nucléaire : le pape lâche une bombe dans un nid de lobbyistes. a été écrit par Erwan Le Morhedec pour Koztoujours.

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