http://www.theologieducorps.fr/rss/catecheses fr TDC 001 - A l'écoute du Christ sur "l'origine" de la famille http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-001-lecoute-du-christ-sur-lorigine-de-la-famille <p>1. Depuis un certain temps des pr&eacute;parations sont en cours en vue de la prochaine assembl&eacute;e ordinaire du Synode des &eacute;v&ecirc;ques qui se d&eacute;roulera &agrave; Rome &agrave; l'automne de l'ann&eacute;e prochaine. Le th&egrave;me de ce Synode: &quot;De muneribus familiae christianae&quot; (Fonctions de la Famille chr&eacute;tienne) focalise notre attention sur cette communaut&eacute; de vie humaine et chr&eacute;tienne qui est fondamentale d&egrave;s l'origine. Nous voulons nous demander ce que signifie cette expression: &quot;l'origine&quot;. Nous voulons en outre mettre au clair la raison pour laquelle le Christ se r&eacute;clame de &quot;l'origine&quot; pr&eacute;cis&eacute;ment dans cette circonstance et, pour cela, nous nous proposons une analyse plus pr&eacute;cise du message correspondant de l'Ecriture sainte.</p> <p>2. Deux fois, au cours de son dialogue avec les pharisiens qui l'interrogeaient sur l'indissolubilit&eacute; du mariage. J&eacute;sus Christ fait mention de &quot;l'origine&quot;. Voici comment s'est d&eacute;roul&eacute; l'entretien: <i>&quot;... Des pharisiens s'approch&egrave;rent de lui et lui dirent pour le mettre &agrave; l'&eacute;preuve: &quot;Est-il permis de r&eacute;pudier sa femme pour n'importe quel motif?&quot; Il r&eacute;pondit: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme et qu'il dit: Ainsi donc l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien! ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le s&eacute;parer.&quot; &quot;Pourquoi donc, lui disent-ils, Mo&iuml;se a-t- il prescrit de donner un acte de divorce quand on r&eacute;pudie?&quot; J&eacute;sus leur r&eacute;pondit: &quot;C'est en raison de la duret&eacute; de votre coeur que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes, mais &agrave; l'origine il n'en a pas &eacute;t&eacute; ainsi&quot;&quot;</i> <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2</a></i>.<br /> Le Christ n'accepte pas la discussion au niveau o&ugrave; ses interlocuteurs cherchent &agrave; la situer; d'une certaine mani&egrave;re il n'approuve pas la dimension que ceux-ci cherchent &agrave; donner &agrave; la question. Il &eacute;vite de se laisser entra&icirc;ner dans une controverse de casuistique juridique; et par contre, il se r&eacute;clame &agrave; deux reprises de &quot;l'origine&quot;. Il fait ainsi une r&eacute;f&eacute;rence explicite aux expressions correspondantes du Livre de la Gen&egrave;se que ses interlocuteurs eux aussi connaissent par coeur. C'est sur ces mots de la r&eacute;v&eacute;lation antique que le Christ appuie sa conclusion et que se termine l'entretien.<a name="a3o"></a></p> <p><a name="3"></a>3. &quot;Origine&quot; signifie donc ce dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i> que cite le Christ, en le r&eacute;sumant: &quot;Le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme&quot;, alors que le texte original complet d&eacute;clare explicitement ceci: &quot;Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image, &agrave; l'image de Dieu il le cr&eacute;a; homme et femme il les cr&eacute;a&quot;. Puis le Ma&icirc;tre se r&eacute;clame de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>: &quot;C'est pourquoi l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re et s'unira &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot;. En citant ces paroles en entier, pour ainsi dire in extenso, le Christ leur donne un sens normatif encore plus explicite (on pourrait en effet supposer une valeur d'affirmation de fait aux termes du Livre de la Gen&egrave;se; &quot;quittera... s'unira... ils deviendront une seule chair&quot;). Le sens normatif est plausible parce que le Christ ne se limite pas seulement &agrave; la citation elle-m&ecirc;me mais ajoute: &quot;Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le s&eacute;pare pas&quot;. Ce &quot;qu'il ne le s&eacute;pare pas&quot; est d&eacute;terminant. A la lumi&egrave;re de ces paroles du Christ, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &eacute;nonce le principe de l'unit&eacute; et de l'indissolubilit&eacute; du mariage comme le contenu m&ecirc;me de la parole de Dieu, exprim&eacute; dans la r&eacute;v&eacute;lation la plus ancienne.</p> <p>4. On pourrait estimer qu'ici la question est &eacute;puis&eacute;e, et dire que les paroles de J&eacute;sus Christ confirment la loi &eacute;ternelle qui a &eacute;t&eacute; formul&eacute;e et institu&eacute;e par Dieu d&egrave;s &quot;l'origine&quot; comme la cr&eacute;ation de l'homme. Il pourrait aussi sembler que le Ma&icirc;tre, dans sa confirmation de la loi primordiale du Cr&eacute;ateur, ne fasse rien d'autre que d'&eacute;tablir exclusivement son propre sens normatif, en se r&eacute;clamant de l'autorit&eacute; m&ecirc;me du premier l&eacute;gislateur.<br /> Cependant cette expression significative &quot;d&egrave;s l'origine&quot;, deux fois r&eacute;p&eacute;t&eacute;e, conduit clairement les interlocuteurs &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur la fa&ccedil;on selon laquelle dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation l'homme a &eacute;t&eacute; form&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment, comme &quot;homme et femme&quot;, pour comprendre correctement le sens normatif des mots de la Gen&egrave;se. Et ceci n'est pas moins valable pour les interlocuteurs d'aujourd'hui que pour ceux d'autrefois. C'est pourquoi, dans cette &eacute;tude, en raison de ce fait, nous devons bien nous mettre dans la situation des interlocuteurs actuels du Christ.</p> <p>5. Au cours des r&eacute;flexions des mercredis &agrave; venir, pendant les audiences g&eacute;n&eacute;rales, nous chercherons, en qualit&eacute; d'interlocuteurs actuels du Christ, &agrave; nous arr&ecirc;ter plus longuement sur les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3</a></i>. Pour r&eacute;pondre &agrave; l'indication que le Christ y a incluse, nous chercherons &agrave; p&eacute;n&eacute;trer vers cette &quot;origine&quot; &agrave; laquelle il s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; d'une mani&egrave;re tellement significative et, ainsi, nous suivrons de loin le grand travail qu'entreprennent d&egrave;s maintenant les participants au prochain Synode des &eacute;v&ecirc;ques. Avec eux y participent de nombreux groupes de pasteurs et de la&iuml;cs qui se sentent une responsabilit&eacute; particuli&egrave;re en ce qui concerne les fonctions que le Christ propose au mariage et &agrave; la famille chr&eacute;tienne: fonctions qu'il a toujours propos&eacute;es et qu'il propose encore aujourd'hui au monde contemporain.<br /> Le cycle de r&eacute;flexions que nous commen&ccedil;ons aujourd'hui avec l'intention de le poursuivre pendant les prochaines rencontres du mercredi, a &eacute;galement, par ailleurs, le but d'accompagner pour ainsi dire de loin les travaux de pr&eacute;paration au Synode, sans en toucher directement le th&egrave;me, mais en tournant notre attention vers les racines profondes d'o&ugrave; il jaillit.</p> <p>- 5 septembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 00:52:10 +0000 Incarnare 48 at http://www.theologieducorps.fr TDC 002 - Dès l'origine le créateur les fit homme et femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-002-lorigine-createur-fit-homme-femme <p>1. Mercredi dernier nous avons entam&eacute; le cycle de r&eacute;flexions sur la r&eacute;ponse que le Christ Seigneur fit &agrave; ses interlocuteurs qui l'interrogeaient au sujet de l'unit&eacute; et de l'indissolubilit&eacute; du mariage. Ses interlocuteurs, des pharisiens comme nous nous en souvenons, en ont appel&eacute; &agrave; la loi de Mo&iuml;se; le Christ, par contre, s'est r&eacute;clam&eacute; de &quot;l'origine&quot;, citant les paroles du Livre de la Gen&egrave;se.<br /> Dans le cas pr&eacute;sent, l'&quot;origine&quot;, c'est ce qui se trouve dans l'une des premi&egrave;res pages du Livre de la Gen&egrave;se. Si nous voulons analyser cette r&eacute;alit&eacute;, il nous faut &eacute;videmment nous tourner avant tout vers le texte. En effet les paroles que prononce le Christ dans son colloque avec les pharisiens et que nous rapportent les &eacute;vangiles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i> et <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2</a></i> constituent un passage qui &agrave; son tour s'encadre dans un contexte bien d&eacute;fini, sans quoi on ne saurait ni les comprendre ni les interpr&eacute;ter correctement. Ce contexte est d&eacute;termin&eacute; par les paroles: &quot;N'avez-vous pas lu que, d&egrave;s l'origine, le Cr&eacute;ateur les fit homme et femme...? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i>, et se r&eacute;f&egrave;re &agrave; ce qu'on appelle le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, ins&eacute;r&eacute; dans le cycle des sept jours de la cr&eacute;ation du monde <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1,1-2,4</a></i>. D'autre part, le contexte dont se rapprochent le plus les autres paroles de J&eacute;sus, tir&eacute;es de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> est ce qu'on appelle le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ew">Gn 2,5-25</a></i>, mais, indirectement, c'est tout le troisi&egrave;me chapitre de la Gen&egrave;se. Dans sa conception et dans son style le deuxi&egrave;me r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme forme un tout avec la description de l'innocence originelle, de la f&eacute;licit&eacute; de l'homme et, &eacute;galement, de sa premi&egrave;re chute.<br /> Etant donn&eacute; le caract&egrave;re sp&eacute;cifique du contenu qui s'exprime dans les paroles du Christ, tir&eacute;es de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, on pourrait &eacute;galement inclure, dans le contexte au moins, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i> qui traite de la conception et de la naissance de l'homme dues &agrave; des parents terrestres. C'est ce que nous entendons faire dans la pr&eacute;sente analyse.</p> <p>2. Du point de vue de la critique biblique, il faut rappeler tout de suite que le premier r&eacute;cit de la naissance de l'homme est chronologiquement post&eacute;rieur au second. Celui- ci a une origine bien plus lointaine. Ce texte plus ancien est appel&eacute; &quot;yahviste&quot; parce que, pour nommer Dieu, il se sert du terme &quot;Yahv&eacute;&quot;. On ne saurait que difficilement rester impassible devant le fait que l'image de Dieu ici pr&eacute;sent&eacute;e a des traits anthropomorphiques assez remarquables (en effet nous lisons notamment que &quot;... le Seigneur Dieu modela l'homme avec la glaise du sol et insuffla dans ses narines une haleine de vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i>. En comparaison avec cette description, le premier r&eacute;cit, celui donc que l'on tient pour le plus r&eacute;cent, est beaucoup plus m&ucirc;r tant en ce qui regarde l'image de Dieu que dans la formulation des v&eacute;rit&eacute;s essentielles sur l'homme. Ce r&eacute;cit provient de la tradition sacerdotale et, en m&ecirc;me temps &quot;&eacute;lohiste&quot;, de Elohim, terme utilis&eacute; pour d&eacute;signer Dieu.</p> <p>3. Etant donn&eacute; que, dans ce r&eacute;cit, la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme &agrave; laquelle se r&eacute;f&egrave;re J&eacute;sus dans sa r&eacute;ponse selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i> est ins&eacute;r&eacute;e dans le rythme des sept jours de la cr&eacute;ation du monde, on pourrait lui attribuer un caract&egrave;re surtout cosmologique: l'homme et le monde visible viennent &agrave; &ecirc;tre cr&eacute;&eacute;s ensemble; mais en m&ecirc;me temps le Cr&eacute;ateur ordonne &agrave; l'homme de ma&icirc;triser et dominer la terre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>: il est donc plac&eacute; au-dessus du monde. Bien que l'homme soit ainsi li&eacute; si &eacute;troitement au monde visible, le r&eacute;cit biblique ne lui attribue cependant aucune ressemblance avec les autres cr&eacute;atures, mais seulement avec Dieu: &quot;Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image; &agrave; son image Dieu le cr&eacute;a...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>. Dans le cycle des sept jours de la cr&eacute;ation se r&eacute;v&egrave;le &agrave; l'&eacute;vidence une gradation tr&egrave;s pr&eacute;cise, (*) l'homme par contre n'est pas cr&eacute;&eacute; suivant une succession naturelle; il semble que le Cr&eacute;ateur se soit arr&ecirc;t&eacute; avant de rappeler &agrave; l'existence, comme s'il avait voulu r&eacute;fl&eacute;chir avant de prendre une d&eacute;cision: &quot;Faisons l'homme &agrave; notre image, &agrave; notre ressemblance...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#em">Gn 1,26</a></i>.</p> <p>(*) <i>Parlant de la mati&egrave;re non vivifi&eacute;e, l'auteur biblique adopte diff&eacute;rents termes comme &quot;s&eacute;para&quot;, &quot;appela&quot;, &quot;fit&quot;, &quot;pla&ccedil;a&quot;. Parlant au contraire d'&ecirc;tres dot&eacute;s de la vie, il emploie les termes &quot;cr&eacute;a&quot; et &quot;b&eacute;nit&quot;. Dieu leur ordonna &quot;soyez f&eacute;conds et multipliez-vous&quot;. Cet ordre se r&eacute;f&egrave;re tant aux animaux qu'&agrave; l'homme, indiquant que la corpor&eacute;it&eacute; leur est commune <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ei">Gn 1,22</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. Toutefois, dans la description biblique, la cr&eacute;ation de l'homme se distingue essentiellement des pr&eacute;c&eacute;dentes oeuvres de Dieu. Non seulement elle est pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e d'une solennelle introduction, comme s'il s'agissait d'une d&eacute;lib&eacute;ration de Dieu avant cet acte important, mais surtout l'exceptionnelle dignit&eacute; de l'homme est mise en relief par la &quot;ressemblance&quot; avec Dieu, dont il est l'image. En cr&eacute;ant la mati&egrave;re non vivante Dieu &quot;s&eacute;parait&quot;; aux animaux il ordonna d'&ecirc;tre f&eacute;conds et de se multiplier, mais c'est seulement au sujet de l'homme que la diff&eacute;rence de sexe est soulign&eacute;e (&quot;homme et femme les cr&eacute;a&quot;), b&eacute;nissant en m&ecirc;me temps leur f&eacute;condit&eacute;, c'est-&agrave;-dire le lien des personnes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27-28</a></i> </i></p> <p>4. Le niveau du premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, m&ecirc;me s'il est chronologiquement post&eacute;rieur, est surtout de caract&egrave;re th&eacute;ologique. L'indice en est dans la d&eacute;finition de l'homme bas&eacute;e sur sa relation avec Dieu (&quot;&agrave; l'image de Dieu le cr&eacute;a&quot;), ce qui contient en m&ecirc;me temps l'affirmation qu'il est absolument impossible de r&eacute;duire l'homme au &quot;monde&quot;. D&eacute;j&agrave; &agrave; la lumi&egrave;re des premi&egrave;res pages de la Bible, on constate que l'homme ne saurait &ecirc;tre compris ni expliqu&eacute; &agrave; fond selon les cat&eacute;gories emprunt&eacute;es au &quot;monde&quot;, c'est-&agrave;-dire au complexe visible des corps. Malgr&eacute; cela l'homme est cependant un corps. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i> constate que cette v&eacute;rit&eacute; essentielle au sujet de l'homme se r&eacute;f&egrave;re autant &agrave; l'homme qu'&agrave; la femme: &quot; Dieu cr&eacute;a l'homme, il les cr&eacute;a&quot; (*). Il faut reconna&icirc;tre que le premier r&eacute;cit est concis, d&eacute;pourvu de toute apparence de subjectivisme: il contient seulement le fait objectif et d&eacute;finit la r&eacute;alit&eacute; objective, soit lorsqu'il parle de la cr&eacute;ation de l'homme - homme et femme - &agrave; l'image de Dieu, soit lorsque, un peu plus loin, il ajoute: &quot;Dieu les b&eacute;nit et leur dit: &quot;Soyez f&eacute;conds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la&quot;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fn">Gn 2,28</a></i>.</p> <p>(*) <i>Le texte original dit: &quot; Dieu cr&eacute;a l'homme (ha-adam- substantif collectif: l'humanit&eacute;?) &agrave; son image; &agrave; l'image de Dieu il le cr&eacute;a; homme (zakar, m&acirc;le) et femme (une qebah, femelle) les cr&eacute;a&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>.</i></p> <p>5. Le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, comme nous l'avons constat&eacute;, est de nature th&eacute;ologique, et renferme en soi une puissante charge m&eacute;taphysique. Il ne faut pas oublier que pr&eacute;cis&eacute;ment ce texte du Livre de la Gen&egrave;se est devenu la source des inspirations les plus profondes pour les penseurs qui ont cherch&eacute; &agrave; comprendre &quot;l'&ecirc;tre&quot; et &quot;l'essence&quot;. Peut- &ecirc;tre seul le chapitre 3 du Livre de l'Exode peut soutenir la comparaison avec ce texte (*). Malgr&eacute; certaines expressions particularis&eacute;es et plastiques du passage, l'homme y est d&eacute;fini avant tout dans les dimensions de l'&ecirc;tre et de l'exister. Il est d&eacute;fini de mani&egrave;re plus m&eacute;taphysique que physique. Au myst&egrave;re de sa cr&eacute;ation (&quot;&agrave; l'image de Dieu le cr&eacute;a&quot;) correspond la perspective de la procr&eacute;ation (&quot;soyez f&eacute;conds et multipliez-vous, emplissez la terre&quot;), de ce &quot;devenir&quot; dans le monde et dans le temps, de ce fieri qui est n&eacute;cessairement li&eacute; &agrave; la situation m&eacute;taphysique de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre contingent (contingens). C'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce contexte m&eacute;taphysique de la description de Gen&egrave;se qu'il faut comprendre l'entit&eacute; du bien, c'est-&agrave;-dire l'aspect des valeurs. Cet aspect, en effet, se retrouve dans le rythme d'&agrave; peu pr&egrave;s tous les jours de la cr&eacute;ation et atteint son point culminant dans la cr&eacute;ation de l'homme: &quot;Dieu vit tout ce qu'il avait fait: ela &eacute;tait tr&egrave;s bon&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i>. Aussi peut-on dire avec certitude que le premier chapitre de la Gen&egrave;se constitue un point de r&eacute;f&eacute;rence inattaquable et la base solide pour une m&eacute;taphysique et, &eacute;galement, pour une anthropologie et une &eacute;thique, selon laquelle <i>ens et bonum convertuntur.</i> Tout ceci, &eacute;videmment, a &eacute;galement un sens pour la th&eacute;ologie et surtout pour la th&eacute;ologie du corps.</p> <p>(*) <i>Haec sublimis veritas: &quot;Je suis celui qui suis&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#g0">Ex 3,14</a></i> constitue un sujet de r&eacute;flexion pour de nombreux philosophes, &agrave; commencer par saint Augustin qui estimait que Platon devait conna&icirc;tre ce texte parce qu'il lui semblait si proche de ses conceptions. La doctrine augustinienne de la essentialitas divine a exerc&eacute;, gr&acirc;ce &agrave; saint Anselme, une profonde influence sur la th&eacute;ologie de Richard de SAINT- VICTOR, d'Alexandre de HAIES et de saint Bonaventure. &quot;Pour passer de cette interpr&eacute;tation philosophique du texte de l'Exode &agrave; celle qu'allait proposer saint Thomas il fallait n&eacute;cessairement franchir la distance qui s&eacute;pare &quot;l'&ecirc;tre de l'essence&quot; de &quot;l'&ecirc;tre de l'existence&quot;. Les preuves thomistes de l'existence de Dieu l'ont franchie&quot;. Diff&eacute;rente est la position de Ma&icirc;tre ECKHART qui, sur la base de ce texte, attribue &agrave; Dieu la puritas essendi: est aliquid altius ente ...; (cf. E. GILSON. Le Thomisme. Paris. Vrin. 1944. p. 122- 127; E. GILSON, History of Christian Philosophy in the Middle Ages, London 1955. Sheed and Ward. 810).</i></p> <p>6. Nous allons interrompre ici nos consid&eacute;rations. La semaine prochaine nous nous occuperons du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation, celui qui selon les biblistes est le plus ancien. L'expression &quot;th&eacute;ologie du corps&quot; que je viens d'employer m&eacute;rite une explication plus nette, mais nous en parlerons &agrave; l'occasion d'une autre rencontre. Nous devons d'abord essayer d'approfondir ce passage du Livre de la Gen&egrave;se auquel le Christ s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute;.</p> <p>- Le 12 septembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:26:30 +0000 Incarnare 49 at http://www.theologieducorps.fr TDC 003 - "Ils deviennent une seule et même chair" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-003-ils-deviennent-seule-meme-chair <p>1. Nous r&eacute;f&eacute;rant aux paroles du Christ qui, au sujet du mariage, s'est r&eacute;clam&eacute; de l'&quot;origine&quot;, nous avons, il y a une semaine, fix&eacute; notre attention sur le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme tir&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#em">Gn 1,26-28</a></i>. Aujourd'hui nous passerons au deuxi&egrave;me r&eacute;cit que l'on qualifie souvent de &quot;yahviste&quot; du fait que Dieu y est appel&eacute; &quot;Yahv&eacute;&quot;.<br /> Le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, qui s'attache &agrave; d&eacute;crire tant l'innocence et la f&eacute;licit&eacute; originelles que la premi&egrave;re chute a, de par sa nature, un caract&egrave;re tout diff&eacute;rent. Et sans entrer d&eacute;j&agrave; dans les d&eacute;tails du r&eacute;cit - que nous nous r&eacute;servons de relever au cours d'analyses suivantes - nous devons constater que, dans sa formulation de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme, tout le texte nous stup&eacute;fie par sa profondeur caract&eacute;ristique, diff&eacute;rente de celle du premier chapitre de la Gen&egrave;se. On peut dire que c'est une profondeur de nature surtout subjective et donc, en un certain sens, psychologique. Le chapitre 2 constitue en quelque sorte la plus ancienne description, le plus ancien enregistrement de la mani&egrave;re dont l'homme se comprend et, avec le chapitre 3, il forme le premier t&eacute;moignage de la conscience humaine. Une r&eacute;flexion approfondie sur ce texte - &agrave; travers toute la forme archa&iuml;que du r&eacute;cit qui rend &eacute;vident son caract&egrave;re mythique primitif (*) - permet d'y trouver &quot;en germe&quot; &agrave; peu pr&egrave;s tous les &eacute;l&eacute;ments de l'analyse de l'homme auxquels est sensible l'anthropologie philosophique moderne et, principalement, contemporaine. On pourrait dire que Gen&egrave;se 2 pr&eacute;sente la cr&eacute;ation de l'homme sp&eacute;cialement sous l'aspect de sa subjectivit&eacute;. En confrontant les deux r&eacute;cits nous parvenons &agrave; la conviction que cette subjectivit&eacute; correspond &agrave; la r&eacute;alit&eacute; objective de l'homme cr&eacute;&eacute; &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;. Et ce fait est lui aussi - de mani&egrave;re diff&eacute;rente - important pour la th&eacute;ologie du corps, comme nous le constaterons dans les analyses suivantes.</p> <p>(*) <i>Si dans le langage du rationalisme du XIXe si&egrave;cle le terme mythe indiquait ce qui n'entrait pas dans la r&eacute;alit&eacute;, le produit de l'imagination (WUNDT) ou ce qui est irrationnel (LEVY-BRUHL), le XXe si&egrave;cle a modifi&eacute; la mani&egrave;re de concevoir le mythe. L. WALK voit dans le mythe la philosophie naturelle, primitive et a-religieuse; R. OTTO le consid&egrave;re comme un instrument de connaissance religieuse; pour C. G. JUNG, par contre, le mythe est une manifestation des arch&eacute;types et l'expression de l'&quot;inconscient collectif&quot;, symbole des processus int&eacute;rieurs. M. ELIADE d&eacute;couvre dans le mythe la structure de la r&eacute;alit&eacute; qui est inaccessible &agrave; l'enqu&ecirc;te rationnelle, empirique: le mythe transforme, en effet, l'&eacute;v&eacute;nement en cat&eacute;gorie et rend capable de percevoir la r&eacute;alit&eacute; transcendante; il n'est pas seulement un symbole des processus int&eacute;rieurs, comme l'affirme JUNG, mais un acte autonome de l'esprit humain au moyen duquel se r&eacute;alise la r&eacute;v&eacute;lation (cf. Trait&eacute; d'histoire des religions, Paris 1949, p. 363; Images et Symboles, Paris 1952, p. 199-235). Selon P. TILLICH le mythe est un symbole, constitu&eacute; par les &eacute;l&eacute;ments de la r&eacute;alit&eacute;, qui sert &agrave; repr&eacute;senter l'absolu et la transcendance de l'&ecirc;tre auxquels tend l'acte religieux. H. SCHLIER souligne que le mythe ne conna&icirc;t pas les facteurs historiques et n'en a pas besoin en ce sens qu'il d&eacute;crit ce qui est destin cosmique de l'homme qui est toujours tel quel. Le mythe, enfin, tend &agrave; conna&icirc;tre ce qui est inconnaissable. Selon P. RICOEUR: &quot;Le mythe est autre chose qu'une explication du monde, de l'histoire et de la destin&eacute;e; il exprime, en terme de monde, voire d'outre-monde ou de second monde, la compr&eacute;hension que l'homme prend de lui-m&ecirc;me par rapport au fondement et &agrave; la limite de son existence. (...) Il exprime dans un langage objectif le sens que l'homme prend de sa d&eacute;pendance &agrave; l'&eacute;gard de cela qui se tient &agrave; la limite et &agrave; l'origine de son monde&quot; (P. RICOEUR, Le conflit des interpr&eacute;tations, Paris, Seuil, 1969, p. 383). &quot;Le mythe adamique est par excellence le mythe anthropologique. Adam veut dire Homme; mais tout mythe de l'&quot;homme primordial&quot; n'est pas &quot;mythe adamique&quot;, qui ... est seul proprement anthropologique; par l&agrave; trois traits sont d&eacute;sign&eacute;s: - le mythe &eacute;tiologique rapporte l'origine du mal &agrave; un anc&ecirc;tre de l'humanit&eacute; actuelle dont la condition est homog&egrave;ne &agrave; la n&ocirc;tre (...); - le mythe &eacute;tiologique est la tentative la plus extr&ecirc;me pour d&eacute;doubler l'origine du mal et du bien. L'intention de ce mythe est de donner consistance &agrave; une origine radicale du mal distincte de l'origine plus originaire de l'&ecirc;tre-bon des choses (...). Cette distinction du radical et de l'originaire est essentielle au caract&egrave;re anthropologique du mythe adamique; c'est elle qui fait de l'homme un commencement du mal au sein d'une cr&eacute;ation qui a d&eacute;j&agrave; son commencement absolu dans l'acte cr&eacute;ateur de Dieu; - le mythe adamique subordonne &agrave; la figure centrale de l'homme primordial d'autres figures qui tendent &agrave; d&eacute;centrer le r&eacute;cit, sans pourtant supprimer le primat de la figure adamique. (...) Le mythe en nommant Adam, l'homme, explicite l'universalit&eacute; concr&egrave;te du mal humain; l'esprit de p&eacute;nitence se donne dans le mythe adamique le symbole de cette universalit&eacute;. Nous retrouvons ainsi (...) la fonction universalisante du mythe. Mais en m&ecirc;me temps nous retrouvons les deux autres fonctions, &eacute;galement suscit&eacute;es par l'exp&eacute;rience p&eacute;nitentielle (...). Le mythe proto-historique servit ainsi non seulement &agrave; g&eacute;n&eacute;raliser l'exp&eacute;rience d'Isra&euml;l &agrave; l'humanit&eacute; de tous les temps et de tous les lieux, mais &agrave; &eacute;tendre &agrave; celle-ci la grande tension de la condamnation et de la mis&eacute;ricorde que les proph&egrave;tes avaient enseign&eacute; &agrave; discerner dans le propre destin d'Isra&euml;l. Enfin, derni&egrave;re fonction du mythe, motiv&eacute;e dans la foi d'Isra&euml;l: le mythe pr&eacute;pare la sp&eacute;culation en explorant le point de rupture de l'ontologique et de l'historique&quot; (P. RICOEUR. Finitude et culpabilit&eacute;: II. Symbolique du mal. Paris. Aubier. 1960. p. 218-227).</i></p> <p>2. Il est significatif que, dans sa r&eacute;ponse aux pharisiens o&ugrave; il se r&eacute;clame de l'&quot;origine&quot;, le Christ se r&eacute;f&egrave;re avant tout &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i> pour indiquer la cr&eacute;ation de l'homme: &quot;A l'origine le Cr&eacute;ateur les cr&eacute;a homme et femme&quot;; ce n'est qu'ensuite qu'il cite <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Les paroles qui d&eacute;crivent directement l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage se trouvent dans le contexte imm&eacute;diat du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation qui a pour trait caract&eacute;ristique la cr&eacute;ation s&eacute;par&eacute;e de la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18-23</a></i>, tandis que le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation du premier homme (m&acirc;le) se trouve dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ew">Gn 2,5-7</a></i>. Ce premier &ecirc;tre humain, la Bible l'appelle &quot;homme&quot; ('adam), tandis que, par l'&quot;origine&quot; et le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation de la premi&egrave;re femme, elle commence &agrave; l'appeler &quot;m&acirc;le&quot;, &quot;is&quot;, en relation avec &quot;issah&quot; (&quot;femelle&quot;, parce qu'elle a &eacute;t&eacute; tir&eacute;e du m&acirc;le, &quot;is&quot;) (*). Il est &eacute;galement significatif que, se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> , le Christ non seulement &eacute;tablit une liaison entre l'&quot;origine&quot; et le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation mais, &eacute;galement, nous conduit pour ainsi dire &agrave; la limite entre l'innocence primitive de l'homme et le p&eacute;ch&eacute; originel. La seconde description de la cr&eacute;ation de l'homme a &eacute;t&eacute;, dans le Livre de la Gen&egrave;se, fix&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce contexte. Nous y lisons avant tout: &quot;Puis, de la c&ocirc;te qu'il avait tir&eacute;e de l'homme, le Seigneur Dieu fa&ccedil;onna une femme et l'amena &agrave; l'homme. Alors celui-ci s'&eacute;cria: &quot;A ce coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appel&eacute;e &quot;femme&quot;, car elle fut tir&eacute;e de l'homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fh">Gn 2,22-23</a></i>. &quot;C'est pourquoi l'homme quitte son p&egrave;re et sa m&egrave;re et s'attache &agrave; sa femme et ils deviennent une seule et m&ecirc;me chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.<br /> &quot;Or tous deux &eacute;taient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>.</p> <p>(*) <i>Quant &agrave; l'&eacute;tymologie, il n'est pas exclu que le terme h&eacute;breu is' d&eacute;rive d'une racine qui signifie &quot;force&quot; ('is' ou 'ws'); par contre 'iss&acirc; est li&eacute; &agrave; une s&eacute;rie de termes s&eacute;mitiques dont le sens oscille entre &quot;femelle&quot; et &quot;&eacute;pouse&quot;. L'&eacute;tymologie propos&eacute;e par le texte biblique est de caract&egrave;re populaire et sert &agrave; souligner l'unit&eacute; de provenance de l'homme et de la femme; ceci semble confirm&eacute; par l'assonance des deux termes.</i></p> <p>3. Puis, imm&eacute;diatement apr&egrave;s ces versets, commence Gen&egrave;se 3, le r&eacute;cit de la premi&egrave;re chute de l'homme et de la femme, rattach&eacute; &agrave; l'arbre myst&eacute;rieux qui, d&eacute;j&agrave; auparavant, avait &eacute;t&eacute; appel&eacute; &quot;arbre de la science du bien et du mal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fc">Gn 2,17</a></i>. Avec ceci, se pr&eacute;sente une situation tout &agrave; fait nouvelle, essentiellement diff&eacute;rente de la pr&eacute;c&eacute;dente. L'arbre de la connaissance du bien et du mal est une ligne de d&eacute;marcation entre les deux situations originelles dont parle le Livre de la Gen&egrave;se. La premi&egrave;re situation est celle de l'innocence originelle o&ugrave; l'&ecirc;tre humain (homme et femme) se trouve pour ainsi dire au dehors de la connaissance du bien et du mal jusqu'au moment o&ugrave;, transgressant la d&eacute;fense du Cr&eacute;ateur, ils mang&egrave;rent du fruit de l'arbre de la connaissance. La seconde situation est, par contre, celle dans laquelle, apr&egrave;s avoir d&eacute;sob&eacute;i au commandement du Cr&eacute;ateur, comme le sugg&eacute;rait l'esprit malin symbolis&eacute; par le serpent, l'homme se trouve d'une certaine mani&egrave;re &agrave; l'int&eacute;rieur de la connaissance du bien et du mal. Cette seconde situation d&eacute;termine l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; de l'homme, par opposition &agrave; l'&eacute;tat d'innocence originelle.<br /> Bien que dans son ensemble le texte yahviste soit tr&egrave;s concis, il suffit &agrave; diff&eacute;rencier et &agrave; opposer avec clart&eacute; les deux situations originaires. Nous parlons ici de situations, ayant sous les yeux le r&eacute;cit qui est une description d'&eacute;v&eacute;nements. Ne transpara&icirc;t pas moins, &agrave; travers cette description avec tous ses d&eacute;tails, la diff&eacute;rence essentielle entre l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; de l'homme et celui de son innocence originaire. La th&eacute;ologie syst&eacute;matique d&eacute;couvrira dans ces deux situations antith&eacute;tiques deux &eacute;tats diff&eacute;rents de la nature humaine: status naturae integrae (&eacute;tat de nature int&egrave;gre) et status naturae lapsae (&eacute;tat de nature d&eacute;chue) (*). Tout ceci ressort du texte &quot;yahviste&quot; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2-3</a></i>, qui contient la plus antique parole de la r&eacute;v&eacute;lation et a, &eacute;videmment, une importance fondamentale pour la th&eacute;ologie de l'homme et pour la th&eacute;ologie du corps.</p> <p>(*) <i>&quot;Le langage religieux lui-m&ecirc;me requiert la transposition de 'images' ou plut&ocirc;t 'modalit&eacute; symbolique' &agrave; 'modalit&eacute; conceptuelle' d'expression. A premi&egrave;re vue cette transposition peut sembler n'&ecirc;tre qu'un changement purement extrins&egrave;que (...). Le langage symbolique semble inapte &agrave; prendre la voie du concept pour un motif qui est particulier &agrave; la culture occidentale. Dans cette culture le langage religieux a toujours &eacute;t&eacute; conditionn&eacute; par un autre langage, le philosophique qui est le langage conceptuel par excellence (...). S'il est vrai que le vocabulaire religieux est compris seulement dans une communaut&eacute; qui l'interpr&egrave;te et suivant une tradition d'interpr&eacute;tation, il est tout aussi vrai qu'il n'existe pas de tradition d'interpr&eacute;tation qui ne soit pas &quot;m&eacute;diate&quot; &agrave; quelque conception philosophique. Ainsi le mot &quot;Dieu&quot;, qui dans les textes bibliques re&ccedil;oit sa signification de la convergence des divers modes du discours (r&eacute;cits et proph&eacute;ties, textes de l&eacute;gislation et livres sapientiaux. proverbes et hymnes) - cette convergence &eacute;tant vue tant comme le point d'intersection que comme l'horizon fuyant &agrave; toute et n'importe quelle forme - doit n&eacute;cessairement &ecirc;tre absorb&eacute; dans l'espace conceptuel pour &ecirc;tre r&eacute;interpr&eacute;t&eacute; dans les termes de l'Absolu philosophique comme moteur premier, cause premi&egrave;re, Actus Essendi, &ecirc;tre parfait, etc. Notre concept de Dieu appartient donc &agrave; une ontoth&eacute;ologie, dans laquelle s'organise l'enti&egrave;re constellation de la parole-cl&eacute; de la s&eacute;mantique th&eacute;ologique, mais dans un cadre de significations dict&eacute;es par la m&eacute;taphysique&quot; (Paul RICOEUR, Ermeneutica biblica, Brescia 1978. Titre original: Biblical Hermeneutics, Montana 1975). Quant &agrave; la question de savoir si la r&eacute;duction m&eacute;taphysique exprime r&eacute;ellement le contenu que c&egrave;le en soi le langage symbolique et m&eacute;taphorique, il s'agit d'un th&egrave;me &agrave; part.</i></p> <p>4. Lorsque, se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'&quot;origine&quot;, le Christ renvoie ses interlocuteurs aux paroles &eacute;crites dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, il leur ordonne, en un certain sens, d'aller au-del&agrave; des limites qui, dans le texte yahviste de la Gen&egrave;se, r&egrave;gnent entre la premi&egrave;re et la seconde situation de l'homme. Il n'approuve pas ce que, &quot;par duret&eacute;... de coeur&quot;, Mo&iuml;se a permis, et se r&eacute;clame des paroles du premier commandement divin qui, dans ce texte, est express&eacute;ment li&eacute; &agrave; l'&eacute;tat d'innocence originaire de l'homme. Ce qui signifie que cet ordre n'a rien perdu de sa vigueur bien que l'homme ait perdu son innocence primitive. La r&eacute;ponse du Christ est d&eacute;cisive, sans &eacute;quivoque. Aussi devons-nous en tirer les conclusions normatives qui ont une signification essentielle non seulement pour l'&eacute;thique, mais aussi et surtout pour la th&eacute;ologie de l'homme et pour la th&eacute;ologie du corps qui, comme moment particulier de l'anthropologie th&eacute;ologique, se constitue sur la base de la parole de Dieu qui se r&eacute;v&egrave;le. Nous t&acirc;cherons d'en tirer de telles conclusions durant notre prochaine rencontre.</p> <p>- Le 19&nbsp;septembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:29:10 +0000 Incarnare 50 at http://www.theologieducorps.fr TDC 004 - Le lien entre l'innocence originelle et la Rédemption http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-004-lien-entre-linnocence-originelle-la-redemption <p>1. Pour r&eacute;pondre &agrave; la demande concernant l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage, le Christ s'est r&eacute;clam&eacute; de ce qui est &eacute;crit dans le Livre de la Gen&egrave;se sur ce th&egrave;me du mariage. Lors des deux pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions, nous avons soumis &agrave; l'analyse tant le texte dit &quot;&eacute;lohiste&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1</a></i> que le texte dit &quot;yahviste&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2</a></i>. Nous d&eacute;sirons tirer aujourd'hui quelques conclusions de ces analyses.<br /> Lorsque le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; &quot;l'origine&quot;, il demande &agrave; ses interlocuteurs de d&eacute;passer, en un certain sens, la fronti&egrave;re qui, dans le Livre de la Gen&egrave;se, s&eacute;pare l'&eacute;tat d'innocence originelle et l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; qui commence avec la chute originelle.<br /> On peut lier symboliquement cette fronti&egrave;re &agrave; l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui, dans le texte yahviste, d&eacute;limite deux situations diam&eacute;tralement oppos&eacute;es; la situation de l'innocence originelle et celle du p&eacute;ch&eacute; originel. Ces deux situations ont leur propre dimension dans l'homme, au plus intime de lui-m&ecirc;me, dans sa connaissance, dans sa conscience, dans ses choix et d&eacute;cisions, et tout ceci par rapport &agrave; Dieu-Cr&eacute;ateur qui, dans le texte yahviste <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2-3</a></i> est en m&ecirc;me temps le Dieu de l'Alliance, de la plus ancienne alliance du Cr&eacute;ateur avec sa cr&eacute;ature, c'est-&agrave;-dire avec l'homme. L'arbre de la connaissance du bien et du mal, comme expression et symbole de l'alliance avec Dieu, viol&eacute;e dans le coeur de l'homme, d&eacute;limite et oppose deux situations et deux &eacute;tats diam&eacute;tralement oppos&eacute;s: celui de l'innocence originelle et celui du p&eacute;ch&eacute; originel et en m&ecirc;me temps de la &quot;peccabilit&eacute;&quot; h&eacute;r&eacute;ditaire de l'homme qui en d&eacute;coule. Toutefois les paroles du Christ qui se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; l'&quot;origine&quot; nous permettent de trouver dans l'homme une continuit&eacute; essentielle et un lien entre ces deux diff&eacute;rents &eacute;tats ou dimensions de l'&ecirc;tre humain. L'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; fait partie de &quot;l'homme historique&quot;, tant celui dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a></i> - c'est- &agrave;-dire l'interlocuteur de J&eacute;sus en ce temps-l&agrave; - que tout autre interlocuteur, potentiel ou actuel, de tous les moments de l'histoire et, naturellement donc, l'homme d'aujourd'hui &eacute;galement. Toutefois, chez tout homme, sans la moindre exception, cet &eacute;tat - l'&eacute;tat &quot;historique&quot; pr&eacute;cis&eacute;ment - enfonce ses racines dans sa propre &quot;pr&eacute;histoire&quot; th&eacute;ologique, qui est l'&eacute;tat de l'innocence originelle.</p> <p>2. Il ne s'agit pas ici de la seule dialectique. Les lois de la connaissance r&eacute;pondent &agrave; celles de l'existence. Il n'est pas possible de comprendre l'&eacute;tat de &quot;peccabilit&eacute; historique&quot; sans se r&eacute;f&eacute;rer ou faire appel (comme le fait le Christ) &agrave; l'&eacute;tat d'originelle (en un certain sens pr&eacute;historique) et fondamentale innocence. Le surgissement de la &quot;peccabilit&eacute;&quot; comme &eacute;tat, comme dimension de l'existence humaine se trouve d&egrave;s le d&eacute;but en rapport avec cette r&eacute;elle innocence de l'homme comme &eacute;tat originel et fondamental, comme dimension de l'&ecirc;tre cr&eacute;&eacute; &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;. Il en fut ainsi pour le premier homme - homme et femme - en tant que dramatis personae et protagonistes des &eacute;v&eacute;nements que d&eacute;crit le texte yahviste <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2-3</a></i>, mais aussi pour tout le parcours historique de l'existence humaine. L'homme historique est donc, pour ainsi dire, enracin&eacute; dans sa pr&eacute;histoire th&eacute;ologique r&eacute;v&eacute;l&eacute;e. Et pour cette raison tout &eacute;l&eacute;ment de sa &quot;peccabilit&eacute;&quot; historique s'explique (tant pour l'&acirc;me que pour le corps) par r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'innocence originelle. On peut dire que cette r&eacute;f&eacute;rence est un &quot;co-h&eacute;ritage&quot; du p&eacute;ch&eacute;, et pr&eacute;cis&eacute;ment du p&eacute;ch&eacute; originel. Si, en chaque homme historique, ce p&eacute;ch&eacute; signifie un &eacute;tat de gr&acirc;ce perdue, alors il comporte aussi une r&eacute;f&eacute;rence &agrave; cette gr&acirc;ce, qui &eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment la gr&acirc;ce de l'innocence originelle.</p> <p><a name="3"></a>3. Lorsque, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19,1-12</a></i>, le Christ se r&eacute;clame de l'&quot;origine&quot;, il n'entend pas, avec cette expression, indiquer seulement l'&eacute;tat d'innocence originelle comme horizon perdu de l'existence humaine dans l'histoire. Aux paroles qui franchissent ses propres l&egrave;vres, nous avons le droit d'attribuer en m&ecirc;me temps toute l'&eacute;loquence du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. En effet, d&eacute;j&agrave; dans le contexte yahviste de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2-3</a></i> nous sommes t&eacute;moins du moment o&ugrave;, apr&egrave;s avoir rompu l'alliance originelle avec son Cr&eacute;ateur, l'homme - homme et femme - re&ccedil;oit la premi&egrave;re promesse de R&eacute;demption avec les paroles de ce qu'on appelle le &quot;Proto-&eacute;vangile&quot; dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fz">Gn 3,15</a></i> (*) et commence &agrave; vivre dans la perspective th&eacute;ologique de la R&eacute;demption. Et ainsi, donc, l'homme &quot;historique&quot; - tant l'interlocuteur du Christ dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19,1-12</a></i> que l'homme d'aujourd'hui - participe &agrave; cette perspective. Il participe non seulement &agrave; l'histoire de la &quot;peccabilit&eacute;&quot; humaine, comme un sujet h&eacute;r&eacute;ditaire et en m&ecirc;me temps personnel et unique de cette histoire, mais il participe aussi &agrave; l'histoire du salut, ici &eacute;galement comme sujet et co-cr&eacute;ateur. Il est donc non seulement ferm&eacute;, &agrave; cause de son &eacute;tat de p&eacute;ch&eacute;, par rapport &agrave; l'innocence originelle - mais il est aussi, en m&ecirc;me temps, ouvert sur le myst&egrave;re de la R&eacute;demption qui s'est accompli dans le Christ et &agrave; travers le Christ. Dans son &eacute;p&icirc;tre aux Romains, saint Paul exprime cette perspective de la R&eacute;demption dans laquelle vit l'homme historique: &quot;Nous - &eacute;crit-il -, qui poss&eacute;dons les pr&eacute;mices de l'Esprit, nous g&eacute;missons nous aussi int&eacute;rieurement dans l'attente de la R&eacute;demption de nos corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Nous ne pouvons perdre de vue cette perspective tandis que nous suivons les paroles du Christ qui, dans son colloque sur l'indissolubilit&eacute; du mariage, fait recours &agrave; l'&quot;origine&quot;. Si cette &quot;origine&quot; indiquait seulement la cr&eacute;ation de &quot;l'homme et femme&quot;, si - comme nous en avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute; - il conduisait simplement ses interlocuteurs au-del&agrave; de la limite de l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; de l'homme jusqu'&agrave; l'innocence originelle, et n'ouvrait pas en m&ecirc;me temps la perspective d'une &quot;R&eacute;demption des corps&quot;, la r&eacute;ponse du Christ ne serait pas, en fait, entendue d'une mani&egrave;re ad&eacute;quate. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette perspective de la R&eacute;demption du corps qui garantit la continuit&eacute; et l'unit&eacute; entre l'&eacute;tat h&eacute;r&eacute;ditaire du p&eacute;ch&eacute; de l'homme et son innocence originelle, bien que cette innocence, il l'ait historiquement, perdue de mani&egrave;re irr&eacute;m&eacute;diable. Il est &eacute;vident que le Christ a le plus grand droit de r&eacute;pondre &agrave; la question que lui posent les docteurs de la Loi et de l'Alliance (comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19,1-12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i> de r&eacute;pondre, donc, dans la perspective de la R&eacute;demption sur laquelle s'appuie l'Alliance m&ecirc;me.</p> <p>(*) <i>D&eacute;j&agrave; la traduction grecque de l'Ancien Testament, celle dite &quot;des Septante&quot;, remontant &agrave; peu pr&egrave;s au IIe si&egrave;cle avant le Christ, interpr&egrave;te <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fz">Gn 3,15</a></i> dans le sens messianique, appliquant le pronom masculin 'autos' en se r&eacute;f&eacute;rant au substantif neutre 'sperma' (semen dans la Vulgate). La tradition h&eacute;bra&iuml;que continue cette interpr&eacute;tation. L'ex&eacute;g&egrave;se chr&eacute;tienne, commen&ccedil;ant &agrave; saint Ir&eacute;n&eacute;e (Adv. Haer. III. 23.7) consid&egrave;re ce texte comme &quot;proto-&eacute;vangile&quot; qui annonce la victoire remport&eacute;e par J&eacute;sus- Christ sur Satan. Bien que ces derniers si&egrave;cles les sp&eacute;cialistes des Saintes Ecritures aient interpr&eacute;t&eacute; diversement cette p&eacute;ricope - et certains d'entre eux contestent l'interpr&eacute;tation messianique - on y revient, ces temps derniers, sous un aspect quelque peu diff&eacute;rent. L'auteur yahviste unit en effet la pr&eacute;histoire avec l'histoire d'Isra&euml;l qui atteint son apog&eacute;e dans la dynastie messianique de David, celle qui portera &agrave; leur accomplissement les promesses de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fz">Gn 3,15</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/btt.htm#ho">2S 7,12</a></i>. Le Nouveau Testament a pr&eacute;sent&eacute; l'accomplissement de la promesse dans la perspective messianique: J&eacute;sus est le Messie, descendant de David <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#bm">Rm 1,3</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bup.htm#bv">2Tm 2,8</a></i> n&eacute; de la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#do">Ga 4,4</a></i> nouvel Adam-David qui doit r&eacute;gner &quot;jusqu'&agrave; ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#nj">1Co 15,25</a></i>. Et enfin <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cmi.htm#in">Ap 12,1-10</a></i>, il pr&eacute;sente l'accomplissement final de la proph&eacute;tie de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fz">Gn 3,15</a></i> qui. bien que n'&eacute;tant pas une claire et imm&eacute;diate annonce de J&eacute;sus comme Messie d'Isra&euml;l, conduit cependant &agrave; lui &agrave; travers la tradition royale et messianique qui unit l'Ancien et le Nouveau Testament.</i></p> <p>4. Si dans le contexte, substantiellement d&eacute;termin&eacute; ainsi, de la th&eacute;ologie de l'homme-corps nous pensons &agrave; la m&eacute;thode des analyses ult&eacute;rieures au sujet de la r&eacute;v&eacute;lation de l'&quot;origine&quot;, o&ugrave; la r&eacute;f&eacute;rence aux premiers chapitres du Livre de la Gen&egrave;se est essentielle, nous devons porter imm&eacute;diatement notre attention sur un fait particuli&egrave;rement important pour l'interpr&eacute;tation th&eacute;ologique: important parce qu'il consiste dans le rapport entre r&eacute;v&eacute;lation et exp&eacute;rience. Dans l'interpr&eacute;tation de la r&eacute;v&eacute;lation au sujet de l'homme, et surtout au sujet du corps, nous devons, pour des raisons compr&eacute;hensibles, nous r&eacute;f&eacute;rer &agrave; l'exp&eacute;rience, parce que l'homme-corps nous est perceptible surtout gr&acirc;ce &agrave; l'exp&eacute;rience. A la lumi&egrave;re des consid&eacute;rations fondamentales mentionn&eacute;es, nous avons pleinement le droit de nourrir la conviction que notre exp&eacute;rience historique doit, d'une certaine mani&egrave;re, s'arr&ecirc;ter au seuil de l'innocence originelle de l'homme, car elle est inad&eacute;quate &agrave; son &eacute;gard. Toutefois, &agrave; la lumi&egrave;re des m&ecirc;mes consid&eacute;rations introductives, nous devons parvenir &agrave; la conviction que notre exp&eacute;rience humaine est, dans ce cas, un moyen en quelque sorte l&eacute;gitime pour l'interpr&eacute;tation th&eacute;ologique et, en un certain sens, un point de r&eacute;f&eacute;rence indispensable dont nous devons nous r&eacute;clamer dans l'interpr&eacute;tation de l'&quot;origine&quot;. Une analyse plus d&eacute;taill&eacute;e du texte nous permettra d'en avoir une vision plus claire.</p> <p>5. Il semble que les paroles de l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains que je viens de citer indiquent de la meilleure fa&ccedil;on l'orientation de nos recherches centr&eacute;es sur la r&eacute;v&eacute;lation de cette &quot;origine&quot; &agrave; laquelle le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans son colloque sur l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19,1-12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i> Toutes les analyses qui seront successivement faites sur la base des premiers chapitres de la Gen&egrave;se refl&eacute;teront presque n&eacute;cessairement la v&eacute;rit&eacute; des paroles de saint Paul: &quot;Nous qui poss&eacute;dons les pr&eacute;mices de l'Esprit, nous g&eacute;missons nous aussi int&eacute;rieurement dans l'attente de la R&eacute;demption de notre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Si nous nous pla&ccedil;ons dans cette position - qui s'accorde si bien avec l'exp&eacute;rience (*) - l'&quot;origine&quot; doit nous parler avec la grande richesse de lumi&egrave;re qui provient de la r&eacute;v&eacute;lation, &agrave; laquelle d&eacute;sire r&eacute;pondre surtout la th&eacute;ologie. La suite des analyses nous dira dans quel sens doit aller cette th&eacute;ologie du corps et pourquoi.</p> <p>(*) <i>Parlant ici du rapport existant entre l'&quot;exp&eacute;rience&quot; et la &quot;r&eacute;v&eacute;lation&quot; nous voulons simplement constater, plut&ocirc;t qu'une surprenante convergence entre elles, que l'homme, dans son actuel &eacute;tat &quot;d'existence&quot; de son corps, fait l'exp&eacute;rience de multiples limites, souffrances, passions, faiblesses et, finalement, de la mort m&ecirc;me, lesquelles, en m&ecirc;me temps, r&eacute;f&egrave;rent cette existence dans le corps &agrave; un autre et diff&eacute;rent &eacute;tat ou dimension. Quand saint Paul parle de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot;, il parle le langage de la r&eacute;v&eacute;lation; l'exp&eacute;rience, en effet, n'est pas en mesure de saisir ce contenu ou plut&ocirc;t cette r&eacute;alit&eacute;. En m&ecirc;me temps, dans l'ensemble de ce contenu, l'auteur de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i> reprend tout ce qui lui est offert &agrave; lui comme d'une certaine mani&egrave;re &agrave; tout homme (ind&eacute;pendamment de son rapport avec la r&eacute;v&eacute;lation), est offert donc, &agrave; travers l'exp&eacute;rience de l'existence humaine, qui est une existence dans le corps. Nous avons donc le droit de parler du rapport existant entre l'exp&eacute;rience et la r&eacute;v&eacute;lation; nous avons m&ecirc;me le droit de poser le probl&egrave;me de leur relation r&eacute;ciproque, m&ecirc;me si, pour de nombreux auteurs, il passe entre elles une ligne de d&eacute;marcation qui est une ligne d'absolue antith&egrave;se et de radicale antinomie. Cette ligne, &agrave; leur avis, doit n&eacute;cessairement &ecirc;tre trac&eacute;e entre la foi et la science, entre la th&eacute;ologie et la philosophie. Pour formuler un tel point de vue il a fallu prendre en consid&eacute;ration des concepts abstraits, plut&ocirc;t que l'homme comme sujet vivant.</i></p> <p>- Le 26 septembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:30:46 +0000 Incarnare 51 at http://www.theologieducorps.fr TDC 005 - La signification de la solitude originelle de l'homme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-005-la-signification-de-la-solitude-originelle-de-lhomme <p>1. Lors de la derni&egrave;re r&eacute;flexion du cycle actuel, nous sommes parvenus &agrave; une conclusion introductive, tir&eacute;e des paroles du Livre de la Gen&egrave;se et concernant la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme. Dans son entretien sur l'indissolubilit&eacute; du mariage, c'est &agrave; ces paroles - c'est-&agrave;-dire &agrave; &quot;l'origine&quot; - que le Seigneur J&eacute;sus s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pv">Mc 10,1-12</a></i>. Mais la conclusion &agrave; laquelle nous sommes parvenus ne met pas encore le point final &agrave; la s&eacute;rie de nos analyses. Nous devons en effet relire les r&eacute;cits du premier et du deuxi&egrave;me chapitre du Livre de la Gen&egrave;se dans un contexte plus ample qui nous permettra de d&eacute;terminer une s&eacute;rie de significations du texte antique auquel J&eacute;sus s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute;. Aussi, aujourd'hui, r&eacute;fl&eacute;chirons- nous sur la signification de la solitude originelle de l'homme.</p> <p>2. Le point de d&eacute;part de cette r&eacute;flexion nous est donn&eacute; directement par les paroles suivantes du Livre de la Gen&egrave;se: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul: je veux lui faire une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>. C'est Dieu- Yahv&eacute; qui prononce ces paroles. Elles font partie du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme et proviennent donc de la tradition yahviste. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; rappel&eacute;, il est significatif que le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme dans le texte yahviste forme un tout complet <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i> qui pr&eacute;c&egrave;de le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fg">Gn 2,21-22</a></i>. Il est &eacute;galement significatif que le premier homme ('adam), cr&eacute;&eacute; du &quot;limon du sol &quot; est d&eacute;fini comme homme ('is = m&acirc;le) seulement apr&egrave;s la cr&eacute;ation de la premi&egrave;re femme. Ainsi donc, lorsque Dieu-Yahv&eacute; se prononce au sujet de la solitude, il le fait en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la solitude de l'&quot;homme&quot; en tant que tel et pas seulement &agrave; celle de l'homme &quot;homme&quot; (*).<br /> Certes il est difficile, en se basant seulement sur ce fait, d'aller trop loin dans les conclusions. N&eacute;anmoins, le contexte complet de cette solitude dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>, peut nous convaincre qu'il s'agit ici de la solitude de &quot;l'homme&quot; (homme et femme) et pas seulement de la solitude de l'&quot;homme&quot; homme, parce qu'il lui manque la femme. Il semble donc, si l'on se base sur le contexte tout entier, que cette solitude poss&egrave;de deux significations: l'une qui d&eacute;coule de la nature m&ecirc;me de l'homme, c'est-&agrave;-dire de son humanit&eacute; (et ceci ressort &agrave; l'&eacute;vidence du texte de Gen&egrave;se 2) et l'autre qui d&eacute;coule de la relation homme femme et ceci est d'une certaine mani&egrave;re &eacute;vident sur la base de la premi&egrave;re signification. Une analyse d&eacute;taill&eacute;e de la description semble bien le confirmer.</p> <p>(*) <i>Le texte h&eacute;breu appelle constamment le premier homme ha'adam tandis que le terme 'is (m&acirc;le) est introduit seulement quand &eacute;merge la confrontation avec 'issa (femelle). Etait donc solitaire &quot;l'homme&quot;, sans r&eacute;f&eacute;rence au sexe. Dans la traduction en quelques langues europ&eacute;ennes il est toutefois difficile d'exprimer cette id&eacute;e de la Gen&egrave;se, car &quot;homme&quot; et &quot;m&acirc;le&quot; sont d&eacute;finis g&eacute;n&eacute;ralement par le m&ecirc;me terme: &quot;homo&quot;, &quot;uomo&quot;, &quot;homme&quot;, &quot;hombre&quot;, &quot;man&quot;.</i></p> <p><a name="3"></a>3. Le probl&egrave;me de la solitude se manifeste uniquement dans le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme. Le premier r&eacute;cit l'ignore. L&agrave; l'homme est cr&eacute;&eacute; en un seul acte et comme homme et comme femme. &quot;Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image ... homme et femme les cr&eacute;a&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>. Le second r&eacute;cit qui, comme nous venons de le mentionner, parle d'abord de la cr&eacute;ation de l'homme et seulement par la suite de la cr&eacute;ation de la femme, la tirant d'une &quot;c&ocirc;te&quot; de l'homme, attire notre attention sur le fait que &quot;l'homme est seul&quot;, et ceci se pr&eacute;sente comme un probl&egrave;me anthropologique fondamental, en un certain sens ant&eacute;rieur &agrave; celui pos&eacute; par le fait qu'un tel homme soit homme et femme. Ce probl&egrave;me est ant&eacute;rieur moins dans le sens chronologique que dans le sens existentiel: il est ant&eacute;rieur &quot;par sa nature m&ecirc;me&quot;. Et tel se r&eacute;v&eacute;lera &eacute;galement le probl&egrave;me de la solitude de l'homme du point de vue de la th&eacute;ologie du corps si nous parvenons &agrave; faire une analyse approfondie du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation dans Gen&egrave;se 2.</p> <p>4. L'affirmation de Dieu - Yahv&eacute; qu'&quot;il n'est pas bon que l'homme soit seul&quot; appara&icirc;t non seulement dans le contexte imm&eacute;diat de la d&eacute;cision de cr&eacute;er la femme (&quot;je veux lui faire une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot;), mais aussi dans le contexte plus vaste de motifs et de circonstances qui expliquent plus profond&eacute;ment le sens de la solitude originelle de l'homme. Le texte yahviste lie avant tout la cr&eacute;ation de l'homme au besoin de &quot;cultiver le sol&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ew">Gn 2,5</a></i> et ceci semble correspondre, dans le premier r&eacute;cit, &agrave; la vocation d'assujettir et de dominer la terre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. Puis le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation parle de l'installation de l'homme dans le &quot;jardin de l'Eden&quot;, et &agrave; ce moment il nous fait p&eacute;n&eacute;trer dans son &eacute;tat de f&eacute;licit&eacute; originelle.<br /> Jusqu'&agrave; ce moment c'est l'homme qui fait l'objet de l'action cr&eacute;atrice de Dieu - Yahv&eacute; qui, en tant que l&eacute;gislateur, d&eacute;termine en m&ecirc;me temps les conditions de la premi&egrave;re alliance avec l'homme. D&eacute;j&agrave; dans ceci on voit soulign&eacute;e la subjectivit&eacute; de l'homme, et celle-ci trouve une nouvelle expression quand le Seigneur-Dieu &quot;forma du sol tout animal des champs et tout oiseau des cieux et les conduisit &agrave; l'homme (m&acirc;le) pour voir comment il les appellerait&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fe">Gn 2,19</a></i> Ainsi donc la signification originelle de l'homme est d&eacute;finie sur la base d'un &quot;test&quot; sp&eacute;cifique ou d'un examen que l'homme soutient devant Dieu (et d'une certaine mani&egrave;re &eacute;galement devant soi-m&ecirc;me). Gr&acirc;ce &agrave; un tel &quot;test&quot; l'homme prend conscience de sa propre sup&eacute;riorit&eacute;, c'est-&agrave;-dire qu'il n'est sur la terre aucune esp&egrave;ce d'&ecirc;tre vivant qui puisse &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme son &eacute;gal.<br /> En effet, comme le dit le texte, &quot;tout animal vivant aura pour nom celui dont l'homme l'appellera&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fe">Gn 2,19</a></i>. &quot;L'homme appela donc de leur nom tous les bestiaux, les oiseaux des cieux, tous les animaux des champs mais - poursuit l'auteur - pour l'homme on ne trouva pas une aide qui f&ucirc;t semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fe">Gn 2,19-20</a></i> .</p> <p>5. Toute cette partie du texte est incontestablement une pr&eacute;paration au r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de la femme. Toutefois, elle poss&egrave;de une profonde signification m&ecirc;me ind&eacute;pendamment de cette cr&eacute;ation. Voici que d&egrave;s le moment de sa premi&egrave;re existence, l'homme cr&eacute;&eacute; se trouve, devant Dieu, comme &agrave; la recherche de sa propre identit&eacute;; on pourrait dire: &agrave; la recherche de la d&eacute;finition de soi-m&ecirc;me. La constatation que l'homme est &quot;seul&quot; au milieu du monde visible et, tout particuli&egrave;rement, parmi les &ecirc;tres vivants, a dans cette recherche une signification n&eacute;gative, en ce sens qu'elle exprime ce qui &quot;n'est pas&quot;. N&eacute;anmoins la constatation de ne pouvoir, essentiellement, s'identifier avec le monde visible des autres &ecirc;tres vivants (animalia), a en m&ecirc;me temps un aspect positif pour cette recherche primordiale m&ecirc;me si cette constatation n'est pas encore une d&eacute;finition compl&egrave;te, elle constitue cependant un de ses &eacute;l&eacute;ments. Si nous acceptons la tradition aristot&eacute;licienne en logique et en anthropologie, nous devrions d&eacute;finir cet &eacute;l&eacute;ment comme genus proximum (genre prochain) (*).</p> <p>(*) <i>On dit d'une d&eacute;finition qu'elle est essentielle lorsqu'elle expose l'essence ou la nature des choses (ou quiddit&eacute;). Elle sera essentielle si nous pouvons d&eacute;finir une chose par son genre prochain et sa diff&eacute;rence sp&eacute;cifique. Ce genre prochain inclut dans cette compr&eacute;hension tous les &eacute;l&eacute;ments essentiels des genres au-del&agrave; de lui et inclut donc tous les &ecirc;tres qui sont analogues ou similaires par nature &agrave; la chose d&eacute;finie; la diff&eacute;rence sp&eacute;cifique, d'autre part, introduit les &eacute;l&eacute;ments distinctifs qui s&eacute;parent cette chose de toutes les autres de nature similaire, en montrant en quelle mani&egrave;re elle est diff&eacute;rente de toutes les autres avec lesquelles elle pourrait &ecirc;tre identifi&eacute;e par erreur. &quot;L'homme&quot; est d&eacute;fini comme &quot;animal raisonnable&quot;; &quot;animal&quot; est son genre prochain; raisonnable est sa diff&eacute;rence sp&eacute;cifique. Le genre prochain &quot;animal&quot; inclut dans sa compr&eacute;hension tous les &eacute;l&eacute;ments essentiels des genres au-del&agrave; de lui, car l'animal est &quot;sensation, vie, substance mat&eacute;rielle&quot; (...). La diff&eacute;rence sp&eacute;cifique &quot;raisonnable&quot; est un &eacute;l&eacute;ment essentiel qui distingue &quot;homme&quot; de tout autre &quot;animal&quot;. Cela fait donc de lui une esp&egrave;ce qui lui est propre et le s&eacute;pare de tout autre animal et de tout autre genre sous-animal, y compris les plantes, les corps inanim&eacute;s et les substances. D'ailleurs, puisque la diff&eacute;rence sp&eacute;cifique est l'&eacute;l&eacute;ment distinctif dans l'essence de l'homme, cela inclut toutes les &quot;propri&eacute;t&eacute;s&quot; caract&eacute;ristiques qui se trouvent dans la nature de l'homme en tant qu'homme, notamment la facult&eacute; de parole, de moralit&eacute;, de gouvernement, de religion, d'immortalit&eacute;, etc., r&eacute;alit&eacute;s absentes dans tous les autres &ecirc;tres existant dans le monde physique (C.N. BITTLE, The Science of Correct Thinking, Logic, Milwaukee 1947, 12, p. 73-74).</i></p> <p>6. Le texte yahviste nous permet toutefois de d&eacute;couvrir encore d'autres &eacute;l&eacute;ments dans cet admirable passage o&ugrave; l'homme se trouve seul devant Dieu surtout pour exprimer, &agrave; travers une premi&egrave;re &quot;auto-d&eacute;finition&quot;, sa propre &quot;auto- conscience&quot; comme premi&egrave;re et fondamentale manifestation d'humanit&eacute;. L'&quot;auto-conscience&quot; va de pair avec la connaissance du monde, de toutes les cr&eacute;atures visibles, de tous les &ecirc;tres vivants auxquels l'homme a donn&eacute; un nom pour affirmer qu'il est diff&eacute;rent. Ainsi donc la conscience r&eacute;v&egrave;le l'homme comme celui qui poss&egrave;de la facult&eacute; cognitive &agrave; l'&eacute;gard du monde visible. Avec cette connaissance qui le fait sortir, d'une certaine mani&egrave;re, de son propre &ecirc;tre, l'homme se r&eacute;v&egrave;le en m&ecirc;me temps &agrave; lui-m&ecirc;me dans tout ce que son &ecirc;tre a de particulier. Il n'est pas seulement essentiellement et subjectivement seul. Solitude signifie &eacute;galement subjectivit&eacute; de l'homme et celle-ci se constitue gr&acirc;ce &agrave; l'&quot;autoconnaissance&quot;. L'homme est seul parce qu'il est &quot;diff&eacute;rent&quot; du monde visible, du monde des &ecirc;tres vivants. En analysant le texte du Livre de la Gen&egrave;se, nous sommes en quelque sorte t&eacute;moins de la mani&egrave;re dont l'homme &quot;se distingue&quot; devant Dieu - Yahv&eacute; de tout le monde des &ecirc;tres vivants (animalia) par un premier acte d'&quot;auto-conscience&quot; et, par cons&eacute;quent, de celle dont il se r&eacute;v&egrave;le &agrave; lui-m&ecirc;me et, en m&ecirc;me temps, s'affirme comme &quot;personne&quot; dans le monde visible. Ce processus, d&eacute;crit d'une mani&egrave;re si incisive dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fe">Gn 2,19-20</a></i>, processus de recherche d'une d&eacute;finition de soi, ne m&egrave;ne pas seulement &agrave; indiquer - en se reliant &agrave; la tradition aristot&eacute;licienne - le genus proximum qui en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#es">Gn 2</a></i> est exprim&eacute; par les mots &quot;a donn&eacute; le nom&quot;, ce &agrave; quoi correspond la &quot;diff&eacute;rentia&quot; sp&eacute;cifique qui est, selon la d&eacute;finition d'Aristote, <i>nous, z&ucirc;on no&ecirc;tikon</i>. Un tel processus m&egrave;ne &eacute;galement &agrave; la premi&egrave;re d&eacute;termination de l'&ecirc;tre humain comme personne humaine avec la subjectivit&eacute; propre qui la caract&eacute;rise.<br /> Interrompons ici l'analyse de la signification de la solitude originelle de l'homme. Nous la reprendrons dans une semaine.</p> <p>- Le 10&nbsp;octobre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:32:36 +0000 Incarnare 52 at http://www.theologieducorps.fr TDC 006 - L'homme prend conscience d'être une personne http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-006-lhomme-prend-conscience-detre-personne <p>1. Dans une pr&eacute;c&eacute;dente conversation nous avons entrepris d'analyser la signification de la solitude originelle de l'homme. L'occasion nous en a &eacute;t&eacute; fournie par le texte yahviste et, en particulier, par la phrase suivante: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je veux lui faire une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>. L'analyse du Livre de la Gen&egrave;se (chapitre 2) nous a d&eacute;j&agrave; men&eacute;s &agrave; de surprenantes conclusions qui concernent l'anthropologie - c'est-&agrave;-dire la science de l'homme - contenue dans ce Livre. En effet, en relativement peu de phrases, le texte antique d&eacute;finit l'homme comme une personne, avec la subjectivit&eacute; qui la caract&eacute;rise.<br /> Quant &agrave; ce premier homme, ainsi form&eacute;, Dieu - Yahv&eacute; lui donne le commandement qui concerne tous les arbres qui croissent dans &quot;le jardin en Eden&quot;, surtout celui de la connaissance du bien et du mal. Aux caract&eacute;ristiques de l'homme ci-dessus d&eacute;crit, vient s'ajouter le moment de l'option, de l'&quot;auto-d&eacute;termination&quot;, c'est-&agrave;-dire de la volont&eacute;. De cette fa&ccedil;on, l'image de l'homme, dou&eacute; de sa propre subjectivit&eacute;, se pr&eacute;sente &agrave; nos yeux comme parachev&eacute;e apr&egrave;s une premi&egrave;re &eacute;bauche.<br /> Dans le concept de solitude originelle sont incluses tant l'&quot;auto-conscience&quot; que &quot;l'autod&eacute;termination&quot;. Le fait que l'homme soit seul cache en soi cette structure ontologique et il est en m&ecirc;me temps un indice d'authentique compr&eacute;hension. Sans cela nous ne pourrions comprendre correctement les paroles qui suivent et constituent le pr&eacute;lude &agrave; la cr&eacute;ation de la premi&egrave;re femme: &quot;Je veux lui faire une aide&quot;. Mais surtout, sans une signification aussi profonde de la solitude originelle de l'homme, on ne saurait ni comprendre ni interpr&eacute;ter correctement l'enti&egrave;re situation de l'homme cr&eacute;&eacute; &agrave; l'&quot;image de Dieu&quot;, qui est la situation de la premi&egrave;re, ou mieux, primitive Alliance avec Dieu.</p> <p>2. Cet homme qui, selon le r&eacute;cit du premier chapitre de la Gen&egrave;se a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;, se manifeste dans le second r&eacute;cit comme sujet de l'Alliance, c'est-&agrave;-dire un sujet constitu&eacute; comme personne, constitu&eacute; &agrave; la dimension de &quot;partenaire de l'Absolu&quot; en ce sens qu'il doit consciemment discerner et choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort. Les paroles du premier commandement de Dieu - Yahv&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fb">Gn 2,16-17</a></i>, qui indiquent de mani&egrave;re directe la soumission, la d&eacute;pendance de l'homme-cr&eacute;ature &agrave; son Cr&eacute;ateur, r&eacute;v&egrave;lent de mani&egrave;re indirecte pr&eacute;cis&eacute;ment ce niveau d'humanit&eacute; comme sujet de l'Alliance et &quot;partenaire de l'Absolu&quot;. L'homme est &quot;seul&quot;: cela veut dire qu'&agrave; travers sa propre humanit&eacute;, &agrave; travers ce qu'il est, il est en m&ecirc;me temps constitu&eacute; en une unique, exclusive, irr&eacute;ductible relation avec Dieu lui-m&ecirc;me. La d&eacute;finition anthropologique contenue dans le texte yahviste se rapproche, de son c&ocirc;t&eacute;, de ce qu'exprime la d&eacute;finition th&eacute;ologique de l'homme que nous trouvons dans le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation (&quot;Faisons l'homme &agrave; notre image et &agrave; notre ressemblance&quot;: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#em">Gn 1,26</a></i>).</p> <p>3. L'homme ainsi form&eacute; appartient au monde visible, il est un corps parmi les corps. Reprenant, et d'une certaine mani&egrave;re restituant, la signification de la solitude originelle, appliquons-la &agrave; l'homme dans sa totalit&eacute;. Le corps, gr&acirc;ce auquel l'homme prend part au monde cr&eacute;&eacute; visible, le rend en m&ecirc;me temps conscient d'&ecirc;tre &quot;seul&quot;. En effet, il n'aurait pas &eacute;t&eacute; capable d'arriver &agrave; cette conviction qu'en fait il a acquise comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a></i>, si son corps ne l'avait aid&eacute; &agrave; le comprendre, rendant la chose &eacute;vidente. La conscience de la solitude aurait pu se rompre pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cause du corps lui-m&ecirc;me. L'homme, adam, aurait pu, se basant sur l'exp&eacute;rience de son propre corps, arriver &agrave; la conclusion qu'il &eacute;tait substantiellement semblable aux autres &ecirc;tres vivants (animalia). Et, comme nous le lisons, il n'arriva pas &agrave; cette conclusion: au contraire, il se persuada qu'il &eacute;tait &quot;seul&quot;. Le texte yahviste ne parle jamais directement du corps: m&ecirc;me lorsqu'il dit que &quot;le Seigneur Dieu forma l'homme du limon du sol&quot;, il parle de l'homme, non pas du corps. Malgr&eacute; cela le r&eacute;cit, pris dans son ensemble, nous offre des bases suffisantes pour percevoir cet homme, cr&eacute;&eacute; dans le monde visible, pr&eacute;cis&eacute;ment comme corps parmi les corps.<br /> L'analyse du texte yahviste nous permet en outre de rattacher la solitude originelle de l'homme &agrave; la conscience du corps par lequel l'homme se distingue de tous les animalia et se s&eacute;pare de ceux-ci, et par lequel il est une personne. On peut affirmer avec certitude que l'homme ainsi form&eacute; a en m&ecirc;me temps le sentiment et la conscience du sens de son propre corps. Et ceci en se basant sur l'exp&eacute;rience de la solitude originelle.</p> <p>4. On peut consid&eacute;rer tout ceci comme implication du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, et l'analyse du texte nous permet d'amples d&eacute;veloppements.<br /> Lorsqu'au d&eacute;but du texte yahviste, avant m&ecirc;me qu'il y soit question de la cr&eacute;ation de l'homme au moyen du &quot;limon du sol&quot;, nous lisons qu'&quot;il n'y avait personne pour cultiver le sol et faire monter l'eau de la terre et arroser la surface du sol&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ew">Gn 2,5-6</a></i>, nous associons &agrave; juste titre ce passage &agrave; celui du premier r&eacute;cit dans lequel est exprim&eacute; le commandement divin: &quot;Remplissez la terre; soumettez-la et dominez-la&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. Le second r&eacute;cit fait explicitement allusion au travail que l'homme accomplit pour cultiver la terre. Le premier moyen fondamental pour dominer la terre se trouve dans l'homme lui-m&ecirc;me. L'homme peut dominer la terre parce que lui seul - et pas un seul autre parmi les &ecirc;tres vivants - est capable de la &quot;cultiver&quot;, de la transformer selon ses propres besoins (faire sortir l'eau de la terre et arroser toute la surface du sol).<br /> Et voici que cette premi&egrave;re &eacute;bauche d'une activit&eacute; sp&eacute;cifiquement humaine semble faire partie de la d&eacute;finition de l'homme telle que celle-ci ressort de l'analyse du texte yahviste. On peut affirmer, par cons&eacute;quent, que cette &eacute;bauche est intrins&egrave;que &agrave; la signification de la solitude originelle de l'homme et appartient &agrave; cette dimension de solitude en vertu de laquelle l'homme se trouve d&egrave;s l'origine dans le monde visible en tant que corps parmi les corps et d&eacute;couvre le sens de sa propre corporalit&eacute;.<br /> Lors de la prochaine m&eacute;ditation nous reviendrons sur ce th&egrave;me.</p> <p>- Le 24 octobre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:34:43 +0000 Incarnare 53 at http://www.theologieducorps.fr TDC 007 - L'alternative entre la mort et l'immortalité http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-007-lalternative-entre-la-mort-limmortalite <p>1. Il nous convient de revenir encore aujourd'hui sur le sens de la solitude originelle de l'homme qui ressort principalement de l'analyse du texte dit yahviste de Gen&egrave;se 2. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; durant les pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions, le texte biblique nous permet de mettre en relief non seulement la conscience du corps humain (l'homme est cr&eacute;&eacute; dans le monde visible comme &quot;corps parmi les corps&quot;) mais aussi celle de sa propre signification.<br /> Tenant compte de l'extr&ecirc;me concision du texte biblique, on ne peut, &eacute;videmment, trop &eacute;tendre cette implication. Il est toutefois certain que nous touchons ici le probl&egrave;me central de l'anthropologie. La conscience du corps semble s'identifier dans ce cas avec la d&eacute;couverte du caract&egrave;re complexe de sa propre structure qui, sur la base d'une anthropologie philosophique, consiste, en d&eacute;finitive, dans le rapport entre l'&acirc;me et le corps. Le r&eacute;cit yahviste l'exprime dans son propre langage (c'est-&agrave;-dire selon sa propre terminologie) en disant: &quot;Le Seigneur Dieu forma l'homme, poussi&egrave;re provenant du sol, et lui insuffla en ses narines un souffle de vie et l'homme devint un &ecirc;tre vivant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i> (*). Effectivement, cet homme, &quot;&ecirc;tre vivant&quot;, se distingue absolument de tous les autres &ecirc;tres vivants du monde visible. Et si l'homme &quot;se distingue&quot;, cela est expliqu&eacute; par le fait que lui seul est capable de &quot;cultiver la terre&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ew">Gn 2,5</a></i> et de la &quot;dominer&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. On peut dire que la conscience d'un &quot;&ecirc;tre sup&eacute;rieur&quot; inscrite dans la d&eacute;finition de l'humanit&eacute; prend naissance, d&egrave;s l'origine, sur la base d'une pratique ou d'un comportement typiquement humain. Cette conscience porte en elle une perception toute particuli&egrave;re de la signification du propre corps, perception qui ressort pr&eacute;cis&eacute;ment du fait que c'est &agrave; l'homme qu'il revient de &quot;cultiver la terre&quot;, de la &quot;dominer&quot;. Tout ceci serait impossible sans une intuition typiquement humaine de la signification du propre corps.</p> <p>(*) <i>L'anthropologie biblique distingue dans l'homme moins le corps et l'&acirc;me, que corps et vie. L'auteur biblique pr&eacute;sente ici la donation de la vie au moyen de l'&quot;haleine&quot;, du &quot;souffle&quot; qui ne cesse d'&ecirc;tre propri&eacute;t&eacute; de Dieu: quand Dieu le retire, l'homme retourne en poussi&egrave;re, celle dont il a &eacute;t&eacute; tir&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fu0.htm#a1u">Jb 34,14-15</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gt1.htm#b15">Ps 104,29-30</a></i>.</i></p> <p>2. Il convient donc, semble-t-il, de parler d'abord de cet aspect plut&ocirc;t que du probl&egrave;me de la complexit&eacute; anthropologique au sens m&eacute;taphysique. Si la description originaire de la conscience humaine, rapport&eacute;e par le texte yahviste, comprend &eacute;galement le corps dans l'ensemble du r&eacute;cit, si elle renferme, pour ainsi dire, le premier t&eacute;moignage de la d&eacute;couverte de la propre corpor&eacute;it&eacute; (et m&ecirc;me, comme d&eacute;j&agrave; dit, la perception de la signification du propre corps), tout ceci se r&eacute;v&egrave;le, non pas sur la base de quelque analyse m&eacute;taphysique primordiale, mais bien sur celle d'une assez claire subjectivit&eacute; concr&egrave;te de l'homme. L'homme est un sujet non seulement en vertu de son &quot;auto-conscience&quot; et de son &quot;auto-d&eacute;termination&quot;, mais aussi en raison de son propre corps. La structure de ce corps est telle qu'elle lui permet d'&ecirc;tre l'auteur d'une activit&eacute; typiquement humaine. Dans cette activit&eacute; le corps exprime la personne; il est donc, dans toute sa mat&eacute;rialit&eacute; (&quot;il forma l'homme avec la poussi&egrave;re du sol&quot;), p&eacute;n&eacute;trable et transparent, de mani&egrave;re &agrave; faire voir clairement qui est l'homme (et qui il devrait &ecirc;tre) gr&acirc;ce &agrave; la structure de sa conscience et de son auto- d&eacute;termination. C'est sur cela que s'appuie la perception fondamentale de la signification du propre corps que l'on ne peut manquer de d&eacute;couvrir en analysant la solitude originelle de l'homme.</p> <p><a name="3"></a>3. Et voil&agrave; qu'avec cette compr&eacute;hension fondamentale de la signification de son propre corps, l'homme, en tant que sujet de l'ancienne Alliance avec le Cr&eacute;ateur, se trouve plac&eacute; devant le myst&egrave;re de l'arbre de la connaissance: &quot;De tout arbre du jardin, tu pourras manger, mais de l'arbre de la science du bien et du mal tu ne mangeras pas, car du jour o&ugrave; tu en mangerais, tu mourrais&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fb">Gn 2,16-17</a></i>. La signification originaire de la solitude de l'homme se base sur l'exp&eacute;rience de l'existence obtenue du Cr&eacute;ateur. Cette existence humaine est caract&eacute;ris&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment par la subjectivit&eacute;, qui comprend &eacute;galement la signification du corps. Mais l'homme qui, dans sa conscience originelle, conna&icirc;t exclusivement l'exp&eacute;rience de l'existence et, donc, de la vie, aurait-il pu comprendre ce que signifie ce terme: &quot;Tu mourrais&quot;? Aurait- il pu arriver &agrave; comprendre le sens de ce terme &agrave; travers la structure complexe de la vie qui lui fut donn&eacute;e lorsque &quot;le Seigneur Dieu... insuffla dans ses narines un souffle de vie&quot;? Il faut admettre que ce mot est apparu &agrave; l'horizon de la conscience de l'homme sans que celui-ci en ait jamais exp&eacute;riment&eacute; la r&eacute;alit&eacute; et qu'en m&ecirc;me temps ce mot s'est pr&eacute;sent&eacute; &agrave; lui comme radicale antith&egrave;se de tout ce dont l'homme avait &eacute;t&eacute; dot&eacute;.<br /> L'homme a entendu pour la premi&egrave;re fois la parole: &quot;Tu mourrais&quot; sans qu'elle lui soit jamais devenue famili&egrave;re dans l'exp&eacute;rience faite jusqu'alors, mais d'autre part il ne pouvait manquer d'associer la signification de la mort &agrave; cette dimension de vie dont il avait joui jusqu'alors. Les paroles que Dieu - Yahv&eacute; avait adress&eacute;es &agrave; l'homme confirmaient une d&eacute;pendance dans l'&ecirc;tre, telles qu'elles faisaient de l'homme un &ecirc;tre limit&eacute; et, en raison de sa nature, susceptible de non-existence. Ces paroles posaient le probl&egrave;me de la mort d'une mani&egrave;re conditionnelle: &quot;Du jour o&ugrave; tu en mangerais ... tu mourrais&quot;. L'homme, qui avait entendu ces paroles, devait en retrouver la v&eacute;rit&eacute; dans la structure int&eacute;rieure m&ecirc;me de sa propre solitude. Et, en d&eacute;finitive, il d&eacute;pendait de lui-m&ecirc;me, de sa d&eacute;cision, de son libre choix, s'il allait, avec sa solitude, entrer &eacute;galement dans le cercle de l'antith&egrave;se &agrave; lui r&eacute;v&eacute;l&eacute;e par le Seigneur en m&ecirc;me temps que l'arbre de la connaissance du bien et du mal, et faire ainsi proprement sienne l'exp&eacute;rience de mourir, l'exp&eacute;rience de la mort. En &eacute;coutant les paroles de Yahv&eacute;, l'homme aurait d&ucirc; comprendre que l'arbre de la connaissance avait enfonc&eacute; ses racines non seulement dans le &quot;jardin en Eden&quot; mais aussi dans son humanit&eacute;. En outre, il aurait d&ucirc; comprendre que cet arbre myst&eacute;rieux celait en soi une dimension de solitude, jusque-l&agrave; inconnue, dont le Seigneur l'avait dot&eacute; au milieu du monde des &ecirc;tres vivants auxquels lui, l'homme, avait, en pr&eacute;sence du Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me &quot;donn&eacute; un nom&quot;, pour r&eacute;ussir &agrave; comprendre que parmi eux il n'en &eacute;tait aucun qui lui f&ucirc;t semblable.</p> <p>4. Donc, lorsque la signification fondamentale de son corps avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; &eacute;tablie en se basant sur ce qui le distinguait du reste de la cr&eacute;ation, lorsque, pour cette raison m&ecirc;me, il &eacute;tait devenu &eacute;vident que l'&quot;invisible&quot; d&eacute;termine l'homme plus que le &quot;visible&quot;, alors s'est pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; lui l'alternative que Dieu - Yahv&eacute; avait li&eacute;e strictement et directement &agrave; l'arbre de la connaissance du bien et du mal. L'alternative entre la mort et l'immortalit&eacute; qui ressort de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fc">Gn 2,17</a></i> va au-del&agrave; de la signification essentielle du corps de l'homme, en ce sens qu'elle recueille la signification non seulement du corps, mais de l'humanit&eacute; m&ecirc;me, distincte de tous les &ecirc;tres vivants, des &quot;corps&quot;. Mais cette alternative concerne d'une mani&egrave;re toute particuli&egrave;re le corps cr&eacute;&eacute; &quot;de la poussi&egrave;re du sol&quot;.