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Actualité de l'Église

Commentaires du dimanche 9 mai

cef.fr - lundi 03/05/2021 - 11:42

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 9 mai 2021
6e dimanche de Pâques

1ère lecture
Psaume
2ème lecture
Evangile

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 25 … 48
25 Comme Pierre arrivait à Césarée
chez Corneille, centurion de l’armée romaine,
celui-ci vint à sa rencontre,
et tombant à ses pieds, il se prosterna.
26 Mais Pierre le releva en disant :
« Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
34 Alors Pierre prit la parole et dit :
« En vérité, je le comprends :
Dieu est impartial ;
35 il accueille, quelle que soit la nation,
celui qui le craint
et dont les œuvres sont justes. »
44 Pierre parlait encore
quand l’Esprit Saint
descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole.
45 Les croyants qui accompagnaient Pierre,
et qui étaient Juifs d’origine,
furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,
le don de l’Esprit Saint avait été répandu.
46 En effet, on les entendait parler en langues
et chanter la grandeur de Dieu.
Pierre dit alors :
47 « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême
à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint
tout comme nous ? »
48 Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.
Alors ils lui demandèrent
de rester quelques jours avec eux.

QUAND L’ESPRIT SAINT ABOLIT LES FRONTIERES
Il faut peser l’importance de la première phrase de notre texte : « Pierre arriva à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine… » Jusqu’à la veille, Pierre n’aurait jamais eu l’idée de faire une chose pareille !
Tout les oppose, ces deux hommes : Pierre, le Juif, croyant, convaincu, depuis peu devenu disciple de Jésus… et ce païen, quelqu’un qu’on ne fréquente pas : parce que, d’une part, il est l’occupant, mais plus encore parce qu’il est païen… Et, d’ailleurs, ce n’est pas Pierre, tout seul, qui a eu cette idée bizarre, d’aller chez Corneille, à Césarée. C’est Dieu qui a tout organisé, si j’ose dire : il a préparé les deux hommes à ce qui devait être un événement très important pour la jeune communauté chrétienne. Chacun des deux hommes a eu ce jour-là une vision : Corneille a entendu un ange de Dieu lui dire « Le Seigneur t’a entendu ; fais chercher Pierre pour qu’il vienne chez toi. »
Quant à Pierre, à des kilomètres de là, lui aussi, il a eu une vision : une vision curieuse, qui a l’air de vouloir déranger ses habitudes. Dans cette vision, il a devant les yeux des quantités d’animaux, dont certains considérés par la loi juive comme impurs étaient strictement interdits, et une voix le pousse à désobéir : tue et mange ! Pierre qui est un scrupuleux, ne veut pas désobéir aux règles de son enfance ; alors la voix lui fait remarquer qu’il appartient à Dieu seul de décider ce qui est pur ou impur… pour l’instant, il ne s’agit que d’alimentation, mais, déjà, ses certitudes sur les sacro-saintes règles juives de pureté sont sérieusement battues en brèche ; il faut bien cela pour le préparer à ce qui l’attend !
Trois fois de suite, cette curieuse vision se reproduit… et Pierre reste perplexe ; c’est à ce moment précis que les envoyés de Corneille arrivent ; ils viennent demander à Pierre quelque chose de plus grave encore que de manquer chez soi aux règles alimentaires : ils viennent lui demander d’aller chez ce païen de Corneille !
On se rappelle le tollé quand Jésus allait manger chez n’importe qui ! Et encore, il s’agissait de Juifs ; cette fois, il s’agit d’un incirconcis, comme on disait.
Mais, comme chacun sait, Dieu a de la suite dans les idées ; Luc précise que l’Esprit Saint lui-même rassure Pierre sur ce qu’il va faire : « Pierre était toujours préoccupé de sa vision, mais l’Esprit lui dit : Voici deux hommes qui te cherchent. Descends donc tout de suite avec eux et prends la route avec eux sans te faire aucun scrupule : car c’est moi qui les envoie ». Au passage, on remarque que c’est l’Esprit Saint qui dit à Pierre « ne te fais pas de scrupule » … Ce qui prouve au moins que tous nos scrupules ne sont pas toujours inspirés par l’Esprit Saint … Et qu’il nous faut apprendre à distinguer parmi nos scrupules ceux qui sont bien inspirés… de ceux qui le sont moins. Evidemment, Pierre a obéi à cette voix, et le voilà chez Corneille.