<br /> Pour ne pas prolonger encore cette analyse, nous nous limiterons &agrave; constater que l'alternative entre la mort et l'immortalit&eacute; intervient d&egrave;s le d&eacute;but dans la d&eacute;finition de l'homme et qu'elle appartient &quot;tout d'abord&quot; &agrave; la signification de sa solitude face &agrave; Dieu lui-m&ecirc;me. Cette signification originaire de solitude, impr&eacute;gn&eacute;e de l'alternative entre mort et immortalit&eacute;, a &eacute;galement une signification fondamentale pour toute la th&eacute;ologie du corps.<br /> Pour le moment, nous concluons avec cette constatation nos r&eacute;flexions sur la signification de la solitude originelle de l'homme. Cette constatation, qui ressort de mani&egrave;re claire et incisive des textes du Livre de la Gen&egrave;se, nous incite &eacute;galement &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir tant sur les textes que sur l'homme qui a probablement trop peu conscience de la v&eacute;rit&eacute; qui le concerne et qui est contenue d&eacute;j&agrave; dans les premiers chapitres de la Bible.</p> <p>- Le 31 octobre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:37:00 +0000 Incarnare 54 at http://www.theologieducorps.fr TDC 008 - L'unité originelle de l'homme et de la femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-008-lunite-originelle-de-lhomme-de-la-femme <p>1. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul&quot; sont en quelque sorte le pr&eacute;lude au r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de la femme. Avec ce r&eacute;cit, le sens de la solitude originelle vient s'int&eacute;grer dans la signification de l'unit&eacute; originelle, dont l'&eacute;l&eacute;ment-cl&eacute; semble &ecirc;tre pr&eacute;cis&eacute;ment la phrase de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, dont le Christ se r&eacute;clame lors de son entretien avec les pharisiens: &quot;L'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zw">Mt 19,5</a></i>. Si, se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; &quot;l'origine&quot;, le Christ cite ce passage, il nous convient de pr&eacute;ciser la signification de cette unit&eacute; originelle qui plonge ses racines dans le fait de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme.<br /> Le r&eacute;cit du premier chapitre de la Gen&egrave;se ne conna&icirc;t pas le probl&egrave;me de la solitude originelle de l'homme: en fait, d&egrave;s le premier moment, celui-ci est &quot;homme et femme&quot;. Le texte yahviste du deuxi&egrave;me chapitre, par contre, nous permet d'une certaine mani&egrave;re de penser d'abord et seulement &agrave; l'homme qui, du fait de son corps, appartient au monde visible, tout en le d&eacute;passant cependant; puis il nous fait penser au m&ecirc;me homme mais sous le double aspect du sexe. La corpor&eacute;it&eacute; et la nature sexuelle ne s'identifient pas compl&egrave;tement. Bien que dans sa constitution normale le corps humain comporte les aspects du sexe et qu'il soit, par sa nature, homme ou femme, le fait, toutefois, que l'homme soit &quot;corps&quot; appartient &agrave; la structure du sujet personnel bien plus profond&eacute;ment que le fait que dans sa constitution somatique il soit aussi homme ou femme. Par cons&eacute;quent, la signification de la solitude originelle, qui peut se r&eacute;f&eacute;rer simplement &agrave; l'&quot;homme&quot;, est substantiellement ant&eacute;rieure &agrave; la signification de l'unit&eacute; originelle; celle-ci, en effet, se base sur la masculinit&eacute; et sur la f&eacute;minit&eacute;, presque comme sur deux diff&eacute;rentes &quot;incarnations&quot;, c'est-&agrave;-dire sur deux fa&ccedil;ons &quot;d'&ecirc;tre corps&quot; du m&ecirc;me &ecirc;tre humain, cr&eacute;&eacute; &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>.</p> <p>2. En suivant le texte yahviste qui d&eacute;crit s&eacute;par&eacute;ment la cr&eacute;ation de la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fg">Gn 2,21-22</a></i>, il faut en m&ecirc;me temps ne pas perdre de vue cette &quot;image de Dieu&quot; du premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation. Le second r&eacute;cit conserve, dans le langage et dans le style, toutes les caract&eacute;ristiques du texte yahviste. La mani&egrave;re de raconter correspond &agrave; la mani&egrave;re de penser de l'&eacute;poque &agrave; laquelle le texte appartient. On peut dire, suivant la philosophie contemporaine de la religion et celle du langage, qu'il s'agit d'un langage mythique. Dans ce cas, en fait, le terme &quot;mythe&quot; ne d&eacute;signe pas un contenu fabuleux, mais simplement une fa&ccedil;on archa&iuml;que d'exprimer un contenu plus profond. Sous la surface de l'antique r&eacute;cit, nous d&eacute;couvrons sans difficult&eacute; ce contenu, vraiment admirable en ce qui concerne la qualit&eacute; et la condensation des v&eacute;rit&eacute;s qu'il contient. Ajoutons que le deuxi&egrave;me r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme conserve jusqu'&agrave; un certain point une forme de dialogue entre l'homme et le Dieu-Cr&eacute;ateur, et ceci se manifeste surtout dans cette &eacute;tape o&ugrave; l'homme ('adam) est d&eacute;finitivement cr&eacute;&eacute;, comme m&acirc;le et femelle ('is-issah) (*). La cr&eacute;ation s'effectue de mani&egrave;re presque simultan&eacute;e en deux dimensions: l'action de Dieu-Yahv&eacute; qui cr&eacute;e se d&eacute;roule en corr&eacute;lation avec le processus de la conscience humaine.</p> <p>(*) <i>Le terme h&eacute;breu 'adam exprime le concept collectif de l'esp&egrave;ce humaine, c'est-&agrave;-dire l'homme qui repr&eacute;sente l'humanit&eacute; (la Bible d&eacute;finit l'individu en se servant de l'expression ben-'adam &quot;fils de l'homme&quot;). La confrontation: 'is-issah souligne la diversit&eacute; sexuelle (comme en grec an&ecirc;r- gyn&ecirc;). Apr&egrave;s la cr&eacute;ation de la femme, le texte biblique continue &agrave; appeler le premier homme 'adam (avec l'article d&eacute;fini), exprimant ainsi sa &quot;corporate personality&quot; en ce sens qu'il est devenu &quot;p&egrave;re de l'humanit&eacute;&quot;, son g&eacute;niteur et repr&eacute;sentant, tout comme par la suite Abraham fut reconnu &quot;p&egrave;re des croyants&quot; et Jacob identifi&eacute; avec Isra&euml;l - le Peuple &eacute;lu.</i></p> <p>3. Ainsi donc Dieu - Yahv&eacute; dit: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je veux lui faire une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>. Et en m&ecirc;me temps l'homme confirme sa propre solitude <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a></i>. Ensuite, nous lisons: &quot;Alors le Seigneur fit tomber une torpeur sur l'homme et celui-ci s'endormit; il prit une de ses c&ocirc;tes et enferma de la chair &agrave; sa place. Le Seigneur b&acirc;tit en femme la c&ocirc;te qu'il avait prise de l'homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fg">Gn 2,21-22</a></i>. Prenant en consid&eacute;ration la sp&eacute;cificit&eacute; du langage, il faut d'abord reconna&icirc;tre que cette torpeur g&eacute;n&eacute;siaque dans laquelle, par l'oeuvre de Dieu - Yahv&eacute;, l'homme se trouve plong&eacute; en vue du nouvel acte cr&eacute;ateur, nous donne beaucoup &agrave; penser. Sur le fond de la mentalit&eacute; contemporaine habitu&eacute;e - par la voie des analyses du subconscient - &agrave; rattacher au monde du sommeil des contenus sexuels, cette torpeur peut susciter une association particuli&egrave;re (*).</p> <p>(*) <i>La torpeur d'Adam (en h&eacute;breu tardemah) est un sommeil profond (en latin: sopor; en anglais: sleep) o&ugrave; l'homme tombe sans connaissance ou songe (la Bible a un autre terme pour d&eacute;finir le songe: halom); <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#ph">Gn 15,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bod.htm#xu">1S 26,12</a></i>. Freud, par contre, examine le contenu des songes (en latin: somnium: en anglais: dream) qui, se formant avec des &eacute;l&eacute;ments psychiques &quot;refoul&eacute;s dans le subconscient&quot;, permettent, selon lui, d'en faire &eacute;merger les contenus inconscients qui, en derni&egrave;re analyse, sont toujours sexuels. Cette id&eacute;e est naturellement absolument &eacute;trang&egrave;re &agrave; la pens&eacute;e de l'auteur biblique. Dans la th&eacute;ologie de l'auteur biblique la torpeur dans laquelle Dieu fait tomber le premier homme souligne le caract&egrave;re exclusif de l'action de Dieu dans l'oeuvre de cr&eacute;ation de la femme; l'homme n'y eut aucune participation consciente. Dieu se sert de &quot;sa c&ocirc;te&quot; uniquement pour accentuer la nature commune de l'homme et de la femme.</i><br /> Le r&eacute;cit biblique semble toutefois aller au-del&agrave; de la dimension du subconscient humain. Si l'on admet ensuite une significative diversit&eacute; de vocabulaire, on peut conclure que l'homme ('adam) tomba dans cette torpeur pour se r&eacute;veiller &quot;m&acirc;le&quot; et &quot;femelle&quot;. En effet c'est dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> que nous rencontrons pour la premi&egrave;re fois la distinction 'is-issah. Donc, l'analogie avec le sommeil indique ici, peut-&ecirc;tre, moins un passage de la conscience &agrave; la subconscience qu'un retour sp&eacute;cifique au non-&ecirc;tre (le sommeil a en soi un &eacute;l&eacute;ment d'an&eacute;antissement de l'existence consciente de l'homme), c'est-&agrave;-dire au moment qui pr&eacute;c&egrave;de la cr&eacute;ation, afin que, par l'initiative cr&eacute;atrice de Dieu, l'&quot;homme&quot; solitaire puisse en &eacute;merger dans sa double unit&eacute; d'homme et de femme (*).<br /> En tout cas, &agrave; la lumi&egrave;re du contexte <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18-20</a></i>, il ne subsiste plus aucun doute que l'homme est tomb&eacute; dans cette torpeur avec le d&eacute;sir de trouver un &ecirc;tre qui soit semblable &agrave; lui-m&ecirc;me. Si, par analogie avec le sommeil, nous pouvons &eacute;galement parler ici de songe, nous devons dire que cet arch&eacute;type biblique permet d'admettre comme contenu de ce songe un &quot;second ego&quot;, lui aussi personnel et &eacute;galement r&eacute;ductible &agrave; l'&eacute;tat de solitude originelle, c'est-&agrave;-dire &agrave; tout ce processus de fixation de l'identit&eacute; humaine au regard de l'ensemble des &ecirc;tres vivants (animalia), puisque c'est un processus de &quot;diff&eacute;renciation&quot; de l'homme &agrave; l'&eacute;gard de ce milieu. De cette mani&egrave;re le cercle de la solitude de l'homme- personne se rompt, puisque l'homme se r&eacute;veille de son songe comme &quot;homme et femme&quot;.</p> <p>(*) &quot;Torpeur&quot; (tardemah) est le terme qui appara&icirc;t dans la Sainte Ecriture lorsque durant le sommeil, ou directement apr&egrave;s, doivent se passer des &eacute;v&eacute;nements extraordinaires <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#ph">Gn 15,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bod.htm#xu">1S 26,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftn.htm#wg">Is 29,10</a></i> Les Septante traduisent tardemah par ekstasis (extase). Dans le Pentateuque, tardemah appara&icirc;t encore une fois dans un contexte myst&eacute;rieux; sur ordre de Dieu, Abraham a pr&eacute;par&eacute; un sacrifice d'animaux et en a chass&eacute; les rapaces: &quot;Quand le soleil fut sur le point de se coucher, une torpeur tomba sur Abraham et voici qu'une frayeur, une grande obscurit&eacute; tombait sur lui...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#ph">Gn 15,12</a></i>. C'est &agrave; ce moment-l&agrave; que Dieu commence &agrave; parler et conclut avec lui une alliance qui est le sommet de la r&eacute;v&eacute;lation faite &agrave; Abraham. Cette sc&egrave;ne a une certaine ressemblance avec celle du jardin de Geths&eacute;mani: &quot;J&eacute;sus commen&ccedil;a &agrave; ressentir effroi et angoisse...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gby.htm#v1">Mc 14,33</a></i>. &quot;Il vint vers ses Ap&ocirc;tres et les trouva endormis de tristesse&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bfj">Lc 22,45</a></i>. L'auteur biblique admet chez le premier homme un certain sentiment de privation, de solitude (il n'est pas bon que l'homme soit seul; il ne trouvait aucune aide qui soit semblable &agrave; lui), sinon un sentiment d'effroi. Il est possible que cela ait provoqu&eacute; &quot;un sommeil caus&eacute; par la tristesse&quot; ou peut-&ecirc;tre par une obscure terreur du non-&ecirc;tre, comme chez Abraham; comme au seuil de l'oeuvre de la cr&eacute;ation &quot;la terre &eacute;tait informe et d&eacute;serte et les t&eacute;n&egrave;bres couvraient l'ab&icirc;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#du">Gn 1,2</a></i>. En tout cas, suivant les deux textes dans lesquels le Pentateuque ou plus exactement le Livre de la Gen&egrave;se parle du sommeil profond (tardemah), il est question d'une action divine, c'est-&agrave;-dire d'une &quot;alliance&quot; charg&eacute;e de cons&eacute;quences pour toute l'histoire du salut: Adam donne un commencement au genre humain; Abraham au Peuple &eacute;lu.</p> <p>4. La femme est form&eacute;e &quot;avec la c&ocirc;te&quot; que Dieu - Yahv&eacute; avait soustraite &agrave; l'homme. Tenant compte de la mani&egrave;re archa&iuml;que, m&eacute;taphorique et imag&eacute;e d'exprimer la pens&eacute;e, nous pouvons entendre qu'il s'agit ici d'homog&eacute;n&eacute;it&eacute; de tout l'&ecirc;tre de l'un et de l'autre; cette homog&eacute;n&eacute;it&eacute; regarde surtout le corps, la structure somatique, et elle est confirm&eacute;e &eacute;galement par les premi&egrave;res paroles de l'homme &agrave; la femme cr&eacute;&eacute;e: &quot;Cette fois, celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> (*).</p> <p>(*) <i>Il est int&eacute;ressant de noter que chez les antiques Sum&eacute;riens le signe cun&eacute;iforme indiquant le substantif &quot;c&ocirc;te&quot; &eacute;tait identique &agrave; celui qui indiquait le terme &quot;vie&quot;. Puis, quant au texte yahviste - selon une certaine interpr&eacute;tation de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fg">Gn 2,21</a></i> - Dieu recouvre la c&ocirc;te de chair (au lieu d'enfermer de la chair &agrave; sa place) et de cette mani&egrave;re il &quot;forme&quot; la femme qui tire son origine &quot;de la chair et des os&quot; du premier homme (m&acirc;le). Dans le langage biblique c'est l&agrave; une d&eacute;finition de consanguinit&eacute; ou d'appartenance &agrave; la m&ecirc;me descendance <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#a22">Gn 29,14</a></i>: la femme appartient &agrave; la m&ecirc;me esp&egrave;ce que l'homme, se distinguant des autres &ecirc;tres vivants cr&eacute;&eacute;s les premiers.</i><br /> Dans l'anthropologie biblique &quot;les os&quot; expriment un &eacute;l&eacute;ment essentiel du corps; &eacute;tant donn&eacute; que les H&eacute;breux ne font aucune diff&eacute;rence pr&eacute;cise entre &quot;corps&quot; et &quot;&acirc;me&quot; (le corps &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme manifestation ext&eacute;rieure de la personnalit&eacute;), les &quot;os&quot; signifiaient simplement par synecdoque, l'&quot;&ecirc;tre&quot; humain <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gt3.htm#cqo">Ps 139,15</a></i>: &quot;Mes os ne t'&eacute;taient pas cach&eacute;s&quot;). On peut donc comprendre &quot;os de mes os&quot; dans un sens de relation, comme &quot;&ecirc;tre de mon &ecirc;tre&quot;. &quot;Chair de ma chair&quot; signifie que tout en ayant des caract&eacute;ristiques diff&eacute;rentes la femme et l'homme ont une personnalit&eacute; strictement identique. Dans le &quot;chant nuptial&quot; du premier homme, l'expression &quot;os de mes os, chair de ma chair&quot; est une forme de superlatif, soulign&eacute; en outre par la triple r&eacute;p&eacute;tition de &quot;celle-ci&quot;.<br /> Et, n&eacute;anmoins, les paroles pr&eacute;cit&eacute;es se r&eacute;f&egrave;rent &eacute;galement &agrave; l'humanit&eacute; de l'homme-m&acirc;le. Elles doivent se lire dans le contexte des affirmations faites avant la cr&eacute;ation de la femme dans lesquelles, bien que n'existant pas encore comme l'&quot;incarnation&quot; de l'homme, elle est d&eacute;finie comme &quot;aide semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a></i> (*). Ainsi, la femme est donc, en un certain sens, cr&eacute;&eacute;e sur la base de la m&ecirc;me humanit&eacute;.</p> <p>(*) <i>Il est difficile de traduire exactement l'expression h&eacute;bra&iuml;que cezer keneg d&ocirc; qu'on rend de diverses mani&egrave;res dans les langues europ&eacute;ennes, par exemple en latin: adjutorium ei conveniens sicut oportebat juxta eum; en allemand: eine Hilfe..., die ihm entspricht; en fran&ccedil;ais: une aide qui soit semblable &agrave; lui; en italien: un aiuto che gli sia simile; en espagnol: como el que le ayude; en anglais: a helper for him: en polonais: odopowicdnia allo mego promoc. Comme le terme &quot;aide&quot; semble sugg&eacute;rer le concept de &quot;compl&eacute;mentarit&eacute;&quot; ou mieux de &quot;correspondance exacte&quot;, le terme &quot;semblable&quot; se rattache plut&ocirc;t au concept de &quot;similitude&quot;, mais dans un autre sens que celui de la ressemblance de l'homme avec Dieu.</i></p> <p>Malgr&eacute; la diversit&eacute; de constitution li&eacute;e &agrave; la diff&eacute;rence de sexe, l'homog&eacute;n&eacute;it&eacute; somatique est si &eacute;vidente qu'&agrave; peine tir&eacute; de son sommeil g&eacute;n&eacute;tique, l'homme (m&acirc;le) l'exprime aussit&ocirc;t en ces termes: &quot;Cette fois, celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci on l'appellera Femme parce que d'un homme celle-ci a &eacute;t&eacute; prise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>. C'est ainsi que l'homme (m&acirc;le) exprime pour la premi&egrave;re fois sa joie et m&ecirc;me son exaltation qui, avant cela, n'avait aucune raison d'&ecirc;tre, &eacute;tant donn&eacute; l'absence d'un &ecirc;tre semblable &agrave; lui. La joie due &agrave; l'autre &ecirc;tre humain, son &quot; second ego&quot;, &eacute;clate dans les paroles que l'homme (m&acirc;le) prononce &agrave; la vue de la femme (femelle). Tout ceci aide &agrave; &eacute;tablir la pleine signification de l'unit&eacute; originelle. Les mots sont ici peu nombreux, mais ils sont tous de grand poids. Nous devons donc tenir compte - et nous le ferons encore par la suite - du fait que la premi&egrave;re femme, &quot;form&eacute;e avec la c&ocirc;te enlev&eacute;e... &agrave; l'homme&quot; (m&acirc;le) est tout aussit&ocirc;t accueillie comme une aide &quot;qui est semblable &agrave; lui&quot;.<br /> Au cours de la prochaine m&eacute;ditation nous retournerons &agrave; ce th&egrave;me, c'est-&agrave;-dire &agrave; la signification de l'unit&eacute; originelle de l'homme et de la femme dans l'humanit&eacute;.</p> <p>&nbsp;</p> <p>- Le 7 novembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:41:41 +0000 Incarnare 55 at http://www.theologieducorps.fr TDC 009 - Par la communion des personnes l'homme devient image de Dieu http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-009-par-la-communion-personnes-lhomme-devient-image-de-dieu <p>1. Nous avons constat&eacute;, d'apr&egrave;s le r&eacute;cit du Livre de la Gen&egrave;se, que la cr&eacute;ation &quot;d&eacute;finitive&quot; de l'homme consiste dans la cr&eacute;ation de l'unit&eacute; de deux &ecirc;tres. Leur unit&eacute; d&eacute;note surtout l'identit&eacute; de la nature humaine; la dualit&eacute;, par contre, manifeste ce qui, sur la base de cette unit&eacute; constitue le caract&egrave;re masculin et le caract&egrave;re f&eacute;minin de l'homme cr&eacute;&eacute;. Cette dimension ontologique de l'unit&eacute; et de la dualit&eacute; a, en m&ecirc;me temps, une signification axiologique. Du texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> et de tout le contexte il r&eacute;sulte clairement que l'homme a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; en tant que valeur particuli&egrave;re devant Dieu (Dieu vit ce qu'il avait fait et voil&agrave; que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i> ), mais aussi en tant que valeur particuli&egrave;re pour l'homme lui-m&ecirc;me: d'abord, parce qu'il est &quot;homme&quot;: ensuite parce que la &quot;femme&quot; est pour l'homme, et vice - versa, parce que l'&quot;homme&quot; est pour la femme. Alors que le chapitre 1 de la Gen&egrave;se exprime cette valeur sous une forme purement th&eacute;ologique (et indirectement m&eacute;taphysique), le chapitre 2 par contre, r&eacute;v&egrave;le pour ainsi dire le premier cercle de l'exp&eacute;rience v&eacute;cue par l'homme en tant que valeur. Cette exp&eacute;rience est d&eacute;j&agrave; inscrite dans la signification de la solitude originelle puis dans tout le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme. Le texte concis de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> qui r&eacute;v&egrave;le les paroles du premier homme &agrave; la vue de la femme cr&eacute;&eacute;e, &quot;prise de lui&quot;, peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme le prototype biblique du Cantique des cantiques. Et s'il est possible de d&eacute;tecter des impressions et des &eacute;motions en lisant des paroles si anciennes, on pourrait aussi risquer de dire que la profondeur et la force de cette premi&egrave;re &eacute;motion, de cette &eacute;motion &quot;originelle&quot; &eacute;prouv&eacute;e par l'homme &quot;homme&quot; devant l'humanit&eacute; de la femme et en m&ecirc;me temps devant la f&eacute;minit&eacute; de l'autre &ecirc;tre humain est vraiment unique et ne saurait se reproduire.</p> <p><a name="2"></a>2. De cette mani&egrave;re, la signification de l'unit&eacute; originelle de l'homme s'exprime, &agrave; travers les caract&egrave;res masculin et f&eacute;minin, comme franchissement des confins de la solitude et, en m&ecirc;me temps, comme affirmation - &agrave; l'&eacute;gard des deux &ecirc;tres humains - de tout ce qui dans la solitude est constitutif de l'&quot;homme&quot;. Dans le r&eacute;cit biblique, la solitude est une voie qui conduit &agrave; cette unit&eacute; qui, suivant Vatican II, peut se d&eacute;finir comme communio personarum (*). Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, l'homme acquiert dans sa solitude originelle une conscience personnelle dans le processus de &quot;sa distinction&quot; de tous les &ecirc;tres vivants (animalia) et, en m&ecirc;me temps, dans cette solitude il s'ouvre vers un autre &ecirc;tre semblable &agrave; lui et que <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a></i> d&eacute;finit comme &quot;une aide qui lui est semblable&quot;. Cette ouverture d&eacute;cide de l'homme-personne non moins - et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me plus - que la &quot;distinction&quot; m&ecirc;me. Dans le r&eacute;cit biblique, la solitude de l'homme se pr&eacute;sente &agrave; nous non seulement comme la premi&egrave;re d&eacute;couverte de la caract&eacute;ristique transcendance propre &agrave; la personne, mais &eacute;galement comme la d&eacute;couverte d'une adaptation &quot;&agrave;&quot; la personne et donc comme ouverture et attente d'une &quot;communion des personnes&quot;.<br /> Ici, on pourrait se servir du terme &quot;communaut&eacute;&quot; s'il n'&eacute;tait aussi g&eacute;n&eacute;rique et n'avait un si grand nombre de significations. &quot;Communion&quot; dit beaucoup plus et avec plus de pr&eacute;cision, car ce terme indique pr&eacute;cis&eacute;ment cette &quot;aide&quot; qui d&eacute;coule, en un certain sens, du fait m&ecirc;me d'exister &quot;&agrave; c&ocirc;t&eacute;&quot; d'une personne. Dans le texte biblique ce fait devient eo ipso - de ce fait m&ecirc;me - existence de la personne pour la personne, &eacute;tant donn&eacute; que dans sa solitude originelle l'homme &eacute;tait d&eacute;j&agrave;, de quelque mani&egrave;re, dans cette relation. Ceci est confirm&eacute; - dans un sens n&eacute;gatif - pr&eacute;cis&eacute;ment par sa solitude. En outre la communion des personnes pouvait se former uniquement sur la base d'une &quot;double solitude&quot; de l'homme et de la femme, c'est-&agrave;-dire en tant que rencontre dans leur &quot;distinction&quot; du monde des &ecirc;tres vivants (animalia) qui leur donnait &agrave; tous deux la possibilit&eacute; d'&ecirc;tre et d'exister dans une particuli&egrave;re r&eacute;ciprocit&eacute;. Le concept d'&quot;aide&quot; exprime &eacute;galement cette r&eacute;ciprocit&eacute; dans l'existence qu'aucun autre &ecirc;tre vivant n'aurait pu assurer. Etait indispensable pour cette r&eacute;ciprocit&eacute; tout ce qui, de constitutif, fondait la solitude de chacun d'eux et, donc, &eacute;galement l'&quot;auto-connaissance&quot; et l'&quot;auto-d&eacute;termination&quot;, c'est-&agrave;-dire la subjectivit&eacute; et la conscience de la signification du propre corps.</p> <p>(*) <i>Mais Dieu ne cr&eacute;a pas l'homme le laissant seul; d&egrave;s le d&eacute;but: &quot;m&acirc;le et femelle il les cr&eacute;a&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>, et leur union constitue la premi&egrave;re forme de communion de personnes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5b.htm#gn">GS 12</a></i>.</i></p> <p>3. Le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, dans le chapitre 1, affirme directement, d&egrave;s le d&eacute;but, que l'homme a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; &agrave; l'image de Dieu en tant qu'homme et femme. Le r&eacute;cit du chapitre 2, par contre, ne parle pas de l'&quot;image de Dieu&quot;, mais il r&eacute;v&egrave;le, de la mani&egrave;re qui lui est propre, que la compl&egrave;te et d&eacute;finitive cr&eacute;ation de l'&quot;homme&quot; (soumis d'abord &agrave; l'exp&eacute;rience de la &quot;solitude originelle&quot;) s'exprime dans le fait de donner vie &agrave; cette communio personarum que forment l'homme et la femme. De cette mani&egrave;re le texte yahviste s'accorde avec le contenu du premier r&eacute;cit. Si, vice versa, nous voulons tirer &eacute;galement du texte yahviste le concept d'&quot;image de Dieu&quot;, nous pouvons alors d&eacute;duire que l'homme est devenu image et ressemblance de Dieu non seulement par sa propre humanit&eacute; mais aussi par la communion des personnes, que l'homme et la femme forment d&egrave;s le d&eacute;but. L'image a pour fonction de refl&eacute;ter le mod&egrave;le, de reproduire son propre prototype. L'homme devient image de Dieu moins au moment de la solitude qu'au moment de la communion. En effet &quot;d&egrave;s l'origine&quot; il est non seulement une image qui refl&egrave;te la solitude d'une Personne qui r&eacute;git le monde, mais aussi et essentiellement image d'une insondable communion divine de Personnes.<br /> De cette fa&ccedil;on le second r&eacute;cit pourrait &eacute;galement pr&eacute;parer &agrave; comprendre le concept trinitaire de l'&quot;image de Dieu&quot;, m&ecirc;me si celle-ci n'appara&icirc;t que dans le premier r&eacute;cit. Ceci, &eacute;videmment, ne manque pas de signification m&ecirc;me pour la th&eacute;ologie du corps et va m&ecirc;me peut-&ecirc;tre jusqu'&agrave; constituer l'aspect th&eacute;ologique le plus profond de tout ce qui peut &ecirc;tre dit au sujet de l'homme. Dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation - sur la base de la &quot;solitude&quot; originelle et constitutive de son &ecirc;tre - l'homme a &eacute;t&eacute; dot&eacute; d'une profonde unit&eacute; entre ce qui en lui, humainement et de par le corps, est masculin et ce qui en lui, &eacute;galement humainement et par le corps, est f&eacute;minin. Sur tout ceci est descendu, d&egrave;s l'origine, la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute;, li&eacute;e &agrave; la procr&eacute;ation humaine <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>.</p> <p>4. De cette mani&egrave;re nous nous trouvons quasi dans la moelle de la r&eacute;alit&eacute; anthropologique dont le nom est &quot;corps&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> en parle pour la premi&egrave;re fois, et directement, en ces termes: &quot;chair de ma chair et os de mes os&quot;. L'homme &quot;m&acirc;le&quot; prononce ces paroles comme s'il pouvait seulement &agrave; la vue de la femme identifier et appeler d'un nom ce qui de mani&egrave;re visible les rend semblables l'un &agrave; l'autre et, en m&ecirc;me temps, ce en quoi se manifeste l'humanit&eacute;. A la lumi&egrave;re de la pr&eacute;c&eacute;dente analyse de tous les corps avec lesquels l'homme est entr&eacute; en contact et qu'il a conceptuellement d&eacute;finis en leur donnant le nom (animalia), l'expression &quot;chair de ma chair et os de mes os&quot; acquiert proprement cette signification: le corps r&eacute;v&egrave;le l'homme. Cette formule concise contient d&eacute;j&agrave; tout ce que la science humaine pourra jamais dire sur la structure du corps comme organisme, sur sa vitalit&eacute;, sur sa physiologie sexuelle particuli&egrave;re, etc. Dans cette premi&egrave;re mani&egrave;re de s'exprimer de l'homme &quot;chair de ma chair&quot;, il y a aussi une r&eacute;f&eacute;rence &agrave; ce pourquoi le corps est authentiquement humain et donc &agrave; ce qui d&eacute;termine l'homme comme personne, c'est-&agrave;-dire comme &ecirc;tre qui est &quot;semblable &agrave; Dieu&quot; (*) &eacute;galement dans toute sa corpor&eacute;it&eacute;.</p> <p>(*) <i>Dans la conception des plus anciens livres bibliques n'appara&icirc;t pas l'opposition dualiste &quot;&acirc;me-corps&quot;. Comme il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; soulign&eacute; <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gkf.htm#a4k">voir note du 31/10/1979</a> , on peut parler plut&ocirc;t d'une combinaison compl&eacute;mentaire &quot;corps-vie&quot;. Ce corps est l'expression de la personnalit&eacute; de l'homme, et s'il n'&eacute;puise pas compl&egrave;tement ce concept, il faut l'entendre dans le langage biblique comme &quot;pars per toto&quot;, cf. par exemple: &quot;Cette r&eacute;v&eacute;lation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon P&egrave;re qui est dans les cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#xi">Mt 16,17</a></i> c'est-&agrave;-dire: ce n'est pas l'homme qui te l'a r&eacute;v&eacute;l&eacute;.</i></p> <p>5. Nous nous trouvons donc quasi dans la moelle m&ecirc;me de la r&eacute;alit&eacute; anthropologique dont le nom est &quot;corps&quot;, corps humain. Toutefois, comme on peut facilement l'observer, cette &quot;moelle&quot; n'est pas seulement anthropologique, mais aussi essentiellement th&eacute;ologique. La th&eacute;ologie du corps qui, depuis le d&eacute;but, est li&eacute;e &agrave; la cr&eacute;ation de l'homme &agrave; l'image de Dieu, devient aussi, d'une certaine mani&egrave;re, th&eacute;ologie du sexe, ou plut&ocirc;t th&eacute;ologie de la &quot;masculinit&eacute;&quot; et de la &quot;f&eacute;minit&eacute;&quot; qui a son point de d&eacute;part ici, dans le Livre de la Gen&egrave;se. La signification originelle de l'unit&eacute;, dont t&eacute;moignent les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> aura dans la R&eacute;v&eacute;lation de Dieu une ample et lointaine perspective. Cette unit&eacute; par le corps (&quot;et tous deux seront une seule chair&quot;) poss&egrave;de une dimension multiforme: une dimension &eacute;thique comme le confirme la r&eacute;ponse du Christ aux pharisiens en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pv">Mc 10</a></i> et aussi une dimension sacramentelle, &eacute;troitement th&eacute;ologique, comme le d&eacute;montrent les paroles de saint Paul <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fe">Ep 5,29-32</a></i>, <i>(Ce sera le sujet de nos r&eacute;flexions dans la partie intitul&eacute;e &quot;Le Sacrement&quot;)</i> des paroles qui se r&eacute;f&egrave;rent &eacute;galement &agrave; la tradition des proph&egrave;tes (Os&eacute;e, Isa&iuml;e, Ez&eacute;chiel). Et c'est ainsi, parce que cette unit&eacute; qui se r&eacute;alise par le corps indique d&egrave;s l'origine non seulement le &quot;corps&quot; mais aussi la communion &quot;incarn&eacute;e&quot; des personnes - communio personarum - que cette communion requiert d&egrave;s l'origine. Ces caract&egrave;res masculin et f&eacute;minin expriment le double aspect de la constitution somatique de l'homme (&quot;cette fois, celle-ci est chair de ma chair et os de mes os&quot;) et indiquent, en outre, dans les paroles m&ecirc;mes de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, la nouvelle conscience du sens du propre corps: sens qui, peut- on dire, consiste en un enrichissement r&eacute;ciproque. Pr&eacute;cis&eacute;ment cette conscience, &agrave; travers laquelle l'humanit&eacute; se forme de nouveau comme communion de personnes, semble construire le &quot;stratus&quot; qui, dans le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme (et dans la r&eacute;v&eacute;lation du corps y incluse), est plus profond que la structure m&ecirc;me comme homme et comme femme. En tout cas, cette structure est pr&eacute;sent&eacute;e d&egrave;s le d&eacute;but avec une conscience profonde de la corpor&eacute;it&eacute; et de la sexualit&eacute; humaines, et ceci &eacute;tablit une norme inali&eacute;nable pour la compr&eacute;hension de l'homme sur le plan th&eacute;ologique.</p> <p>- Le 14 novembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:43:25 +0000 Incarnare 56 at http://www.theologieducorps.fr TDC 010 - Valeur du mariage indissoluble, à la lumière des premiers chapitres de la Genèse http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-010-valeur-du-mariage-indissoluble-la-lumiere-premiers-chapitres-de-la-genese <p>1. Rappelons-nous qu'interrog&eacute; sur l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage, le Christ en avait appel&eacute; &agrave; ce qui &eacute;tait &quot;&agrave; l'origine &quot;. Il a cit&eacute; les paroles contenues dans les premiers chapitres de la Gen&egrave;se. Cherchons donc, au cours des pr&eacute;sentes r&eacute;flexions, &agrave; p&eacute;n&eacute;trer le sens propre de ces paroles et de ces chapitres.<br /> La signification originelle de l'&ecirc;tre humain que Dieu cr&eacute;a &quot;homme et femme&quot; se d&eacute;couvre (particuli&egrave;rement &agrave; la lumi&egrave;re de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>) en connaissant l'homme dans l'enti&egrave;re dotation de son &ecirc;tre, c'est-&agrave;-dire dans toute la richesse de ce myst&egrave;re de la cr&eacute;ation qui se trouve &agrave; la base de l'anthropologie th&eacute;ologique. Cette connaissance, c'est-&agrave;-dire la recherche de l'identit&eacute; humaine de celui qui est seul &agrave; l'origine, doit toujours passer par la dualit&eacute;, la &quot;communion&quot;.<br /> Rappelons-nous <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>: &quot;Alors l'homme dit: &quot;Cette fois, celle-ci est l'os de mes os, la chair de ma chair. Celle-ci on l'appellera Femme parce que d'un homme elle a &eacute;t&eacute; prise&quot;&quot;. A la lumi&egrave;re de ce texte nous comprenons que la connaissance de l'homme passe par les caract&egrave;res masculin et f&eacute;minin qui sont comme deux &quot;incarnations&quot; de la m&ecirc;me solitude m&eacute;taphysique devant Dieu et le monde - comme deux mani&egrave;res d'&quot;&ecirc;tre corps&quot; et d'&ecirc;tre en m&ecirc;me temps &ecirc;tre humain qui se compl&egrave;tent r&eacute;ciproquement - comme deux dimensions compl&eacute;mentaires de l'&quot;autoconscience&quot; et de l'&quot;autod&eacute;termination&quot; et en m&ecirc;me temps comme deux consciences compl&eacute;mentaires de la signification du corps. Ainsi, comme le d&eacute;montre d&eacute;j&agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, le f&eacute;minin, d'une certaine fa&ccedil;on, se retrouve lui-m&ecirc;me face au masculin tandis que le masculin se confirme par le f&eacute;minin. Pr&eacute;cis&eacute;ment la fonction du sexe qui, en un certain sens, est &quot;constitutif de la personne&quot; (et pas seulement &quot;un attribut de la personne&quot;) d&eacute;montre combien profond&eacute;ment l'&ecirc;tre humain, avec toute sa solitude spirituelle, avec le caract&egrave;re unique qui ne peut se r&eacute;p&eacute;ter, propre &agrave; la personne, est constitu&eacute; par le corps comme &quot;lui&quot; ou &quot;elle&quot;. La pr&eacute;sence de l'&eacute;l&eacute;ment f&eacute;minin &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l'&eacute;l&eacute;ment masculin, et tout ensemble avec lui, signifie un enrichissement pour l'homme dans toute la perspective de son histoire, y compris l'histoire du salut. Tout cet enseignement sur l'unit&eacute; a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; exprim&eacute; originairement dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>.</p> <p><a name="2"></a>2. L'unit&eacute; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &quot;les deux deviendront une seule chair&quot; est sans aucun doute celle qui s'exprime et se r&eacute;alise dans l'acte conjugal. La formule biblique, extr&ecirc;mement concise et simple, indique le sexe, masculin et f&eacute;minin, comme cette caract&eacute;ristique de l'homme - m&acirc;le et femelle - qui leur permet, quand ils deviennent &quot;une seule chair&quot;, de soumettre simultan&eacute;ment toute leur humanit&eacute; &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute;. Toutefois, dans son ensemble, le contexte de la lapidaire formule ne nous permet pas de nous arr&ecirc;ter &agrave; la surface de la sexualit&eacute; humaine, ne nous permet pas de traiter du corps et du sexe en dehors de la pleine dimension de l'homme et de la &quot;communion des personnes&quot;; mais il nous oblige, d&egrave;s l'&quot;origine&quot;, &agrave; d&eacute;couvrir la pl&eacute;nitude et la profondeur propres de cette unit&eacute; que l'homme et la femme doivent constituer &agrave; la lumi&egrave;re de la r&eacute;v&eacute;lation du corps.<br /> Donc, l'expression prospective qui dit &quot;l'homme ... s'unira &agrave; sa femme&quot; si intimement que &quot;les deux deviendront une seule chair&quot; nous induit toujours &agrave; retourner en tout premier lieu &agrave; ce que le texte biblique exprime auparavant au sujet de l'union dans l'humanit&eacute; qui unit l'homme et la femme dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> que nous venons d'analyser, expliquent de mani&egrave;re particuli&egrave;re ce concept. L'homme et la femme s'unissant l'un &agrave; l'autre (dans l'acte conjugal) de mani&egrave;re si &eacute;troite qu'ils forment &quot;une seule chair&quot; red&eacute;couvrent, pour ainsi dire, chaque fois et de mani&egrave;re toute particuli&egrave;re, le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et retournent ainsi &agrave; cette union dans l'humanit&eacute; (&quot;chair de ma chair et os de mes os&quot;) qui leur permet de se reconna&icirc;tre r&eacute;ciproquement et, comme la premi&egrave;re fois, de s'appeler par leur nom. En un certain sens cela signifie revivre l'originelle valeur virginale de l'homme qui &eacute;merge du myst&egrave;re de sa solitude face &agrave; Dieu et au milieu du monde. Le fait qu'ils deviennent &quot;une seule chair&quot; est un lien puissant &eacute;tabli par le Cr&eacute;ateur &agrave; travers lequel ils d&eacute;couvrent leur propre humanit&eacute;, soit dans son unit&eacute; originelle, soit dans la dualit&eacute; d'une myst&eacute;rieuse attraction r&eacute;ciproque. Mais le sexe est quelque chose de plus que la force myst&eacute;rieuse de la corpor&eacute;it&eacute; humaine qui agit presque en vertu de l'instinct. A niveau d'homme et dans la r&eacute;ciproque relation des personnes, le sexe exprime un d&eacute;passement toujours nouveau des limites de la solitude de l'homme inh&eacute;rente &agrave; la constitution de son corps et en d&eacute;termine la signification originelle. Ce d&eacute;passement contient toujours en soi une certaine prise en charge comme sienne propre de la solitude du corps du second &quot;ego&quot;.</p> <p>3. Aussi cette &quot;prise &agrave; sa charge&quot; est-elle li&eacute;e au choix. La formule m&ecirc;me de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> indique, non seulement que les &ecirc;tres humains, cr&eacute;&eacute;s comme homme et femme, ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s pour l'unit&eacute;, mais aussi que pr&eacute;cis&eacute;ment cette unit&eacute;, par laquelle ils deviennent une seule chair, a d&egrave;s l'origine le caract&egrave;re d'une union qui d&eacute;coule d'un choix. Nous lisons, en effet: &quot;L'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re et s'unira &agrave; sa femme.&quot; Si du fait de la g&eacute;n&eacute;ration, l'&ecirc;tre humain appartient &quot;par nature&quot; &agrave; son p&egrave;re et &agrave; sa m&egrave;re, c'est au contraire &quot;par choix&quot; qu'il s'unit &agrave; sa femme (ou &agrave; son mari). Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> d&eacute;finit ce caract&egrave;re du lien conjugal en se r&eacute;f&eacute;rant au premier homme et &agrave; la premi&egrave;re femme mais il le fait en m&ecirc;me temps dans la perspective de tout l'avenir terrestre de l'homme. C'est pourquoi en son temps le Christ en appellera-t-il &agrave; ce texte comme toujours actuel &agrave; son &eacute;poque. Form&eacute;s &agrave; l'image de Dieu, m&ecirc;me lorsqu'ils forment une authentique communion de personnes, le premier homme et la premi&egrave;re femme doivent en constituer l'origine et le mod&egrave;le pour tous les hommes et pour toutes les femmes qui, &agrave; n'importe quelle &eacute;poque, s'uniront l'un &agrave; l'autre si intimement qu'ils deviendront &quot;une seule chair&quot;. Le corps qui, &agrave; travers son caract&egrave;re masculin ou f&eacute;minin, aide d&egrave;s l'origine l'un et l'autre (&quot;une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot;) &agrave; se retrouver dans une communion de personnes devient de mani&egrave;re toute particuli&egrave;re l'&eacute;l&eacute;ment constitutif de leur union lorsqu'ils deviennent mari et femme. Ceci se r&eacute;alise, toutefois, &agrave; la suite d'un choix. C'est le choix qui &eacute;tablit le pacte conjugal entre les personnes (*) qui, en se basant seulement sur ce choix, deviennent &quot;une seule chair&quot;.</p> <p>(*) <i>&quot;La communaut&eacute; profonde de vie et d'amour que forme le couple a &eacute;t&eacute; fond&eacute;e et dot&eacute;e de ses lois propres par le Cr&eacute;ateur; elle est &eacute;tablie sur l'alliance des conjoints, c'est-&agrave;-dire sur leur consentement personnel irr&eacute;vocable&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hr">GS 48</a></i> </i></p> <p>4. Ceci correspond &agrave; la structure de la solitude de l'homme et, concr&egrave;tement, &agrave; la &quot;double solitude&quot;. Le choix, comme expression d'&quot;autod&eacute;termination&quot;, repose sur le fondement de cette structure, c'est-&agrave;-dire sur le fondement de son &quot;autoconscience&quot;. Ce n'est que sur la base de sa propre structure que l'homme &quot;est corps&quot; et, par le corps, il est &eacute;galement &quot;homme et femme&quot;. Lorsque tous deux s'unissent d'une mani&egrave;re si intime qu'ils deviennent &quot;une seule chair&quot;, leur union conjugale pr&eacute;suppose une m&ucirc;re conscience du corps. Mieux, cette union renferme une particuli&egrave;re conscience de la signification du corps dans le don r&eacute;ciproque des personnes. M&ecirc;me en ce sens, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> est un texte perspectif. Il d&eacute;montre en effet que dans toute union conjugale de l'homme et de la femme se red&eacute;couvre &agrave; nouveau la conscience originelle de la signification unitive du corps en tant que masculin et f&eacute;minin; de cette mani&egrave;re le texte biblique indique en m&ecirc;me temps que dans toute union de ce genre le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation se renouvelle, de certaine mani&egrave;re, dans toute son originelle profondeur et force vitale. &quot;Tir&eacute;e de l'homme&quot; en tant que &quot;chair de sa chair&quot;, la femme devient par la suite, comme &eacute;pouse et de par sa maternit&eacute;, m&egrave;re des vivants <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f4">Gn 3,20</a></i> car sa maternit&eacute; a &eacute;galement en lui sa propre origine. La procr&eacute;ation est enracin&eacute;e dans la cr&eacute;ation et, en un certain sens, elle reproduit chaque fois son myst&egrave;re.</p> <p>5. Une r&eacute;flexion sp&eacute;ciale sera consacr&eacute;e &agrave; &quot;la connaissance et la procr&eacute;ation&quot;. Il faudra, en l'occurrence, se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; d'autres &eacute;l&eacute;ments du texte biblique. L'analyse de la signification de l'unit&eacute; originelle - que nous avons faite jusqu'&agrave; pr&eacute;sent - d&eacute;montre comment &quot;depuis l'origine&quot; cette unit&eacute; de l'homme et de la femme, inh&eacute;rente au myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e &eacute;galement comme engagement en vue de tous les temps successifs.</p> <p>- Le 21 novembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:47:25 +0000 Incarnare 57 at http://www.theologieducorps.fr TDC 011 - L'homme et la femme font leurs premières découvertes http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-011-lhomme-la-femme-font-premieres-decouvertes <p>1. On peut dire que l'analyse des premiers chapitres de la Gen&egrave;se nous contraint, en un certain sens, &agrave; reconstruire les &eacute;l&eacute;ments constitutifs de l'exp&eacute;rience originelle de l'homme. En ce sens, le texte yahviste, de par son caract&egrave;re, est une source particuli&egrave;re. Quand nous parlons des exp&eacute;riences humaines originelles, nous pensons moins &agrave; leur &eacute;loignement dans le temps qu'&agrave; leur signification fondamentale. Ce qui est donc important, ce n'est pas que ces exp&eacute;riences appartiennent &agrave; la pr&eacute;histoire de l'homme (&agrave; sa &quot;pr&eacute;histoire th&eacute;ologique&quot;), mais qu'elles se trouvent &agrave; la racine de toute exp&eacute;rience humaine. Ceci est vrai, m&ecirc;me si, &agrave; cause de la tendance &agrave; &eacute;valuer de l'existence humaine normale, on ne pr&ecirc;te gu&egrave;re attention &agrave; ces exp&eacute;riences essentielles. Elles se m&ecirc;lent si &eacute;troitement aux choses ordinaires de la vie que, normalement, nous ne nous rendons pas compte de leur caract&egrave;re extraordinaire. En nous basant sur les analyses faites jusqu'&agrave; pr&eacute;sent nous avons d&eacute;j&agrave; pu nous rendre compte que ce que nous avons appel&eacute;, au d&eacute;but, &quot;r&eacute;v&eacute;lation du corps&quot; nous aide en quelque sorte &agrave; d&eacute;couvrir ce qu'il y a d'extraordinaire dans l'ordinaire. Ceci est possible parce que la r&eacute;v&eacute;lation (celle de l'origine dont il est parl&eacute; d'abord dans le r&eacute;cit yahviste de Gen&egrave;se 2-3, puis dans le texte de Gen&egrave;se 1) prend en consid&eacute;ration pr&eacute;cis&eacute;ment ces exp&eacute;riences primordiales dans lesquelles appara&icirc;t de mani&egrave;re quasi compl&egrave;te l'originalit&eacute; absolue de ce qui est l'&ecirc;tre humain homme-femme: en tant qu'homme, donc &eacute;galement de par le corps. L'exp&eacute;rience humaine du corps, telle que nous la d&eacute;couvrons dans les textes bibliques pr&eacute;cit&eacute;s, se trouve certainement au seuil de toute l'exp&eacute;rience &quot;historique&quot; successive. Elle semble, toutefois, reposer &eacute;galement sur une base ontologique si profonde que l'homme ne l'aper&ccedil;oit pas dans la vie quotidienne, m&ecirc;me si, en m&ecirc;me temps, il la suppose et la postule comme partie du processus de formation de sa propre image.</p> <p>2. A d&eacute;faut de ces r&eacute;flexions servant d'introduction, il serait impossible de pr&eacute;ciser la signification de la nudit&eacute; originelle, et d'affronter l'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> qui nous dit: &quot;Or tous deux &eacute;taient nus, l'homme et sa femme, et ils n'en avaient point honte&quot;. A premi&egrave;re vue, l'introduction de ce d&eacute;tail, apparemment secondaire, dans le r&eacute;cit yahviste de la cr&eacute;ation de l'homme semble quelque chose d'inad&eacute;quat, de d&eacute;plac&eacute;. On pourrait aussi penser que ce passage ne saurait soutenir la comparaison avec ce que d&eacute;veloppent les versets qui pr&eacute;c&egrave;dent, et qu'en un certain sens, il outrepasse le contexte. Toutefois ce jugement ne r&eacute;siste pas &agrave; une analyse approfondie. En effet <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> pr&eacute;sente un des &eacute;l&eacute;ments - cl&eacute;s de la r&eacute;v&eacute;lation originelle, aussi d&eacute;terminant que les autres textes de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, qui nous ont d&eacute;j&agrave; permis de pr&eacute;ciser la signification de la solitude originelle et de l'unit&eacute; originelle de l'homme. A ceci vient s'ajouter, comme troisi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment, la signification de la nudit&eacute; originelle, clairement mise en &eacute;vidence dans le contexte; et dans le premier essai biblique d'anthropologie, cette signification n'a rien d'accidentel. Au contraire, elle est proprement la cl&eacute; de sa pleine et compl&egrave;te compr&eacute;hension.</p> <p><a name="3"></a>3. Il est &eacute;vident que cet &eacute;l&eacute;ment pr&eacute;cis de l'ancien texte biblique apporte sa contribution sp&eacute;cifique &agrave; la th&eacute;ologie du corps, une contribution qu'on ne peut absolument pas n&eacute;gliger. Les analyses suivantes nous le confirmeront. Mais avant de les entreprendre, je me permets d'observer que le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> exige express&eacute;ment de rattacher les r&eacute;flexions sur la th&eacute;ologie du corps &agrave; la dimension de la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme; c'est dans ce cadre, en effet, que se d&eacute;veloppe la conscience de la signification du corps. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> en parle de mani&egrave;re infiniment plus directe que dans les autres parties de ce texte yahviste que nous avons d&eacute;j&agrave; d&eacute;fini comme premier enregistrement de la conscience humaine. Le passage qui nous apprend que les premiers &ecirc;tres humains, homme et femme, &quot;&eacute;taient nus&quot;, mais &quot;n'en avaient point honte&quot;, d&eacute;crit indubitablement leur &eacute;tat de conscience, mieux, leur exp&eacute;rience r&eacute;ciproque du corps, c'est-&agrave;-dire l'exp&eacute;rience faite par l'homme de la f&eacute;minit&eacute; qui se r&eacute;v&egrave;le par la nudit&eacute; du corps et, r&eacute;ciproquement, une exp&eacute;rience analogue de la masculinit&eacute; faite par la femme. En affirmant qu'&quot;ils n'avaient pas honte&quot;, l'auteur cherche &agrave; d&eacute;crire avec la plus grande pr&eacute;cision possible cette exp&eacute;rience r&eacute;ciproque du corps. On peut dire que ce genre de pr&eacute;cision refl&egrave;te une exp&eacute;rience fondamentale de l'homme, au sens &quot;commun&quot; et pr&eacute;scientifique, et qu'il r&eacute;pond &eacute;galement aux exigences de l'anthropologie et, notamment, de l'anthropologie contemporaine qui remonte volontiers aux exp&eacute;riences dites &quot;de fond&quot;, comme l'exp&eacute;rience de la pudeur (*).</p> <p>(*) <i>Cf. par exemple: M. SCHELER, Uber Scham und Schamgef&uuml;hl, Halle 1914; Fr. SAWICKI, Fenomenologia wstydliwosci (Ph&eacute;nom&eacute;nologie de la pudeur), Cracovie 1949 et aussi K. WOJTYLA. Milosc i odpowiedzialnosc (Amour et responsabilit&eacute;). Cracovie 1962, p. 165-185.</i></p> <p>4. En faisant allusion ici &agrave; la pr&eacute;cision du r&eacute;cit, telle qu'elle &eacute;tait possible pour l'auteur du texte yahviste, nous sommes amen&eacute;s &agrave; consid&eacute;rer les degr&eacute;s d'exp&eacute;rience de l'homme &quot;historique&quot; charg&eacute; de l'h&eacute;r&eacute;dit&eacute; du p&eacute;ch&eacute;; des degr&eacute;s qui partent proprement de l'&eacute;tat d'innocence originelle. Nous avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment qu'en remontant &quot;&agrave; l'origine&quot; (que nous avons soumise &agrave; de successives analyses du contexte), le Christ &eacute;tablit indirectement l'id&eacute;e de continuit&eacute; et de lien entre les deux &eacute;tats, comme s'il nous permettait de r&eacute;trograder du seuil de l'&quot;historique&quot; &eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; de l'homme &agrave; celui de son innocence originelle. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> qui exige tout particuli&egrave;rement de franchir ce seuil. Il est facile de remarquer que ce passage, ainsi que la signification de la nudit&eacute; originelle qui s'y rattache, s'ins&egrave;rent dans le contexte d'ensemble du r&eacute;cit yahviste. En effet, quelques versets plus loin, l'auteur &eacute;crit: &quot;Alors se dessill&egrave;rent leurs yeux &agrave; tous deux, et ils surent qu'ils &eacute;taient nus, et cousant des feuilles de figuier ils se firent des pagnes&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>. L'adverbe &quot;alors&quot; indique un nouveau mouvement et une nouvelle situation: cons&eacute;quences de la rupture de la premi&egrave;re Alliance; c'est une situation qui fait suite &agrave; la faillite de l'&eacute;preuve li&eacute;e &agrave; l'arbre de la connaissance du bien et du mal et qui, en m&ecirc;me temps, constituait la premi&egrave;re &quot;&eacute;preuve&quot; d'ob&eacute;issance, c'est-&agrave;-dire d'&eacute;coute de la Parole de Dieu dans toute sa v&eacute;rit&eacute;, et d'acceptation de l'Amour, dans la totale soumission aux exigences de la Volont&eacute; cr&eacute;atrice. Ce nouveau mouvement ou situation nouvelle comporte &eacute;galement un nouveau contenu et une nouvelle qualit&eacute; de l'exp&eacute;rience du corps, de sorte que l'on ne peut plus dire; &quot;Ils &eacute;taient nus et n'en avaient point honte&quot;. La honte est donc ici une exp&eacute;rience, non seulement originelle, mais aussi &quot;liminale&quot;.</p> <p>5. La diff&eacute;rence des formules entre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> et <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i> est donc significative. Dans le premier cas, &quot;ils &eacute;taient nus mais n'en &eacute;prouvaient point de honte&quot;, dans le second cas, &quot;ils surent qu'ils &eacute;taient nus&quot;. Cela voudrait-il dire qu'&agrave; un premier moment &quot;ils ne s'&eacute;taient pas rendu compte qu'ils &eacute;taient nus&quot;? qu'ils ignoraient, qu'ils ne voyaient pas l'un de l'autre la nudit&eacute; de leurs corps? La significative transformation dont t&eacute;moigne le texte biblique au sujet de l'exp&eacute;rience de la honte (dont parle encore <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10-12</a></i>) se situe &agrave; un niveau bien plus profond que le pur et simple usage du sens de la vue. L'analyse comparative de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10-12</a></i> conduit n&eacute;cessairement &agrave; la conclusion qu'il ne s'agit pas ici du passage de la &quot;non-connaissance&quot; &agrave; la &quot;connaissance&quot;, mais d'un changement radical de la signification de la nudit&eacute; originelle de la femme en pr&eacute;sence de l'homme, de l'homme en pr&eacute;sence de la femme. Elle &eacute;merge de leur conscience comme fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal: &quot;Qui t'a r&eacute;v&eacute;l&eacute; que tu &eacute;tais nu? Est-ce que tu as mang&eacute; de l'arbre dont je t'avais ordonn&eacute; de ne pas manger?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fv">Gn 3,11</a></i>. Ce changement concerne directement l'exp&eacute;rience de la signification du propre corps face au Cr&eacute;ateur et &agrave; la cr&eacute;ature. Ce que l'homme avait dit nous le confirme: &quot;J'ai entendu ta voix dans le jardin et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>. Mais, en particulier, ce changement que le texte yahviste d&eacute;crit de mani&egrave;re si concise et dramatique concerne directement, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me de la mani&egrave;re la plus directe possible, la relation homme-femme, f&eacute;minit&eacute;-masculinit&eacute;.</p> <p>6. Il nous faudra retourner encore, &agrave; d'autres moments de nos prochaines r&eacute;flexions, &agrave; l'analyse de cette transformation. Or, arriv&eacute;s &agrave; cette fronti&egrave;re qui traverse la sph&egrave;re de l'&quot;origine&quot; dont s'est r&eacute;clam&eacute; le Christ, nous devrons nous demander s'il est possible de reconstruire, d'une fa&ccedil;on certaine, la signification originelle de la nudit&eacute;, qui, dans le Livre de la Gen&egrave;se, constitue le contexte prochain de la doctrine au sujet de l'unit&eacute; de l'&ecirc;tre humain en tant qu'homme et femme. Cela semble possible si nous assumons comme point de r&eacute;f&eacute;rence l'exp&eacute;rience de la honte telle que dans l'antique texte biblique elle est clairement pr&eacute;sent&eacute;e comme exp&eacute;rience &quot;liminale&quot;.<br /> Au cours de nos prochaines m&eacute;ditations nous t&acirc;cherons de reconstruire cette signification.</p> <p>- Le 12 d&eacute;cembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:48:55 +0000 Incarnare 58 at http://www.theologieducorps.fr TDC 012 - La signification de la "Pudeur" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-012-la-signification-de-la-pudeur <p>Qu'est-ce que la honte et comment expliquer son absence dans l'&eacute;tat d'innocence originelle, dans la profondeur m&ecirc;me du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme? Des analyses contemporaines de la honte - et de la pudeur sexuelle en particulier - on d&eacute;duit le caract&egrave;re complexe de cette exp&eacute;rience fondamentale dans laquelle l'homme s'exprime comme personne selon la nature qui lui est propre. Dans l'exp&eacute;rience de la pudeur. l'&ecirc;tre humain exp&eacute;rimente la crainte &agrave; l'&eacute;gard de son &quot;second ego&quot; (ainsi, par exemple, la femme face &agrave; l'homme) et ceci est, substantiellement, une crainte pour son propre &quot;ego&quot;. Avec la pudeur, l'homme manifeste presque &quot;instinctivement&quot; le besoin d'affirmer et d'accepter cet &quot;ego&quot; &agrave; sa juste valeur. Il l'exp&eacute;rimente simultan&eacute;ment tant au fond de lui-m&ecirc;me qu'&agrave; l'ext&eacute;rieur face &agrave; &quot;l'autre&quot;. On peut donc dire que la pudeur est une exp&eacute;rience complexe, &eacute;galement parce qu'en &eacute;loignant presque un &ecirc;tre humain de l'autre (la femme de l'homme) elle cherche simultan&eacute;ment leur rapprochement personnel, en leur cr&eacute;ant une base et un niveau appropri&eacute;s.</p> <p>1. Pour la m&ecirc;me raison, elle a une signification fondamentale quant &agrave; la formation de l'ethos de la coexistence humaine et, en particulier, dans les relations homme-femme. L'analyse de la pudeur indique clairement combien profond&eacute;ment elle est enracin&eacute;e dans les relations mutuelles, combien exactement elle exprime les r&egrave;gles essentielles de la &quot;communion des personnes&quot;, et, de m&ecirc;me, combien &eacute;troitement elle est li&eacute;e &agrave; la dimension de la &quot;solitude&quot; originelle de l'homme. L'apparition de la &quot;honte&quot; dans le r&eacute;cit biblique de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10-12</a></i> a une signification aux multiples dimensions et il conviendra que nous en reprenions l'analyse au moment opportun.<br /> Que signifie, par contre, son absence &agrave; l'origine dont fait &eacute;tat <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>: &quot;Ils &eacute;taient nus et n'en avaient point honte?&quot;</p> <p>2. Il importe avant tout d'&eacute;tablir qu'il s'agit v&eacute;ritablement d'une &quot;non-pr&eacute;sence&quot; de la honte et non pas d'une carence ou d'un sous-d&eacute;veloppement de la honte. Ici, nous ne saurions d'aucune mani&egrave;re soutenir une &quot;primitivation&quot; de sa signification. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> n'exclut donc pas seulement, de mani&egrave;re d&eacute;cisive, la possibilit&eacute; de penser &agrave; un &quot;manque de honte&quot; ou plut&ocirc;t &agrave; l'impudicit&eacute;, mais elle exclut encore plus la possibilit&eacute; de l'expliquer par analogie avec d'autres exp&eacute;riences humaines positives, comme, par exemple, celles du bas &acirc;ge ou celle de la vie des peuples dits primitifs. De telles analogies sont non seulement insuffisantes, mais elles peuvent aussi se r&eacute;v&eacute;ler nettement d&eacute;cevantes. L'affirmation de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> &quot;ils n'en avaient point honte&quot;, loin d'exprimer une carence, indique au contraire une particuli&egrave;re pl&eacute;nitude de conscience et d'exp&eacute;rience, surtout la pl&eacute;nitude de compr&eacute;hension de la signification du corps, li&eacute;e au fait qu'&quot;ils &eacute;taient nus&quot;.<br /> Que c'est ainsi qu'il faille comprendre et interpr&eacute;ter le texte en question, nous en trouvons la preuve dans la suite du r&eacute;cit yahviste o&ugrave; l'apparition de la honte et, en particulier, de la pudeur sexuelle est mise en liaison avec la perte de cette pl&eacute;nitude originelle. Pr&eacute;supposant, donc, que l'exp&eacute;rience de la pudeur est une exp&eacute;rience &quot;de confins&quot;, nous devons nous demander &agrave; quelle pl&eacute;nitude de conscience et d'exp&eacute;rience, et, en particulier, &agrave; quelle pl&eacute;nitude de compr&eacute;hension de la signification du corps correspond la signification de la nudit&eacute; originelle dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>.</p> <p>3. Pour r&eacute;pondre &agrave; cette question, il importe de tenir compte du processus analytique conduit jusqu'ici en se basant sur l'ensemble du passage yahviste. Dans ce contexte la solitude originelle de l'homme se manifeste comme &quot;non- identification&quot; de sa propre humanit&eacute; avec le monde des &ecirc;tres vivants (animalia) qui l'entourent.<br /> Par suite de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme cette &quot;non-identification&quot; c&egrave;de la place &agrave; l'heureuse d&eacute;couverte de sa propre humanit&eacute; &quot;&agrave; l'aide&quot; de l'autre &ecirc;tre humain; ainsi l'homme reconna&icirc;t et retrouve sa propre humanit&eacute; &quot;&agrave; l'aide&quot; de la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>. En m&ecirc;me temps, cet acte de leur part provoque une perception du monde qui s'actualise directement &agrave; travers le corps &quot;chair de ma chair&quot;. Il est la source directe et visible de l'exp&eacute;rience qui parvient &agrave; &eacute;tablir leur unit&eacute; dans l'humanit&eacute;. Il n'est donc pas difficile de comprendre que la nudit&eacute; correspond &agrave; cette pl&eacute;nitude de conscience de la signification du corps d&eacute;coulant de la perception pr&eacute;cise des sens. On peut penser &agrave; cette pl&eacute;nitude en termes de cat&eacute;gories de v&eacute;rit&eacute; de l'&ecirc;tre ou de la r&eacute;alit&eacute;, et l'on peut dire qu'&agrave; l'origine l'homme et la femme &eacute;taient donn&eacute;s l'un &agrave; l'autre pr&eacute;cis&eacute;ment selon cette v&eacute;rit&eacute;, en tant qu'&quot;ils &eacute;taient nus&quot;. Dans l'analyse de la signification de la nudit&eacute; originelle, on ne peut absolument pas faire abstraction de cette dimension. Cette participation &agrave; la perception du monde - dans son aspect ext&eacute;rieur - est un fait direct et quasi spontan&eacute;, ant&eacute;rieur &agrave; n'importe quelle complication &quot;critique&quot; de la connaissance et de l'exp&eacute;rience humaines, et elle se r&eacute;v&egrave;le en &eacute;troite connexion avec l'exp&eacute;rience de la signification du corps humain. On pourrait ainsi d&eacute;j&agrave; percevoir l'innocence originelle de la &quot;connaissance&quot;.</p> <p>4. Toutefois, on ne saurait d&eacute;terminer la signification de la nudit&eacute; originelle en consid&eacute;rant seulement la participation de l'homme &agrave; la perception ext&eacute;rieure du monde; il n'est pas possible de l'&eacute;tablir sans descendre dans l'intime de l'homme. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> nous conduit pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ce niveau et veut nous faire chercher l&agrave; l'innocence originelle de la connaissance. En effet, c'est gr&acirc;ce &agrave; la dimension de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine qu'il faut expliquer et mesurer cette pl&eacute;nitude particuli&egrave;re de la communication entre personnes, gr&acirc;ce &agrave; laquelle &quot;homme et femme, ils &eacute;taient nus et n'en avaient point honte&quot;.<br /> Dans notre langage conventionnel le concept de &quot;communication&quot; a &eacute;t&eacute; &agrave; peu pr&egrave;s ali&eacute;n&eacute; de son originelle et plus profonde matrice s&eacute;mantique. On le rattache aujourd'hui surtout au domaine des moyens, c'est-&agrave;-dire, presque uniquement, aux &eacute;l&eacute;ments qui servent &agrave; l'entente, &agrave; l'&eacute;change, au rapprochement. Par contre, il est permis de supposer que, dans sa signification originaire la plus profonde, la &quot;communication&quot; &eacute;tait et est directement connexe aux sujets qui &quot;communiquent&quot;, pr&eacute;cis&eacute;ment en se basant sur la &quot;commune union&quot; existant entre eux, soit pour atteindre, soit pour exprimer une r&eacute;alit&eacute; appartenant proprement et uniquement &agrave; la sph&egrave;re des &quot;sujets-personnes&quot;. De cette fa&ccedil;on, le corps humain acquiert une signification enti&egrave;rement nouvelle qu'on ne saurait situer sur le plan de la perception r&eacute;siduelle &quot;ext&eacute;rieure&quot; du monde. Elle exprime en effet la personne dans sa concr&egrave;te r&eacute;alit&eacute; ontologique et existentielle, qui est quelque chose de plus que &quot;l'individu&quot; et elle exprime donc l'&quot;ego&quot; humain personnel qui fonde du dedans sa perception &quot;ext&eacute;rieure&quot;.</p> <p>5. Le r&eacute;cit biblique tout entier, et en particulier le texte yahviste, montre que par sa propre visibilit&eacute; le corps manifeste l'homme et, en le manifestant, sert d'interm&eacute;diaire, c'est-&agrave;-dire qu'il fait que, d&egrave;s le d&eacute;but, l'homme et la femme &quot;communiquent&quot; entre eux suivant cette communio personarum que le Seigneur a pr&eacute;cis&eacute;ment voulue pour eux. C'est uniquement cette dimension, semble-t-il, qui nous permet de comprendre de mani&egrave;re appropri&eacute;e la signification de la nudit&eacute; originelle. A cet &eacute;gard, n'importe quel crit&egrave;re &quot;naturaliste&quot; est promis &agrave; la faillite, tandis que le crit&egrave;re &quot;personnaliste&quot; peut &ecirc;tre de grand secours, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> parle certainement de quelque chose d'extraordinaire qui se trouve hors des limites de la pudeur connue par l'interm&eacute;diaire de l'exp&eacute;rience humaine et qui, tout ensemble, d&eacute;cide de la particuli&egrave;re pl&eacute;nitude de la communication entre personnes, enracin&eacute;e dans le coeur m&ecirc;me de cette communio qui se trouve ainsi r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et d&eacute;velopp&eacute;e. Dans ce rapport, la phrase &quot;ils n'en avaient point honte&quot; peut signifier uniquement (in sensu obliquo) une profondeur originale dans l'affirmation de ce qui est inh&eacute;rent &agrave; la personne, de ce qui est &quot;visiblement&quot; f&eacute;minin et masculin, &agrave; travers quoi se constitue &quot;l'intimit&eacute; personnelle&quot; de la communion r&eacute;ciproque dans toute sa simplicit&eacute; et puret&eacute; radicales. A cette pl&eacute;nitude de perception &quot;ext&eacute;rieure&quot; exprim&eacute;e par la nudit&eacute; physique, correspond la pl&eacute;nitude &quot;int&eacute;rieure&quot; de la vision de l'homme en Dieu, c'est-&agrave;-dire &agrave; la mesure de &quot;l'image de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ed">Gn 1,17</a></i> Selon cette mesure, l'homme &quot;est&quot; vraiment nu (&quot;ils &eacute;taient nus&quot;: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>) (*), bien avant de s'en rendre compte <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7-10</a></i>.<br /> Nous devrons encore, au cours des m&eacute;ditations qui suivront, compl&eacute;ter l'analyse de ce texte si important.</p> <p>(*) <i>Selon les paroles de la Sainte Ecriture, Dieu p&eacute;n&egrave;tre la cr&eacute;ature qui, devant lui, est totalement &quot;nue&quot;: &quot;Il n'y a pas de cr&eacute;ature qui reste invisible devant lui, mais tout est nu (panta gymna) et d&eacute;couvert aux yeux de Celui &agrave; qui nous devons rendre compte&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e52.htm#dp">He 4,13</a></i>. Cette caract&eacute;ristique appartient en particulier &agrave; la Sagesse divine: &quot;La Sagesse divine ... traverse et passe &agrave; travers tout &agrave; cause de sa puret&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ha1.htm#gi">Sg 7,24</a></i>.</i></p> <p>- Le 19 d&eacute;cembre 1979</p> Fri, 04 Sep 2009 22:50:36 +0000 Incarnare 59 at http://www.theologieducorps.fr TDC 013 - La Création: Don originel fondamental http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-013-la-creation-don-originel-fondamental <p>1. Reprenons l'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> que nous avons commenc&eacute;e il y a quelques semaines.<br /> Selon ce passage, l'homme et la femme se voient eux-m&ecirc;mes &agrave; travers le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation; ils se voient eux-m&ecirc;mes de cette mani&egrave;re avant de savoir &quot;qu'ils sont nus&quot;. Cette fa&ccedil;on de se voir l'un l'autre n'est pas seulement une participation &agrave; la perception ext&eacute;rieure du monde, mais &eacute;galement une dimension int&eacute;rieure de participation &agrave; la vision du Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me, de cette vision dont, &agrave; diverses reprises, le r&eacute;cit du chapitre I fait &eacute;tat: &quot;Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i></p> <p>La &quot;nudit&eacute;&quot; signifie le bien originel de la vision divine. Elle signifie toute la simplicit&eacute; et pl&eacute;nitude de la vision qui rend manifeste la &quot;pure&quot; valeur de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme, la &quot;pure&quot; valeur du corps et du sexe. La situation indiqu&eacute;e ainsi, de mani&egrave;re si concise et en m&ecirc;me temps si suggestive par la r&eacute;v&eacute;lation originelle du corps - comme cela r&eacute;sulte en particulier de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> - ne conna&icirc;t ni rupture int&eacute;rieure ni contradiction entre ce qui est spirituel et ce qui est sensible, de m&ecirc;me qu'elle ne conna&icirc;t pas de rupture et de contradiction entre ce qui, humainement, constitue la personne et ce qui dans l'homme est d&eacute;termin&eacute; par le sexe: ce qui est masculin et ce qui est f&eacute;minin.<br /> Se voyant l'un l'autre, quasi &agrave; travers le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation, respectivement comme homme et comme femme, ils se voient eux-m&ecirc;mes encore plus pleinement, plus distinctement que par le sens de la vue, c'est-&agrave;-dire que par les yeux du corps. Ils se voient, en effet, et se connaissent eux-m&ecirc;mes avec toute la paix du regard int&eacute;rieur qui cr&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment la paix de l'intimit&eacute; des personnes. Si la &quot;honte&quot; entra&icirc;ne une r&eacute;duction sp&eacute;cifique de la vue par les yeux du corps, cela provient surtout de ce que l'intimit&eacute; personnelle est comme troubl&eacute;e et presque &quot;menac&eacute;e&quot; par une semblable vision. Suivant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> l'homme et la femme &quot;n'avaient aucune honte&quot;: se voyant et se connaissant eux- m&ecirc;mes dans toute la paix et tranquillit&eacute; du regard int&eacute;rieur, ils &quot;communiquent&quot; dans toute la pl&eacute;nitude de l'humanit&eacute; qui se manifeste en eux comme caract&egrave;re compl&eacute;mentaire pr&eacute;cis&eacute;ment parce que &quot;masculin&quot; et &quot;f&eacute;minin&quot;. En m&ecirc;me temps, ils communiquent sur la base de cette communion des personnes dans laquelle, du fait de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute;, ils deviennent mutuellement don de l'un &agrave; l'autre. De cette mani&egrave;re ils parviennent dans la r&eacute;ciprocit&eacute; &agrave; une compr&eacute;hension particuli&egrave;re de leur propre corps. La signification originelle de la nudit&eacute; correspond &agrave; cette simplicit&eacute; et pl&eacute;nitude de vision dans laquelle la compr&eacute;hension de la signification du corps na&icirc;t pour ainsi dire du coeur m&ecirc;me de leur communaut&eacute;-communion. Nous l'appellerons &quot;conjugale&quot;. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, l'homme et la femme &eacute;mergent, proprement &agrave; &quot;l'origine&quot; m&ecirc;me, avec cette conscience de la signification de leur propre corps. Ceci m&eacute;rite une analyse approfondie.</p> <p>2. Si. dans ses deux versions, celle du premier chapitre et celle, yahviste, du deuxi&egrave;me chapitre, le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme nous permet d'&eacute;tablir la signification originelle de la solitude, de l'unit&eacute; et de la nudit&eacute;, il nous donne aussi de ce fait m&ecirc;me la possibilit&eacute; de nous retrouver sur le terrain d'une anthropologie ad&eacute;quate qui cherche &agrave; comprendre et &agrave; interpr&eacute;ter ce qui est essentiellement humain. (*)</p> <p>(*) <i>Le concept d'&quot;anthropologie ad&eacute;quate&quot; a &eacute;t&eacute; expliqu&eacute; dans le texte m&ecirc;me comme &quot;compr&eacute;hension et interpr&eacute;tation de l'homme en ce qui est essentiellement humain&quot;. Ce concept d&eacute;termine le principe m&ecirc;me de r&eacute;duction, propre &agrave; la philosophie de l'homme, indique les limites de ce principe et, indirectement, exclut que l'on puisse franchir ces limites. L'anthropologie &quot;ad&eacute;quate&quot; s'appuie sur l'exp&eacute;rience essentiellement &quot;humaine&quot;, s'opposant au &quot;r&eacute;ductionisme&quot; de type &quot;naturaliste&quot; qui va souvent de pair avec la th&eacute;orie de l'&eacute;volution au sujet des origines de l'homme.</i></p> <p>Les textes bibliques contiennent les &eacute;l&eacute;ments essentiels de cette anthropologie, &eacute;l&eacute;ments qui se manifestent dans le contexte th&eacute;ologique de l'&quot;image de Dieu&quot;. Ce concept contient en soi la racine m&ecirc;me de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme r&eacute;v&eacute;l&eacute;e par cette &quot;origine&quot; dont le Christ, dans son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i> se r&eacute;clame en parlant de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et comme femme. Il faut se rappeler que toutes les analyses que nous faisons ici se rattachent pr&eacute;cis&eacute;ment, au moins indirectement, &agrave; ces paroles. L'&ecirc;tre humain que Dieu a cr&eacute;&eacute; homme et femme porte &quot;d&egrave;s l'origine&quot; l'image divine imprim&eacute;e dans son corps: homme et femme, cela constitue comme deux mani&egrave;res diverses pour l'humain d'&quot;&ecirc;tre corps&quot; dans l'unit&eacute; de cette image.<br /> Il convient maintenant de revenir &agrave; ces paroles fondamentales dont le Christ s'est servi, c'est-&agrave;-dire au mot &quot;cr&eacute;a&quot;, au sujet &quot;Cr&eacute;ateur&quot;, introduisant dans les consid&eacute;rations faites jusqu'&agrave; pr&eacute;sent une nouvelle dimension, un nouveau crit&egrave;re de compr&eacute;hension et d'interpr&eacute;tation que nous appellerons &quot;herm&eacute;neutique du don&quot;. La dimension du don d&eacute;cide de la v&eacute;rit&eacute; essentielle et de la profondeur de signification de l'originelle solitude-unit&eacute;-nudit&eacute;. Elle se trouve &eacute;galement au coeur m&ecirc;me du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation qui nous permet de construire la th&eacute;ologie du corps &quot;d&egrave;s l'origine&quot;, mais exige en m&ecirc;me temps que nous la construisions proprement de cette mani&egrave;re.</p> <p><a name="3"></a>3. Le terme &quot;cr&eacute;a&quot;, sur les l&egrave;vres du Seigneur, contient la m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute; que celle que nous trouvons dans le Livre de la Gen&egrave;se. Le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation r&eacute;p&egrave;te plusieurs fois ce terme, de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1,1</a></i> (&quot;Au commencement, Dieu cr&eacute;a les cieux et la terre&quot;) &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i> (&quot;Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image&quot;) (*) Dieu se r&eacute;v&egrave;le surtout comme Cr&eacute;ateur. Le Christ se r&eacute;clame de cette r&eacute;v&eacute;lation fondamentale contenue dans le Livre de la Gen&egrave;se. Le concept de cr&eacute;ation y trouve toute sa profondeur non seulement m&eacute;taphysique mais aussi pleinement th&eacute;ologique. Le Cr&eacute;ateur est celui qui &quot;appelle &agrave; l'existence hors du n&eacute;ant&quot; et &eacute;tablit dans l'existence le monde, et l'homme dans le monde, &quot;parce qu'il est amour&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#c3">1Jn 4,8</a></i>. A vrai dire, nous ne trouvons pas ce mot &quot;amour&quot; (Dieu est amour) dans le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation; ce r&eacute;cit, toutefois, r&eacute;p&egrave;te souvent: &quot;Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien.&quot; Ces paroles nous font entrevoir dans l'amour le motif divin de la cr&eacute;ation, comme la source dont elle jaillit: Seul l'amour en effet engendre le bien et se compla&icirc;t dans le bien . Aussi la cr&eacute;ation comme action de Dieu, ne signifie-t-elle pas seulement le fait d'appeler &agrave; l'existence hors du n&eacute;ant et d'&eacute;tablir l'existence du monde et de l'homme dans le monde, mais signifie aussi, suivant le premier r&eacute;cit, &quot;ber&ecirc;sh&icirc;th b&acirc;r&agrave;&quot;, donation: une donation fondamentale, &quot;radicale&quot;, c'est-&agrave;- dire une donation dont le don jaillit pr&eacute;cis&eacute;ment du n&eacute;ant.</p> <p>(*) <i>Le terme h&eacute;breu &quot;b&acirc;r&acirc;&quot; - cr&eacute;a, employ&eacute; exclusivement pour d&eacute;terminer l'action de Dieu - appara&icirc;t uniquement dans le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation au verset 1 (cr&eacute;ation des cieux et de la terre), au verset 21 (cr&eacute;ation des animaux) et au verset 27 (cr&eacute;ation de l'homme); mais ici, il appara&icirc;t m&ecirc;me trois fois. Ceci signifie la pl&eacute;nitude et la perfection de cet acte qui est la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain, homme et femme. Cette r&eacute;p&eacute;tition indique que l'oeuvre de la cr&eacute;ation a atteint ici son point culminant.</i></p> <p>4. La lecture des premiers chapitres de la Gen&egrave;se nous introduit dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, c'est-&agrave;-dire du commencement du monde par volont&eacute; de Dieu qui est tout- puissant et amour. Par cons&eacute;quent, chaque cr&eacute;ature porte en soi le signe du don originel fondamental.<br /> Toutefois, le concept de donner ne peut en m&ecirc;me temps se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; du n&eacute;ant. Il indique celui qui donne et celui qui re&ccedil;oit le don et, &eacute;galement, la relation qui s'&eacute;tablit entre eux. Or, cette relation &eacute;merge du r&eacute;cit de la cr&eacute;ation au moment m&ecirc;me de la cr&eacute;ation de l'homme. Cette relation se manifeste surtout dans l'expression &quot;Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image; &agrave; l'image de Dieu; il le cr&eacute;a&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>. Dans le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation du monde visible, &quot;donner&quot; n'a de sens que respectivement &agrave; l'homme. Dans toute l'oeuvre de la cr&eacute;ation, c'est de lui seul qu'on peut dire qu'il a &eacute;t&eacute; gratifi&eacute; d'un don: le monde visible a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; &quot;pour lui&quot;. Le r&eacute;cit biblique de la cr&eacute;ation nous offre assez de motifs pour le comprendre et l'interpr&eacute;ter ainsi: la cr&eacute;ation est un don, parce qu'en elle appara&icirc;t l'homme qui, comme image de Dieu, est capable de comprendre le sens m&ecirc;me du don dans l'appel &agrave; l'existence hors du n&eacute;ant. Et il est capable de r&eacute;pondre au Cr&eacute;ateur avec le langage de cette compr&eacute;hension. Interpr&eacute;tant donc avec un tel langage le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation, on peut en d&eacute;duire qu'elle constitue le don originel et fondamental: l'homme appara&icirc;t dans la cr&eacute;ation comme celui qui a re&ccedil;u le monde en don et, vice-versa, on peut dire aussi que le monde a re&ccedil;u l'homme en don.<br /> A ce point, il faut que nous interrompions notre analyse. Ce que nous avons dit jusqu'&agrave; pr&eacute;sent est en &eacute;troite relation avec l'ensemble des probl&egrave;mes anthropologiques de &quot;l'origine&quot;. L'homme y appara&icirc;t comme &quot;cr&eacute;&eacute;&quot;, c'est-&agrave;-dire comme celui qui a re&ccedil;u, au milieu du monde, l'autre &ecirc;tre humain en don. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette dimension du don que nous devons, par la suite, soumettre &agrave; une profonde analyse pour comprendre &eacute;galement, &agrave; sa juste mesure, la signification du corps humain. Ce sera l'objet de nos prochaines m&eacute;ditations.</p> <p>- Le 2 janvier 1980</p> <p>&nbsp;</p> Fri, 04 Sep 2009 22:51:55 +0000 Incarnare 60 at http://www.theologieducorps.fr TDC 014 - La Révélation et la découverte de la signification conjugale du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-014-la-revelation-la-decouverte-de-la-signification-conjugale-du-corps <p>1. En lisant et analysant le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation, c'est-&agrave;-dire le texte yahviste, nous devons nous demander si, dans sa situation originelle, le premier &quot;homme&quot; (adam) &quot;vivait&quot; le monde vraiment comme un don, dans une attitude conforme &agrave; la condition effective de quelqu'un qui a re&ccedil;u un don, comme il r&eacute;sulte du r&eacute;cit du premier chapitre. En fait, le second r&eacute;cit nous montre l'homme dans le jardin en Eden <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ez">Gn 2,8</a></i>; mais il faut noter que, m&ecirc;me dans cette situation de f&eacute;licit&eacute; originelle, le Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me (Dieu-Yahv&eacute;), puis l'homme &eacute;galement, au lieu de souligner l'aspect du monde comme don subjectivement b&eacute;atifique, cr&eacute;&eacute; pour l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#em">Gn 1,26-29</a></i>, rel&egrave;vent que l'homme est &quot;seul&quot;. Nous avons d&eacute;j&agrave; analys&eacute; la signification de la solitude originelle; il est toutefois n&eacute;cessaire, &agrave; pr&eacute;sent, de noter que pour la premi&egrave;re fois se r&eacute;v&egrave;le clairement dans ce bien une certaine lacune: &quot;Il n'est pas bon que l'homme (l'&ecirc;tre masculin) soit seul&quot; - dit Dieu-Yahv&eacute; -&quot;Je veux lui faire une aide... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i> Le premier &quot;homme&quot; affirme la m&ecirc;me chose; apr&egrave;s avoir pris &agrave; fond conscience de sa propre solitude au milieu de tous les &ecirc;tres vivant sur la terre, il attend lui aussi &quot;une aide qui soit semblable &agrave; lui &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20</a></i>. En effet, aucun de ces &ecirc;tres (animalia) n'offre &agrave; l'homme les conditions de base permettant d'exister avec lui dans un rapport de don r&eacute;ciproque.</p> <p>2. Ainsi donc, ces deux termes, l'adjectif &quot;seul&quot; et le substantif &quot;aide&quot;, semblent constituer v&eacute;ritablement la cl&eacute; pour comprendre, au niveau de l'homme, l'essence m&ecirc;me du don comme &eacute;l&eacute;ment existentiel inscrit dans la v&eacute;rit&eacute; de l'&quot;image de Dieu&quot;. En effet, le don r&eacute;v&egrave;le pour ainsi dire une caract&eacute;ristique particuli&egrave;re de l'existence personnelle ou, mieux, de l'essence m&ecirc;me de la personne. Quand Dieu-Yahv&eacute; dit: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>, il affirme que &quot;seul&quot;, l'homme ne r&eacute;alise pas enti&egrave;rement cette essence. Il ne la r&eacute;alise qu'en existant &quot;avec quelqu'un&quot; - et encore plus profond&eacute;ment, plus compl&egrave;tement, en existant &quot;pour quelqu'un&quot;. Cette norme de l'existence comme personne est, dans le Livre de la Gen&egrave;se, d&eacute;montr&eacute;e comme caract&eacute;ristique de la cr&eacute;ation, pr&eacute;cis&eacute;ment par la signification de ces deux termes: &quot;seul &quot; et &quot;aide&quot;. Ce sont eux qui indiquent combien fondamentales et constitutives sont pour l'homme la relation et la communion des personnes. Communion des personnes signifie exister l'un &quot;pour&quot; l'autre, dans une relation de don naturel. Et cette relation est pr&eacute;cis&eacute;ment la conclusion de la solitude originelle de l'&quot;homme&quot;.</p> <p>3. Cette conclusion est b&eacute;atifique dans son origine. Elle est, indubitablement, implicite dans la f&eacute;licit&eacute; originelle de l'homme et elle constitue pr&eacute;cis&eacute;ment cette f&eacute;licit&eacute; qui appartient au myst&egrave;re de la cr&eacute;ation faite par amour, c'est- &agrave;-dire qu'elle appartient &agrave; l'essence m&ecirc;me du don cr&eacute;ateur. Quand l'&ecirc;tre humain &quot;masculin&quot;, r&eacute;veill&eacute; de son sommeil g&eacute;n&eacute;siaque, voit l'&ecirc;tre humain &quot;f&eacute;minin&quot; tir&eacute; de lui, il dit: &quot;Cette fois, celle-ci est l'os de mes os et la chair de ma chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>; en un certain sens, ces paroles expriment le d&eacute;but subjectivement b&eacute;atifique de l'homme dans le monde. Le fait m&ecirc;me que ceci soit advenu &quot;&agrave; l'origine&quot; confirme le processus d'individualisation de l'homme dans le monde et na&icirc;t pour ainsi dire du fond m&ecirc;me de la solitude humaine qu'il vit en tant que personne face &agrave; toutes les autres cr&eacute;atures et &agrave; tous les &ecirc;tres vivants (animalia). Cette &quot;origine&quot; appartient donc, elle aussi, &agrave; une anthropologie ad&eacute;quate et peut toujours &ecirc;tre v&eacute;rifi&eacute;e sur la base de celle- ci. Cette v&eacute;rification purement anthropologique nous conduit, en m&ecirc;me temps, au th&egrave;me de la &quot;personne&quot; et &agrave; celui du &quot;corps-sexe&quot;.<br /> Cette contemporan&eacute;it&eacute; est essentielle. Si nous traitions en effet du sexe sans la personne, le caract&egrave;re &quot;ad&eacute;quat&quot; de l'anthropologie qui ressort du livre de la Gen&egrave;se dispara&icirc;trait enti&egrave;rement. Et dans notre &eacute;tude th&eacute;ologique se trouverait alors voil&eacute;e la lumi&egrave;re essentielle de la r&eacute;v&eacute;lation du corps qui, dans ces premi&egrave;res affirmations, transpara&icirc;t si nettement.</p> <p><a name="4"></a>4. Il y a un lien tr&egrave;s fort entre le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, en tant que don qui jaillit de l'Amour, et cette &quot;origine&quot; b&eacute;atifique de l'existence de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme, dans toute la v&eacute;rit&eacute; de leur corps et de leur sexe, qui est simplement et purement la v&eacute;rit&eacute; d'une communion entre les personnes. Quand &agrave; la vue de la premi&egrave;re femme le premier homme s'est &eacute;cri&eacute;: &quot;Elle est os de mes os et chair de ma chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, il affirmait simplement l'identit&eacute; humaine des deux &ecirc;tres. En s'exclamant ainsi, il semblait dire: voil&agrave; un corps qui exprime la &quot;personne&quot;! Selon un pr&eacute;c&eacute;dent passage du texte yahviste on peut &eacute;galement dire: &quot;ce &quot;corps&quot; r&eacute;v&egrave;le l'&acirc;me vivante&quot;, que l'homme devint lorsque Dieu-Yahv&eacute; insuffla la vie en lui <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i> ce qui fut le d&eacute;but de sa solitude face &agrave; tous les autres &ecirc;tres vivants. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment du fond de cette solitude originelle que l'homme &eacute;merge maintenant dans la dimension du don r&eacute;ciproque dont l'expression - qui pour cela m&ecirc;me est expression de son existence comme personne - est le corps humain dans toute la v&eacute;rit&eacute; originelle de sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Le corps, qui exprime la f&eacute;minit&eacute; &quot;pour&quot; la masculinit&eacute; et, vice-versa, la masculinit&eacute; &quot;pour&quot; la f&eacute;minit&eacute;, manifeste la r&eacute;ciprocit&eacute; et la communion des personnes. Il l'exprime dans le don comme caract&eacute;ristique fondamentale de l'existence personnelle. Voici ce qu'est le corps: un t&eacute;moin de la cr&eacute;ation en tant que don fondamental, donc un t&eacute;moin de l'Amour comme source dont est n&eacute; le fait m&ecirc;me de donner. La masculinit&eacute;-f&eacute;minit&eacute; - c'est-&agrave;-dire le sexe - est le signe originel d'une donation cr&eacute;atrice d'une prise de conscience de la part de l'&ecirc;tre humain, homme-femme, d'un don v&eacute;cu, pour ainsi dire, de la mani&egrave;re originelle. C'est avec cette signification-l&agrave; que le sexe prend place dans la th&eacute;ologie du corps.</p> <p>5. Cette &quot;origine&quot; b&eacute;atifique de l'&quot;&ecirc;tre et exister&quot; de l'homme comme homme et comme femme, est li&eacute;e &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation et &agrave; la d&eacute;couverte de la signification du corps qu'il convient d'appeler &quot;conjugale&quot;. Si nous parlons de r&eacute;v&eacute;lation et, en m&ecirc;me temps, de d&eacute;couverte, nous le faisons en relation avec la sp&eacute;cificit&eacute; du texte yahviste, dans lequel le fil th&eacute;ologique est &eacute;galement anthropologique et m&ecirc;me appara&icirc;t comme une certaine r&eacute;alit&eacute; consciemment v&eacute;cue par l'homme. Nous avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; que les paroles qui expriment la premi&egrave;re joie de la venue de l'&ecirc;tre humain &agrave; l'existence comme &quot;homme et femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> sont suivies imm&eacute;diatement par le verset qui &eacute;tablit leur unit&eacute; conjugale <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, puis par celui qui atteste la nudit&eacute; de chacun d'eux qui &quot;n'en ont aucune honte&quot;, l'un vis-&agrave;-vis de l'autre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette confrontation significative qui nous permet de parler de la r&eacute;v&eacute;lation et en m&ecirc;me temps de la d&eacute;couverte de la signification &quot;conjugale&quot; du corps dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation. Cette signification (en tant que r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et, &eacute;galement, consciente, &quot;v&eacute;cue&quot; par l'homme) confirme &agrave; fond que le don cr&eacute;ateur qui jaillit de l'Amour a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; la conscience originelle de l'homme, devenant exp&eacute;rience de don r&eacute;ciproque, comme on s'en aper&ccedil;oit d&eacute;j&agrave; dans le texte ancien. Cette nudit&eacute; de nos premiers parents, d&eacute;pourvue de toute honte, semble en t&eacute;moigner &eacute;galement, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me de mani&egrave;re sp&eacute;cifique.</p> <p>6. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> parle de la finalit&eacute; de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; de l'&ecirc;tre humain dans la vie des &eacute;poux-g&eacute;niteurs. S'unissant l'un &agrave; l'autre si &eacute;troitement qu'ils deviennent &quot;une seule chair&quot;, ceux-ci soumettent, en un certain sens, leur humanit&eacute; &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de la procr&eacute;ation dont parle le premier r&eacute;cit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. L'homme p&eacute;n&egrave;tre pleinement dans &quot;son &ecirc;tre&quot; quand il prend conscience de cette finalit&eacute; de sa propre masculinit&eacute;- f&eacute;minit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de sa propre sexualit&eacute;. En m&ecirc;me temps les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>: &quot;Tous deux &eacute;taient nus et n'en avaient aucune honte&quot; semblent ajouter &agrave; cette v&eacute;rit&eacute; fondamentale de la signification du corps humain, de sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, une autre v&eacute;rit&eacute; non moins essentielle et fondamentale. Conscient de la facult&eacute; cr&eacute;atrice de son propre corps et de son propre sexe, l'homme est en m&ecirc;me temps lib&eacute;r&eacute; de la &quot;contrainte&quot; de son propre corps et sexe.<br /> Cette nudit&eacute; originelle, r&eacute;ciproque, et en m&ecirc;me temps d&eacute;pourvue de toute honte, exprime cette libert&eacute; int&eacute;rieure de l'homme. Est-ce la libert&eacute; de l'instinct sexuel? Le concept d'&quot;instinct&quot; implique d&eacute;j&agrave; une contrainte int&eacute;rieure, analogue &agrave; l'instinct qui stimule la f&eacute;condit&eacute; et la procr&eacute;ation dans tout le monde des &ecirc;tres vivants (animalia). Il semble toutefois que les deux textes du Livre de la Gen&egrave;se, le premier et le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme, relient suffisamment la perspective de la procr&eacute;ation &agrave; la caract&eacute;ristique fondamentale, dans un sens personnel, de l'existence humaine. Par cons&eacute;quent l'analogie du corps humain et du sexe par rapport au monde des animaux - que nous pourrions appeler &quot;analogie de la nature&quot; - telle qu'elle ressort des deux r&eacute;cits (bien que de fa&ccedil;on diff&eacute;rente) est &eacute;galement &eacute;lev&eacute;e en un certain sens au niveau d'&quot;image de Dieu&quot; et au niveau de personne et de communion entre les personnes.<br /> Il faudra encore consacrer d'autres analyses &agrave; ce probl&egrave;me fondamental. Pour la conscience de l'homme - pour l'homme contemporain &eacute;galement - il est important de savoir que dans les textes bibliques qui parlent de l'&quot;origine&quot; de l'homme se trouve la r&eacute;v&eacute;lation de la &quot;signification conjugale du corps&quot;. Mais il est encore plus important d'&eacute;tablir ce qu'exprime proprement cette signification.</p> <p>- Le 9 janvier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 22:54:11 +0000 Incarnare 61 at http://www.theologieducorps.fr TDC 015 - Quand l'homme personne devient don http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-015-quand-lhomme-personne-devient-don <p><a name="1"></a>1. Nous poursuivons aujourd'hui l'analyse des textes du Livre de la Gen&egrave;se que nous avons entreprise en suivant la ligne de renseignement du Christ. Nous nous souvenons en effet que, dans son entretien au sujet du mariage, il a eu recours &agrave; &quot;l'origine&quot;.<br /> La r&eacute;v&eacute;lation et, avec elle, la d&eacute;couverte originelle de la signification &quot;conjugale&quot; du corps consistent en la pr&eacute;sentation de l'&ecirc;tre humain, homme et femme, dans toute la r&eacute;alit&eacute;, la v&eacute;rit&eacute; de son corps et de son sexe (&quot;ils &eacute;taient nus&quot;) et en m&ecirc;me temps dans la pleine libert&eacute; de toute contrainte du corps et du sexe. La nudit&eacute; de nos premiers parents, int&eacute;rieurement d&eacute;pourvus de toute honte, para&icirc;t en t&eacute;moigner. On peut dire que, cr&eacute;&eacute;s par l'Amour, c'est-&agrave;-dire dot&eacute;s dans leur &ecirc;tre de masculinit&eacute; et de f&eacute;minit&eacute;, ils sont nus tous les deux parce qu'ils sont libres tous les deux de la libert&eacute; m&ecirc;me du don. Cette libert&eacute; se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la base de la signification conjugale du corps. Le corps humain avec son sexe, sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, vu dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation est non seulement une source de f&eacute;condit&eacute; et de procr&eacute;ation, comme dans tout l'ordre naturel, mais il comprend d&egrave;s &quot;l'origine&quot; l'attribut &quot;conjugal&quot;, c'est-&agrave;-dire la facult&eacute; d'exprimer l'amour: pr&eacute;cis&eacute;ment cet amour dans lequel l'homme-personne devient don et - par ce don - r&eacute;alise le sens m&ecirc;me de son &quot;&ecirc;tre&quot; et son &quot;exister&quot;. Rappelons-nous ici le texte du dernier Concile o&ugrave; il est d&eacute;clar&eacute; que l'homme est, dans le monde visible, &quot;l'unique cr&eacute;ature que Dieu a voulue pour elle-m&ecirc;me&quot;, ajoutant que cet homme &quot;ne peut pleinement se trouver que par le don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de lui-m&ecirc;me &quot; (*).</p> <p>(*) <i>Et m&ecirc;me, quand le Seigneur J&eacute;sus prie le P&egrave;re, pour &quot;que tous soient un, comme toi et moi nous sommes un&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#a0c">Jn 17,21-22</a></i> en pla&ccedil;ant devant nous des horizons inaccessibles &agrave; la raison humaine, il nous sugg&egrave;re une certaine similitude entre l'union des personnes divines et l'union des enfants de Dieu dans la v&eacute;rit&eacute; et la charit&eacute;. Cette v&eacute;rit&eacute; manifeste que l'homme, qui sur la terre est la seule cr&eacute;ature que Dieu ait voulue pour elle-m&ecirc;me, ne peut se trouver pleinement que par un don sinc&egrave;re de lui-m&ecirc;me <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>. L'analyse strictement th&eacute;ologique du Livre de la Gen&egrave;se, en particulier <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> nous permet de nous r&eacute;f&eacute;rer &agrave; ce texte. Ceci constitue un autre pas entre &quot;anthropologie ad&eacute;quate&quot; et &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;, &eacute;troitement li&eacute; &agrave; la d&eacute;couverte des caract&eacute;ristiques essentielles de l'existence personnelle dans la &quot;pr&eacute;histoire th&eacute;ologique&quot; de l'homme. M&ecirc;me si ceci peut rencontrer de la r&eacute;sistance de la part des partisans de l'&eacute;volution (m&ecirc;me chez des th&eacute;ologiens), il serait cependant difficile de ne pas se rendre compte que le texte analys&eacute; du Livre de la Gen&egrave;se, sp&eacute;cialement de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> d&eacute;montre la dimension non seulement &quot;originelle&quot; mais &eacute;galement &quot;exemplaire&quot; de l'existence de l'homme, en particulier de l'&ecirc;tre humain &quot;comme homme et femme&quot;.</i></p> <p><a name="2"></a>2. La racine de cette nudit&eacute; originelle libre de toute honte, dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> doit se chercher pr&eacute;cis&eacute;ment dans cette v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale au sujet de l'homme. Homme et femme, dans le contexte de leur &quot;origine&quot; b&eacute;atifique, sont libres de la libert&eacute; m&ecirc;me du don. En effet, pour pouvoir demeurer dans le rapport du &quot;don sinc&egrave;re de soi-m&ecirc;me&quot; et pour devenir un tel don l'un pour l'autre &agrave; travers toute leur humanit&eacute; faite de masculinit&eacute; et de f&eacute;minit&eacute; (&eacute;galement par rapport &agrave; cette perspective dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>) ils doivent &ecirc;tre libres pr&eacute;cis&eacute;ment de cette mani&egrave;re. Nous entendons ici la libert&eacute; comme ma&icirc;trise de soi. Sous cet aspect, elle est indispensable &agrave; l'homme pour qu'il puisse &quot;se donner lui- m&ecirc;me&quot;, pour qu'il puisse devenir don, pour que (nous r&eacute;f&eacute;rant aux paroles du Concile) il puisse &quot;se retrouver pleinement&quot; par &quot;un don sinc&egrave;re de soi-m&ecirc;me&quot;. Ainsi les paroles &quot;Ils &eacute;taient nus et n'en avaient point honte&quot; peuvent et doivent se comprendre comme r&eacute;v&eacute;lation - et d&eacute;couverte en m&ecirc;me temps - de la libert&eacute; qui rend possible et qualifie le sens &quot;conjugal&quot; du corps.</p> <p>3. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, en dit encore plus. Ce passage indique, en effet, la possibilit&eacute; et la qualification de cette r&eacute;ciproque &quot;exp&eacute;rience du corps&quot;. Il nous permet en outre d'identifier cette signification conjugale du corps 'in actus'. Quand nous lisons qu'ils &quot;&eacute;taient nus et n'en avaient point honte&quot;, nous en touchons indirectement la racine et d&eacute;j&agrave; directement les fruits. Int&eacute;rieurement libres de toute contrainte de leur propre corps et sexe, libres de la libert&eacute; du don, homme et femme ils pouvaient jouir de toute la v&eacute;rit&eacute;, de toute l'&eacute;vidence humaine, ainsi que Dieu-Yahv&eacute; le leur avait r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Cette v&eacute;rit&eacute; au sujet de l'homme, que le texte conciliaire pr&eacute;cise dans les termes pr&eacute;cit&eacute;s, a deux accents principaux. Le premier affirme que l'homme est l'unique cr&eacute;ature au monde que le Cr&eacute;ateur ait voulue &quot;pour elle-m&ecirc;me&quot;; le second consiste &agrave; dire que cet homme m&ecirc;me que d&egrave;s &quot;l'origine&quot; le Cr&eacute;ateur a voulu ainsi peut se trouver uniquement par le &quot;don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de soi-m&ecirc;me&quot;. Or, cette v&eacute;rit&eacute; au sujet de l'homme, qui, notamment, semble tirer du myst&egrave;re de la r&eacute;v&eacute;lation la condition originelle li&eacute;e &agrave; &quot;l'origine&quot; m&ecirc;me de l'homme, peut - sur la base du texte conciliaire - &ecirc;tre relue dans l'une et l'autre direction. Cette nouvelle lecture nous permet de comprendre encore mieux la signification conjugale du corps qui se r&eacute;v&egrave;le inscrite dans la condition originelle de l'homme et de la femme (suivant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> et, en particulier, dans la signification de leur nudit&eacute; originelle.<br /> Si, comme nous l'avons constat&eacute;, &agrave; la racine de la nudit&eacute; il y a la libert&eacute; int&eacute;rieure du don - le don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de soi-m&ecirc;me - ce don pr&eacute;cis&eacute;ment permet &agrave; tous deux, homme et femme, de se retrouver r&eacute;ciproquement, du fait que le Cr&eacute;ateur a voulu chacun d'eux &quot;pour eux-m&ecirc;mes&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>. Et ainsi, dans la premi&egrave;re rencontre b&eacute;atifique, l'homme retrouve la femme, et la femme le retrouve, lui, l'homme. Et ainsi, celui-ci accueille int&eacute;rieurement la femme; il l'accueille telle que le Cr&eacute;ateur l'a voulue &quot;pour elle- m&ecirc;me&quot;, telle qu'elle a &eacute;t&eacute;, avec sa f&eacute;minit&eacute; constitu&eacute;e dans le myst&egrave;re de l'image de Dieu; et, r&eacute;ciproquement la femme accueille de la m&ecirc;me mani&egrave;re l'homme, tel que le Cr&eacute;ateur l'a voulu &quot;pour lui-m&ecirc;me&quot; et l'a constitu&eacute; avec sa masculinit&eacute;. C'est en cela que consistent la r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps. Le r&eacute;cit yahviste, et notamment <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, nous permet de d&eacute;duire que l'&ecirc;tre humain, comme homme et femme, entre dans le monde en ayant conscience de ce que signifie son propre corps, sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>4. Le corps humain, orient&eacute; int&eacute;rieurement par le &quot;don sinc&egrave;re&quot; de la personne, non seulement r&eacute;v&egrave;le la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; sur le plan physique mais il r&eacute;v&egrave;le aussi une valeur telle et une beaut&eacute; telle que la dimension simplement physique de la sexualit&eacute; est totalement d&eacute;pass&eacute;e. (*) De cette mani&egrave;re se compl&egrave;te en un certain sens la conscience de la signification &quot;conjugale&quot; du corps, li&eacute;e &agrave; la masculinit&eacute;- f&eacute;minit&eacute; de l'&ecirc;tre humain. D'une part, cette signification indique une capacit&eacute; particuli&egrave;re d'exprimer l'amour dans lequel l'&ecirc;tre humain devient don. D'autre part y correspond sa profonde disponibilit&eacute; &agrave; l'&quot;affirmation de la personne&quot;. Cela revient &agrave; dire, litt&eacute;ralement, la capacit&eacute; de vivre le fait que l'autre - la femme pour l'homme et l'homme pour la femme - est, par le moyen du corps, quelqu'un que le Cr&eacute;ateur a voulu &quot;pour lui-m&ecirc;me&quot;, c'est-&agrave;-dire l'unique, l'impossible &agrave; r&eacute;p&eacute;ter: quelqu'un choisi par l'&eacute;ternel Amour.</p> <p>(*) <i>La tradition biblique rapporte un &eacute;cho lointain de la perfection physique de l'homme. Le proph&egrave;te Ez&eacute;chiel, comparant implicitement le roi de Tyr &agrave; Adam dans l'Eden &eacute;crit: &quot;Tu &eacute;tais le sceau d'une oeuvre exemplaire, / plein de sagesse / et parfait en beaut&eacute;. Tu &eacute;tais dans l'Eden, le jardin de Dieu...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1q.htm#zp">Ez 28,12-13</a></i>.</i></p> <p>L'&quot;affirmation de la personne&quot; n'est rien d'autre que l'accueil du don: un don qui, par sa r&eacute;ciprocit&eacute;, cr&eacute;e la communion des personnes. Celle-ci se construit du dedans et comprend m&ecirc;me toute &quot;l'ext&eacute;riorit&eacute;&quot; de l'&ecirc;tre humain, c'est- &agrave;-dire tout ce qui constitue la nudit&eacute; pure et simple du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Alors, comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, l'homme et la femme &quot;n'en avaient point honte&quot;. L'expression biblique &quot;n'en avaient point honte&quot; indique directement &quot;l'exp&eacute;rience&quot; comme dimension subjective.</p> <p>5. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans cette dimension objective que, comme deux &quot;ego&quot; humains d&eacute;termin&eacute;s par leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, ils apparaissent tous deux, homme et femme, dans le myst&egrave;re de leur b&eacute;atifique &quot;origine&quot; (nous nous trouvons dans l'&eacute;tat de l'innocence originelle et, simultan&eacute;ment, de la f&eacute;licit&eacute; originelle de l'homme.) S'ils apparaissent ainsi, ce n'est que bri&egrave;vement, et de fait, le Livre de la Gen&egrave;se n'y consacre que peu de versets; ce qui n'emp&ecirc;che que cette apparition est pleine d'un surprenant contenu en m&ecirc;me temps th&eacute;ologique et anthropologique. La r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps expliquent la f&eacute;licit&eacute; originelle de l'homme et, en m&ecirc;me temps, ouvrent la perspective de son histoire terrestre dans laquelle il ne se soustrait jamais &agrave; ce &quot;th&egrave;me&quot; indispensable de sa propre existence.<br /> Les versets suivants du Livre de la Gen&egrave;se, selon le texte yahviste du chapitre 3, d&eacute;montrent, il est vrai, que cette perspective &quot;historique&quot; se construira de mani&egrave;re diff&eacute;rente de celle de l'&quot;origine&quot; b&eacute;atifique (apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel). Il faut donc p&eacute;n&eacute;trer d'autant plus profond&eacute;ment la myst&eacute;rieuse structure, en m&ecirc;me temps th&eacute;ologique et anthropologique, de cette &quot;origine&quot;. En effet, dans toute la perspective de sa propre histoire, l'homme ne manquera pas de conf&eacute;rer une signification conjugale &agrave; son propre corps. M&ecirc;me si cette signification subit et subira de nombreuses d&eacute;formations, elle demeurera toujours le niveau le plus profond qui exige d'&ecirc;tre r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans toute sa simplicit&eacute; et puret&eacute; et de se manifester dans toute sa v&eacute;rit&eacute; en tant que signe de &quot;l'image de Dieu&quot;. C'est &eacute;galement par l&agrave; que passe la voie qui va du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation &agrave; la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#ho">Rm 8,11</a></i>.<br /> Restant pour l'instant sur le seuil de cette perspective historique, nous nous rendons clairement compte, sur la base de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, du lien m&ecirc;me qui existe entre la r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps et la f&eacute;licit&eacute; originelle du corps. Cette signification &quot;conjugale&quot; est &eacute;galement b&eacute;atifique et, comme telle, elle manifeste en d&eacute;finitive toute la r&eacute;alit&eacute; de cette page du Livre de la Gen&egrave;se. Sa lecture nous convainc du fait que la conscience de la signification du corps qui en d&eacute;coule - en particulier de sa signification &quot;conjugale&quot; - constitue l'&eacute;l&eacute;ment fondamental de l'existence humaine.<br /> Cette signification &quot;conjugale&quot; du corps humain ne peut se comprendre, uniquement, que dans le contexte de la personne. Le corps a une signification &quot;conjugale&quot; parce que l'homme- personne, comme dit le Concile, est une cr&eacute;ature que Dieu a voulue &quot;pour elle-m&ecirc;me&quot; et qui, par cons&eacute;quent, ne peut se trouver compl&egrave;tement que par le don d'elle-m&ecirc;me.<br /> Si le Christ a r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; l'homme et &agrave; la femme, au-del&agrave; de la vocation au mariage, une autre vocation - celle de renoncer au mariage en vue du Royaume des cieux - il a, par cette vocation, mis en relief la m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute; au sujet de la personne humaine. Si un homme et une femme sont capables de faire don de soi pour le Royaume des cieux, ceci prouve &agrave; son tour (et peut-&ecirc;tre encore plus) ce qu'est la libert&eacute; du corps humain. Cela veut dire que ce corps poss&egrave;de une pleine signification &quot;conjugale&quot;.</p> <p>- Le 16 janvier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 22:55:28 +0000 Incarnare 62 at http://www.theologieducorps.fr TDC 016 - Le Mystère de la Création et de l'innocence originelle http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-016-mystere-de-la-creation-de-linnocence-originelle <p>1. La r&eacute;alit&eacute; du don et de l'acte de donner que les premiers chapitres de la Gen&egrave;se nous pr&eacute;sentent comme &eacute;l&eacute;ment constitutif du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation confirme que le rayonnement de l'Amour est partie int&eacute;grante de ce myst&egrave;re m&ecirc;me. L'Amour seul cr&eacute;e le bien et lui seul peut, en d&eacute;finitive, &ecirc;tre per&ccedil;u dans toutes ses dimensions et sous tous ses profils dans les choses cr&eacute;&eacute;es et surtout dans l'homme. Sa pr&eacute;sence est quasi le r&eacute;sultat final de cette herm&eacute;neutique du don &agrave; laquelle nous nous livrons. La f&eacute;licit&eacute; originelle, le &quot;commencement&quot; de l'&ecirc;tre humain que Dieu &quot;cr&eacute;a homme et femme&quot; (Gn 1,27), la signification conjugale du corps dans sa nudit&eacute; originelle: tout cela exprime l'enracinement dans l'Amour.<br /> Ce &quot;donner&quot; coh&eacute;rent qui remonte jusqu'aux racines les plus profondes de la conscience et du subconscient, aux couches ultimes de l'existence subjective de tous deux, homme et femme, et qui se refl&egrave;te dans leur r&eacute;ciproque exp&eacute;rience du corps t&eacute;moigne l'enracinement dans l'Amour. Les premiers versets en parlent tellement qu'ils &eacute;liminent le moindre doute. Ils parlent non seulement de la cr&eacute;ation du monde et de l'homme dans le monde, mais aussi de la gr&acirc;ce, c'est-&agrave;- dire de la communication mutuelle de la saintet&eacute;, du rayonnement de l'Esprit qui produit un certain &eacute;tat de &quot;spiritualisation&quot; dans cet homme qui, en fait, fut le premier. Dans le langage biblique, c'est-&agrave;-dire dans le langage de la R&eacute;v&eacute;lation, la qualification de &quot;premier&quot; signifie pr&eacute;cis&eacute;ment &quot;de Dieu&quot;: &quot;Adam, fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1x.htm#k1">Lc 3,38</a></i></p> <p>2. La f&eacute;licit&eacute; est l'enracinement dans l'Amour. La f&eacute;licit&eacute; originelle nous parle du &quot;commencement&quot; de l'homme qui est issu de l'Amour et a donn&eacute; son commencement &agrave; l'amour. Et ceci s'est pass&eacute; de mani&egrave;re irr&eacute;vocable, malgr&eacute; le p&eacute;ch&eacute; qui a suivi, et malgr&eacute; la mort. A son heure, J&eacute;sus sera t&eacute;moin de cet amour irr&eacute;versible du Cr&eacute;ateur et P&egrave;re qui &eacute;tait d&eacute;j&agrave; exprim&eacute; dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et dans la gr&acirc;ce de l'innocence originelle. Et c'est &eacute;galement pourquoi le &quot;commencement&quot; de l'homme et de la femme, c'est-&agrave;-dire la v&eacute;rit&eacute; originelle de leur corps dans la masculinit&eacute; et dans la f&eacute;minit&eacute; sur laquelle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> attire notre attention, ne conna&icirc;t pas la honte. On peut &eacute;galement d&eacute;finir ce &quot;commencement&quot; comme immunisation contre la honte par effet de l'amour.</p> <p><a name="3"></a>3. Une telle immunit&eacute; nous oriente vers le myst&egrave;re de l'innocence originelle de l'homme. Elle est un myst&egrave;re de son existence, ant&eacute;rieure &agrave; la connaissance du bien et du mal et pour ainsi dire &quot;&agrave; l'ext&eacute;rieur&quot; de celle-ci. Le fait que l'homme existe de cette mani&egrave;re, ant&eacute;rieurement &agrave; la rupture de sa premi&egrave;re Alliance avec son Cr&eacute;ateur, appartient &agrave; la pl&eacute;nitude du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Si, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, la cr&eacute;ation est un don fait &agrave; l'homme, alors sa pl&eacute;nitude, sa dimension la plus profonde, sont d&eacute;termin&eacute;es par la gr&acirc;ce, c'est-&agrave;-dire par la participation &agrave; la vie int&eacute;rieure de Dieu lui-m&ecirc;me, &agrave; sa saintet&eacute;. Elle est &eacute;galement, dans l'homme, le fondement int&eacute;rieur et la source de son innocence originelle. C'est par ce concept - et plus pr&eacute;cis&eacute;ment par celui de &quot;justice originelle&quot; - que la th&eacute;ologie d&eacute;finit l'&eacute;tat de l'homme avant le p&eacute;ch&eacute; originel. Dans la pr&eacute;sente analyse de l'&quot;origine&quot;, qui nous aplanit les chemins indispensables pour comprendre la th&eacute;ologie du corps, nous devons nous pencher un moment sur le myst&egrave;re de l'&eacute;tat originel de l'homme. En effet, cette conscience du corps - ou mieux, la conscience de la signification du corps - que nous cherchons &agrave; mettre en lumi&egrave;re par l'analyse de &quot;l'origine&quot;, c'est elle pr&eacute;cis&eacute;ment qui r&eacute;v&egrave;le la caract&eacute;ristique de l'innocence originelle.<br /> Ce qui se r&eacute;v&egrave;le probablement le plus, et de mani&egrave;re directe, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, c'est justement le myst&egrave;re de cette innocence que tant l'homme que la femme des origines portent chacun en soi. Leur propre corps est en un certain sens le t&eacute;moin oculaire de cette caract&eacute;ristique. Un fait significatif est que l'affirmation contenue en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> - &quot;ils &eacute;taient nus tous deux et n'en avaient point honte&quot; (*) - est une information unique en son genre dans toute la Bible et elle ne sera jamais r&eacute;p&eacute;t&eacute;e. Par contre, nous pouvons citer de nombreux textes o&ugrave; la nudit&eacute; sera li&eacute;e &agrave; la honte ou, dans un sens encore plus fort, directement &agrave; l'&quot;ignominie&quot;. Dans cet ample contexte apparaissent d'autant plus visibles les raisons pour d&eacute;couvrir dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> une trace particuli&egrave;re du myst&egrave;re de l'innocence originelle et un facteur particulier de son rayonnement dans le sujet humain. Une telle innocence appartient &agrave; la dimension de la gr&acirc;ce contenue dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, c'est-&agrave;-dire &agrave; ce don myst&eacute;rieux fait au plus intime de l'homme - au &quot;coeur&quot; humain - qui permet &agrave; tous deux, homme et femme, d'exister, d&egrave;s l'origine, dans la relation r&eacute;ciproque du don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de soi. En ceci sont contenues, ensemble, la r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la signification &quot;conjugale&quot; du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. On comprend pourquoi nous parlons dans ce cas de r&eacute;v&eacute;lation et en m&ecirc;me temps de d&eacute;couverte. Au point de vue de notre analyse, il est essentiel que la d&eacute;couverte de la signification conjugale que nous relevons dans le t&eacute;moignage du Livre de la Gen&egrave;se se r&eacute;alise &agrave; travers l'innocence originelle; et m&ecirc;me, c'est cette d&eacute;couverte qui la r&eacute;v&egrave;le et la met en &eacute;vidence.<br /> (*) - <i>La &quot; nudit&eacute; &quot; dans le sens de &quot;absence de v&ecirc;tement&quot; signifiait, dans le Moyen-Orient ancien, l'&eacute;tat d'abjection de l'homme priv&eacute; de libert&eacute;: celui des esclaves, des prisonniers de guerre ou des condamn&eacute;s, de ceux qui ne jouissent pas de la protection de la loi. La nudit&eacute; des femmes &eacute;tait consid&eacute;r&eacute;e comme d&eacute;shonneur (cf. par ex. les menaces des proph&egrave;tes: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#b0">Os 1,2</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1p.htm#vh">Ez 23,26-29</a></i>. L'homme libre, soucieux de sa dignit&eacute;, devait s'habiller somptueusement: plus ses v&ecirc;tements &eacute;taient orn&eacute;s et plus haute &eacute;tait sa dignit&eacute; (cf. par ex. les v&ecirc;tements de Joseph qui excitaient la jalousie de ses fr&egrave;res, ou des pharisiens qui allongeaient leurs franges). La deuxi&egrave;me signification de &quot;la nudit&eacute;&quot;, au sens euph&eacute;miste, concernait l'acte sexuel. Le terme h&eacute;breu cerwat signifie un vide spatial (par exemple du paysage), une absence de v&ecirc;tements, la spoliation, mais elle n'avait en soi rien d'ignominieux.</i></p> <p>4. L'innocence originelle appartient au myst&egrave;re de l'&quot;origine&quot; humaine dont l'homme &quot;historique&quot; s'est ensuite s&eacute;par&eacute; en commettant le p&eacute;ch&eacute; originel. Ce qui ne veut pas dire toutefois qu'il ne soit pas en mesure de s'approcher de ce myst&egrave;re gr&acirc;ce &agrave; sa connaissance th&eacute;ologique. L'homme &quot;historique&quot; cherche &agrave; comprendre le myst&egrave;re de l'innocence originelle comme &agrave; travers un contraste, c'est-&agrave;-dire en remontant &eacute;galement &agrave; l'exp&eacute;rience de sa propre faute et de son propre &eacute;tat de p&eacute;cheur (*). Il cherche &agrave; comprendre l'innocence originelle comme caract&eacute;ristique essentielle pour la th&eacute;ologie du corps, en partant de l'exp&eacute;rience de la honte; en effet le texte biblique lui-m&ecirc;me l'oriente ainsi.<br /> L'innocence originelle est donc ce qui exclut radicalement - c'est-&agrave;-dire &agrave; sa racine m&ecirc;me - la honte du corps dans le rapport homme-femme, en &eacute;limine la n&eacute;cessit&eacute; dans l'homme, dans son coeur, c'est-&agrave;-dire dans sa conscience. Bien que l'innocence originelle parle surtout du don du Cr&eacute;ateur, de la gr&acirc;ce qui a permis &agrave; l'homme de vivre le sens de la donation primaire du monde, et en particulier, dans ce monde, le sens de la donation r&eacute;ciproque de l'un &agrave; l'autre par la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, cette innocence semble toutefois se r&eacute;f&eacute;rer avant tout &agrave; l'&eacute;tat int&eacute;rieur du &quot;coeur&quot; humain, de la volont&eacute; humaine. Y sont incluses, au moins indirectement, la r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la conscience morale humaine, la r&eacute;v&eacute;lation et la d&eacute;couverte de la totale dimension de la conscience - &eacute;videmment avant la connaissance du bien et du mal. Il faut, en un certain sens, l'entendre comme rectitude originelle.<br /> (*) <i>&quot;En effet, nous savons que la loi est spirituelle; mais moi je suis un &ecirc;tre de chair, vendu au pouvoir du p&eacute;ch&eacute;. Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas: car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais ... En r&eacute;alit&eacute; ce n'est plus moi qui accomplis l'action, mais le p&eacute;ch&eacute; qui habite en moi. Car je sais que nul bien n'habite en moi, je veux dire dans ma chair; en effet, vouloir le bien est &agrave; ma port&eacute;e, mais non pas l'accomplir; puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui accomplis l'action mais le p&eacute;ch&eacute; qui habite en moi. Je d&eacute;couvre donc cette loi: quand je veux faire le bien, c'est le mal qui se pr&eacute;sente &agrave; moi. Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l'homme int&eacute;rieur; mais j'aper&ccedil;ois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m'entra&icirc;ne &agrave; la loi du p&eacute;ch&eacute; qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Qui me d&eacute;livrera de ce corps qui me voue &agrave; la mort? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#gy">Rm 7,14-15</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#g1">Rm 7,17-24</a></i>. Cf. &quot;Vid&eacute;o meliora proboque, d&eacute;t&eacute;riora sequor&quot; Ovide, M&eacute;tamorphoses, VII, 20.</i></p> <p>5. Dans le prisme de notre &quot;a posteriori historique&quot;, nous cherchons donc &agrave; reconstruire d'une certaine mani&egrave;re la caract&eacute;ristique de l'innocence originelle entendue, en tant qu'&eacute;l&eacute;ment de la connaissance r&eacute;ciproque du corps, comme exp&eacute;rience de sa signification conjugale (suivant le t&eacute;moignage de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>. Etant donn&eacute; que la f&eacute;licit&eacute; et l'innocence sont inscrites dans le cadre de la communion des personnes comme si, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, il s'agissait de deux fils convergents de l'existence de l'homme, la conscience b&eacute;atifique de la signification du corps - c'est-&agrave;-dire de la signification conjugale de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; - est conditionn&eacute;e par l'innocence originelle. Il semble qu'ici rien n'emp&ecirc;che de voir dans cette innocence originelle une certaine &quot;puret&eacute; de coeur&quot; qui conserve une fid&eacute;lit&eacute; int&eacute;rieure au don selon la signification conjugale du corps. Par cons&eacute;quent, ainsi comprise, l'innocence originelle se manifeste comme un tranquille t&eacute;moignage de la conscience qui, dans ce cas, pr&eacute;c&egrave;de n'importe quelle exp&eacute;rience du bien et du mal; et ce t&eacute;moignage serein de la conscience est toutefois quelque chose d'autant plus b&eacute;atifique. On peut dire, en effet, que la conscience de la signification conjugale du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; devient &quot;humainement&quot; b&eacute;atifique uniquement gr&acirc;ce &agrave; ce t&eacute;moignage.<br /> Nous consacrerons notre prochaine m&eacute;ditation &agrave; ce sujet, c'est-&agrave;-dire au lien qui, dans l'analyse de l'&quot;origine&quot; de l'homme, se trace entre son innocence (puret&eacute; du coeur) et sa f&eacute;licit&eacute;.</p> <p>- Le 30 janvier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 22:56:52 +0000 Incarnare 63 at http://www.theologieducorps.fr TDC 017 - L'échange du don du corps crée une authentique communion http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-017-lechange-du-don-du-corps-cree-authentique-communion <p><a name="1"></a>1. Nous poursuivons l'examen de cette &quot;origine&quot; dont J&eacute;sus s'est r&eacute;clam&eacute; dans son entretien avec les pharisiens au sujet du mariage. Cette r&eacute;flexion nous impose de d&eacute;passer le seuil de l'histoire de l'homme et de remonter jusqu'&agrave; l'&eacute;tat d'innocence originelle. Pour saisir la signification de cette innocence nous nous basons, d'une certaine mani&egrave;re, sur l'exp&eacute;rience de l'homme &quot;historique&quot;, sur le t&eacute;moignage de son coeur, de sa conscience.</p> <p><a name="2"></a>2. Suivant la ligne de l'&quot;a posteriori historique&quot; nous tentons de reconstruire les caract&eacute;ristiques de l'innocence originelle contenues dans l'exp&eacute;rience r&eacute;ciproque du corps et de sa signification conjugale, selon ce qu'attest&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> La situation qui s'y trouve d&eacute;crite r&eacute;v&egrave;le l'exp&eacute;rience b&eacute;atifique de la signification du corps que, dans le climat du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, l'&ecirc;tre humain puise pour ainsi dire dans la compl&eacute;mentarit&eacute; de ce qui en lui est homme et femme. Toutefois, il faut qu'&agrave; la racine de cette exp&eacute;rience il y ait la libert&eacute; int&eacute;rieure du don, surtout unie &agrave; l'innocence. La volont&eacute; humaine est originellement innocente et, de cette mani&egrave;re, elle facilite la r&eacute;ciprocit&eacute; et l'&eacute;change du don du corps, selon sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute; en tant que don de la personne. Par cons&eacute;quent, l'innocence attest&eacute;e par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> peut &ecirc;tre d&eacute;finie innocence de la r&eacute;ciproque exp&eacute;rience du corps. La phrase &quot;Tous deux &eacute;taient nus, l'homme et sa femme, et ils n'en avaient point honte&quot; exprime pr&eacute;cis&eacute;ment cette innocence dans la r&eacute;ciproque &quot;exp&eacute;rience du corps&quot;, innocence inspirant l'&eacute;change int&eacute;rieur du don que la signification conjugale de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; r&eacute;alise concr&egrave;tement dans le rapport r&eacute;ciproque. Ainsi donc, pour comprendre l'innocence de la mutuelle exp&eacute;rience du corps, nous devons t&acirc;cher de comprendre en quoi consiste l'innocence int&eacute;rieure dans l'&eacute;change du don de la personne. Cet &eacute;change constitue en effet la vraie source de l'exp&eacute;rience de l'innocence.</p> <p><a name="3"></a>3. Nous pouvons dire que l'innocence (c'est-&agrave;-dire la droiture d'intention) dans l'&eacute;change du don consiste en une telle &quot;acceptation&quot; r&eacute;ciproque de l'autre qu'elle correspond &agrave; l'essence m&ecirc;me du don. De cette fa&ccedil;on la donation mutuelle cr&eacute;e la communion des personnes. Il s'agit, pour autant, d'&quot;accueillir&quot; l'autre &ecirc;tre humain et de &quot;l'accepter&quot;, pr&eacute;cis&eacute;ment parce que, dans cette relation mutuelle dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, l'homme et la femme deviennent un don l'un pour l'autre, par toute la v&eacute;rit&eacute; et l'&eacute;vidence de leur propre corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Il s'agit, donc, d'une &quot;acceptation&quot; ou d'un &quot;accueil&quot; tels qu'ils expriment et soutiennent dans la nudit&eacute; vis-&agrave;-vis l'un de l'autre la signification du don et approfondissent la dignit&eacute; r&eacute;ciproque de ce dernier. Cette dignit&eacute; correspond profond&eacute;ment au fait que le Cr&eacute;ateur a voulu (et veut continuellement) l'&ecirc;tre humain, homme et femme, &quot;pour lui- m&ecirc;me&quot;. L'innocence du &quot;coeur&quot; et, par cons&eacute;quent, l'innocence de l'exp&eacute;rience signifie une participation morale &agrave; l'&eacute;ternel et permanent acte de volont&eacute; de Dieu.<br /> Le contraire de cet &quot;accueil&quot; ou &quot;acceptation&quot; de l'autre &ecirc;tre humain comme don serait une privation du don lui-m&ecirc;me et, pour autant une transformation et m&ecirc;me une r&eacute;duction de l'autre au rang d'objet pour moi-m&ecirc;me (objet de concupiscence, d'&quot;appropriation indue&quot;, etc.).<br /> En ce moment, nous ne traiterons pas de fa&ccedil;on d&eacute;taill&eacute;e cette multiple et pr&eacute;sumable antith&egrave;se du don. Il importe toutefois de constater, d&eacute;j&agrave; ici, dans le contexte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> qu'une telle fa&ccedil;on d'extorquer son don &agrave; l'autre &ecirc;tre humain (l'homme &agrave; la femme et vice versa) et de le r&eacute;duire int&eacute;rieurement &agrave; un pur &quot;objet pour moi&quot; devrait pr&eacute;cis&eacute;ment marquer le d&eacute;but de la honte. Celle-ci correspond, en effet, &agrave; une menace inflig&eacute;e au don dans son intimit&eacute; personnelle et d&eacute;montre l'&eacute;croulement int&eacute;rieur de l'innocence dans l'exp&eacute;rience r&eacute;ciproque.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Suivant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, &quot;homme et femme, ils n'avaient pas honte&quot;. Ceci nous permet de conclure que l'&eacute;change du don, auquel participe toute leur humanit&eacute;, &acirc;me et corps, f&eacute;minit&eacute; et masculinit&eacute;, se r&eacute;alise en conservant la caract&eacute;ristique int&eacute;rieure (c'est-&agrave;-dire pr&eacute;cis&eacute;ment l'innocence) du don de soi et de l'acceptation de l'autre comme don. Ces deux fonctions du mutuel &eacute;change sont en &eacute;troite connexion durant tout le processus du &quot;don de soi&quot;: donner et accepter le don se comp&eacute;n&egrave;trent de sorte que le fait de donner lui-m&ecirc;me devient acceptation et celui d'accepter revient &agrave; donner.</p> <p><a name="5"></a>5. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> nous permet de d&eacute;duire que la femme, qui dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation est &quot;donn&eacute;e&quot; &agrave; l'homme par le Cr&eacute;ateur, est, gr&acirc;ce &agrave; l'innocence originelle &quot;accueillie&quot; par lui, c'est-&agrave;-dire accept&eacute;e comme don. Le texte biblique est &agrave; ce propos tout &agrave; fait clair et limpide. En m&ecirc;me temps l'acceptation de la femme par l'homme et sa mani&egrave;re m&ecirc;me de l'accueillir deviennent quasi une premi&egrave;re donation, si bien que la femme en se donnant (d&egrave;s le premier moment o&ugrave; dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation elle a &eacute;t&eacute; &quot;donn&eacute;e&quot; &agrave; l'homme par le Cr&eacute;ateur) &quot;se d&eacute;couvre elle-m&ecirc;me &quot;, gr&acirc;ce au fait qu'elle a &eacute;t&eacute; accept&eacute;e et accueillie et gr&acirc;ce, en m&ecirc;me temps, &agrave; la mani&egrave;re dont elle a &eacute;t&eacute; re&ccedil;ue par l'homme. Elle se retrouve donc elle-m&ecirc;me dans le propre fait de se donner (&quot;en un don sinc&egrave;re de soi&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>, quand elle est accueillie telle que l'a voulue le Cr&eacute;ateur, c'est-&agrave;-dire &quot;pour elle-m&ecirc;me&quot;, dans son humanit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Quand dans cette acceptation se trouve assur&eacute;e toute la dignit&eacute; du don, moyennant l'offrande de ce qu'elle est dans toute la v&eacute;rit&eacute; de son humanit&eacute; et dans toute la r&eacute;alit&eacute; de son corps et sexe, de sa f&eacute;minit&eacute;, elle atteint la profondeur intime de sa personne et parvient &agrave; la pleine possession de soi-m&ecirc;me. Ajoutons que ce fait de se retrouver soi-m&ecirc;me dans son propre don devient source d'un nouveau don de soi qui cro&icirc;t en vertu de la disposition int&eacute;rieure &agrave; l'&eacute;change du don et dans la mesure o&ugrave; il rencontre une acceptation et un accueil identiques et m&ecirc;me plus profonds, comme fruit d'une conscience toujours plus intense du don lui-m&ecirc;me.</p> <p><a name="6"></a>6. Il semble que le second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation a assign&eacute; &agrave; l'homme &quot;d&egrave;s l'origine&quot; la fonction de celui qui surtout re&ccedil;oit le don (cf. particuli&egrave;rement <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>. La femme est &quot;d&egrave;s l'origine&quot; confi&eacute;e &agrave; ses yeux, &agrave; sa conscience, &agrave; sa sensibilit&eacute;, &agrave; son &quot;coeur&quot;; lui, par contre, il doit, en un certain sens, assurer le processus m&ecirc;me de l'&eacute;change du don, la r&eacute;ciproque comp&eacute;n&eacute;tration du &quot;donner et recevoir en don&quot; qui, pr&eacute;cis&eacute;ment par sa r&eacute;ciprocit&eacute;, cr&eacute;e une authentique communion de personnes.<br /> Si, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, la femme est celle qui a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e &agrave; l'homme, celui-ci, de son c&ocirc;t&eacute;, la recevant en don dans la pleine v&eacute;rit&eacute; de sa personne et f&eacute;minit&eacute;, l'enrichit du fait m&ecirc;me et, en m&ecirc;me temps, lui, il se trouve enrichi dans cette relation r&eacute;ciproque. L'homme s'enrichit non seulement gr&acirc;ce &agrave; elle qui lui donne sa propre personne et f&eacute;minit&eacute; mais aussi gr&acirc;ce &agrave; la donation de lui-m&ecirc;me. La donation par l'homme, en r&eacute;ponse &agrave; celle de la femme, est un enrichissement pour lui-m&ecirc;me. En effet, il s'y manifeste, pour ainsi dire, l'essence sp&eacute;cifique de sa masculinit&eacute; qui, par la r&eacute;alit&eacute; du corps et sexe, atteint la profondeur intime de la &quot;ma&icirc;trise de soi&quot; gr&acirc;ce &agrave; laquelle il est capable tant de se donner lui-m&ecirc;me que de recevoir le don de l'autre. L'homme, donc, non seulement re&ccedil;oit le don mais, simultan&eacute;ment, par la r&eacute;v&eacute;lation de l'essence spirituelle int&eacute;rieure de sa masculinit&eacute;, il est accueilli par la femme comme un don, avec toute la v&eacute;rit&eacute; de son corps et sexe. Ainsi re&ccedil;u, lui, par cette acceptation et cet accueil du don de sa propre masculinit&eacute;, il s'enrichit. Par la suite, cette acceptation o&ugrave; l'homme se retrouve lui-m&ecirc;me gr&acirc;ce au &quot;don sinc&egrave;re de soi&quot; devient en lui source d'un nouveau et plus profond enrichissement de la femme avec lui. L'&eacute;change est r&eacute;ciproque, et en lui se r&eacute;v&egrave;lent et croissent les effets mutuels du &quot;don sinc&egrave;re&quot; et de la &quot;d&eacute;couverte de soi&quot;.<br /> De cette mani&egrave;re, en suivant les traces de l'&quot;a posteriori historique&quot; - et surtout en suivant les traces du coeur humain - nous pouvons reproduire et pour ainsi dire reconstruire cet &eacute;change r&eacute;ciproque du don de la personne qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;crit dans l'antique texte, si riche et profond, de la Gen&egrave;se.</p> <p>- Le 6 f&eacute;vrier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 22:58:34 +0000 Incarnare 64 at http://www.theologieducorps.fr TDC 018 - L'innocence originelle et l'état historique de l'homme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-018-linnocence-originelle-letat-historique-de-lhomme <p>1. La m&eacute;ditation d'aujourd'hui pr&eacute;suppose tout ce qui a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; acquis dans les diverses analyses accomplies jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. Celles-ci ont jailli de la r&eacute;ponse que J&eacute;sus donna &agrave; ses interlocuteurs <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pv">Mc 10,1-12</a></i> qui lui avaient pos&eacute; une question sur le mariage, sur son indissolubilit&eacute; et son unit&eacute;. Le Ma&icirc;tre leur avait recommand&eacute; de consid&eacute;rer attentivement ce qui &eacute;tait &quot;d&egrave;s l'origine&quot;. C'est pourquoi nous avons jusqu'&agrave; pr&eacute;sent cherch&eacute;, dans le cycle de nos m&eacute;ditations pr&eacute;c&eacute;dentes, &agrave; reproduire de quelque mani&egrave;re la r&eacute;alit&eacute; de l'union ou, mieux, de la communion des personnes v&eacute;cue &quot;d&egrave;s l'origine&quot; par l'homme et la femme. Par la suite, nous avons cherch&eacute; &agrave; p&eacute;n&eacute;trer le contenu du tr&egrave;s concis verset <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>: &quot;Or tous deux &eacute;taient nus, l'homme et sa femme, et ils n'en avaient point honte.&quot;<br /> Ces paroles se r&eacute;f&egrave;rent au don de l'innocence originelle et elles en r&eacute;v&egrave;lent le caract&egrave;re de mani&egrave;re pour ainsi dire synth&eacute;tique. La th&eacute;ologie a construit sur cette base l'image globale de l'innocence et de la justice originelles de l'homme avant le p&eacute;ch&eacute; originel, appliquant la m&eacute;thode de l'objectivation, sp&eacute;cifique de la m&eacute;taphysique et de l'anthropologie m&eacute;taphysique. Dans la pr&eacute;sente analyse nous cherchons plut&ocirc;t &agrave; consid&eacute;rer l'aspect de la subjectivit&eacute; humaine; celle-ci semble, du reste, &ecirc;tre plus proche des textes originaux, sp&eacute;cialement du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation, c'est-&agrave;-dire du texte yahviste.</p> <p>2. Ind&eacute;pendamment d'une certaine diversit&eacute; d'interpr&eacute;tation, il semble assez &eacute;vident que l'&quot;exp&eacute;rience du corps&quot; que nous pouvons d&eacute;duire de l'archa&iuml;que texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> et plus encore de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, indique un degr&eacute; de &quot;spiritualisation&quot; de l'homme diff&eacute;rent de celui dont parle le m&ecirc;me texte apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i> et que nous connaissons d'apr&egrave;s l'exp&eacute;rience de l'homme historique. C'est une mesure de &quot;spiritualisation&quot; diff&eacute;rente qui comporte une autre composition des forces int&eacute;rieures de l'homme m&ecirc;me, quasi un autre rapport corps-&acirc;me, d'autres proportions internes de la sensitivit&eacute;, de la spiritualit&eacute;, de l'affectivit&eacute;, c'est-&agrave;-dire un autre degr&eacute; de sensibilit&eacute; int&eacute;rieure aux dons de l'Esprit Saint. Tout ceci conditionne l'&eacute;tat d'innocence originelle de l'homme et, en m&ecirc;me temps, le d&eacute;termine, nous permettant &eacute;galement de comprendre le r&eacute;cit de la Gen&egrave;se. La th&eacute;ologie et de m&ecirc;me le magist&egrave;re de l'Eglise ont donn&eacute; une forme propre &agrave; cette v&eacute;rit&eacute; fondamentale.<br /> - Note <i>&quot;Si quelqu'un ne confesse pas que le premier homme Adam apr&egrave;s avoir transgress&eacute; le commandement de Dieu en paradis a aussit&ocirc;t perdu la saintet&eacute; et la justice dans lesquelles il avait &eacute;t&eacute; constitu&eacute; ... qu'il soit anath&egrave;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5d">DS 1511-1512</a></i>. &quot; Nos premiers parents ont &eacute;t&eacute; constitu&eacute;s dans un &eacute;tat de saintet&eacute; et de justice (...). Cet &eacute;tat de justice originelle qui a &eacute;t&eacute; conf&eacute;r&eacute; &agrave; nos premiers parents &eacute;tait gratuit et vraiment surnaturel (...). Nos premiers parents ont &eacute;t&eacute; constitu&eacute;s dans un &eacute;tat de nature int&eacute;grale, c'est-&agrave;-dire qu'ils &eacute;taient exempts de la concupiscence, de l'ignorance, de la douleur et de la mort (...) ils jouissaient d'un bonheur singulier (...). Les dons de l'int&eacute;grit&eacute; conf&eacute;r&eacute;s &agrave; nos premiers parents &eacute;taient gratuits et pr&eacute;ternaturels&quot; (A. TANQUEREY, Synopsis Theologiae Dogmaticae, Paris 1943 24, p. 534-549)</i>.</p> <p>3. Entreprenant l'analyse de l'&quot;origine&quot; selon la dimension de la th&eacute;ologie du corps, nous le faisons en nous basant sur les paroles par lesquelles le Christ lui-m&ecirc;me s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; cette &quot;origine&quot;. Quand il dit: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i> il nous a ordonn&eacute; et il continue toujours &agrave; nous ordonner de retourner &agrave; la profondeur du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Et nous le faisons, pleinement conscients du don de l'innocence originelle propre de l'homme avant le p&eacute;ch&eacute; originel. Bien qu'une barri&egrave;re infranchissable nous s&eacute;pare de ce que l'&ecirc;tre humain &eacute;tait alors comme homme et femme en vertu du don de la gr&acirc;ce unie au myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et de ce qu'ils ont &eacute;t&eacute; l'un pour l'autre comme don r&eacute;ciproque, nous cherchons toutefois &agrave; comprendre cet &eacute;tat d'innocence originelle dans son lien avec l'&eacute;tat &quot;historique&quot; de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel: status naturae lapsae simul et redemptae.<br /> Faisant appel &agrave; la cat&eacute;gorie de l'&quot;a posteriori historique&quot;, nous t&acirc;chons de parvenir au sens originel du corps et de saisir le lien existant entre lui et la nature de l'innocence originelle dans l'&quot;exp&eacute;rience du corps&quot; telle qu'elle est mise de mani&egrave;re si significative en &eacute;vidence dans le Livre de la Gen&egrave;se. Nous arrivons &agrave; la conclusion qu'il est extr&ecirc;mement important de pr&eacute;ciser ce lien, non seulement &agrave; l'&eacute;gard de la &quot;pr&eacute;histoire th&eacute;ologique&quot; de l'homme durant laquelle la coexistence de l'homme et de la femme &eacute;tait &agrave; peu pr&egrave;s compl&egrave;tement impr&eacute;gn&eacute;e de la gr&acirc;ce de l'innocence originelle, mais aussi par rapport &agrave; ses possibilit&eacute;s de nous r&eacute;v&eacute;ler les racines permanentes de l'aspect humain et surtout th&eacute;ologique de l'ethos du corps.</p> <p>4. L'&ecirc;tre humain entre dans le monde, et quasi dans la trame la plus intime de son avenir et de son histoire, avec la conscience de la signification conjugale de son propre corps, de sa propre masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. L'innocence originelle indique que cette signification est conditionn&eacute;e &quot;&eacute;thiquement&quot; et, en outre, qu'elle constitue pour sa part l'avenir de l'ethos humain. Ceci est extr&ecirc;mement important pour la th&eacute;ologie du corps: c'est la raison pour laquelle nous devons &eacute;difier cette th&eacute;ologie en partant de &quot;l'origine&quot;, suivant avec soin l'indication des paroles du Christ.<br /> Dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation le Seigneur a donn&eacute; de mani&egrave;re particuli&egrave;re l'homme et la femme l'un &agrave; l'autre et ceci non seulement selon la dimension de ce premier couple humain et de cette premi&egrave;re communion de personnes, mais dans la perspective tout enti&egrave;re de l'existence du genre humain et de la famille humaine. Le fait fondamental de cette existence de l'homme dans chaque &eacute;tape de son histoire est que Dieu &quot;les cr&eacute;a homme et femme&quot;; en fait, il les a toujours cr&eacute;&eacute;s ainsi, et ils sont toujours ainsi. La compr&eacute;hension des significations fondamentales contenues dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation, comme la signification conjugale du corps (et des conditionnements fondamentaux de cette signification) est importante; elle est indispensable pour savoir ce qu'est l'homme et ce qu'il doit &ecirc;tre et donc comment il devrait fa&ccedil;onner sa propre activit&eacute;. C'est chose essentielle et importante pour l'avenir de l'&eacute;thos humain.</p> <p>5. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> constate que les deux, homme et femme, ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s pour le mariage: &quot;C'est pourquoi l'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot;. De cette mani&egrave;re s'ouvre une grande perspective cr&eacute;atrice: qui est pr&eacute;cis&eacute;ment la perspective de l'existence de l'homme qui se renouvelle continuellement par la &quot;procr&eacute;ation&quot; (on pourrait dire par &quot;l'auto-reproduction &quot;). Cette perspective est profond&eacute;ment enracin&eacute;e dans la conscience de l'humanit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> et, &eacute;galement, dans la conscience particuli&egrave;re de la signification conjugale du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>. Avant de devenir mari et femme (il en sera parl&eacute; concr&egrave;tement par la suite, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>) l'homme et la femme &eacute;mergent du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation d'abord et avant tout comme fr&egrave;re et soeur dans la m&ecirc;me humanit&eacute;. La compr&eacute;hension de la signification conjugale du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; r&eacute;v&egrave;le le fond de leur libert&eacute; qui est libert&eacute; du don.<br /> De l&agrave; part cette communion de personnes dans laquelle tous deux se rencontrent et se donnent l'un &agrave; l'autre dans la pl&eacute;nitude de leur subjectivit&eacute;. Et ainsi tous deux croissent comme personne-sujet et croissent r&eacute;ciproquement l'un pour l'autre &eacute;galement de par le corps et par cette nudit&eacute; d&eacute;pourvue de honte. Dans cette communion de personnes est parfaitement assur&eacute;e, dans toute sa profondeur, la solitude originelle de l'homme (du premier et de tous) et, en m&ecirc;me temps, cette solitude s'&eacute;largit, impr&eacute;gn&eacute;e merveilleusement du don de &quot;l'autre&quot;. Si l'homme et la femme cessent d'&ecirc;tre l'un pour l'autre un don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; comme ils l'&eacute;taient l'un pour l'autre dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, ils se rendent compte alors &quot;qu'ils sont nus&quot; <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gki.htm#bae">cf.</a> . Et dans leur coeur na&icirc;tra la honte de cette nudit&eacute;, une honte qu'ils avaient ignor&eacute;e dans leur &eacute;tat d'innocence originelle.<br /> L'innocence originelle manifeste et, en m&ecirc;me temps, constitue l'&eacute;thos parfait du don.<br /> Nous reviendrons encore sur ce sujet.</p> <p>- 13 f&eacute;vrier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 22:59:47 +0000 Incarnare 65 at http://www.theologieducorps.fr TDC 019 - Le Sacrement du mystère de la vérité et de l'amour http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-019-sacrement-du-mystere-de-la-verite-de-lamour <p>1. Le livre de la Gen&egrave;se rel&egrave;ve que l'homme et la femme sont cr&eacute;&eacute;s pour le mariage: &quot; ...L'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.<br /> C'est ainsi que s'ouvre la grande perspective cr&eacute;atrice de l'existence humaine qui se renouvelle toujours par la &quot;procr&eacute;ation&quot; qui est &quot;auto-reproduction&quot;. Cette perspective est enracin&eacute;e dans la conscience de l'humanit&eacute; et &eacute;galement dans la compr&eacute;hension particuli&egrave;re de la signification conjugale du corps avec sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Homme et femme sont, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, un don r&eacute;ciproque. L'innocence originelle manifeste et, en m&ecirc;me temps d&eacute;termine l'&eacute;thos parfait du don.<br /> Nous en avons parl&eacute; durant notre pr&eacute;c&eacute;dente rencontre. L'&eacute;thos du don permet de cerner en partie le probl&egrave;me de la &quot;subjectivit&eacute;&quot; de l'homme, un sujet fait &agrave; l'image et &agrave; la ressemblance de Dieu. Dans le r&eacute;cit de la cr&eacute;ation (particuli&egrave;rement dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>) il appara&icirc;t certain que &quot;la femme&quot;, n'est pas simplement &quot;un objet&quot; pour l'homme bien qu'ils restent tous deux face &agrave; face dans la pl&eacute;nitude de leur objectivit&eacute; de cr&eacute;ature, comme &quot;chair de ma chair, os de mes os&quot;, comme homme et femme, tous deux nus. Seule la nudit&eacute; qui fait de la femme l'&quot;objet&quot; pour l'homme, et vice-versa, est source de honte. Le fait qu'&quot;ils n'&eacute;prouvaient pas de honte&quot;, veut dire que la femme n'&eacute;tait pas pour l'homme un &quot;objet&quot; pas plus que lui ne l'&eacute;tait pour elle. D'une certaine mani&egrave;re, l'innocence int&eacute;rieure comme &quot;puret&eacute; de coeur&quot; rendait impossible que l'un soit r&eacute;duit par l'autre au niveau de simple objet. S'ils &quot;n'&eacute;prouvaient pas de honte&quot;, cela veut dire qu'ils &eacute;taient unis par la conscience du don, qu'ils avaient r&eacute;ciproquement conscience de la signification conjugale de leurs corps qui exprime la libert&eacute; du don et manifeste toute la richesse int&eacute;rieure de la personne en tant que sujet. Cette p&eacute;n&eacute;tration r&eacute;ciproque de l'&quot;ego&quot; des personnes humaines, de l'homme et de la femme, semble exclure subjectivement n'importe quelle &quot;r&eacute;duction au rang d'objet&quot;. En ceci se r&eacute;v&egrave;le le profil subjectif de cet amour dont on peut dire du reste qu'il est totalement et fonci&egrave;rement &quot;objectif&quot; du fait qu'il se nourrit de la r&eacute;ciproque &quot;objectivit&eacute;&quot; m&ecirc;me du don.</p> <p>2. Apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, l'homme et la femme perdront la gr&acirc;ce de l'innocence originelle. La d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps cessera d'&ecirc;tre pour eux une simple r&eacute;alit&eacute; de la r&eacute;v&eacute;lation et de la gr&acirc;ce. Cette signification restera toutefois comme un engagement qui lui vient de l'&eacute;thos du don, inscrit au plus profond du coeur humain comme un &eacute;cho lointain de l'innocence originelle. A partir de cette signification conjugale l'amour humain se formera dans sa v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure et dans son authenticit&eacute; subjective. Et l'homme s'y d&eacute;couvrira continuellement lui- m&ecirc;me - m&ecirc;me sous le voile de la honte - comme gardien du myst&egrave;re du sujet, c'est-&agrave;-dire de la libert&eacute; du don, au point de la d&eacute;fendre contre n'importe quelle r&eacute;duction au niveau de pur objet.</p> <p>3. A ce moment, toutefois, nous nous trouvons au seuil de l'histoire terrestre de l'homme. L'homme et la femme ne l'ont pas encore franchi vers la connaissance du bien et du mal. Ils sont plong&eacute;s dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation; et la profondeur de ce myst&egrave;re cach&eacute; dans leur coeur est l'innocence, la gr&acirc;ce, l'amour et la justice: &quot;Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i> L'&ecirc;tre humain appara&icirc;t dans le monde visible comme l'expression la plus haute du don divin parce qu'il tient en soi la dimension int&eacute;rieure du don. Et, avec elle, il apporte dans le monde sa ressemblance particuli&egrave;re avec Dieu et gr&acirc;ce &agrave; celle-ci il transcende et domine &eacute;galement sa &quot;visibilit&eacute;&quot; dans le monde, sa corpor&eacute;it&eacute;, sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;, sa nudit&eacute;. Ce qui refl&egrave;te &eacute;galement cette ressemblance, c'est la conscience primordiale de la signification conjugale du corps, conscience impr&eacute;gn&eacute;e du myst&egrave;re de l'innocence originelle.</p> <p><a name="4"></a>4. Et ainsi, dans cette dimension se constitue un sacrement primordial entendu comme signe qui transmet efficacement dans le monde visible le myst&egrave;re invisible cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute;. Et ceci est le myst&egrave;re de la V&eacute;rit&eacute; et de l'Amour, le myst&egrave;re de la vie divine &agrave; laquelle l'homme participe r&eacute;ellement. Dans l'histoire de l'homme, c'est l'innocence originelle qui ouvre cette participation et elle est &eacute;galement la source de la f&eacute;licit&eacute; originelle. Comme signe visible, le sacrement se constitue avec l'&ecirc;tre humain en tant que corps et par le fait de sa visible masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Le corps en effet - et seulement lui - est capable de rendre visible ce qui est invisible: le spirituel et le divin. Il a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; pour transf&eacute;rer dans la r&eacute;alit&eacute; visible du monde le myst&egrave;re cach&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute; en Dieu et en &ecirc;tre le signe visible.</p> <p>5. Donc, dans l'homme cr&eacute;&eacute; &agrave; l'image de Dieu, en un certain sens a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; le caract&egrave;re sacramentel m&ecirc;me de la cr&eacute;ation, le caract&egrave;re sacramentel du monde. En effet, par sa corpor&eacute;it&eacute;, sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, l'&ecirc;tre humain devient signe visible de l'&eacute;conomie de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour qui a sa source en Dieu lui-m&ecirc;me et qui fut d&eacute;j&agrave; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Ce vaste fond nous permet de comprendre pleinement les paroles constituant le sacrement du mariage que nous trouvons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> (&quot;L'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme, et ils deviendront une seule chair&quot;).<br /> Ce vaste fond nous permet en outre de comprendre que les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> &quot;tous deux &eacute;taient nus, l'homme et sa femme, et ils n'en avaient point honte&quot; expriment, par toute la profondeur de leur signification anthropologique, le fait qu'avec l'homme, la saintet&eacute; est entr&eacute;e dans le monde visible cr&eacute;&eacute; pour lui. Le sacrement du monde et le sacrement de l'homme dans le monde proviennent de la source divine de la saintet&eacute; et sont en m&ecirc;me temps institu&eacute;s pour la saintet&eacute;. L'innocence originelle, li&eacute;e &agrave; l'exp&eacute;rience de la signification conjugale du corps, est la saintet&eacute; m&ecirc;me qui permet &agrave; l'homme de s'exprimer profond&eacute;ment par son propre corps et ceci, pr&eacute;cis&eacute;ment, gr&acirc;ce au &quot;don sinc&egrave;re de soi&quot;. Dans ce cas, la conscience du don conditionne &quot;le sacrement du corps&quot;: l'&ecirc;tre humain se sent, dans son corps d'homme ou de femme, sujet de saintet&eacute;.</p> <p>6. Ainsi conscient de la signification de son propre corps, l'&ecirc;tre humain, en tant qu'homme et femme, entre dans le monde comme sujet de v&eacute;rit&eacute; et d'amour. On peut dire que <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> raconte en quelque sorte la premi&egrave;re f&ecirc;te de l'humanit&eacute; dans toute la pl&eacute;nitude originelle de l'exp&eacute;rience de la signification conjugale du corps, et c'est une f&ecirc;te de l'humanit&eacute; qui tire son origine des sources divines de la V&eacute;rit&eacute; et de l'Amour d&egrave;s le moment m&ecirc;me de la cr&eacute;ation. Et m&ecirc;me si, bien vite, sur cette f&ecirc;te originelle s'&eacute;tendra l'horizon du p&eacute;ch&eacute; et de la mort <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i>, nous puisons une premi&egrave;re esp&eacute;rance d&eacute;j&agrave; dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation: c'est-&agrave;-dire que le fruit de l'&eacute;conomie divine de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour qui nous est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e &quot;&agrave; l'origine&quot; est non pas la mort mais la vie, et non la destruction du corps de l'homme cr&eacute;&eacute; &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot; mais plut&ocirc;t &quot;son appel &agrave; la gloire&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#ib">Rm 8,30</a></i>.</p> <p>- Le 20&nbsp;f&eacute;vrier 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 23:01:12 +0000 Incarnare 66 at http://www.theologieducorps.fr TDC 020 - La signification biblique de la connaissance dans la coexistence matrimoniale http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-020-la-signification-biblique-de-la-connaissance-dans-la-coexistence-matrimoniale <p><a name="1"></a>1. A l'ensemble des analyses que nous avons consacr&eacute;es &agrave; l&quot;origine&quot; biblique, nous allons encore ajouter un bref passage de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4</a></i>. A cette fin, toutefois, il faut toujours se r&eacute;f&eacute;rer d'abord aux paroles que le Christ a prononc&eacute;es lors de son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zy">Mt 19,7-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#py">Mc 10,4-6</a></i> (*), car c'est dans leur climat que se d&eacute;veloppent nos r&eacute;flexions; elles concernent en effet le contexte de l'existence humaine en vertu duquel la mort et la destruction du corps qui en r&eacute;sulte (r&eacute;pondant &agrave; ce &quot;tu retourneras en poussi&egrave;re&quot; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f3">Gn 3,19</a></i>) sont devenues le sort commun de l'homme. Le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'&quot;origine&quot;, &agrave; la dimension originelle du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation alors que cette dimension avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; an&eacute;antie par le mysterium iniquitatis, c'est-&agrave;-dire par le p&eacute;ch&eacute; et, avec lui, par la mort: mysterium mortis. Le p&eacute;ch&eacute; et la mort sont entr&eacute;s dans l'histoire de l'homme, d'une certaine fa&ccedil;on, &agrave; travers le coeur m&ecirc;me de cette unit&eacute;, qui depuis &quot;l'origine&quot; &eacute;tait form&eacute;e de l'homme et de la femme, cr&eacute;&eacute;s et appel&eacute;s &agrave; &ecirc;tre &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Nous avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; au d&eacute;but de nos m&eacute;ditations qu'en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'&quot;origine&quot;, le Christ nous entra&icirc;ne, en un certain sens, au-del&agrave; de la limite de l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; h&eacute;r&eacute;ditaire de l'homme, jusqu'&agrave; son innocence originelle; et il nous permet ainsi de trouver la continuit&eacute; et le lien, existant entre ces deux situations, qui ont provoqu&eacute; le drame des origines et &eacute;galement la r&eacute;v&eacute;lation &agrave; l'homme historique du myst&egrave;re de l'homme.<br /> (*) Note <i>Il faut tenir compte du fait que dans son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zy">Mt 19,7-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#py">Mc 10,4-6</a></i> le Christ prend position au sujet de la praxis de la loi mosa&iuml;que concernant &quot;l'acte de r&eacute;pudiation&quot;. La phrase &quot;&agrave; cause de la duret&eacute; de vos coeurs&quot; prononc&eacute;e par J&eacute;sus refl&egrave;te non seulement &quot;l'histoire des coeurs&quot; mais aussi toute la complexit&eacute; de la loi positive de l'Ancien Testament qui cherchait toujours le &quot;compromis humain&quot; dans ce domaine si d&eacute;licat.</i></p> <p>Ceci nous permet, pour ainsi dire, de passer des analyses au sujet de l'&eacute;tat d'innocence originelle &agrave; la derni&egrave;re de celles-ci, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'analyse &quot;de la connaissance et de la g&eacute;n&eacute;ration &quot;. Sur le plan th&eacute;matique elles sont &eacute;troitement li&eacute;es &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute;, ins&eacute;r&eacute;e dans le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27-28</a></i>. Sur le plan historique, par contre, elles sont d&eacute;j&agrave; ins&eacute;r&eacute;es dans cet horizon de p&eacute;ch&eacute; et de mort qui, comme l'expose (Gn 3), a pes&eacute; sur la conscience de la signification du corps humain, en m&ecirc;me temps que la violation de la premi&egrave;re alliance avec le Cr&eacute;ateur.</p> <p><a name="2"></a>2. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4</a></i>, et donc encore dans le cadre du texte yahviste, nous lisons: &quot;L'homme (Adam) connut Eve, sa femme; elle con&ccedil;ut Ca&iuml;n et elle dit: &quot;J'ai acquis un homme de par Yahv&eacute;!&quot; Elle donna aussi le jour &agrave; Abel, fr&egrave;re de Ca&iuml;n&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> Si nous rattachons &agrave; la &quot;connaissance&quot; ce premier fait de la naissance d'un homme, nous le faisons en nous basant sur la traduction litt&eacute;rale du texte, selon lequel &quot;l'union&quot; conjugale est pr&eacute;cis&eacute;ment d&eacute;finie comme &quot;connaissance&quot;. En effet la traduction cit&eacute;e ci-dessus se pr&eacute;sente souvent ainsi: &quot;Adam s'unit &agrave; Eve, sa femme&quot; alors que la traduction litt&eacute;rale est: &quot;il connut sa femme&quot;, ce qui semble correspondre de mani&egrave;re plus appropri&eacute;e au terme s&eacute;mitique y&acirc;da (*). En ceci on peut constater la pauvret&eacute; de la langue archa&iuml;que qui manque d'un choix d'expressions pour d&eacute;finir des faits diff&eacute;rents. Il reste toutefois significatif que la situation du mari et de sa femme qui s'unissent de mani&egrave;re si &eacute;troite qu'&quot;ils ne sont plus qu'une seule chair&quot; a &eacute;t&eacute; d&eacute;finie comme &quot;connaissance&quot;. En effet, de la pauvret&eacute; m&ecirc;me du langage semble &eacute;merger une profondeur sp&eacute;cifique de signification d&eacute;coulant pr&eacute;cis&eacute;ment de toutes les significations jusqu'&agrave; pr&eacute;sent analys&eacute;es.<br /> (*) Note <i>&quot;Conna&icirc;tre&quot; (Y&acirc;da') dans le langage biblique ne signifie pas seulement une connaissance purement intellectuelle, mais aussi une exp&eacute;rience concr&egrave;te, comme par exemple l'exp&eacute;rience de la souffrance <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgf">Is 53,3</a></i>, du p&eacute;ch&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/boa.htm#d5">1S 3,13</a></i> de la guerre et de la paix <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwo.htm#dp">Jg 3,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftq.htm#bjd">Is 59,8</a></i>. De cette exp&eacute;rience d&eacute;coule &eacute;galement le jugement &quot;connaissance du bien et du mal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#e0">Gn 2,9-17</a></i>. La &quot;connaissance&quot; p&eacute;n&egrave;tre dans le domaine des rapports entre personnes quand elle regarde la solidarit&eacute; de la famille <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev5.htm#a5z">Dt 33,9</a></i> et sp&eacute;cialement les relations conjugales, C'est pr&eacute;cis&eacute;ment en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'acte conjugal que le terme souligne la paternit&eacute; d'illustres personnages et l'origine de leur descendance <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gt">Gn 4,17-25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/boa.htm#cf">1S 1,19</a></i> comme donn&eacute;es valables pour la g&eacute;n&eacute;alogie &agrave; laquelle la tradition des pr&ecirc;tres (h&eacute;r&eacute;ditaires en Isra&euml;l) attribuait une grande importance. Le terme &quot;connaissance&quot; pouvait indiquer &eacute;galement toutes les autres relations sexuelles, m&ecirc;me illicites <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gha.htm#bei">Nb 31,17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#sb">Gn 19,5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwq.htm#sn">Jg 19,22</a></i> Dans sa forme n&eacute;gative le verbe indique l'absence des relations sexuelles, sp&eacute;cialement s'il s'agit de vierges <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bna.htm#em">1R 2,4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwp.htm#m1">Jg 11,39</a></i> En cette mati&egrave;re, le Nouveau Testament se sert de deux h&eacute;bra&iuml;smes en parlant de Joseph <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#ha">Mt 1,25</a></i> et de Marie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1x.htm#gt">Lc 1,34</a></i>. L'aspect de la relation existentielle de la &quot;connaissance&quot; acquiert un aspect particulier quand son sujet ou objet est Dieu lui-m&ecirc;me <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gt3.htm#cqy">Ps 140</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz5.htm#a2y">Jr 31,34</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#cx">Os 2,22</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#w0">Jn 14,7-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#zq">Jn 17,3</a></i> </i></p> <p><a name="3"></a>3. Evidemment ceci est aussi important quant &agrave; l'&quot;arch&eacute;type&quot; de notre fa&ccedil;on de penser l'homme corporel, sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, et donc son sexe. Ainsi, en effet, par l'emploi du terme &quot;connaissance&quot; dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> et souvent dans la Bible, la relation conjugale de l'homme et de la femme - c'est-&agrave;-dire le fait que, par la dualit&eacute; des sexes, &quot;ils sont une seule chair&quot; - est introduite de mani&egrave;re &eacute;lev&eacute;e dans la dimension sp&eacute;cifique de la personne. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> parle seulement de la connaissance de la femme de la part de l'homme, comme pour souligner surtout l'activit&eacute; de ce dernier. Mais on peut parler aussi du caract&egrave;re r&eacute;ciproque de cette &quot;connaissance&quot; &agrave; laquelle l'homme et la femme participent au moyen de leur corps, de leur sexe. Ajoutons que toute une s&eacute;rie de textes bibliques successifs comme du reste le m&ecirc;me chapitre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gt">Gn 4,17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#g1">Gn 4,25</a></i> parlent le m&ecirc;me langage. Et ceci jusqu'aux paroles prononc&eacute;es par Marie de Nazareth lors de l'Annonciation: &quot;Comment est-ce possible? Je ne connais point d'homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1x.htm#gt">Lc 1,34</a></i>.</p> <p><a name="4"></a>4. Ainsi, avec ce &quot;il connut&quot; biblique qui appara&icirc;t pour la premi&egrave;re fois dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i>, nous nous trouvons, d'une part, devant l'expression directe de l'intention humaine (parce qu'elle est le propre de la connaissance) et, d'autre part, devant toute la r&eacute;alit&eacute; de la coexistence et de l'union conjugale dans laquelle l'homme et la femme deviennent &quot;une seule chair&quot;.<br /> Parlant ici de &quot;connaissance&quot; - f&ucirc;t-ce m&ecirc;me &agrave; cause de la pauvret&eacute; de la langue - la Bible indique l'essence la plus profonde de la r&eacute;alit&eacute; de la coexistence matrimoniale. Cette essence appara&icirc;t comme &eacute;l&eacute;ment et en m&ecirc;me temps comme r&eacute;sultat de ces significations dont nous cherchons &agrave; suivre la trace depuis le d&eacute;but de notre &eacute;tude; elle fait partie en effet de la conscience de la signification du propre corps. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, l'homme et la femme, devenant une seule chair, font de mani&egrave;re particuli&egrave;re l'exp&eacute;rience de leur propre corps. Ainsi, ils deviennent ensemble comme l'unique objet de cet acte et de cette exp&eacute;rience tout en restant, dans cette unit&eacute;, deux sujets r&eacute;ellement diff&eacute;rents. Ce qui, en un certain sens, nous permet d'affirmer que &quot;le mari conna&icirc;t sa femme&quot; ou que tous deux &quot;se connaissent mutuellement&quot;. Alors ils se r&eacute;v&egrave;lent l'un &agrave; l'autre avec cette profondeur sp&eacute;cifique de leur propre &quot;ego&quot; humain qui se r&eacute;v&egrave;le aussi au moyen du sexe, de leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Et alors, de mani&egrave;re unique, la femme &quot;est donn&eacute;e&quot; de fa&ccedil;on cognitive &agrave; l'homme, et lui &agrave; elle.</p> <p><a name="5"></a>5. Si nous voulons maintenir la continuit&eacute; avec les analyses faites jusqu'&agrave; pr&eacute;sent (particuli&egrave;rement avec les plus r&eacute;centes qui interpr&egrave;tent l'homme dans sa dimension de don) nous devons observer que, suivant le Livre de la Gen&egrave;se, datum et donum s'&eacute;quivalent.