Et c’est là que commence notre texte d’aujourd’hui. Corneille, en voyant entrer Pierre, se jette à ses pieds, mais Pierre le relève : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme moi aussi. » Il ne peut évidemment pas accepter des manifestations de respect qui ne sont dues qu’à Dieu seul.
Et, tout d’un coup, Pierre comprend la vision qui l’avait tellement intrigué : les animaux n’étaient qu’une image destinée à lui faire comprendre autre chose ; à table, on sait qu’il était interdit par la loi religieuse de manger certains animaux considérés comme impurs : or la fameuse vision l’invitait à dépasser cet interdit parce que Dieu seul en définitive peut déterminer ce qui est pur ou impur.
UN TOURNANT DECISIF
Mais il était également interdit de fréquenter les païens. Ce que Pierre est invité à découvrir, c’est que cette barrière-là, elle aussi, doit tomber. Pourquoi cette interdiction de fréquenter des païens ? Ce n’était pas du mépris ; mais, tout simplement, parce que leurs pratiques étant différentes, la fréquentation des païens risquait d’entraîner les Juifs à délaisser leurs propres pratiques. Pierre vient de comprendre : Dieu l’invite à dépasser cette loi ; tout comme la vision l’invitait à ne plus faire de distinction entre animaux purs et animaux impurs, désormais il ne faut plus faire de distinction entre hommes purs et hommes impurs ; cela permettra de fréquenter sans scrupule tout le monde.
C’est un tournant décisif qui s’amorce : comment annoncer la Bonne Nouvelle aux païens si on s’interdisait de les fréquenter ? Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Mais, désormais, c’est une nouvelle étape : il faut ouvrir les portes aux païens pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu’une nouvelle étape s’ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d’agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.
C’est ce que Pierre comprend d’un coup et explique à Corneille et à son entourage : « Vous savez que c’est un crime pour un Juif de fréquenter des étrangers ; mais Dieu vient de me faire comprendre que, désormais, il ne faut plus faire de différence entre les hommes : car Dieu lui-même ne fait pas de différence entre les hommes ». Et Pierre commence la catéchèse de ce nouvel auditoire ; et là encore, l’Esprit Saint intervient : Saint Luc note « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur ceux qui écoutaient la Parole. »
Décidément, c’est toujours grâce à L’Esprit Saint que l’Eglise progresse !
———————-
Compléments
– On dit volontiers que Paul est l’apôtre des païens ; mais, pour être juste, il faut dire que Pierre l’a précédé : ici, on peut dire qu’il est l’apôtre des Romains ! Puisque, Corneille, on nous l’a dit, est centurion de l’armée d’occupation, l’armée romaine. Corneille faisait certainement partie des sympathisants qui gravitaient autour des synagogues, peut-être même était-il un « craignant Dieu » : c’est-à-dire un non-Juif qui adhère de coeur à la religion juive sans pour autant se soumettre à la circoncision et aux innombrables règles de la religion juive.
– Nous sommes souvent surpris que les Actes des Apôtres nomment si facilement l’Esprit Saint ; son action est reconnue à chaque page et c’est grâce à lui que l’Eglise affronte des questions nouvelles, et ose aborder des auditoires nouveaux… Evidemment, nous ne pouvons pas nous permettre de penser qu’il serait moins actif aujourd’hui que dans les premiers temps de l’Eglise ! J’en déduis que c’est à nous d’ouvrir un peu mieux les yeux pour détecter son action. Si nous le laissons faire, Jésus l’a bien promis, « l’Esprit nous mènera vers la vérité tout entière ».
– Dernière remarque : c’est en entendant Corneille chanter la gloire de Dieu que Pierre a reconnu la présence de l’Esprit Saint. Doit-on en déduire que nos moments moroses sont ceux où nous avons mis de côté l’Esprit Saint ?

PSAUME – 97 (98), 1. 2-3ab. 3cd-4
1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.
2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.
La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
Sonnez, chantez, jouez !