<br /> Toutefois <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i>, accentue surtout le datum. Dans la &quot;connaissance&quot; conjugale, la femme &quot;est donn&eacute;e&quot; &agrave; l'homme et lui &agrave; elle, parce que le corps et le sexe entrent directement dans la structure et dans le contenu m&ecirc;me de cette &quot;connaissance&quot;. Ainsi donc, la r&eacute;alit&eacute; de l'union conjugale par laquelle l'homme et la femme deviennent &quot;une seule chair&quot; porte en soi une d&eacute;couverte nouvelle et, en un certain sens, d&eacute;finitive de la signification du corps humain dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Mais, &agrave; propos de cette d&eacute;couverte, est-il juste de parler seulement de &quot;coexistence sexuelle&quot;? Il faut tenir compte du fait que chacun d'eux, l'homme et la femme, n'est pas seulement un objet passif, d&eacute;fini par son propre corps et sexe et, de cette mani&egrave;re, d&eacute;termin&eacute; &quot;par sa nature&quot;. Au contraire, pr&eacute;cis&eacute;ment du fait d'&ecirc;tre homme et femme, ils sont chacun d'eux donn&eacute; &agrave; l'autre comme sujet unique, non susceptible d'&ecirc;tre r&eacute;p&eacute;t&eacute; comme &quot;ego&quot;, comme personne. Le sexe ne d&eacute;cide pas seulement de l'individualit&eacute; somatique de l'homme: il d&eacute;finit en m&ecirc;me temps son identit&eacute; personnelle, sa r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment par cette identit&eacute; personnelle, cette r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te, comme &quot;ego&quot; f&eacute;minin-masculin non r&eacute;p&eacute;table que l'homme vient &agrave; &ecirc;tre &quot;connu&quot; quand se r&eacute;alisent les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>: &quot;L'homme s'unira &agrave; sa femme... et ils seront une seule chair&quot;. La &quot;connaissance&quot; dont parlent <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i>, et tous les autres textes bibliques suivants p&eacute;n&egrave;tre les racines les plus intimes de cette identit&eacute;, de cette r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te que l'homme et la femme doivent &agrave; leur sexe. Cette r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te signifie tant le caract&egrave;re unique que non r&eacute;p&eacute;table de la personne.<br /> Cela valait donc la peine de fixer la r&eacute;flexion sur l'&eacute;loquence du texte biblique pr&eacute;cit&eacute; et des termes &quot; il connut&quot;; malgr&eacute; le manque apparent de pr&eacute;cision terminologique, nous pouvons nous pencher sur la profondeur et la dimension d'un concept, alors que notre langage contemporain, tout pr&eacute;cis qu'il soit, souvent nous en prive.</p> <p>- Le 5&nbsp;mars 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 23:02:41 +0000 Incarnare 67 at http://www.theologieducorps.fr TDC 021 - Le Mystère de la femme se révèle dans la maternité http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-021-mystere-de-la-femme-se-revele-dans-la-maternite <p>1. Lors de notre m&eacute;ditation pr&eacute;c&eacute;dente, nous avons soumis &agrave; une analyse la phrase de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, et particuli&egrave;rement l'expression &quot;il connut&quot; utilis&eacute;e dans le texte original pour d&eacute;finir l'union conjugale. Nous avons &eacute;galement relev&eacute; que la &quot;connaissance&quot; au sens biblique du terme &eacute;tablit une sorte d'arch&eacute;type (*) personnel de la corpor&eacute;it&eacute; et sexualit&eacute; humaines. Ceci se r&eacute;v&egrave;le absolument fondamental pour comprendre l'homme qui, d&egrave;s &quot;l'origine&quot;, est &agrave; la recherche de la signification de son propre corps. Cette signification se trouve &agrave; la base de la th&eacute;ologie m&ecirc;me du corps. Le terme &quot;connut&quot;, &quot;s'unit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> synth&eacute;tise toute la densit&eacute; du texte biblique analys&eacute; jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. L'&quot;homme&quot; qui, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, &quot;conna&icirc;t&quot; la femme, sa femme, pour la premi&egrave;re fois dans l'acte de l'union conjugale est celui-l&agrave; m&ecirc;me qui, en imposant des noms, c'est-&agrave;-dire &quot;en connaissant&quot;, s'est &quot;diff&eacute;renci&eacute;&quot; de tout le monde des &ecirc;tres vivants ou animalia, s'affirmant, lui-m&ecirc;me, comme personne et comme sujet. La &quot;connaissance&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i> ne l'&eacute;loigne pas et ne saurait l'&eacute;loigner du niveau de cette primordiale, de cette fondamentale conscience qu'il a de lui-m&ecirc;me.<br /> (*) Note <i>Quant aux arch&eacute;types, C.G. Jung les d&eacute;crit comme formes &quot;a priori&quot; de diverses fonctions de l'&acirc;me: perception de relations, imagination cr&eacute;atrice. Les formes se remplissent de contenu avec les mat&eacute;riaux de l'exp&eacute;rience. Elles sont non pas inertes, mais plut&ocirc;t charg&eacute;es de sentiments et de tendances (voir surtout Die psychologischen Aspekte des Mutter-archetypus, Eranos 6, 1938, p. 405-409). Suivant cette conception on peut trouver un arch&eacute;type dans la relation mutuelle homme-femme, relation qui se base sur la r&eacute;alisation binaire et compl&eacute;mentaire de l'&ecirc;tre humain en deux sexes. L'arch&eacute;type se remplira de contenu au moyen de l'exp&eacute;rience individuelle et collective et peut mettre en mouvement l'imagination cr&eacute;atrice d'images. Il faut pr&eacute;ciser que l'arch&eacute;type: - a) ne se limite pas aux rapports physiques ni s'exalte en eux, mais plut&ocirc;t inclut la relation du &quot;conna&icirc;tre&quot;; - b) est charg&eacute; de tendances: d&eacute;sir- crainte, don-possession; - c) l'arch&eacute;type, en tant que prototype &quot;proto-image&quot; (Urbild) est g&eacute;n&eacute;rateur d'images (Bilder). Le troisi&egrave;me aspect nous permet de passer &agrave; l'herm&eacute;neutique, en concret celle des textes des l'Ecritures et de la Tradition. Le langage religieux primaire est symbolique (cf. W. STAHLIN, Symbolom, 1958; I MACQUARRIE, God Talk, 1968; T. FAWCETT, The Symbolic Language of Religion, 1970). Parmi les symboles il en pr&eacute;f&egrave;re quelques- uns, radicaux ou exemplaires, que nous pouvons appeler arch&eacute;types. Or, parmi eux, la Bible utilise celui de la relation conjugale, concr&egrave;tement au niveau du &quot;conna&icirc;tre&quot; d&eacute;crit. --- Un des premiers po&egrave;mes bibliques qui applique l'arch&eacute;type conjugal aux relations de Dieu avec son peuple a son point culminant dans le verbe ci-dessus comment&eacute;: &quot;Tu conna&icirc;tras le Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#cx">Os 2,22</a></i>: weyadaeta 'et Yhwh; att&eacute;nu&eacute; en &quot;Tu conna&icirc;tras que je suis le Seigneur&quot;: wyd't ky 'ny Yhwh: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#beo">Is 49,23</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftq.htm#bjs">Is 60,16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#ov">Ez 16,61</a></i> qui sont les trois po&egrave;mes conjugaux). De l&agrave; part une tradition qui culminera dans l'application paulinienne de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ei">Ep 5</a></i> au Christ et &agrave; l'Eglise; et passera ensuite &agrave; la tradition patristique et &agrave; celle des grands mystiques (par ex. &quot; Llama de amor viva &quot; de saint Jean de la Croix). Dans le trait&eacute; Grundz&ucirc;ge der Literatur - und Sprachwissenchaft, vol. I, Munich 1976, IVe &eacute;dit., p. 462, les arch&eacute;types sont d&eacute;finis comme suit: &quot;Images et motifs archa&iuml;ques qui forment, selon Jung, le contenu de l'inconscient collectif, commun &agrave; tous les hommes; ils pr&eacute;sentent des symboles qui, de mani&egrave;re imag&eacute;e, rendent vivant, en tout temps et chez tout peuple, ce qui est d&eacute;cisif pour l'humanit&eacute; en fait d'id&eacute;es, de repr&eacute;sentations et d'instincts. &quot;Freud, &agrave; ce qu'il para&icirc;t, ne se sert pas du concept d'arch&eacute;type. Il &eacute;tablit une symbolique ou code de correspondance fixe entre images pr&eacute;sentes patentes et images latentes. Le sens des symboles est fixe, m&ecirc;me s'il n'est pas unique; ils peuvent &ecirc;tre r&eacute;duits &agrave; une pens&eacute;e ultime irr&eacute;ductible &agrave; son tour qui est d'habitude quelque exp&eacute;rience de l'enfance. Ceux-ci sont primaires et de caract&egrave;re sexuel (mais il ne les appelle pas arch&eacute;types). Voir T. TODOROV, Th&eacute;ories du Symbole, Paris 1977, p. 317 s; en outre: JACOBY, Komplex, Archetyp, Symbol in der Psychologie C. H. Jungs, Zurich 1975.</i></p> <p>Et donc - peu importe ce que pourrait dire &agrave; ce sujet une mentalit&eacute; unilat&eacute;ralement naturaliste -il ne saurait, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, &ecirc;tre question d'une acceptation passive de la propre d&eacute;termination de la part du corps et du sexe, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu'il s'agit de &quot;connaissance&quot;.<br /> Elle est, au contraire, une d&eacute;couverte nouvelle de la signification du propre corps, une d&eacute;couverte commune et r&eacute;ciproque comme est r&eacute;ciproque et commune, d&egrave;s l'origine, l'existence de l'&ecirc;tre humain que &quot;Dieu cr&eacute;a homme et femme&quot;. La &quot;connaissance&quot;, qui &eacute;tait &agrave; la base de la solitude originelle de l'homme, se trouve maintenant &agrave; la base de cette unit&eacute; de l'homme et de la femme dont le Seigneur a ins&eacute;r&eacute; la claire perspective dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>. Par cette &quot;connaissance&quot; l'homme confirme la signification du nom qu'il a donn&eacute; &agrave; sa femme: &quot;Eve, parce qu'elle fut m&egrave;re de tout vivant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f4">Gn 3,20</a></i>.</p> <p>2. Selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, celui qui &quot;conna&icirc;t&quot; est l'homme et celle qui est connue est la femme, l'&eacute;pouse, comme si la d&eacute;termination sp&eacute;cifique de la femme, de par son propre corps et sexe, &quot;ait ce qui constitue la profondeur m&ecirc;me de sa f&eacute;minit&eacute;. Par contre, l'homme est celui qui, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, a &eacute;prouv&eacute;, le premier, la honte de sa nudit&eacute;; celui qui, le premier, a dit: &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>. Il sera encore n&eacute;cessaire de retourner, s&eacute;par&eacute;ment, &agrave; l'&eacute;tat d'&acirc;me de chacun d'eux apr&egrave;s la perte de l'innocence originelle. Il faut toutefois constater d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent que, dans la &quot;connaissance&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>, le myst&egrave;re de la f&eacute;minit&eacute; se manifeste et se r&eacute;v&egrave;le &agrave; fond par la maternit&eacute; comme le dit le texte: &quot;elle con&ccedil;ut et enfanta...&quot;. La femme se trouve devant l'homme comme m&egrave;re, sujet de la nouvelle vie humaine qui a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue et se d&eacute;veloppe en elle et qui d'elle na&icirc;t au monde. Et ainsi se r&eacute;v&egrave;le &eacute;galement &agrave; fond le myst&egrave;re de la masculinit&eacute; de l'homme, c'est-&agrave;-dire la signification g&eacute;n&eacute;ratrice et &quot;paternelle&quot; de son corps.<br /> (*) Note:<i>La paternit&eacute; est un des aspects de l'humanit&eacute; les plus consid&eacute;r&eacute;s dans les Saintes Ecritures. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#g5">Gn 5,3</a></i>: &quot;Adam... engendra un fils &agrave; son image, &agrave; sa ressemblance&quot; se rattache explicitement au r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#g3">Gn 5,1</a></i> et semble attribuer au p&egrave;re terrestre la participation &agrave; l'oeuvre divine de transmettre la vie et peut-&ecirc;tre aussi &agrave; cette joie pr&eacute;sente dans l'affirmation: &quot;Il vit ce qu'il avait fait et voici que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i></i></p> <p>3. La th&eacute;ologie du corps contenue dans le Livre de la Gen&egrave;se est concise et avare de paroles. Y trouvent en m&ecirc;me temps leur expression des &eacute;l&eacute;ments fondamentaux et en un certain sens primordiaux et d&eacute;finitifs. A leur mani&egrave;re, ils se retrouvent souvent tous dans cette &quot;connaissance&quot; biblique. La constitution de la femme est diff&eacute;rente par rapport &agrave; l'homme et nous savons aujourd'hui qu'elle est diff&eacute;rente jusque dans ses d&eacute;terminantes bio-physiologiques les plus profondes. Ce n'est que dans une certaine mesure qu'elle se manifeste, ext&eacute;rieurement, dans la construction et la forme de son corps. La maternit&eacute; manifeste de l'int&eacute;rieur cette constitution, avec une potentialit&eacute; particuli&egrave;re de l'organisme f&eacute;minin qui, gr&acirc;ce &agrave; sa nature cr&eacute;atrice caract&eacute;ristique, sert &agrave; la conception et &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration de l'&ecirc;tre humain avec le concours de l'homme. La &quot;connaissance&quot; conditionne la g&eacute;n&eacute;ration.<br /> La g&eacute;n&eacute;ration est une perspective que l'homme et la femme ins&egrave;rent dans leur propre &quot;connaissance&quot;. Aussi celle-ci va- t-elle au-del&agrave; des limites du sujet-objet que l'homme et la femme paraissent &ecirc;tre alternativement, &eacute;tant donn&eacute; que la &quot;connaissance&quot; indique d'une part celui qui &quot;conna&icirc;t&quot; et d'autre part celle qui est &quot;connue&quot; - ou vice-versa. Dans cette &quot;connaissance&quot; est renferm&eacute;e &eacute;galement la consommation du mariage, le consummatum sp&eacute;cifique. Elle permet ainsi d'actualiser l'&quot;objectivit&eacute;&quot; du corps cach&eacute;e dans la potentialit&eacute; somatique de l'homme et de la femme et en m&ecirc;me temps de rejoindre la r&eacute;alit&eacute; objective de la personne humaine qu'est ce corps. Par le moyen du corps, la personne humaine est &quot;mari&quot; et &quot;femme&quot;; en m&ecirc;me temps, dans cet acte particulier de &quot;connaissance&quot;, o&ugrave; la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; interviennent personnellement, il semble que se r&eacute;alise &eacute;galement la d&eacute;couverte de la &quot;pure&quot; subjectivit&eacute; du don: c'est-&agrave;-dire la mutuelle r&eacute;alisation de soi dans le don.</p> <p>4. La procr&eacute;ation fait que &quot; l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse&quot; se connaissent r&eacute;ciproquement dans le &quot;troisi&egrave;me&quot;, engendr&eacute; par eux deux. C'est pourquoi cette &quot;connaissance&quot; devient une d&eacute;couverte, en un certain sens une r&eacute;v&eacute;lation du nouvel &ecirc;tre humain dans lequel l'un et l'autre, homme et femme, se reconnaissent encore eux-m&ecirc;mes, d&eacute;couvrent leur humanit&eacute;, leur vivante image. Dans tout ce qui est d&eacute;termin&eacute; par tous les deux, au moyen du corps et du sexe, la &quot;connaissance&quot; ins&egrave;re un contenu vivant et r&eacute;el. C'est pourquoi la &quot;connaissance&quot; au sens biblique du terme signifie que la d&eacute;termination &quot;biologique&quot; de l'&ecirc;tre humain, par son corps et son sexe, cesse d'&ecirc;tre quelque chose de passif et atteint un niveau et un contenu sp&eacute;cifiquement correspondant aux personnes &quot;auto-conscientes&quot; et &quot;auto-d&eacute;terminantes&quot;; elle comporte donc une conscience particuli&egrave;re de la signification du corps humain, li&eacute;e &agrave; la paternit&eacute; et &agrave; la maternit&eacute;.</p> <p>5. Toute la constitution ext&eacute;rieure du corps de la femme, son aspect particulier, les qualit&eacute;s qui, avec la force d'un attrait perp&eacute;tuel, sont &agrave; l'origine de la &quot;connaissance&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> (Adam s'unit &agrave; Eve sa femme), sont en &eacute;troite liaison avec la maternit&eacute;. Avec la simplicit&eacute; qui leur est propre, la Bible et, par la suite la liturgie, honorent et louent tout au long des si&egrave;cles &quot;les entrailles qui t'ont port&eacute; et le sein qui t'a nourri&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1y.htm#wm">Lc 11,27</a></i>. Ces paroles constituent un &eacute;loge de la maternit&eacute;, de la f&eacute;minit&eacute; du corps de la femme dans sa typique expression de l'amour cr&eacute;ateur. Ce sont des paroles qui dans l'Evangile s'adressent &agrave; la M&egrave;re du Christ, &agrave; Marie la seconde Eve. La premi&egrave;re femme, par contre, au moment o&ugrave; se r&eacute;v&eacute;lait la maturit&eacute; maternelle de son corps, quand &quot;elle con&ccedil;ut et enfanta&quot;, dit: &quot;J'ai acquis un homme de par Yahv&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>.</p> <p>6. Ces paroles expriment toute la profondeur th&eacute;ologique de la fonction d'&quot;engendrer-procr&eacute;er&quot;. Le corps de la femme devient le lieu de la conception du nouvel homme (*). Dans ses entrailles l'&ecirc;tre con&ccedil;u assume son aspect humain propre avant d'&ecirc;tre mis au monde. L'homog&eacute;n&eacute;it&eacute; somatique de l'homme et de la femme a trouv&eacute; sa premi&egrave;re expression dans les paroles: &quot;Elle est chair de ma chair et os de mes os&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>; et &agrave; son tour elle est confirm&eacute;e par les paroles de la premi&egrave;re femme-m&egrave;re: &quot;J'ai acquis un homme&quot;. La premi&egrave;re m&egrave;re a pleinement conscience du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation qui se renouvelle dans la g&eacute;n&eacute;ration humaine. Elle a aussi pleinement conscience de la participation cr&eacute;atrice que Dieu a mise dans la g&eacute;n&eacute;ration humaine, par son oeuvre et celle de son mari, car elle dit: &quot;J'ai acquis un homme du Seigneur&quot;. Il ne saurait y avoir la moindre confusion entre les sph&egrave;res d'action des causes. Les premiers parents transmettent &agrave; tous les parents humains - m&ecirc;me apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, en m&ecirc;me temps que le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et pour ainsi dire au seuil de toutes les exp&eacute;riences &quot;historiques&quot; - transmettent, donc, la v&eacute;rit&eacute; fondamentale au sujet de la naissance de l'homme &agrave; l'image de Dieu, selon les lois naturelles. Dans ce nouvel homme - n&eacute; de la femme- g&eacute;nitrice et de l'homme-g&eacute;niteur - se reproduit chaque fois &quot;l'image m&ecirc;me de Dieu&quot;, de ce Dieu qui a constitu&eacute; l'humanit&eacute; du premier homme: Dieu cr&eacute;a l'homme &agrave; son image ... homme et femme il les cr&eacute;a&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>.<br /> (*) -note <i>Suivant le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#em">Gn 1,26</a></i>, l'&quot;appel&quot; &agrave; l'existence est en m&ecirc;me temps transmission de l'image et ressemblance divine. L'homme doit continuer &agrave; transmettre cette image, poursuivant ainsi l'oeuvre de Dieu. Le r&eacute;cit de la g&eacute;n&eacute;ration de Seth souligne cet aspect: &quot;Adam avait cent trente ans quand il engendra un fils &agrave; son image, &agrave; sa ressemblance&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#g5">Gn 5,3</a></i>. Etant donn&eacute; qu'Adam et Eve &eacute;taient images de Dieu, Seth a h&eacute;rit&eacute; de ses parents cette ressemblance pour la transmettre aux autres. Mais, dans la Sainte Ecriture, toute vocation est unie &agrave; une mission: donc l'appel &agrave; l'existence est d&eacute;j&agrave; pr&eacute;destination &agrave; l'oeuvre de Dieu: &quot;Avant que je te forme dans le ventre de ta m&egrave;re, je te connaissais, et avant que tu sortes du sein, je t'avais consacr&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz2.htm#eu">Jr 1,5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fto.htm#bar">Is 44,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bdy">Is 49,1-5</a></i>. Dieu est Celui qui non seulement appelle &agrave; l'existence mais aussi soutient et d&eacute;veloppe la vie d&egrave;s le premier moment de la conception: &quot;C'est toi qui m'as tir&eacute; du ventre / qui m'as confi&eacute; aux mamelles de ma m&egrave;re / sur toi je fus jet&eacute; au sortir du sein / d&egrave;s le ventre de ma m&egrave;re tu fus mon Dieu &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtw.htm#n1">Ps 22,10-11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gt3.htm#cqm">Ps 139,13-15</a></i> L'attention de l'auteur biblique est fix&eacute;e sur le fait m&ecirc;me du don de la vie. L'int&eacute;r&ecirc;t pour la mani&egrave;re dont cela advint est plut&ocirc;t secondaire et para&icirc;t seulement dans les livres suivants <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fuy.htm#iz">Jb 10,8-11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/brf.htm#ka">2M 7,22-23</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/boa.htm#f5">1S 7,1-3</a></i>.</i></p> <p>7. Bien qu'il existe de profondes diff&eacute;rences entre l'&eacute;tat d'innocence originelle et l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; h&eacute;r&eacute;ditaire de l'homme, cette &quot;image de Dieu&quot; constitue une base de continuit&eacute; et d'unit&eacute;. La &quot;connaissance&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i> est l'acte qui engendre l'&ecirc;tre, c'est-&agrave;-dire qui, en union avec le Cr&eacute;ateur, &eacute;tablit un nouvel homme dans son existence. Dans sa solitude transcendantale, le premier homme a pris possession du monde visible, cr&eacute;&eacute; pour lui, en connaissant et en appelant de leur nom tous les &ecirc;tres vivants (animalia). Le m&ecirc;me &quot;&ecirc;tre humain&quot; comme homme et femme se connaissant r&eacute;ciproquement dans cette sp&eacute;cifique communaut&eacute;-communion de personnes, dans laquelle l'homme et la femme s'unissent si &eacute;troitement qu'ils ne forment plus qu'&quot;une seule chair&quot;, constitue l'humanit&eacute;, c'est-&agrave;-dire confirme et renouvelle l'existence de l'homme comme image de Dieu. Chaque fois, tous deux, l'homme et la femme, reprennent, pour ainsi dire, cette image du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et la transmettent &quot;avec l'aide de Dieu-Yahv&eacute;&quot;.<br /> Les paroles du Livre de la Gen&egrave;se, qui sont un t&eacute;moignage de la premi&egrave;re naissance de l'homme sur la terre contiennent en m&ecirc;me temps tout ce qui peut et doit se dire au sujet de la dignit&eacute; de la g&eacute;n&eacute;ration humaine.</p> <p>- Le 12&nbsp;mars 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 23:04:45 +0000 Incarnare 68 at http://www.theologieducorps.fr TDC 022 - Se connaître, engendrer, mourir http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-022-se-connaitre-engendrer-mourir <p>1. Nous voici presque &agrave; la fin du cycle des r&eacute;flexions par lesquelles nous avons cherch&eacute; &agrave; suivre l'appel du Christ que nous ont transmis <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pv">Mc 10,1-12</a></i>: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme et dit: &quot;Ainsi donc l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'unir &agrave; sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair&quot;? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4-5</a></i>. L'union conjugale est d&eacute;finie, dans le Livre de la Gen&egrave;se, comme &quot;connaissance&quot;: &quot;L'homme connut Eve, sa femme, elle con&ccedil;ut et enfanta ... et dit: &quot;J'ai acquis un homme gr&acirc;ce au Seigneur&quot;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>. Dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes m&eacute;ditations nous avons t&acirc;ch&eacute; de mettre en lumi&egrave;re ce qui est contenu dans cette &quot;connaissance&quot; biblique. Par elle, l'homme &quot;homme et femme&quot; non seulement impose un propre nom, comme il l'a fait en donnant les noms aux autres &ecirc;tres vivants (animalia), - et ainsi en a pris possession - mais &quot;il conna&icirc;t&quot;, au sens de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i> (et d'autres passages de la Bible), c'est-&agrave;-dire qu'il r&eacute;alise ce qu'exprime le nom &quot;homme&quot;: il r&eacute;alise l'humanit&eacute; d'un nouvel homme engendr&eacute;. En un certain sens, donc, il se r&eacute;alise lui-m&ecirc;me, c'est-&agrave;- dire qu'il r&eacute;alise l'homme-personne.</p> <p> 2. Le cycle biblique de la &quot;connaissance-g&eacute;n&eacute;ration&quot; se conclut de cette mani&egrave;re. Ce cycle de la &quot;connaissance&quot; est constitu&eacute; de l'union des personnes dans l'amour, et il leur permet de s'unir si &eacute;troitement l'un &agrave; l'autre qu'ils ne sont plus qu'une seule chair. Le Livre de la Gen&egrave;se r&eacute;v&egrave;le pleinement la v&eacute;rit&eacute; de ce cycle. L'&ecirc;tre humain, homme et femme, qui, par la &quot;connaissance&quot; dont parle la Bible, con&ccedil;oit et engendre un &ecirc;tre nouveau, semblable &agrave; lui, auquel il peut imposer le nom d'&quot;homme&quot; (&quot;j'ai acquis un homme&quot;), prend pour ainsi dire possession de l'humanit&eacute; m&ecirc;me, ou mieux, en reprend possession. Ceci, toutefois, advient d'une mani&egrave;re qui diff&egrave;re de celle par laquelle il avait pris possession de tous les autres &ecirc;tres vivants (animalia), quand il leur avait impos&eacute; le nom. En effet, alors, il &eacute;tait devenu leur Seigneur, commen&ccedil;ant &agrave; r&eacute;aliser le mandat du Cr&eacute;ateur: &quot;Soumettez la terre et dominez-la&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>.</p> <p> 3. Par contre, la premi&egrave;re partie de ce mandat: &quot;Fructifiez et multipliez-vous, remplissez la terre&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i> c&egrave;le un autre contenu et indique un autre &eacute;l&eacute;ment. Dans cette &quot;connaissance&quot; o&ugrave; ils donnent naissance &agrave; un &ecirc;tre semblable &agrave; eux, dont ils peuvent dire ensemble qu'il est &quot;chair de ma chair, os de mes os&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, l'homme et la femme sont pour ainsi dire &quot;ravis&quot; ensemble, pris en possession, tous deux ensemble, par l'humanit&eacute; qu'eux-m&ecirc;mes, dans l'union et dans la &quot;connaissance&quot; r&eacute;ciproque, veulent exprimer de mani&egrave;re nouvelle, en prendre nouvellement possession, la tirant d'eux-m&ecirc;mes, de leur propre humanit&eacute;, de l'admirable maturit&eacute; masculine et f&eacute;minine de leur corps et enfin - &agrave; travers toute la succession des conceptions et g&eacute;n&eacute;rations humaines d&egrave;s l'origine - du myst&egrave;re m&ecirc;me de la Cr&eacute;ation.</p> <p> 4. En ce sens, on peut expliquer la &quot;connaissance&quot; biblique comme &quot;possession&quot;. Est-il possible d'y voir quelque &eacute;quivalence biblique avec l'&quot;&eacute;ros&quot;? Il s'agit ici de deux milieux conceptuels, de deux langages: biblique et platonicien; ce n'est qu'avec extr&ecirc;me prudence qu'ils peuvent s'interpr&eacute;ter l'un par l'autre.(*) Il ne semble pas, par contre, que dans la r&eacute;v&eacute;lation originelle figure l'id&eacute;e de la possession de la femme par l'homme, ou vice-versa comme s'il s'agissait d'un objet. Mais on sait, d'autre part, que du fait de leur nature p&eacute;cheresse contract&eacute;e &agrave; la suite du p&eacute;ch&eacute; originel, l'homme et la femme doivent reconstruire, laborieusement, la signification du don r&eacute;ciproque d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;. Ceci sera l'objet de nos prochaines analyses.<br /> Note - (*)<i>Selon Platon, l'&eacute;ros est l'amour assoiff&eacute; du Beau transcendant et exprime l'insatiabilit&eacute; tendant &agrave; son &eacute;ternel objet; il &eacute;l&egrave;ve toujours, donc, ce qui est humain vers le divin qui est seul en mesure d'apaiser la nostalgie de l'&acirc;me emprisonn&eacute;e dans la mati&egrave;re; c'est un amour qui ne recule m&ecirc;me pas devant le plus grand effort pour parvenir &agrave; l'extase de l'union; c'est donc un amour &eacute;gocentrique et avide, bien que tendu vers des valeurs sublimes (cf. A. NYGREN, Er&ocirc;s et Agape, Paris 1951, vol. II, pp. 9-10). Au cours des si&egrave;cles, &agrave; travers de nombreuses transformations, la signification de l'&eacute;ros a &eacute;t&eacute; r&eacute;duite &agrave; des caract&egrave;res purement sexuels. Est symptomatique &agrave; ce propos le texte de P. Chauchard qui semble m&ecirc;me refuser &agrave; l'&quot;&eacute;ros&quot; les caract&eacute;ristiques de l'amour humain: &quot; La c&eacute;r&eacute;bralisation de la sexualit&eacute; ne r&eacute;side pas dans les trucs techniques ennuyeux, mais dans la pleine reconnaissance de sa spiritualit&eacute; du fait qu'Eros n'est humain qu'anim&eacute; par Agape et qu'Agape exige l'incarnation dans Er&ocirc;s &quot; (P. CHAUCHARD, Vice des vertus, vertus des vices, Paris 1963, p. 147). La confrontation de la &quot;connaissance&quot; biblique avec l'&eacute;ros de Platon r&eacute;v&egrave;le la divergence de ces deux conceptions. La conception platonicienne se base sur la nostalgie du Beau transcendant et sur la fuite hors de la mati&egrave;re; la conception biblique, au contraire, est orient&eacute;e vers la r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te, et elle ignore tant le dualisme de l'esprit et de la mati&egrave;re que l'hostilit&eacute; sp&eacute;cifique envers la mati&egrave;re. &quot;Et Dieu vit que c'&eacute;tait bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#d2">Gn 1,10</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#d4">Gn 1,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ee">Gn 1,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eh">Gn 1,21</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#el">Gn 1,25</a></i> Alors que le concept platonicien de l'&eacute;ros va au-del&agrave; de la port&eacute;e biblique de la &quot;connaissance&quot; humaine, le concept contemporain semble trop restreint. La &quot;connaissance&quot; biblique ne se limite pas &agrave; satisfaire les instincts et la jouissance h&eacute;doniste, mais elle est un acte pleinement humain, tendant consciemment &agrave; la procr&eacute;ation; elle est &eacute;galement l'expression de l'amour entre personnes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#a3c">Gn 29,20</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/boa.htm#b0">1S 1,8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/btu.htm#le">2S 12,24</a></i>.</i></p> <p> 5. La r&eacute;v&eacute;lation du corps, contenue dans le Livre de la Gen&egrave;se, particuli&egrave;rement au chapitre 3, d&eacute;montre &agrave; l'&eacute;vidence que le cycle de la &quot;connaissance-g&eacute;n&eacute;ration&quot;, profond&eacute;ment enracin&eacute; dans le potentiel du corps humain, a &eacute;t&eacute; soumis, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, &agrave; la loi de la souffrance et de la mort. Dieu-Yahv&eacute; dit: &quot;Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses: c'est dans la souffrance que tu enfanteras des fils&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>. L'horizon de la mort s'ouvre devant l'homme, en m&ecirc;me temps que la signification g&eacute;n&eacute;ratrice du corps, dans l'acte de &quot;connaissance&quot; r&eacute;ciproque des conjoints. Et voil&agrave; que le premier &ecirc;tre masculin impose &agrave; sa femme le nom d'Eve, &quot;parce qu'elle fut m&egrave;re de tout vivant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f4">Gn 3,20</a></i>, alors qu'il avait d&eacute;j&agrave; entendu les termes de la sentence qui d&eacute;terminait toute la perspective de l'existence humaine &quot;au- dedans&quot; de la connaissance du bien et du mal. Cette perspective est confirm&eacute;e par ces paroles: &quot;Tu retourneras au sol, puisque c'est de lui que tu as &eacute;t&eacute; pris, car tu es poussi&egrave;re et tu retourneras en poussi&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f3">Gn 3,19</a></i>.<br /> Le caract&egrave;re radical de cette sentence est confirm&eacute; &agrave; l'&eacute;vidence par les exp&eacute;riences de toute l'histoire terrestre de l'homme. L'ombre de la mort couvre toute la perspective de la vie humaine sur la terre, vie qui a &eacute;t&eacute; ins&eacute;r&eacute;e dans le cycle biblique original de la &quot;connaissance-g&eacute;n&eacute;ration&quot;. L'homme qui a rompu l'alliance avec son Cr&eacute;ateur en cueillant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, Dieu-Yahv&eacute; l'a &eacute;cart&eacute; de l'arbre de la vie: &quot; Maintenant il faut &eacute;viter qu'il &eacute;tende sa main, prenne aussi de l'arbre de vie, en mange et vive &agrave; jamais&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ga">Gn 3,22</a></i>. Ainsi, la vie que l'homme a re&ccedil;ue dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation ne lui a pas &eacute;t&eacute; enlev&eacute;e, mais ramen&eacute;e entre les limites de la conception, de la naissance et de la mort, et, de plus, aggrav&eacute;e par les perspectives de l'&eacute;tat h&eacute;r&eacute;ditaire de p&eacute;cheur; en un certain sens, toutefois, elle lui est donn&eacute;e &agrave; nouveau comme t&acirc;che dans le m&ecirc;me cycle &agrave; r&eacute;p&eacute;tition continue. La phrase: &quot;Adam s'unit (&quot;connut&quot;) &agrave; Eve, sa femme, qui con&ccedil;ut et engendra ...&quot; est comme un sceau imprim&eacute; dans la r&eacute;v&eacute;lation originaire du corps, &quot;&agrave; l'origine&quot; m&ecirc;me de l'histoire de l'homme sur la terre. Cette histoire se forme toujours de nouveau dans sa dimension la plus fondamentale, quasi d&egrave;s &quot;l'origine&quot;, moyennant la &quot;connaissance-g&eacute;n&eacute;ration&quot; m&ecirc;me dont parle le Livre de la Gen&egrave;se.</p> <p> 6. Et ainsi, chaque homme porte en lui-m&ecirc;me le myst&egrave;re de son &quot;origine&quot;, &eacute;troitement li&eacute; &agrave; la conscience de la signification g&eacute;n&eacute;ratrice du corps. Gen&egrave;se 4,1-2 semble se taire au sujet du rapport existant entre la signification g&eacute;n&eacute;ratrice du corps et sa signification conjugale. Peut-&ecirc;tre n'est-ce encore ni le moment ni le lieu pour &eacute;claircir ce rapport, m&ecirc;me si cela semble indispensable dans les derni&egrave;res analyses. Il faudra, alors, poser de nouveau les questions li&eacute;es &agrave; l'apparition de la honte chez l'homme, honte de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute;, qu'auparavant il n'&eacute;prouvait pas. En ce moment, toutefois, ceci passe au second plan. Reste, par contre, au premier plan le fait qu'&quot;Adam s'unit (&quot;connut&quot;) &agrave; Eve sa femme qui con&ccedil;ut et engendra&quot;. Ceci, pr&eacute;cis&eacute;ment, est le seuil de l'histoire de l'homme. C'est son &quot;commencement&quot; sur la terre. Sur ce seuil se tient l'&ecirc;tre humain, comme homme et femme, et il a conscience de la signification g&eacute;n&eacute;ratrice de son propre corps: la masculinit&eacute; c&egrave;le en soi la signification de la paternit&eacute;, la f&eacute;minit&eacute; celle de la maternit&eacute;. Au nom de cette signification, le Christ donnera un jour sa r&eacute;ponse cat&eacute;gorique &agrave; la question pos&eacute;e par les pharisiens (Mt 19; Mc 10). Nous, par contre, p&eacute;n&eacute;trant le simple contenu de cette r&eacute;ponse, nous cherchons en m&ecirc;me temps &agrave; mettre en lumi&egrave;re le complexe de cette &quot;origine&quot; &agrave; laquelle le Christ s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute;. C'est en elle que la th&eacute;ologie du corps plonge ses racines.</p> <p> 7. La conscience de la signification du corps et la conscience de sa signification g&eacute;n&eacute;ratrice viennent en contact, chez l'homme, avec la conscience de la mort dont il porte, pour ainsi dire, l'in&eacute;vitable horizon en lui-m&ecirc;me. Et cependant, dans l'histoire de l'homme, revient toujours le cycle &quot;connaissance-g&eacute;n&eacute;ration&quot; o&ugrave; la vie lutte toujours et de nouveau avec l'inexorable perspective de la mort et toujours la surmonte. C'est comme si la raison de cette opini&acirc;tret&eacute; de la vie qui se manifeste dans la &quot;g&eacute;n&eacute;ration&quot; &eacute;tait toujours la &quot;connaissance&quot; m&ecirc;me gr&acirc;ce &agrave; laquelle l'homme surmonte la solitude de son propre &ecirc;tre et, ainsi, est de nouveau d&eacute;cid&eacute; &agrave; affirmer cet &ecirc;tre dans un &quot; autre &quot;. Et tous deux, l'homme et la femme, l'affirment dans le nouvel &ecirc;tre engendr&eacute;. Dans cette affirmation, la &quot;connaissance&quot; biblique semble acqu&eacute;rir une dimension int&eacute;rieure encore plus grande. Elle semble s'ins&eacute;rer dans cette &quot;vision&quot; m&ecirc;me de Dieu qui termine le premier r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme et qui concerne &quot;l'homme&quot; et &quot;la femme&quot; faits &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;: &quot;Dieu vit ce qu'il avait fait... et c'&eacute;tait tr&egrave;s bien &quot; (Gn 1,31). Malgr&eacute; toutes les exp&eacute;riences de sa propre vie, malgr&eacute; ses souffrances, sa propre d&eacute;sillusion, son &eacute;tat de p&eacute;cheur et, enfin, malgr&eacute; la perspective de la mort in&eacute;luctable, l'homme ne cesse jamais de mettre &quot; la connaissance &quot; au &quot; d&eacute;but &quot; de la &quot; g&eacute;n&eacute;ration &quot;; et ainsi, il semble qu'il participe &agrave; la premi&egrave;re &quot;vision&quot; de Dieu lui- m&ecirc;me: &quot;II vit... et voil&agrave; que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien &quot;. Et toujours, il confirme &agrave; nouveau la v&eacute;rit&eacute; de ces paroles.</p> <p>- Le 26 mars 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 23:06:05 +0000 Incarnare 69 at http://www.theologieducorps.fr TDC 023 - Le mariage accomplissement d'une vocation http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-023-mariage-accomplissement-dune-vocation <p>Aujourd'hui notre rencontre a lieu au coeur de la Semaine Sainte, exactement &agrave; la veille de ce &quot;triduum pascal&quot;, point culminant et lumi&egrave;re de toute l'Ann&eacute;e liturgique. Nous sommes sur le point de revivre les jours solennels et d&eacute;cisifs durant lesquels s'accomplit l'oeuvre de la R&eacute;demption humaine: ces jours o&ugrave;, en mourant, le Christ a d&eacute;truit notre mort; o&ugrave;, en ressuscitant, il nous a rendu la vie.<br /> Il est n&eacute;cessaire que chacun de nous se sente personnellement impliqu&eacute; dans le myst&egrave;re que, cette ann&eacute;e encore, la Liturgie renouvelle pour nous. Je vous exhorte donc, cordialement, &agrave; participer avec foi aux saintes c&eacute;l&eacute;brations de ces prochains jours et &agrave; vouloir de toutes vos forces mourir au p&eacute;ch&eacute; et ressusciter toujours plus pleinement &agrave; la vie nouvelle que le Seigneur nous a apport&eacute;e.<br /> Reprenons maintenant l'examen du th&egrave;me que nous traitons d&eacute;sormais depuis quelque temps.</p> <p><a name="1">1</a>. L'Evangile selon saint Matthieu et celui selon saint Marc nous rapportent la r&eacute;ponse que J&eacute;sus fit aux pharisiens qui l'interrogeaient sur l'indissolubilit&eacute; du mariage et demandaient pourquoi la loi de Mo&iuml;se permettait, dans certains cas, la r&eacute;pudiation &quot;moyennant un acte de divorce&quot;. Apr&egrave;s leur avoir rappel&eacute; les premiers chapitres de la Gen&egrave;se, le Christ leur r&eacute;pondit: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme et dit: &quot;Ainsi donc l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, et les deux ne feront qu'une seule chair? Ainsi, ils ne seront plus deux, mais une seule chair.&quot; Eh bien! ce que Dieu a uni, l'homme ne doit pas le s&eacute;parer&quot;. Puis, r&eacute;pondant &agrave; leur question sur la loi de Mo&iuml;se, J&eacute;sus affirma: &quot;C'est en raison de votre caract&egrave;re intraitable que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes; mais &agrave; l'origine, il n'en fut pas ainsi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8-11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#sl">Mc 12,2-6</a></i>. Dans sa r&eacute;ponse, le Christ se r&eacute;f&egrave;re deux fois &agrave; &quot;l'origine&quot; et c'est pourquoi, au cours de nos analyses, nous avons, nous aussi, tent&eacute; d'&eacute;claircir le plus nettement possible la signification de cette &quot;origine&quot; qui est le premier h&eacute;ritage dans le monde de tout &ecirc;tre humain, homme et femme, la premi&egrave;re attestation de l'identit&eacute; humaine selon la parole r&eacute;v&eacute;l&eacute;e, la premi&egrave;re source de la certitude de sa vocation en tant que personne humaine cr&eacute;&eacute;e &agrave; l'image de Dieu lui-m&ecirc;me.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La r&eacute;ponse du Christ a une signification historique - mais pas seulement historique. Les hommes en tout temps posent des questions &agrave; ce sujet. Nos contemporains &eacute;galement, mais ceux-ci se r&eacute;f&egrave;rent, non plus &agrave; &quot;l'acte de r&eacute;pudiation&quot; de Mo&iuml;se, mais &agrave; d'autres circonstances et &agrave; d'autres lois. Leurs questions sont charg&eacute;es de probl&egrave;mes qu'ignoraient les interlocuteurs du Christ, ses contemporains. Nous connaissons les questions concernant le mariage et la famille qui, au dernier Concile, ont &eacute;t&eacute; pos&eacute;es au pape Paul VI et qui, en cette p&eacute;riode post-conciliaire, ne cessent d'&ecirc;tre pos&eacute;es, jour apr&egrave;s jour, dans les circonstances les plus vari&eacute;es. Elles proviennent de personnes seules, de conjoints, de fianc&eacute;s, de jeunes; mais aussi d'&eacute;crivains, de journalistes, de politiciens, d'&eacute;conomistes, de d&eacute;mographes, en somme de tous les milieux de la culture et de la civilisation contemporaines.<br /> Je pense que, parmi les r&eacute;ponses que le Christ donnerait aux hommes de notre temps, &agrave; leurs questions souvent impatientes, celle qu'il donna jadis aux pharisiens serait encore l'essentielle. R&eacute;pondant &agrave; ces demandes, J&eacute;sus ferait d'abord et avant tout &eacute;tat de l'&quot;origine&quot;. Et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me le ferait-il de mani&egrave;re plus d&eacute;cid&eacute;e, plus absolue, &eacute;tant donn&eacute; que la situation, tant int&eacute;rieure que culturelle de l'homme d'aujourd'hui semble s'&eacute;loigner de cette &quot;origine&quot; et assumer des formes et des dimensions qui divergent de l'image biblique de &quot;l'origine&quot; en des points toujours plus distants.<br /> Il n'est, toutefois, aucune de ces situations qui &quot;surprendrait&quot; le Christ et je suppose qu'il n'en continuerait pas moins &agrave; se r&eacute;f&eacute;rer &quot;&agrave; l'origine&quot;.</p> <p> <a name="3"></a> 3. C'est pour cette raison que la r&eacute;ponse du Christ exigeait une analyse particuli&egrave;rement approfondie. En effet, cette r&eacute;ponse rappelle des v&eacute;rit&eacute;s &eacute;l&eacute;mentaires, fondamentales, au sujet de l'&ecirc;tre humain en tant qu'homme et que femme. C'est la r&eacute;ponse qui nous permet d'entrevoir la structure m&ecirc;me de l'identit&eacute; humaine dans les dimensions du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et, en m&ecirc;me temps, dans les perspectives du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Il n'y aurait pas moyen, sans cela, d'&eacute;difier une anthropologie &quot;th&eacute;ologique&quot; et, dans son contexte, une &quot;th&eacute;ologie du corps&quot; d'o&ugrave; la vision pleinement chr&eacute;tienne du mariage et de la famille tire &eacute;galement son origine. C'est ce que Paul VI a relev&eacute; quand, dans son Encyclique consacr&eacute;e aux probl&egrave;mes du mariage et de la procr&eacute;ation dans sa signification humainement et chr&eacute;tiennement responsable, il a fait appel &agrave; la &quot;vision int&eacute;grale de l'homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bj">HV 7</a></i>. On peut dire que, dans sa r&eacute;ponse aux pharisiens, J&eacute;sus a montr&eacute; &eacute;galement &agrave; ses interlocuteurs cette &quot;vision int&eacute;grale de l'homme&quot;, sans laquelle il serait impossible de donner une r&eacute;ponse appropri&eacute;e aux interrogations relatives au mariage et &agrave; la procr&eacute;ation. Et, pr&eacute;cis&eacute;ment, cette &quot;vision int&eacute;grale de l'homme&quot; doit &ecirc;tre form&eacute;e &agrave; partir de &quot;l'origine&quot;.<br /> Ceci n'est pas moins valable pour la mentalit&eacute; contemporaine que pour les interlocuteurs du Christ, f&ucirc;t-ce m&ecirc;me de mani&egrave;re diff&eacute;rente. Nous sommes en effet les fils d'une &eacute;poque o&ugrave;, en raison du d&eacute;veloppement de diverses disciplines, cette vision int&eacute;grale de l'homme peut facilement &ecirc;tre rejet&eacute;e et remplac&eacute;e par de multiples conceptions partielles qui, insistant sur l'un ou l'autre aspect du compositum humanum, ne touchent pas l'integrum de l'homme, ou le laissent en dehors de leur propre champ visuel. Viennent ensuite s'y ins&eacute;rer diverses tendances culturelles qui, se basant sur ces v&eacute;rit&eacute;s partielles, formulent leurs propositions et leurs indications d'ordre pratique au sujet du comportement humain et, plus souvent encore, &agrave; propos de la mani&egrave;re de se comporter avec l'&quot;homme&quot;.<br /> Alors l'homme devient un objet de techniques d&eacute;termin&eacute;es plut&ocirc;t que le sujet responsable de ses propres actions. Par sa r&eacute;ponse aux pharisiens le Christ indique aussi qu'il veut que l'&ecirc;tre humain, homme et femme, soit ce sujet-l&agrave;, le sujet qui d&eacute;cide de ses propres actions &agrave; la lumi&egrave;re de la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale sur lui-m&ecirc;me, en tant que v&eacute;rit&eacute; originelle, c'est- &agrave;-dire fondement des exp&eacute;riences authentiquement humaines. C'est cela la v&eacute;rit&eacute; que le Christ nous fait chercher &quot;&agrave; l'origine&quot;. Et c'est ainsi que nous nous tournons vers les premiers chapitres du Livre de la Gen&egrave;se.</p> <p><a name="4"></a>4. L'&eacute;tude de ces chapitres nous rend, peut-&ecirc;tre plus que d'autres, conscients de la signification et de la n&eacute;cessit&eacute; de la &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;. L'&quot;origine&quot; nous apprend relativement peu sur le corps humain, au sens naturaliste contemporain du terme. A ce point de vue, nous nous trouvons dans la pr&eacute;sente &eacute;tude &agrave; un niveau tout &agrave; fait &quot;pr&eacute;scientifique&quot;. Nous ne savons presque rien sur les structures int&eacute;rieures et les r&eacute;gulations qui conditionnent l'organisme humain. En m&ecirc;me temps toutefois - peut-&ecirc;tre &agrave; cause de l'antiquit&eacute; du texte - la v&eacute;rit&eacute; importante pour la vision int&eacute;grale de l'homme se r&eacute;v&egrave;le de mani&egrave;re simple et compl&egrave;te. Cette v&eacute;rit&eacute; concerne la signification du corps humain dans la structure du sujet personnel. Puis, l'analyse de ces textes archa&iuml;ques nous permet d'&eacute;tendre cette signification &agrave; tout le domaine de &quot;l'inter-subjectivit&eacute;&quot; humaine, sp&eacute;cialement dans l'&eacute;ternel rapport homme-femme. Gr&acirc;ce &agrave; quoi nous acqu&eacute;rons au sujet de ce rapport une optique que nous devons n&eacute;cessairement mettre &agrave; la base de toute la science humaine relative &agrave; la sexualit&eacute; humaine au sens bio-physiologique. Ce qui ne signifie nullement que nous devions renoncer &agrave; cette science ou nous priver de ses r&eacute;sultats. Au contraire: s'ils peuvent nous apprendre quelque chose sur l'&eacute;ducation de l'homme, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, et sur les questions du mariage et de la procr&eacute;ation, il faut toujours - tenant compte des divers &eacute;l&eacute;ments de la science contemporaine -en arriver &agrave; ce qui est fondamental et essentiellement personnel, tant dans chaque individu, homme ou femme, que dans leurs rapports r&eacute;ciproques.<br /> C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ce point que la r&eacute;flexion sur l'archa&iuml;que texte de la Gen&egrave;se se r&eacute;v&egrave;le irrempla&ccedil;able. Elle constitue r&eacute;ellement l'&quot;origine&quot; de la th&eacute;ologie du corps. Le fait que la th&eacute;ologie comprend &eacute;galement le corps ne doit &eacute;tonner personne et moins encore surprendre qui est conscient du myst&egrave;re et de la r&eacute;alit&eacute; de l'Incarnation. Du fait que le Verbe s'est fait chair, le corps est entr&eacute;, dirais-je, par la porte principale dans la th&eacute;ologie, c'est-&agrave;-dire dans la science qui a pour objet la divinit&eacute;. L'incarnation - et la R&eacute;demption qui en d&eacute;coule - sont &eacute;galement devenues la source d&eacute;finitive de la sacramentalit&eacute; du mariage; nous en parlerons plus amplement au moment opportun.</p> <p><a name="5"></a> 5. Les demandes faites par l'homme contemporain sont &eacute;galement celles que font les chr&eacute;tiens: ceux qui se pr&eacute;parent au sacrement du mariage et ceux qui vivent d&eacute;j&agrave; dans le mariage, qui est le sacrement de l'Eglise. Ces demandes ne sont pas seulement celles de la science: elles sont plus encore celles de la vie humaine. Tant et tant d'hommes et tant de chr&eacute;tiens cherchent dans le mariage l'accomplissement de leur vocation. Et tr&egrave;s nombreux sont ceux qui veulent y trouver la voie du salut et de la saintet&eacute;.<br /> Pour eux est particuli&egrave;rement importante la r&eacute;ponse que le Christ a donn&eacute;e aux pharisiens, z&eacute;lateurs de l'Ancien Testament. Ceux qui cherchent dans le mariage l'accomplissement de leur propre vocation humaine et chr&eacute;tienne sont appel&eacute;s &agrave; faire de cette &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;, dont nous trouvons l'&quot;origine&quot; dans les premiers chapitres de la Gen&egrave;se, la substance de leur vie et de leur comportement. En effet, sur le chemin de cette vocation, il est absolument indispensable d'avoir profond&eacute;ment conscience de la signification du corps, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;. Et il n'est pas moins n&eacute;cessaire d'avoir une conscience pr&eacute;cise de la signification conjugale du corps, de sa signification g&eacute;n&eacute;ratrice - &eacute;tant donn&eacute; que tout ceci, qui forme le contenu de la vie des &eacute;poux, doit constamment trouver sa dimension pleine et personnelle dans la coexistence, dans le comportement, dans les sentiments. Et tout ceci d'autant plus que r&egrave;gne une civilisation conditionn&eacute;e par une mani&egrave;re de penser et de juger nettement mat&eacute;rialiste et utilitaire. La bio-physiologie contemporaine peut fournir de nombreuses informations pr&eacute;cises sur la sexualit&eacute; humaine. Toutefois la connaissance personnelle de la dignit&eacute; du corps humain et du sexe doit &ecirc;tre puis&eacute;e &eacute;galement &agrave; d'autres sources. La parole de Dieu Lui-m&ecirc;me en est tout particuli&egrave;rement une: elle contient la r&eacute;v&eacute;lation du corps, celle qui remonte &agrave; l'&quot;origine&quot;.<br /> Combien significatif est le fait que le Christ, dans sa r&eacute;ponse &agrave; toutes ces questions, ordonne &agrave; l'homme de retourner de certaine mani&egrave;re au seuil de son histoire th&eacute;ologique! Il demande de se placer &agrave; la fronti&egrave;re qui s&eacute;pare l'&quot;innocence-f&eacute;licit&eacute;&quot; originelle et l'h&eacute;ritage de la premi&egrave;re chute. N'est-ce pas qu'il veut, de cette mani&egrave;re, lui dire que la voie sur laquelle il engage l'&ecirc;tre humain - homme-femme - dans le sacrement du mariage, c'est-&agrave;-dire la voie de la R&eacute;demption du corps, consiste n&eacute;cessairement &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer cette dignit&eacute; dans laquelle s'accomplit simultan&eacute;ment la vraie signification du corps humain, sa signification personnelle et sa signification &quot;de communion&quot;?</p> <p><a name="6"></a> 6. Pour le moment, nous terminerons ici la premi&egrave;re partie de nos m&eacute;ditations consacr&eacute;es &agrave; ce th&egrave;me si important. Pour donner une r&eacute;ponse exhaustive &agrave; nos demandes, parfois angoiss&eacute;es, sur le mariage - ou encore, plus exactement, sur la signification du corps - nous ne pouvons pas faire fond seulement sur ce que le Christ a r&eacute;pondu aux pharisiens en faisant &eacute;tat de l'&quot;origine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3</a></i>. Nous devons &eacute;galement prendre en consid&eacute;ration toutes ses autres d&eacute;clarations desquelles il en ressort sp&eacute;cialement deux, de caract&egrave;re particuli&egrave;rement synth&eacute;tique: la premi&egrave;re, du discours sur la montagne &agrave; propos des possibilit&eacute;s du coeur humain relativement &agrave; la concupiscence du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jj">Mt 5,8</a></i> et la seconde quand J&eacute;sus fait &eacute;tat de la future r&eacute;surrection <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3x">Mt 22,24-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-36</a></i>.</p> <p>- Le 2 avril 1980</p> Fri, 04 Sep 2009 23:07:38 +0000 Incarnare 70 at http://www.theologieducorps.fr TDC 024 - Le Christ fait appel à l'homme intérieur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-024-christ-fait-appel-lhomme-interieur <p>1. Comme th&egrave;me de nos futures r&eacute;flexions - dans le cadre de nos rencontres du mercredi - je d&eacute;sire d&eacute;velopper l'affirmation suivante du Christ qui fait partie du discours sur la montagne: &quot;Vous avez appris qu'il a &eacute;t&eacute; dit: tu ne commettras pas d'adult&egrave;re. Et moi je vous dis: quiconque regarde une femme avec convoitise a d&eacute;j&agrave;, dans son coeur, commis l'adult&egrave;re avec elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Il semble que ce passage, comme celui o&ugrave; le Christ s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; &quot;l'origine&quot; et qui nous a servi de base pour nos analyses pr&eacute;c&eacute;dentes, ait une signification cl&eacute; pour la th&eacute;ologie du corps. Nous avons alors pu nous rendre compte de l'ampleur du contexte d'une phrase, sp&eacute;cialement d'une parole prononc&eacute;e par le Christ. Il s'agissait non seulement du contexte imm&eacute;diat, tel qu'il ressort au cours de l'entretien avec les pharisiens mais aussi du contexte global que nous ne pouvions pas comprendre sans remonter au premier chapitre du livre de la Gen&egrave;se (en n&eacute;gligeant l&agrave; ceux qui se r&eacute;f&eacute;raient aux autres livres de l'Ancien Testament). Nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses ont montr&eacute; l'&eacute;tendue du contenu qu'entra&icirc;ne la r&eacute;f&eacute;rence du Christ &agrave; &quot;l'origine&quot;.<br /> L'&eacute;nonc&eacute; auquel nous nous r&eacute;f&eacute;rons maintenant, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> nous introduira s&ucirc;rement non seulement dans le contexte imm&eacute;diat dans lequel il appara&icirc;t mais aussi dans son contexte plus large, dans son contexte global, par l'interm&eacute;diaire duquel la signification cl&eacute; de la th&eacute;ologie du corps se r&eacute;v&eacute;lera graduellement. Cet &eacute;nonc&eacute; constitue un des passages du discours sur la montagne dans lequel J&eacute;sus-Christ op&egrave;re une r&eacute;vision fondamentale de la mani&egrave;re de comprendre et d'accomplir la loi morale de l'Ancienne Alliance. Il se r&eacute;f&egrave;re, dans l'ordre, aux commandements suivants du d&eacute;calogue: au cinqui&egrave;me &quot;tu ne tueras pas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jw">Mt 5,21-26</a></i>; au sixi&egrave;me &quot;tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-32</a></i> - il est significatif qu'&agrave; la fin de ce passage apparaisse aussi la question de &quot;l'acte de r&eacute;pudiation&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#ka">Mt 5,31-32</a></i> d&eacute;j&agrave; esquiss&eacute; dans le chapitre pr&eacute;c&egrave;dent - et au huiti&egrave;me commandement du texte du livre de l'Exode <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0c.htm#vl">Ex 20,7</a></i> &quot;tu ne parjureras pas mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de tes serments&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#kc">Mt 5,33-37</a></i>.<br /> Dans le discours sur la montagne, ce sont surtout les paroles qui pr&eacute;c&egrave;dent ces versets - et les suivants - qui sont significatives. Dans ces paroles, J&eacute;sus d&eacute;clare: &quot;Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi et les proph&egrave;tes; je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#js">Mt 5,17</a></i>. Dans les phrases qui suivent, J&eacute;sus explique le sens de cette opposition et la n&eacute;cessit&eacute; de &quot;l'accomplissement&quot; de la loi pour r&eacute;aliser le r&egrave;gne de Dieu</p> <p>&quot;Celui qui observera (ces commandements) et qui les enseignera aux hommes sera consid&eacute;r&eacute; comme grand dans le royaume des cieux. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#ju">Mt 5,19</a></i>. &quot;R&egrave;gne des cieux&quot; signifie r&egrave;gne de Dieu dans la dimension eschatologique. L'accomplissement de la loi conditionne ce r&egrave;gne, de mani&egrave;re fondamentale, dans la dimension temporelle de l'existence humaine. Il s'agit cependant d'un accomplissement qui correspond pleinement au sens de la loi, du d&eacute;calogue, des commandements particuliers. Seul cet accomplissement construit cette justice que Dieu l&eacute;gislateur a voulu. Le Christ Ma&icirc;tre avertit de ne pas donner une telle interpr&eacute;tation humaine &agrave; toute la loi et &agrave; tous les commandements particuliers qu'elle contient, dans la mesure o&ugrave; elle ne construit pas la justice voulue par Dieu- L&eacute;gislateur: &quot;Si votre justice ne d&eacute;passe pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jv">Mt 5,20</a></i>.</p> <p> 2. Dans ce contexte appara&icirc;t l'&eacute;nonc&eacute; du Christ tel qu'il est rapport&eacute; par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> et que nous entendons prendre comme base pour les pr&eacute;sentes analyses en le consid&eacute;rant, en m&ecirc;me temps que l'autre &eacute;nonc&eacute; qui est rapport&eacute; dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i> et <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i>, comme clef de la th&eacute;ologie du corps. Cet &eacute;nonc&eacute;, comme l'autre, a un caract&egrave;re explicitement normatif. Il confirme le principe de la morale humaine contenu dans le commandement &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; et, en m&ecirc;me temps, il d&eacute;termine une compr&eacute;hension appropri&eacute;e et totale de ce principe, c'est-&agrave;-dire une compr&eacute;hension du fondement et en m&ecirc;me temps de la condition pour son &quot;accomplissement&quot; ad&eacute;quat; ce principe se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment consid&eacute;r&eacute; &agrave; la lumi&egrave;re des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#js">Mt 5,17-20</a></i> d&eacute;j&agrave; cit&eacute;es sur lesquelles nous avons attir&eacute; l'attention plus haut. Il s'agit ici, d'une part, d'adh&eacute;rer &agrave; la signification mise par Dieu- L&eacute;gislateur dans le commandement &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, et d'autre part, pour l'homme, d'accomplir cette &quot;justice&quot; qui doit &quot;surabonder&quot; en lui, c'est-&agrave;-dire atteindre en lui sa pl&eacute;nitude sp&eacute;cifique. Ce sont l&agrave; pour ainsi dire les deux aspects de l'&quot;accomplissement&quot; au sens &eacute;vang&eacute;lique.</p> <p> 3. Nous nous trouvons ainsi au coeur m&ecirc;me de l'ethos ou dans ce qui peut &ecirc;tre d&eacute;fini comme la forme int&eacute;rieure, presque l'&acirc;me de la morale humaine. Les penseurs contemporains (par exemple SCHELER) voient dans le discours sur la montagne un grand tournant pr&eacute;cis&eacute;ment dans le domaine de l'ethos <i>(Je ne connais aucun autre t&eacute;moignage d'une semblable re-cr&eacute;ation de tout un syst&egrave;me de valeurs relativisant l'ancien Ethos que le Sermon sur la montagne qui se pr&eacute;sente avant tout, y compris dans sa forme, comme le t&eacute;moignage d'une telle re-cr&eacute;ation et d'une relativisation des anciennes valeurs de la &quot;loi&quot;: &quot;Mais moi je vous dis&quot; (Max SCHELER, Der Formalismus in der Ethik und die materiale Wertethik, Halle a.d.s. Verlag M. Niemeyer, 1921, p.316 n. 1.)</i>. Une morale vivante, au sens existentiel, n'est pas seulement form&eacute;e par des normes qui rev&ecirc;tent la forme de commandements, de pr&eacute;ceptes et d'interdits, comme c'est le cas dans &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;. La morale dans laquelle se r&eacute;alise le sens m&ecirc;me de l'&ecirc;tre humain - qui est en m&ecirc;me temps accomplissement de la loi par l'interm&eacute;diaire de la &quot;surabondance&quot; de la justice &agrave; travers la vitalit&eacute; subjective - se forme dans la perception int&eacute;rieure des valeurs d'o&ugrave; na&icirc;t le devoir comme expression de la conscience, comme r&eacute;ponse du &quot;je&quot; personnel. L'ethos nous fait en m&ecirc;me temps entrer dans la profondeur de la norme elle-m&ecirc;me et descendre &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme sujet de la morale. La valeur morale est li&eacute;e au processus dynamique de l'intimit&eacute; de l'homme. Pour l'atteindre, il ne suffit pas de s'arr&ecirc;ter &quot;aux apparences&quot; de l'action humaine, mais il faut encore p&eacute;n&eacute;trer &agrave; l'int&eacute;rieur de ces actions.</p> <p> 4 En plus du commandement &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, le d&eacute;calogue a aussi &quot;tu ne d&eacute;sireras pas la femme du prochain&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0c.htm#vv">Ex 20,17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev1.htm#iq">Dt 5,21</a></i>. Dans l'&eacute;nonc&eacute; du discours sur la montagne, le Christ les lie, dans un certain sens, l'un &agrave; l'autre: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re dans son coeur.&quot; Cependant, il ne s'agit pas tant de distinguer la port&eacute;e de ces deux commandements du d&eacute;calogue que de relever la dimension de l'action int&eacute;rieure &agrave; laquelle se r&eacute;f&egrave;re &eacute;galement les paroles: &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;. Cette action trouve son expression visible dans &quot;l'acte du corps&quot;, acte auquel participent l'homme et la femme contre la loi de l'exclusivit&eacute; dans le mariage. La casuistique des livres de l'Ancien Testament, dans le but de rechercher ce qui, selon des crit&egrave;res ext&eacute;rieurs, constituait cet &quot;acte du corps&quot;, et, en m&ecirc;me temps, dans le but de combattre l'adult&egrave;re, lui ouvrait diff&eacute;rentes &quot;&eacute;chappatoires&quot; l&eacute;gales (Sur ce sujet, cf. la suite des pr&eacute;sentes m&eacute;ditations). De cette mani&egrave;re, sur la base de multiples compromis &quot;&agrave; cause de la duret&eacute; du coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>, le sens du commandement voulu par le l&eacute;gislateur subissait une d&eacute;formation. On se conformait &agrave; l'observance l&eacute;galiste de la formule qui ne &quot;surabondait&quot; pas dans la justice int&eacute;rieure des coeurs. Le Christ d&eacute;place l'essence du probl&egrave;me et lui donne une autre dimension quand il dit: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; D'apr&egrave;s une ancienne traduction: &quot;Il l'a d&eacute;j&agrave; rendue coupable d'adult&egrave;re dans son coeur&quot; formule qui semble &ecirc;tre plus exacte (*).<br /> Ainsi donc le Christ fait appel &agrave; l'homme int&eacute;rieur. Il le fait plusieurs fois et en diff&eacute;rentes circonstances. Dans ce cas, cela appara&icirc;t particuli&egrave;rement explicite et &eacute;loquent, non seulement par rapport &agrave; la configuration de l'ethos &eacute;vang&eacute;lique, mais aussi par rapport &agrave; la mani&egrave;re de voir l'homme. Ce n'est donc pas seulement la raison &eacute;thique, mais aussi la raison anthropologique qui nous pousse &agrave; nous arr&ecirc;ter plus longtemps sur le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, qui contient les paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le discours sur la montagne.</p> <p> (*) Note - <i>le &quot;texte de la Vulgate offre une traduction fid&egrave;le de l'original: tam moechatus est eam in corde suo. En effet, le verbe grec moiche&uuml;o est transitif. Au contraire dans les langues europ&eacute;ennes modernes, &quot;commettre un adult&egrave;re&quot; est un verbe intransitif. D'o&ugrave; la version: Il a commis un adult&egrave;re avec elle. &quot;Il en est de m&ecirc;me. - En italien:&quot; ...ha gia commesso adulterio con lie nel suo cuore&quot; (Edition de la Conf&eacute;rence &eacute;piscopale italienne, 1971; il en est de m&ecirc;me pour l'&eacute;dition de l'Institut biblique pontificale, 1961, et celle &eacute;dit&eacute;e par S. Garofalo 1966</i><br /> - En fran&ccedil;ais: &quot;...a d&eacute;j&agrave; commis, dans son coeur l'adult&egrave;re avec elle&quot; (Bible de J&eacute;rusalem, Parie, 1973; traduction oecum&eacute;nique, Paris, 1972, Crampon): seul Fillon traduit: &quot;A d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re dans son coeur&quot; - En anglais: &quot;...has already commited adultery with her in his heart&quot; (Douai Version 1582; de m&ecirc;me la Revised Standard Version, de 1611 &agrave; 1966; R. Knox, New English Bible, J&eacute;rusalem Bible, 1966) - En allemand: &quot;...hat in seinem Herzen scon Ehebruch mit ihr begangen (Traduction oecum&eacute;nique demand&eacute;e par les &eacute;v&ecirc;ques de langue allemande, 1979). - En espagnol:&quot;...ya cometio adultero con ella en su corazon&quot; (Bibl. Societ. 1966) - En portugais: &quot;...ja cometeu adulterio com ela no seu cora&ccedil;ao &quot; (M. Soares Sao Paulo, 1933 - En polonais: traduction ancienne: juz ja scudzolozyl w sercu swoim&quot;; traduction r&eacute;cente: &quot;...juz sie w swoim sercu dopuscil z nia cudsolostwa&quot; (Biblia Tysiaclecia).</p> <p>- Le 16 avril 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 13:14:24 +0000 Incarnare 71 at http://www.theologieducorps.fr TDC 025 - Le contenu éthique et anthropologique du commandement "Tu ne commettras pas d'adultère" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-025-contenu-ethique-anthropologique-du-commandement-tu-ne-commettras-pas-dadultere <p><a name="1"></a>1. Rappelons-nous les paroles du Discours sur la Montagne auquel nous nous r&eacute;f&eacute;rons dans le pr&eacute;sent cycle de nos r&eacute;flexions du mercredi: Vous avez appris - dit le Seigneur - qu'il a &eacute;t&eacute; dit: tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: quiconque regarde une femme avec convoitise a d&eacute;j&agrave;, dans son coeur, commis l'adult&egrave;re avec elle.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i></p> <p>L'homme auquel J&eacute;sus se r&eacute;f&egrave;re ici, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment l'homme &quot;historique&quot;, celui dont nous avons recherch&eacute; &quot;l'origine&quot; et la &quot;pr&eacute;histoire th&eacute;ologique&quot; dans la pr&eacute;c&eacute;dente s&eacute;rie d'analyses. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment celui qui &eacute;coute le Discours sur la Montagne de ses propres oreilles. Mais, avec lui, c'est aussi tout autre homme mis en face de ce moment de l'histoire, que ce soit dans l'immense espace du pass&eacute;, que ce soit dans celui, &eacute;galement vaste, du futur. En face du Discours sur la Montagne, notre pr&eacute;sent, notre contemporan&eacute;it&eacute;, appartient &eacute;galement &agrave; ce &quot;futur&quot;. Dans un certain sens, cet homme, c'est &quot;chaque&quot; homme, &quot;chacun&quot; de nous. Que ce soit l'homme du pass&eacute; ou l'homme du futur, il peut &ecirc;tre celui qui conna&icirc;t le commandement positif &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; comme &quot;contenu de la loi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#c5">Rm 2,22-23</a></i> mais il peut &ecirc;tre &eacute;galement celui qui, selon la Lettre aux Romains, a seulement ce commandement &quot;&eacute;crit dans (son) coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#cy">Rm 2,15</a></i>.<br /> Note - (<i>De cette mani&egrave;re, le contenu de nos r&eacute;flexions serait d&eacute;plac&eacute;, dans un certain sens, sur le terrain de la &quot;loi naturelle&quot;. Les paroles cit&eacute;es de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#co">Rm 2,5</a></i> ont toujours &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;es, dans la R&eacute;v&eacute;lation, comme la source de la preuve pour l'existence de la loi naturelle. Le concept de loi naturelle acquiert ainsi &eacute;galement une signification th&eacute;ologique. - Cf., entre autres, D, Composta, Teologia del diritto naturale, status quaestionis, Brescia 1972 (Ed. civilt&agrave;), n.7-22, 41-53; j. Fusch, S.J., Lex naturae, Zur Theologie des Naturrechts, D&uuml;sseldort 1955, p. 22-30; E. Hamel, S.J., Loi naturelle et loi du Christ, Bruges-Paris 1964 (DDB), p. 18; A. Sacchi, &quot;la legge naturale nella Biblia&quot; in: La legge naturale. Le relazioni del Convegno dei teologi moralisti dell'Italia settentrionale (11-13 septembre 1969), Bologna 1970 (Ed. Dehoniane), p. 53; F B&ouml;ckle. &quot;la legge naturale e la legge cristiana&quot;, ibid. p. 214-215; A. Feuillet, &quot;Le fondement de la morale ancienne et chr&eacute;tienne d'apr&egrave;s l'Ep&icirc;tre aux Romains&quot;, Revue Thomiste 78 (1970) 357- 386; Th. Herr, Naturrecht aus der kritischen Sicht des Neuen Testaments, M&uuml;nchen 1976 (Sch&ouml;ningh), p. 155-164.</i>).<br /> A la lumi&egrave;re des r&eacute;flexions d&eacute;velopp&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment, c'est l'homme qui a acquis depuis son &quot;origine&quot; un sens pr&eacute;cis de la signification du corps, d&eacute;j&agrave; avant de franchir &quot;le seuil&quot; de ces exp&eacute;riences historiques, dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation, &eacute;tant donn&eacute; qu'il en &eacute;merge &quot;comme homme et femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>. C'est l'homme historique qui &agrave; &quot;l'origine&quot; de son existence terrestre s'est trouv&eacute; &quot;avec&quot; la connaissance du bien et du mal, rompant l'alliance avec son Cr&eacute;ateur. C'est l'&ecirc;tre humain-homme qui &quot;a connu (la femme) son &eacute;pouse&quot; et qui l'a &quot;connue&quot; plusieurs fois et elle, &quot;elle a con&ccedil;u et enfant&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1-2</a></i> en conformit&eacute; avec le dessein du Cr&eacute;ateur qui remontait &agrave; l'&eacute;tat de l'innocence originelle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ee">Gn 1,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Dans son Discours sur la Montagne, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cet homme que le Christ s'adresse, en particulier avec les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Il s'adresse &agrave; l'homme d'un moment d&eacute;termin&eacute; de l'histoire et, en m&ecirc;me temps, &agrave; tous les hommes qui appartiennent &agrave; la m&ecirc;me histoire humaine. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute;, il s'adresse &agrave; l'homme &quot;int&eacute;rieur&quot;. Les paroles du Christ ont un contenu anthropologique explicite; elles touchent &agrave; ces significations &eacute;ternelles par l'interm&eacute;diaire desquelles l'anthropologie &quot;ad&eacute;quate&quot; se trouve constitu&eacute;e. Par leur contenu &eacute;thique, ces paroles constituent en m&ecirc;me temps cette anthropologie et exigent, pour ainsi dire, que l'homme entre dans la pl&eacute;nitude de son image. L'homme qui est &quot;chair&quot; et qui comme &ecirc;tre humain reste en rapport, &agrave; travers son corps et son sexe, avec la femme (c'est ce qu'indique en effet &eacute;galement l'expression &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;), doit, &agrave; la lumi&egrave;re de ces paroles du Christ, se retrouver &agrave; l'int&eacute;rieur de lui-m&ecirc;me, dans son &quot;coeur&quot;.<br /> Note - (<i>L'usage typiquement h&eacute;bra&iuml;que, qui se refl&egrave;te dans le Nouveau Testament, implique une Conception de l'homme comme unit&eacute; pens&eacute;e, de volont&eacute; et de sentiment... Il d&eacute;peint l'homme comme un tout, consid&eacute;r&eacute; &agrave; partir de son intentionnalit&eacute;; le coeur, comme centre de l'homme, est envisag&eacute; comme source de volont&eacute;, d'&eacute;motion, de pens&eacute;es et d'affections. -- Cette conception juda&iuml;que traditionnelle a &eacute;t&eacute; rapproch&eacute;e par Paul de cat&eacute;gories hell&eacute;nistiques telles que &quot;esprit&quot;, &quot;attitudes&quot;, &quot;pens&eacute;es&quot; et &quot;d&eacute;sirs&quot;. Une telle coordination entre les cat&eacute;gories juda&iuml;ques et hell&eacute;nistiques se retrouve dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#bm">Ph 1,7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#d3">Ph 4,7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#b4">Rm 1,21-24</a></i> o&ugrave; le &quot;coeur&quot; est envisag&eacute; comme un centre &agrave; partir duquel d&eacute;coulent toutes ces choses. (R. Jewett, Paul's Anthropological Terms. A Study of their Use in Conflict Settings, Leiden. 1971, Brill, p. 448.) -- &quot;Le coeur... est le centre et la racine cach&eacute;e et int&eacute;rieure de l'homme et de son monde..., le fondement premier et la force vitale de toute exp&eacute;rience et de toute d&eacute;cision de l'&ecirc;tre.&quot; (H. Schlier, Das Menschenherz nach dem Apostel Paulus, in: Lebendiges Zeugnis, 1965, p. 123.) -- Cf. aussi F. Baumg&auml;rtel - J. Behm, &quot;Kardia&quot;, in: Theologisches W&ouml;rterbuch zum Newen Testament, II, Stuttgart l933 (Kohlhammer), p. 609-616.</i>).<br /> Le &quot;coeur&quot; est cette dimension de l'humanit&eacute; &agrave; laquelle sont directement li&eacute;s le sens de la signification du corps humain et l'ordre de ce sens. Il s'agit ici, soit de cette signification que nous avons appel&eacute;e corps &quot;sponsal&quot; dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses, soit de celle que nous avons appel&eacute;e &quot;procr&eacute;atrice&quot;. De quel ordre s'agit-il?</p> <p> <a name="3"></a> 3. Cette partie de nos consid&eacute;rations doit pr&eacute;cis&eacute;ment donner une r&eacute;ponse &agrave; cette question une r&eacute;ponse qui arrive non seulement aux raisons &eacute;thiques, mais aussi aux raisons anthropologiques en effet, elles sont et restent dans un rapport r&eacute;ciproque. Actuellement, il faut &eacute;tablir au pr&eacute;alable la signification du texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, la signification des expressions qui y sont employ&eacute;es et leur rapport r&eacute;ciproque. L'adult&egrave;re auquel se r&eacute;f&egrave;re express&eacute;ment le commandement cit&eacute; signifie la rupture de l'unit&eacute; par laquelle l'homme et la femme, seulement comme conjoints, peuvent s'unir si &eacute;troitement pour &ecirc;tre &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> L'homme, s'il s'unit de cette mani&egrave;re &agrave; une femme qui n'est pas son &eacute;pouse, commet l'adult&egrave;re. La femme aussi, si elle s'unit de cette mani&egrave;re &agrave; un homme qui n'est pas son mari, commet l'adult&egrave;re. Il faut en d&eacute;duire que &quot;l'adult&egrave;re dans le coeur&quot;, commis par l'homme lorsqu'il &quot;regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot;, signifie un acte int&eacute;rieur bien d&eacute;fini. Il s'agit d'un d&eacute;sir qui va, dans ce cas, de l'homme vers une femme qui n'est pas son &eacute;pouse afin de s'unir &agrave; elle comme si elle &eacute;tait son &eacute;pouse, c'est-&agrave;-dire - pour utiliser encore une fois les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> - pour faire en sorte que &quot;les deux soient une seule chair&quot;. Ce d&eacute;sir comme acte int&eacute;rieur s'exprime par l'interm&eacute;diaire de la vue, c'est-&agrave;-dire avec le regard, comme dans le cas de David et de Bethsab&eacute;e, pour prendre un exemple utilis&eacute; dans la Bible <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/btu.htm#jt">2S 11,2</a></i> <i>c'est peut-&ecirc;tre l'exemple le plus connu mais, dans la Bible, on peut trouver d'autres exemples semblables <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#bcj">Gn 34,2</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwp.htm#of">Jg 14,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwq.htm#pn">Jg 16,1</a></i> i. Le rapport entre le d&eacute;sir et le regard a &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement mis en relief dans les paroles du Christ.</i></p> <p> <a name="4"></a> 4. Ces paroles ne disent pas clairement si la femme - objet du d&eacute;sir - est la femme d'un autre ou simplement la femme de l'homme qui la regarde de cette mani&egrave;re.<br /> Elle peut &ecirc;tre la femme d'un autre ou aussi une femme non li&eacute;e par le mariage. Il faut plut&ocirc;t le deviner en nous fondant sp&eacute;cialement sur l'expression qui pr&eacute;cis&eacute;ment d&eacute;finit l'adult&egrave;re comme ce que l'homme a commis &quot;dans son coeur&quot; par le regard. Il faut en d&eacute;duire correctement que ce regard de d&eacute;sir tourn&eacute; vers son &eacute;pouse n'est pas adult&egrave;re &quot;dans le coeur&quot;, pr&eacute;cis&eacute;ment parce que l'acte int&eacute;rieur correspondant de l'homme s'adresse &agrave; la femme qui est son &eacute;pouse par rapport &agrave; laquelle l'adult&egrave;re ne peut pas se v&eacute;rifier. Si l'acte conjugal comme acte ext&eacute;rieur o&ugrave; &quot;tous les deux s'unissent pour devenir une seule chair&quot; est permis dans le rapport de l'homme en question avec la femme qui est son &eacute;pouse, de mani&egrave;re analogue, l'acte int&eacute;rieur est, &eacute;galement dans la m&ecirc;me relation, conforme &agrave; l'&eacute;thique.</p> <p> <a name="5"></a> 5. N&eacute;anmoins, ce d&eacute;sir indiqu&eacute; par l'expression &quot;quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot; a sa dimension biblique et th&eacute;ologique que nous ne pouvons pas ne pas &eacute;claircir. M&ecirc;me si cette dimension ne se manifeste pas directement dans cette expression unique et concr&egrave;te de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, elle est cependant profond&eacute;ment enracin&eacute;e dans le contexte global qui se rapporte &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation du corps. Nous devons remonter &agrave; ce contexte afin que la r&eacute;f&eacute;rence du Christ &quot;au coeur&quot;, &agrave; l'homme int&eacute;rieur, r&eacute;sonne dans toute la pl&eacute;nitude de sa v&eacute;rit&eacute;. L'&eacute;nonc&eacute; cit&eacute; du Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> a fondamentalement un caract&egrave;re indicatif. Que le Christ s'adresse directement &agrave; l'homme comme &agrave; celui qui &quot;regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot; ne veut pas dire que ses paroles, dans leur sens &eacute;thique, ne s'adressent pas aussi &agrave; la femme. Le Christ s'exprime ainsi pour illustrer par un exemple concret comment il faut comprendre &quot;l'accomplissement de la loi&quot;, selon la signification que lui a donn&eacute;e Dieu- l&eacute;gislateur, et, en outre, comment il faut entendre cette &quot;surabondance de la justice&quot; dans l'homme que mentionne le sixi&egrave;me commandement du D&eacute;calogue. En parlant de cette mani&egrave;re, le Christ veut que nous ne nous arr&ecirc;tions pas sur l'exemple lui-m&ecirc;me mais que nous p&eacute;n&eacute;trions dans le sens pleinement &eacute;thique et anthropologique de l'&eacute;nonc&eacute;. Celui-ci a un caract&egrave;re indicatif et il signifie qu'en suivant ses traces nous pouvons arriver &agrave; comprendre la v&eacute;rit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale sur l'homme &quot;historique&quot;, valable &eacute;galement pour la th&eacute;ologie du corps. Les &eacute;tapes ult&eacute;rieures de nos r&eacute;flexions auront pour but d'essayer de comprendre cette v&eacute;rit&eacute;.</p> <p>- Le 23 avril 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 13:16:29 +0000 Incarnare 72 at http://www.theologieducorps.fr TDC 026 - La concupiscence, rupture de l'alliance avec Dieu http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-026-la-concupiscence-rupture-de-lalliance-avec-dieu <p><a name="1"></a>1. Dans notre derni&egrave;re r&eacute;flexion, nous avons dit que les paroles du Christ dans le Sermon sur la Montagne font directement allusion au &quot;d&eacute;sir&quot; qui na&icirc;t imm&eacute;diatement dans le coeur humain; mais, indirectement, ces paroles nous orientent vers la compr&eacute;hension d'une v&eacute;rit&eacute; sur l'homme dont l'importance est universelle.<br /> Cette v&eacute;rit&eacute; sur l'homme &quot;historique&quot;, qui a une importance universelle et vers laquelle nous dirigent les paroles du Christ tir&eacute;es de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, semble &ecirc;tre exprim&eacute;e dans la doctrine biblique sur la triple concupiscence. Nous nous r&eacute;f&eacute;rons ici au bref &eacute;nonc&eacute; de la <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16-17</a></i>: &quot;Tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens, ne provient pas du P&egrave;re mais provient du monde. Or le monde passe, lui et sa convoitise; mais celui qui fait la volont&eacute; de Dieu demeure &agrave; jamais.&quot; Il est &eacute;vident que, pour comprendre ces paroles, il faut tenir &eacute;norm&eacute;ment compte du contexte o&ugrave; elles sont ins&eacute;r&eacute;es, c'est- &agrave;-dire le contexte de toute la &quot;th&eacute;ologie johannique&quot;.<br /> Note - (<i>cf. par exemple: J. Bonsirven, Ep&icirc;tres de saint Jean, Paris 1954 (Beauchesne), p. 113-119; E. Brooke, Critical and Exegetical Commentary on the Johannine Epistles, International critical Commentary, Edinburgh 1912 (Clark). p.17-49; P. De Ambroggi, Le Epistole Cattoliche, Torino 1947 (Marietti), p. 216-217; C. H. Dodd. The Johannine Epistles (Moffatt New Testament Commentary), London 1946. p.41-42; J. Houlden, A. Commentary on the Johannine Epistles, London 1973 (Black), p. 73-74; B. Prete. Lettere di Giovanni, Roma 1970 ( Ed. Paoline), p.61; R. Schnackenburg, Die Johannesbriefe, Freiburg 1953 (Herders Theologister Kommentar zum Neuen Testament), p. 112-115; J.R. W. Stott. Epistles of John (Tyndale New Testament Commentaries) London 1969, p. 99-101 - - Sur la th&eacute;ologie de saint Jean, cf. en particulier A. Feuillet, le Myst&egrave;re de l'amour divin dans la th&eacute;ologie Johannique, Paris, 1972, Gabalda.</i>).<br /> Cependant, les m&ecirc;mes paroles s'ins&egrave;rent en m&ecirc;me temps dans le contexte de toute la Bible: elles appartiennent &agrave; l'ensemble de la v&eacute;rit&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e sur l'homme et elles sont importantes pour la th&eacute;ologie du corps. Elles n'expliquent pas la concupiscence dans sa triple forme car elles semblent pr&eacute;supposer que &quot;la concupiscence du corps, la concupiscence des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens&quot; sont, d'une certaine fa&ccedil;on, un concept clair et connu. Elles expliquent au contraire la gen&egrave;se de la triple concupiscence, en indiquant leur provenance, non pas &quot;du P&egrave;re&quot; mais &quot;du monde&quot;.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La concupiscence de la chair et, avec elle, la concupiscence des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens sont dans &quot;le monde&quot; et, en m&ecirc;me temps, &quot;viennent du monde&quot;, non comme fruit du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation mais comme fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fc">Gn 2,17</a></i> dans le coeur de l'homme. Ce qui fructifie dans la triple concupiscence, ce n'est pas le monde cr&eacute;&eacute; par Dieu pour l'homme et dont nous avons lu plusieurs fois dans Gn 1 qu'il &eacute;tait &quot;bon&quot;. &quot;Dieu vit que c'&eacute;tait bon... que c'&eacute;tait tr&egrave;s bon.&quot; Dans la triple concupiscence, c'est au contraire la rupture de la premi&egrave;re alliance avec le Cr&eacute;ateur, avec Dieu-Elohim, avec Dieu-Yahv&eacute; qui fructifie. Il faudrait faire ici une analyse scrupuleuse des &eacute;v&eacute;nements d&eacute;crits dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3,1-6</a></i> Mais, nous nous r&eacute;f&eacute;rons seulement ici de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale au myst&egrave;re du p&eacute;ch&eacute;, aux d&eacute;buts de l'histoire humaine. En effet, c'est seulement comme cons&eacute;quence du p&eacute;ch&eacute;, comme fruit de la rupture de l'alliance avec Dieu dans le coeur humain - dans l'intimit&eacute; de l'homme - que le &quot;monde&quot; du livre de la Gen&egrave;se est devenu le &quot;monde&quot; d&eacute;crit par les paroles de saint Jean <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bp">1Jn 2,15-16</a></i>: lieu et source de concupiscence.