LES DEUX AMOURS DE DIEU
« La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « NOTRE Dieu », affichant ainsi la relation tout à fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu POUR TOUS les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance. Car la terre tout entière n’a pas seulement vocation à voir la victoire de notre Dieu, elle a vocation à en bénéficier.
Ce psaume dit très bien ce que j’appellerais « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël… ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle tantôt « les nations », tantôt « La terre tout entière ». Les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu.  Car une des grandes certitudes que les hommes de la Bible ont acquise peu à peu, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël.
Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; puisque la phrase centrale sur ce qu’on appelle « l’élection d’Israël » est encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.
Je vous relis les versets 2 et 3 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations… Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël…La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». La phrase centrale (« Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël ») est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut dire : oui, Israël est le peuple choisi, le peuple élu.
Mais les deux phrases qui l’encadrent et qui parlent des nations, rappellent bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné.
Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on anticipe en quelque sorte, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.
La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce que j’ai appelé « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi et pour toute l’humanité. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.
DANS L’ATTENTE DE L’ULTIME VICTOIRE
Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR. » Mais quand je dis « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » … « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »…  « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5,15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire le Règne de l’amour est déjà commencé.
——————
Complément
– Ce cri de victoire a pris sa place dans la liturgie du peuple juif, chaque année à l’automne, au cours de la Fête des Tentes, à Jérusalem. Cette fête durait huit jours et comportait de nombreuses cérémonies de toute sorte : célébrations pénitentielles, sacrifices d’action de grâce… et aussi des « fêtes pour le roi ». Et c’est ce roi que l’on acclamait en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes, et dans les applaudissements de la foule. Or, l’étonnant, c’est que lorsqu’on célébrait ces « fêtes pour le roi », après l’Exil à Babylone (c’est-à-dire à partir du sixième siècle av.J.C.), il n’y avait plus de roi en Israël ! Plus de roi visible, en tout cas.
Mais, d’une part, on se rappelait la promesse de Dieu : on savait qu’un roi, fils (c’est-à-dire descendant) de David, viendrait un jour et on le fêtait déjà. C’était un moyen d’encourager l’espérance. D’autre part, en Israël, même lorsqu’il y avait un roi sur le trône, on n’a jamais oublié que le seul roi au monde, le seul pouvoir, le seul maître est Dieu. C’est lui que l’on acclame dans ce psaume 97/98.

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4,7-10
7 Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres,
puisque l’amour vient de Dieu.
Celui qui aime
est né de Dieu,
et connaît Dieu.
8 Celui qui n’aime pas
n’a pas connu Dieu,
car Dieu est amour.
9 Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :
Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde
pour que nous vivions par lui.
10 Voici en quoi consiste l’amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés,
et il a envoyé son Fils
en sacrifice de pardon pour nos péchés.

LA OU EST L’AMOUR, LA EST DIEU
Ce texte parle d’amour à toutes les lignes, ou presque ! (Il est donc bien dans la tonalité des autres lectures de ce dimanche.)
Pour autant, on n’imagine pas Saint Jean baignant dans une communauté à l’eau de rose ! S’il en parle tant, c’est que ce n’est pas si simple ! La communauté à laquelle il écrit (probablement à la fin du premier siècle) est en crise. Des faux prophètes de toute sorte risquent d’égarer les esprits dans d’interminables discussions théologiques. Pendant ce temps, on oublie l’essentiel.  Dans ce texte, Saint Jean ramène sa communauté à l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, c’est-à-dire l’Amour. S’il fallait résumer ce passage, on pourrait dire : Dieu est amour, tout amour humain vient de Dieu. Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : c’est bien simple, mettez-vous à son diapason. Puisque Dieu est Amour, tout ce qui en vous est Amour vient de Dieu ; et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason de Dieu.
Un chant très ancien de l’Eglise dit « Ubi caritas et amor, Deus ibi est » ; ce qui veut dire « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ». Cette phrase pourrait être signée par Jean, il dit la même chose : « Celui qui aime est né de Dieu, et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Là, nous avons un critère extrêmement simple et clair pour juger tout ce que nous faisons et tout ce que nous voyons faire. Il y a toute une éducation du regard ! Et il semble bien que ce soit la grande leçon que Saint Jean veut donner aux croyants. Peut-être est-ce cela le rôle des croyants : être à l’affût, détecter tout ce qui est parcelle d’amour, regards d’amour, gestes d’amour, et, à chaque fois, savoir dire « Dieu est là ».
C’est dans ce sens-là, peut-être, que Jésus disait « le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Et c’est valable tous les jours, sous nos yeux, sur toute la surface du globe, chez les jeunes et chez les vieux, dans toutes les races et toutes les religions, y compris chez ceux qui n’ont pas de religion. (C’est Saint Jean qui nous le dit aujourd’hui.)
Ce qui revient à dire que si on sait ouvrir les yeux, Dieu nous est donné à contempler tous les jours de mille manières. L’Ancien Testament, déjà, avait très bien compris que connaître Dieu et aimer, c’est la même chose et que le jour où l’humanité connaîtra vraiment Dieu, elle deviendra fraternelle.
Isaïe, pour faire entendre ce message-là a inventé sa merveilleuse fable des animaux : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion comme le boeuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR comme la mer que comblent les eaux » (Is 11,6-9).
UN JOUR, L’HUMANITE CONNAITRA ENFIN SON DIEU
C’est bien le projet de Dieu pour l’humanité depuis toujours, un projet d’harmonie universelle.
Un peu plus haut, dans cette même lettre, Jean dit « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn 3,11) ; « dès le commencement », c’est-à-dire depuis les origines. Nous lisions la semaine dernière, dans la même lettre de Jean : « Voici son commandement : adhérer avec foi à son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. » (1 Jn 3,23). Et Jean continue : « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui. »
On entend résonner ici l’évangile de Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17,3). Vivre, (au sens de la vie éternelle) c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu’Il est, et pas tel que nous l’imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu’Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d’homme et dans des gestes d’homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c’est-à-dire pour que nous le connaissions.
Toute sa vie, Jésus a révélé dans ses paroles et dans ses gestes ce qu’est l’amour de Dieu pour l’humanité : paroles qui relèvent et qui pardonnent, gestes qui guérissent et qui rassurent ; le dernier soir, Jean raconte qu’il a laissé à ses apôtres un dernier geste qui parle mieux que des paroles : « Jésus sachant que son Heure était venue, l’Heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême… »
« Sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu, Jésus se lève de table, dépose son vêtement… » Le lavement des pieds est en quelque sorte la signature de sa vie : « il est sorti de Dieu… il va vers Dieu », c’est l’amour même qui avait planté sa tente parmi les hommes ; et l’admirable de ce texte, c’est la leçon qu’il en donne : ce n’est pas « malgré qu’il soit Dieu », par condescendance, en quelque sorte, qu’il se met à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds ; c’est « parce qu’il est Dieu » qu’il se met à leur service. « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Et il ajoute « Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13,13).
Cette découverte du vrai visage de Dieu change la face du monde : jusque-là on croyait que Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité pécheresse ; pour obtenir l’effacement de tous ces péchés, on croyait bon d’offrir des sacrifices, des victimes ; en Jésus-Christ, on découvre un Dieu qui est Amour et Pardon, qui n’a pas de comptes à régler mais qui nous demande simplement de lui ressembler en nous aimant les uns les autres.

EVANGILE – selon Saint Jean 15,9-17
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
9 « Comme le Père m’a aimé,
moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements,
vous demeurerez dans mon amour,
comme moi,
j’ai gardé les commandements de mon Père,
et je demeure dans son amour.
11 Je vous ai dit cela
pour que ma joie soit en vous,
et que votre joie soit parfaite.
12 Mon commandement, le voici :
Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés.
13 Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
14 Vous êtes mes amis
si vous faites ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs,
car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;
je vous appelle mes amis,
car tout ce que j’ai entendu de mon Père,
je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
c’est moi qui vous ai choisis et établis,
afin que vous alliez,
que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure.
Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
il vous le donnera.
17 Voici ce que je vous commande :
c’est de vous aimer les uns les autres. »