<br /> Ainsi donc l'&eacute;nonc&eacute; selon lequel la concupiscence ne vient pas du P&egrave;re mais du monde semble nous diriger, encore une fois, vers l'&quot;origine&quot; biblique. La gen&egrave;se de la triple concupiscence pr&eacute;sent&eacute;e par Jean trouve dans cette origine son explication premi&egrave;re et fondamentale une explication qui est essentielle pour la th&eacute;ologie du corps. Pour comprendre cette v&eacute;rit&eacute; d'importance universelle sur l'homme &quot;historique&quot; contenue dans les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, nous devons encore une fois, retourner au livre de la Gen&egrave;se, nous arr&ecirc;ter encore une fois &quot;au seuil&quot; de la r&eacute;v&eacute;lation de l'homme &quot;historique&quot;. Ceci est d'autant plus n&eacute;cessaire que ce seuil de l'histoire du salut se r&eacute;v&egrave;le en m&ecirc;me temps &ecirc;tre le seuil d'authentiques exp&eacute;riences humaines, comme nous le constaterons dans les analyses qui vont suivre. Les m&ecirc;mes significations fondamentales que nous avons tir&eacute;es de nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses, comme les &eacute;l&eacute;ments constitutifs d'une anthropologie ad&eacute;quate et profonde, fondement de la th&eacute;ologie du corps, y revivront.</p> <p><a name="3"></a> 3. On peut se demander encore s'il est permis de transporter les contenus typiques de la &quot;th&eacute;ologie johannique&quot; inclus dans toute la premi&egrave;re lettre (en particulier dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bp">1Jn 2,15-16</a></i>) sur le terrain du Discours sur la Montagne selon Mathieu et, de mani&egrave;re pr&eacute;cise, sur le terrain de l'affirmation du Christ tir&eacute;e de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> (&quot;Vous avez appris qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot;). Nous reprendrons cet argument plusieurs fois: n&eacute;anmoins, nous nous r&eacute;f&eacute;rons d&egrave;s maintenant au contexte biblique g&eacute;n&eacute;ral, &agrave; l'ensemble de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme telle qu'elle est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et exprim&eacute;e. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment au nom de cette v&eacute;rit&eacute; que nous cherchons &agrave; comprendre jusqu'au fond l'homme que le Christ montre dans le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>: c'est-&agrave;-dire l'homme qui &quot;regarde&quot; la femme &quot;pour la d&eacute;sirer&quot;. En d&eacute;finitive, un tel regard ne s'explique-t-il peut-&ecirc;tre pas par le fait que l'homme est pr&eacute;cis&eacute;ment un &quot;homme de d&eacute;sir&quot;, dans le sens de la premi&egrave;re lettre de saint Jean, au lieu que les deux, c'est-&agrave;-dire l'homme qui regarde pour d&eacute;sirer et la femme qui est l'objet de ce regard, se trouvent dans la dimension de la triple concupiscence, qui &quot;ne vient pas du P&egrave;re mais du monde&quot;? Il faut donc comprendre ce que signifie cette concupiscence ou plut&ocirc;t cet &quot;homme du d&eacute;sir&quot; dans la Bible pour d&eacute;couvrir la profondeur des paroles du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, et ce que signifie leur r&eacute;f&eacute;rence au &quot;coeur&quot; humain, si importante pour la th&eacute;ologie du corps.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Revenons au r&eacute;cit yahviste o&ugrave; le m&ecirc;me &ecirc;tre humain, homme et femme, appara&icirc;t au d&eacute;but dans l'&eacute;tat d'innocence originelle - avant le p&eacute;ch&eacute; originel - et ensuite comme celui qui a perdu cette innocence en violant l'alliance originelle avec son Cr&eacute;ateur. Nous n'entendons pas faire ici une analyse compl&egrave;te de la tentation et du p&eacute;ch&eacute; selon le m&ecirc;me texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3,1-5</a></i> ni &eacute;tablir la doctrine de l'Eglise ou la th&eacute;ologie qui s'y rapportent. Il convient seulement d'observer que la m&ecirc;me description biblique semble mettre particuli&egrave;rement en &eacute;vidence le moment Cl&eacute; o&ugrave; le don est mis en doute dans le coeur de l'homme. L'homme qui cueille le fruit de l'&quot;arbre de la connaissance du bien et du mal&quot; fait, en m&ecirc;me temps, un choix fondamental et le r&eacute;alise contre le vouloir du Cr&eacute;ateur, Dieu-Yahv&eacute;, en acceptant les raisons qui lui sont sugg&eacute;r&eacute;es par le tentateur: &quot;Non, vous ne mourrez pas! Mais Dieu sait que le jour o&ugrave; vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous deviendrez comme Dieu, connaissant le bien et le mal&quot;; selon une ancienne traduction: &quot;Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal&quot;.<br /> Note - (<i>le texte h&eacute;bra&iuml;que peut avoir les deux significations puisqu'il se traduit: &quot;Dieu (Elohim) sait que le jour o&ugrave; vous en mangerez (le fruit de l'arbre de la Connaissance du bien et du mal) vos yeux s'ouvriront et vous deviendrez comme Elohim, qui connaissent le bien et le mal.&quot; Le terme elohim est le pluriel de eloah (&quot;pluralis excellentiae&quot;). - Se rapportant &agrave; Yahv&eacute;, il est au singulier; mais il peut &ecirc;tre au pluriel quand il se rapporte aux autres divinit&eacute;s c&eacute;lestes ou aux divinit&eacute;s pa&iuml;ennes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtw.htm#hn">Ps 8,6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0b.htm#of">Ex 12,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwp.htm#ls">Jg 10,16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmn.htm#">Os 31,1</a></i> et d'autres). -- Mentionnons quelques traductions: - Italien: &quot; diverreste come Dio, Conoscendo il bene e il male &quot; (Pont. Istit. Biblico, 1961). - Fran&ccedil;ais: &quot;...vous serez comme des dieux. Qui connaissent le bien et le mal&quot; (Bible de J&eacute;rusalem, 1973). - Anglais: &quot;you will be like God, knowing good and evil&quot; (Revised Standard Version, 1966). - Espagnol &quot;series como dioses, conocedores del bien y del mal &quot; (S. Ausejo. Barcelona 1964); &quot;ser&eacute;is como Dios en el conocimiento del bien y el mal&quot; (A. Alonso-Sch&ouml;kel. Madrid 1970).).</i><br /> Dans cette motivation, se trouve contenue la mise en doute du don et de l'amour dont la cr&eacute;ation comme don tire son origine. Pour ce qui est de l'homme, il re&ccedil;oit en don &quot;le monde&quot; et, en m&ecirc;me temps, l'&quot;image de Dieu&quot;, c'est-&agrave;-dire l'humanit&eacute; elle-m&ecirc;me dans toute la v&eacute;rit&eacute; de sa dualit&eacute; masculine et f&eacute;minine. Il suffit de lire avec soin tout le passage de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3,1-5</a></i> pour y rep&eacute;rer le myst&egrave;re de l'homme qui tourne le dos au &quot;P&egrave;re&quot; (m&ecirc;me si nous ne trouvons pas ce qualificatif de Dieu dans le r&eacute;cit). En mettant en doute, dans son coeur, la signification la plus profonde du don, c'est-&agrave;-dire l'amour comme raison sp&eacute;cifique de la cr&eacute;ation et de l'alliance originelle (cf. en particulier <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fp">Gn 3,5</a></i>, l'homme tourne le dos, au Dieu-Amour, au &quot;P&egrave;re&quot;. Dans un certain sens, il le rejette de son coeur. En m&ecirc;me temps donc, il d&eacute;tache son coeur et il le coupe presque de ce qui &quot;vient du P&egrave;re&quot;: ainsi, il reste en lui ce qui &quot;vient du monde&quot;.</p> <p><a name="5"></a> 5. &quot;Leurs yeux &agrave; tous deux s'ouvrirent alors et ils surent qu'ils &eacute;taient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des pagnes.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i> C'est la premi&egrave;re phrase du r&eacute;cit yahviste que se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la &quot;situation de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; et qui montre le nouvel &eacute;tat de la nature humaine. Cette phrase ne sugg&egrave;re-t-elle peut-&ecirc;tre pas aussi le d&eacute;but de la &quot;concupiscence&quot; dans le coeur de l'homme? Pour donner une r&eacute;ponse plus approfondie &agrave; cette question, nous ne pouvons pas nous arr&ecirc;ter &agrave; cette premi&egrave;re phrase mais il faut relire le texte dans son int&eacute;gralit&eacute;. Cependant, il vaut la peine de rappeler ce qui a &eacute;t&eacute; dit au sujet de la honte comme exp&eacute;rience &quot;de la limite&quot; dans les premi&egrave;res analyses <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gkg.htm#a42">Audience g&eacute;n&eacute;rale du 12.12.1979</a> . Le livre de la Gen&egrave;se se r&eacute;f&egrave;re &agrave; cette exp&eacute;rience pour montrer &quot;la limite&quot; qui existe entre l'&eacute;tat d'innocence originelle (cf. en particulier <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> auquel nous avons consacr&eacute; beaucoup d'attention dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses) et l'&eacute;tat de p&eacute;ch&eacute; de l'homme &agrave; la m&ecirc;me &quot;origine&quot;. Tandis que <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> souligne qu'ils &quot;&eacute;taient nus... mais qu'ils n'en &eacute;prouvaient pas de honte&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fq">Gn 3,6</a></i> parle explicitement de la naissance de la honte en relation avec le p&eacute;ch&eacute;. Cette honte est presque la premi&egrave;re source de la manifestation dans l'&ecirc;tre humain - dans les deux, l'homme et la femme - de ce qui &quot;ne vient pas du P&egrave;re mais du monde&quot;.</p> <p>- Le 30 avril 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 13:17:59 +0000 Incarnare 73 at http://www.theologieducorps.fr TDC 027 - La signification de la nudité originelle http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-027-la-signification-de-la-nudite-originelle <p><a name="1"></a>1. Nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute; de la honte qui surgit dans le coeur du premier &ecirc;tre humain, homme et femme, au moment m&ecirc;me du p&eacute;ch&eacute;. La premi&egrave;re phrase du r&eacute;cit biblique nous informe &agrave; ce sujet qu' &quot;alors leurs yeux s'ouvrirent &agrave; tous deux, et ils s'aper&ccedil;urent qu'ils &eacute;taient nus. Ils entrelac&egrave;rent donc des feuilles de figuier et se firent des ceintures&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>. Ce passage qui parle de la honte r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme en tant que signe de la chute (status naturae lapsae), doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; dans son contexte. En ce moment, la honte atteint son degr&eacute; le plus profond et semble bouleverser les bases m&ecirc;me de leur existence. &quot;Ensuite ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin, &agrave; la brise du jour, et l'homme et la femme se cach&egrave;rent devant le Seigneur Dieu, au milieu des arbres du jardin&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fs">Gn 3,8</a></i>. Leur besoin de se cacher indique qu'au fond de la honte qu'ils &eacute;prouvent r&eacute;ciproquement, comme fruit imm&eacute;diat de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, a m&ucirc;ri un sentiment de peur en pr&eacute;sence de Dieu: une peur ignor&eacute;e auparavant. &quot;Le Seigneur Dieu appela l'homme et lui dit: &quot; O&ugrave; es-tu? &quot;. Il r&eacute;pondit, j'ai entendu ton pas dans le jardin, j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ft">Gn 3,9-10</a></i>. Une certaine peur appartient toujours &agrave; l'essence m&ecirc;me de la honte; n&eacute;anmoins la honte originelle r&eacute;v&egrave;le un caract&egrave;re tout particulier: &quot;J'ai eu peur, parce que je suis nu.&quot; Ici, nous nous rendons compte qu'il y a en jeu quelque chose de plus profond que la simple honte du corps, li&eacute;e &agrave; une r&eacute;cente prise de conscience de la propre nudit&eacute;. L'homme essaye de cacher par la honte de sa nudit&eacute; l'origine authentique de la peur, et plut&ocirc;t que d'appeler la cause de cette nudit&eacute; par son nom, il en indique l'effet. C'est alors que le Seigneur Dieu le fait &agrave; sa place: &quot;Qui t'a r&eacute;v&eacute;l&eacute; que tu &eacute;tais nu? Est-ce que tu as mang&eacute; de l'arbre dont je t'avais d&eacute;fendu de manger?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fv">Gn 3,11</a></i>.</p> <p><a name="2"></a> 2. la pr&eacute;cision de ce dialogue est bouleversante, comme est bouleversante la pr&eacute;cision de tout le r&eacute;cit. Elle manifeste l'&eacute;tendue des &eacute;motions de l'homme qui vit ces &eacute;v&eacute;nements en m&ecirc;me temps qu'elle en d&eacute;voile la profondeur. En tout ceci, la &quot;nudit&eacute;&quot; n'a pas seulement un sens litt&eacute;ral, elle ne se r&eacute;f&egrave;re pas seulement au corps, elle n'est pas une honte qui se r&eacute;f&egrave;re exclusivement au corps. En r&eacute;alit&eacute;, &agrave; travers la nudit&eacute; se r&eacute;v&egrave;le l'homme priv&eacute; de la participation au Don, l'homme d&eacute;pouill&eacute; de cet Amour qui avait &eacute;t&eacute; la source du don originel, la source de la pl&eacute;nitude du bien destin&eacute; &agrave; la cr&eacute;ature. Selon les formules de l'enseignement th&eacute;ologique de l'Eglise (*), cet homme fut priv&eacute; des dons surnaturels et pr&eacute;ternaturels qui, avant le p&eacute;ch&eacute;, faisaient partie de &quot;ce qu'il avait re&ccedil;u&quot;: de plus, il fut endommag&eacute; dans tout ce qui appartient &agrave; sa nature m&ecirc;me, &agrave; son humanit&eacute; dans la pl&eacute;nitude originelle &quot;de l'image de Dieu&quot;. La triple concupiscence correspond non pas &agrave; la pl&eacute;nitude de cette image, mais pr&eacute;cis&eacute;ment aux dommages, aux d&eacute;ficiences, aux limites qui se r&eacute;v&eacute;l&egrave;rent avec le p&eacute;ch&eacute;. La concupiscence s'explique comme carence dont les racines s'enfoncent dans la profondeur originelle de l'esprit humain. Si nous voulons &eacute;tudier ce ph&eacute;nom&egrave;ne &agrave; ses origines, c'est-&agrave;-dire au seuil des exp&eacute;riences de l'homme &quot;historique&quot;, nous devons prendre en consid&eacute;ration toutes les paroles que Dieu-Yahv&eacute; adressa &agrave; la femme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3,1</a></i> et &agrave; l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f1">Gn 3,17-19</a></i>, nous devons, en outre, examiner l'&eacute;tat de la conscience de chacun d'eux; et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment le texte yahviste qui le rend plus facile. Nous avons d&eacute;j&agrave; attir&eacute; l'attention sur la sp&eacute;cificit&eacute; litt&eacute;raire du texte &agrave; cet &eacute;gard.</p> <p>Note - (*) <i>Le magist&egrave;re de l'Eglise a consid&eacute;r&eacute; ces probl&egrave;mes de plus pr&eacute;s &agrave; trois moments diff&eacute;rents, suivant les besoins de l'&eacute;poque. -- Du temps des controverses avec les p&eacute;lagiens (Ve-VIe si&egrave;cle). Il affirme dans ses d&eacute;clarations qu'en vertu de la gr&acirc;ce divine, le premier homme poss&eacute;dait &quot;naturalem possibilitatem et innocentiam&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et0.htm#b50">DS 239</a></i> appel&eacute;e &eacute;galement &quot;libert&eacute;&quot; (libertas) (libertas arbitrii) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et4.htm#cdp">DS 371</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et0.htm#b53">DS 242</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et4.htm#cd1">DS 383</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eue.htm#ckg">DS 622</a></i>. Il demeurait en permanence dans un &eacute;tat que le Synode d'Orange appela &quot;integritas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eub.htm#chz">DS 529</a></i>. -- &quot;Natura humana, etiamsi in illa integritate, in qua condita est, permaneret nullo modo se ipsam, creatore suo non adjuvante, serveret...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et4.htm#ceb">DS 389</a></i> -- Le concept d'&quot;integritas&quot; et, en particulier, celui de &quot;libertas&quot; supposent la libert&eacute; par rapport &agrave; la concupiscence, bien que les documents eccl&eacute;siastiques de l'&eacute;poque ne mentionnent pas explicitement cette libert&eacute;. -- En outre, le premier homme &eacute;tait libre par rapport &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de la mort <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et0.htm#b5j">DS 222</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/et4.htm#cdq">DS 372</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5d">DS 1511</a></i>. -- L'&eacute;tat du premier homme avant le p&eacute;ch&eacute; est d&eacute;fini par le concile de Trente &quot;saintet&eacute; et justice&quot; (&quot;sanctitas et justitia&quot; - <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5d">DS 1511</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5e">DS 1512</a></i> ou bien comme &quot;innocence&quot; (&quot;innocentia&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5k">DS 1521</a></i>). -- Les d&eacute;clarations suivantes &agrave; ce sujet d&eacute;fendent le caract&egrave;re absolument gratuit du don originaire de la gr&acirc;ce, contrairement aux affirmations des jans&eacute;nistes. La &quot;integritas primae creationis&quot; &eacute;tait une &eacute;l&eacute;vation de la nature humaine non m&eacute;rit&eacute;e &quot;indebita humanae naturae exaltatio) et non &quot;l'&eacute;tat qui lui &eacute;tait d&ucirc; naturellement&quot; (naturalis ejus condicio - <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#diw">DS 1926</a></i>. Dieu aurait donc pu cr&eacute;er l'homme sans ces gr&acirc;ces et sans ces dons <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#djt">DS 1955</a></i>; ceci n'aurait nullement viol&eacute; l'essence de la nature humaine pas plus qu'elle ne l'aurait priv&eacute;e de ses privil&egrave;ges fondamentaux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#dh5">DS 1903-1907</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#dif">DS 1909</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#dir">DS 1921</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#dit">DS 1923-1924</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#diw">DS 1926</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eut.htm#djt">DS 1955</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euw.htm#du2">DS 2434</a></i> <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euw.htm#du5">DS 2437</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euy.htm#dz1">DS 2616</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euz.htm#dz2">DS 2617</a></i> -- Comme les synodes antip&eacute;lagiens, le concile de Trente traite surtout du dogme du p&eacute;ch&eacute; originel, ins&eacute;rant dans son enseignement les d&eacute;clarations pr&eacute;c&eacute;dentes en la mati&egrave;re. Ici, il fut toutefois introduit une certaine pr&eacute;cision qui changeait partiellement le contenu du concept de &quot;liberum arbitrium&quot;. La &quot;libert&eacute;&quot; ou &quot;libert&eacute; de la volont&eacute;&quot; des documents antip&eacute;lagiens ne signifiaient pas la possibilit&eacute; de choix li&eacute;e &agrave; la nature humaine, donc constante; mais la libert&eacute; qui jaillit de la gr&acirc;ce et que l'homme peut perdre se r&eacute;f&eacute;rait seulement &agrave; la possibilit&eacute; d'accomplir les actes m&eacute;ritoires. -- Or, &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute;, Adam a perdu ce qui n'appartenait pas &agrave; la nature humaine au sens strict du terme, c'est-&agrave;-dire &quot;integritas&quot;, &quot;sanctitas&quot;, &quot;innocentia&quot;, &quot;justitia&quot;. Le &quot;liberum arbitrium&quot;, la libert&eacute; de la volont&eacute; ne lui a pas &eacute;t&eacute; enlev&eacute;e, mais elle s'est affaiblie: - &quot;Liberum arbitrium minime extinctum... viribus licet attenuatum et inclinatum...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5k">DS 1521</a></i>. -- Avec le p&eacute;ch&eacute; apparaissent la concupiscence et le caract&egrave;re in&eacute;luctable de la mort: - &quot;Primum hominem... cum mandatum Dei... fuisset transgressus statim sanctitatem et justitiam in qua constitutus fuerat, amisisse incurrisseque per offensam praevaricationis hujus modi iram et indignationem Dei atque ideo mortem... et cum morte captivitatem sub ejus potestate. qui &quot;mortis&quot; deinde habuit imperium&quot; ... &quot;totumque Adam per illam praevaricationis offensam secundum corpus et animam in deterius commutatem fuisse... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euo.htm#c5d">DS 1511</a></i>. (Cf Mysterium Salutis II Einsiedeln - Zurich - Cologne 1967. p. 827-828: W SEIBEL. &quot; Der Mensch und der Ubernat&uuml;rliches Ebenbild und der Urstand des Menschen&quot;)</i></p> <p><a name="3"></a>3. Quel est l'&eacute;tat de conscience que peuvent manifester ces paroles: &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot;? A quelle v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure correspondent-elles? De quelle signification du corps t&eacute;moignent-elles? Il est certain que cet &eacute;tat nouveau diff&egrave;re grandement de l'&eacute;tat originel. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i> attestent directement un changement radical de la signification de la nudit&eacute; originelle. Comme nous l'avons observ&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, la nudit&eacute; n'exprimait pas une carence dans l'&eacute;tat de l'innocence originelle, mais repr&eacute;sentait la pleine acceptation du corps dans toute sa v&eacute;rit&eacute; humaine et donc personnelle. Comme expression de la personne, le corps &eacute;tait le premier signe de la pr&eacute;sence de l'homme dans le monde visible. D&egrave;s le d&eacute;but, l'homme &eacute;tait capable de se distinguer lui-m&ecirc;me dans ce monde, de &quot;s'individualiser&quot; pour ainsi dire - c'est-&agrave;-dire de se confirmer en tant que personne - m&ecirc;me par son propre corps. Celui-ci, en effet, a eu d&egrave;s le d&eacute;but sa marque de facteur visible de la transcendance en vertu de laquelle l'homme, en tant que personne, d&eacute;passe le monde des &ecirc;tres vivants (animalia). En ce sens, le corps humain a &eacute;t&eacute;, d&egrave;s le d&eacute;but, un t&eacute;moin fid&egrave;le et une &quot;v&eacute;rification&quot; sensible de la &quot;solitude&quot; originaire de l'homme dans le monde, devenant en m&ecirc;me temps, par sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, un &eacute;l&eacute;ment limpide du don r&eacute;ciproque dans la communion des personnes. Ainsi, le corps humain portait en lui, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, un signe indubitable de &quot;l'image de Dieu&quot; et constituait &eacute;galement la source sp&eacute;cifique de la certitude que cette image est pr&eacute;sente dans tout l'&ecirc;tre humain. L'acceptation originelle du corps &eacute;tait, en un certain sens, la base de l'acceptation de tout le monde visible. Et, &agrave; son tour, elle &eacute;tait pour l'homme la garantie de sa domination sur le monde, sur la terre qu'il allait devoir soumettre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i></p> <p> <a name="4"></a> 4. Les paroles &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i> t&eacute;moignent d'un changement radical de ce rapport. En quelque sorte, l'homme perd la certitude originelle de l'&quot;image de Dieu&quot; exprim&eacute;e dans son corps. Et, d'une certaine mani&egrave;re, il perd &eacute;galement le sens de son droit de participation &agrave; la perception du monde dont il jouissait dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Ce droit trouvait son fondement au plus intime de l'homme, dans le fait qu'il participait lui-m&ecirc;me &agrave; la vision divine du monde et de sa propre humanit&eacute;; ce qui lui assurait une paix profonde et la joie de vivre dans la v&eacute;rit&eacute; et la valeur de son propre corps, dans toute sa simplicit&eacute;, telle que le Seigneur la lui avait transmise: &quot;Dieu vit ce qu'il avait fait, et voici que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i>. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>: &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; confirment l'&eacute;croulement de l'acceptation originelle du corps comme signe de la personne dans le monde visible. Et il semble que vacille en m&ecirc;me temps l'acceptation du monde mat&eacute;riel dans sa relation &agrave; l'homme. Les paroles de Dieu- Yahv&eacute; sont presque l'annonce de l'hostilit&eacute; du monde, la r&eacute;sistance de la nature &agrave; l'&eacute;gard de l'homme et de ses t&acirc;ches; elles annoncent la fatigue qu'allait subir le corps humain au contact de cette terre qu'il avait soumise: &quot; Maudite soit la terre &agrave; cause de toi! C'est dans la douleur que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. Elle produira pour toi &eacute;pines et ronces et tu mangeras l'herbe des champs. A la sueur de ton front tu mangeras ton pain, jusqu'&agrave; ton retour &agrave; la terre car c'est d'elle que tu as &eacute;t&eacute; tir&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f1">Gn 3,17-19</a></i>. Le terme de cette fatigue, de cette lutte de l'homme contre la terre, c'est la mort: &quot;Tu es poussi&egrave;re et tu retourneras en poussi&egrave;re &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f3">Gn 3,19</a></i>.<br /> Dans ce contexte, ou plut&ocirc;t dans cette perspective, les paroles d'Adam dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>, &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; semblent exprimer la conscience d'&ecirc;tre sans d&eacute;fense et le sens d'ins&eacute;curit&eacute; de sa structure somatique en pr&eacute;sence des processus de la nature soumise &agrave; un in&eacute;vitable d&eacute;terminisme. Dans ce d&eacute;concertant &eacute;nonc&eacute; figure peut-&ecirc;tre implicitement une certaine &quot;honte cosmique&quot; dans laquelle s'exprime l'&ecirc;tre cr&eacute;&eacute; &agrave; &quot;l'image de Dieu&quot; et appel&eacute; &agrave; soumettre la terre, &agrave; la dominer <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>, justement alors qu'au d&eacute;but de ses exp&eacute;riences historiques et de mani&egrave;re si explicite, il en arrive &agrave; &ecirc;tre soumis &agrave; la terre, particuli&egrave;rement dans la &quot;partie&quot; transcendante de sa constitution repr&eacute;sent&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment par le corps.<br /> Nous devons interrompre ici nos r&eacute;flexions sur la signification, dans le livre de la Gen&egrave;se, de la honte originelle. Nous les poursuivrons la semaine prochaine.</p> <p>- Le 14 mai 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 13:19:18 +0000 Incarnare 74 at http://www.theologieducorps.fr TDC 028 - La Pudeur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-028-la-pudeur <p><a name="1"></a>1. Nous reprenons la lecture des premiers chapitres de la Bible pour comprendre comment avec le p&eacute;ch&eacute; originel - l'&quot;homme de la concupiscence&quot; a pris la place de l'&quot;homme de l'innocence originelle&quot;. Les termes de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>:&quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot;, que nous avons analys&eacute;s il y a deux semaines, font conna&icirc;tre la premi&egrave;re exp&eacute;rience de la honte de l'homme devant son Cr&eacute;ateur: une honte que l'on pourrait &eacute;galement appeler &quot;cosmique&quot;.<br /> Toutefois, cette &quot;honte cosmique&quot; - s'il est possible de distinguer ses traits dans la situation totale de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel - fait place dans le texte biblique &agrave; une autre forme de honte. C'est la honte qui s'est produite dans l'humanit&eacute; m&ecirc;me et qui a &eacute;t&eacute; provoqu&eacute;e par le d&eacute;sordre intime dans ce qui &eacute;tait pour l'homme, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, l'&quot;image de Dieu&quot;, tant dans son &quot;ego&quot; personnel que dans les relations interpersonnelles &agrave; travers la communion primordiale des personnes constitu&eacute;es par l'homme et la femme. Cette honte dont la cause se trouve dans l'humanit&eacute; m&ecirc;me est immanente et, en m&ecirc;me temps, relationnelle: elle se manifeste dans la dimension de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine et en m&ecirc;me temps elle se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'&quot;autre&quot;. Ceci est la honte de la femme &quot;&agrave; l'&eacute;gard&quot; de l'homme et, &eacute;galement, de l'homme &quot;&agrave; l'&eacute;gard&quot; de la femme: une honte r&eacute;ciproque qui les force &agrave; couvrir leur propre nudit&eacute;, &agrave; cacher leurs propres corps; pour l'homme, &agrave; d&eacute;tourner les yeux de ce qui constitue le signe visible de la f&eacute;minit&eacute; et, pour la femme, &agrave; d&eacute;tourner les yeux de ce qui constitue l'aspect visible de la masculinit&eacute;. C'est cette direction que la honte de l'un et l'autre a prise apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel lorsqu'ils se rendirent compte, comme l'atteste <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, &quot;qu'ils &eacute;taient nus&quot;. Le texte yahviste semble indiquer explicitement le caract&egrave;re &quot;sexuel&quot; de la honte: &quot;Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des pagnes.&quot; On peut toutefois se demander si l'aspect &quot;sexuel&quot; a seulement un caract&egrave;re relationnel; en d'autres termes: s'agit-il de la honte de sa propre sexualit&eacute; seulement par r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la personne de l'autre sexe?</p> <p> <a name="2"></a> 2. Bien qu'&agrave; la lumi&egrave;re de cette unique phrase d&eacute;terminante de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, la r&eacute;ponse &agrave; la question semble insister surtout sur le caract&egrave;re relationnel de la honte originaire, la r&eacute;flexion s'&eacute;tendant sur le contexte imm&eacute;diat tout entier permet n&eacute;anmoins d'en d&eacute;couvrir le fond plus immanent. Cette honte qui, indubitablement, se manifeste dans l'ordre sexuel, r&eacute;v&egrave;le une difficult&eacute; sp&eacute;cifique &agrave; d&eacute;celer l'essentialit&eacute; humaine du corps: une difficult&eacute; que l'homme n'avait pas &eacute;prouv&eacute;e dans son &eacute;tat d'innocence originaire. On peut, en effet, comprendre ainsi ses paroles: &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu&quot;, qui mettent en &eacute;vidence les cons&eacute;quences, dans l'intime de l'homme, du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Ces paroles r&eacute;v&egrave;lent une certaine fracture constitutive dans l'int&eacute;rieur de la personne humaine, presque une rupture de l'unit&eacute; spirituelle et somatique originaire de l'homme. Pour la premi&egrave;re fois, celui-ci se rend compte que son corps a cess&eacute; de puiser &agrave; la force de l'Esprit qui l'&eacute;levait au niveau d'&quot;image de Dieu&quot;. Sa honte originaire comporte les signes d'une humiliation sp&eacute;cifique par l'interm&eacute;diaire du corps. Elle contient en germe cette contradiction qui accompagnera l'homme &quot;historique&quot; dans toute sa d&eacute;marche terrestre, comme l'a &eacute;crit saint Paul: &quot;Je me complais en effet dans la loi de Dieu du point de vue de l'homme int&eacute;rieur, mais j'aper&ccedil;ois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m'encha&icirc;ne &agrave; la loi du p&eacute;ch&eacute; qui est dans mes membres&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#ha">Rm 7,22-23</a></i></p> <p><a name="3"></a> 3. Ainsi donc, cette honte est immanente. Elle contient une telle acuit&eacute; cognitive qu'elle cr&eacute;e une inqui&eacute;tude de fond dans toute l'existence humaine, non seulement devant la perspective de la mort, mais &eacute;galement devant celle dont d&eacute;pend la valeur et la dignit&eacute; m&ecirc;me de la personne dans sa signification &eacute;thique. En ce sens, la honte originaire du corps (&quot;je suis nu&quot;) est d&eacute;j&agrave; de la peur (&quot;j'ai eu peur&quot;) et annonce l'inqui&eacute;tude de la conscience li&eacute;e &agrave; la concupiscence. Le corps, qui n'est pas soumis &agrave; l'esprit comme dans l'&eacute;tat de l'innocence originaire, contient en lui un constant foyer de r&eacute;sistance &agrave; l'esprit, et il menace en quelque sorte l'unit&eacute; de l'homme-personne, c'est-&agrave;-dire de la nature morale qui plonge fermement ses racines dans la constitution m&ecirc;me de la personne. La concupiscence, et particuli&egrave;rement la concupiscence du corps, est une menace sp&eacute;cifique contre la structure de la possession de soi, de la ma&icirc;trise de soi, par lesquelles se forme la personne humaine. Elle constitue &eacute;galement pour elle un d&eacute;fi sp&eacute;cifique. En tout cas, l'homme de la concupiscence ne domine pas son propre corps de la m&ecirc;me mani&egrave;re, avec la m&ecirc;me &quot;simplicit&eacute;&quot; et le m&ecirc;me &quot;naturel&quot; que l'homme de l'innocence originaire. La structure de la possession de soi, essentielle pour la personne, se trouve en lui, d'une certaine mani&egrave;re, secou&eacute;e dans ses fondements m&ecirc;mes; il s'identifie de nouveau avec elle en ce sens qu'il est continuellement pr&ecirc;t &agrave; la conqu&eacute;rir.</p> <p> <a name="4"></a> 4. La honte immanente est li&eacute;e &agrave; un tel d&eacute;s&eacute;quilibre int&eacute;rieur. Elle a un caract&egrave;re &quot;sexuel&quot;, pr&eacute;cis&eacute;ment parce que le domaine de la sexualit&eacute; humaine semble mettre particuli&egrave;rement en &eacute;vidence ce d&eacute;s&eacute;quilibre qui jaillit de la concupiscence et sp&eacute;cialement de la &quot;concupiscence du corps&quot;. De ce point de vue, la premi&egrave;re impulsion dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i> (&quot;ils surent qu'ils &eacute;taient nus; ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des pagnes&quot;) est extr&ecirc;mement &eacute;loquente; c'est comme si &quot;l'homme de la concupiscence&quot; (homme et femme &quot;dans l'acte de la connaissance du bien et du mal&quot;) se rendait compte qu'il avait simplement cess&eacute;, m&ecirc;me par son propre corps et par son sexe, de se trouver au-dessus du monde des &ecirc;tres vivants ou &quot;animalia&quot;. C'est comme s'il ressentait une rupture sp&eacute;cifique de l'int&eacute;grit&eacute; personnelle de son propre corps, particuli&egrave;rement dans ce qui en d&eacute;termine la sexualit&eacute; et qui est en liaison directe avec l'appel &agrave; cette unit&eacute; dans laquelle l'homme et la femme &quot;seront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> C'est pourquoi cette pudeur immanente et en m&ecirc;me temps sexuelle est toujours - au moins indirectement - relationnelle. C'est la pudeur de sa propre sexualit&eacute; &agrave; l'&eacute;gard de l'autre &ecirc;tre humain. C'est ainsi que la pudeur se manifeste dans le r&eacute;cit de Gen&egrave;se 3 qui nous rend, en un certain sens, t&eacute;moins de la naissance de la concupiscence humaine. Il y a donc des motifs suffisamment clairs pour remonter des paroles du Christ concernant l'&ecirc;tre humain (homme) qui &quot;regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> &agrave; ce premier moment, dans lequel la pudeur s'explique par la concupiscence, et la concupiscence par la pudeur. Ainsi nous comprenons mieux pourquoi - et en quel sens - le Christ parle du d&eacute;sir comme &quot;adult&egrave;re&quot; commis dans le coeur, pourquoi il s'adresse au &quot;coeur&quot; humain.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Le coeur humain conserve en m&ecirc;me temps le d&eacute;sir et la pudeur. La naissance de la pudeur nous oriente vers ce moment o&ugrave; l'homme int&eacute;rieur, &quot;le coeur&quot;, se fermant &agrave; ce &quot;qui vient du P&egrave;re&quot;, s'ouvre &agrave; ce qui &quot;vient du monde&quot;. La naissance de la pudeur dans le coeur humain va de pair avec le commencement de la concupiscence - de la triple convoitise, selon la th&eacute;ologie johannique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bb">1Jn 2,1</a></i>, et en particulier de la concupiscence du corps. L'homme a la pudeur du corps &agrave; cause de la concupiscence. Ou plut&ocirc;t, il a moins la pudeur du corps que la pudeur de la concupiscence: il a la pudeur du corps &agrave; cause de la concupiscence. Il a la pudeur du corps &agrave; cause de cet &eacute;tat d'esprit auquel la th&eacute;ologie et la psychologie donnent le m&ecirc;me nom d&eacute;sir ou bien concupiscence, bien que leur sens ne soit pas tout &agrave; fait le m&ecirc;me. La signification biblique et th&eacute;ologique du d&eacute;sir et de la concupiscence diff&egrave;re de celle que lui attribue la psychologie. Pour celle-ci, le d&eacute;sir provient de la carence ou de la n&eacute;cessit&eacute; auxquelles la valeur d&eacute;sir&eacute;e doit suppl&eacute;er. La concupiscence biblique, comme nous le d&eacute;duisons de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>, indique l'&eacute;tat de l'esprit humain &eacute;loign&eacute; de la simplicit&eacute; originaire et de la pl&eacute;nitude des valeurs que l'homme et le monde poss&egrave;dent &quot;aux dimensions de Dieu&quot;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette simplicit&eacute; et cette pl&eacute;nitude de la valeur du corps humain dans la premi&egrave;re exp&eacute;rience de sa masculinit&eacute;-f&eacute;minit&eacute;, dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, qui ont subi successivement une transformation radicale, &quot;aux dimensions du monde&quot;. Alors, en m&ecirc;me temps que la concupiscence du corps naquit la pudeur.</p> <p> <a name="6"></a> 6 - La pudeur a une double signification: elle indique la menace de la valeur et, en m&ecirc;me temps, elle pr&eacute;serve int&eacute;rieurement cette valeur (Carol Wojtyla, Amore et responsabilit&agrave;, Torino, 1978, 2e &eacute;d., chap. &quot;Metafisica del pudore&quot;, p. 161-178). Le fait que depuis le moment o&ugrave; la concupiscence du corps y est n&eacute;e, le coeur humain conserve aussi en lui la honte, indique que l'on peut et doit y faire appel quand il s'agit de garantir les valeurs auxquelles la concupiscence enl&egrave;ve leur originaire et pleine dimension. Si nous conservons ceci dans l'esprit, nous sommes en mesure de mieux comprendre pourquoi, parlant de la concupiscence, le Christ fait appel au &quot;coeur&quot; humain.</p> <p>- 28 mai 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:06:37 +0000 Incarnare 75 at http://www.theologieducorps.fr TDC 029 - La signification de la honte http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-029-la-signification-de-la-honte <p>1. Parlant de la naissance de la concupiscence chez l'homme, sur la base du livre de la Gen&egrave;se, nous avons analys&eacute; la signification originaire de la honte qui est apparue avec le premier p&eacute;ch&eacute;. L'analyse de la honte, &agrave; la lumi&egrave;re du r&eacute;cit biblique, nous permet de comprendre de mani&egrave;re encore plus profonde ce qu'elle signifie dans l'ensemble des relations entre les personnes, homme et femme. Le troisi&egrave;me chapitre de la Gen&egrave;se &eacute;tablit, sans le moindre doute, comment la honte est apparue dans les relations mutuelles de l'homme et de la femme et comment, &agrave; cause m&ecirc;me de cette honte, leurs rapports ont subi une transformation radicale. Et comme cette honte est n&eacute;e dans leur coeur en m&ecirc;me temps que la concupiscence du corps, l'analyse de la honte originaire nous permet d'examiner simultan&eacute;ment le rapport que cette concupiscence maintient avec la communion des personnes qui, d&egrave;s l'origine, a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e et assign&eacute;e comme t&acirc;che &agrave; l'homme et &agrave; la femme du fait qu'ils ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;. Donc, l'&eacute;tude de la concupiscence qui, suivant Gen&egrave;se 3, s'&eacute;tait manifest&eacute;e &quot;&agrave; l'origine&quot; par la honte de l'homme et de la femme, doit avoir comme &eacute;tape suivante l'analyse de l'insatiabilit&eacute; de l'union, c'est-&agrave;- dire de l'union des personnes qui devait s'exprimer &eacute;galement par le corps, selon leur propre masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; sp&eacute;cifiques.</p> <p> 2. Cette honte qui, selon le r&eacute;cit biblique, am&egrave;ne l'homme et la femme &agrave; cacher l'un &agrave; l'autre leur propre corps et, en l'esp&egrave;ce, leurs particularit&eacute;s sexuelles, confirme donc surtout que cette capacit&eacute; originaire de se communiquer eux- m&ecirc;mes l'un &agrave; l'autre, dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, s'est rompue. Le changement radical de la signification de la nudit&eacute; originaire nous laisse supposer des transformations n&eacute;gatives de toutes les relations de personne &agrave; personne entre l'homme et la femme. Cette communion r&eacute;ciproque dans l'humanit&eacute; m&ecirc;me par l'entreprise du corps et gr&acirc;ce &agrave; sa masculinit&eacute; et &agrave; sa f&eacute;minit&eacute;, qui avait une si ample r&eacute;sonance dans le passage pr&eacute;c&egrave;dent du r&eacute;cit yahviste <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, se trouve &agrave; ce moment boulevers&eacute;e: comme si le corps, dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, cessait de constituer l'&quot;insoup&ccedil;onnable&quot; substratum de la communion des personnes, comme si sa fonction originaire &eacute;tait &quot;mise en doute&quot; dans la conscience de l'homme et de la femme. La simplicit&eacute; et la &quot;puret&eacute;&quot; de l'exp&eacute;rience originaire qui favorisait une exceptionnelle pl&eacute;nitude de la mutuelle communication de soi-m&ecirc;me disparaissent. Evidemment, les premiers parents n'ont pas cess&eacute; de communiquer r&eacute;ciproquement par le corps et ses mouvements, ses gestes et ses expressions; mais la simple et directe communion de soi li&eacute;e &agrave; l'exp&eacute;rience originaire de la r&eacute;ciproque nudit&eacute; a disparu. Presque &agrave; l'improviste appara&icirc;t dans leur conscience un seuil infranchissable qui limitait le &quot;don originel de soi&quot; &agrave; l'autre, s'en remettant compl&egrave;tement &agrave; tout ce qui constituait leur propre identit&eacute; et, simultan&eacute;ment, leur diversit&eacute;, d'une part f&eacute;minine, de l'autre masculine. La diversit&eacute;, ou bien diff&eacute;rence de sexe masculin et f&eacute;minin, a &eacute;t&eacute; brusquement ressentie et comprise comme un &eacute;l&eacute;ment de r&eacute;ciproque opposition de personnes. Ceci est attest&eacute; par l'expression concise de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>. &quot;Ils surent qu'ils &eacute;taient nus&quot; et de son contexte imm&eacute;diat. Tout cela fait &eacute;galement partie de l'analyse de la premi&egrave;re honte. Le livre de la Gen&egrave;se non seulement en d&eacute;crit l'origine chez l'&ecirc;tre humain, mais il permet aussi de d&eacute;couvrir ses degr&eacute;s dans chacun d'eux, chez l'homme et chez la femme.</p> <p> 3. Le repliement de la capacit&eacute; de r&eacute;aliser une pleine communion mutuelle qui se manifeste comme pudeur sexuelle permet de mieux comprendre la valeur originaire de sa signification unifiante du corps. On ne saurait en effet comprendre autrement ce repliement respectif - c'est-&agrave;-dire la honte - si ce n'est par rapport &agrave; la signification que dans sa f&eacute;minit&eacute; et sa masculinit&eacute; le corps avait auparavant pour l'homme dans son &eacute;tat d'innocence originaire. Cette signification unifiante doit s'entendre non seulement en ce qui concerne l'unit&eacute; que l'homme et la femme doivent constituer en tant qu'&eacute;poux, devenant &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> par l'acte conjugal, mais &eacute;galement en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la communion m&ecirc;me des personnes qui avait &eacute;t&eacute; la dimension propre de l'existence de l'homme et de la femme dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation. Le corps constituait, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, le &quot;substratum&quot; caract&eacute;ristique de cette communion des personnes. La pudeur sexuelle dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, atteste la perte de la certitude originaire que le corps humain, &agrave; travers sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, &eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment le &quot;substratum&quot; de la communion des personnes qui l'exprimait &quot;simplement&quot;, qui servait &agrave; la r&eacute;aliser (et ainsi, &eacute;galement, &agrave; compl&eacute;ter l' &quot;image de Dieu&quot; dans le monde visible). Cet &eacute;tat de conscience de l'un comme de l'autre a de fortes r&eacute;percussions dans le contexte suivant de Gen&egrave;se 3 dont nous nous occuperons sous peu. Si, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, l'homme a perdu, pour ainsi dire, le sens de l'image de Dieu en lui- m&ecirc;me, ceci s'est manifest&eacute; par la honte de son corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10-11</a></i> Cette honte, envahissant totalement les relations entre l'homme et la femme, s'est manifest&eacute;e par le d&eacute;s&eacute;quilibre de la signification originaire de l'unit&eacute; corporelle, c'est-&agrave;-dire du corps comme &quot;substratum&quot; caract&eacute;ristique de la communion des personnes. Comme si l'aspect personnel de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, qui auparavant mettait en &eacute;vidence la signification du corps pour une pleine communion des personnes, c&eacute;dait la place &agrave; la seule sensation de la &quot;sexualit&eacute;&quot; par rapport &agrave; l'autre &ecirc;tre humain. Et comme si la sexualit&eacute; &eacute;tait devenue un &quot;obstacle&quot; dans les relations personnelles de l'homme avec la femme. En la cachant l'un &agrave; l'autre, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, ils l'expriment tous les deux, comme par instinct.</p> <p> 4. Ceci est en m&ecirc;me temps comme la &quot;seconde&quot; d&eacute;couverte du sexe qui, dans le r&eacute;cit biblique, est radicalement diff&eacute;rente de la premi&egrave;re. Tout le contexte du r&eacute;cit &eacute;tablit que cette d&eacute;couverte nouvelle rend l'homme &quot;historique&quot; de la concupiscence (ou mieux, de la triple concupiscence) distinct de l'homme &agrave; l'innocence originaire. Quelle est la relation qui s'est &eacute;tablie entre la concupiscence - et en particulier entre la convoitise de la chair - et la communion des personnes par l'entremise du corps, de sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, c'est-&agrave;-dire la communion que &quot;d&egrave;s l'origine&quot; le Cr&eacute;ateur a assign&eacute;e &agrave; l'homme? Voil&agrave; la question qu'il faut se poser, pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; propos de &quot;l'origine&quot;, au sujet de l'exp&eacute;rience de la honte &agrave; laquelle se r&eacute;f&egrave;re le r&eacute;cit biblique. La honte, ainsi que nous l'avons d&eacute;j&agrave; observ&eacute;, se manifeste dans le r&eacute;cit de Gen&egrave;se 3 comme sympt&ocirc;me du fait que l'homme s'est d&eacute;tach&eacute; de l'amour auquel il participait dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, selon l'expression johannique, &quot;qui vient du P&egrave;re&quot;. &quot;Celui qui vient du monde&quot;, c'est-&agrave;-dire la concupiscence, porte en lui une difficult&eacute; quasi constitutive &agrave; s'identifier avec son corps; et non seulement dans le cadre de sa subjectivit&eacute;, mais encore plus &agrave; l'&eacute;gard de la subjectivit&eacute; de l'autre &ecirc;tre humain: de la femme pour l'homme, de l'homme pour la femme.</p> <p> 5. - D'o&ugrave; le besoin de cacher devant &quot;l'autre son propre corps et ce qui d&eacute;termine la f&eacute;minit&eacute;/masculinit&eacute;. Ce besoin d&eacute;montre un manque de confiance fondamental, ce qui indique par l&agrave; m&ecirc;me l'&eacute;croulement du rapport originaire &quot;de communion&quot;. Pr&eacute;cis&eacute;ment, la consid&eacute;ration de la subjectivit&eacute; de l'autre et en m&ecirc;me temps de sa propre subjectivit&eacute; a suscit&eacute; dans cette nouvelle situation, c'est-&agrave;-dire dans le contexte de la concupiscence, l'exigence de se cacher, dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>.<br /> Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment ici qu'il nous semble red&eacute;couvrir une signification plus profonde de la pudeur sexuelle et, &eacute;galement, la pleine signification de ce ph&eacute;nom&egrave;ne auquel se r&eacute;f&egrave;re le texte biblique pour &eacute;tablir la limite qui s&eacute;pare l'homme &agrave; l'innocence originaire de l'homme &quot;historique&quot; &agrave; la concupiscence. Le texte int&eacute;gral de Gen&egrave;se 3 nous fournit des &eacute;l&eacute;ments pour d&eacute;finir la dimension la plus profonde de la honte; mais ceci exige une analyse &agrave; part. Nous la commencerons au cours de la prochaine r&eacute;flexion.</p> <p>- Le 4 juin 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:07:58 +0000 Incarnare 76 at http://www.theologieducorps.fr TDC 030 - La domination de "l'autre" dans les relations interpersonnelles http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-030-la-domination-de-lautre-dans-relations-interpersonnelles <p> <a name="1"></a>1. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i> se trouve d&eacute;crit avec une pr&eacute;cision surprenante le ph&eacute;nom&egrave;ne de la honte apparue chez le premier homme en m&ecirc;me temps que le p&eacute;ch&eacute; originel. Une r&eacute;flexion attentive au sujet de ce texte nous permet d'en d&eacute;duire que la honte - qui a pris la place de la confiance absolue li&eacute;e &agrave; l'&eacute;tat ant&eacute;rieur d'innocence originaire dans les rapports r&eacute;ciproques de l'homme et de la femme - a une dimension plus profonde. A cet &eacute;gard, il faut relire tout le chapitre 3, jusqu'&agrave; la fin, et ne pas se limiter au verset 7 ou au texte des versets 10-11 qui relatent la premi&egrave;re exp&eacute;rience de la honte. Voici qu'&agrave; la suite de ce r&eacute;cit le dialogue entre Dieu-Jahv&eacute; et l'homme et la femme s'interrompt et qu'un monologue commence. Jahv&eacute; s'adresse &agrave; la femme et lui parle d'abord des douleurs de l'enfantement qui dor&eacute;navant l'accompagneront: &quot;Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses: c'est dans la souffrance que tu enfanteras des fils&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>.<br /> A cela fait suite ce qui caract&eacute;risera leurs futurs rapports, ceux de l'homme et de la femme: &quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et il te dominera&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>.</p> <p><a name="2"></a> 2. Comme les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, celles-ci ont un caract&egrave;re prospectif. La formulation incisive de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i> semble concerner l'ensemble des faits qui, d'une certaine fa&ccedil;on, &eacute;mergent d&eacute;j&agrave; de l'exp&eacute;rience originaire de la honte et qui se manifesteront par la suite dans toute l'exp&eacute;rience int&eacute;rieure de l'homme &quot;historique&quot;. L'histoire des consciences et des coeurs humains ne manquera jamais de confirmer les paroles contenues dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>. Les paroles prononc&eacute;es au d&eacute;but semblent se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; une particuli&egrave;re &quot;diminution&quot; de la femme par rapport &agrave; l'homme. Mais on n'y trouve aucune raison pour la comprendre comme une diminution ou une in&eacute;galit&eacute; sociale. Par contre l'expression: &quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui, il te dominera&quot; indique aussit&ocirc;t une autre forme d'in&eacute;galit&eacute;, que la femme ressentira comme un manque de pleine unit&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment dans le vaste contexte de l'union avec l'homme, union &agrave; laquelle ils sont appel&eacute;s tous deux selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Les paroles de Dieu-Jahv&eacute;: &quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui, il te dominera&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i> ne concernent pas exclusivement le moment de l'union de l'homme et de la femme, lorsque tous les deux s'unissent au point de devenir une seule chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, mais elles se r&eacute;f&egrave;rent au vaste contexte des rapports - m&ecirc;me indirects - de l'union conjugale dans son ensemble. Pour la premi&egrave;re fois, l'homme est d&eacute;fini ici comme &quot;mari&quot;. Dans l'ensemble du contexte du r&eacute;cit jahviste, ces paroles signifient surtout une rupture, une perte fondamentale de la primitive communaut&eacute;-communion des personnes. Celle-ci aurait d&ucirc; rendre r&eacute;ciproquement heureux l'homme et la femme gr&acirc;ce &agrave; la recherche d'une union simple et pure dans l'humanit&eacute;, gr&acirc;ce &agrave; l'offrande mutuelle d'eux-m&ecirc;mes, c'est-&agrave;-dire l'exp&eacute;rience du don de la personne exprim&eacute;e par l'&acirc;me et par le corps, par la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; (&quot;chair de ma chair&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, et enfin moyennant la subordination de leur union &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute; par la &quot;procr&eacute;ation&quot;.<br /> Il semble donc que dans les paroles que Dieu-Jahv&eacute; adresse &agrave; la femme il y a une r&eacute;sonance plus profonde que la honte que l'homme et la femme commenc&egrave;rent &agrave; &eacute;prouver apr&egrave;s la rupture de l'alliance originelle avec Dieu. Nous y trouvons, en outre, une plus compl&egrave;te motivation de cette honte. De fa&ccedil;on tr&egrave;s discr&egrave;te, mais n&eacute;anmoins expressive et facile &agrave; d&eacute;chiffrer, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, atteste que la b&eacute;atifique union conjugale originelle des personnes sera d&eacute;form&eacute;e dans le coeur de l'homme par la concupiscence. Ces paroles sont adress&eacute;es directement &agrave; la femme, mais elles se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; l'homme, ou plut&ocirc;t &agrave; tous deux.</p> <p> <a name="4"></a> 4. L'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, faite pr&eacute;c&eacute;demment, a d&eacute;j&agrave; d&eacute;montr&eacute; que dans la nouvelle situation, apr&egrave;s la rupture de l'alliance originelle avec Dieu, l'homme et la femme, au lieu d'&ecirc;tre unis, se trouv&egrave;rent, &agrave; l'&eacute;gard l'un de l'autre, plus s&eacute;par&eacute;s et m&ecirc;me directement oppos&eacute;s &agrave; cause de leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. En mettant en relief l'impulsion instinctive qui les avait men&eacute;s l'un et l'autre &agrave; se couvrir le corps, le r&eacute;cit biblique d&eacute;crit en m&ecirc;me temps la situation dans laquelle l'&ecirc;tre humain, comme homme <b>ou</b> femme - auparavant il &eacute;tait plut&ocirc;t homme <b>et</b> femme - se sent plus nettement &eacute;loign&eacute; du corps comme source de l'union originelle dans l'humanit&eacute; (&quot;chair de ma chair&quot;), et plus nettement oppos&eacute; &agrave; l'autre pr&eacute;cis&eacute;ment sur la base du corps et du sexe. Cette opposition ne d&eacute;truit ni n'exclut l'union conjugale voulue par le Cr&eacute;ateur <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> ni ses effets procr&eacute;ateurs; mais elle conf&egrave;re &agrave; la r&eacute;alisation de cette union une autre direction qui sera le propre de l'homme de la concupiscence. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment de cela que parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>.<br /> La femme, dont &quot;la convoitise la poussera vers son (propre) mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, et l'homme qui r&eacute;pond &agrave; cette convoitise, comme nous le lisons &quot;il te dominera&quot;, forment indubitablement le m&ecirc;me couple humain, le m&ecirc;me mariage que dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, et m&ecirc;me l'identique communaut&eacute; de personnes; toutefois, ils sont d&eacute;sormais quelque chose de diff&eacute;rent. Ils ne sont plus seulement appel&eacute;s &agrave; l'union et &agrave; l'unit&eacute;, mais ils sont aussi menac&eacute;s par l'insatiabilit&eacute; de cette union et de cette unit&eacute; qui ne cessent d'attirer l'homme et la femme pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu'ils sont des personnes appel&eacute;es de toute &eacute;ternit&eacute; &agrave; exister &quot;en communion&quot;. A la lumi&egrave;re du r&eacute;cit biblique, la pudeur sexuelle a une signification profonde, li&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la non-satisfaction de l'aspiration &agrave; r&eacute;aliser dans l' &quot;union conjugale du corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> la r&eacute;ciproque communion des personnes.</p> <p><a name="5"></a> 5. - Tout ceci semble confirmer, sous diff&eacute;rents aspects, qu'&agrave; la base de la honte dont l'homme historique est devenu participant. il y a la triple concupiscence dont il est question dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>: &quot;Non seulement la concupiscence de la chair, mais aussi la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie&quot;. L'expression relative &agrave; la &quot;domination&quot; (&quot;il te dominera&quot;) que nous lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, n'indique-t-elle pas cette derni&egrave;re forme de concupiscence? La domination &quot;sur&quot; l'autre - de l'homme sur la femme - ne change-t-elle pas essentiellement la structure de communion dans les relations interpersonnelles? Ne transpose-t-elle pas dans la dimension de cette structure un &eacute;l&eacute;ment qui fait de l'&ecirc;tre humain un objet qui, en un certain sens, peut attirer la convoitise des yeux?<br /> Voil&agrave; les interrogations qui naissent de la r&eacute;flexion sur les paroles de Dieu-Jahv&eacute;, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>. Ces paroles prononc&eacute;es presque au seuil de l'histoire humaine, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, nous d&eacute;voilent non seulement la situation ext&eacute;rieure de l'homme et de la femme, mais nous permettent &eacute;galement de p&eacute;n&eacute;trer &agrave; l'int&eacute;rieur des profonds myst&egrave;res de leur coeur.</p> <p>- 18 juin 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:09:18 +0000 Incarnare 77 at http://www.theologieducorps.fr TDC 031 - La signification sponsale du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-031-la-signification-sponsale-du-corps <p> 1. L'analyse que nous avons faite au cours de la pr&eacute;c&eacute;dente r&eacute;flexion &eacute;tait centr&eacute;e sur les paroles suivantes de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, que Dieu-Jahv&eacute; a adress&eacute;es &agrave; la premi&egrave;re femme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel: &quot; Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui, il te dominera.&quot; Nous sommes parvenus &agrave; la conclusion que ces paroles &eacute;clairent de mani&egrave;re ad&eacute;quate et interpr&egrave;tent profond&eacute;ment la honte originaire <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i>, qui est devenue partie int&eacute;grante de l'homme et de la femme, en m&ecirc;me temps que la concupiscence. Il ne faut pas rechercher l'explication de cette honte dans le corps lui-m&ecirc;me, ni dans la sexualit&eacute; somatique de l'un et de l'autre, mais bien la faire remonter aux transformations les plus profondes subies par l'esprit humain. Et pr&eacute;cis&eacute;ment cet esprit est particuli&egrave;rement conscient d'&ecirc;tre - et combien! - insatiable de l'unit&eacute; mutuelle entre l'homme et la femme. Et avec cette conscience, il accuse, pour ainsi dire, le corps; elle le prive de la simplicit&eacute; et de la puret&eacute; de la signification li&eacute;e &agrave; l'innocence originaire de l'&ecirc;tre humain. Par rapport &agrave; cette conscience, la honte est une exp&eacute;rience secondaire: si d'une part elle r&eacute;v&egrave;le le moment de la concupiscence, elle peut, d'autre part, pr&eacute;munir en m&ecirc;me temps contre les cons&eacute;quences du triple contenu de la concupiscence. On peut m&ecirc;me aller jusqu'&agrave; dire que gr&acirc;ce &agrave; la honte, l'homme et la femme demeurent &agrave; l'&eacute;tat de l'innocence originaire. Ils prennent en effet continuellement conscience de la signification sponsale du corps et tendent, pour ainsi dire, &agrave; la prot&eacute;ger contre la concupiscence, tout comme ils cherchent &agrave; maintenir la valeur de la communion ou de l'union des personnes dans l'&quot;unit&eacute; du corps&quot;.</p> <p> 2. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, parle avec discr&eacute;tion, mais aussi avec clart&eacute;, de l'&quot;union des corps&quot; dans le sens de l'authentique union des personnes: &quot;L'homme ... s'unira &agrave; la femme et ils deviendront une seule chair&quot;; et du contexte il r&eacute;sulte que cette union provient d'un choix, &eacute;tant donn&eacute; que l'homme &quot;abandonne&quot; son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'unir &agrave; sa femme. Une semblable union des personnes comporte qu'elles deviennent &quot;une seule chair&quot;. En partant de cette expression &quot;sacramentelle&quot; qui correspond &agrave; la communion des personnes - de l'homme et de la femme - dans leur appel originaire &agrave; l'union conjugale, nous pouvons mieux comprendre le message de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>; c'est-&agrave;-dire nous pouvons &eacute;tablir et m&ecirc;me presque reconstruire en quoi consiste le d&eacute;s&eacute;quilibre ou, mieux, la d&eacute;formation caract&eacute;ristique du rapport personnel originaire de communion auquel font allusion les paroles &quot;sacramentelles&quot; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.</p> <p>3. Si l'on analyse profond&eacute;ment <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, on peut dire que, tandis que d'une part le &quot;corps&quot;, constitu&eacute; dans l'unit&eacute; du sujet personnel, ne cesse de stimuler les d&eacute;sirs de l'union des personnes, pr&eacute;cis&eacute;ment en raison de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; (&quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari &quot;), d'autre part et en m&ecirc;me temps, la concupiscence oriente ces d&eacute;sirs &agrave; sa mani&egrave;re; cette expression le confirme: &quot;Et lui, il te dominera&quot;. Mais la concupiscence de la chair oriente ces d&eacute;sirs vers l'apaisement du corps, souvent au prix d'une authentique et pleine communion des personnes. En ce sens, il faudrait pr&ecirc;ter attention &agrave; la mani&egrave;re dont les accentuations s&eacute;mantiques sont r&eacute;parties dans les versets de Gen&egrave;se 3; en effet, bien qu'&eacute;parses, elles r&eacute;v&egrave;lent une coh&eacute;rence interne. L'homme est celui qui semble &eacute;prouver de mani&egrave;re particuli&egrave;rement intense la honte de son propre corps: &quot;J'ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i>; ces paroles mettent en relief le caract&egrave;re r&eacute;ellement m&eacute;taphysique de la honte. En m&ecirc;me temps, l'homme est quelqu'un pour qui la honte, unie &agrave; la concupiscence, deviendra impulsion &agrave; &quot;dominer&quot; la femme (&quot;il te dominera&quot;). Par la suite, l'exp&eacute;rience de cette domination se manifeste plus directement chez la femme comme d&eacute;sir insatiable d'une union diff&eacute;rente. Du moment o&ugrave; l'homme la &quot;domine&quot;, &agrave; la communion des personnes - faite de pleine unit&eacute; spirituelle des deux sujets se donnant l'un &agrave; l'autre - succ&egrave;de un rapport mutuel diff&eacute;rent, c'est-&agrave;-dire un rapport de possession de l'autre. Si cet &eacute;lan pr&eacute;vaut de la part de l'homme, les convoitises qui portent la femme vers lui, suivant l'expression de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, peuvent assumer - et assument - un caract&egrave;re analogue. Et peut-&ecirc;tre parfois devancent-ils le d&eacute;sir de l'homme ou, m&ecirc;me, tendent &agrave; le susciter, &agrave; lui donner l'impulsion.</p> <p> 4. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, semble indiquer surtout l'homme comme celui qui &quot;d&eacute;sire&quot;, ainsi que le fait par analogie le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, qui constitue le point de d&eacute;part des pr&eacute;sentes m&eacute;ditations; n&eacute;anmoins, tant l'homme que la femme sont devenus un &quot;&ecirc;tre humain&quot; sujet &agrave; la concupiscence. Et donc tous deux ont en partage la honte qui, par sa profonde r&eacute;sonance, touche l'intime de la personnalit&eacute; aussi bien de l'homme que de la femme, quoique de mani&egrave;re diff&eacute;rente. Ce que nous apprend Gen&egrave;se 3 nous permet &agrave; peine de d&eacute;terminer ce double caract&egrave;re, mais d&eacute;j&agrave; ses seules allusions sont tr&egrave;s significatives. Ajoutons que, comme il s'agit d'un texte si archa&iuml;que, il est d'une surprenante &eacute;loquence et acuit&eacute;.</p> <p> 5. Une analyse ad&eacute;quate de Gen&egrave;se 3 m&egrave;ne donc &agrave; la conclusion que la triple concupiscence, y compris celle du corps, implique une limitation de la signification sponsale du corps lui-m&ecirc;me &agrave; laquelle l'homme et la femme participaient dans leur &eacute;tat d'innocence originaire. Quand nous parlons de la signification du corps, nous nous r&eacute;f&eacute;rons avant tout &agrave; la pleine conscience de l'&ecirc;tre humain, mais nous incluons chaque exp&eacute;rience effective du corps dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute; et, en tout cas, sa constante pr&eacute;disposition &agrave; telle exp&eacute;rience. La &quot;signification&quot; du corps n'est pas seulement quelque chose de conceptuel. Nous avons d&eacute;j&agrave; suffisamment attir&eacute; l'attention l&agrave;-dessus dans les pr&eacute;c&eacute;dentes analyses. La &quot;signification&quot; du corps est en m&ecirc;me temps ce qui d&eacute;termine son attitude: il est la mani&egrave;re de vivre du corps. C'est la mesure que l'homme int&eacute;rieur, c'est- &agrave;-dire ce &quot;coeur&quot; dont parle le Christ dans le discours sur la montagne, applique au corps humain en ce qui concerne sa masculinit&eacute;-f&eacute;minit&eacute; (en ce qui concerne donc sa sexualit&eacute;).<br /> Cette &quot;signification&quot; ne modifie pas la r&eacute;alit&eacute; en elle- m&ecirc;me, ce que le corps humain est et ne cesse d'&ecirc;tre dans la sexualit&eacute; qui lui est propre, ind&eacute;pendamment de nos &eacute;tats de conscience et de nos exp&eacute;riences. Toutefois, cette signification purement objective du corps et du sexe, en dehors du syst&egrave;me des rapports interpersonnels r&eacute;els et concrets entre l'homme et la femme est, en un certain sens, &quot;non historique&quot;. Nous, par contre, nous tenons toujours compte dans la pr&eacute;sente analyse - conform&eacute;ment aux sources bibliques - de l'historicit&eacute; de l'homme (&eacute;galement pour la raison que nous partons de sa pr&eacute;histoire th&eacute;ologique). Il s'agit ici, &eacute;videmment, d'une dimension int&eacute;rieure qui &eacute;chappe aux crit&egrave;res ext&eacute;rieurs de l'historicit&eacute; mais que l'on peut toutefois consid&eacute;rer comme &quot;historique&quot;. Et m&ecirc;me, elle se trouve &agrave; la base de tous les faits qui constituent l'histoire de l'homme - &eacute;galement l'histoire du p&eacute;ch&eacute; et du salut - et qui r&eacute;v&egrave;lent ainsi la profondeur et la racine m&ecirc;me de son historicit&eacute;.</p> <p> 6. Quand, dans ce vaste contexte, nous parlons de la concupiscence comme d'une limitation, d'une violation ou, directement, d'une d&eacute;formation de la signification sponsale du corps, nous nous reportons surtout aux analyses pr&eacute;c&eacute;dentes qui concernent l'&eacute;tat d'innocence originaire, c'est-&agrave;-dire la pr&eacute;histoire th&eacute;ologique de l'homme. En m&ecirc;me temps, nous avons dans l'esprit la mesure que l'homme &quot;historique&quot;, avec son &quot;coeur&quot;, applique &agrave; son propre corps &agrave; propos de l&agrave; sexualit&eacute; masculine et f&eacute;minine. Cette mesure n'est pas quelque chose d'exclusivement conceptuel: elle est ce qui d&eacute;termine les attitudes et d&eacute;cide en principe de la mani&egrave;re de vivre du corps.<br /> Il est certain que c'est &agrave; cela que le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans le discours sur la montagne. Nous cherchons ici &agrave; rapprocher les paroles tir&eacute;es de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, du seuil m&ecirc;me de l'histoire th&eacute;ologique de l'homme, en les prenant donc en consid&eacute;ration d&eacute;j&agrave; dans le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i>. La concupiscence en tant que limitation, violation ou m&ecirc;me d&eacute;formation de la signification sponsale du corps peut &ecirc;tre relev&eacute;e de mani&egrave;re particuli&egrave;rement claire (malgr&eacute; la concision du texte biblique) dans les deux premiers parents, Adam et Eve; gr&acirc;ce &agrave; eux, nous avons pu trouver la signification sponsale du corps et red&eacute;couvrir en quoi elle consiste comme mesure du &quot;coeur&quot; humain, telle qu'elle fa&ccedil;onnait la forme originaire de la communion des personnes. Si dans leur exp&eacute;rience personnelle (que le texte biblique nous permet de suivre) cette forme originaire a subi un d&eacute;s&eacute;quilibre et une d&eacute;formation - comme nous avons essay&eacute; de le d&eacute;montrer par l'analyse de la honte -, la signification conjugale du corps qui, dans la situation de l'innocence originaire, constituait chez tous deux la mesure de leur coeur, chez l'homme comme chez la femme, devait &eacute;galement subir une d&eacute;formation. Si nous parvenons &agrave; reconstituer en quoi consistait cette d&eacute;formation, nous aurons m&ecirc;me la r&eacute;ponse &agrave; notre interrogation: en quoi consiste donc la concupiscence de la chair et de quoi est constitu&eacute;e sa sp&eacute;cificit&eacute; th&eacute;ologique et, en m&ecirc;me temps, anthropologique? Il semble qu'une r&eacute;ponse th&eacute;ologiquement et anthropologiquement ad&eacute;quate, importante en ce qui concerne la signification des paroles du Christ dans le discours sur la montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, peut d&eacute;j&agrave; &ecirc;tre tir&eacute;e du contexte de Gen&egrave;se 3 et du r&eacute;cit jahviste tout entier qui nous a pr&eacute;c&eacute;demment permis d'&eacute;clairer la signification sponsale du corps humain.</p> <p>- 25&nbsp;juin 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:10:30 +0000 Incarnare 78 at http://www.theologieducorps.fr TDC 032 - La concupiscence et les rapports homme-femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-032-la-concupiscence-rapports-homme-femme <p> 1. Comme nous le savons &agrave; la suite de l'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> le corps humain, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute; originelle, d'apr&egrave;s le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, n'est pas seulement source de f&eacute;condit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de procr&eacute;ation, mais il a un caract&egrave;re sponsal &quot;depuis l'origine&quot;: il est capable d'exprimer l'amour par lequel l'homme-personne devient don, confirmant ainsi le sens profond de son essence et de son existence. Dans cette particularit&eacute; qui est la sienne, le corps est l'expression de l'esprit et il est appel&eacute;, dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation, &agrave; exister dans la communion des personnes &quot;&agrave; l'image de Dieu&quot;. La concupiscence &quot;qui vient du monde&quot; - il s'agit ici directement de la concupiscence du corps - limite et d&eacute;forme alors le mode d'exister du corps auquel l'homme participe. Le &quot;coeur&quot; humain exp&eacute;rimente le degr&eacute; de cette limitation ou cette d&eacute;formation, surtout dans le cadre des rapports r&eacute;ciproques homme-femme. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans l'exp&eacute;rience du &quot;coeur&quot; que la f&eacute;minit&eacute; et la masculinit&eacute;, dans leurs rapports r&eacute;ciproques, semblent n'&ecirc;tre plus l'expression de l'esprit qui tend &agrave; la communion personnelle et elles restent seulement objet d'attraction, comme il arrive, d'une certaine mani&egrave;re, &quot;dans le monde&quot; des &ecirc;tres vivants qui, comme l'homme, ont re&ccedil;u la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1</a></i>.</p> <p> 2. Cette ressemblance est certainement contenue dans l'oeuvre de la cr&eacute;ation; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> particuli&egrave;rement le confirment. Cependant, ce qui constituait le fond &quot;naturel&quot;, somatique et sexuel, de cette attraction, exprimait d&eacute;j&agrave;, dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, l'appel de l'homme et de la femme &agrave; la communion personnelle. Mais, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, dans la nouvelle situation dont parle Gen&egrave;se 3, cette expression s'est affaiblie et s'est estomp&eacute;e: comme si elle venait moins dans la d&eacute;limitation des rapports r&eacute;ciproques ou comme si elle se trouvait renvoy&eacute;e sur un autre plan. Le fond naturel et somatique de la sexualit&eacute; humaine s'est manifest&eacute; comme une force qui existe presque par elle-m&ecirc;me, qui est marqu&eacute;e par une certaine &quot;contrainte&quot; du corps, qui op&egrave;re selon sa propre dynamique et qui limite l'expression de l'esprit et l'exp&eacute;rience de l'&eacute;change du don de la personne. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, adress&eacute;es &agrave; la premi&egrave;re femme semblent l'indiquer de mani&egrave;re suffisamment claire (&quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et il te dominera&quot;).</p> <p> 3. Dans sa masculinit&eacute;-f&eacute;minit&eacute;, le corps humain a presque perdu la capacit&eacute; d'exprimer cet amour dans lequel l'homme- personne devient un don conforme &agrave; la structure, &agrave; la finalit&eacute; la plus profonde de son existence personnelle, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; observ&eacute; dans les pr&eacute;c&eacute;dentes analyses. Si nous formulons ici ce jugement de mani&egrave;re absolue et que nous ajoutons l'expression adverbiale &quot;presque&quot;, nous le faisons parce que la dimension du don - c'est-&agrave;-dire la capacit&eacute; d'exprimer l'amour par lequel l'&ecirc;tre humain, par sa f&eacute;minit&eacute; ou sa masculinit&eacute;, devient don pour l'autre - n'a cess&eacute;, dans une certaine mesure, d'impr&eacute;gner et de modeler l'amour qui na&icirc;t dans le coeur humain. La signification sponsale du corps n'est pas totalement &eacute;trang&egrave;re &agrave; ce coeur: elle n'a pas &eacute;t&eacute; totalement &eacute;touff&eacute;e par la concupiscence mais elle est seulement menac&eacute;e de mani&egrave;re habituelle. Le &quot;coeur&quot; est devenu un lieu de combat entre l'amour et la concupiscence. Plus la concupiscence domine le coeur, moins celui-ci exp&eacute;rimente la signification sponsale du corps et moins il devient sensible au don de la personne qui exprime pr&eacute;cis&eacute;ment cette signification dans les rapports r&eacute;ciproques de l'homme et de la femme. M&ecirc;me ce &quot;d&eacute;sir&quot; dont parle le Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> appara&icirc;t sous des formes multiples dans le coeur humain: il n'est pas toujours &eacute;vident et manifeste, il est parfois cach&eacute; de sorte qu'il se fait appeler &quot;amour&quot; bien qu'il change son profil authentique et qu'il obscurcisse la limpidit&eacute; du don dans le rapport r&eacute;ciproque des personnes. Cela veut-il dire que nous ayons le devoir de nous m&eacute;fier du coeur humain? Non! Cela veut dire seulement que nous devons en maintenir le contr&ocirc;le.</p> <p> 4. L'image de la concupiscence du corps qui ressort de la pr&eacute;sente analyse a une r&eacute;f&eacute;rence claire &agrave; l'image de la personne &agrave; laquelle nous avions li&eacute; nos pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions sur le th&egrave;me de la signification sponsale du corps. L'homme comme personne est en effet &quot;la seule cr&eacute;ature sur terre que Dieu a voulue pour elle-m&ecirc;me&quot; et, en m&ecirc;me temps, celui qui ne peut &quot;se retrouver pleinement si ce n'est &agrave; travers un don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de lui-m&ecirc;me&quot; <i>(<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>: Quand le Seigneur J&eacute;sus prie le P&egrave;re pour que &quot;tous soient un comme nous sommes un&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#a0c">Jn 17,21-22</a></i>, il ouvre des perspectives inaccessibles &agrave; la raison et il nous sugg&egrave;re qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines et celles des fils de Dieu dans la v&eacute;rit&eacute; et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule cr&eacute;ature sur terre que Dieu a voulue pour elle-m&ecirc;me, ne peut pleinement se trouver que par le don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de lui-m&ecirc;me.).</i> La concupiscence en g&eacute;n&eacute;ral - et la concupiscence du corps en particulier - touche pr&eacute;cis&eacute;ment ce &quot;don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;&quot;: il enl&egrave;ve &agrave; l'homme, si l'on peut dire, la dignit&eacute; du don qui se trouve exprim&eacute;e par son corps &agrave; travers la f&eacute;minit&eacute; et la masculinit&eacute; et, dans un certain sens, &quot;d&eacute;personnalise&quot; l'homme en le faisant objet &quot;pour l'autre&quot;. Au lieu d'&ecirc;tre &quot;avec l'autre&quot; - sujet dans l'unit&eacute;, m&ecirc;me dans &quot;l'unit&eacute; sacramentelle du corps&quot;, - l'&ecirc;tre humain devient un objet pour l'&ecirc;tre humain: la femme pour l'homme et vice versa. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i> - et avant encore, celles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fr">Gn 3,7</a></i> - l'attestent, avec toute la clart&eacute; du contraste, par rapport &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>.</p> <p>5. En brisant la dimension du don r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme, la concupiscence met aussi en doute le fait que chacun d'eux est voulu &quot;pour lui-m&ecirc;me&quot; par le Cr&eacute;ateur. La subjectivit&eacute; de la personne c&egrave;de la place, dans un certain sens, &agrave; l'objectivit&eacute; du corps. A cause du corps, l'&ecirc;tre humain devient un objet pour l'&ecirc;tre humain - la femme pour l'homme et vice versa. La concupiscence signifie pour ainsi dire que les rapports personnels de l'homme et de la femme se trouvent unilat&eacute;ralement et irr&eacute;ductiblement li&eacute;s au corps et au sexe, dans le sens o&ugrave; ces rapports deviennent incapables d'accueillir le don r&eacute;ciproque de la personne. Ils ne comprennent pas et ne traitent pas la f&eacute;minit&eacute;-masculinit&eacute; selon la pleine dimension de la subjectivit&eacute; personnelle ils ne constituent pas l'expression de la communion mais demeurent unilat&eacute;ralement d&eacute;termin&eacute;s &quot;par le sexe&quot;.</p> <p> 6. La concupiscence comporte la perte de la libert&eacute; int&eacute;rieure du don. La signification sponsale du corps est pr&eacute;cis&eacute;ment li&eacute;e &agrave; cette libert&eacute;. L'&ecirc;tre humain peut devenir don - ou plut&ocirc;t l'homme et la femme peuvent exister dans le rapport du don r&eacute;ciproque d'eux-m&ecirc;mes - si chacun d'eux se domine lui-m&ecirc;me. La concupiscence, qui se manifeste comme une &quot;contrainte&quot; &quot;sui generis&quot; du corps, limite int&eacute;rieurement et restreint l'autodomination de soi et, pour cette raison, rend impossible, dans un certain sens, la libert&eacute; int&eacute;rieure du don. Avec cela, la beaut&eacute; que le corps humain poss&egrave;de sous son aspect masculin et f&eacute;minin comme expression de l'esprit, se trouve aussi obscurcie. Le corps reste comme objet de concupiscence et donc comme &quot;terrain d'appropriation&quot; de l'autre &ecirc;tre humain. Par elle-m&ecirc;me, la concupiscence n'est pas capable de promouvoir l'union comme communion des personnes. A elle seule, elle n'unit pas mais elle s'approprie. Le rapport du don se transforme dans un rapport d'appropriation.<br /> Nous interrompons aujourd'hui &agrave; ce point nos r&eacute;flexions. Le dernier probl&egrave;me que nous avons trait&eacute; ici est d'une si grande importance et il est en outre si subtil du point de vue de la diff&eacute;rence entre l'amour authentique (c'est-&agrave;-dire entre la &quot;communion des personnes &quot;) et la concupiscence que nous devrons le reprendre au cours de notre prochaine rencontre.</p> <p>- 23&nbsp;juillet 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:12:24 +0000 Incarnare 79 at http://www.theologieducorps.fr TDC 033 - Le Don et la Communion des personnes http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-033-don-la-communion-personnes <p> 1. Les r&eacute;flexions que nous sommes en train de d&eacute;velopper dans le cycle actuel se rapportent aux paroles que J&eacute;sus a prononc&eacute;es dans son Discours sur la Montagne au sujet du &quot;d&eacute;sir&quot;, celui de l'homme &agrave; l'&eacute;gard de la femme. Dans la tentative d'examiner &agrave; fond ce qui caract&eacute;rise &quot;l'homme de la concupiscence&quot;, nous sommes remont&eacute;s au Livre de la Gen&egrave;se. La situation qui a fini par se cr&eacute;er dans les relations mutuelles de l'homme et de la femme y est d&eacute;crite avec beaucoup de finesse. Les diverses phrases de Gen&egrave;se 3 sont tr&egrave;s &eacute;loquentes. Les paroles que, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>, Dieu-Yahv&eacute; adresse &agrave; la femme: &quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui, il te dominera&quot;, semblent, si on les analyse profond&eacute;ment, r&eacute;v&eacute;ler de quelle fa&ccedil;on les relations de don r&eacute;ciproque qui existaient entre eux dans leur &eacute;tat d'innocence originelle se sont transform&eacute;es, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, en relations de r&eacute;ciproque appropriation.<br /> Si l'homme se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la femme en la consid&eacute;rant seulement comme un objet &agrave; prendre en possession, et non pas comme un don, il se condamne en m&ecirc;me temps &agrave; devenir lui-m&ecirc;me pour elle non pas un don, mais seulement un objet d'appropriation. Il semble que les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i> traitent de ce genre de relations bilat&eacute;rales, m&ecirc;me si directement elles disent seulement: &quot;Lui, il te dominera.&quot; En outre, dans l'approbation unilat&eacute;rale (qui est indirectement bilat&eacute;rale), la structure de la communion entre les personnes dispara&icirc;t; les &ecirc;tres humains deviennent tous deux quasi incapables d'atteindre la mesure int&eacute;rieure du coeur orient&eacute;e vers la libert&eacute; du don et la signification sponsale du corps qui lui est intrins&egrave;que. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i> semblent sugg&eacute;rer que ceci se passe plut&ocirc;t au d&eacute;triment de la femme et, qu'en tout cas, elle le ressent plus profond&eacute;ment que l'homme.</p> <p> 2. Il vaut du moins la peine de fixer maintenant notre attention sur ce d&eacute;tail. Les paroles de Dieu-Yahv&eacute;, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>: &quot;Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui,il te dominera&quot;, et celles du Christ, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer ...&quot; permettent de relever un certain parall&eacute;lisme. Probablement ne s'agit-il pas ici, surtout, du fait que la femme devienne objet de &quot;d&eacute;sir&quot; pour l'homme, mais plut&ocirc;t - comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; pr&eacute;c&eacute;demment mis en relief - de ce que, &quot;d&egrave;s l'origine&quot;, l'homme aurait d&ucirc; &ecirc;tre le gardien de la r&eacute;ciprocit&eacute; du don et de son &eacute;quilibre authentique. L'analyse de cette &quot;origine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> r&eacute;v&egrave;le pr&eacute;cis&eacute;ment la responsabilit&eacute; de l'homme dans l'accueil de la f&eacute;minit&eacute; comme don et dans sa transformation en un &eacute;change mutuel, bilat&eacute;ral. Tirer de la femme son propre don au moyen de la concupiscence est ouvertement en contradiction avec ce fait. Bien que le maintien de l'&eacute;quilibre du don semble avoir &eacute;t&eacute; confi&eacute; &agrave; tous deux, c'est surtout &agrave; l'homme qu'incombe une responsabilit&eacute; particuli&egrave;re, comme s'il d&eacute;pendait beaucoup plus de lui que l'&eacute;quilibre soit maintenu ou rompu, et m&ecirc;me - s'il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; rompu - qu'il soit &eacute;ventuellement r&eacute;tabli. Certes, la diversit&eacute; des r&ocirc;les, selon ces &eacute;nonc&eacute;s auxquels nous nous r&eacute;f&eacute;rons comme &agrave; des textes-cl&eacute;, &eacute;tait &eacute;galement dict&eacute;e par la rel&eacute;gation sociale de la femme selon les id&eacute;es de l'&eacute;poque (et les Saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament en fournissent d'&eacute;videntes preuves); n&eacute;anmoins, on y rel&egrave;ve une v&eacute;rit&eacute; qui a son poids, ind&eacute;pendamment des conditionnements sp&eacute;cifiques dus aux usages dans cette situation historique d&eacute;termin&eacute;e.</p> <p> 3. La concupiscence fait que le corps devient comme un &quot;terrain&quot; d'appropriation de l'autre personne. Ceci comporte - on le comprend facilement - la perte de la signification conjugale du corps. Et, en m&ecirc;me temps, la r&eacute;ciproque &quot;appartenance&quot; des personnes qui, s'unissant au point d'&ecirc;tre &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, sont en m&ecirc;me temps appel&eacute;es &agrave; s'appartenir l'une &agrave; l'autre, acquiert une autre signification. La dimension particuli&egrave;re de l'union personnelle de l'homme et de la femme dans l'amour s'exprime par les mots &quot;mon, ma&quot;. Ces termes, qui font depuis toujours partie du langage de l'amour humain, reviennent souvent dans les strophes du Cantique des Cantiques, ainsi que dans d'autres textes bibliques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#m">Ct 1,9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#q">Ct 1,13-16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#w">Ct 2,2-3</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#a2">Ct 2,8-10</a></i> <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bb">Ct 2,13-17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bh">Ct 3,2-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#br">Ct 4,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#b0">Ct 4,10</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cb">Ct 5,1-4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cs">Ct 6,2-4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cz">Ct 6,9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#dh">Ct 7,11</a></i> <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#dw">Ct 8,12-14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#na">Ez 16,8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#ct">Os 2,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hig.htm#f1">Tb 8,7</a></i>. Ce sont des termes qui, selon leur signification &quot;mat&eacute;rielle&quot;, d&eacute;notent un rapport de possession, mais, dans notre cas, ils indiquent l'analogie personnelle de ce rapport. L'appartenance r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme, sp&eacute;cialement quand ils s'appartiennent comme &eacute;poux &quot;dans l'unit&eacute; du corps&quot;, se forme selon cette analogie personnelle. Comme on le sait, l'analogie indique simultan&eacute;ment la ressemblance et l'absence d'identit&eacute; (donc une substantielle dissemblance). C'est seulement si nous prenons en consid&eacute;ration une telle analogie que nous pouvons parler de l'appartenance r&eacute;ciproque des personnes. En effet, dans sa signification originelle sp&eacute;cifique, l'appartenance suppose le rapport du sujet &agrave; l'objet: un rapport de possession et de propri&eacute;t&eacute;. C'est un rapport non seulement objectif, mais surtout &quot;mat&eacute;riel&quot;: appartenance de quelque chose, donc d'un objet &agrave; quelqu'un.</p> <p> 4. Les termes &quot;mon ... ma&quot; n'ont certainement pas cette signification dans l'&eacute;ternel langage de l'amour humain. Ils indiquent le caract&egrave;re r&eacute;ciproque du don; ils expriment l'&eacute;quilibre du don - pr&eacute;cis&eacute;ment celui-ci en premier lieu, probablement -, c'est-&agrave;-dire l'&eacute;quilibre du don o&ugrave; s'instaure la r&eacute;ciproque communio personarum. Et si celle-ci se trouve instaur&eacute;e gr&acirc;ce au don r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, la signification conjugale y est &eacute;galement conserv&eacute;e. En r&eacute;alit&eacute;, dans le langage de l'amour, les termes &quot;mon ... ma&quot; apparaissent comme une n&eacute;gation radicale de l'appartenance dans le sens o&ugrave; un objet comme chose mat&eacute;rielle appartient au sujet-personne. Tant qu'elle ne se range pas &agrave; cette signification-l&agrave;, l'analogie conserve sa fonction. La triple concupiscence - et en particulier la convoitise de la chair - d&eacute;pouille l'appartenance r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme de la dimension qui est le propre de l'analogie personnelle dans laquelle les termes &quot;mon ... ma&quot; conservent leur signification essentielle. Cette signification essentielle est tout &agrave; fait &eacute;trang&egrave;re &agrave; la &quot;loi de propri&eacute;t&eacute;&quot;, au sens d'&quot;objet de possession&quot;; la concupiscence, au contraire. est directement orient&eacute;e vers cette derni&egrave;re signification. De la possession d'un objet &agrave; la jouissance de l'objet, il n'y a qu'un pas: l'objet que je poss&egrave;de n'a pour moi de sens que dans la mesure o&ugrave; j'en dispose, o&ugrave; je m'en sers, o&ugrave; je l'utilise. Il est &eacute;vident que l'analogie personnelle de l'appartenance s'oppose vigoureusement &agrave; une semblable signification. Et cette opposition est le signe que ce qui, dans les relations mutuelles de l'homme et de la femme, &quot;vient du P&egrave;re&quot;, se maintient avec persistance et continuit&eacute; &agrave; l'&eacute;gard de ce qui vient &quot;du monde&quot;. Cependant, la concupiscence entra&icirc;ne ipso facto l'homme &agrave; poss&eacute;der l'autre comme un objet, l'entra&icirc;ne &agrave; en jouir; et ceci comporte la n&eacute;gation m&ecirc;me de la signification conjugale du corps. Dans son essence m&ecirc;me, le don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; est exclu de la &quot;jouissance&quot; &eacute;go&iuml;ste. N'est- ce pas d&eacute;j&agrave; le sens des paroles que Dieu-Yahv&eacute; adresse &agrave; la femme dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f0">Gn 3,16</a></i>?</p> <p> 5. Suivant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>, la concupiscence indique surtout l'&eacute;tat de l'esprit humain. De m&ecirc;me, la convoitise de la chair atteste en premier lieu l'&eacute;tat d'esprit humain. Il conviendra de d&eacute;dier une ult&eacute;rieure analyse &agrave; ce probl&egrave;me.<br /> Appliquant la th&eacute;ologie johannique au terrain des exp&eacute;riences d&eacute;crites dans Gen&egrave;se 3, et de m&ecirc;me aux paroles que J&eacute;sus pronon&ccedil;a dans son Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> nous retrouvons, pour ainsi dire, une dimension concr&egrave;te de cette opposition entre le corps et l'esprit qui est n&eacute;e dans le coeur de l'homme avec le p&eacute;ch&eacute;. Ses cons&eacute;quences se font sentir dans les rapports mutuels des personnes dont l'unit&eacute; dans leur humanit&eacute; est d&eacute;termin&eacute;e d&egrave;s l'origine du fait qu'ils sont homme et femme. Depuis que dans l'homme a pris place une autre loi qui lutte contre la loi de la raison&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hb">Rm 7,23</a></i>, il existe presque constamment le danger qu'avec cette fa&ccedil;on de voir, d'&eacute;valuer, d'aimer, &quot;le d&eacute;sir du corps&quot; se r&eacute;v&egrave;le plus puissant que le &quot;d&eacute;sir de l'esprit&quot;. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment de cette v&eacute;rit&eacute; au sujet de l'homme, de cet &eacute;l&eacute;ment anthropologique que nous devons toujours tenir compte si nous voulons comprendre &agrave; fond l'appel que dans le Discours de la Montagne le Christ adresse au coeur de l'homme.</p> <p>- 30&nbsp;juillet 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:13:40 +0000 Incarnare 80 at http://www.theologieducorps.fr TDC 034 - Le discours sur la montagne et l'homme d'aujourd'hui http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-034-discours-sur-la-montagne-lhomme-daujourdhui <p> 1. Pour poursuivre notre cycle, nous reprenons aujourd'hui le Discours sur la montagne et pr&eacute;cis&eacute;ment l'&eacute;nonc&eacute;: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Ici, J&eacute;sus fait appel au &quot;coeur&quot;.<br /> En se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'&quot;origine&quot; dans son entretien avec les pharisiens (cf. les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes), J&eacute;sus a prononc&eacute; les paroles suivantes au sujet de l'acte de r&eacute;pudiation: &quot;C'est &agrave; cause de la duret&eacute; de votre coeur que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes; mais &agrave; l'origine il n'en &eacute;tait pas ainsi&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>. Cette phrase comporte sans aucun doute une accusation. &quot;La duret&eacute; du coeur&quot; indique ce qui, selon l'&eacute;thos du peuple de l'Ancien Testament, avait fond&eacute; la situation contraire au dessein originel de Dieu-Yahv&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i></p> <p>Note -<i>(Le terme grec &quot;sklerokardia&quot; a &eacute;t&eacute; forg&eacute; dans la septante pour exprimer ce qui signifiait en h&eacute;breu: &quot;l'incirconcision du coeur&quot; cf. par ex,: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev2.htm#mq">Dt 10,16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz2.htm#he">Jr 4,4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#hl">Si 3,26</a></i> et qui, dans la traduction litt&eacute;rale du Nouveau Testament, n'appara&icirc;t qu'une seule fois <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cje.htm#lf">Ac 7,51</a></i>. -- &quot;incirconcision&quot; signifiait le &quot;paganisme&quot;, l'&quot;impucidit&eacute;&quot;, l'&quot;&eacute;loignement de l'alliance avec Dieu&quot;; l' &quot;incirconcision du coeur&quot; exprimait l'indomptable obstination dans l'opposition &agrave; Dieu. L'apostrophe du diacre Etienne le confirme: &quot;Hommes &agrave; la nuque raide et pa&iuml;ens dans le coeur (litt&eacute;ralement: incirconsis de coeur) ... toujours vous r&eacute;sistez &agrave; l'Esprit-Saint; vous &ecirc;tes bien comme vos p&egrave;res&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cje.htm#lf">Ac 7,51</a></i>. -- C'est donc dans ce contexte philosophique qu'il faut comprendre &quot;la duret&eacute; du coeur&quot;.)</i>.<br /> Et c'est l&agrave; qu'il faut chercher la cl&eacute; pour interpr&eacute;ter toute la l&eacute;gislation d'Isra&euml;l dans le domaine du mariage et, dans un sens plus large, dans l'ensemble des rapports entre l'homme et la femme. En parlant de la &quot;duret&eacute; du coeur&quot;, le Christ accuse, pour ainsi dire, &quot;le sujet int&eacute;rieur&quot; tout entier qui est responsable de la d&eacute;formation de la loi. Dans le Discours sur la montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, il fait aussi r&eacute;f&eacute;rence au &quot;coeur&quot; mais les paroles qui y sont prononc&eacute;es ne semblent pas seulement des paroles d'accusation.</p> <p>2. Nous devons encore une fois r&eacute;fl&eacute;chir sur elles en les ins&eacute;rant le plus possible dans leur dimension &quot;historique&quot;. L'analyse qui a &eacute;t&eacute; faite jusqu'ici et qui visait &agrave; d&eacute;finir &quot;l'homme de la concupiscence&quot; au moment de sa naissance, presque au point de d&eacute;part o&ugrave; son histoire se noue avec la th&eacute;ologie, constitue une vaste introduction, surtout anthropologique au travail qu'il faut encore entreprendre. L'&eacute;tape suivante de notre analyse devra &ecirc;tre de caract&egrave;re &eacute;thique. Le Discours sur la montagne et en particulier ce passage que nous avons choisi comme centre de nos analyses, fait partie de la proclamation du nouvel &eacute;thos: l'&eacute;thos de l'&eacute;vangile. Dans l'enseignement du Christ, il est profond&eacute;ment li&eacute; &agrave; la conscience de l'&quot;origine&quot; et donc au myst&egrave;re de la cr&eacute;ation dans sa simplicit&eacute; et dans ses richesses originelles. En m&ecirc;me temps, l'&eacute;thos que le Christ proclame dans le Discours sur la montagne est adress&eacute; de mani&egrave;re r&eacute;aliste &agrave; &quot;l'homme historique&quot; devenu l'homme de la concupiscence. En effet, la triple concupiscence est un h&eacute;ritage pour toute l'humanit&eacute; et le &quot;coeur&quot; humain y participe r&eacute;ellement. Le Christ qui sait &quot;ce qu'il y a dans tout homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fq">Jn 2,25</a></i> <i>(cf. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cmh.htm#dv">Ap 2,23</a></i> &quot;Je suis celui qui scrute les reins et les coeurs ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cje.htm#ej">Ac 1,24</a></i> &quot;Toi, seigneur qui connais les coeurs de tous ...&quot; (Kardiognostes))</i>, ne peut pas parler autrement si ce n'est avec une conscience semblable. De ce point de vue, dans les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> ce n'est pas l'accusation qui pr&eacute;vaut mais le jugement: un jugement r&eacute;aliste sur le coeur humain, un jugement qui, d'une part, a un fondement anthropologique et, d'autre part, un caract&egrave;re directement &eacute;thique. Pour l'&egrave;thos de l'&eacute;vangile c'est un jugement constitutif.</p> <p> 3. Dans le Discours sur la montagne, le Christ s'adresse directement &agrave; l'homme qui appartient &agrave; une soci&eacute;t&eacute; bien d&eacute;finie. M&ecirc;me le Ma&icirc;tre appartient &agrave; cette soci&eacute;t&eacute;, &agrave; ce peuple. Il faut donc chercher dans les paroles du Christ une r&eacute;f&eacute;rence aux faits, aux situations, aux institutions auxquels il &eacute;tait quotidiennement li&eacute;. Il faut que nous soumettions ces r&eacute;f&eacute;rences &agrave; une analyse, au moins sommaire, afin que ressorte plus clairement la signification &eacute;thique des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Cependant, avec ces paroles, le Christ s'adresse aussi, de mani&egrave;re indirecte mais r&eacute;elle, &agrave; tout homme historique (cet adjectif &eacute;tant surtout compris dans une fonction th&eacute;ologique). C'est cet homme qui est pr&eacute;cis&eacute;ment l'&quot;homme de la concupiscence&quot; dont le myst&egrave;re et le coeur sont connus par le Christ (&quot;il savait, en effet, ce qu'il y a dans tout homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fq">Jn 2,25</a></i>). Les paroles du Discours sur la montagne nous permettent d'&eacute;tablir un contact avec l'exp&eacute;rience int&eacute;rieure de cet homme presque &agrave; chaque latitude et &agrave; chaque longitude g&eacute;ographique aux diff&eacute;rentes &eacute;poques dans les diverses conditions sociales et culturelles. L'homme d'aujourd'hui se sent appel&eacute; par son nom par cet &eacute;nonc&eacute; du Christ, pas moins que l'homme d'&quot;alors&quot; &agrave; qui le Ma&icirc;tre s'adressait directement.</p> <p> 4. C'est en cela que consiste l'universalit&eacute; de l'&eacute;vangile qui n'est pas du tout une g&eacute;n&eacute;ralisation. Ceci se manifeste peut-&ecirc;tre avec une particuli&egrave;re clart&eacute;, pr&eacute;cis&eacute;ment dans cet &eacute;nonc&eacute; du Christ, que nous soumettons &agrave; l'analyse. En vertu de cet &eacute;nonc&eacute;, l'homme de tous les temps et de tous les lieux se sent appel&eacute; de mani&egrave;re ad&eacute;quate concr&egrave;te et unique: parce que, justement, le Christ fait appel au &quot;coeur&quot; humain qui ne peut &ecirc;tre sujet &agrave; aucune g&eacute;n&eacute;ralisation. Par la cat&eacute;gorie du &quot;coeur&quot;, chacun est individualis&eacute; de mani&egrave;re encore plus sp&eacute;cifique que par le nom; il se trouve atteint dans ce qui le d&eacute;termine de mani&egrave;re unique et sp&eacute;cifique, il est d&eacute;fini &quot;de l'int&eacute;rieur&quot; dans son humanit&eacute;.</p> <p> 5. L'image de l'homme de la concupiscence le touche au plus profond de lui-m&ecirc;me <i>(&quot;Mais ce qui sort de la bouche provient du coeur et c'est cela qui rend l'homme impur. C'est du coeur, en effet, que proviennent les intentions mauvaises, les meurtres, les adult&egrave;res, l'inconduite, les vols, les faux t&eacute;moignages, les injures&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wd">Mt 15,19-20</a></i>.)</i>. L'histoire du &quot;coeur&quot; humain, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, est &eacute;crite sous la pression de la triple concupiscence a laquelle se relie aussi l'image la plus profonde de l'ethos dans ses diff&eacute;rents documents historiques. Cependant ce caract&egrave;re intime est aussi la force qui d&eacute;cide du comportement humain &quot;ext&eacute;rieur&quot; et &eacute;galement de la forme des multiples structures et des multiples institutions au plan de la vie sociale. Si, dans ses diff&eacute;rentes formulations historiques, nous tirons les contenus de l'ethos de ces structures et de ces institutions, nous rencontrons toujours cet aspect intime de l'image int&eacute;rieure de l'homme. Cette image est, en effet, la composante la plus essentielle. Les paroles du Christ dans le Discours sur la montagne et sp&eacute;cialement celles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> le montrent de mani&egrave;re tr&egrave;s claire. Aucune &eacute;tude sur l'ethos humain ne peut passer &agrave; cot&eacute; de cela sans indiff&eacute;rence.<br /> C'est pour cela que, dans nos prochaines r&eacute;flexions, nous chercherons &agrave; soumettre &agrave; une analyse plus d&eacute;taill&eacute;e cette affirmation du Christ qui dit: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: vous ne commettrez pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: 'Quiconque regard une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave;, dans son coeur, commis l'adult&egrave;re avec elle' (ou bien: 'l'a d&eacute;j&agrave; rendue coupable d'adult&egrave;re dans son coeur')&quot;<br /> Pour mieux comprendre ce texte, nous analyserons d'abord chaque partie afin d'obtenir ensuite une vision globale plus profonde. Nous prendrons en consid&eacute;ration non seulement, les destinataires d'alors qui ont &eacute;cout&eacute; le Discours sur la montagne, mais aussi, autant que possible, nos contemporains, les hommes de notre &eacute;poque.</p> <p>- 6 ao&ucirc;t 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:15:01 +0000 Incarnare 81 at http://www.theologieducorps.fr TDC 035 - Le contenu du commandement "Tu ne commettras pas d'adultère" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-035-contenu-du-commandement-tu-ne-commettras-pas-dadultere <p>1. L'analyse de ce qu'a affirm&eacute; le Christ dans le Discours sur la Montagne en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'adult&egrave;re et au d&eacute;sir qu'il appelle adult&egrave;re commis dans le coeur, doit &ecirc;tre d&eacute;velopp&eacute;e en partant des premi&egrave;res paroles. Le Christ dit: &quot;Vous avez appris qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re ... <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27</a></i>. Il a pens&eacute; au commandement de Dieu, celui qui figure &agrave; la sixi&egrave;me place du D&eacute;calogue et qui fait partie de ce qu'on appelle la deuxi&egrave;me Table de la Loi, celle que Dieu- Yahv&eacute; avait donn&eacute;e a Mo&iuml;se.<br /> Pla&ccedil;ons-nous tout d'abord au point de vue des auditeurs directs du Discours sur la Montagne, de ceux qui ont entendu les paroles du Christ. Ce sont les fils et les filles du peuple &eacute;lu, un peuple qui avait re&ccedil;u la Loi de Dieu-Yahv&eacute; lui-m&ecirc;me et que les proph&egrave;tes &eacute;galement avaient sans cesse bl&acirc;m&eacute; tout au long des si&egrave;cles, pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cause de leur attitude &agrave; l'&eacute;gard de la Loi et des multiples transgressions de celle-ci. Le Christ parle &eacute;galement de semblables transgressions. Mais il parle plus encore de cette interpr&eacute;tation humaine de la Loi dans laquelle est effac&eacute;e et dispara&icirc;t la signification exacte du bien et du mal que le divin l&eacute;gislateur a sp&eacute;cifiquement voulue. En effet, la Loi est surtout un moyen - un moyen indispensable pour que &quot;surabonde la justice&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jv">Mt 5,20</a></i>, selon l'ancienne traduction). Le Christ veut qu'une semblable justice &quot;surpasse celle des scribes et des Pharisiens&quot;. Il refuse l'interpr&eacute;tation qu'au cours des si&egrave;cles ceux-ci ont faite du contenu authentique de la Loi, &eacute;tant donn&eacute; que dans une certaine mesure ils ont soumis son contenu, c'est-&agrave;-dire le dessein et la volont&eacute; du l&eacute;gislateur. aux nombreuses faiblesses et aux limites de la volont&eacute; humaine d&eacute;coulant pr&eacute;cis&eacute;ment de la triple concupiscence. C'&eacute;tait l&agrave; une interpr&eacute;tation casuistique superpos&eacute;e &agrave; la vision originaire du bien et du mal li&eacute;e &agrave; la Loi du D&eacute;calogue. Si le Christ tend &agrave; la transformation de l'ethos, il le fait surtout pour rendre sa clart&eacute; fondamentale &agrave; l'interpr&eacute;tation: &quot;N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les proph&egrave;tes; je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#js">Mt 5,17</a></i> La condition de cet accomplissement est la juste compr&eacute;hension. Et ceci s'applique notamment au commandement: &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;.</p> <p> 2. Qui suit dans les pages de l'Ancien Testament l'histoire du peuple &eacute;lu depuis les temps d'Abraham y trouvera en abondance des faits qui attestent comment ce commandement &eacute;tait mis en pratique et comment, &agrave; la suite de cette mise en pratique, s'&eacute;laborait l'interpr&eacute;tation casuistique de la Loi. D'abord, on sait parfaitement que l'histoire de l'Ancien Testament est le th&eacute;&acirc;tre d'un abandon syst&eacute;matique de la monogamie: ce qui devait avoir une signification fondamentale pour comprendre la d&eacute;fense: &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;. L'abandon de la monogamie, sp&eacute;cialement du temps des proph&egrave;tes, &eacute;tait dict&eacute;e par le d&eacute;sir de la descendance, d'une nombreuse descendance. Ce d&eacute;sir &eacute;tait si profond et la procr&eacute;ation comme fin essentielle du mariage &eacute;tait si &eacute;vidente que les femmes qui aimaient leur mari et qui ne pouvaient leur donner une descendance demandaient de leur propre initiative au mari qui les aimait de pouvoir &quot;prendre elles-m&ecirc;mes sur leurs genoux&quot; - c'est-&agrave;-dire d'accueillir - les enfants n&eacute;s d'une autre femme, par exemple de la servante, c'est-&agrave;-dire de l'esclave. C'&eacute;tait le cas, par exemple, de Sara &agrave; l'&eacute;gard d'Abraham <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#ps">Gn 16,2</a></i> ou de Rachel &agrave; l'&eacute;gard de Jacob <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#a3u">Gn 30,3</a></i>.<br /> Ces deux r&eacute;cits refl&egrave;tent le climat moral dans lequel le D&eacute;calogue &eacute;tait mis en pratique. Ils indiquent comment l'ethos juif se trouvait pr&eacute;par&eacute; &agrave; l'accueil du commandement &quot;tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot; et quelle application ce commandement trouvait dans la plus antique tradition de ce peuple. En effet, en Isra&euml;l, la plus haute autorit&eacute; appartenait aux patriarches et celle-ci avait un caract&egrave;re religieux. Elle &eacute;tait strictement li&eacute;e &agrave; l'Alliance et &agrave; la Promesse.</p> <p> 3. Le commandement &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot; n'a pas chang&eacute; cette tradition. Tout indique que son d&eacute;veloppement ult&eacute;rieur ne se limitait pas aux motifs (plut&ocirc;t exceptionnels) qui avaient guid&eacute; le comportement d'Abraham et de Sara ou de Jacob et de Rachel. Si nous prenons comme exemple les plus illustres repr&eacute;sentants d'Isra&euml;l apr&egrave;s Mo&iuml;se, les rois d'Isra&euml;l, David et Salomon, le r&eacute;cit de leur vie atteste que la polygamie &eacute;tait effectivement &eacute;tablie et ceci pour d'incontestables motifs de concupiscence.<br /> Dans l'histoire de David, qui avait plusieurs femmes, ce qui doit frapper le plus ce n'est pas seulement le fait qu'il avait pris la femme de l'un de ses sujets, mais aussi celui qu'il avait nettement conscience d'avoir commis un adult&egrave;re. Ce fait, tout comme la p&eacute;nitence du roi, sont d&eacute;crits en d&eacute;tail et de mani&egrave;re suggestive <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/btu.htm#jt">2S 11,2-27</a></i>. Par adult&egrave;re, on entend uniquement la possession de la femme d'autrui, alors que ne l'est pas la possession d'autres femmes comme &eacute;pouses &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la premi&egrave;re. Toute la tradition de l'Ancien Testament indique que la conscience des g&eacute;n&eacute;rations qui se sont succ&eacute;d&eacute; dans le peuple &eacute;lu et leur ethos n'a jamais &eacute;t&eacute; touch&eacute;e par l'obligation effective de la monogamie comme implication essentielle et indispensable du commandement: &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;.</p> <p>4. Sur ce plan, il faut &eacute;galement comprendre tous les efforts qui tendent &agrave; ins&eacute;rer le contenu sp&eacute;cifique du commandement &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot; dans le cadre de la l&eacute;gislation promulgu&eacute;e. On en trouve la confirmation dans les livres de la Bible qui enregistrent amplement l'ensemble de la l&eacute;gislation de l'Ancien Testament. Si l'on prend &agrave; la lettre cette l&eacute;gislation, il en r&eacute;sulte qu'elle combat l'adult&egrave;re de mani&egrave;re d&eacute;cid&eacute;e et sans &eacute;gards, usant de moyens radicaux, y compris la peine de mort <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#up">Lv 20,10</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#vs">Dt 22,22</a></i> Elle le fait tout en soutenant effectivement la polygamie, allant m&ecirc;me jusqu'&agrave; la l&eacute;galiser pleinement, au moins de mani&egrave;re indirecte. Et ainsi, l'adult&egrave;re n'est donc combattu que dans les limites d&eacute;termin&eacute;es et dans le cadre des pr&eacute;misses d&eacute;finitives qui donnent sa forme essentielle &agrave; l'ethos de l'Ancien Testament.<br /> Par adult&egrave;re, on y entend surtout (et peut-&ecirc;tre exclusivement) l'atteinte au droit de propri&eacute;t&eacute; de l'homme &agrave; l'&eacute;gard de toute femme l&eacute;galement son &eacute;pouse (d'habitude: l'une parmi toutes les autres); par contre, on n'y comprend pas l'adult&egrave;re comme il se r&eacute;v&egrave;le du point de vue de la monogamie &eacute;tablie par le Cr&eacute;ateur. Nous savons d&eacute;sormais que le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; &quot;l'origine&quot;, pr&eacute;cis&eacute;ment en ce qui concerne ce sujet <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>.</p> <p> 5. De plus, la circonstance dans laquelle le Christ prend la d&eacute;fense de la femme surprise en flagrant d&eacute;lit d'adult&egrave;re et la d&eacute;fend contre la lapidation est significative. Il dit &agrave; ses accusateurs: &quot;Que celui de vous qui est sans p&eacute;ch&eacute; lui jette la premi&egrave;re pierre&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxq.htm#n2">Jn 8,7</a></i>. Lorsque ceux-ci, abandonnant leurs pierres, se furent &eacute;loign&eacute;s, il dit &agrave; la femme: &quot;Va, et d&eacute;sormais ne p&egrave;che plus.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxq.htm#oa">Jn 8,11</a></i>. Pour le Christ, l'adult&egrave;re s'identifie clairement avec le p&eacute;ch&eacute;. D'autre part, lorsqu'il s'adresse &agrave; ceux qui voulaient lapider la femme adult&egrave;re, il fait appel non pas aux prescriptions de la loi d'Isra&euml;l, mais exclusivement &agrave; la conscience. Le discernement du bien et du mal inscrit dans la conscience humaine peut se r&eacute;v&eacute;ler plus profond et plus correct que le contenu d'une norme l&eacute;gale.<br /> Comme nous l'avons vu, l'histoire du Peuple de Dieu dans l'ancienne Alliance (que nous avons t&acirc;ch&eacute; seulement d'&eacute;clairer par quelques exemples) se d&eacute;roulait, dans une large mesure, sur un plan ext&eacute;rieur &agrave; la norme que Dieu avait inscrite dans son commandement &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;; elle passait, pour ainsi dire, &agrave; c&ocirc;t&eacute;. Le Christ voulait redresser ces d&eacute;formations. De l&agrave; les paroles qu'il a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne.</p> <p>- 13 ao&ucirc;t 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:16:15 +0000 Incarnare 82 at http://www.theologieducorps.fr TDC 036 - L'adultère dans l'Ancien Testament http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-036-ladultere-dans-lancien-testament <p> 1. Lorsque le Christ affirme, dans le Discours sur la Montagne: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; ce que chacun de ses auditeurs savait parfaitement et dont il se sentait l'oblig&eacute; en raison du commandement de Dieu-Yahv&eacute;. Cependant, l'histoire de l'Ancien Testament fait voir qu'aussi bien la vie du peuple, uni &agrave; Dieu-Yahv&eacute; par une alliance particuli&egrave;re, que la vie de tous les hommes s'&eacute;carte souvent de ce commandement. Un regard sommaire jet&eacute; sur la l&eacute;gislation, dont il y a une riche documentation dans les livres de l'Ancien Testament, le montre.<br /> Les prescriptions de la loi dans l'Ancien Testament &eacute;taient tr&egrave;s s&eacute;v&egrave;res. Elles &eacute;taient &eacute;galement tr&egrave;s d&eacute;taill&eacute;es et p&eacute;n&eacute;traient dans les d&eacute;tails concrets les plus minutieux de la vie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#up">Dt 21,10-13</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gha.htm#bdn">Nb 30,7-16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev4.htm#wu">Dt 24,1-4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#vj">Dt 22,13-21</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#up">Lv 20,10-21</a></i> (et d'autres.). On peut pr&eacute;sumer que plus la l&eacute;galisation de la polygamie devenait &eacute;vidente dans cette loi, plus l'exigence de soutenir ses dimensions juridiques et de fortifier ses limites l&eacute;gales augmentait. D'o&ugrave; le grand nombre des prescriptions, et aussi la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des peines pr&eacute;vues par le l&eacute;gislateur lors de l'infraction de ces normes. Sur la base des analyses que nous avons faite s pr&eacute;c&eacute;demment au sujet de la r&eacute;f&eacute;rence que le Christ fait &agrave; &quot;l'origine&quot; dans son discours sur l'indissolubilit&eacute; du mariage et sur &quot;l'acte de r&eacute;pudiation&quot;, il est &eacute;vident qu'il voit clairement la contradiction fondamentale que le droit matrimonial de l'Ancien Testament cachait en lui en acceptant la polygamie dans les faits, c'est-&agrave;-dire en acceptant les concubines aupr&egrave;s des &eacute;pouses l&eacute;gales ou le droit de vivre avec l'esclave.<br /> Note - <i>(Bien que le livre de la Gen&egrave;se pr&eacute;sente le mariage monogame d'Adam, de Set et de No&eacute; comme une mod&egrave;le &agrave; imiter et qu'il semble condamner la bigamie qui appara&icirc;t seulement parmi les descendants de Ca&iuml;n <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gv">Gn 4,19</a></i>, la vie des patriarches fournit n&eacute;anmoins d'autres exemples contraires. Abraham observe les prescriptions de la loi de Hammurabi qui acceptait que l'on &eacute;pouse une seconde femme dans le cas o&ugrave; la premi&egrave;re &eacute;tait st&eacute;rile. Jacob avait deux &eacute;pouses et deux concubines <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#a3s">Gn 30,1-19</a></i>.</i><br /> Le livre du Deut&eacute;ronome admet l'existence l&eacute;gale de la bigamie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#uu">Dt 21,15-17</a></i> et m&ecirc;me de la polygamie en demandant au roi de ne pas avoir trop de femmes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#sd">Dt 17,17</a></i>. Il confirme aussi l'institution des concubines prisonni&egrave;res de guerre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#up">Dt 21,10-14</a></i> ou esclaves <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0c.htm#wf">Ex 21,7-11</a></i>. (Cf. R. De Vaux, Ancient Isra&euml;l, Its Life and Institutions, London, 1976, 3&egrave;me &eacute;d., Darton, Longmann, Todd p.24-25, 83). Il n'y a pas non plus de mention explicite sur l'obligation de la monogamie, bien que l'image pr&eacute;sent&eacute;e par les livres post&eacute;rieurs montre qu'elle pr&eacute;valait dans la pratique sociale (cf. par ex. les livres sapientiaux, except&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb0.htm#bdm">Si 37,11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hig.htm#p">Tb 1</a></i> ss).<br /> On peut dire que ce droit, tandis qu'il combattait le p&eacute;ch&eacute;, le contenait en m&ecirc;me temps en lui et qu'il prot&eacute;geait m&ecirc;me les &quot;structures sociales du p&eacute;ch&eacute;&quot;, qu'il en constituait la l&eacute;galisation. Dans ces circonstances, il fallait que le sens &eacute;thique essentiel du commandement. &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; subisse aussi une r&eacute;&eacute;valuation fondamentale. Dans le Discours sur la Montagne, le Christ d&eacute;voile de nouveau ce sens en d&eacute;passant les &eacute;troitesses traditionnelles et l&eacute;gales.</p> <p> 2. Il vaut peut-&ecirc;tre la peine d'ajouter que dans l'interpr&eacute;tation de l'Ancien Testament, autant l'interdiction de l'adult&egrave;re est marqu&eacute;e, si l'on peut dire, par le compromis avec la concupiscence du corps, autant la position &agrave; l'&eacute;gard des d&eacute;viations sexuelles est d&eacute;termin&eacute;e. Ceci est confirm&eacute; par les prescriptions correspondantes qui pr&eacute;voient la peine capitale pour l'homosexualit&eacute; et pour la bestialit&eacute;. Pour ce qui est du comportement d'Onan, fils de Judas (qui a donn&eacute; naissance &agrave; la d&eacute;nomination moderne d'&quot;onanisme &quot;), la Sainte Ecriture dit &quot;qu'il ne plut pas au Seigneur qui le fit mourir aussi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4g.htm#bg2">Gn 38,10</a></i>.<br /> Le droit matrimonial de l'Ancien Testament, dans sa plus vaste globalit&eacute;, met au premier plan la finalit&eacute; procr&eacute;atrice du mariage et, dans quelques cas, cherche &agrave; montrer un traitement juridique &eacute;quivalent pour l'homme et pour la femme - par exemple en ce qui concerne la peine pour adult&egrave;re, il est explicitement dit: &quot;Quand un homme commet l'adult&egrave;re avec la femme de son prochain, ils seront mis &agrave; mort, l'bomme adult&egrave;re aussi bien que la femme adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#up">Lv 20,10</a></i> - mais, dans l'ensemble, il porte pr&eacute;judice &agrave; la femme en la traitant avec une plus grande s&eacute;v&eacute;rit&eacute;.</p> <p>3. Il faudrait peut-&ecirc;tre mettre en relief le langage de cette l&eacute;gislation qui, comme toujours dans ce cas, est un langage objectivant de la sexualit&eacute; de cette &eacute;poque. C'est aussi un langage important pour l'ensemble des r&eacute;flexions sur la th&eacute;ologie du corps. Nous y rencontrons la confirmation du caract&egrave;re de pudeur qui entoure ce qui, dans l'homme, appartient au sexe. Ce qui est sexuel se trouve m&ecirc;me, dans un certain sens, consid&eacute;r&eacute; comme &quot;impur&quot;, en particulier lorsqu'il s'agit des manifestations physiologiques de la sexualit&eacute; humaine. Le fait de &quot;d&eacute;couvrir la nudit&eacute;&quot; (cf. par ex. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#uq">Lv 20,11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#uw">Lv 20,17-21</a></i> est stigmatis&eacute; comme l'&eacute;quivalent de l'accomplissement d'un acte sexuel illicite. La m&ecirc;me expression semble d&eacute;j&agrave; ici suffisamment &eacute;loquente. Il n'y a pas de doute que le l&eacute;gislateur a cherch&eacute; &agrave; se servir de la terminologie qui correspondait &agrave; la conscience et aux coutumes de la soci&eacute;t&eacute; contemporaine. Ainsi donc le langage de la l&eacute;gislation de l'Ancien Testament doit nous confirmer dans la conviction que non seulement la physiologie du sexe et les manifestations somatiques de la vie sexuelle sont connues du l&eacute;gislateur, mais qu'elles sont &eacute;galement &eacute;valu&eacute;es d'une mani&egrave;re d&eacute;termin&eacute;e. Il est difficile de se soustraire &agrave; l'impression que cette &eacute;valuation avait un caract&egrave;re n&eacute;gatif. Ceci n'annule certainement pas les v&eacute;rit&eacute;s que nous connaissons &agrave; partir du livre de la Gen&egrave;se et on ne peut pas accuser l'Ancien Testament - et, entre autres, les livres l&eacute;gislatifs - d'&ecirc;tre comme les pr&eacute;curseurs d'un manich&eacute;isme. Le jugement qui y est exprim&eacute; au sujet du corps et du sexe n'est pas tant &quot;n&eacute;gatif&quot; ni s&eacute;v&egrave;re que, caract&eacute;ris&eacute; plut&ocirc;t par un objectivisme motiv&eacute; par l'intention de mettre de l'ordre dans ce domaine de la vie humaine. Il ne s'agit pas directement de l'ordre du &quot;coeur&quot;, mais de l'ordre de la vie sociale tout enti&egrave;re &agrave; la base de laquelle se trouve, depuis toujours, le mariage et la famille.</p> <p>4. Si l'on prend en consid&eacute;ration la probl&eacute;matique &quot;sexuelle&quot; dans son ensemble, il convient peut-&ecirc;tre encore de porter son attention sur un autre aspect qui est mis en &eacute;vidence dans les diff&eacute;rents livres de l'Ancien Testament et qui porte sur le lien existant entre la moralit&eacute;, la loi et la m&eacute;decine. Ces livres contiennent beaucoup de prescriptions pratiques concernant le domaine de l'hygi&egrave;ne ou celui de la m&eacute;decine qui sont plus caract&eacute;ris&eacute;s par l'exp&eacute;rience que par la science, selon le niveau qui est alors atteint <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga1.htm#mv">Lv 12,1-6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#qr">Lv 15,1-28</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#ur">Dt 21,12-13</a></i> Du reste, il est notoire que le lien exp&eacute;rience-science est encore actuel. Dans ce vaste domaine de probl&egrave;mes, la m&eacute;decine suit toujours de pr&egrave;s l'&eacute;thique, et l'&eacute;thique, tout comme la th&eacute;ologie, cherche sa collaboration.</p> <p> 5. Dans le Discours sur la Montagne, lorsque le Christ prononce les paroles: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re et qu'il ajoute imm&eacute;diatement: &quot;Mais moi je vous dis ...&quot;, il est clair qu'il veut reconstruire dans la conscience de ses auditeurs la signification &eacute;thique propre de ce commandement en se s&eacute;parant de l'interpr&eacute;tation des &quot;docteurs&quot;, les experts officiels de la loi. Mais, en plus de l'interpr&eacute;tation provenant de la tradition, l'Ancien Testament nous offre encore une autre tradition pour comprendre le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re.&quot; C'est la tradition des proph&egrave;tes. Ces derniers, en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; &quot;l'adult&egrave;re&quot;, voulaient rappeler &agrave; &quot;Isra&euml;l et &agrave; Juda que leur plus grand p&eacute;ch&eacute; &eacute;tait l'abandon de l'unique et vrai Dieu en faveur du culte aux diff&eacute;rentes idoles que le peuple choisi avait adopt&eacute;es facilement et de mani&egrave;re inconsid&eacute;r&eacute;e au contact des autres peuples. Ainsi donc, la caract&eacute;ristique propre du langage des proph&egrave;tes est plut&ocirc;t l'analogie avec l'adult&egrave;re que l'adult&egrave;re lui-m&ecirc;me. Cependant, cette analogie sert &agrave; comprendre aussi le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; et l'interpr&eacute;tation qui s'y rapporte et qui fait d&eacute;faut dans les documents l&eacute;gislatifs. Dans les oracles des proph&egrave;tes et, particuli&egrave;rement, dans ceux d'Isa&iuml;e, d'Os&eacute;e et d'Ez&eacute;chiel, le Dieu de l'Alliance se trouve souvent repr&eacute;sent&eacute; comme l'Epoux et l'amour par lequel il est li&eacute; &agrave; Isra&euml;l peut et doit &ecirc;tre identifi&eacute; avec l'amour conjugal des conjoints. Et voici qu'Isra&euml;l, &agrave; cause de son idol&acirc;trie et de l'abandon du Dieu-Epoux, commet vis-&agrave;-vis de lui une trahison qui peut se comparer &agrave; celle de la femme &agrave; l'&eacute;gard du mari: il commet pr&eacute;cis&eacute;ment un &quot;adult&egrave;re&quot;.</p> <p> 6. Par des discours &eacute;loquents et souvent par des images et des ressemblances extraordinairement vivantes, les proph&egrave;tes pr&eacute;sentent aussi bien l'amour de Yahv&eacute;-Dieu que la trahison d'Isra&euml;l-Epouse qui s'abandonne &agrave; l'adult&egrave;re. C'est l&agrave; un th&egrave;me qui devra encore &ecirc;tre repris dans nos r&eacute;flexions quand nous analyserons le probl&egrave;me du &quot;sacrement&quot;. N&eacute;anmoins, il faut D&egrave;s maintenant l'effleurer car il est n&eacute;cessaire pour comprendre les paroles du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, et pour comprendre ce renouvellement de l'ethos qu'impliquent les paroles suivantes: &quot;Mais moi je vous dis ...&quot;. Si, d'une part, dans ses textes, Isa&iuml;e <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgp">Is 54</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftq.htm#bke">Is 62,1-5</a></i> met surtout en relief l'amour de Yahv&eacute;-Epoux qui, dans chaque circonstance, va &agrave; la rencontre de l'&eacute;pouse en d&eacute;passant toutes ses infid&eacute;lit&eacute;s, d'autre part, Os&eacute;e et Ezechiel abondent en comparaisons qui &eacute;clairent surtout la laideur et le mal moral de l'adult&egrave;re commis par l'Epouse-Isra&euml;l.<br /> Dans la m&eacute;ditation suivante, nous chercherons &agrave; p&eacute;n&eacute;trer encore plus profond&eacute;ment dans les textes des proph&egrave;tes pour &eacute;claircir ult&eacute;rieurement le contenu qui, dans la conscience des auditeurs du Discours sur la Montagne, correspondait au commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re.&quot;</p> <p>- 20 ao&ucirc;t 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:18:01 +0000 Incarnare 83 at http://www.theologieducorps.fr TDC 037 - L'adultère dans les livres Prophétiques http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-037-ladultere-dans-livres-prophetiques <p> <a name="1"></a>1. Dans le Discours sur la Montagne, J&eacute;sus dit: &quot;Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les proph&egrave;tes; je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#js">Mt 5,17</a></i>. Pour &eacute;clairer en quoi consiste cet accomplissement, il passe ensuite aux diff&eacute;rents commandements, en se r&eacute;f&eacute;rant &eacute;galement &agrave; celui qui dit: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;. Notre pr&eacute;c&eacute;dente m&eacute;ditation visait &agrave; faire voir de quelle mani&egrave;re le contenu ad&eacute;quat de ce commandement, voulu par Dieu, se trouvait effac&eacute; par de nombreux accommodements dans la l&eacute;gislation particuli&egrave;re d'Isra&euml;l. Les proph&egrave;tes qui ont souvent d&eacute;nonc&eacute; dans leur enseignement l'abandon du vrai Dieu-Yahv&eacute; par le peuple, en le comparant &agrave; l'&quot;adult&egrave;re&quot;, mettent ce contenu en relief de la mani&egrave;re la plus authentique.<br /> Os&eacute;e, non seulement par les paroles mais - &agrave; ce qu'il semble - &eacute;galement par le comportement, se pr&eacute;occupe de nous r&eacute;v&eacute;ler <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#bz">Os 1-3</a></i> que la trahison du peuple est semblable &agrave; la trahison conjugale et, m&ecirc;me encore plus, &agrave; l'adult&egrave;re exerc&eacute; comme prostitution: &quot;Va, prends-toi une femme se livrant &agrave; la prostitution et des enfants de prostitution, car le pays ne fait que se prostituer en se d&eacute;tournant du Seigneur&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#b0">Os 1,2</a></i> Le proph&egrave;te per&ccedil;oit cet ordre en lui et l'accepte comme provenant de Dieu-Yahv&eacute;: &quot;Le Seigneur me dit encore: Va, aime une femme qui est aim&eacute;e par un autre et qui est adult&egrave;re&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#c1">Os 3,1</a></i> En effet, bien qu'Isra&euml;l soit ainsi infid&egrave;le &agrave; son Dieu, comme l'&eacute;pouse qui &quot;suivait ses amants pendant qu'elle m'oubliait&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#cq">Os 2,15</a></i>, Yahv&eacute; ne cesse cependant de chercher son &eacute;pouse, il ne se lasse pas d'attendre sa conversion et son retour, confirmant cet attachement par les paroles et par les actions des proph&egrave;tes: Et il adviendra en ce jour-l&agrave;, oracle du Seigneur, que tu m'appelleras 'mon mari' et non plus 'mon ma&icirc;tre'... Je te fiancerai &agrave; moi pour toujours, je te fiancerai &agrave; moi par la justice et le droit, l'amour et la tendresse. Je te fiancerai par la fid&eacute;lit&eacute; et tu conna&icirc;tras le Seigneur.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#ct">Os 2,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#cw">Os 2,21-22</a></i> Cet appel chaleureux &agrave; la conversion de l'&eacute;pouse infid&egrave;le va de pair avec la menace suivante: &quot;Qu'elle &eacute;loigne de son visage les signes de la prostitution et d'entre ses seins les marques de son adult&egrave;re. Sinon, je la d&eacute;shabillerai et je la mettrai &agrave; nu, je la mettrai comme au jour de sa naissance.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#cf">Os 2,4-5</a></i>.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Cette image de l'humiliante nudit&eacute; de la naissance a &eacute;t&eacute; rappel&eacute;e &agrave; Isra&euml;l, &eacute;pouse infid&egrave;le, par le proph&egrave;te Ez&eacute;chiel et d'une mani&egrave;re encore plus large <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#m3">Ez 16,5-8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#ne">Ez 16,12-15</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#nw">Ez 16,30-32</a></i> &quot;Par le d&eacute;go&ucirc;t qu'on avait de toi, tu as &eacute;t&eacute; jet&eacute;e dans les champs, le jour o&ugrave; tu es n&eacute;e. Passant pr&egrave;s de toi, je t'ai vue te d&eacute;battre dans ton sang; je t'ai dit, alors que tu &eacute;tais dans ton sang: Vis! Je t'ai rendue vigoureuse comme une herbe des champs; alors tu t'es mise &agrave; cro&icirc;tre et &agrave; grandir et tu parvins &agrave; la beaut&eacute; des beaut&eacute;s; tes seins se form&egrave;rent, du poil te poussa; mais tu &eacute;tais sans v&ecirc;tements, nue. En passant pr&egrave;s de toi, je t'ai vue; or tu &eacute;tais &agrave; l'&acirc;ge des amours. J'ai &eacute;tendu sur toi le pan de mon habit et couvert ta nudit&eacute;; je t'ai fait un serment et je suis entr&eacute; en alliance avec toi, oracle du Seigneur Dieu. Alors tu fus &agrave; moi ... J'ai mis un anneau &agrave; ton nez, des boucles &agrave; tes oreilles et un diad&egrave;me splendide sur ta t&ecirc;te. Tes bijoux &eacute;taient d'or et d'argent, tes v&ecirc;tements de lin fin, d'&eacute;toffes pr&eacute;cieuses, de broderies ... Le renom de ta beaut&eacute; s'est r&eacute;pandu parmi les nations: car elle &eacute;tait parfaite &agrave; cause de la splendeur dont je t'avais par&eacute;e. Mais tu t'es fi&eacute;e &agrave; ta beaut&eacute; et, &agrave; la mesure de ton renom, tu t'es prostitu&eacute;e en prodiguant tes faveurs &agrave; chaque passant ... Comme il &eacute;tait fi&eacute;vreux, ton coeur! oracle du Seigneur Dieu - quand tu faisais toutes ces actions, dignes d'une prostitu&eacute;e insolente. Lorsque tu te b&acirc;tissais une estrade &agrave; l'entr&eacute;e de tous les chemins, quand tu faisais un podium sur toutes les places, tu n'&eacute;tais pas comme la prostitu&eacute;e, en qu&ecirc;te de salaire. La femme adult&egrave;re, au lieu de son mari, accueille les &eacute;trangers.&quot;</p> <p> <a name="3"></a> 3 La citation est un peu longue mais le texte est cependant si important qu'il &eacute;tait n&eacute;cessaire de l'&eacute;voquer &agrave; nouveau. L'analogie entre l'adult&egrave;re et l'idol&acirc;trie y est exprim&eacute;e d'une mani&egrave;re particuli&egrave;rement forte et exhaustive. Le moment similaire entre les deux composantes de l'analogie consiste dans l'alliance accompagn&eacute;e de l'amour. C'est par amour que Dieu-Yahv&eacute; conclut l'alliance avec Isra&euml;l qui, sans aucun m&eacute;rite de sa part, devient pour lui son &eacute;pouse, comme l'&eacute;poux et le conjoint le plus affectueux, le plus pr&eacute;venant et le plus g&eacute;n&eacute;reux. Pour cet amour qui accompagne le peuple choisi depuis l'aube de son histoire, Yahv&eacute;-Epoux re&ccedil;oit en &eacute;change de nombreuses trahisons: les &quot;hauteurs&quot;, voil&agrave; les lieux du culte idol&acirc;tre dans lesquels se trouve accompli &quot;l'adult&egrave;re&quot; d'Isra&euml;l-Epouse. Dans l'analyse que nous sommes en train de faire, l'important est le concept d'adult&egrave;re dont se sert Ez&eacute;chiel. On peut cependant dire que l'ensemble de la situation dans laquelle se trouve cit&eacute; ce concept (dans le cadre de l'analogie), n'est pas typique. Il ne s'agit pas ici tellement du choix mutuel fait par les &eacute;poux et qui na&icirc;t de l'amour r&eacute;ciproque mais du choix de l'&eacute;pouse (et ceci d&eacute;j&agrave; &agrave; partir du moment de sa naissance), un choix provenant de l'amour de l'&eacute;poux, amour qui, de la part de l'&eacute;poux lui- m&ecirc;me, est un acte de pure mis&eacute;ricorde. En ce sens le choix se dessine: il correspond &agrave; cette partie de l'analogie qui qualifie l'alliance de Yahv&eacute; avec Isra&euml;l. Il correspond cependant moins &agrave; la seconde partie de ce choix qui qualifie la nature du mariage. La mentalit&eacute; de cette &eacute;poque n'&eacute;tait certainement pas tr&egrave;s sensible &agrave; cette r&eacute;alit&eacute;. Pour les isra&eacute;lites, le mariage &eacute;tait plut&ocirc;t le r&eacute;sultat d'un choix unilat&eacute;ral, souvent fait par les parents. Cependant, cette situation rentre difficilement dans le cadre de nos conceptions.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Si l'on fait abstraction de ce d&eacute;tail, il est impossible de ne pas se rendre compte que, dans les textes des proph&egrave;tes, on rel&egrave;ve une signification de l'adult&egrave;re diff&eacute;rente de celle qu'en donne la tradition l&eacute;gislative. L'adult&egrave;re est un p&eacute;ch&eacute; parce qu'il constitue la rupture de l'alliance personnelle entre l'homme et la femme. Dans les textes l&eacute;gislatifs, on rel&egrave;ve la violation du droit de propri&eacute;t&eacute; et, en premier lieu, du droit de propri&eacute;t&eacute; de l'homme sur cette femme qui a &eacute;t&eacute; son &eacute;pouse l&eacute;gale, une de ses &eacute;pouses. Dans les textes des proph&egrave;tes, le fond de la polygamie effective et l&eacute;galis&eacute;e n'alt&egrave;re pas la signification &eacute;thique de l'adult&egrave;re. Dans de nombreux textes, la monogamie appara&icirc;t comme l'unique et juste analogie du monoth&eacute;isme tel qu'il est interpr&eacute;t&eacute; dans les cat&eacute;gories de l'Alliance, c'est-&agrave;-dire de la fid&eacute;lit&eacute; et de la confiance dans l'unique et vrai Dieu-Yahv&eacute;, l'Epoux d'Isra&euml;l. L'adult&egrave;re est l'antith&egrave;se de cette relation sponsale, il est l'antinomie du mariage (&eacute;galement comme institution) en ce que le mariage monogame r&eacute;alise en lui l'alliance interpersonnelle de l'homme et de la femme, qu'il r&eacute;alise l'alliance n&eacute;e de l'amour et accueilli par les deux parties respectives pr&eacute;cis&eacute;ment comme mariage (et, comme tel, reconnu par la soci&eacute;t&eacute;). Ce genre d'alliance entre deux personnes constitue le fondement de cette union par laquelle &quot;l'homme ... s'unira &agrave; sa femme et tous les deux ne feront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Dans le contexte d&eacute;crit ci-dessus, on peut dire que cette unit&eacute; corporelle fait partie de leur &quot;droit&quot; (bilat&eacute;ral), mais qu'il est surtout le signe r&eacute;gulier de la communion des personnes, de l'unit&eacute; constitu&eacute;e entre l'homme et la femme en qualit&eacute; de conjoints. L'adult&egrave;re fait par chacun d'entre eux n'est pas seulement la violation de ce droit 'nais en m&ecirc;me temps une falsification radicale du signe. Il semble que dans les oracles des proph&egrave;tes cet aspect de l'adult&egrave;re trouve pr&eacute;cis&eacute;ment une expression suffisamment claire.</p> <p> <a name="5"></a> 5. En constatant que l'adult&egrave;re est une falsification de ce signe qui trouve non pas tellement sa &quot;normativit&eacute;&quot; mais plut&ocirc;t sa simple v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure dans le mariage - c'est-&agrave;- dire dans la convivence de l'homme et de la femme, qui sont devenus conjoints -, nous nous r&eacute;f&eacute;rons alors de nouveau, dans un certain sens, aux affirmations fondamentales faites pr&eacute;c&eacute;demment, en les consid&eacute;rant comme essentielles et importantes pour la th&eacute;ologie du corps, tant du point de vue anthropologique que du point de vue &eacute;thique. L'adult&egrave;re est &quot;un p&eacute;ch&eacute; du corps&quot;. Toute la tradition de l'Ancien Testament l'atteste et le Christ le confirme. L'analyse compar&eacute;e des paroles qu'il a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, comme aussi les diff&eacute;rentes affirmations qui s'y rapportent et qui sont contenues dans les Evangiles et dans les autres passages du Nouveau Testament, nous permettent d'&eacute;tablir la raison propre de la culpabilit&eacute; de l'adult&egrave;re. Et il est &eacute;vident que nous d&eacute;terminons cette cause de la culpabilit&eacute;, ou plut&ocirc;t du mal moral, en nous basant sur l'origine de l'opposition &agrave; l'&eacute;gard de ce bien moral qu'est la fid&eacute;lit&eacute; conjugale, ce bien qui ne peut &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute; ad&eacute;quatement que dans le rapport exclusif entre les deux parties (c'est-&agrave;-dire dans le rapport conjugal d'un homme et d'une femme). L'exigence de ce rapport est le propre de l'amour sponsal dont la structure interpersonnelle (comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; not&eacute;) est r&eacute;gi par la normativit&eacute; int&eacute;rieure de la &quot;communion des personnes&quot;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment elle qui donne la signification essentielle &agrave; l'alliance (aussi bien dans le rapport homme-femme que, par analogie, dans le rapport Yahv&eacute;-Isra&euml;l). On peut l&eacute;gif&eacute;rer d'apr&egrave;s l'origine de l'opposition &agrave; l'engagement conjugal ainsi compris &agrave; partir de l'adult&egrave;re, de sa culpabilit&eacute;, du mal moral qu'il contient.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Il faut avoir tout ceci pr&eacute;sent &agrave; l'esprit lorsque nous disons que l'adult&egrave;re est un &quot;p&ecirc;ch&eacute; du corps&quot;. Le &quot;corps&quot; se trouve consid&eacute;r&eacute; ici dans le lien conceptuel avec les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. En effet, ces derni&egrave;res parlent de l'homme et de la femme qui, comme mari et femme, s'unissent si &eacute;troitement l'un l'autre au point de former &quot;une seule chair&quot;. L'adult&egrave;re indique l'acte par lequel un homme et une femme qui ne sont pas mari et &eacute;pouse, forment &quot;une seule chair&quot; (c'est-&agrave;-dire ceux qui ne sont pas mari et &eacute;pouse au sens de la monogamie qui a &eacute;t&eacute; &eacute;tablie &agrave; l'origine plut&ocirc;t qu'au sens de la casuistique l&eacute;gale de l'Ancien Testament). Le &quot;p&eacute;ch&eacute;&quot; du corps peut seulement &ecirc;tre identifi&eacute; en consid&eacute;ration du rapport des personnes. On peut parler de bien ou de mal moral selon que ce rapport rend vraie cette &quot;unit&eacute; du corps&quot; et qu'il lui conf&egrave;re ou non le caract&egrave;re de signe v&eacute;ridique. Dans ce cas, nous pouvons donc juger l'adult&egrave;re comme p&eacute;ch&eacute; conform&eacute;ment &agrave; l'objectif contenu dans l'acte.<br /> C'est le contenu que le Christ a &agrave; l'esprit quand il rappelle, dans le Discours sur la Montagne: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re.&quot; Mais le Christ ne s'arr&ecirc;te pas &agrave; cette perspective du probl&egrave;me.</p> <p>- 27 ao&ucirc;t 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:19:17 +0000 Incarnare 84 at http://www.theologieducorps.fr TDC 038 - La signification de l'adultère transférée du corps au coeur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-038-la-signification-de-ladultere-transferee-du-corps-au-coeur <p> 1. Dans le Sermon sur la Montagne, le Christ se limite &agrave; rappeler le commandement: &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;, sans porter de jugement de valeur sur le comportement relatif de ses auditeurs, Ce que nous avons dit pr&eacute;c&eacute;demment sur ce sujet provient d'autres sources (en particulier du discours du Christ aux pharisiens o&ugrave; il se r&eacute;f&eacute;rait au &quot;commencement&quot;) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p0">Mc 10,6</a></i>. Dans le Sermon sur la Montagne, le Christ omet un tel jugement de valeur, ou plut&ocirc;t le pr&eacute;suppose. Ce qu'il dira dans la deuxi&egrave;me partie de l'&eacute;nonc&eacute;, qui commence par les mots: &quot;Mais moi je vous dis ...&quot; ce sera quelque chose de plus que dans la pol&eacute;mique avec les &quot;docteurs de la Loi&quot;, c'est-&agrave;-dire avec les moralistes de la Torah. Et ce sera aussi quelque chose de plus en ce qui concerne l'ethos de l'Ancien Testament. Ce sera un passage direct &agrave; l'ethos nouveau.<br /> Le Christ semble laisser de c&ocirc;t&eacute; toutes les disputes sur la signification &eacute;thique de l'adult&egrave;re au plan de la l&eacute;gislation et de la casuistique, o&ugrave; le rapport essentiel interpersonnel du mari et de la femme avait &eacute;t&eacute; notablement oblit&eacute;r&eacute; par le rapport objectif de propri&eacute;t&eacute; - et prenait une autre dimension. Le Christ d&eacute;clare: &quot;Et moi je vous dis: quiconque regarde une femme avec convoitise a d&eacute;j&agrave;, dans son coeur, commis l'adult&egrave;re avec elle.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Devant ce passage vient toujours &agrave; l'esprit l'ancienne traduction: &quot;l'a d&eacute;j&agrave; rendue adult&egrave;re dans son coeur&quot;, version qui, mieux peut-&ecirc;tre que le texte actuel, exprime le fait qu'il s'agit d'un pur acte int&eacute;rieur et unilat&eacute;ral. Ainsi donc, &quot;l'adult&egrave;re commis dans le coeur&quot; est, en un certain sens, oppos&eacute; &agrave; l'&quot;adult&egrave;re commis dans le corps&quot;.<br /> Nous devons nous interroger sur les raisons pour lesquelles se trouve d&eacute;plac&eacute; le point de gravit&eacute; du p&eacute;ch&eacute; et nous demander de plus quelle est la signification authentique de l'analogie: si en effet l'&quot;adult&egrave;re&quot;, selon sa signification fondamentale, peut &ecirc;tre seulement un &quot;p&eacute;ch&eacute; commis dans le corps&quot; dans quel sens ce que l'homme commet dans son coeur m&eacute;rite &eacute;galement d'&ecirc;tre appel&eacute; adult&egrave;re? Les mots par lesquels le Christ &eacute;tablit le fondement du nouvel ethos exigent de leur c&ocirc;t&eacute; un profond enracinement dans l'anthropologie. Avant de faire droit &agrave; ces requ&ecirc;tes, arr&ecirc;tons-nous quelque peu sur l'expression qui, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> effectue d'une certaine mani&egrave;re le transfert, ou mieux, le d&eacute;placement de la signification de l'adult&egrave;re du &quot;corps&quot; au &quot;coeur&quot;. Ce sont des mots qui concernent le d&eacute;sir.</p> <p> 2. Le Christ parle de la concupiscence: &quot;Quiconque regarde pour d&eacute;sirer&quot;. Pr&eacute;cis&eacute;ment cette expression exige une analyse particuli&egrave;re pour qu'on en comprenne la signification dans son int&eacute;gralit&eacute;. Il faut ici se reporter &agrave; l'analyse pr&eacute;c&eacute;dente qui visait, disais-je, &agrave; reconstruire l'image &quot;de l'homme de la concupiscence&quot; d&egrave;s le commencement de l'histoire <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i>. Cet homme dont parle le Christ dans le Sermon sur la Montagne - l'homme qui &quot;regarde pour d&eacute;sirer&quot; - est indubitablement un homme de concupiscence. Pour ce motif m&ecirc;me, parce qu'il participe &agrave; la concupiscence du corps, il d&eacute;sire et &quot;regarde pour d&eacute;sirer&quot;. L'image de l'homme de concupiscence, reconstruite dans la phase pr&eacute;c&eacute;dente, nous aidera maintenant &agrave; interpr&eacute;ter le &quot;d&eacute;sir&quot; dont parle le Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Il s'agit ici non seulement d'une interpr&eacute;tation psychologique, mais, en m&ecirc;me temps, d'une interpr&eacute;tation th&eacute;ologique. Le Christ parle dans le contexte de l'exp&eacute;rience humaine et, en m&ecirc;me temps, dans le contexte de l'oeuvre du salut. D'une certaine fa&ccedil;on, ces deux contextes se superposent et se comp&eacute;n&eacute;trent: et cela rev&ecirc;t une signification essentielle et constitutive pour tout l'ethos de l'Evangile, et en particulier pour le contenu du verbe d&eacute;sirer ou &quot;regarder pour d&eacute;sirer&quot;.</p> <p>3. En se servant de telles expressions, le Ma&icirc;tre, tout d'abord, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'exp&eacute;rience de ceux qui l'&eacute;coutaient directement et, par le fait m&ecirc;me, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'exp&eacute;rience et &agrave; la conscience de l'homme de tous les temps et de tous les lieux. Certes, le langage &eacute;vang&eacute;lique rev&ecirc;t une port&eacute;e universelle. Mais pour un auditeur direct, dont la conscience avait &eacute;t&eacute; form&eacute;e par la Bible, le &quot;d&eacute;sir devait se relier &agrave; de nombreux pr&eacute;ceptes et commandements, pr&eacute;sents surtout dans les livres de caract&egrave;re &quot;sapientiel&quot;, o&ugrave; apparaissaient de nombreux avertissements sur la concupiscence du corps et aussi des conseils sur la mani&egrave;re de s'en pr&eacute;server.</p> <p>4. Comme on le sait, la tradition sapientielle s'int&eacute;ressait particuli&egrave;rement &agrave; l'&eacute;thique et aux bonnes moeurs de la soci&eacute;t&eacute; isra&eacute;lite. Dans les avertissements et conseils figurant par exemple dans le Livre des Proverbes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#fj">Pr 5,3-6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#fv">Pr 5,15-20</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#gv">Pr 6,24-7,27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsg.htm#vg">Pr 22,14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsh.htm#a2y">Pr 30,20</a></i> ou du Siracide <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#ku">Si 7,19</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#kz">Si 7,24-26</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#lz">Si 9,1-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#x3">Si 23,22-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbz.htm#zp">Si 25,13-26</a></i> <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb0.htm#bc0">Si 36,21-25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb0.htm#bh5">Si 42,6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb0.htm#bh5">Si 42,6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb0.htm#bic">Si 42,9-14</a></i></p> <p>ou enfin de Qoh&eacute;leth <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gvl.htm#fj">Qo 7,26-28</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gvl.htm#gf">Qo 9,9</a></i>,<br /> ce qui nous frappe d&egrave;s l'abord, c'est un certain caract&egrave;re unilat&eacute;ral, dans la mesure o&ugrave; les avertissements s'adressent surtout aux hommes. Cela peut signifier qu'ils sont particuli&egrave;rement n&eacute;cessaires &agrave; ces derniers. Quant &agrave; la femme, il est vrai que, dans ces avertissements et ces conseils, elle appara&icirc;t plus fr&eacute;quemment comme une occasion de p&eacute;ch&eacute; ou m&ecirc;me comme une s&eacute;ductrice dont il convient de se garder. Il importe toutefois de reconna&icirc;tre que, aussi bien le Livre des Proverbes que le Livre du Siracide, en plus de l'avertissement de se garder de la femme et de la s&eacute;duction de sa fascination qui entra&icirc;nent l'homme au p&eacute;ch&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#fh">Pr 5,1-6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#gv">Pr 6,24-29</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbz.htm#a0e">Si 26,9-12</a></i> font &eacute;galement l'&eacute;loge de la femme qui est une &quot;parfaite&quot; compagne de vie pour son mari <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsh.htm#a3p">Pr 31,10</a></i> et s. et, par ailleurs, c&eacute;l&egrave;brent la beaut&eacute; et la gr&acirc;ce d'une bonne &eacute;pouse, qui sait rendre heureux son mari.<br /> Note - <i>C'est la gr&acirc;ce des gr&acirc;ces qu'une femme pudique, et rien qu'on puisse estimer davantage qu'une personne chaste. Semblable au soleil qui s'&eacute;l&egrave;ve dans les hauteurs du ciel est la beaut&eacute; d'une femme parfaite dans sa maison bien tenue. Comme la lampe qui brille sur le chandelier sacr&eacute;, tel appara&icirc;t un beau visage sur un corps bien plant&eacute;. Des colonnes d'or sur une base d'argent, ainsi de belles jambes sur des talons solides ... Le charme d'une femme fait la joie du mari et son savoir-faire assure son bien-&ecirc;tre. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbz.htm#a0k">Si 26,15-18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#o1">Si 13</a></i> i</i></p> <p> 5. Dans la tradition sapientielle un fr&eacute;quent avertissement contraste avec l'&eacute;loge ci-dessus de la femme- &eacute;pouse. Il a trait &agrave; la beaut&eacute; et &agrave; la gr&acirc;ce de la femme, qui n'est pas l'&eacute;pouse, et il est source de tentation et occasion d'adult&egrave;re: &quot;Ne d&eacute;sire pas sa beaut&eacute; en ton coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#gw">Pr 6,25</a></i> Dans le Siracide <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#lz">Si 9,1-9</a></i>, le m&ecirc;me avertissement est exprim&eacute; d'une mani&egrave;re plus p&eacute;remptoire: <i>&quot;D&eacute;tourne ton regard d'une jolie femme, n'attache pas tes regards sur une beaut&eacute; qui ne t'appartient pas. Beaucoup ont &eacute;t&eacute; &eacute;gar&eacute;s par la beaut&eacute; d'une femme, l'amour s'y allume comme un feu. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#ma">Si 9,8-9</a></i></i><br /> Les textes sapientiaux ont une signification principalement p&eacute;dagogique. Ils enseignent la vertu et s'efforcent de prot&eacute;ger l'ordre moral en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la loi de Dieu et &agrave; l'exp&eacute;rience largement comprise. En outre, ils se caract&eacute;risent par la particuli&egrave;re connaissance du &quot;coeur humain. Nous dirions qu'ils d&eacute;veloppent une psychologie morale sp&eacute;cifique sans tomber pour cela dans le psychologisme. En un certain sens, ils sont proches de cet appel du Christ au coeur, que Matthieu nous a transmis <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> encore qu'ils ne r&eacute;v&egrave;lent pas de tendance &agrave; transformer l'ethos de mani&egrave;re fondamentale. Les auteurs de ces livres utilisent la connaissance de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine pour enseigner plut&ocirc;t la morale dans le cadre de l'ethos historiquement en vigueur et confirm&eacute; substantiellement par eux. Il arrive que certains d'entre eux, par exemple Qoh&eacute;leth, synth&eacute;tisent une telle confirmation par leur propre &quot;philosophie&quot; de l'existence humaine. Mais cette philosophie, Si elle influe sur la fa&ccedil;on dont ils formulent les avertissements etles conseils, ne change pas fondamentalement les structures porteuses de l'&eacute;valuation &eacute;thique.</p> <p> 6. Pour une telle transformation de l'ethos, il faudra attendre le Sermon sur la Montagne. Il n'en reste pas moins que cette connaissance tr&egrave;s perspicace de la Psychologie humaine, pr&eacute;sente dans la tradition &quot;sapientielle&quot;, n'&eacute;tait certainement pas d&eacute;pourvue de signification pour la recherche de ceux qui &eacute;coutaient en personne et imm&eacute;diatement ce discours. Si, en vertu de la tradition proph&eacute;tique, ces auditeurs &eacute;taient en un certain sens pr&eacute;par&eacute;s &agrave; comprendre de mani&egrave;re ad&eacute;quate le concept d'&quot;adult&egrave;re&quot;, par ailleurs, en vertu de la tradition &quot;sapientielle&quot;, ils &eacute;taient pr&eacute;par&eacute;s &agrave; comprendre les paroles qui se r&eacute;f&egrave;rent au &quot;regard concupiscent&quot;, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;.<br /> Par la suite, il conviendra de nous livrer &agrave; l'analyse de la concupiscence dans le Sermon sur la Montagne.</p> <p>- 3 septembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:20:25 +0000 Incarnare 85 at http://www.theologieducorps.fr TDC 039 - Le regard exprime ce qui est dans le coeur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-039-regard-exprime-ce-est-dans-coeur <p><a name="1"></a>1. Nous r&eacute;fl&eacute;chissons sur les paroles suivantes de J&eacute;sus, tir&eacute;es du Discours sur la Montagne: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; (... &quot;l'a d&eacute;j&agrave; rendue adult&egrave;re dans son coeur.&quot;) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Le Christ prononce cette phrase devant des auditeurs qui, sur la base des livres de l'Ancien Testament, &eacute;taient, dans un certain sens, pr&eacute;par&eacute;s &agrave; comprendre la signification du regard qui na&icirc;t de la concupiscence. Mercredi dernier <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gkn.htm#bds">cf. 3/9/80</a> , nous nous sommes d&eacute;j&agrave; r&eacute;f&eacute;r&eacute;s aux textes tir&eacute;s des livres que l'on appelle les livres sapientiaux.<br /> Voici, par exemple, un autre passage dans lequel l'auteur biblique analyse l'&eacute;tat d'&acirc;me de l'homme domin&eacute; par la concupiscence de la chair: &quot;... Une passion qui flambe comme du feu - elle ne s'&eacute;teindra pas qu'elle ne soit consum&eacute;e - , l'homme qui livre &agrave; l'impuret&eacute; la chair de son corps: il n'aura de cesse que le feu ne le consume; &agrave; l'homme impudique, toute nourriture est douce, il ne se calmera qu'&agrave; sa mort. L'homme qui p&egrave;che sur sa propre couche et dit en son coeur: Qui me voit? L'ombre m'environne, les murs me prot&egrave;gent, personne ne me voit, que craindrais-je? Le Tr&egrave;s- Haut ne se souviendra pas de mes fautes.&quot; Ce qu'il craint, ce sont les yeux des hommes, il ne sait pas que les yeux du Seigneur sont dix mille fois plus lumineux que le soleil, qu'ils observent toutes les actions des hommes et p&eacute;n&egrave;trent dans les coins les plus secrets ... Il en est de m&ecirc;me de la femme infid&egrave;le &agrave; son mari qui lui apporte un h&eacute;ritier con&ccedil;u d'un &eacute;tranger.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17-19</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#x3">Si 23,22</a></i>.</p> <p><a name="2"></a> 2. De semblables descriptions ne manquent pas dans la litt&eacute;rature mondiale<br /> Note -<i>(cf. par exemple les Confessions de saint Augustin: &quot;Prisonnier, malade de la chair, je go&ucirc;tais de mortelles d&eacute;lices &agrave; tra&icirc;ner ma cha&icirc;ne. Je craignais qu'elle ne se bris&acirc;t et je repoussais les paroles de bon conseil qui heurtaient, pour ainsi dire, ma blessure, comme un bless&eacute; &eacute;carte la main d'un lib&eacute;rateur (...). Ce qui surtout me tourmentait violemment, c'&eacute;tait l'habitude d'assouvir l'insatiable concupiscence.&quot; (confessions, livre VI, chap. II, 21,22.) -- &quot;Mais je ne me reposais pas dans la jouissance de mon Dieu: j'&eacute;tais emport&eacute; vers vous par votre beaut&eacute; et bient&ocirc;t mon propre poids me tirait loin de vous et j'&eacute;tais pr&eacute;cipit&eacute;, tout g&eacute;missant, aux choses de la terre. Ce poids c'&eacute;tait mes habitudes charnelles.&quot; (Confessions, livre VI, chapitre XVII.) -- &quot;Tels &eacute;taient mon mal et ma torture. Je m'accusais moi-m&ecirc;me plus &acirc;prement que jamais, je me retournais et me d&eacute;battais dans ma cha&icirc;ne jusqu'&agrave; ce que je la brise tout enti&egrave;re. Elle ne me retenait qu'&agrave; peine, elle me retenait pourtant. Et vous me pressiez, Seigneur, dans le secret de mon &acirc;me et votre s&eacute;v&egrave;re mis&eacute;ricorde, redoublant ses coups, me frappait des fouets de la peur et de la honte, afin que je ne m'abandonnasse pas de nouveau, que fut bris&eacute;e ma mince et l&eacute;g&egrave;re cha&icirc;ne et qu'elle ne repr&icirc;t pas force pour m'enserrer plus &eacute;nergiquement.&quot; (Confessions, livre VIII, chap. XI.) -- Dante d&eacute;crit cette facture int&eacute;rieure et la consid&egrave;re comme porteuse de peine: Quand ils arrivent par- devant la ruine / L&agrave; grincements, pleurs, lamentations; / L&agrave; ils blasph&egrave;ment la Puissance divine. / J'entendis qu'&agrave; ce genre de tourment / Etaient vou&eacute;s tous les p&eacute;cheurs charnels, / Lesquels soumettent raison &agrave; convoitise. / comme &eacute;tourneaux par leurs ailes port&eacute;s, / Durant l'hiver, en troupe large et pleine, / Ainsi ce vent fait les esprits mauvais; / De &ccedil;&agrave;, de l&agrave;, en bas, en haut les m&egrave;ne; / Nulle esp&eacute;rance jamais ne les conforte, / Non de repos, mais d'une moindre peine.&quot; (Dante, Divine Com&eacute;die, l'Enfer V, 37-43.) -- Quant &agrave; Shakespeare, &quot;il a d&eacute;crit la satisfaction d'un tyrannique d&eacute;sir lascif comme quelque chose qu'il n'y a nulle raison de rechercher et, &agrave; peine obtenue, nulle raisons de d&eacute;tester &quot; (C.S. Lewis, The Four Loves, New York 1960, Harcourt, Brace, p. 28.)</i></p> <p>Certes, elles se distinguent, pour la plupart, par une plus p&eacute;n&eacute;trante perspicacit&eacute; dans l'analyse psychologique, par une intensit&eacute; plus suggestive et une plus grande force d'expression. Toutefois, il existe dans la description biblique du <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17-22</a></i> quelques &eacute;l&eacute;ments qui peuvent &ecirc;tre tenus pour &quot;classiques&quot; dans l'analyse de la concupiscence charnelle. C'est, par exemple, la comparaison entre la concupiscence de la chair et le feu: celui-ci, faisant rage dans l'homme, envahit le corps, y implique les sentiments et, dans un certain sens, prend possession du &quot;coeur&quot;. Une telle passion, engendr&eacute;e par la convoitise de la chair, &eacute;touffe dans le &quot;coeur&quot; la voix plus profonde de la conscience, le sens de responsabilit&eacute; devant Dieu; c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cela que met en &eacute;vidence le texte biblique pr&eacute;cit&eacute;. D'autre part, la pudeur ext&eacute;rieure &agrave; l'&eacute;gard des hommes persiste, ou plus exactement un semblant de pudeur qui se manifeste comme crainte des cons&eacute;quences plut&ocirc;t que comme peur du mal en soi. En &eacute;touffant la voix de la conscience, la passion entra&icirc;ne l'inqui&eacute;tude du corps et des sens: c'est l'inqui&eacute;tude de &quot;l'homme ext&eacute;rieur&quot;. Quand elle a r&eacute;duit l'homme int&eacute;rieur au silence et conquis pour ainsi dire sa libert&eacute; d'action, la passion se manifeste comme une insistante tendance &agrave; satisfaire les sens et le corps.<br /> Comme le croit l'homme que domine la passion, cet apaisement devrait &eacute;teindre le feu; au contraire, il n'atteint pas les sources de la paix int&eacute;rieure et il se limite &agrave; effleurer le niveau superficiel de l'individu humain. Et ici l'auteur biblique constate justement que l'homme dont la volont&eacute; est tendue &agrave; satisfaire les sens, ne trouve aucune qui&eacute;tude ne se retrouve pas lui-m&ecirc;me: au contraire, &quot;il se consume&quot;. La passion vise &agrave; la satisfaction; c'est pourquoi elle &eacute;mousse la facult&eacute; de r&eacute;fl&eacute;chir et se soustrait &agrave; la voix de la conscience; ainsi, n'ayant en soi aucun principe d'indestructibilit&eacute; &quot;elle s'use&quot;. Soumise naturellement &agrave; la dynamique de l'usure, elle tend &agrave; s'&eacute;puiser. Il est vrai que l&agrave; o&ugrave; elle est ins&eacute;r&eacute;e dans l'ensemble des &eacute;nergies les plus profondes de l'esprit, la passion peut aussi devenir une force cr&eacute;atrice; en ce cas, il faut toutefois qu'elle subisse une transformation radicale. Si, par contre, elle &eacute;touffe les forces les plus profondes du coeur et de la conscience (comme cela se voit dans le passage du <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17-22</a></i>), &quot;elle se consume&quot; et, de mani&egrave;re indirecte, l'homme qui en est la proie se consume &eacute;galement.</p> <p><a name="3"></a> 3. Quand, dans le Discours sur la Montagne, le Christ parle de l'homme qui &quot;d&eacute;sire&quot;, qui &quot;regarde avec d&eacute;sir&quot;, on peut pr&eacute;sumer qu'il a &eacute;galement sous les yeux les images que ses auditeurs connaissent par la tradition &quot;sapientiale&quot;. En m&ecirc;me temps, toutefois, il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; chaque homme qui, sur la base de sa propre exp&eacute;rience intime, sait ce que veut dire &quot;d&eacute;sirer&quot;, &quot;regarder avec d&eacute;sir&quot;. Cette exp&eacute;rience, le Ma&icirc;tre ne l'analyse ni ne la d&eacute;crit comme l'avait fait, par exemple, le <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17-22</a></i>; il semble supposer, dirais-je, une connaissance suffisante de ce fait int&eacute;rieur sur lequel il attire l'attention des auditeurs, pr&eacute;sents ou potentiels. Est-il possible que l'un ou l'autre de ceux-ci ne sache pas de quoi il s'agit? Si vraiment il n'en savait rien, le contenu des paroles du Christ ne le concernerait pas et il n'est pas d'analyse ni de description capables de le lui expliquer. Si, par contre, il le sait - il s'ag&icirc;t, en effet, dans ce cas d'une science tout &agrave; fait int&eacute;rieure, appartenant au coeur et &agrave; la conscience - , il comprendra aussit&ocirc;t quand ces paroles se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; lui.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Le Christ, donc, n'analyse ni ne d&eacute;crit ce qui constitue l'exp&eacute;rience du &quot;d&eacute;sir&quot;, l'exp&eacute;rience de la concupiscence de la chair. On a m&ecirc;me l'impression qu'il ne pousse pas cette exp&eacute;rience dans toute l'ampleur de son dynamisme int&eacute;rieur, comme c'est le cas, par exemple, dans le texte du Siracide: il semble plut&ocirc;t s'arr&ecirc;ter au seuil. Le &quot;d&eacute;sir&quot; ne s'est pas encore transform&eacute; en action ext&eacute;rieure, il n'est pas encore devenu &quot;acte du corps&quot;; il est jusqu'&agrave; pr&eacute;sent l'acte int&eacute;rieur du coeur: il s'exprime dans le regard, dans la fa&ccedil;on de &quot;regarder la femme&quot;. Toutefois, il le laisse d&eacute;j&agrave; comprendre, il d&eacute;voile son contenu et sa qualit&eacute; essentiels.<br /> Il faut que nous proc&eacute;dions maintenant &agrave; une telle analyse. Le regard exprime ce qui est dans le coeur. Le regard exprime, dirais-je, l'homme tout entier. Si l'on consid&egrave;re g&eacute;n&eacute;ralement que l'homme &quot;agit conform&eacute;ment &agrave; ce qu'il est&quot; (operari sequitur esse), le Christ veut mettre en &eacute;vidence, dans ce cas, que l'homme regarde conform&eacute;ment &agrave; ce qu'il est: intueri sequitur esse. Dans un certain sens, par le regard, l'homme se r&eacute;v&egrave;le &agrave; l'ext&eacute;rieur et aux autres: il r&eacute;v&egrave;le surtout ce qu'il per&ccedil;oit &agrave; &quot;l'int&eacute;rieurs&quot;.<br /> Note - <i>(L'analyse philologique confirme la signification de l'expression ho bl&eacute;pon (&quot;le regardant&quot; ou &quot;quiconque regardant&quot;: Mt 5,28 ). Si bl&eacute;po de Mt 5,28 a la valeur de perception interne, &eacute;quivalent a &quot;je pense, je fixe l'attention, je prends soin&quot;, plus s&eacute;v&egrave;re et plus &eacute;lev&eacute; se r&eacute;v&egrave;le l'enseignement &eacute;vang&eacute;lique &agrave; l'&eacute;gard des relations &quot;Interpersonnelles&quot; des disciples du Christ. - &quot;D'apr&egrave;s J&eacute;sus, un regard luxurieux pour faire devenir adult&egrave;re une personne n'est m&ecirc;me pas n&eacute;cessaire. il suffit aussi d'une pens&eacute;e du coeur.&quot; (M. Adinolfi, &quot;Le d&eacute;sir de la femme dans Mt 5,28&quot; dans Fondamenti biblici della theologia morale. Atti della XII Settimana Biblica Italiana, Brescia 1973, Padeia, p. 279.)</i>.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Le Christ enseigne donc qu'il consid&egrave;re le regard comme le seuil de la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure de l'&ecirc;tre. D&eacute;j&agrave; dans le regard, &quot;dans la fa&ccedil;on de regarder&quot;, on peut d&eacute;terminer pleinement ce qu'est la concupiscence. Cherchons &agrave; l'expliquer. &quot;D&eacute;sirer&quot;, &quot;regarder avec d&eacute;sir&quot; indique une exp&eacute;rience de la valeur du corps dont la signification sponsale cesse d'&ecirc;tre telle en raison m&ecirc;me de la concupiscence. Sa signification procr&eacute;atrice, dont nous avons parl&eacute; lors de nos pr&eacute;c&eacute;dentes consid&eacute;rations, cesse &eacute;galement; quand elle concerne l'union conjugale de l'homme et de la femme, cette signification est enracin&eacute;e dans la signification conjugale du corps et elle en &eacute;merge de mani&egrave;re quasi organique. Or, l'homme, &quot;en d&eacute;sirant&quot;, &quot;en regardant pour d&eacute;sirer&quot; (comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>), exp&eacute;rimente de fa&ccedil;on plus ou moins explicite l'&eacute;loignement de cette signification du corps qui (comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; observ&eacute; dans nos r&eacute;flexions) est &agrave; la base de la communion des personnes: aussi bien en dehors du mariage que - de mani&egrave;re particuli&egrave;re - lorsque l'homme et la femme sont appel&eacute;s &agrave; construire l'union &quot;dans le corps&quot;, comme le proclame l'&quot;&eacute;vangile de l'origine&quot; dans le texte classique de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. L exp&eacute;rience de la signification sponsale du corps est subordonn&eacute;e particuli&egrave;rement &agrave; l'appel sacramentel, mais ne se limite pas &agrave; celui-ci. Cette signification qualifie la libert&eacute; du don qui - comme nous le verrons avec plus de pr&eacute;cision dans nos prochaines analyses - peut se r&eacute;aliser non seulement dans le mariage, mais aussi de mani&egrave;re diff&eacute;rente.