DIEU VEUT LA JOIE DES HOMMES
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voilà une bonne nouvelle dans ce texte ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les combler de joie. Et la raison de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Nous sommes tout à fait dans la ligne de la deuxième lecture : quand l’humanité connaîtra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit la Bible, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l’humanité, c’est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.
Dès l’Ancien Testament, tout le travail des prophètes a consisté à révéler ce vrai visage du Dieu de tendresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie. Voici quelques phrases d’Isaïe, par exemple : « Ils reviendront, ceux que le SEIGNEUR a rachetés, ils arriveront à Sion avec des cris de joie. Sur leurs visages, une joie sans limite ! Allégresse et joie viendront à leur rencontre, tristesse et plainte s’enfuiront. » (Is 35,10)… « C’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Is 65,18-19).
A noter que ces passages sont des textes tardifs de l’Ancien Testament, cela veut dire que la Révélation a déjà fait du chemin ; Sophonie, à son tour, insiste sur la joie de Dieu de voir ses enfants heureux : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le SEIGNEUR a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le SEIGNEUR, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur. Ce jour-là, on dira à Jérusalem : Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le SEIGNEUR ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. » (So 3,14-18).
Malheureusement, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau ; c’est seulement à la fin des temps que l’humanité connaîtra enfin Dieu et donc vivra dans la joie ; c’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la joie est toujours présentée comme une caractéristique du salut que l’humanité attend. Quand Dieu « répandra son Esprit sur toute chair », comme le dit le prophète Joël (3,1), alors nous connaîtrons que Dieu est amour et nous serons dans la joie.
UNE JOIE QUE NUL NE NOUS RAVIRA
Le Nouveau Testament dit quelle joie, déjà, a accompagné la venue de Celui qui est venu révéler le visage de Dieu aux hommes ; à propos de la naissance de Jean-Baptiste, par exemple, l’ange dit à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée. Ta femme Elisabeth mettra au monde pour toiun fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. » (Lc 1,13-14). Puis, à propos de la naissance de Jésus, l’ange dit aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » (Lc, 2,10).
Visiblement, c’est un thème qui a beaucoup marqué Jean ; du dernier soir de son Maître, il a retenu une grande impression de joie plus forte que l’épreuve pourtant toute proche ; par exemple : « Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jn 14,28)… « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée.  Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » (Jn 16,20-24). Et dans sa dernière prière, Jésus dit à son Père : « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » (Jn 17,13).
Les apôtres, à leur tour, promettent aux hommes la joie : saint Jean y insiste dans ses lettres : « Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite. » (1 Jn 1,4)… « J’ai bien des choses à vous écrire ; je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre, mais j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, pour que notre joie soit parfaite. » (2 Jn 12).
C’est peut-être à cela que l’on reconnaît les prophètes ou les apôtres : ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, quand leur heure sera venue, s’entendront dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. » (Mt 25,21).