<br /> Le Christ dit: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer (c'est-&agrave;-dire qui la regarde avec concupiscence) a d&eacute;j&agrave; commis, dans son coeur, l'adult&egrave;re avec elle.&quot; (&quot;... l'a d&eacute;j&agrave; rendue adult&egrave;re dans son coeur&quot;.) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Ne veut-il pas dire ainsi, pr&eacute;cis&eacute;ment, que la concupiscence - comme l'adult&egrave;re - est un d&eacute;tachement int&eacute;rieur de la signification conjugale du corps? Ne veut-il pas renvoyer ses interlocuteurs &agrave; leurs exp&eacute;riences int&eacute;rieures de ce d&eacute;tachement? N'est-ce pas pour cela qu'il le d&eacute;finit &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;?</p> <p>- 10&nbsp;septembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:21:34 +0000 Incarnare 86 at http://www.theologieducorps.fr TDC 040 - L'adultère commis dans le coeur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-040-ladultere-commis-dans-coeur <p>1. Durant notre derni&egrave;re r&eacute;flexion, nous nous sommes demand&eacute; ce qu'&eacute;tait le &quot;d&eacute;sir&quot; dont parlait le Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Nous nous rappelons qu'il en parlait &agrave; propos du commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; &quot;D&eacute;sirer&quot; (de mani&egrave;re plus pr&eacute;cise: &quot;regarder pour d&eacute;sirer&quot; se trouve d&eacute;fini comme &quot;un adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;. Cela donne beaucoup &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir. Dans les r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes, nous avons dit que le Christ, en s'exprimant de cette mani&egrave;re, voulait indiquer &agrave; ses auditeurs l'&eacute;loignement de la signification sponsale du corps tel qu'il &eacute;tait exp&eacute;riment&eacute; par l'&ecirc;tre humain (dans le cas pr&eacute;cis, par l'homme) lorsqu'il c&eacute;dait &agrave; la convoitise de la chair par l'acte int&eacute;rieur du &quot;d&eacute;sir&quot;. L'&eacute;loignement de la signification sponsale du corps comporte en m&ecirc;me temps un conflit avec sa dignit&eacute; de personne: un authentique conflit de conscience. De ceci, il ressort que la signification biblique (et donc th&eacute;ologique &eacute;galement) du &quot;d&eacute;sir&quot; est diff&eacute;rente de la signification purement psychologique. La psychologie d&eacute;crira le &quot;d&eacute;sir&quot; comme une intense orientation vers l'objet &agrave; cause de sa valeur particuli&egrave;re: dans le cas consid&eacute;r&eacute;, &agrave; cause de sa valeur &quot;sexuelle&quot;. A ce qu'il semble, nous trouverions cette d&eacute;finition dans la plus grande partie des ouvrages consacr&eacute;s &agrave; ce genre de th&egrave;mes. Sans sous-&eacute;valuer l'aspect psychologique, la description biblique met cependant surtout en relief l'aspect &eacute;thique, &eacute;tant donn&eacute; qu'il y a une valeur qui se trouve l&eacute;s&eacute;e. Le &quot;d&eacute;sir&quot; est, dirais-je, la duperie du coeur humain &agrave; l'&eacute;gard de l'&eacute;ternelle vocation de l'homme et de la femme &agrave; la communion &agrave; travers un don r&eacute;ciproque, une vocation qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation. Ainsi donc, lorsque le Christ se r&eacute;f&egrave;re &quot;au coeur&quot; ou &agrave; l'homme int&eacute;rieur dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> ses paroles ne cessent d'&ecirc;tre empreintes de cette v&eacute;rit&eacute; sur l'&quot;origine&quot; &agrave; laquelle, dans sa r&eacute;ponse aux Pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>, il avait ramen&eacute; tout le probl&egrave;me de l'homme, de la femme et du mariage.De</p> <p>2. L'&eacute;ternelle vocation dont nous avons cherch&eacute; &agrave; faire l'analyse en suivant le Livre de la Gen&egrave;se (surtout <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> et, dans un certain sens, l'attirance &eacute;ternelle et r&eacute;ciproque de l'homme vers la f&eacute;minit&eacute; et de la femme vers la masculinit&eacute;, sont une invitation faite &agrave; travers le corps et non &agrave; travers le d&eacute;sir au sens des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Le &quot;d&eacute;sir&quot;, comme r&eacute;alisation de la concupiscence de la chair (&eacute;galement et surtout dans l'acte purement int&eacute;rieur), amoindrit la signification de ce qu'&eacute;taient - et que, substantiellement, ne cessent d'&ecirc;tre - cette invitation et cette attirance r&eacute;ciproque. L'&eacute;ternel &quot;f&eacute;minin&quot; (das ewig weibliche), comme du reste l'&eacute;ternel masculin, m&ecirc;me sur le plan de l'historicit&eacute;, tend &agrave; se lib&eacute;rer de la pure concupiscence et cherche &agrave; s'affirmer au niveau propre des personnes. Cette honte originelle dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i> en donne un t&eacute;moignage. La dimension de l'intentionnalit&eacute; des pens&eacute;es et des coeurs constitue un des principaux courants de la culture humaine universelle. Les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne confirment pr&eacute;cis&eacute;ment cette dimension.</p> <p>3. N&eacute;anmoins, ces paroles expriment clairement que le &quot;d&eacute;sir&quot; fait partie de la r&eacute;alit&eacute; du coeur humain. Lorsque nous affirmons que le&quot;d&eacute;sir&quot; repr&eacute;sente une &quot;r&eacute;duction&quot; par rapport &agrave; l'attirance originelle et r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, nous avons &agrave; l'esprit une &quot;r&eacute;duction&quot; intentionnelle, presque une limitation ou une fermeture de l'horizon de l'esprit et du coeur. C'est une chose, en effet, que d'avoir conscience que la valeur du sexe fait partie de toute la richesse des valeurs avec laquelle l'&ecirc;tre f&eacute;minin appara&icirc;t &agrave; l'&ecirc;tre masculin. C'est une autre chose de &quot;r&eacute;duire&quot; toute la richesse personnelle de la f&eacute;minit&eacute; &agrave; cette unique valeur, c'est-&agrave;-dire au sexe comme objet convenant &agrave; la satisfaction de sa propre sexualit&eacute;. On peut faire le m&ecirc;me raisonnement, au sujet de ce qu'est la masculinit&eacute; pour la femme, bien que les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> ne se r&eacute;f&egrave;rent directement qu'&agrave; l'autre relation. Comme on le voit, la &quot;r&eacute;duction&quot; intentionnelle est surtout de nature axiologique. D'une part, l'&eacute;ternelle attirance de l'homme vers la f&eacute;minit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i> lib&egrave;re en lui - ou peut- &ecirc;tre devrait lib&eacute;rer en lui - une gamme de d&eacute;sirs spirituels et charnels de nature surtout personnelle et &quot;de communion&quot; (cf. l'analyse de l'&quot;origine&quot;) auxquels correspond une hi&eacute;rarchie proportionnelle de valeurs. D'autre part, le &quot;d&eacute;sir&quot; limite cette gamme en d&eacute;naturant la hi&eacute;rarchie des valeurs impliqu&eacute;e dans l'&eacute;ternelle attirance de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>4. Le d&eacute;sir fait qu'&agrave; l'int&eacute;rieur, c'est-&agrave;-dire dans le &quot;coeur&quot;, &agrave; l'horizon int&eacute;rieur de l'homme et de la femme, la signification du corps qui est propre &agrave; la personne, se d&eacute;nature. La f&eacute;minit&eacute; cesse ainsi d'&ecirc;tre surtout sujet pour la masculinit&eacute;; elle cesse d'&ecirc;tre un langage sp&eacute;cifique de l'esprit; elle perd son caract&egrave;re de signe. Elle cesse, dirais-je, de porter en elle l'&eacute;tonnante signification sponsale du corps. Elle cesse d'avoir sa place dans le contexte de la conscience et de l'exp&eacute;rience de cette signification. A partir du moment o&ugrave; il existe &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme - dans son &quot;coeur&quot; - le &quot;d&eacute;sir&quot; qui na&icirc;t de la convoitise de la chair passe, dans un certain sens, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ce contexte <i>(On pourrait dire d'une mani&egrave;re imag&eacute;e qu'il passe sur les ruines de la signification sponsale du corps et de toutes ses composantes subjectives)</i> et qu'il tend, directement, en vertu de sa propre intentionnalit&eacute; axiologique, vers une fin exclusive: satisfaire seulement le besoin sexuel du corps, comme objet propre.</p> <p>5. Cette r&eacute;duction intentionnelle et axiologique peut d&eacute;j&agrave; se v&eacute;rifier, selon les paroles du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, dans le cadre du &quot;regard&quot; (du &quot;regarder&quot;) ou plut&ocirc;t dans le cadre d'un acte purement int&eacute;rieur exprim&eacute; par le regard. Le regard (ou plut&ocirc;t l'acte de &quot;regarder&quot;) est en lui-m&ecirc;me un acte cognitif. Lorsque la concupiscence entre dans sa structure int&eacute;rieure, le regard prend un caract&egrave;re de &quot;connaissance pleine de d&eacute;sir&quot;. L'expression biblique &quot;regarder pour d&eacute;sirer&quot; peut indiquer soit un acte de la connaissance dont &quot;se sert&quot; l'homme qui d&eacute;sire (c'est-&agrave;-dire le caract&egrave;re propre du d&eacute;sir tendu vers un objet), soit un acte de la connaissance qui suscite le d&eacute;sir dans l'autre sujet et surtout dans sa volont&eacute; et dans son &quot;coeur&quot;. Comme on le voit, il est possible d'attribuer une interpr&eacute;tation intentionnelle &agrave; un acte int&eacute;rieur, en ayant pr&eacute;sent &agrave; l'esprit l'un et l'autre p&ocirc;le de la psychologie de l'homme: la connaissance ou le d&eacute;sir entendu comme appetitus. (L'appetitus est quelque chose de plus vaste que le &quot;d&eacute;sir&quot;, car il montre tout ce qui se manifeste dans le sujet comme &quot;aspiration&quot; et, comme tel, il s'oriente toujours vers une fin, c'est-&agrave;-dire vers un objet connu sous l'aspect de la valeur.) Cependant, une interpr&eacute;tation ad&eacute;quate des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, demande qu'&agrave; travers l'intentionnalit&eacute; propre de la connaissance ou de l'&quot;appetitus&quot;, nous percevions quelque chose de plus, c'est-&agrave;-dire l'intentionnalit&eacute; de l'existence m&ecirc;me de l'&ecirc;tre humain par rapport &agrave; l'autre &ecirc;tre humain. Dans notre cas, de l'homme par rapport &agrave; la femme et de la femme par rapport &agrave; l'homme. Il faudra que nous revenions sur ce sujet. Pour conclure notre r&eacute;flexion de ce jour, il faut encore ajouter que dans ce &quot;d&eacute;sir&quot;, dans &quot;le fait de regarder pour d&eacute;sirer&quot; dont parle le Discours sur la Montagne, la femme que l'homme &quot;regarde&quot; ainsi cesse d'exister comme sujet de l'&eacute;ternelle attirance et commence &agrave; n'&ecirc;tre qu'un objet de concupiscence charnelle. A cela est li&eacute;e la profonde s&eacute;paration interne de la signification sponsale du corps dont nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute; dans la pr&eacute;c&eacute;dente r&eacute;flexion.femme</p> <p>- 17 septembre 1980</p> Wed, 23 Sep 2009 14:13:19 +0000 Incarnare 198 at http://www.theologieducorps.fr TDC 041 - La concupiscence et les rapports entre l'homme et la femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-041-la-concupiscence-rapports-entre-lhomme-la-femme <p> 1. Dans le Discours sur la Montagne, le Christ dit: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Depuis quelque temps, nous cherchons &agrave; p&eacute;n&eacute;trer la signification de cet &eacute;nonc&eacute;, en en analysant chaque composante pour mieux comprendre l'ensemble du texte.<br /> Lorsque le Christ parle de l'homme qui &quot;regarde pour d&eacute;sirer&quot;, il ne montre pas seulement la dimension de l'intentionnalit&eacute; du &quot;regard&quot;, donc de la connaissance concupiscente, la dimension &quot;psychologique&quot;, mais il montre la dimension de l'intentionnalit&eacute; de l'existence m&ecirc;me de l'homme. Il montre ce qu' &quot;est&quot; ou, plut&ocirc;t, ce que &quot;devient&quot;, pour l'homme, la femme qu'il &quot;regarde avec concupiscence&quot; . Dans ce cas, l'intentionnalit&eacute; de la connaissance d&eacute;termine et d&eacute;finit l'intentionnalit&eacute; m&ecirc;me de l'existence. Dans la situation d&eacute;crite par le Christ, cette dimension va unilat&eacute;ralement de l'homme, qui est sujet, vers la femme, qui est devenue objet (mais cela ne veut pas dire que cette dimension soit seulement unilat&eacute;rale). Pour le moment, ne renversons pas la situation analys&eacute;e et ne l'&eacute;tendons pas aux deux parties, aux deux sujets. Arr&ecirc;tons-nous &agrave; la situation d&eacute;crite par le Christ, en soulignant qu'il s'agit d'un acte &quot;purement int&eacute;rieur&quot; cach&eacute; dans le coeur et arr&ecirc;t&eacute; au seuil du regard.<br /> Il suffit de constater que, dans ce cas, la femme qui, en raison de sa subjectivit&eacute; personnelle, existe &eacute;ternellement &quot;pour l'homme&quot; en attendant que lui aussi, pour la m&ecirc;me raison, existe &quot;pour elle&quot;, reste priv&eacute;e de la signification de son attirance comme personne. Cette attirance qui est, pourtant, propre &agrave; l'&quot;&eacute;ternel f&eacute;minin&quot;, devient en m&ecirc;me temps et seulement un objet pour l'homme: elle commence &agrave; exister intentionnellement comme objet de satisfaction potentielle du besoin sexuel qui est inh&eacute;rent &agrave; sa masculinit&eacute;. Bien que l'acte soit tout &agrave; fait int&eacute;rieur, cach&eacute; dans le &quot;coeur&quot; et exprim&eacute; seulement par le &quot;regard&quot;, il y a d&eacute;j&agrave; en lui un changement (subjectivement unilat&eacute;ral) de l'intentionnalit&eacute; m&ecirc;me de l'existence. S'il n'en &eacute;tait pas ainsi, s'il ne s'agissait pas d'un changement aussi profond, les paroles suivantes de la m&ecirc;me phrase: &quot;Il a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>, n'auraient pas de sens.</p> <p> 2. Ce changement de l'intentionnalit&eacute; de l'existence &agrave; travers lequel une certaine femme commence &agrave; exister pour un certain homme, non pas comme sujet d'un appel et d'une attirance personnelle ou comme sujet de &quot;communion&quot; mais exclusivement comme objet d'une satisfaction potentielle du besoin sexuel, se r&eacute;alise dans le &quot;coeur&quot; parce qu'il est r&eacute;alis&eacute; dans la volont&eacute;. La m&ecirc;me intentionnalit&eacute; cognitive ne veut pas encore dire asservissement du &quot;coeur&quot;. C'est seulement lorsque la r&eacute;duction de l'intention, illustr&eacute;e pr&eacute;c&eacute;demment, entra&icirc;ne la volont&eacute; dans son horizon restreint, lorsqu'il en suscite la d&eacute;cision d'une relation avec un autre &ecirc;tre humain (dans notre cas, avec la femme) selon l'&eacute;chelle des valeurs propre &agrave; la &quot;concupiscence&quot;, que l'on peut dire que le &quot;d&eacute;sir&quot; s'est empar&eacute; du &quot;coeur&quot;. C'est seulement lorsque la &quot;concupiscence&quot; s'est empar&eacute;e de la volont&eacute; qu'il est possible de dire qu'elle domine la subjectivit&eacute; de la personne et qu'elle est &agrave; la base de la volont&eacute; et de la possibilit&eacute; du choix et de la d&eacute;cision &agrave; travers lesquels - en vertu de l'autod&eacute;cision ou de l'autod&eacute;termination - se trouve &eacute;tabli le mode m&ecirc;me d'existence &agrave; l'&eacute;gard d'une autre personne. L'intentionnalit&eacute; d'une pareille existence acquiert alors une pleine dimension subjective.</p> <p> 3. C'est seulement alors - c'est-&agrave;-dire &agrave; partir de ce moment subjectif et dans son prolongement subjectif - qu'il est possible de confirmer ce que nous avons lu, par exemple dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17-22</a></i>, au sujet de l'homme domin&eacute; par la concupiscence et que nous lisons dans des descriptions encore plus &eacute;loquentes dans la litt&eacute;rature mondiale. Nous pouvons alors parler &eacute;galement de cette &quot;contrainte&quot; plus ou moins compl&egrave;te qui, ailleurs, est appel&eacute;e &quot;contrainte du corps&quot; et qui porte avec elle la perte de la &quot;libert&eacute; du don&quot; connaturelle &agrave; la profonde conscience de la signification sponsale du corps dont nous avons &eacute;galement parl&eacute; dans les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes.</p> <p> 4. Quand nous parlons du &quot;d&eacute;sir&quot; comme transformation de l'intentionnalit&eacute; d'une existence concr&egrave;te, par exemple de l'homme pour qui (selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>) une certaine femme devient seulement un objet de satisfaction potentielle du &quot;besoin sexuel&quot; inh&eacute;rent &agrave; sa masculinit&eacute;, il ne s'agit en aucune mani&egrave;re de mettre en question ce besoin, cette dimension objective de la nature humaine avec la finalit&eacute; procr&eacute;atrice qui lui est propre. Les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne (dans tout son vaste contexte) comme la tradition chr&eacute;tienne authentique, sont loin du manich&eacute;isme. Dans ce cas, des objections de ce type ne peuvent donc pas surgir. Il s'agit au contraire du mode d'existence de l'homme et de la femme comme personnes ou, plut&ocirc;t, de cette existence dans un &quot;par&quot; r&eacute;ciproque qui - &eacute;galement sur la base de ce qui est d&eacute;fini comme &quot;besoin sexuel&quot; selon la dimension objective de la nature humaine - peut et doit servir &agrave; la construction de l'unit&eacute; &quot;de communion&quot; dans leurs rapports r&eacute;ciproques. Telle est, en effet, la signification fondamentale de l'attirance &eacute;ternelle et r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; contenues dans la r&eacute;alit&eacute; m&ecirc;me de la constitution de l'&ecirc;tre humain comme personne, &agrave; la fois corps et sexe.</p> <p> 5. A l'union ou &quot;communion&quot; personnelle &agrave; laquelle l'homme et la femme sont r&eacute;ciproquement appel&eacute;s &quot;depuis l'origine&quot;, ne correspond pas - elle est au contraire en opposition - l'&eacute;ventuelle circonstance qu'une des deux personnes existe seulement comme sujet de satisfaction du besoin sexuel et que l'autre devienne exclusivement l'objet de cette satisfaction. En outre, le cas o&ugrave; les deux, l'homme et la femme, existeraient comme objet de satisfaction du besoin sexuel et que chacune des parties soit seulement sujet de cette satisfaction ne correspond pas &agrave; cette unit&eacute; de &quot;communion&quot;; il s'y oppose au contraire. Cette &quot;r&eacute;duction&quot; d'un si riche contenu de l'attirance &eacute;ternelle et r&eacute;ciproque des personnes humaines, dans leur masculinit&eacute; et dans leur f&eacute;minit&eacute;, ne correspond pas pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la &quot;nature&quot; de l'attirance en question. En effet, cette &quot;r&eacute;duction&quot; &eacute;touffe la signification personnelle et &quot;de communion&quot; qui est propre &agrave; l'homme et &agrave; la femme et &agrave; travers laquelle, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, &quot;l'homme... s'unira &agrave; sa femme et les deux ne seront qu'une seule chair&quot;. La &quot;concupiscence&quot; &eacute;carte la dimension intentionnelle de l'existence r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme des perspectives personnelles et &quot;de communion&quot; qui sont caract&eacute;ristiques de leur attirance &eacute;ternelle et r&eacute;ciproque, en la r&eacute;duisant et, pour ainsi dire, en la poussant vers des dimensions utilitaristes dans le cadre duquel l'&ecirc;tre humain &quot;se sert&quot; de l'autre &ecirc;tre humain, en &quot;l'utilisant&quot; seulement pour satisfaire ses propres &quot;besoins&quot;.</p> <p>6. Il semble que l'on puisse pr&eacute;cis&eacute;ment retrouver ce contenu, charg&eacute; d'exp&eacute;rience int&eacute;rieure humaine propre &agrave; des &eacute;poques et &agrave; des milieux diff&eacute;rents, dans la courte affirmation du Christ dans le Discours sur la Montagne. En m&ecirc;me temps, on ne peut en aucun cas perdre de vue la signification que cette affirmation attribue &agrave; l'&quot;int&eacute;riorit&eacute;&quot; de l'homme, &agrave; la dimension int&eacute;grale du &quot;coeur&quot; comme dimension de l'homme int&eacute;rieur. Ici se trouve le noyau m&ecirc;me de la transformation de l'ethos vers laquelle tendent les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> qui sont exprim&eacute;es avec une force puissante et, en m&ecirc;me temps, avec une admirable simplicit&eacute;.</p> <p>- 24&nbsp;septembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:23:16 +0000 Incarnare 87 at http://www.theologieducorps.fr TDC 042 - La signification de l'"adultère dans le coeur" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-042-la-signification-de-ladultere-dans-coeur <p> 1. Dans notre analyse, nous sommes arriv&eacute;s &agrave; la troisi&egrave;me partie de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. La premi&egrave;re partie &eacute;tait: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;. La seconde: &quot;Mais moi je vous dis, quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot;, est grammaticalement li&eacute;e &agrave; la troisi&egrave;me: &quot;A d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot;<br /> La m&eacute;thode qui est ici appliqu&eacute;e et qui consiste &agrave; diviser, &agrave; &quot;d&eacute;couper&quot; l'&eacute;nonc&eacute; du christ en une succession de trois parties, peut sembler artificielle. Cependant, lorsque nous cherchons le sens &eacute;thique de l'&eacute;nonc&eacute; tout entier, dans sa globalit&eacute;, la division du texte que nous avons faite peut &ecirc;tre utile &agrave; condition qu'elle ne soit pas seulement appliqu&eacute;e de mani&egrave;re disjonctive mais aussi conjonctive. C'est ce que nous entendons faire. Chacune des parties distinctes a un contenu qui lui est propre et des connotations qui lui sont sp&eacute;cifiques et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce que nous voulons mettre en relief par la division du texte. Mais, en m&ecirc;me temps, il faut indiquer que chacune des parties s'explique dans le rapport direct avec les autres. Ceci se rapporte en premier lieu aux principaux &eacute;l&eacute;ments s&eacute;mantiques gr&acirc;ce auxquels l'&eacute;nonc&eacute; constitue un ensemble. Voici ces &eacute;l&eacute;ments: commettre l'adult&egrave;re, d&eacute;sirer, commettre l'adult&egrave;re dans le corps, commettre l'adult&egrave;re dans le coeur. Il serait particuli&egrave;rement difficile d'&eacute;tablir le sens &eacute;thique de &quot;d&eacute;sirer&quot; sans l'&eacute;l&eacute;ment qui est indiqu&eacute; ici &agrave; la fin c'est- &agrave;-dire l' &quot;adult&egrave;re dans le coeur&quot;. L'analyse pr&eacute;c&eacute;dente a d&eacute;j&agrave;, dans une certaine mesure, pris cet &eacute;l&eacute;ment en consid&eacute;ration. Cependant, une compr&eacute;hension plus totale de la composante: &quot;Commettre l'adult&egrave;re dans le coeur&quot; n'est possible qu'apr&egrave;s une analyse appropri&eacute;e.</p> <p> 2. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; fait remarquer au d&eacute;but, il s'agit ici d'&eacute;tablir le sens &eacute;thique. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, l'&eacute;nonc&eacute; du Christ part du commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; pour montrer comment il faut le comprendre et le mettre en pratique pour qu'abonde en lui la &quot;justice&quot; que Dieu a voulue comme l&eacute;gislateur et que celle-ci apparaisse comme sup&eacute;rieure &agrave; ce qui ressort de l'interpr&eacute;tation et de la casuistique des docteurs de l'Ancien Testament. Si les paroles du Christ tendent, en ce sens, &agrave; construire le nouvel ethos (et sur la base m&ecirc;me du commandement), le chemin qui y m&egrave;ne passe par la red&eacute;couverte des valeurs qui - dans la compr&eacute;hension g&eacute;n&eacute;rale de l'Ancien Testament et dans l'application de ce commandement - ont &eacute;t&eacute; perdues.</p> <p> 3. De ce point de vue, la formulation du texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> est &eacute;galement significative. Le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; est formul&eacute; comme une interdiction qui exclut de mani&egrave;re cat&eacute;gorique un mal moral d&eacute;termin&eacute;. On sait que la m&ecirc;me Loi (D&eacute;calogue), en plus de l'interdiction: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, comporte &eacute;galement l'interdiction: &quot;Tu ne d&eacute;sireras pas la femme de ton prochain&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0c.htm#vs">Ex 20,14-17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev1.htm#in">Dt 5,18-21</a></i> Le Christ ne rend pas vaine une interdiction par rapport &agrave; l'autre. Bien qu'il parle du &quot;d&eacute;sir&quot;, il tend &agrave; une clarification plus profonde de l'&quot;adult&egrave;re&quot;. Il est significatif qu'apr&egrave;s avoir cit&eacute; l'interdiction &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;, qui est d&eacute;j&agrave; connue de ses auditeurs, il change ensuite, dans le cours de son &eacute;nonc&eacute;, son style et la structure logique passe du normatif au narratif-affirmatif. Quand il dit: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot;, il d&eacute;crit un fait int&eacute;rieur dont la r&eacute;alit&eacute; peut-&ecirc;tre facilement comprise par ses auditeurs. En m&ecirc;me temps, &agrave; travers le fait qui est ainsi d&eacute;crit et qualifi&eacute;, il montre comment il faut comprendre et mettre en pratique le commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; pour qu'il conduise &agrave; la &quot;justice&quot; voulue par le L&eacute;gislateur.</p> <p> 4. De cette mani&egrave;re, nous sommes arriv&eacute;s &agrave; l'expression: &quot;Il a commis l'adult&egrave;re dans son coeur&quot;, expression cl&eacute; semble-t-il, pour comprendre son sens &eacute;thique exact. Cette expression est en m&ecirc;me temps la source principale pour r&eacute;v&eacute;ler les valeurs essentielles du nouvel ethos, de l'ethos du Discours sur la Montagne. Comme il arrive souvent dans l'Evangile, nous rencontrons ici aussi un certain paradoxe. En effet, comment l'&quot;adult&egrave;re&quot; peut-il avoir lieu sans qu'il soit commis, c'est-&agrave;-dire sans l'acte ext&eacute;rieur qui permet de reconna&icirc;tre l'acte d&eacute;fendu par la Loi? Nous avons vu comment la casuistique des &quot;docteurs de la Loi&quot; s'appliquait &agrave; pr&eacute;ciser ce probl&egrave;me. Mais, ind&eacute;pendamment de la casuistique, il semble &eacute;vident que c'est seulement &quot;dans la chair&quot; que l'adult&egrave;re peut &ecirc;tre reconnu c'est-&agrave;-dire lorsque l'homme et la femme qui s'unissent l'un l'autre de mani&egrave;re &agrave; devenir une seule chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> ne sont pas les conjoints l&eacute;gaux, l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse. Quelle signification peut donc avoir l'&quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;? Serait-ce l&agrave; seulement une expression m&eacute;taphorique employ&eacute;e par le Ma&icirc;tre pour mettre en relief le fait que la concupiscence est un p&eacute;ch&eacute;?</p> <p> 5. Si nous admettions cette lecture s&eacute;mantique de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, il faudrait r&eacute;fl&eacute;chir profond&eacute;ment sur les cons&eacute;quences &eacute;thiques qui en d&eacute;couleraient, c'est-&agrave;- dire sur les conclusions au sujet de la r&eacute;gularit&eacute; &eacute;thique du comportement. Il y a adult&egrave;re lorsque l'homme et la femme qui s'unissent l'un l'autre de mani&egrave;re &agrave; devenir une seule chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, c'est-&agrave;-dire &agrave; la mani&egrave;re des conjoints, ne sont pas des conjoints l&eacute;gaux. La d&eacute;termination de l'adult&egrave;re comme p&eacute;ch&eacute; commis &quot;dans le corps&quot; est &eacute;troitement et exclusivement li&eacute;e &agrave; l'acte &quot;ext&eacute;rieur&quot;, &agrave; la convivence conjugale qui se r&eacute;f&egrave;re &eacute;galement &agrave; l'&eacute;tat des personnes qui agissent ainsi et qui est reconnu par la soci&eacute;t&eacute;. Dans notre cas, cet &eacute;tat est impropre et n'autorise pas un tel acte (d'o&ugrave; pr&eacute;cis&eacute;ment la d&eacute;nomination &quot;adult&egrave;re&quot;).</p> <p>6. En passant &agrave; la seconde partie de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ, c'est-&agrave;-dire &agrave; celui o&ugrave; le nouvel ethos commence &agrave; prendre forme, il faudrait, pour comprendre l'expression &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer&quot;, se r&eacute;f&eacute;rer exclusivement &agrave; l'&eacute;tat civil des personnes tel qu'il est reconnu par la soci&eacute;t&eacute;, qu'elles soient ou non mari&eacute;es. Les interrogations commencent &agrave; se multiplier ici. Comme on ne peut mettre en doute le fait que le Christ montre le caract&egrave;re peccamineux de l'acte int&eacute;rieur de la concupiscence qui est exprim&eacute;e &agrave; travers le regard qui se fixe sur la femme qui n'est pas l'&eacute;pouse de celui qui la regarde de cette mani&egrave;re, nous pouvons cependant et nous devons m&ecirc;me nous demander si, par cette m&ecirc;me expression, le Christ admet ou r&eacute;prouve ce regard, cet acte int&eacute;rieur de la concupiscence dirig&eacute; vers la femme qui est l'&eacute;pouse de l'homme qui la regarde ainsi. En faveur de la r&eacute;ponse affirmative &agrave; cette question, il semble qu'il y ait la pr&eacute;misse logique suivante: (dans le cas en question) seul l'homme, qui est le sujet potentiel de l'&quot;adult&egrave;re dans la chair&quot;, peut commettre l'&quot;adult&egrave;re dans le coeur &quot;. Etant donn&eacute; que ce sujet ne peut &ecirc;tre l'homme-mari par rapport &agrave; sa propre &eacute;pouse, l'&quot;adult&egrave;re dans le coeur&quot; ne peut donc se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; lui, mais &ecirc;tre attribu&eacute; &agrave; tout autre homme. Mari&eacute;, il ne peut pas le commettre &agrave; l'&eacute;gard de sa propre &eacute;pouse. Lui seul a le droit exclusif de &quot;d&eacute;sirer&quot;, de &quot;regarder avec concupiscence&quot; la femme qui est son &eacute;pouse et l'on ne pourra jamais dire qu'en raison d'un tel acte int&eacute;rieur il m&eacute;rite d'&ecirc;tre accus&eacute; de l&quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;. Si, en vertu du mariage, il a le droit de &quot;s'unir &agrave; son &eacute;pouse&quot;, de sorte que &quot;les deux seront une seule chair&quot;, cet acte ne peut jamais &ecirc;tre appel&eacute; &quot;adult&egrave;re&quot;; d'une mani&egrave;re analogue, on ne peut pas non plus d&eacute;finir comme &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot; l'acte int&eacute;rieur du &quot;d&eacute;sir&quot; dont traite le Discours sur la Montagne.</p> <p> 7. Cette interpr&eacute;tation des paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> semble correspondre &agrave; la logique du D&eacute;calogue o&ugrave;, en plus du commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; (VI), il y a aussi le commandement &quot;Tu ne d&eacute;sireras pas la femme de ton prochain&quot; (IX). En outre, le raisonnement qui a &eacute;t&eacute; fait pour l'&eacute;tablir a toutes les caract&eacute;ristiques de l'objectivit&eacute; et de l'exactitude. N&eacute;anmoins, il subsiste un doute fondamental et l'on peut se demander si ce raisonnement tient compte de tous les aspects de la r&eacute;v&eacute;lation et de la th&eacute;ologie du corps qui doivent &ecirc;tre pris en consid&eacute;ration, surtout lorsque nous voulons comprendre les paroles du Christ. Nous avons d&eacute;j&agrave; vu pr&eacute;c&eacute;demment quel est &quot;le poids sp&eacute;cifique&quot; de cette locution et la richesse des implications anthropologiques et th&eacute;ologiques de l'unique phrase o&ugrave; le Christ se rapporte &agrave; &quot;l'origine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>. Les implications th&eacute;ologiques et anthropologiques de l'&eacute;nonc&eacute; du Discours sur la Montagne o&ugrave; le Christ se r&eacute;f&egrave;re au coeur humain conf&egrave;rent &eacute;galement &agrave; l'&eacute;nonc&eacute; lui-m&ecirc;me &quot;un poids sp&eacute;cifique&quot; propre et, en m&ecirc;me temps, elles en d&eacute;terminent la coh&eacute;rence avec l'ensemble de l'enseignement &eacute;vang&eacute;lique. C'est pour cela que nous devons admettre que l'interpr&eacute;tation pr&eacute;sent&eacute;e ci-dessus avec toute son objectivit&eacute; et sa pr&eacute;cision logique demande une certaine amplification et, surtout, un approfondissement. Nous devons rappeler que la r&eacute;f&eacute;rence au coeur humain, exprim&eacute;e peut-&ecirc;tre de mani&egrave;re paradoxale <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, provient de Celui qui &quot;savait ce qu'il y a dans tout homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fq">Jn 2,25</a></i>. Si ses paroles confirment les commandements du D&eacute;calogue (non seulement le sixi&egrave;me, mais &eacute;galement le neuvi&egrave;me), elles expriment en m&ecirc;me temps cette science sur l'homme qui, comme nous l'avons relev&eacute; ailleurs, nous permet d'unir la conscience de la nature p&eacute;cheresse de l'homme et la perspective de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette &quot;science qui se trouve &agrave; la base du nouvel ethos&quot; qui &eacute;merge des paroles du Discours sur la Montagne.<br /> En prenant en consid&eacute;ration tout ceci, nous concluons que, comme dans l'intelligence de l'&quot;adult&egrave;re dans la chair&quot;, le Christ soumet &agrave; la critique l'interpr&eacute;tation erron&eacute;e et unilat&eacute;rale de l'adult&egrave;re qui d&eacute;coule du manque d'observation de la monogamie (c'est-&agrave;-dire du mariage entendu comme l'alliance ind&eacute;fectible des personnes). Dans l'intelligence de l'&quot;adult&egrave;re dans le coeur&quot; , le Christ prend &eacute;galement en consid&eacute;ration non seulement le statut juridique r&eacute;el de l'homme et de la femme en question. Le Christ fait surtout d&eacute;pendre l'&eacute;valuation morale du &quot;d&eacute;sir&quot; de la dignit&eacute; personnelle de l'homme et de la femme. Ceci a son importance aussi bien lorsqu'il s'agit de personnes non mari&eacute;es que - et peut-&ecirc;tre plus encore - lorsqu'ils sont mari et femme. Il conviendra de compl&eacute;ter, de ce point de vue, l'analyse des paroles du Discours sur la Montagne et nous le ferons la prochaine fois.</p> <p>- 1er octobre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:24:47 +0000 Incarnare 88 at http://www.theologieducorps.fr TDC 043 - Interprétation psychologique et théologique de la concupiscence http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-043-interpretation-psychologique-theologique-de-la-concupiscence <p> <a name="1"></a>1. Je d&eacute;sire terminer aujourd'hui l'analyse des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne au sujet de l'&quot;adult&egrave;re&quot; et de la &quot;concupiscence&quot; et, en particulier, l'analyse de la derni&egrave;re partie de l'&eacute;nonc&eacute; o&ugrave; se trouve d&eacute;finie de mani&egrave;re sp&eacute;cifique la &quot;concupiscence du regard&quot; comme &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;.<br /> Dans la pr&eacute;c&eacute;dente analyse, nous avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; que ces paroles se trouvaient habituellement comprises comme d&eacute;sir de la femme d'autrui (selon l'esprit du neuvi&egrave;me commandement du D&eacute;calogue). Mais il semble que cette interpr&eacute;tation - plus restrictive - puisse et doive &ecirc;tre &eacute;largie &agrave; la lumi&egrave;re du contexte global. Il semble que l'&eacute;valuation globale de la concupiscence (du &quot;regard pour d&eacute;sirer&quot;) que le Christ appelle &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;, d&eacute;pende surtout de la dignit&eacute; personnelle de l'homme et de la femme. Cela vaut aussi bien pour ceux qui ne sont pas mari&eacute;s que - et peut-&ecirc;tre encore plus - pour ceux qui sont mari&eacute;s.</p> <p> <a name="2"></a> 2. L'analyse que nous avons faite jusqu'ici de l'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot;, montre la n&eacute;cessit&eacute; d'&eacute;tendre et surtout d'approfondir l'interpr&eacute;tation qui a &eacute;t&eacute; faite ant&eacute;rieurement par rapport au sens &eacute;thique qu'un tel &eacute;nonc&eacute; contient. Arr&ecirc;tons-nous &agrave; la situation d&eacute;crite par le Ma&icirc;tre, situation dans laquelle celui qui &quot;commet l'adult&egrave;re dans le coeur&quot; par un acte int&eacute;rieur de concupiscence (exprim&eacute; par le regard), c'est l'homme. Il est significatif que le Christ, en parlant de l'objet de cet acte, ne souligne pas qu'il s'agit ,de &quot;la femme d'autrui&quot; ou de la femme qui n est pas la propre &eacute;pouse. Il dit d'une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale: la femme. L'adult&egrave;re commis &quot;dans le coeur&quot; n'est pas circonscrit dans le cadre du rapport interpersonnel qui permet de caract&eacute;riser l'adult&egrave;re commis &quot;dans le corps&quot;. Ce n'est pas &agrave; ce cadre de d&eacute;cider exclusivement et essentiellement de l'adult&egrave;re commis &quot;dans le coeur&quot; mais &agrave; la nature m&ecirc;me de la concupiscence, exprim&eacute;e dans ce cas &agrave; travers le regard, parce que l'homme - dont, &agrave; titre d'exemple, parle le Christ - &quot;regarde pour d&eacute;sirer&quot;. L'adult&egrave;re &quot;dans le coeur&quot; est commis non seulement parce que l'homme &quot;regarde&quot; ainsi la femme qui n'est pas son &eacute;pouse, mais pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu'il regarde ainsi une femme. M&ecirc;me s'il regardait la femme qui est son &eacute;pouse, il commettrait le m&ecirc;me adult&egrave;re &quot;dans le coeur&quot;.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Cette interpr&eacute;tation semble prendre en consid&eacute;ration, de mani&egrave;re plus vaste, ce qui a &eacute;t&eacute; dit sur la concupiscence dans l'ensemble des pr&eacute;sentes analyses et, en premier lieu, sur la concupiscence de la chair comme &eacute;l&eacute;ment permanent du p&eacute;ch&eacute; de l'homme (status naturae lapsae). La concupiscence qui, comme acte int&eacute;rieur, na&icirc;t de cette base (comme nous avons cherch&eacute; &agrave; le montrer dans l'analyse pr&eacute;c&eacute;dente), change l'intentionnalit&eacute; m&ecirc;me de l'existence de la femme &quot;pour&quot; l'homme, en r&eacute;duisant la richesse de l'appel &eacute;ternel &agrave; la communion des personnes, la richesse de l'attirance profonde de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; &agrave; la seule satisfaction du &quot;besoin&quot; sexuel du corps (auquel semble se lier de plus pr&egrave;s le concept d'&quot;instinct&quot;). Une telle r&eacute;duction fait que la personne (dans ce cas, la femme) devient surtout pour l'autre personne (pour l'homme) l'objet de la satisfaction potentielle de son &quot;besoin&quot; sexuel. On r&eacute;forme ainsi ce &quot;pour&quot; r&eacute;ciproque qui perd son caract&egrave;re de communion des personnes au profit de la fonction utilitariste. L'homme qui &quot;regarde&quot; de la mani&egrave;re d&eacute;crite dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, &quot;se sert&quot; de la femme, de sa f&eacute;minit&eacute;, pour satisfaire son propre &quot;instinct&quot;. Bien qu'il ne le fasse pas par un acte ext&eacute;rieur, il a d&eacute;j&agrave; pris une telle attitude en lui-m&ecirc;me, en d&eacute;cidant ainsi int&eacute;rieurement par rapport &agrave; une femme d&eacute;termin&eacute;e. C'est en cela que consiste pr&eacute;cis&eacute;ment l'adult&egrave;re &quot;commis dans le coeur&quot;. Cet adult&egrave;re &quot;dans le coeur&quot;, l'homme peut aussi le commettre par rapport &agrave; sa propre &eacute;pouse s'il la traite seulement comme un objet de satisfaction de son instinct.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Il n'est pas possible d'arriver &agrave; la seconde interpr&eacute;tation des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> si nous nous limitons &agrave; l'interpr&eacute;tation purement psychologique de la concupiscence sans tenir compte de ce qui constitue son caract&egrave;re th&eacute;ologique sp&eacute;cifique, c'est-&agrave;-dire le rapport organique entre la concupiscence (comme acte) et la concupiscence de la chair comme disposition, pour ainsi dire, permanente qui d&eacute;coule du p&eacute;ch&eacute; de l'homme. Il semble que l'interpr&eacute;tation purement psychologique (ou bien sexologique) de la &quot;concupiscence&quot; ne constitue pas une base suffisante pour comprendre le texte du Discours sur la Montagne. Si, au contraire, nous nous r&eacute;f&eacute;rons &agrave; l'interpr&eacute;tation th&eacute;ologique - sans sous-&eacute;valuer ce qui, dans la premi&egrave;re interpr&eacute;tation (l'interpr&eacute;tation psychologique) reste immuable, celle-ci (l'interpr&eacute;tation th&eacute;ologique) nous appara&icirc;t comme plus compl&egrave;te. Gr&acirc;ce &agrave; elle, en effet, la signification &eacute;thique de l'&eacute;nonc&eacute; cl&eacute; du Discours sur la Montagne auquel nous devons une dimension ad&eacute;quate de l'ethos de l'Evangile, devient plus clair.</p> <p> <a name="5"></a> 5. En annon&ccedil;ant cette dimension, le Christ reste fid&egrave;le &agrave; la Loi: &quot;Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Proph&egrave;tes; je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#js">Mt 5,17</a></i>. Il nous montre par cons&eacute;quent combien il nous faut descendre profond&eacute;ment, d&eacute;voiler compl&egrave;tement les recoins du coeur humain pour que ce coeur puisse devenir un lieu d'&quot;accomplissement&quot; de la Loi. L'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> qui rend manifeste la perspective int&eacute;rieure de l'adult&egrave;re commis &quot;dans le coeur&quot; et qui, dans cette perspective consacre les voies justes pour accomplir le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, en est un th&egrave;me particulier. Cet &eacute;nonc&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> se r&eacute;f&egrave;re en effet au contexte o&ugrave; il s'agit particuli&egrave;rement de la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jj">Mt 5,8</a></i> (expression qui, comme on le sait, a une grande signification). Nous aurons &eacute;galement l'occasion de voir ailleurs de quelle mani&egrave;re le commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; - qui, en ce qui concerne la mani&egrave;re o&ugrave; il se trouve exprim&eacute; et dans son contenu, est une intervention univoque et s&eacute;v&egrave;re tout comme le commandement &quot;Tu ne d&eacute;sireras pas la femme de ton prochain&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0c.htm#vv">Ex 20,17</a></i> - s'accomplit pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; travers la &quot;puret&eacute; du coeur&quot;. Les paroles suivantes du texte du Discours sur la Montagne o&ugrave; le Christ parle de mani&egrave;re figur&eacute;e d'&quot;arracher l'oeil&quot; et de &quot;couper la main&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j4">Mt 5,29-30</a></i> lorsque ces membres sont la cause du p&eacute;ch&eacute;, t&eacute;moignent de la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; et de la force de l'interdiction. Mous avons constat&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment que la l&eacute;gislation de l'Ancien Testament, m&ecirc;me si elle abonde en punitions pleines de s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, ne contribuait cependant pas &quot;&agrave; donner un ach&egrave;vement &agrave; la Loi&quot; car sa casuistique &eacute;tait marqu&eacute;e par de multiples compromis avec la concupiscence de la chair. Le Christ enseigne au contraire que le commandement s'accomplit &agrave; travers la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; &agrave; laquelle l'homme n'a part qu'au prix d'une fermet&eacute; &agrave; l'&eacute;gard de tout ce qui a son origine dans la concupiscence de la chair. Seul acquiert &quot;la puret&eacute; du coeur&quot; celui qui sait exiger de la coh&eacute;rence de son &quot;coeur&quot;: de son &quot;coeur&quot; et de son &quot;corps&quot;.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Le commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; trouve sa juste raison dans l'indissolubilit&eacute; du mariage o&ugrave; l'homme et la femme, en vertu du dessein originel du Cr&eacute;ateur, s'unissent de mani&egrave;re &agrave; ce que &quot;tous les deux deviennent une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Dans son essence, l'adult&egrave;re est en contradiction avec cette unit&eacute;, au sens o&ugrave; cette unit&eacute; correspond &agrave; la dignit&eacute; des personnes. Non seulement le Christ confirme cette signification &eacute;thique essentielle du commandement mais il tend &agrave; la consolider dans la profondeur m&ecirc;me de la personne humaine. La nouvelle dimension de l'ethos est toujours li&eacute;e &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation de cette profondeur qui est appel&eacute;e &quot;coeur&quot; et &agrave; sa lib&eacute;ration par rapport &agrave; la &quot;concupiscence&quot; pour que l'&ecirc;tre humain puisse resplendir plus pleinement dans ce coeur: l'homme et la femme dans toute la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure du &quot;pour&quot; r&eacute;ciproque. Lib&eacute;r&eacute; de la contrainte et de la diminution de l'esprit qui porte en lui la concupiscence de la chair, l'&ecirc;tre humain, l'homme et la femme, se retrouve r&eacute;ciproquement dans la libert&eacute; du don qui est la condition de toute convivence dans la v&eacute;rit&eacute; et, en particulier, dans la libert&eacute; du don r&eacute;ciproque puisque tous les deux, comme mari et femme, doivent former l'unit&eacute; sacramentelle voulue par le Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me, comme le dit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.</p> <p><a name="7"></a> 7. L'exigence que le Christ - c'est &eacute;vident - demande &agrave; tous ses auditeurs actuels et potentiels dans le Discours sur la Montagne, appartient &agrave; l'espace int&eacute;rieur o&ugrave; l'homme - pr&eacute;cis&eacute;ment celui qui l'&eacute;coute - doit voir de nouveau la pl&eacute;nitude perdue de son humanit&eacute; et vouloir l'acqu&eacute;rir de nouveau. Cette pl&eacute;nitude dans le rapport r&eacute;ciproque des personnes, de l'homme et de la femme, le Ma&icirc;tre la r&eacute;clame dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, en ayant surtout &agrave; l'esprit l'indissolubilit&eacute; du mariage mais aussi tout autre forme de convivence des hommes et des femmes, de cette convivence qui constitue la trame pure et simple de l'existence. Par sa nature, la vie humaine est &quot;co&eacute;ducative&quot; et sa dignit&eacute; et son &eacute;quilibre d&eacute;pendent, &agrave; chaque moment de l'histoire, &agrave; chaque longitude et &agrave; chaque latitude g&eacute;ographique, de &quot;celle&quot; qui existera pour lui et de &quot;celui&quot; qui existera pour elle.<br /> Les paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne ont sans aucun doute cette port&eacute;e &agrave; la fois universelle et profonde. C'est seulement ainsi qu'elles peuvent &ecirc;tre comprises dans la bouche de Celui qui &quot;connaissait jusqu'au fond ce qu'il y a dans chaque homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fq">Jn 2,25</a></i> et qui, en m&ecirc;me temps, portait en lui le myst&egrave;re de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot;, comme s'exprimera saint Paul. Devons-nous craindre la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; de ces paroles ou, plut&ocirc;t, avoir confiance dans leur contenu salvifique, dans leur puissance?<br /> Dans chaque cas, l'analyse faite des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne ouvre la voie &agrave; des r&eacute;flexions ult&eacute;rieures qui sont indispensables pour avoir une pleine conscience de l'homme &quot;historique&quot; et, surtout, de l'homme contemporain, de sa conscience et de son &quot;coeur&quot;.</p> <p>- 8 octobre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:26:14 +0000 Incarnare 89 at http://www.theologieducorps.fr TDC 044 - Les valeurs évangéliques et les devoirs du coeur humain http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-044-valeurs-evangeliques-devoirs-du-coeur-humain <p> <a name="1"></a>1. Au cours des nombreuses rencontres du mercredi, nous avons fait une analyse d&eacute;taill&eacute;e des paroles du Discours sur la Montagne o&ugrave; le Christ se r&eacute;f&egrave;re au &quot;coeur&quot; humain. Comme nous le savons d&eacute;sormais, ses paroles sont importantes. Le Christ dit: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Cette r&eacute;f&eacute;rence au coeur met en lumi&egrave;re la dimension de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine, la dimension de l'homme int&eacute;rieur, et cette dimension est propre &agrave; l'&eacute;thique et, encore plus, &agrave; la th&eacute;ologie du corps. Le d&eacute;sir qui surgit dans le cadre de la concupiscence de la chair est en m&ecirc;me temps une r&eacute;alit&eacute; int&eacute;rieure et th&eacute;ologique qui d'une certaine mani&egrave;re, se trouve exp&eacute;riment&eacute;e par chaque homme &quot;historique&quot;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cet homme, m&ecirc;me s il ne conna&icirc;t pas les paroles du Christ, que s'adresse continuellement la question au sujet de son &quot;coeur&quot;. Les paroles du Christ rendent cette question particuli&egrave;rement explicite: le coeur est-il accus&eacute; ou est-il appel&eacute; au bien? C'est cette question que nous entendons maintenant prendre en consid&eacute;ration. &agrave; la fin de nos r&eacute;flexions et de nos analyses qui sont li&eacute;es &agrave; la phrase si concise et en m&ecirc;me temps si cat&eacute;gorique de l'Evangile, si charg&eacute;e de contenu th&eacute;ologique, anthropologique et &eacute;thique.<br /> Il y a une seconde question qui surgit aussit&ocirc;t et qui est plus &quot;pratique&quot;: comment&quot;peut&quot; et &quot;doit&quot; agir l'homme qui accueille les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne, l'homme qui accepte l'ethos de l'Evangile et, en particulier, qui l'accepte dans ce domaine?</p> <p> <a name="2"></a>2. Cet homme trouve dans les consid&eacute;rations qui ont &eacute;t&eacute; faites jusqu'ici la r&eacute;ponse, au moins indirecte, aux deux questions: comment &quot;peut-il&quot; agir, c'est-&agrave;-dire sur quoi peut-il compter en son &quot;for int&eacute;rieur&quot;, &agrave; la source de ses actes &quot;int&eacute;rieurs&quot; ou &quot;ext&eacute;rieurs&quot;? En outre, comment &quot;devrait-il&quot; agir, c'est-&agrave;-dire de quelle mani&egrave;re les valeurs connues d'apr&egrave;s &quot;l'&eacute;chelle&quot; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans le Discours sur la Montagne constituent-elles un devoir pour sa volont&eacute; et pour son &quot;coeur&quot;, pour ses d&eacute;sirs et pour ses choix? De quelle mani&egrave;re l&quot;obligent-elles&quot; dans l'action, dans le comportement si, accueillies &agrave; travers la connaissance, elles conditionnent d&eacute;j&agrave; sa mani&egrave;re de &quot;penser&quot; et, d'une certaine mani&egrave;re, sa mani&egrave;re de &quot;sentir&quot;? Ces questions sont significatives pour la &quot;praxis&quot; humaine et montrent un lien organique entre la &quot;praxis&quot; elle-m&ecirc;me et l'ethos. La morale vivante est toujours l'ethos de la praxis humaine.</p> <p> <a name="3"></a> 3. A ces questions pr&eacute;cises, on peut r&eacute;pondre de diff&eacute;rente mani&egrave;re. En effet, dans le pass&eacute; comme aujourd'hui, on a donn&eacute; et on donne des r&eacute;ponses diff&eacute;rentes, comme le confirme une vaste litt&eacute;rature. En plus des r&eacute;ponses que nous y trouvons, il faut prendre en consid&eacute;ration le nombre infini de r&eacute;ponses que, de lui-m&ecirc;me, l'homme donne &agrave; ces questions, celles que, dans la vie de chacun, la conscience et la sensibilit&eacute; morale donnent maintes fois. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce cadre que se r&eacute;alise continuellement une comp&eacute;n&eacute;tration de l'ethos et de la praxis. C'est ici que vivent leur vie (qui n'est pas exclusivement &quot;th&eacute;orique&quot;) les diff&eacute;rents principes, c'est-&agrave;- dire les normes de la morale et leurs motivations qui sont &eacute;labor&eacute;es et divulgu&eacute;es par les moralistes, mais aussi celles qu'&eacute;laborent - en lien certes avec le travail des moralistes et des chercheurs - tous les hommes, comme auteurs et sujets directs de la morale r&eacute;elle, comme co-auteurs de son histoire. C'est d'eux que d&eacute;pend &eacute;galement le niveau de la morale elle-m&ecirc;me, son progr&egrave;s ou sa d&eacute;cadence. En tout ceci se confirme toujours et partout cet &quot;homme historique&quot; &agrave; qui le Christ a parl&eacute; une fois en annon&ccedil;ant la bonne nouvelle &eacute;vang&eacute;lique dans le Discours sur la Montagne o&ugrave; il a notamment prononc&eacute; la phrase que nous lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot;</p> <p><a name="4"></a> 4. L'&eacute;nonc&eacute; de Matthieu se r&eacute;v&egrave;le d'une &eacute;tonnante concision par rapport &agrave; tout ce qui a &eacute;t&eacute; &eacute;crit sur ce th&egrave;me dans la litt&eacute;rature mondiale. Et c'est peut-&ecirc;tre en cela que consiste sa force dans l'histoire de l'&eacute;thos. Il faut se rendre compte en m&ecirc;me temps que l'histoire de l'ethos coule dans un lit multiforme o&ugrave; les diff&eacute;rents courants se rapprochent et s'&eacute;loignent mutuellement. L'homme &quot;historique&quot; &eacute;value toujours &agrave; sa mani&egrave;re son &quot;coeur&quot; tout comme il juge &eacute;galement son &quot;corps&quot;: il passe ainsi du pessimisme &agrave; l'optimisme, de la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; puritaine &agrave; la permissivit&eacute; contemporaine. Il est n&eacute;cessaire de s'en rendre compte pour que l'ethos du Discours sur la Montagne puisse toujours avoir la transparence voulue &agrave; l'&eacute;gard des actions et des comportements de l'homme. Il faudra encore, dans ce but, faire quelques analyses.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Nos r&eacute;flexions sur la signification des paroles du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> ne seraient pas compl&egrave;tes si nous ne nous arr&ecirc;tions pas - au moins bri&egrave;vement - &agrave; ce que l'on peut appeler la r&eacute;sonance de ces paroles dans l'histoire de la pens&eacute;e humaine et de l'&eacute;valuation de l'ethos. La r&eacute;sonance est toujours une transformation de la voix et des paroles que la voix exprime. Nous savons par exp&eacute;rience que cette transformation est parfois pleine de charme myst&eacute;rieux. Dans le cas pr&eacute;sent, c'est plut&ocirc;t le contraire qui est arriv&eacute;. En effet, les paroles du Christ ont perdu leur simplicit&eacute; et leur profondeur et il leur a &eacute;t&eacute; attribu&eacute; une signification qui est loin de ce qu'elles expriment vraiment, une signification qui, tout compte fait, contredit leur vrai sens. Nous avons ici &agrave; l'esprit tout ce qui est apparu en marge du christianisme sous le nom de manich&eacute;isme (**) et qui a m&ecirc;me tent&eacute; de p&eacute;n&eacute;trer sur le terrain du christianisme en ce qui concerne pr&eacute;cis&eacute;ment la th&eacute;ologie et l'ethos du corps. On sait que, dans sa forme ordinaire, le manich&eacute;isme, qui est n&eacute; en Orient en dehors du milieu biblique et qui est issu du dualisme mazd&eacute;ien, situait la source du mal dans la mati&egrave;re, dans le corps, et proclamait, par cons&eacute;quent, la condamnation de tout ce qui est corporel dans l'homme. Et puisque, dans l'homme, la corpor&eacute;it&eacute; se manifeste surtout &agrave; travers le sexe, la condamnation se trouvait alors &eacute;tendue au mariage et &agrave; la connivence conjugale en plus des autres domaines de l'&ecirc;tre et de l'agir o&ugrave; s'exprime la corpor&eacute;it&eacute;.</p> <p> Note (**) -<i>Le manich&eacute;isme contient et porte &agrave; leur maturation les &eacute;l&eacute;ments caract&eacute;ristiques de toute &quot;gnose&quot;, c'est-&agrave;-dire le dualisme de deux principes co&eacute;ternels et radicalement oppos&eacute;s, et le concept d'un salut qui se r&eacute;alise seulement &agrave; travers la connaissance (gnose) ou compr&eacute;hension de soi-m&ecirc;me (autocompr&eacute;hension). Dans tout le mythe manich&eacute;en, il y a un seul h&eacute;ros et une seule situation qui se r&eacute;p&egrave;te toujours: l'&acirc;me d&eacute;chue est prisonni&egrave;re de la mati&egrave;re et elle est lib&eacute;r&eacute;e par la connaissance. -- L'actuelle situation historique est n&eacute;gative pour l'homme parce qu'elle est un m&eacute;lange provisoire et anormal d'esprit et de mati&egrave;re, de bien et de mal, qui suppose un &eacute;tat ant&eacute;rieur, originel, o&ugrave; les deux substances &eacute;taient s&eacute;par&eacute;es et ind&eacute;pendantes. Il y a donc trois &quot;Temps&quot;: l'&quot;initium &quot; ou s&eacute;paration initiale; le &quot;medium&quot;, C'est-&agrave;-dire l'actuel m&eacute;lange; et le &quot;finis&quot; qui consiste dans le retour &agrave; la division originelle, dans le salut, impliquant une rupture totale entre Esprit et Mati&egrave;re. -- La Mati&egrave;re est, au fond, concupiscence, mauvais app&eacute;tit du plaisir, instinct de mort, comparable, sinon identique, au d&eacute;sir sexuel, &agrave; la &quot;libido&quot;. Elle est une force qui tente de donner l'assaut &agrave; la Lumi&egrave;re; elle est mouvement d&eacute;sordonn&eacute;, d&eacute;sir bestial, brutal, &agrave; demi-inconscient. -- Adam et Eve ont &eacute;t&eacute; engendr&eacute;s par deux d&eacute;mons; notre esp&egrave;ce est n&eacute;e &agrave; la suite d'actes r&eacute;pugnants de cannibalisme et de sexualit&eacute; et conserve les signes de cette origine diabolique qui sont le corps, forme animale des &quot;Archontes de l'enfer&quot;, et la libido qui pousse l'homme &agrave; s'accoupler et &agrave; se reproduire et donc &agrave; maintenir l'&acirc;me lumineuse toujours prisonni&egrave;re. -- S'il veut &ecirc;tre sauv&eacute; l'homme devra chercher &agrave; lib&eacute;rer son &quot;ego vivant&quot; (&quot;nous&quot;) de la chair et du corps. Comme la Mati&egrave;re a dans la concupiscence sa supr&ecirc;me expression, le p&eacute;ch&eacute; capital r&eacute;side dans l'union sexuelle (fornication) qui est brutalit&eacute; et bestialit&eacute; et qui fait des hommes les instruments et les complices du mal par la procr&eacute;ation. -- Les &eacute;lus constituent le groupe des parfaits dont la vertu a une caract&eacute;ristique asc&eacute;tique, r&eacute;alisant l'abstinence command&eacute;e par trois &quot;sceaux&quot;; le &quot;sceau de la bouche&quot; qui d&eacute;fend tout blasph&egrave;me et commande l'abstention de la chair, du sang, du vin, de toute boisson alcoolique, et &eacute;galement le je&ucirc;ne; le &quot;sceau des mains&quot; qui commande le respect de la vie (de la &quot;Lumi&egrave;re&quot;) enferm&eacute;e dans le corps, dans les semences, dans les arbres; il d&eacute;fend de recueillir les fruits, d'arracher les plantes, d'&ocirc;ter la vie aux hommes et aux animaux; et le &quot;sceau du giron&quot; prescrit une totale continence (cf. H. Puech: le Manich&eacute;isme; son fondateur, sa doctrine, Paris. 1949, Mus&eacute;e Guimet, t. LVI, p. 73-88; H. Ch. Puech. le Manich&eacute;isme, dans &quot;Histoire des religions&quot;, &quot;Encyclop&eacute;die de la Pl&eacute;iade&quot; II, &quot;Gallimard&quot; 1972, p. 522-645; J. Ries, Manich&eacute;isme, dans &quot;Catholicisme hier, aujourd'hui, demain&quot;, 34, Lille 1977 &quot;Letouzey-An&eacute; &quot;, p. 314-320).</i></p> <p> <a name="6"></a> 6. Pour une oreille peu habitu&eacute;e, l'&eacute;vidente s&eacute;v&eacute;rit&eacute; de ce syst&egrave;me pouvait sembler en accord avec les paroles s&eacute;v&egrave;res de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j4">Mt 5,29-30</a></i>, o&ugrave; le Christ parle d'&quot;arracher l'oeil&quot; ou de &quot;couper la main&quot; si ces membres &eacute;taient la cause du scandale. A travers l'interpr&eacute;tation purement &quot;mat&eacute;rielle&quot; de ces locutions, il &eacute;tait &eacute;galement possible d'obtenir une optique manich&eacute;enne de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ lorsqu'il parle de l'homme qui a &quot;commis l'adult&egrave;re dans le coeur ... en regardant la femme pour la d&eacute;sirer&quot;. Dans ce cas &eacute;galement, l'interpr&eacute;tation manich&eacute;enne tend &agrave; condamner le corps comme source r&eacute;elle du mal, &eacute;tant donn&eacute; qu'en lui, selon le manich&eacute;isme, se cache et, en m&ecirc;me temps, se manifeste le principe &quot;ontologique&quot; du mal. On cherchait &agrave; d&eacute;couvrir et parfois on percevait Une telle condamnation dans l'Evangile, en la trouvant l&agrave; o&ugrave; se trouve exprim&eacute;e exclusivement une exigence particuli&egrave;re adress&eacute;e &agrave; l'esprit humain.<br /> Notons que la condamnation pouvait - et peut toujours - &ecirc;tre un &eacute;chappatoire pour se soustraire aux exigences qu'a inscrites dans l'Evangile Celui qui &quot;savait ce qu'il y a dans tout homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fq">Jn 2,25</a></i>. Les preuves ne manquent pas dans l'Histoire. Nous avons d&eacute;j&agrave; eu, en partie, l'occasion (et nous l'aurons certainement encore) de d&eacute;montrer dans quelle mesure cette exigence peut na&icirc;tre uniquement d'une affirmation - et non d'une n&eacute;gation ou d'une condamnation - ,si elle doit mener &agrave; une affirmation encore plus m&ucirc;re et plus approfondie objectivement et subjectivement. Et c'est &agrave; une telle affirmation de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute; de l'&ecirc;tre humain, comme dimension personnelle du fait d'&quot;&ecirc;tre corps&quot; que doivent conduire les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> Telle est l'exacte signification &eacute;thique de ces paroles. Elles impriment dans les pages de l'Evangile une dimension particuli&egrave;re de l'ethos afin de l'imprimer ensuite dans la vie humaine.<br /> Nous chercherons &agrave; reprendre ce sujet dans nos r&eacute;flexions ult&eacute;rieures.</p> <p>- 15&nbsp;octobre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:30:52 +0000 Incarnare 90 at http://www.theologieducorps.fr TDC 046 - Création et Rédemption http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-046-creation-redemption <p> <a name="1"></a>1. Depuis longtemps d&eacute;j&agrave;, nos r&eacute;flexions du mercredi sont d&eacute;sormais centr&eacute;es sur l'&eacute;nonc&eacute; suivant de J&eacute;sus Christ dans le Discours sur la Montagne: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle (&agrave; son &eacute;gard) dans son coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> Nous avons montr&eacute; derni&egrave;rement que ces paroles ne peuvent &ecirc;tre comprises ni interpr&eacute;t&eacute;es dans le sens o&ugrave; le fait le manich&eacute;isme. Elles ne contiennent en aucune mani&egrave;re la condamnation du corps et de la sexualit&eacute;. Elles contiennent seulement un appel &agrave; vaincre la triple concupiscence et, en particulier, la concupiscence de la chair: ce qui, pr&eacute;cis&eacute;ment, na&icirc;t de l'affirmation de la dignit&eacute; personnelle du corps et de la sexualit&eacute; et qui confirme cette affirmation.<br /> Pr&eacute;ciser cette formulation ou d&eacute;terminer la signification pr&eacute;cise des paroles du Discours sur la Montagne o&ugrave; le Christ fait appel au coeur humain <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> est important non seulement en raison d'&quot;habitudes inv&eacute;t&eacute;r&eacute;es&quot; issues du manich&eacute;isme, dans la mani&egrave;re de penser et d'&eacute;valuer les choses mais aussi en raison de certaines positions contemporaines qui interpr&egrave;tent le sens de l'homme et de la morale. Ricoeur a qualifi&eacute; Freud, Marx et Nietzsche de &quot;ma&icirc;tres du soup&ccedil;on&quot; (*), en ayant &agrave; l'esprit l'ensemble des syst&egrave;mes que chacun d'eux repr&eacute;sente et peut-&ecirc;tre surtout la base cach&eacute;e et l'orientation de chacun dans la compr&eacute;hension et dans l'interpr&eacute;tation de l'homme lui-m&ecirc;me.<br /> Note (*) - <i>(&quot;Le philosophe form&eacute; &agrave; l'&eacute;cole de Descartes sait que les choses sont douteuses, qu'elles ne sont pas telles qu'elles apparaissent; mais il ne doute pas que la conscience ne soit telle qu'elle appara&icirc;t &agrave; elle-m&ecirc;me..., depuis Marx, Nietzsche et Freud nous en doutons. Apr&egrave;s le doute sur la chose, nous sommes entr&eacute;s dans le doute sur la conscience.-- Mais Ces trois ma&icirc;tres du soup&ccedil;on ne sont pas trois ma&icirc;tres de scepticisme; ce sont assur&eacute;ment trois grands &quot;destructeurs&quot;. -- A partir d'eux, la compr&eacute;hension est une herm&eacute;neutique: chercher le sens, d&eacute;sormais, ce n'est plus &eacute;peler la conscience du sens, mais en d&eacute;chiffrer les expressions. Ce qu'il faudrait donc confronter, c'est non seulement un triple soup&ccedil;on, mais une triple ruse. -- Du m&ecirc;me coup se d&eacute;couvre une parent&eacute; plus profonde encore entre Marx, Freud et Nietzsche. Tous trois commencent par le soup&ccedil;on concernant les illusions de la conscience et continuent par la ruse du d&eacute;chiffrage ... &quot; (Paul Ricoeur, le Conflit des interpr&eacute;tations. Paris 1969 Seuil, p. 149-150.)</i><br /> Il semble n&eacute;cessaire de faire allusion, au moins bri&egrave;vement, &agrave; cette base et &agrave; cette orientation. Il faut le faire pour d&eacute;couvrir une convergence significative d'une part et, d'autre part, une divergence &eacute;galement fondamentale avec l'herm&eacute;neutique qui a sa source dans la Bible et dont nous essayons de donner une expression dans nos analyses. En quoi consiste la convergence? Elle consiste dans le fait que les penseurs mentionn&eacute;s ci-dessus, qui ont exerc&eacute; et qui exercent une grande influence sur la mani&egrave;re de penser et d'&eacute;valuer des hommes de notre &eacute;poque, semblent aussi en d&eacute;finitive juger et accuser le &quot;coeur&quot; de l'homme. Bien plus, ils semblent le juger et l'accuser en raison de ce qui, dans le langage biblique, surtout dans le langage johannique, est appel&eacute; concupiscence, la triple concupiscence.</p> <p> <a name="2"></a> 2. On pourrait ici faire une certaine distribution des parties. Dans l'herm&eacute;neutique nietzsch&eacute;enne, le jugement et l'accusation du coeur humain correspondent, d'une certaine mani&egrave;re, &agrave; ce qui est appel&eacute; dans le langage biblique &quot;l'orgueil de la vie&quot;; dans l'herm&eacute;neutique marxiste, &agrave; ce qui a &eacute;t&eacute; appel&eacute; &quot;la concupiscence des yeux&quot;; dans l'herm&eacute;neutique freudienne, au contraire, &agrave; ce qui est appel&eacute; &quot;la concupiscence de la chair&quot;. La convergence de ces conceptions avec l'herm&eacute;neutique de l'homme fond&eacute;e sur la Bible consiste dans le fait que, d&eacute;couvrant dans le coeur humain la triple concupiscence, nous aurions pu, nous aussi, nous limiter &agrave; mettre ce coeur en &eacute;tat de soup&ccedil;on continuel. Cependant, la Bible ne nous permet pas de nous arr&ecirc;ter ici. Les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> sont telles que, m&ecirc;me en manifestant toute la r&eacute;alit&eacute; du d&eacute;sir et de la concupiscence, elles ne permettent pas que l'on fasse de cette concupiscence le crit&egrave;re absolu de l'anthropologie et de l'&eacute;thique ou le noyau m&ecirc;me de l'herm&eacute;neutique de l'homme. Dans la Bible, la triple concupiscence ne constitue pas le crit&egrave;re fondamental ni surtout unique et absolu de l'anthropologie et de l'&eacute;thique bien qu'elle soit indubitablement un facteur important pour comprendre l'homme, ses actions et leur valeur morale. L'analyse que nous avons fa&icirc;te le montre.</p> <p><a name="3"></a> 3. Bien que nous voulions arriver &agrave; une interpr&eacute;tation compl&egrave;te des paroles du Christ sur l'homme qui &quot;regarde avec concupiscence&quot; (cf. Mt 5,27-28), nous ne pouvons pas nous contenter de n'importe quelle conception de la &quot;concupiscence&quot; m&ecirc;me si elle arrivait &agrave; la pl&eacute;nitude de la v&eacute;rit&eacute; &quot;psychologique&quot; qui nous est accessible; nous devons, au contraire, arriver &agrave; la <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bp">1Jn 2,15-16</a></i> et &agrave; la &quot;th&eacute;ologie de la concupiscence&quot; qui y est contenue. L'homme qui &quot;regarde pour d&eacute;sirer&quot; est en effet l'homme de la triple concupiscence, il est l'homme de la concupiscence de la chair. C'est pour cela qu'il &quot;peut&quot; regarder de cette mani&egrave;re et qu'il doit m&ecirc;me &ecirc;tre conscient qu'en abandonnant cet acte int&eacute;rieur &agrave; la merci des forces de la nature, il ne peut &eacute;viter l'influence de la concupiscence de la chair. Dans Matthieu 5,27-28, le Christ traite aussi de cela et demande qu'on y pr&ecirc;te attention. Ses paroles se r&eacute;f&egrave;rent non seulement &agrave; l'acte concret de la &quot;concupiscence&quot; mais &eacute;galement, indirectement, &agrave; l'&quot;homme de la concupiscence&quot;.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Pourquoi ces paroles du Discours sur la Montagne, malgr&eacute; la convergence de ce qu'elles disent concernant le coeur humain (cf. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#ju">Mt 5,19-20</a></i>) avec ce qui a &eacute;t&eacute; exprim&eacute; dans l'herm&eacute;neutique des &quot;ma&icirc;tres du soup&ccedil;on&quot; ne peuvent- elles pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;es comme base de l'herm&eacute;neutique en question ou d'une autre analogue? Et pourquoi constituent- elles une expression, une configuration ayant un ethos totalement diff&eacute;rent? Pourquoi cet ethos est-il diff&eacute;rent non seulement de l'ethos manich&eacute;en mais aussi de l'ethos freudien? Je pense que l'ensemble des analyses et des r&eacute;flexions qui ont &eacute;t&eacute; faites jusqu'ici, apporte une r&eacute;ponse &agrave; cette interrogation. En les reprenant, on peut dire bri&egrave;vement que les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> ne permettent pas de nous arr&ecirc;ter &agrave; l'accusation du coeur humain et de le mettre dans un &eacute;tat de continuel soup&ccedil;on mais qu'elles doivent &ecirc;tre comprises et interpr&eacute;t&eacute;es surtout comme un appel adress&eacute; au coeur. Cela d&eacute;coule de la nature m&ecirc;me de l'ethos de la R&eacute;demption. Sur le fondement de ce myst&egrave;re que saint Paul <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i> d&eacute;finit &quot;R&eacute;demption du corps&quot;, sur le fondement de la r&eacute;alit&eacute; appel&eacute;e &quot;R&eacute;demption&quot;, sur le fondement de l'ethos de la R&eacute;demption du corps, nous ne pouvons pas nous arr&ecirc;ter seulement &agrave; l'accusation du coeur humain sur la base du d&eacute;sir et de la concupiscence de la chair. L'homme ne peut pas s'arr&ecirc;ter &agrave; mettre le &quot;coeur&quot; en &eacute;tat de soup&ccedil;on continuel et irr&eacute;versible &agrave; cause des manifestations de la concupiscence de la chair et de la libido qu'entre autre, un psychanalyste fait ressortir par les analyses de l'inconscient.<br /> Note - <i>(cf. par exemple, l'affirmation caract&eacute;ristique du dernier ouvrage de Freud: &quot;Le noyau de notre &ecirc;tre est donc form&eacute; par le &quot;&Ccedil;&agrave;&quot; obscur qui n'entretient pas de relation directe avec le monde ext&eacute;rieur, et n'est accessible &agrave; notre connaissance que par l'interm&eacute;diaire d'une autre instance. Dans le &quot;&Ccedil;&agrave;&quot; agissent les pulsions organiques, elles-m&ecirc;mes constitu&eacute;es, selon des dosages diff&eacute;rents, par le m&eacute;lange de deux forces primordiales (Eros et Destruction), et se diff&eacute;renciant l'une de l'autre par leur rapport avec les organisations ou les syst&egrave;mes d'organisation. -- L'unique effort de ces pulsions se porte vers la satisfaction que l'on attend de certaines modifications effectu&eacute;es dans les organes, &agrave; l'aide des objets du monde ext&eacute;rieur&quot; (s. Freud, Abriss der Psychoanalyse. Das Unbehagen der Kultur. Frankfurt M. Hamburg 1955 (Fisher), p. 74-75). -- Ce &quot;noyau&quot; ou &quot;coeur&quot; de l'homme serait alors domin&eacute; par l'union entre l'instinct &eacute;rotique et l'instinct destructeur, et la vie consisterait &agrave; les satisfaire.)</i>.<br /> La R&eacute;demption est une v&eacute;rit&eacute;, une r&eacute;alit&eacute; au nom de laquelle l'homme doit se sentir appel&eacute; et &quot;appel&eacute; avec vigueur&quot;. Il doit aussi se rendre compte de cet appel &agrave; travers les paroles du Christ dans Matthieu 5,27-28 lorsqu'elles sont relues dans tout le contexte de la r&eacute;v&eacute;lation du corps. L'homme doit se sentir appel&eacute; a red&eacute;couvrir, m&ecirc;me &agrave; r&eacute;aliser la signification sponsale du corps et &agrave; exprimer de cette mani&egrave;re la libert&eacute; int&eacute;rieure du don, c'est-&agrave;-dire de cet &eacute;tat et de cette force spirituels qui d&eacute;coulent de la domination de la concupiscence de la chair.</p> <p> <a name="5"></a> 5. L'homme est appel&eacute; &agrave; cela par la parole de l'Evangile, donc de l'&quot;ext&eacute;rieur&quot;, mais en m&ecirc;me temps il est appel&eacute; de l'&quot;int&eacute;rieur&quot;. Dans le Discours sur la Montagne, le Christ se r&eacute;f&egrave;re au &quot;coeur&quot; et ses paroles conduisent, dans un certain sens, l'auditeur &agrave; cet appel int&eacute;rieur. S'il accepte qu'elles agissent en lui, il pourra entendre en m&ecirc;me temps &agrave; l'int&eacute;rieur de lui-m&ecirc;me comme l'&eacute;cho de cette &quot;origine&quot;, de cette bonne &quot;origine&quot; &agrave; laquelle le Christ fait r&eacute;f&eacute;rence une autre fois pour rappeler &agrave; ses auditeurs qui est l'homme, qui est la femme et qui ils sont r&eacute;ciproquement l'un pour l'autre dans l'oeuvre de la cr&eacute;ation. Les paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne ne sont pas un appel lanc&eacute; dans le vide. Elles ne sont pas adress&eacute;es &agrave; l'homme totalement engag&eacute; dans la concupiscence de la chair, incapable de chercher une autre forme de rapports r&eacute;ciproques dans le cadre de l'attirance &eacute;ternelle qui accompagne l'histoire de l'homme et de la femme pr&eacute;cis&eacute;ment depuis l'&quot;origine&quot;. Les paroles du Christ t&eacute;moignent que la force originelle (donc aussi la gr&acirc;ce) du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation devient pour chacun d'eux force (c'est-&agrave;-dire gr&acirc;ce) du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Cela concerne la m&ecirc;me &quot;nature&quot;, le m&ecirc;me substrat de l'humanit&eacute; de la personne, les impulsions les plus profondes du &quot;coeur&quot;. L'&ecirc;tre humain n'&eacute;prouve-t-il pas, en m&ecirc;me temps que la concupiscence, un profond besoin de conserver la dignit&eacute; des rapports r&eacute;ciproques qui trouvent leur expression dans le corps gr&acirc;ce &agrave; sa masculinit&eacute; et &agrave; sa f&eacute;minit&eacute;? N'&eacute;prouve-t-il pas le besoin de leur conf&eacute;rer la supr&ecirc;me valeur qu'est l'amour?</p> <p><a name="6"></a> 6. Lorsqu'on le relit, cet appel contenu dans les paroles du Christ du Discours sur la Montagne ne peut &ecirc;tre un acte d&eacute;tach&eacute; du contexte de l'existence concr&egrave;te. Il signifie toujours - bien que seulement dans la dimension de l'acte auquel il se r&eacute;f&egrave;re - la red&eacute;couverte de la signification de toute l'existence, de la signification de la vie o&ugrave; se trouve &eacute;galement comprise cette signification du corps que nous appelons ici &quot;sponsale&quot;. Dans un certain sens, la signification du corps est l'antith&egrave;se de la libido freudienne. La signification de la vie est l'antith&egrave;se de l'herm&eacute;neutique du &quot;soup&ccedil;on&quot;. Cette herm&eacute;neutique est tr&egrave;s diff&eacute;rente, elle est radicalement diff&eacute;rente de celle que nous d&eacute;couvrons dans les paroles du Christ contenues dans le Discours sur la Montagne. Ces paroles d&eacute;voilent non seulement un autre ethos mais aussi une autre vision des possibilit&eacute;s de l'homme. Il est important que lui, pr&eacute;cis&eacute;ment dans son &quot;coeur&quot;, ne se sente pas seulement irr&eacute;vocablement accus&eacute; et livr&eacute; &agrave; la concupiscence de la chair mais que, dans le m&ecirc;me coeur, il se sente appel&eacute; avec &eacute;nergie, qu'il se sente appel&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cette supr&ecirc;me valeur qu'est l'amour. Appel&eacute; comme personne dans la v&eacute;rit&eacute; de son humanit&eacute;, donc aussi dans la v&eacute;rit&eacute; de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute;, dans la v&eacute;rit&eacute; de son corps. Appel&eacute; dans cette v&eacute;rit&eacute; qui est un patrimoine &quot;de l'origine&quot;, un patrimoine de son coeur, plus profond que le p&eacute;ch&eacute; h&eacute;r&eacute;ditaire, plus profond que la triple concupiscence. Situ&eacute;es dans la r&eacute;alit&eacute; tout enti&egrave;re de la cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption, les paroles du Christ r&eacute;actualisent cette h&eacute;r&eacute;dit&eacute; plus profonde et lui donne une force r&eacute;elle dans la vie de l'homme.</p> <p>-&nbsp;29&nbsp;octobre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:33:29 +0000 Incarnare 92 at http://www.theologieducorps.fr TDC 047 - La rencontre de l'éthos et de l'Eros dans le coeur humain http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-047-la-rencontre-de-lethos-de-leros-dans-coeur-humain <p> <a name="1"></a>1. Au cours de nos r&eacute;flexions hebdomadaires sur l'&eacute;nonc&eacute; du Christ dans le Discours sur la Montagne o&ugrave;, en se r&eacute;f&eacute;rant au commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, il compare la &quot;concupiscence&quot; (&quot;le regard concupiscent&quot;) &agrave; l'&quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;, nous cherchons &agrave; r&eacute;pondre &agrave; la question: Ces paroles sont-elles seulement une accusation du &quot;coeur&quot; humain ou sont-elles avant tout un appel qui lui est adress&eacute;? Un appel de caract&egrave;re &eacute;thique, &eacute;videmment, un appel important et essentiel pour l'ethos de l'Evangile. Nous r&eacute;pondons que les paroles en question sont surtout un appel.<br /> En m&ecirc;me temps, nous cherchons &agrave; porter nos r&eacute;flexions sur les &quot;itin&eacute;raires&quot; que parcourt, dans son milieu, la conscience des hommes d'aujourd'hui. Dans le cycle pr&eacute;c&eacute;dent de nos consid&eacute;rations, nous avons d&eacute;j&agrave; fait allusion &agrave; l'&quot;&eacute;ros&quot;. Contrairement au mot &quot;&eacute;thos&quot;, ce terme grec qui est pass&eacute; de la mythologie &agrave; la philosophie, puis &agrave; la langue litt&eacute;raire et enfin &agrave; la langue parl&eacute;e, est &eacute;tranger au langage biblique et inconnu de lui. Si, dans les pr&eacute;sentes analyses des termes bibliques, nous utilisons le mot &quot;&eacute;thos&quot; que connaissent la Septante et le Nouveau Testament, c'est en raison de la signification g&eacute;n&eacute;rale qu'il a acquise dans la philosophie et dans la th&eacute;ologie, en embrassant dans son contenu les domaines complexes du bien et du mal qui d&eacute;pendent de la volont&eacute; humaine et qui sont soumis aux lois de la conscience et de la sensibilit&eacute; du &quot;coeur&quot; humain. Le terme &quot;&eacute;ros&quot;, qui est le nom propre d'un personnage mythologique, a, dans les &eacute;crits de Platon, (*) une signification philosophique qui semble &ecirc;tre diff&eacute;rente de la signification commune et &eacute;galement de celle qui lui est donn&eacute;e habituellement dans la litt&eacute;rature.</p> <p>Note (*) -<i>(Selon Platon, l'homme plac&eacute; entre le monde des sens et le monde des id&eacute;es a pour destin de passer du premier au second. Toutefois &agrave; lui seul, le monde des id&eacute;es n'est pas en mesure de surmonter le monde des sens: l'&eacute;ros, inn&eacute; dans l'homme, peut le faire. Quand l'homme commence &agrave; pressentir l'existence des id&eacute;es, gr&acirc;ce &agrave; la contemplation des objets existants dans le monde des sens, il re&ccedil;oit l'impulsion d'&eacute;ros ou du d&eacute;sir des id&eacute;es pures. Eros en effet oriente l'homme &quot;sensuel&quot; ou &quot;sensible&quot; vers ce qui est transcendant: la force qui dirige l'&acirc;me vers le monde des id&eacute;es. Dans le Banquet Platon d&eacute;crit les &eacute;tapes de cette influence d'&eacute;ros: celui-ci &eacute;l&egrave;ve l'&acirc;me de l'homme de la beaut&eacute; d'un corps particulier &agrave; celle de tous les corps, donc &agrave; la beaut&eacute; de la science et enfin &agrave; l'id&eacute;e m&ecirc;me du beau (cf. le Banquet 211, la R&eacute;publique 514) -- Eros n'est ni purement humain ni divin: il est quelque chose d'interm&eacute;diaire (daimonion). Sa principale caract&eacute;ristique est l'aspiration et le d&eacute;sir permanents. M&ecirc;me quand il semble donner, &eacute;ros persiste comme &quot;d&eacute;sir de poss&eacute;der&quot; et cependant il est diff&eacute;rent de l'amour purement sensuel, &eacute;tant l'amour qui tend au sublime. -- Selon Platon les dieux n'aiment pas parce qu'ils n'&eacute;prouvent aucun d&eacute;sir du fait que leurs d&eacute;sirs sont tous satisfaits. Ils ne peuvent donc &ecirc;tre qu'objet et non sujet d'amour (le Banquet 200-201). Ils n'ont donc pas de rapports directs avec l'homme. Seule la m&eacute;diation d'&eacute;ros peut permettre l'&eacute;tablissement d'un rapport (le Banquet 203). Eros est donc la voie qui conduit l'homme &agrave; la divinit&eacute;, mais non vice versa. -- L'aspiration &agrave; la transcendance est donc un &eacute;l&eacute;ment constitutif de la conception platonicienne d'&eacute;ros, conception qui surmonte le dualisme radical du monde des id&eacute;es et du monde des sens. Eros permet de passer de l'un &agrave; l'autre. Il est donc une forme de fuite au-del&agrave; du monde mat&eacute;riel auquel l'&acirc;me est tenue de renoncer parce que la beaut&eacute; du sujet sensible n'a de valeur que si elle porte &agrave; un plan plus &eacute;lev&eacute;. -- Cependant, pour Platon, &eacute;ros reste toujours l'amour &eacute;gocentrique: il tend &agrave; conqu&eacute;rir et poss&eacute;der l'objet qui repr&eacute;sente une valeur pour l'homme. Aimer le bien signifie avoir le d&eacute;sir de le poss&eacute;der &agrave; jamais. L'amour est donc toujours un d&eacute;sir d'immortalit&eacute; et ceci d&eacute;montre &eacute;galement le caract&egrave;re &eacute;gocentrique d'&eacute;ros (cf. A. Nygren. Eros et Agap&eacute;. La Notion chr&eacute;tienne de l'amour et ses transformations, I, Paris 1962, Aubier p. 180-200). -- Pour Platon, &eacute;ros est passage de la science la plus &eacute;l&eacute;mentaire &agrave; la science la plus profonde; il est en m&ecirc;me temps l'aspiration &agrave; passer de &quot;ce qui n'est pas&quot; - et c'est le mal - &agrave; ce qui &quot;existe dans toute sa pl&eacute;nitude&quot;, et c'est le bien (cf M. Scheler, Amour et connaissance, dans &quot;Le Sens de la souffrance, suivi de deux autres essais&quot;, Paris Aubier. s.a. p. 145)</i><br /> Nous devons &eacute;videmment prendre en consid&eacute;ration la vaste gamme de significations qui varient entre elles de fa&ccedil;on nuanc&eacute;e en ce qui concerne aussi bien le personnage mythologique que le contenu philosophique ou surtout le point de vue &quot;somatique&quot; ou &quot;sexuel&quot;. En tenant compte d'une aussi vaste gamme de significations, il convient d'&eacute;valuer de mani&egrave;re aussi nuanc&eacute;e que possible tout ce qui a trait &agrave; l&quot;&eacute;ros&quot; <i>(Cf. par ex. C.S. Lewis. Eros, dans: The four Loves, New York, 1960 (Harcourt. Brace) p. 131-133, 152, 159- 160; P. Chauchard, Vices des vertus, vertus des vices, Paris, 1965 (Mame), p 147)</i> et qui est d&eacute;fini comme &quot;&eacute;rotique&quot;.