Homélie du dimanche 9 mai

cef.fr - lundi 03/05/2021 - 08:33

Dimanche 9 mai 2021
6e dimanche du Temps pascal

Lectures bibliques :
Lecture des Actes des Apôtres. 10. 25 à 48 : « Les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit-Saint. »
Psaume 97 : « La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu. »
Lettre de saint Jean. 1 Jean 4 7 à 10 : « Dieu est amour … il a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par Lui. »
Evangile selon saint Jean. Jean 15. 9 à 17 : « C’est moi qui vous ai choisis. »
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Les Actes des Apôtres nous offrent une vision de l’Eglise qui rejoint la réalité que nous vivons aujourd’hui.
LE SIGNE DE DIEU
Le chapitre 10 n’est pas le simple descriptif d’un événement. C’est un des grands tournants de la vie de l’Eglise naissante, dont nous devons suivre le déroulement afin de vivre de l’intérieur la décision qui lui donnait, à ce moment-là, la possibilité de son épanouissement dans le monde grec et romain.
Beaucoup de choses sont en jeu et, en premier lieu, la fidélité à la pensée de Dieu, exprimée par Jésus de Nazareth, le ressuscité. Nous pouvons aussi mieux ressentir le pourquoi de l’orientation prise par les apôtres, à la suite de saint Pierre.
Les explications de saint Pierre n’emportent pas immédiatement les convictions. C’est un signe venant de Dieu qui sera déterminant. Cette irruption de l’Esprit-Saint, inattendue, rappelle à tous la Parole de Jésus au soir du Jeudi-Saint : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis… qui vous choisis. Quand viendra le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient d’auprès du Père, celui-ci témoignera de moi. » (Jean 15. 9 et suivants)
Quand arrive le moment de décider de l’accueil des non-juifs, Pierre pourra s’appuyer sur cette confiance et sur cette parole. Il délie l’entrave qui empêche les non-juifs de rejoindre pleinement le Royaume de Dieu.
L’ESPRIT DE DIEU AGIT COMME IL VEUT.
Pierre veut entraîner la jeune communauté à accepter Corneille et, au delà de lui, tout païen. Et Dieu ratifie ce qu’il dit. L’Esprit de Dieu va reposer sur un païen. Même si ce centurion est un « craignant Dieu », même s’il est sympathisant du peuple juif, il n’en reste pas moins à la porte. Il n’est pas circoncis.
Bien des païens, agrégés au peuple juif, l’étaient par le rite de la circoncision. Nous en voyons parmi les compagnons d’Etienne, le premier martyr (Actes 6. 5). Corneille n’est pas et ne sera pas circoncis. Désormais l’accès du Royaume dépend de l’efficacité de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu. Il ne dépend plus de l’application de la loi de Moïse. Il dépend de l’Esprit que Jésus envoie : « Le pardon des péchés est accordé, par son nom, à quiconque met en lui sa foi. » (Actes 10. 43).
Le centurion romain pourra entrer dans le peuple du Royaume. Il ne sera pas une exception d’ailleurs. Tous ceux qui l’entourent reçoivent l’Esprit et seront baptisés. Désormais, l’Evangile n’est plus le privilège des seuls Juifs, pourtant dépositaires de la Promesse.
Saint Luc avait relevé cette parole du Christ : « Il faut proclamer en son nom la conversion, pour la rémission des péchés, à toutes les nations en commençant par Jérusalem. » (Luc 24. 27). « Vous recevrez une puissance venant du Saint-Esprit sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1. 8). C’est la mission de saint Pierre de rendre possible cette propagation de l’Evangile, tout autant que la réalisera saint Paul, auprès des Hellénistes, en rejoignant le collège apostolique. (Actes 9. 28)
L’ENTREE DES PAIENS DANS L’EGLISE
Cette entrée est donc le fait de l’Esprit-Saint lui-même qui bouscule les apôtres. A cette date, ils étaient encore tout imprégnés de l’obligation de prolonger la révélation mosaïque sans la renier, mais en l’incluant dans la révélation évangélique. Pierre veut les y conduire, mais ce discernement ne leur est pas facile. Pas plus qu’à nous d’ailleurs dans des circonstances qui peuvent présenter quelques similitudes. L’Esprit-Saint alors nous bouscule, ne serait-ce que par ce concile inattendu par ses orientation et ses décisions.
A Césarée, c’est donc Dieu lui-même qui prend en main les événements, au moment où Pierre explique à la communauté le sens du message dont il tire lentement les conclusions : « Son message, il l’a envoyé aux fils d’Israël. » Pierre dépasse déjà le peuple juif, car Israël, ce sont aussi ces Samaritains avec qui les habitants de Judée évitaient de parler. Pierre fait même un pas de plus : « Le Christ est le Seigneur (« kurios ») de tous les hommes. »
Il n’a pas le temps de terminer sa longue démonstration que l’Esprit-Saint, sans en attendre la conclusion, s’empare de tous ceux qui l’entendaient. Pierre en tire les conséquences. Nous sommes dans une autre logique : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous. »
LA PENTECOTE DES PAIENS
Plusieurs commentateurs emploient cette expression : « pentecôte des païens ». Elle est éclairante, mais elle peut devenir fausse si nous l’entendions comme la fondation d’une nouvelle Eglise. En fait, l’Esprit renvoie à la Parole de Dieu qui est le Verbe, Jésus-Christ. Il n’est aucune autre Parole de vie pour les Juifs comme pour les païens. Il construit le Corps qui est l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche le rappelle : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. » (Jean 15. 10).
A Césarée, Corneille, dans une vision, reçoit l’ordre de faire venir Pierre auprès de lui. C’est un appel de l’ange de Dieu qu’il transmet. A Joppé (Jaffa aujourd’hui), Pierre, de son côté, reçoit dans une vision l’ordre de ne plus faire de distinction entre aliments purs et aliments impurs. Ce n’est pas à lui de décider : « Ce que Dieu a rendu pur, ce n’est pas à toi de le dire souillé. » (Actes 10. 15).
Les émissaires de Corneille arrivent à Joppé et Pierre les reçoit. Tout s’éclaire. C’est l’Esprit de Dieu qui introduit les trois messagers, comme Abraham au chêne de Mambré a reçu trois messagers. Pierre leur offre l’hospitalité. Puis il part avec eux le lendemain mais l’Eglise l’accompagne par la présence de quelques frères de Joppé.
A Césarée, la rencontre de Pierre et de Corneille se fait au milieu de ses amis rassemblés. L’auteur du livre des Actes a pris soin de ne pas utiliser le mot grec « ecclesia » qui signifierait l’Eglise. Il s’agit d’une assemblée, ce n’est pas encore l’Eglise.
Pierre ne se justifie pas. Il explique l’enjeu de l’événement : « Je saisis que Dieu n’est pas partial. Dans toutes les nations, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » (Actes 10. 35). Il est l’écho de la première lettre de saint Jean lue en ce dimanche : « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. » (1 Jean 4. 7). Corneille était un « craignant Dieu » et, selon la parole de sa vision, « Ta prière a été exaucée et tes aumônes je les ai remémorées. » Il peut atteindre cette connaissance de Dieu au sens plénier que lui donne la tradition biblique.
Parce qu’ils sont bien de ceux qui aiment, ces païens peuvent recevoir à profusion le don de l’Esprit qui est l’Esprit d’amour. Ils peuvent chanter le psaume 97 : «  La terre toute entière a vu la victoire de notre Dieu ! acclamez Dieu, terre entière ! »
L’EGLISE DE JESUS-CHRIST
L’Esprit leur est venu de par l’initiative divine, sans l’accompagnement d’aucun geste, pas même l’imposition des mains, pas même avec cette mention soulignée lors de la Pentecôte : « Ils étaient en prière. » Par contre, ils reçoivent le baptême par un geste qui est le signe de l’appartenance à l’Eglise.
L’attitude des divers participants de cet événement souligne qu’existe déjà une hiérarchie, non pas de commandement, mais une hiérarchie qui confirme que tout vient de Dieu. « Confirme tes frères », avait dit le Christ à Pierre. Dieu n’agit pas en marge de l’Eglise. L’Esprit ne parle pas en dehors de l’Evangile. L’Eglise entend rester fidèle à l’Esprit de Dieu. C’est cela que nous pourrions appeler la hiérarchie dans l’Eglise.
Le centurion romain, même avec tous les mérites qu’expriment les qualificatifs mentionnés (Actes 6. 1 et 2), ne reçoit pas une révélation. Il reçoit l’ordre de faire venir quelqu’un qui lui révélera l’Evangile. Et c’est Pierre qui a reçu cette charge. Il est le garant de l’Eglise. Pierre authentifie le caractère divin de l’événement. Il fait reconnaître par l’Eglise la grandeur de l’initiative divine : c’est bien l’Esprit qui est venu.
Il est actuellement des dérives spirituelles qui sont dues à ce refus ou à cette négligence d’inscrire nos actes et notre foi dans la foi de l’Eglise. « Nous voici devant toi pour écouter ce que le Seigneur t’a prescrit de nous dire. » (Actes 10. 33). Nous avons encore besoin aujourd’hui de cette attitude ecclésiale du centurion.
L’Eglise est le lieu où toute initiative, apparemment humaine, prend sa valeur de grâce dans l’Esprit de Dieu. « C’est lui qui nous a aimés. » (1 Jean 4. 10). « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et un fruit qui demeure. » L’Eglise authentifie que ce n’est pas une illusion personnelle. Ce que nous vivons ainsi est bien l’œuvre de Dieu.
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Notre réponse ne peut se contenter de n’être que celle qui vient de nos seuls points de vue. Elle doit reconnaître et rejoindre le don de Dieu. « Purifie-nous et nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour » nous fait dire la prière sur les offrandes en ce dimanche.

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