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Selon Platon, l'&quot;&eacute;ros&quot; repr&eacute;sente la force int&eacute;rieure qui entra&icirc;ne l'homme vers tout ce qui est bien, vrai et beau. Dans ce cas, cette &quot;attraction&quot; indique l'intensit&eacute; d'un acte subjectif de l'esprit humain. Dans la signification ordinaire tout comme dans la litt&eacute;rature, cette &quot;attraction&quot; semble &ecirc;tre avant tout de nature sensuelle. Elle suscite, chez l'homme et chez la femme, une attirance &agrave; l'approche, &agrave; l'union des corps, &agrave; cette union dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Il s'agit ici de savoir si l'&quot;&eacute;ros&quot; a la m&ecirc;me signification que dans le r&eacute;cit biblique (surtout dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>), qui atteste sans aucun doute l'attirance r&eacute;ciproque et l'appel &eacute;ternel &agrave; travers la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; &agrave; cette &quot;unit&eacute; de la chair&quot; qui, pour un temps, doit r&eacute;aliser l'union-communion des personnes. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cette interpr&eacute;tation de l'&quot;&eacute;ros&quot; (et en m&ecirc;me temps celle de sa relation avec l'ethos) que la mani&egrave;re dont nous comprenons la &quot;concupiscence&quot; dont parle le Discours sur la Montagne, acquiert &eacute;galement une importance fondamentale.</p> <p><a name="3"></a> 3. A ce qu'il para&icirc;t, le langage ordinaire prend en consid&eacute;ration cette signification de la &quot;concupiscence&quot; que nous avons pr&eacute;c&eacute;demment d&eacute;finie comme &quot;psychologique&quot; et que l'on pourrait appeler &eacute;galement &quot;sexologique&quot;, et ceci sur la base des pr&eacute;misses qui se limitent avant tout &agrave; l'interpr&eacute;tation naturaliste, &quot;somatique&quot; et sensualiste de l'&eacute;rotisme humain. (Il ne s'agit en aucune mani&egrave;re de diminuer ici la valeur des recherches scientifiques dans ce domaine, mais de souligner le danger des th&eacute;ories r&eacute;ductrices ou exclusivistes.) Or, au sens psychologique et sexologique, la concupiscence montre l'intensit&eacute; subjective de l'attirance vers l'objet en raison de son caract&egrave;re sexuel (valeur sexuelle). Cette attirance a son intensit&eacute; subjective &agrave; cause de l'&quot;attirance&quot; sp&eacute;cifique qui &eacute;tend sa domination sur la sph&egrave;re &eacute;motive de l'homme et engage sa corpor&eacute;it&eacute; (sa masculinit&eacute; ou sa f&eacute;minit&eacute; somatique). Dans le Discours sur la Montagne, lorsque nous entendons parler de la &quot;concupiscence&quot; de l'homme qui &quot;regarde la femme pour la d&eacute;sirer&quot;, ces paroles - comprises dans un sens &quot;psychologique&quot; (sexologique) - se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; la sph&egrave;re des ph&eacute;nom&egrave;nes qui se trouvent pr&eacute;cis&eacute;ment qualifi&eacute;s d'&quot;&eacute;rotiques&quot; dans le langage ordinaire. Dans les limites de l'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, il s'agit seulement de l'acte int&eacute;rieur alors que l'on qualifie d'&quot;&eacute;rotiques&quot; ces mani&egrave;res d'agir et de comportement r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme et qui sont pr&eacute;cis&eacute;ment la manifestation ext&eacute;rieure de ces actes int&eacute;rieurs. N&eacute;anmoins, il semble hors de doute qu'en raisonnant ainsi, on doive presque mettre le signe d'&eacute;galit&eacute; entre &quot;&eacute;rotique&quot; et ce qui &quot;d&eacute;coule du d&eacute;sir&quot; (et qui sert &agrave; apaiser la convoitise m&ecirc;me de la chair). S'il en &eacute;tait ainsi, les paroles du Christ, dans Matthieu 5,27-28, exprimeraient alors un jugement n&eacute;gatif sur ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot; et, adress&eacute;es au coeur humain, elles constitueraient un avertissement s&eacute;v&egrave;re contre l'&quot;&eacute;ros&quot;.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Nous avons cependant fait allusion au fait que le terme &quot;&eacute;ros&quot; poss&egrave;de de nombreuses nuances s&eacute;mantiques. C'est pourquoi, en voulant d&eacute;finir le rapport entre l'&eacute;nonc&eacute; du Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> et le vaste domaine des ph&eacute;nom&egrave;nes &quot;&eacute;rotiques&quot;, c'est-&agrave;-dire de ces actions et de ces comportements r&eacute;ciproques par lesquels l'homme et la femme s'approchent l'un de l'autre et s'unissent de mani&egrave;re &agrave; devenir &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, il faut tenir compte de la multiplicit&eacute; des nuances s&eacute;mantiques de l'&quot;&eacute;ros&quot;. Il semble possible, en effet, que dans les limites du concept d'&quot;&eacute;ros&quot;, en tenant compte de sa signification platonicienne, l'on trouve la place de cet ethos en raison des contenus &eacute;thiques et, indirectement, des contenus th&eacute;ologiques &eacute;galement qui, au cours de nos analyses, ont &eacute;t&eacute; relev&eacute;s &agrave; partir de l'appel du Christ au &quot;coeur&quot; humain dans le Discours sur la Montagne. La connaissance des multiples nuances s&eacute;mantiques de l'&quot;&eacute;ros&quot; et de ce qui, dans l'exp&eacute;rience et la description diff&eacute;renci&eacute;e de l'homme aux diff&eacute;rentes &eacute;poques et dans les diff&eacute;rents points de longitude et de latitude g&eacute;ographiques et culturelles, se trouve d&eacute;fini comme &quot;&eacute;rotique&quot;, peut aider &agrave; comprendre &eacute;galement la richesse sp&eacute;cifique et complexe du &quot;coeur&quot; auquel le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans son &eacute;nonc&eacute; de Matthieu 5,27- 28.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Si nous admettons que l'&quot;&eacute;ros&quot; signifie la force int&eacute;rieure qui &quot;attire&quot; l'homme vers le vrai, le bien et le beau, on voit alors aussi s'ouvrir dans le cadre de ce concept la voie vers ce que le Christ a voulu exprimer dans le Discours sur la Montagne. Si les paroles de Matthieu 5,27- 28, sont une &quot;accusation&quot; du coeur humain, elles sont en m&ecirc;me temps et encore davantage un appel qui lui est adress&eacute;. Cet appel est la cat&eacute;gorie propre de l'ethos de la R&eacute;demption. L'appel &agrave; ce qui est vrai, bien et beau signifie en m&ecirc;me temps, dans l'ethos de la R&eacute;demption, la n&eacute;cessit&eacute; de vaincre ce qui d&eacute;coule de la triple concupiscence. Il signifie aussi la possibilit&eacute; et la n&eacute;cessit&eacute; de transformer ce qui a &eacute;t&eacute; alourdi par la concupiscence de la chair. En outre, si les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, repr&eacute;sentent cet appel, elles signifient alors que, dans le domaine &eacute;rotique, l'&quot;&eacute;ros&quot; et l'&quot;ethos&quot; ne s'&eacute;cartent pas l'un de l'autre, ne s'opposent pas l'un &agrave; l'autre mais sont appel&eacute;s &agrave; se rencontrer dans le coeur humain et, dans cette rencontre, &agrave; fructifier. Il est bien digne du &quot;coeur&quot; humain que ce qui est la forme de ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot; soit en m&ecirc;me temps la forme de l'ethos, c'est-&agrave;-dire de ce qui est &quot;&eacute;thique&quot;.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Cette affirmation est tr&egrave;s importante pour l'ethos et en m&ecirc;me temps pour l'&eacute;thique. En effet, on attache souvent une signification &quot;n&eacute;gative&quot; &agrave; ce dernier concept parce que l'&eacute;thique comporte des normes, des commandements et aussi des interdits. Nous sommes en g&eacute;n&eacute;ral port&eacute;s &agrave; consid&eacute;rer les paroles du Discours sur la Montagne concernant la concupiscence (concernant &quot;le regard pour d&eacute;sirer&quot;) exclusivement comme un interdit, un interdit dans le domaine de l'&quot;&eacute;ros&quot;, c'est-&agrave;-dire dans le domaine &quot;&eacute;rotique&quot;. Tr&egrave;s souvent, nous nous contentons seulement de cette mani&egrave;re de comprendre, sans chercher &agrave; d&eacute;voiler les valeurs vraiment profondes et essentielles que cet interdit couvre, c'est-&agrave;- dire assure. Non seulement il les prot&egrave;ge, mais il les rend accessibles et il les lib&egrave;re si nous apprenons &agrave; leur ouvrir notre &quot;coeur&quot;.<br /> Le Christ nous l'enseigne dans le Discours sur la Montagne et il dirige le coeur de l'homme vers ces valeurs.</p> <p>- 5 novembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:38:07 +0000 Incarnare 93 at http://www.theologieducorps.fr TDC 048 - Les exigences du Christ dans le discours sur la montagne http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-048-exigences-du-christ-dans-discours-sur-la-montagne <p><a name="1"></a>1. Nous reprenons aujourd'hui notre analyse commenc&eacute;e la semaine derni&egrave;re sur le rapport r&eacute;ciproque qui existe entre ce qui est &quot;&eacute;thique&quot; et ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot;. Nos r&eacute;flexions se d&eacute;roulent sur la trame des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne par lesquelles il se r&eacute;f&egrave;re au commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; et par lesquelles, en m&ecirc;me temps, il d&eacute;finit la &quot;concupiscence&quot; (le &quot;regard concupiscent&quot;) comme &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;. De ces r&eacute;flexions, il r&eacute;sulte que l'&quot;ethos&quot; est li&eacute; &agrave; la d&eacute;couverte d'un nouvel ordre de valeurs. Il faut retrouver continuellement dans ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot; la signification sponsale du corps et la dignit&eacute; authentique du don. C'est la t&acirc;che de l'esprit humain, une tache de nature &eacute;thique. Si l'on n'accomplit pas cette t&acirc;che, l'attirance m&ecirc;me des sens et la passion du corps peuvent s'arr&ecirc;ter &agrave; la simple concupiscence priv&eacute;e de valeur &eacute;thique et l'&ecirc;tre humain, homme et femme, n'exp&eacute;rimentent pas cette pl&eacute;nitude de l'&quot;&eacute;ros&quot; qui signifie l'&eacute;lan de l'esprit humain vers ce qui est vrai, bien et beau et par l'interm&eacute;diaire duquel &eacute;galement ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot; devient vrai, bien et beau. Il est donc indispensable que l'ethos devienne la forme constitutive de l'&eacute;ros.</p> <p><a name="2"></a> 2. Les r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes sont &eacute;troitement li&eacute;es au probl&egrave;me de la spontan&eacute;it&eacute;. Bien souvent on pense que c'est pr&eacute;cis&eacute;ment l'ethos qui d&eacute;pouille de sa spontan&eacute;it&eacute; ce qui est &eacute;rotique dans la vie et dans le comportement de l'homme et, pour cette raison, on exige la s&eacute;paration de l'ethos &quot;&agrave; l'avantage&quot; de l'&eacute;ros. Les paroles du Discours sur la Montagne sembleraient &eacute;galement s'opposer &agrave; ce &quot;bien&quot;. Mais cette opinion est erron&eacute;e et en tout cas superficielle. En la soutenant avec obstination et en l'acceptant, nous n'arriverions jamais aux pleines dimensions de l'&eacute;ros et cela se r&eacute;percute in&eacute;vitablement dans le domaine de la &quot;praxis&quot; qui s'y rapporte, c'est-&agrave;-dire sur notre comportement et aussi sur l'exp&eacute;rience concr&egrave;te des valeurs. En effet, celui qui accepte l'ethos de l'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, doit savoir qu'il est aussi appel&eacute; &agrave; la spontan&eacute;it&eacute; pleine et m&ucirc;re des rapports qui naissent de l'attirance &eacute;ternelle de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;. Une telle spontan&eacute;it&eacute; est pr&eacute;cis&eacute;ment le fruit graduel du discernement des impulsions du coeur.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Les paroles du Christ sont s&eacute;v&egrave;res. Elles exigent de l'homme que, dans le cadre o&ugrave; se forment les rapports avec les personnes de l'autre sexe, il ait une pleine et profonde conscience de ses actes et surtout des actes int&eacute;rieurs; qu'il ait conscience des impulsions internes de son &quot;coeur&quot; de sorte qu'il soit capable de les caract&eacute;riser et de les d&eacute;finir avec maturit&eacute;. Les paroles du Christ exigent que, dans ce domaine qui semble appartenir exclusivement au corps et aux sens, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'homme ext&eacute;rieur, il sache &ecirc;tre vraiment un homme int&eacute;rieur; qu'il sache ob&eacute;ir &agrave; une conscience droite qu'il sache &ecirc;tre le ma&icirc;tre v&eacute;ritable de ses impulsions intimes, comme un gardien qui surveille une source cach&eacute;e; et qu'il sache enfin tirer de toutes ces impulsions ce qui convient &agrave; la &quot;puret&eacute; du coeur&quot;, en construisant avec conscience et coh&eacute;rence ce sens personnel de la signification sponsale du corps qui ouvre l'espace int&eacute;rieur de la libert&eacute; du don.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Ainsi, si l'homme veut r&eacute;pondre &agrave; l'appel exprim&eacute; par Matthieu 5,27-28, il doit apprendre avec pers&eacute;v&eacute;rance et coh&eacute;rence ce qu'est la signification du corps, la signification de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute;. Il doit l'apprendre non seulement &agrave; travers une abstraction objectivante (bien que cela soit &eacute;galement n&eacute;cessaire), mais surtout dans le domaine des r&eacute;actions int&eacute;rieures de son &quot;coeur&quot;. C'est une &quot;science&quot; qui ne peut pas &ecirc;tre vraiment apprise dans les livres car il s'agit ici en premier lieu de la &quot;connaissance&quot; profonde de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine.<br /> Dans le cadre de cette connaissance, l'homme apprend &agrave; discerner ce qui, d'une part, compose la richesse multiforme de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; dans les signes qui proviennent de leur appel &eacute;ternel et de leur attirance cr&eacute;atrice et ce qui, d'autre part, porte seul le signe de la concupiscence. Bien que ces variantes et ces nuances des raisons internes du &quot;coeur&quot; se confondent entre elles &agrave; l'int&eacute;rieur d'une certaine limite, il est cependant dit que l'homme int&eacute;rieur a &eacute;t&eacute; appel&eacute; par le Christ &agrave; acqu&eacute;rir pleinement et avec maturit&eacute; un jugement qui le porte &agrave; discerner et &agrave; juger les diff&eacute;rentes raisons de son coeur. Il faut ajouter que cette t&acirc;che peut &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute;e et qu'elle est vraiment digne de l'homme.<br /> En effet, le discernement dont nous sommes en train de parler a une relation essentielle avec la spontan&eacute;it&eacute;. La structure subjective de l'homme montre, dans ce domaine, une richesse sp&eacute;cifique et une diff&eacute;renciation claire. Par cons&eacute;quent, la noble satisfaction est une chose, le d&eacute;sir sexuel, au contraire, en est une autre. Lorsque le d&eacute;sir sexuel est li&eacute; &agrave; une noble satisfaction, il est diff&egrave;rent d'un d&eacute;sir pur et simple. De mani&egrave;re analogique, pour ce qui est du domaine des r&eacute;actions imm&eacute;diates du &quot;coeur&quot;, l'excitation sexuelle est bien diff&eacute;rente de l'&eacute;motion profonde par laquelle non seulement la sensibilit&eacute; int&eacute;rieure mais la sexualit&eacute; elle-m&ecirc;me r&eacute;agissent &agrave; l'expression int&eacute;grale de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute;. On ne peut pas d&eacute;velopper ici plus longuement ce th&egrave;me. Mais il est certain que si nous affirmons que les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> sont s&eacute;v&egrave;res, elles le sont &eacute;galement dans le sens o&ugrave; elles contiennent en elles-m&ecirc;mes les exigences profondes concernant la spontan&eacute;it&eacute; humaine.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Une telle spontan&eacute;it&eacute; ne peut exister dans toutes les raisons et dans toutes les impulsions qui naissent de la pure concupiscence charnelle, &eacute;tant donn&eacute; qu'elle est d&eacute;pourvue d'un choix et d'une hi&eacute;rarchie ad&eacute;quats. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment au prix de leur domination que l'homme arrive &agrave; cette spontan&eacute;it&eacute; plus profonde et plus m&ucirc;re par laquelle son &quot;coeur&quot;, en ma&icirc;trisant les instincts, red&eacute;couvre la beaut&eacute; spirituelle du signe constitu&eacute; par le corps humain dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;. Comme cette d&eacute;couverte se consolide dans la conscience comme conviction et dans la volont&eacute; comme orientation aussi bien des choix possibles que des simples d&eacute;sirs, le coeur humain devient participant, pour ainsi dire, d'une autre spontan&eacute;it&eacute; dont &quot;l'homme charnel&quot; ne sait rien ou sait tr&egrave;s peu de chose. Il n'y a, aucun doute, nous sommes appel&eacute;s pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; une telle spontan&eacute;it&eacute; &agrave; travers les paroles du Christ dans Matthieu 5,27-28. Et peut- &ecirc;tre le domaine le plus important de la &quot;praxis&quot; - celui qui se rapporte aux actes les plus &quot;int&eacute;rieurs&quot; - est-il pr&eacute;cis&eacute;ment celui qui trace graduellement la route vers une telle spontan&eacute;it&eacute;.<br /> C'est l&agrave; un vaste sujet qu'il conviendra de reprendre encore une fois &agrave; l'avenir, lorsque nous nous emploierons &agrave; montrer quelle est la vraie nature de la &quot;puret&eacute; &eacute;vang&eacute;lique du coeur&quot;. Pour aujourd'hui, nous terminons en disant que les paroles du Discours sur la Montagne, par lesquelles le Christ attire l'attention de ses auditeurs de son &eacute;poque et d'aujourd'hui sur la &quot;concupiscence&quot; (&quot;regard concupiscent&quot;), montrent indirectement la voie vers la spontan&eacute;it&eacute; m&ucirc;re du &quot;coeur&quot; humain qui n'&eacute;touffe pas ses nobles d&eacute;sirs et ses aspirations, mais qui, au contraire, les lib&egrave;re et, d'une certaine mani&egrave;re, les aide.<br /> Ce que nous avons dit sur le rapport r&eacute;ciproque entre ce qui est &quot;&eacute;thique&quot; et ce qui est &quot;&eacute;rotique&quot;, d'apr&egrave;s l'ethos du Discours sur la Montagne, suffit pour aujourd'hui.</p> <p>- 12 novembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:46:13 +0000 Incarnare 94 at http://www.theologieducorps.fr TDC 049 - La Rédemption du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-049-la-redemption-du-corps <p> <a name="1"></a> 1. Au d&eacute;but de nos consid&eacute;rations sur les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, nous avons constat&eacute; que ces paroles contiennent une profonde signification &eacute;thique et anthropologique. Il s'agit ici du passage o&ugrave; le Christ rappelle le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; et il ajoute: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle (ou &agrave; son &eacute;gard) dans son coeur&quot;. Nous parlons de la signification &eacute;thique et anthropologique de ces paroles parce qu'elles font allusion aux deux dimensions qui sont &eacute;troitement li&eacute;es entre elles: l'ethos et l'homme &quot;historique&quot;. Au cours de nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses, nous avons cherch&eacute; &agrave; suivre ces deux dimensions, en ayant toujours pr&eacute;sent &agrave; l'esprit que les paroles du Christ sont adress&eacute;es au &quot;coeur&quot; c'est-&agrave;-dire &agrave; l'homme int&eacute;rieur. L'homme int&eacute;rieur est le sujet sp&eacute;cifique de l'ethos du corps et c'est de cet ethos que le Christ veut impr&eacute;gner la conscience et la volont&eacute; de ses auditeurs et de ses disciples. C'est incontestablement un &quot;nouvel&quot; ethos. Il est &quot;nouveau&quot; par rapport &agrave; l'ethos des hommes de l'Ancien Testament, comme nous avons d&eacute;j&agrave; cherch&eacute; &agrave; le montrer dans des analyses plus particuli&egrave;res. Il est &eacute;galement &quot;nouveau&quot; par rapport &agrave; l'&eacute;tat de l'homme &quot;historique&quot;, post&eacute;rieur au p&eacute;ch&eacute; originel, c'est-&agrave;-dire par rapport &agrave; l'&quot;homme de la concupiscence&quot;.<br /> C'est donc un &quot;nouvel&quot; ethos dans un sens et avec une port&eacute;e universels. Il est &quot;nouveau&quot; par rapport &agrave; tout homme, ind&eacute;pendamment de n'importe quelle longitude et de n'importe quelle latitude g&eacute;ographique et historique.</p> <p><a name="2"></a> 2. Ce &quot;nouvel&quot; ethos qui ressort de la perspective des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne, nous l'avons d&eacute;j&agrave; plusieurs fois appel&eacute; &quot;ethos de la R&eacute;demption&quot; et, plus pr&eacute;cis&eacute;ment, ethos de la R&eacute;demption du corps. Ici, nous avons suivi saint Paul qui, dans la lettre aux Romains, oppose &quot;l'esclavage de la corruption&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hy">Rm 8,21</a></i> et la soumission &quot;au pouvoir du n&eacute;ant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hx">Rm 8,20</a></i> - auquel participe toute la cr&eacute;ation &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute; - au d&eacute;sir de la &quot;R&eacute;demption de notre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Dans ce contexte, l'ap&ocirc;tre parle des g&eacute;missements de &quot;toute la cr&eacute;ation&quot; qui &quot;garde l'esp&eacute;rance d'&ecirc;tre, elle aussi, lib&eacute;r&eacute;e de l'esclavage de la corruption pour avoir part &agrave; la libert&eacute; et &agrave; la gloire des enfants de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hx">Rm 8,20-21</a></i>. De cette mani&egrave;re, saint Paul d&eacute;voile la situation de toute la cr&eacute;ation et, en particulier, celle de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;. L'aspiration qui - avec la nouvelle &quot;adoption comme fils&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i> - tend pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la &quot;R&eacute;demption du corps&quot;, pr&eacute;sent&eacute;e comme la fin, le fruit eschatologique et accompli du myst&egrave;re de la R&eacute;demption de l'homme et du monde accomplie dans le Christ, est significative pour cette situation.</p> <p> <a name="3"></a> 3. En quel sens donc pouvons-nous parler de l'ethos de la R&eacute;demption et sp&eacute;cialement de la R&eacute;demption du corps? Nous devons reconna&icirc;tre que dans le contexte des paroles du Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> que nous avons analys&eacute;es, cette signification n'appara&icirc;t pas encore dans toute sa pl&eacute;nitude. Elle se manifestera plus compl&egrave;tement lorsque nous aurons examin&eacute; d'autres paroles du Christ, celles par exemple o&ugrave; il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35-36</a></i></p> <p>Cependant, il ne fait aucun doute que, dans le Discours sur la Montagne &eacute;galement, le Christ parle dans la perspective de la R&eacute;demption de l'homme et du monde (et donc pr&eacute;cis&eacute;ment de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot;). Elle est de fait la perspective de l'Evangile tout entier, de l'enseignement tout entier et m&ecirc;me de toute la mission du Christ. Bien que le contexte imm&eacute;diat du Discours sur la Montagne indique la loi et les proph&egrave;tes comme le point de r&eacute;f&eacute;rence historique, celui pr&eacute;cis&eacute;ment du Peuple de Dieu de l'ancienne alliance, nous ne pouvons cependant jamais oublier que, dans l'enseignement du Christ, la r&eacute;f&eacute;rence fondamentale &agrave; la question du mariage et aux probl&egrave;mes des relations entre l'homme et la femme se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'&quot;origine&quot;. Une telle r&eacute;f&eacute;rence ne peut &ecirc;tre justifi&eacute;e que par la r&eacute;alit&eacute; de la R&eacute;demption. En dehors d'elle, il ne demeurerait en effet que la triple concupiscence ou cet &quot;esclavage de la corruption&quot; dont parle l'ap&ocirc;tre Paul <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hy">Rm 8,21</a></i>. Ce qui justifie la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'&quot;origine&quot;, c'est seulement la perspective de la R&eacute;demption ou la perspective du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation dans la totalit&eacute; de l'enseignement du Christ au sujet des probl&egrave;mes du mariage, de l'homme et de la femme et de leur rapport mutuel. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> se situent, en d&eacute;finitive, dans la m&ecirc;me perspective th&eacute;ologique.</p> <p><a name="4"></a> 4. Dans le Discours sur la Montagne, le Christ n'invite pas l'homme &agrave; revenir &agrave; l'&eacute;tat de l'innocence originelle puisque l'humanit&eacute; l'a laiss&eacute; irr&eacute;vocablement derri&egrave;re elle mais il l'appelle &agrave; retrouver - sur le fondement des significations &eacute;ternelles et, pour ainsi dire, indestructibles de ce qui est &quot;humain&quot; - les formes vives de l'&quot;homme nouveau&quot;. De cette mani&egrave;re, se noue un lien et il y a m&ecirc;me une continuit&eacute; entre l'&quot;origine&quot; et la perspective de la R&eacute;demption. L'ethos originel de la cr&eacute;ation devra de nouveau &ecirc;tre repris dans l'ethos de la R&eacute;demption du corps. Le Christ ne change pas la loi mais il confirme le commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;. Mais, en m&ecirc;me temps, il conduit l'intelligence et le coeur de ses auditeurs vers cette &quot;pl&eacute;nitude de la justice&quot; voulue par Dieu cr&eacute;ateur et l&eacute;gislateur que ce commandement contient en lui. Cette pl&eacute;nitude est d&eacute;couverte d'abord par une vision int&eacute;rieure du &quot;coeur&quot; et ensuite par une mani&egrave;re ad&eacute;quate d'&ecirc;tre et d'agir. La forme de l'&quot;homme nouveau&quot; peut &eacute;merger de cette mani&egrave;re d'&ecirc;tre et d'agir dans la mesure o&ugrave; l'ethos de la R&eacute;demption du corps domine la concupiscence de la chair et l'homme de la concupiscence tout entier. Le Christ indique clairement que la voie pour y parvenir doit &ecirc;tre la voie de la temp&eacute;rance et du contr&ocirc;le des d&eacute;sirs et cela &agrave; la racine m&ecirc;me, d&eacute;j&agrave; dans la sph&egrave;re purement int&eacute;rieure (&quot;quiconque regarde pour d&eacute;sirer... &quot;). L'ethos de la R&eacute;demption contient dans chaque domaine - et directement dans la sph&egrave;re de la concupiscence de la chair - l'obligation de la domination de soi, la n&eacute;cessit&eacute; d'une continence imm&eacute;diate et d'une temp&eacute;rance habituelle.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Cependant, la temp&eacute;rance et la continence ne signifie pas - s'il est possible de s'exprimer ainsi - une suspension dans le vide: ni une suspension dans le vide des valeurs ni dans le vide du sujet. L'ethos de la R&eacute;demption se r&eacute;alise dans la ma&icirc;trise de soi par la temp&eacute;rance, c'est-&agrave;-dire la continence des d&eacute;sirs. Dans ce comportement, le coeur humain reste li&eacute; &agrave; la valeur dont, &agrave; travers le d&eacute;sir, il serait autrement &eacute;loign&eacute;, en s'orientant vers la pure concupiscence priv&eacute;e de valeur &eacute;thique (comme nous l'avons montr&eacute; dans la pr&eacute;c&eacute;dente analyse). Sur le terrain de l'ethos de la R&eacute;demption, l'union &agrave; cette valeur par un acte de domination se trouve confirm&eacute;e ou r&eacute;tablie avec une force et une fermet&eacute; encore plus profonde. Il s'agit ici de la valeur de la signification sponsale du corps, de la valeur d'un signe transparent par lequel le Cr&eacute;ateur - avec l'attirance &eacute;ternelle et r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme &agrave; travers la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; - a &eacute;crit dans le coeur des deux le don de la communion, c'est-&agrave;-dire la myst&eacute;rieuse r&eacute;alit&eacute; de son image et de sa ressemblance. C'est de cette valeur qu'il s'agit dans l'acte de domination de soi et de la temp&eacute;rance auxquelles le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Cet acte peut donner l'impression d'une suspension &quot;du sujet dans le vide&quot;. Il peut donner cette impression en particulier lorsqu'il est n&eacute;cessaire de se d&eacute;cider &agrave; l'accomplir pour la premi&egrave;re fois ou, encore plus, lorsque l'habitude contraire est cr&eacute;&eacute;e, lorsque l'homme s'est habitu&eacute; &agrave; c&eacute;der &agrave; la concupiscence de la chair. Cependant, m&ecirc;me la premi&egrave;re fois et encore plus s'il en acquiert ensuite la capacit&eacute;, l'homme fait l'exp&eacute;rience progressive de sa dignit&eacute; et, par la temp&eacute;rance, il atteste sa propre domination sur lui-m&ecirc;me et il prouve qu'il accomplit ce qui est essentiellement personnel en lui. En outre, il exp&eacute;rimente progressivement la libert&eacute; du don et, d'un autre c&ocirc;t&eacute;, il est la r&eacute;ponse du sujet &agrave; la valeur sponsale du corps humain dans sa f&eacute;minit&eacute; et dans sa masculinit&eacute;. Ainsi donc, l'ethos de la R&eacute;demption du corps se r&eacute;alise &agrave; travers la domination de soi, &agrave; travers la temp&eacute;rance des &quot;d&eacute;sirs&quot;, quand le coeur humain fait alliance avec cet ethos ou plut&ocirc;t il la confirme par l'int&eacute;gralit&eacute; de sa subjectivit&eacute;: lorsque se manifestent les possibilit&eacute;s et les dispositions les plus profondes et n&eacute;anmoins les plus r&eacute;elles de la personne, lorsque peuvent s'exprimer les aspects les plus profonds de sa puissance auxquelles la concupiscence de la chair ne permettraient pas, pour ainsi dire, de se manifester. Ces aspects ne peuvent pas non plus &eacute;merger lorsque le coeur humain est enferm&eacute; dans un soup&ccedil;on permanent comme il r&eacute;sulte de l'herm&eacute;neutique freudienne. Elles ne peuvent pas non plus se manifester lorsque l'&quot;antivaleur&quot; manich&eacute;enne domine dans la conscience. Au contraire, l'ethos de la R&eacute;demption se base sur l'&eacute;troite alliance avec ces aspects.</p> <p> <a name="7"></a> 7. Des r&eacute;flexions ult&eacute;rieures nous en donneront d'autres preuves. En terminant nos analyses sur l'&eacute;nonc&eacute; si significatif du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, nous voyons qu'en lui le &quot;coeur&quot; humain est surtout l'objet d'un appel et non d'une accusation. En m&ecirc;me temps, nous devons admettre que la conscience du p&eacute;ch&eacute; est dans l'homme historique non seulement un point de d&eacute;part n&eacute;cessaire mais aussi une indispensable condition de son aspiration &agrave; la vertu, &agrave; la &quot;puret&eacute; de coeur&quot;, &agrave; la perfection. L'ethos de la R&eacute;demption du corps demeure profond&eacute;ment enracin&eacute; dans le r&eacute;alisme anthropologique et axiologique de la r&eacute;v&eacute;lation. En se r&eacute;f&eacute;rant, dans ce cas, au &quot;coeur&quot;, le Christ formule ses paroles de la mani&egrave;re la plus concr&egrave;te: en effet, l'homme est unique et singulier surtout &agrave; cause de son &quot;coeur&quot; qui d&eacute;cide &quot;&agrave; partir de l'int&eacute;rieur&quot;. La cat&eacute;gorie du &quot;coeur&quot; est, dans un certain sens, l'&eacute;quivalent de la subjectivit&eacute; personnelle. La voie de l'appel &agrave; la puret&eacute; du coeur, comme l'exprime le Discours sur la Montagne, est dans chaque cas une r&eacute;miniscence de la solitude originelle dont l'homme a &eacute;t&eacute; lib&eacute;r&eacute; par l'ouverture &agrave; l'autre &ecirc;tre humain, &agrave; la femme. En fin de compte, la puret&eacute; de coeur s'exprime par le regard vers l'autre sujet qui est originellement et &eacute;ternellement &quot;co-appel&eacute;&quot;.<br /> La puret&eacute; est une exigence de l'amour. C'est la dimension de sa v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure dans le &quot;coeur&quot; de l'homme.</p> <p>- 3 d&eacute;cembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 19:19:25 +0000 Incarnare 95 at http://www.theologieducorps.fr TDC 050 - La signification de la pureté http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-050-la-signification-de-la-purete <p> <a name="1"></a>1. L'analyse de la puret&eacute; devra &ecirc;tre un compl&eacute;ment indispensable des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne sur lesquelles nous avons centr&eacute; le cycle de nos pr&eacute;sentes r&eacute;flexions. Lorsque le Christ, en expliquant la signification exacte du commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, fait appel &agrave; l'homme int&eacute;rieur, il sp&eacute;cifie en m&ecirc;me temps la dimension fondamentale de la puret&eacute; par laquelle se trouvent marqu&eacute;s les rapports r&eacute;ciproques entre l'homme et la femme dans le mariage et en dehors du mariage. Les paroles: &quot;Mais moi je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> expriment ce qui s'oppose &agrave; la puret&eacute;. En m&ecirc;me temps, ces paroles exigent la puret&eacute; qui, dans le Discours sur la Montagne, est contenue dans l'&eacute;nonc&eacute; des B&eacute;atitudes: &quot;Bienheureux les coeurs purs car ils verront Dieu&quot;. De cette mani&egrave;re, le Christ adresse un appel au coeur humain: Il l'invite, il ne l'accuse pas, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; pr&eacute;c&eacute;demment montr&eacute;.</p> <p> <a name="2"></a>2. Le Christ voit dans le coeur, dans l'intimit&eacute; de l'homme la source de la puret&eacute; - mais aussi de l'impuret&eacute; morale - au sens fondamental et le plus g&eacute;n&eacute;ral du mot. Cela est confirm&eacute;, par exemple, par la r&eacute;ponse faite aux Pharisiens qui sont scandalis&eacute;s par le fait que les disciples &quot;transgressent la tradition des anciens car ils ne se lavent pas les mains lorsqu'ils mangent&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#vs">Mt 15,2</a></i>. J&eacute;sus dit alors &agrave; ses auditeurs: &quot;Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur; ce qui sort de la bouche. Voil&agrave; ce qui rend l'homme impur&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#v1">Mt 15,11</a></i>. A ses disciples, au contraire, en r&eacute;pondant &agrave; la question de Pierre, il explique ainsi ces paroles &quot; ...Ce qui sort de la bouche provient du coeur et c'est cela qui rend l'homme impur. Du coeur, en effet, proviennent intentions mauvaises, meurtres, adult&egrave;res, inconduite, vols faux t&eacute;moignages, injures. C'est l&agrave; ce qui rend l'homme impur; mais manger sans s'&ecirc;tre lav&eacute; les mains ne rend pas l'homme impur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wc">Mt 15,18-20</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbw.htm#ml">Mc 7,20-23</a></i>.<br /> Lorsque nous parlons de &quot;puret&eacute;&quot;, de &quot;pur&quot;, au sens premier de ces termes, nous indiquons ce qui s'oppose &agrave; ce qui est sale. &quot;Salir&quot; signifie &quot;rendre impur&quot;, &quot;polluer&quot;. Cela se r&eacute;f&egrave;re aux diff&eacute;rents domaines du monde physique. Par exemple, on parle d'une &quot;route sale&quot;, d'une &quot;pi&egrave;ce sale&quot;, on parle aussi de l'&quot;air pollu&eacute;&quot;. C'est ainsi &eacute;galement que l'homme peut &ecirc;tre sale lorsque son corps n'est pas propre. Pour enlever les salet&eacute;s du corps, il faut le laver. Dans la tradition de l'Ancien Testament, on attribuait une grande importance aux ablutions rituelles, par exemple au lavement des mains avant de manger, ce dont parle le texte cit&eacute;. Il y avait des prescriptions nombreuses et particuli&egrave;res qui concernaient les ablutions du corps par rapport &agrave; l'impuret&eacute; sexuelle, entendue au sens exclusivement physiologique, &agrave; laquelle nous avons fait pr&eacute;c&eacute;demment allusion <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#qr">Lv 15</a></i>. Selon l'&eacute;tat de la science m&eacute;dicale du temps, les diff&eacute;rentes ablutions pouvaient correspondre &agrave; des prescriptions hygi&eacute;niques. Par le fait qu'elles &eacute;taient impos&eacute;es au nom de Dieu et contenues dans les livres sacr&eacute;s de la l&eacute;gislation de l'Ancien Testament, leur observance acqu&eacute;rait indirectement une signification religieuse. C'&eacute;tait des ablutions rituelles et, dans la vie de l'homme de l'ancienne alliance, elles servaient &agrave; la &quot;puret&eacute;&quot; rituelle.</p> <p><a name="3"></a>3. En rapport avec cette tradition juridico-religieuse de l'ancienne alliance s'est form&eacute;e une mani&egrave;re erron&eacute;e de comprendre la puret&eacute; morale.<br /> Note - <i>(A c&ocirc;t&eacute; d'un syst&egrave;me complexe de prescriptions concernant la puret&eacute; rituelle et sur la base duquel s'est d&eacute;velopp&eacute;e la casuistique l&eacute;gale, il existait cependant dans l'Ancien Testament le concept d'une puret&eacute; morale qui &eacute;tait transmis par deux courants: -- Les proph&egrave;tes exigeaient un comportement conforme &agrave; la volont&eacute; de Dieu et ce comportement suppose la conversion du coeur, l'ob&eacute;issance int&eacute;rieure et la droiture totale devant lui <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftl.htm#fw">Is 1,20-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz2.htm#ho">Jr 4,14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz4.htm#wx">Jr 24,7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1r.htm#baf">Ez 36,25</a></i> Un attachement semblable est &eacute;galement r&eacute;clam&eacute; par le psalmiste &quot;Qui gravira sur la montagne du Seigneur...? L'homme aux mains innocentes et au coeur pur ... Il obtiendra la b&eacute;n&eacute;diction du Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtx.htm#o0">Ps 24,3-5</a></i>. -- D'apr&egrave;s la tradition sacerdotale, l'homme qui est conscient de son profond &eacute;tat de p&eacute;cheur en n'&eacute;tant pas capable de se purifier par ses propres forces, supplie Dieu de r&eacute;aliser cette transformation du coeur qui ne peut &ecirc;tre que l'oeuvre de son acte cr&eacute;ateur: &quot;cr&eacute;e-moi, &ocirc; Dieu un coeur pur ... lave-moi et je serai plus blanc que neige ... Tu ne rejettes pas un coeur bris&eacute; et broy&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gty.htm#a41">Ps 51,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gty.htm#a4y">Ps 51,9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gty.htm#a5c">Ps 51,19</a></i> -- Les deux Courants de l'Ancien Testament se rencontrent dans la b&eacute;atitude des &quot;coeurs purs&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jj">Mt 5,8</a></i> m&ecirc;me si la formulation de celle-ci semble &ecirc;tre plus proche du <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtx.htm#oy">Ps 24</a></i> (cf. J. Dupont, les b&eacute;atitudes, vol. III les Evang&eacute;listes, Paris, 1973, Gabalda, p. 603-604)</i>.<br /> Elle la comprenait souvent de mani&egrave;re exclusivement ext&eacute;rieure et &quot;mat&eacute;rielle&quot;. En tout cas, une tendance explicite &agrave; une telle interpr&eacute;tation s'est r&eacute;pandue. Le Christ s'y oppose de mani&egrave;re radicale: rien venant &quot;de l'ext&eacute;rieur&quot; ne rend l'homme impur, aucune salet&eacute; &quot;mat&eacute;rielle&quot; ne rend l'homme impur au sens moral ou int&eacute;rieur. Aucune ablution, m&ecirc;me rituelle, ne peut par elle- m&ecirc;me produire la puret&eacute; morale. Cette puret&eacute; a sa source exclusive &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme: elle provient du coeur. Il est probable que les prescriptions respectives de l'Ancien Testament <i>(celles, par exemple, que l'on trouve dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#ra">Lv 15,16-24</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga2.htm#sd">Lv 18,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga1.htm#mv">Lv 12,1-5</a></i></i> ont servi en plus des fins hygi&eacute;niques, &agrave; attribuer &eacute;galement une certaine dimension d'int&eacute;riorit&eacute; &agrave; ce qui, dans la personne humaine, est corporel et sexuel. En tout cas, le Christ s'est bien gard&eacute; de relier la puret&eacute; au sens moral (&eacute;thique) &agrave; la physiologie et au processus organique qui s'y rapporte. A la lumi&egrave;re des paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wc">Mt 15,18-20</a></i>, cit&eacute;es ci-dessus aucun des aspects de &quot;l'impuret&eacute;&quot; sexuelle, dans le sens strictement corporel, biophysiologique, n'entre par lui- m&ecirc;me dans la d&eacute;finition de la puret&eacute; ou de l'impuret&eacute; au sens moral (&eacute;thique).</p> <p> <a name="4"></a>4. L'&eacute;nonc&eacute; en question <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wc">Mt 15,18-20</a></i> est surtout important pour des raisons s&eacute;mantiques. En parlant de la puret&eacute; au sens moral, c'est-&agrave;-dire de la vertu de la puret&eacute;, nous nous servons d'une analogie selon laquelle le mal moral se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment compar&eacute; &agrave; l'impuret&eacute;. Une telle analogie est certainement appel&eacute;e &agrave; faire partie, depuis les temps les plus recul&eacute;s, du domaine des concepts &eacute;thiques. Le Christ la reprend et la confirme dans toute son extension: &quot;Ce qui sort de la bouche de l'homme provient du coeur. C'est ce qui rend l'homme impur&quot;. Ici le Christ parle de tout mal moral, de tout p&eacute;ch&eacute;, c'est-&agrave;-dire des transgressions des diff&eacute;rents commandements et il &eacute;num&egrave;re &quot;les intentions mauvaises, les meurtres, les adult&egrave;res, les inconduites, les vols, les faux t&eacute;moignages, les injures &quot;sans se limiter &agrave; un genre sp&eacute;cifique de p&eacute;ch&eacute;&quot;. Il en r&eacute;sulte que les concepts de &quot;puret&eacute;&quot; et &quot;d'impuret&eacute;&quot; au sens moral est surtout un concept g&eacute;n&eacute;ral, non sp&eacute;cifique: par ce concept, tout bien moral est une manifestation de la puret&eacute; et tout mal moral est une manifestation de l'impuret&eacute;. L'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wc">Mt 15,18-20</a></i> ne limite pas la puret&eacute; &agrave; un secteur unique de la morale ou aux commandements qui lui sont li&eacute;s &quot;tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot; et &quot;tu ne d&eacute;sireras pas la femme de ton prochain&quot;, c'est-&agrave;-dire &agrave; ceux qui concernent les rapports r&eacute;ciproques entre l'homme et la femme, rapports qui sont li&eacute;s au corps et &agrave; la concupiscence qui s'y rattache. De mani&egrave;re analogique, nous pouvons &eacute;galement comprendre la b&eacute;atitude du Discours sur la Montagne qui s'adresse aux &quot;coeurs purs&quot; soit dans un sens g&eacute;n&eacute;rique, soit dans un sens plus sp&eacute;cifique. Seuls les contextes &eacute;ventuels permettront de d&eacute;limiter et de pr&eacute;ciser cette signification.</p> <p> <a name="5"></a>5. Une signification plus vaste et plus g&eacute;n&eacute;rale de la puret&eacute; est &eacute;galement pr&eacute;sente dans les lettres de saint Paul o&ugrave; nous caract&eacute;riserons graduellement les contextes qui, de mani&egrave;re explicite, limitent la signification de la puret&eacute; au domaine &quot;corporel&quot; et &quot;sexuel&quot;, c'est-&agrave;-dire &agrave; cette signification que nous pouvons retirer des paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne au sujet de la concupiscence qui s'exprime dans le fait &quot;de regarder la femme&quot; et qui se trouve compar&eacute;e &agrave; un &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i><br /> Saint Paul n'est pas l'auteur de paroles sur la triple concupiscence. Comme nous le savons, celles-ci se trouvent dans la premi&egrave;re lettre de Jean. Cependant, on peut dire que, analogiquement &agrave; cette concupiscence qui pour Jean <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16-17</a></i> est en opposition &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme entre Dieu et le monde (entre ce qui &quot;vient du P&egrave;re&quot; et &quot;ce qui vient du monde&quot;) - opposition &quot;dans le coeur&quot; et qui p&eacute;n&egrave;tre dans les actions de l'homme comme &quot;concupiscence des yeux, concupiscence de la chair et confiance orgueilleuse dans les biens&quot; - saint Paul rel&egrave;ve dans le chr&eacute;tien une autre contradiction: l'opposition et en m&ecirc;me temps la tension entre la &quot;chair&quot; et &quot;l'Esprit&quot; (&eacute;crit avec une majuscule, c'est-&agrave;-dire l'&quot;Esprit-Saint&quot;): &quot;Ecoutez-moi: marchez sous l'impulsion de l'Esprit et vous n'accomplirez plus ce que la chair d&eacute;sire. Car la chair en ses d&eacute;sirs s'oppose &agrave; l'esprit et l'esprit &agrave; la chair; entre eux c'est l'antagonisme; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ez">Ga 5,16-17</a></i>. Il en d&eacute;coule que la vie &quot;selon la chair&quot; est en opposition avec la vie &quot;selon l'esprit&quot;. &quot;En effet, sous l'empire de la chair, on tend &agrave; ce qui est charnel, et sous l'empire de l'esprit on tend &agrave; ce qui est spirituel&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hi">Rm 8,5</a></i><br /> Dans nos analyses &agrave; venir nous chercherons &agrave; montrer que la puret&eacute; - la puret&eacute; de coeur dont a parl&eacute; le Christ dans le Discours sur la Montagne - se r&eacute;alise pr&eacute;cis&eacute;ment dans la vie &quot;selon l'Esprit&quot;.</p> <p>- 10&nbsp;d&eacute;cembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 19:20:31 +0000 Incarnare 96 at http://www.theologieducorps.fr TDC 051 - Vie selon la chair et justification dans le Christ http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-051-vie-selon-la-chair-justification-dans-christ <p> <a name="1"></a>1. &quot;La chair a des d&eacute;sirs contraires &agrave; l'esprit et l'esprit a des d&eacute;sirs contraires &agrave; la chair&quot;. Aujourd'hui, nous allons approfondir ces paroles de saint Paul dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e0">Ga 5,17</a></i> par lesquelles nous avons conclu, la semaine derni&egrave;re, nos r&eacute;flexions sur le th&egrave;me de la signification exacte de la puret&eacute;. Paul pense &agrave; la tension qui se manifeste au plus profond de l'homme, c'est-&agrave;-dire dans son &quot;coeur&quot;. Et il ne s'agit pas ici seulement du corps (la mati&egrave;re) et de l'esprit (l'&acirc;me), comme deux &eacute;l&eacute;ments anthropologiques essentiellement diff&eacute;rents qui, depuis &quot;l'origine&quot;, constituent l'essence m&ecirc;me de l'homme. Mais ces paroles supposent cette disposition de forces qui s'est form&eacute;e en l'homme avec le p&eacute;ch&eacute; originel et &agrave; laquelle participe tout homme &quot;historique&quot;. Dans une telle disposition qui s'est form&eacute;e au plus intime de l'homme, le corps s'oppose &agrave; l'esprit et prend facilement le pas sur celui-ci (1). La terminologie paulinienne signifie toutefois quelque chose de plus: ici, l'empire de la &quot;chair&quot; semble presque co&iuml;ncider avec ce qui, dans la terminologie johannique, est la triple concupiscence qui &quot;vient du monde&quot;. La &quot;chair&quot;, dans le langage des Ep&icirc;tres de saint Paul (<a href="javascript:void(0);/*1253733815919*/">2</a>), indique non seulement l'homme &quot;ext&eacute;rieur&quot; mais aussi l'homme &quot;int&eacute;rieurement&quot; assujetti &quot;au monde&quot; (3),en un certain sens enferm&eacute; dans les limites de ces valeurs qui appartiennent seulement au monde et de ces fins que celui-ci est capable d'imposer &agrave; l'homme: des valeurs, donc, auxquelles, en tant que &quot;chair&quot;, l'homme est pr&eacute;cis&eacute;ment sensible. C'est ainsi que le langage de Paul semble se rattacher aux &eacute;l&eacute;ments essentiels de Jean, et le langage de tous deux d&eacute;note ce qu'en termes divers l'&eacute;thique et l'anthropologie contemporaines d&eacute;finissent, par exemple, comme &quot;autarcie humaniste&quot;, &quot;s&eacute;cularisme&quot; ou encore, dans un sens g&eacute;n&eacute;ral, &quot;sensualisme&quot;. L'homme qui vit &quot;selon la chair&quot;, c'est l'homme ouvert seulement &agrave; ce qui &quot;vient du monde&quot;: l est l'homme &quot;des sens&quot;, l'homme de la triple concupiscence. Ses actions le confirment comme nous le verrons sous peu.</p> <p> Notes:<br /> <a name="1-1"></a>(1) - <i>&quot;Paul comme les Grecs, n'a jamais identifi&eacute; la &quot;chair p&eacute;cheresse&quot; avec le corps physique&quot; - Dans Paul, donc, on ne doit pas identifier la chair avec le sexe ou avec le corps physique. Il est plus proche de l'id&eacute;e juive de la personnalit&eacute; physique - qui inclut les &eacute;l&eacute;ments psychiques et physiques comme v&eacute;hicule de la vie ext&eacute;rieure et des niveaux inf&eacute;rieurs de l'exp&eacute;rience. -- C'est l'homme dans son humanit&eacute; avec les limites, la faiblesse morale, la vuln&eacute;rabilit&eacute;, la condition de cr&eacute;ature et la mortalit&eacute; que la nature humaine implique... -- L'homme est vuln&eacute;rable tant devant le mal que devant Dieu. Il est un v&eacute;hicule, un canal, une r&eacute;sidence, un temple, un champ de bataille pour le bien et pour le mal. -- Qui le poss&eacute;dera, l'habitera, le dominera - ou le p&eacute;ch&eacute;, le mal, l'esprit actuellement &agrave; l'oeuvre chez les enfants de d&eacute;sob&eacute;issance ou le christ, l'Esprit-Saint, la foi, la gr&acirc;ce - voil&agrave; le choix qui s'offre &agrave; chaque homme. -- Le fait qu'il lui soit possible de choisir ainsi, fait voir l'autre face de la conception paulinienne de la nature humaine, la conscience de l'homme et l'esprit humain&quot; (R.E.O. White, Biblical Ethics, Exeter 1979, Paternoster Press, p. 135-138).</i></p> <p> <a name="1-2"></a> (2) - <i>L'interpr&eacute;tation du mot grec Sarx &quot;chair&quot; dans les Ep&icirc;tres de Paul d&eacute;pend du contexte. Dans l'Ep&icirc;tre aux Galates, par exemple, on peut relever au moins deux significations diff&eacute;rentes de ce mot. -- En &eacute;crivant aux Galates, Paul luttait contre deux dangers qui mena&ccedil;aient la jeune communaut&eacute; chr&eacute;tienne. -- D'une part, les convertis du juda&iuml;sme tentaient de convaincre les convertis du paganisme d'accepter la circoncision qui &eacute;tait obligatoire dans leur religion. Paul leur reproche de &quot;se glorifier dans leur chair&quot;, c'est-&agrave;-dire de placer leur esp&eacute;rance dans la circoncision. &quot;Chair&quot; signifie donc, dans le contexte <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#co">Ga 3,1-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#cz">Ga 3,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#fp">Ga 6,12-18</a></i> circoncision, comme symbole d'une nouvelle soumission aux lois du juda&iuml;sme. -- Dans la jeune Eglise galate, le second danger provenait de l'influence des &quot;Pneumatiques&quot; qui entendaient l'op&eacute;ration du Saint-Esprit comme divinisation de l'homme plut&ocirc;t que comme puissance op&eacute;rante au sens &eacute;thique. Ceci les amenait &agrave; sous-&eacute;valuer les principes moraux. Dans l'Ep&icirc;tre qu'il adresse, Paul appelle &quot;chair&quot; tout ce qui rapproche l'homme de l'objet de sa convoitise, l'attire avec la s&eacute;duisante promesse d'une vie en apparence plus pleine <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ew">Ga 5,13-6,10</a></i>. -- La sarx &quot;se r&eacute;f&egrave;re&quot; donc tout autant &agrave; la &quot;Loi&quot; qu'&agrave; son infraction, et dans l'un comme dans l'autre cas elle promet ce qu'elle ne saurait tenir. -- Paul &eacute;tablit explicitement une distinction entre l'objet de l'action et la &quot;sarx&quot;. Ce n'est pas dans la &quot;chair&quot; que se trouve le centre de la d&eacute;cision: &quot;Laissez- vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ey">Ga 5,15</a></i>. -- L'homme devient esclave de la chair quand il se fie &agrave; la &quot;chair&quot; et &agrave; ce qu'elle promet (au sens de la &quot;Loi&quot; ou de l'infraction de la loi). -- (Cf F. Mussner, Der Galaterbrief, Herders Theolog. Kommentar zum N.T., IX, Fribourg 1974, Herder, p. 367 R. Jewett, Paul's Anthropological Terms, A Study of their use in conflict settings, Arbeiten zur Geschichte des antiken Judentums und Urchristentums, X, Leiden 1971, Brill p. 95- 106.)</i></p> <p> <a name="1-3"></a> (3) - <i>Paul souligne dans ses Ep&icirc;tres le caract&egrave;re dramatique de ce qui se passe dans le monde. Par leur faute, les hommes ont oubli&eacute; Dieu: &quot;..aussi Dieu les a-t-il livr&eacute;s selon les convoitises de leur coeur &agrave; l'impuret&eacute;... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#cb">Rm 1,24</a></i> d'o&ugrave; provient aussi tout le d&eacute;sordre moral qui d&eacute;forme tant la vie sexuelle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#cb">Rm 1,24-27</a></i> que le fonctionnement de la vie sociale et &eacute;conomique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#cg">Rm 1,29-32</a></i> et m&ecirc;me la vie culturelle; en effet: &quot;Bien que connaissant le verdict de Dieu qui d&eacute;clare digne de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#cj">Rm 1,32</a></i> -- Puisque par un seul homme le p&eacute;ch&eacute; est entr&eacute; dans le monde <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fk">Rm 5,12</a></i> &quot;le dieu de ce monde a aveugl&eacute; la pens&eacute;e des incr&eacute;dules afin qu'ils ne voient pas resplendir l'Evangile de la gloire du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#de">2Co 4,4</a></i>; et c'est pourquoi &quot;la col&egrave;re de Dieu se r&eacute;v&egrave;le du haut du ciel contre toute impi&eacute;t&eacute; et toute injustice des hommes qui tiennent la v&eacute;rit&eacute; captive dans l'injustice&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#b1">Rm 1,18</a></i>. C'est pourquoi &quot;la cr&eacute;ation en attente aspire &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation des fils de Dieu... avec l'esp&eacute;rance d'&ecirc;tre elle aussi lib&eacute;r&eacute;e de la servitude de la corruption pour entrer dans la libert&eacute; de la gloire des enfants de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19-21</a></i>, cette libert&eacute; pour laquelle &quot;Dieu nous a rendus libres&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ek">Ga 5,1</a></i>. -- Le concept de &quot;monde&quot; a dans saint Jean diverses significations: dans sa premi&egrave;re Ep&icirc;tre, le monde est le lieu o&ugrave; se manifeste la triple concupiscence <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bp">1Jn 2,15-16</a></i> et o&ugrave; les faux proph&egrave;tes et les adversaires du Christ cherchent &agrave; s&eacute;duire les fid&egrave;les mais les chr&eacute;tiens triomphent du monde gr&acirc;ce &agrave; leur foi <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#do">1Jn 5,4</a></i>; &quot;le monde en effet passe avec ses convoitises, mais celui qui fait la volont&eacute; de Dieu demeure &eacute;ternellement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#br">1Jn 2,17</a></i> -- (Cf. P. Grelot: &quot;Monde&quot; dans: Dictionnaire de spiritualit&eacute; asc&eacute;tique et mystique, doctrine et histoire, fascicules 68-69, Beauchesne, p. 1628 et suiv; en outre: J.Mateos, J. Barreto, Vocabulario teologico del Evangelio de Juan, Madrid 1980. Edic. Cristianidad, p. 211-215).</i></p> <p> <a name="2"></a> 2. Un tel homme vit presque au p&ocirc;le oppos&eacute; de ce que &quot;l'Esprit veut&quot;. L'Esprit de Dieu veut une r&eacute;alit&eacute; diff&eacute;rente de celle que veut la chair, convoite une r&eacute;alit&eacute; diff&eacute;rente de celle que convoite la chair et ceci d&eacute;j&agrave; au plus profond de l'homme, c'est-&agrave;-dire &agrave; la source interne des aspirations et des actions de l'homme - &quot;si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e0">Ga 5,17</a></i>.<br /> Paul exprime ceci de mani&egrave;re encore plus explicite quand il parle ailleurs du mal qu'il fait, bien que ne le voulant pas, et de l'impossibilit&eacute; - ou plut&ocirc;t de la possibilit&eacute; limit&eacute;e - &agrave; accomplir le bien qu'&quot;il veut&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#g3">Rm 7,19</a></i>. Sans entrer dans les probl&egrave;mes d'une ex&eacute;g&egrave;se d&eacute;taill&eacute;e de ce texte, on pourrait dire que la tension entre la &quot;chair&quot; et l'&quot;esprit&quot; est d'abord immanente, m&ecirc;me si elle ne se r&eacute;duit pas &agrave; ce niveau. Elle se manifeste dans son coeur comme &quot;lutte&quot; entre le bien et le mal. Ce d&eacute;sir dont parle le Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, tout acte &quot;int&eacute;rieur&quot; qu'il soit, reste certainement - selon le langage paulinien - une manifestation de la vie &quot;selon la chair&quot;. En m&ecirc;me temps, ce d&eacute;sir nous permet de constater qu'&agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme, la vie &quot;selon la chair&quot; s'oppose &agrave; la vie &quot;selon l'esprit&quot; et que, dans l'&eacute;tat actuel de l'homme d&ucirc; &agrave; l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute;, la vie &quot;selon l'esprit&quot; est constamment expos&eacute;e &agrave; la faiblesse et &agrave; l'insuffisance de la vie &quot;selon la chair&quot; &agrave; laquelle elle c&egrave;de souvent si elle n'est pas renforc&eacute;e int&eacute;rieurement pour faire pr&eacute;cis&eacute;ment &quot;ce que veut l'esprit&quot;. Nous pouvons en d&eacute;duire que les paroles de Paul qui traitent de la vie &quot;selon la chair&quot; et &quot;selon l'esprit&quot; sont en m&ecirc;me temps une synth&egrave;se et un programme, et il importe de les comprendre ainsi.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Nous trouvons dans l'Ep&icirc;tre aux Romains la m&ecirc;me opposition de la vie &quot;selon la chair&quot; &agrave; la vie &quot;selon l'esprit&quot;. Ici (comme du reste dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Galates), elle est li&eacute;e au contexte de la doctrine paulinienne de la justification par la foi, c'est-&agrave;-dire par la puissance du Christ lui-m&ecirc;me op&eacute;rant au plus intime de l'homme par l'Esprit-Saint. Dans ce contexte, Paul pousse cette opposition jusqu'&agrave; ses cons&eacute;quences extr&ecirc;mes quand il &eacute;crit: &quot;Ceux qui vivent selon la chair d&eacute;sirent ce qui est charnel; ceux qui vivent selon l'esprit, ce qui est spirituel. Car le d&eacute;sir de la chair, c'est la mort, tandis que le d&eacute;sir de l'esprit c'est la vie et la paix, puisque le d&eacute;sir de la chair est ennemi de Dieu; il ne se soumet pas &agrave; la loi de Dieu, il ne le peut m&ecirc;me pas, et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire &agrave; Dieu. Vous, vous n'&ecirc;tes pas dans la chair mais dans l'esprit, puisque l'esprit de Dieu habite en vous. Qui n'a pas l'esprit du Christ ne lui appartient pas; mais si le Christ est en vous, bien que le corps soit mort d&eacute;j&agrave; en raison du p&eacute;ch&eacute;, l'esprit est vie en raison de la justice.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hi">Rm 8,5-10</a></i>.</p> <p><a name="4"></a> 4. On aper&ccedil;oit clairement les horizons que Paul trace dans ce texte: il remonte &agrave; &quot;l'origine&quot; - c'est-&agrave;-dire, dans ce cas-ci, au premier p&eacute;ch&eacute; dont la vie &quot;selon la chair&quot; tire son origine et qui a l&eacute;gu&eacute; &agrave; l'homme une pr&eacute;disposition &agrave; vivre uniquement une telle vie, jointe &agrave; l'h&eacute;ritage de la mort. En m&ecirc;me temps, Paul affirme la victoire finale sur le p&eacute;ch&eacute; et sur la mort, dont la r&eacute;surrection du Christ est le signe et l'annonce: &quot;Celui qui a ressuscit&eacute; le Christ J&eacute;sus d'entre les morts donnera aussi la vie &agrave; vos corps mortels par son Esprit qui est en vous.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#ho">Rm 8,11</a></i>. Et dans cette perspective eschatologique, Paul met en relief &quot;la justification dans le Christ, destin&eacute;e d&eacute;j&agrave; &agrave; l'homme historique&quot;, &agrave; tout homme &quot;d'hier, d'aujourd'hui et de demain&quot; de l'histoire du monde et aussi de l'histoire du salut: justification essentielle pour l'homme int&eacute;rieur et destin&eacute;e pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ce &quot;coeur&quot; dont le Christ se r&eacute;clamait quand il a parl&eacute; de &quot;la puret&eacute;&quot; et de &quot;l'impuret&eacute;&quot; au sens moral. Cette justification par la foi ne constitue pas une simple dimension du plan divin du salut et de la sanctification de l'homme; mais, selon saint Paul, elle est une force authentique qui op&egrave;re dans l'homme et se r&eacute;v&egrave;le et s'affirme dans ses actions.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Voici de nouveau les paroles de l'Ep&icirc;tre aux Galates: &quot;Or on sait bien tout ce que produit la chair: fornication, impuret&eacute;, d&eacute;bauche, idol&acirc;trie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiment d'envie, orgie, ripailles et choses semblables... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e2">Ga 5,19-21</a></i>. &quot;Mais le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, longanimit&eacute;, serviabilit&eacute;, bont&eacute;, confiance dans les autres, douceur, ma&icirc;trise de soi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e5">Ga 5,22-23</a></i>. Dans la doctrine paulinienne, la vie &quot;selon la chair&quot; s'oppose &agrave; la vie &quot;selon l'esprit&quot;, non seulement &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme, dans son &quot;coeur&quot;, mais comme on le voit, elles trouvent aussi un champ, ample et vari&eacute;, pour se traduire en action. Paul parle, d'une part, des actions qui naissent de la chair - on pourrait dire: des oeuvres dans lesquelles se manifeste l'homme qui vit &quot;selon la chair&quot; et, d'autre part, Il parle du &quot;fruit de l'Esprit&quot;, c'est-&agrave;-dire des actions (**), des mani&egrave;res de se comporter, des vertus par lesquelles se manifeste l'homme qui vit &quot;selon l'Esprit&quot;. Alors que dans le premier cas nous avons affaire &agrave; l'homme qui s'abandonne &agrave; la triple concupiscence qui, comme le dit saint Jean, vient du monde, dans le second cas, nous nous trouvons en pr&eacute;sence de ce qu'auparavant nous avons d&eacute;j&agrave; appel&eacute; l'ethos de la R&eacute;demption. Or ce n'est que maintenant que nous sommes en mesure d'&eacute;clairer pleinement la nature et la structure de cet ethos. Celui-ci s'exprime et s'affirme par ce qui, dans l'homme, dans tout son &quot;agir&quot;, dans ses actions et attitudes, est fruit de son empire sur la triple concupiscence: celle de la chair, celle des yeux et l'orgueil de la vie (de tout ce dont le coeur humain peut &ecirc;tre justement &quot;accus&eacute;&quot; et dont l'homme et son &quot;int&eacute;riorit&eacute;&quot; peuvent &ecirc;tre continuellement &quot;suspect&eacute;s&quot;).</p> <p> Note (**) - <i>Les ex&eacute;g&egrave;tes font observer que m&ecirc;me si parfois Paul applique &eacute;galement &quot;aux oeuvres de chair&quot; le concept de &quot;fruit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#gi">Rm 6,21</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#gp">Rm 7,5</a></i>, &quot;le fruit de l'Esprit&quot; n'est jamais appel&eacute; &quot;oeuvre&quot; -- En effet, pour Paul, &quot;les oeuvres&quot; sont les propres actes de l'homme (ce en quoi Isra&euml;l place sans raison l'esp&eacute;rance) dont l'homme devra r&eacute;pondre devant Dieu.- - Paul &eacute;vite &eacute;galement le terme &quot;vertu&quot; 'ar&eacute;t&egrave;'; on trouve une seule fois celui-ci dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#d4">Ph 4,8</a></i>, utilis&eacute; dans un sens g&eacute;n&eacute;ral. Dans le monde grec, ce mot avait une signification trop anthropocentrique; les sto&iuml;ciens particuli&egrave;rement mettaient en relief l'&quot;autosuffisance&quot; ou autarcie de la vertu. -- Au contraire, l'expression &quot;fruit de l'Esprit&quot; souligne l'action de Dieu dans l'homme. Ce &quot;fruit&quot; croit en lui comme le don d'une vie dont l'unique auteur est Dieu; l'homme peut, au mieux, favoriser les conditions voulues pour que le fruit puisse cro&icirc;tre et m&ucirc;rir. -- Au singulier, le fruit de l'Esprit correspond en quelque sorte &agrave; &quot;la justice&quot; de l'Ancien Testament qui embrasse l'ensemble de la vie conforme &agrave; la volont&eacute; de Dieu; Il correspond aussi, en un certain sens, &agrave; &quot;la vertu&quot; des sto&iuml;ciens qui &eacute;tait indivisible. Nous le voyons par exemple dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/b.htm#">Ep 9,11</a></i> &quot;Le fruit de la lumi&egrave;re consiste en toute bont&eacute;, justice et v&eacute;rit&eacute; ... ne prenez aucune part aux fruits st&eacute;riles des t&eacute;n&egrave;bres... &quot; -- Toutefois, &quot;le fruit de l'Esprit&quot; est diff&eacute;rent tant de la justice que de la vertu parce que (dans toutes ses manifestations et diff&eacute;renciations qui se voient dans les catalogues des vertus) il contient l'effet de l'action de l'Esprit qui, dans l'Eglise est fondement et r&eacute;alisation de la vie du chr&eacute;tien.-- (cf. H. Schlier, Der Brief an die Galater, Meyer's Kommentar G&ouml;ttingen 1971 vandenhoeck-Ruprecht, p. 255-264; O. Bauernfeind, ar&eacute;t&egrave; in: heological Dictionary of the New Testament, &eacute;d. G. Kittel. G. Bromley, vol. I, Grand Rapids 1978, Eerdmans, p. 460; W. Tatarkiewicz, Historia Filozofii, t. I, Warszawa 1970, PWN, p. 121; E. Kamlah, Die Form der Katalogischen Par&auml;nese im Neuen Testament, Wissenschaffliche Untersuchungen zum Neuen Testament, 7, T&uuml;bingen 1964, Mhr. p. 14.)</i></p> <p> <a name="6"></a> 6. Si le contr&ocirc;le dans le domaine de l'ethos se manifeste et se r&eacute;alise comme &quot;amour, joie, paix, patience, longanimit&eacute;, serviabilit&eacute;, bont&eacute;, confiance dans les autres, douceur, ma&icirc;trise de Soi&quot; - comme nous le lisons dans l'Ep&icirc;tre aux Galates -, alors &agrave; la base de chacune de ces r&eacute;alisations, de ces attitudes, de ces vertus morales il y a un choix sp&eacute;cifique, c'est-&agrave;-dire un effort de volont&eacute;, fruit de l'esprit humain impr&eacute;gn&eacute; de l'Esprit de Dieu qui se manifeste par le choix du bien. Utilisant le langage de Paul &quot;L'Esprit a des d&eacute;sirs contraires &agrave; la chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e0">Ga 5,17</a></i> et, dans ces d&eacute;sirs, il se montre plus fort que la &quot;chair&quot; et que les d&eacute;sirs engendr&eacute;s par la triple concupiscence. Dans cette lutte entre le bien et le mal, l'homme se montre le plus fort gr&acirc;ce &agrave; la puissance de l'Esprit-Saint qui, op&eacute;rant au-dedans de l'esprit humain, fait en sorte que ses d&eacute;sirs fructifient en bien. Ceux-ci sont donc non seulement - et pas tellement - &quot;oeuvres&quot; de l'homme que &quot;fruit&quot;, c'est-&agrave;-dire effet de l'action de l'Esprit dans l'homme. C'est pourquoi Paul parle du &quot;fruit de l'Esprit&quot; en comprenant ce mot avec une majuscule.<br /> Sans p&eacute;n&eacute;trer dans les structures de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine, usant des subtiles diff&eacute;renciations que nous offre la th&eacute;ologie syst&eacute;matique (sp&eacute;cialement &agrave; partir de saint Thomas d'Aquin), nous nous limitons &agrave; l'expos&eacute; synth&eacute;tique de la doctrine biblique qui nous permet de comprendre de fa&ccedil;on essentielle et suffisante la distinction et l'opposition entre la &quot;chair&quot; et l'&quot;esprit&quot;.<br /> Nous avons fait observer que, parmi les fruits de l'Esprit, l'ap&ocirc;tre met &eacute;galement la &quot;ma&icirc;trise de soi&quot;. Il importe de ne pas l'oublier, car durant nos prochaines r&eacute;flexions nous reprendrons ce th&egrave;me pour le traiter de mani&egrave;re plus d&eacute;taill&eacute;e.</p> <p>- 17 d&eacute;cembre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 19:28:04 +0000 Incarnare 97 at http://www.theologieducorps.fr TDC 052 - L'opposition entre la chair et l'esprit et la justification par la foi http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-052-lopposition-entre-la-chair-lesprit-la-justification-par-la-foi <p>Apr&egrave;s l'interruption due aux f&ecirc;tes r&eacute;centes, nous recommen&ccedil;ons aujourd'hui nos rencontres du mercredi en portant encore dans le coeur la joie sereine du myst&egrave;re de la naissance du Christ que la liturgie de l'Eglise nous a fait c&eacute;l&eacute;brer et actualiser dans notre vie en cette p&eacute;riode. J&eacute;sus de Nazareth, l'enfant qui vagit dans la mangeoire de Bethl&eacute;em, est le Verbe &eacute;ternel de Dieu qui s'est incarn&eacute; par amour pour l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#ds">Jn 1,14</a></i>. Voil&agrave; la grande v&eacute;rit&eacute; &agrave; laquelle le chr&eacute;tien adh&egrave;re avec une foi profonde. Avec la foi de la Tr&egrave;s Sainte Marie qui, dans la gloire de sa virginit&eacute; intacte, a con&ccedil;u et engendr&eacute; le Fils de Dieu fait homme. Avec la joie de saint Joseph qui l'a gard&eacute; et prot&eacute;g&eacute; avec un immense amour. Avec la joie des pasteurs qui sont vite accourus &agrave; la grotte de la Nativit&eacute;. Avec la foi des Mages qui l'ont entrevu dans le signe de l'&eacute;toile et qui ont pu, apr&egrave;s de longues recherches, le contempler et l'adorer dans les bras de la Vierge M&egrave;re.<br /> Que la nouvelle ann&eacute;e soit v&eacute;cue par tous sous le signe de cette grande joie int&eacute;rieure, fruit de la certitude que Dieu a tant aim&eacute; le monde qu'il lui a donn&eacute; son Fils unique pour que quiconque croit en lui, ne meure pas, mais ait la vie &eacute;ternelle.<br /> C'est le voeu que j'adresse &agrave; vous tous qui &ecirc;tes pr&eacute;sents &agrave; cette premi&egrave;re audience g&eacute;n&eacute;rale de 1981 ainsi qu'&agrave; tous ceux qui vous sont chers.</p> <p> 1. Que signifie l'affirmation: &quot;La chair ... a des d&eacute;sirs contraires &agrave; l'Esprit et l'Esprit des d&eacute;sirs contraires &agrave; la chair&quot;? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e0">Ga 5,17</a></i>. Cette question semble importante et m&ecirc;me fondamentale dans le contexte de nos r&eacute;flexions sur la puret&eacute; de coeur dont parle l'Evangile. Cependant, l'auteur de la Lettre aux Galates ouvre devant nous sur ce sujet des horizons plus vastes. Dans cette opposition entre la &quot;chair&quot; et l'Esprit (l'Esprit de Dieu), entre la vie &quot;selon la chair&quot; et la vie &quot;selon l'Esprit&quot; se trouve la th&eacute;ologie paulinienne de la justification, c'est-&agrave;-dire l'expression de la foi dans le r&eacute;alisme anthropologique et &eacute;thique de la R&eacute;demption accomplie par le Christ que Paul, dans le contexte que nous connaissons d&eacute;j&agrave;, appelle aussi &quot;R&eacute;demption du corps&quot;. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>, la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; a aussi une dimension &quot;cosmique&quot; (en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; toute la cr&eacute;ation), mais au centre de celle-ci il y a l'homme: l'homme constitu&eacute; par l'unit&eacute; personnelle de l'esprit et du corps. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans cet homme, dans son &quot;coeur&quot; et, par cons&eacute;quent, dans tout son comportement, que fructifie la R&eacute;demption du Christ gr&acirc;ce &agrave; ces forces de l'Esprit qui r&eacute;alisent la &quot;justification&quot;, c'est-&agrave;-dire qui font que la justice &quot;abonde&quot; dans l'homme, comme il est dit dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#jv">Mt 5,20</a></i>. Elle &quot;abonde &quot;dans la mesure que Dieu a voulue et qu'il attend.</p> <p> 2. Il est significatif que Paul, en parlant des &quot;oeuvres de la chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#eu">Ga 5,11-21</a></i>, mentionne non seulement &quot;les fornications, l'impuret&eacute;, le libertinage, l'ivresse, les orgies&quot; - donc tout ce qui, selon un mode de compr&eacute;hension objectif, rev&ecirc;t le caract&egrave;re des &quot;p&eacute;ch&eacute;s de la chair&quot; et de la jouissance sexuelle li&eacute;e &agrave; la chair - , mais nomme aussi d'autres p&eacute;ch&eacute;s auxquels nous ne serions pas port&eacute;s &agrave; attribuer un caract&egrave;re &quot;charnel&quot; et &quot;sensuel&quot;: &quot;l'idol&acirc;trie, la magie, les haines, la discorde, la jalousie, les emportements, les disputes, les dissensions, les envies... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e3">Ga 5,20-21</a></i>. D'apr&egrave;s nos cat&eacute;gories anthropologiques et &eacute;thiques, nous serions plut&ocirc;t port&eacute;s &agrave; appeler toutes les &quot;oeuvres&quot; ici &eacute;num&eacute;r&eacute;es &quot;p&eacute;ch&eacute;s de l'esprit humain plut&ocirc;t que p&eacute;ch&eacute;s de la chair&quot;. Ce n'est pas sans raison que nous aurions pu voir en elles plut&ocirc;t les effets de la &quot;concupiscence des yeux&quot; ou de &quot;l'orgueil de la vie&quot;, qui ne sont pas des effets de la &quot;concupiscence de la chair&quot;. Cependant Paul les qualifie toutes d'&quot;oeuvres de la chair&quot;. Cela se comprend exclusivement dans le cadre de cette signification plus vaste (dans un certain sens m&eacute;tonymique) que prend, dans les lettres pauliniennes, le terme &quot;chair&quot; oppos&eacute; non seulement et non pas tellement &agrave; l'&quot;esprit&quot; humain mais &agrave; l'Esprit-Saint qui travaille dans l'&acirc;me (dans l'esprit) de l'homme.</p> <p>3. Il existe donc une analogie significative entre ce que Paul d&eacute;finit comme &quot;oeuvres de la chair&quot; et les paroles par lesquelles le Christ explique &agrave; ses disciples ce qu'il avait auparavant dit aux pharisiens au sujet de la &quot;puret&eacute;&quot; et l'&quot;impuret&eacute;&quot; rituelle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#vs">Mt 15,2-20</a></i>. D'apr&egrave;s les paroles du Christ, la vraie &quot;puret&eacute;&quot; (comme aussi l'&quot;impuret&eacute;&quot;) se trouve dans le coeur et provient &quot;du coeur&quot; humain. Dans le m&ecirc;me sens, comme &quot;oeuvres impures&quot; sont d&eacute;finis non seulement les &quot;adult&egrave;res&quot; et la &quot;prostitution&quot;, donc les &quot;p&eacute;ch&eacute;s de la chair&quot; au sens strict, mais aussi les &quot;propositions mauvaises..., les vols, les faux t&eacute;moignages, les blasph&egrave;mes&quot;.Comme nous avons d&eacute;j&agrave; pu le constater, le Christ se sert ici de la signification aussi bien g&eacute;n&eacute;rale que sp&eacute;cifique de l'&quot;impuret&eacute;&quot; (et donc indirectement aussi de la &quot;puret&eacute;&quot;). Saint Paul s'exprime de mani&egrave;re analogue: les oeuvres de la chair sont comprises dans le texte paulinien aussi bien dans un sens g&eacute;n&eacute;ral que dans un sens sp&eacute;cifique. Tous les p&eacute;ch&eacute;s sont l'expression de la &quot;vie selon la chair&quot; qui est en contraste avec la &quot;vie selon l'esprit&quot;. Ce qui, conform&eacute;ment &agrave; notre convention linguistique (du reste, partiellement justifi&eacute;e), est consid&eacute;r&eacute; comme &quot;p&eacute;ch&eacute; de la chair&quot; est, dans la liste paulinienne, une des nombreuses manifestations (ou esp&egrave;ce) de ce qu'il appelle &quot;oeuvres de la chair&quot; et, dans ce sens, un des signes, c'est-&agrave;-dire des actualisations de la vie &quot;selon la chair&quot; et non &quot;selon l'Esprit&quot;.</p> <p> 4. Les paroles que saint Paul &eacute;crit aux Romains: &quot;Ainsi donc, mes fr&egrave;res, nous sommes d&eacute;biteurs, non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car, si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hp">Rm 8,12-13</a></i> nous introduisent de nouveau dans le domaine riche et diff&eacute;renci&eacute; des significations que les mots &quot;corps&quot; et &quot;esprit&quot; ont pour lui. Cependant, la signification d&eacute;finitive de cet &eacute;nonc&eacute; est par&eacute;n&eacute;tique, exhortatif et donc valable pour l'ethos &eacute;vang&eacute;lique. Lorsqu'il parle de la n&eacute;cessit&eacute; de faire mourir les oeuvres du corps avec l'aide de l'Esprit, Paul exprime pr&eacute;cis&eacute;ment ce dont le Christ a parl&eacute; dans le Discours sur la Montagne en faisant appel au coeur humain et en l'exhortant &agrave; la domination des d&eacute;sirs, m&ecirc;me de ceux qui s'expriment dans le &quot;regard&quot; de l'homme vers la femme dans le but de satisfaire la concupiscence de la chair. Cette ma&icirc;trise ou, comme l'&eacute;crit Paul, le fait de &quot;faire mourir les oeuvres du corps avec l'aide de l'esprit&quot;, est une condition indispensable de la &quot;vie selon l'Esprit&quot;, c'est-&agrave;-dire de la &quot;vie&quot; qui est l'antith&egrave;se de la &quot;mort&quot; dont il parle dans le m&ecirc;me contexte. La vie &quot;selon la chair&quot; fructifie en effet la &quot;mort&quot;, c'est-&agrave;-dire comporte comme effet la &quot;mort&quot; de l'Esprit.<br /> Le terme &quot; mort&quot; ne signifie donc pas seulement la mort corporelle, mais aussi le p&eacute;ch&eacute; que la th&eacute;ologie morale appellera p&eacute;ch&eacute; mortel. Dans les Lettres aux Romains et aux Galates, l'ap&ocirc;tre &eacute;largit continuellement l'horizon du &quot;p&eacute;ch&eacute;-mort&quot;, aussi bien par rapport &agrave; l'&quot;origine&quot; de l'histoire de l'homme que par rapport &agrave; son terme. Pour cela, apr&egrave;s avoir &eacute;largi les multiples formes des &quot;oeuvres de la chair&quot;, il affirme que celui &quot;qui les accomplit n'aura pas en h&eacute;ritage le Royaume de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e4">Ga 5,21</a></i>. Ailleurs, il &eacute;crira avec une fermet&eacute; semblable: &quot;Sachez-le bien, ni le fornicateur, ni l'impudique, ni le cupide - qui est un idol&acirc;tre - n'ont droit &agrave; l'h&eacute;ritage dans le Royaume du Christ et de Dieu&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#em">Ep 5,5</a></i>. M&ecirc;me dans ce cas, les oeuvres qui emp&ecirc;chent d'avoir &quot;part au Royaume du Christ et de Dieu&quot; - c'est-&agrave;-dire les &quot;oeuvres de la chair&quot; - sont &eacute;num&eacute;r&eacute;es comme exemple et avec une valeur g&eacute;n&eacute;rale, bien qu'ici les p&eacute;ch&eacute;s contre la &quot;puret&eacute;&quot;, au sens sp&eacute;cifique, soient plac&eacute;s d'abord <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ek">Ep 5,3-7</a></i>.</p> <p> 5. Pour compl&eacute;ter le cadre de l'opposition entre le &quot;corps&quot; et le &quot;fruit de l'Esprit&quot;, il faut observer que dans tout ce qui est manifestation de la vie et du comportement selon l'Esprit, Paul voit &agrave; un moment la manifestation de cette libert&eacute; pour laquelle le Christ &quot;nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ek">Ga 5,1</a></i> C'est ainsi qu'il &eacute;crit: &quot;Vous, en effet, mes fr&egrave;res, vous avez &eacute;t&eacute; appel&eacute;s &agrave; la libert&eacute;; seulement, que cette libert&eacute; ne se tourne pas en pr&eacute;texte pour la chair; mais, par la charit&eacute;, mettez-vous au service les uns des autres. Car un seul pr&eacute;cepte contient toute la loi en sa pl&eacute;nitude: Tu aimeras ton prochain comme toi-m&ecirc;me&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ew">Ga 5,13-14</a></i>. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; not&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, l'opposition &quot;corps- Esprit&quot;, vie &quot;selon la chair&quot;, vie &quot;selon l'Esprit&quot; impr&egrave;gne profond&eacute;ment toute la doctrine paulinienne de la justification. Avec une exceptionnelle force de conviction, l'ap&ocirc;tre des Gentils proclame que la justification de l'homme s'accomplit dans le Christ et par le Christ. L'homme obtient la justification dans la &quot;foi op&eacute;rant par la charit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ep">Ga 5,6</a></i> et non seulement par l'observance de chaque prescription de la Loi de l'Ancien Testament (en particulier, de la circoncision). La justification vient donc &quot;de l'Esprit&quot; (de Dieu) et non &quot;de la chair&quot;. Par cons&eacute;quent, il exhorte les destinataires de sa lettre &agrave; se lib&eacute;rer de la fausse conception &quot;charnelle&quot; de la justification pour suivre la v&eacute;ritable conception, c'est-&agrave;-dire la conception &quot;spirituelle&quot;. Dans cette perspective, il les exhorte &agrave; se lib&eacute;rer vis-&agrave;-vis de la Loi et encore plus &agrave; &ecirc;tre libres de la libert&eacute; par laquelle le Christ &quot;nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot;.<br /> Ainsi donc, en suivant la pens&eacute;e de l'Ap&ocirc;tre, il nous faut consid&eacute;rer et surtout r&eacute;aliser la puret&eacute; &eacute;vang&eacute;lique, c'est- &agrave;-dire la puret&eacute; du coeur, d'apr&egrave;s la mesure de cette libert&eacute; par laquelle le Christ &quot;nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot;.</p> <p>- 7 janvier 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:29:38 +0000 Incarnare 98 at http://www.theologieducorps.fr TDC 053 - Liberté et Amour http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-053-liberte-amour <p> 1. Dans son Ep&icirc;tre aux Galates, saint Paul &eacute;crit: &quot;Vous en effet, mes fr&egrave;res, vous avez &eacute;t&eacute; appel&eacute;s &agrave; la libert&eacute;. Seulement, que cette libert&eacute; ne donne aucune prise &agrave; la chair; mais, par la charit&eacute;, mettez-vous au service les uns des autres. Car un seul pr&eacute;cepte contient toute la loi en sa pl&eacute;nitude: Tu aimeras ton prochain comme toi-m&ecirc;me&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ew">Ga 5,13-14</a></i> D&eacute;j&agrave; la semaine derni&egrave;re nous nous sommes arr&ecirc;t&eacute;s &agrave; cet &eacute;nonc&eacute;; aujourd'hui, nous le reprendrons toutefois au point de vue du th&egrave;me principal de nos r&eacute;flexions.<br /> Bien que le passage cit&eacute; se r&eacute;f&egrave;re avant tout au th&egrave;me de la justification, l'Ap&ocirc;tre, toutefois, tend ici &agrave; faire comprendre explicitement la dimension &eacute;thique de l'opposition du corps et de l'esprit, c'est-&agrave;-dire de la vie selon la chair et de la vie selon l'Esprit. De plus, il touche proprement le point essentiel, d&eacute;voilant ainsi les racines anthropologiques m&ecirc;mes de l'ethos &eacute;vang&eacute;lique. En effet, si &quot;toute la loi&quot; (la loi morale de l'Ancien Testament) &quot;trouve sa pl&eacute;nitude&quot; dans le commandement de la charit&eacute;, la dimension du nouvel ethos &eacute;vang&eacute;lique n'est rien d'autre qu'un appel adress&eacute; &agrave; la libert&eacute; humaine, un appel &agrave; sa plus pleine r&eacute;alisation et, en un certain sens, &agrave; la plus pleine &quot;utilisation&quot; de la potentialit&eacute; de l'esprit humain.</p> <p>2. Il pourrait sembler que Paul oppose seulement la libert&eacute; &agrave; la Loi et la Loi &agrave; la libert&eacute;. Une analyse approfondie du texte de l'Ep&icirc;tre aux Galates d&eacute;montre cependant que Paul y souligne avant tout la subordination &eacute;thique de la libert&eacute; &agrave; cet &eacute;l&eacute;ment dans lequel toute la loi s'accomplit, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'amour qui est le contenu du plus grand commandement de l'Evangile. &quot;Le Christ nous a lib&eacute;r&eacute;s pour que nous restions libres&quot;; et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment en ce sens qu'il nous a manifest&eacute; la subordination &eacute;thique (et th&eacute;ologique) de la libert&eacute; &agrave; la charit&eacute; et qu'Il a li&eacute; la libert&eacute; au commandement de l'amour. Comprendre ainsi la vocation &agrave; la libert&eacute; (&quot;Vous, en effet, mes fr&egrave;res, vous avez &eacute;t&eacute; appel&eacute;s &agrave; la libert&eacute;&quot;: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ew">Ga 5,13</a></i>) signifie d&eacute;terminer l'ethos dans lequel se r&eacute;alise la vie &quot;selon l'Esprit&quot;. Le danger existe, en effet, d'entendre la libert&eacute; de mani&egrave;re erron&eacute;e, et Paul nous l'indique clairement en &eacute;crivant dans ce m&ecirc;me contexte: &quot;Que cette libert&eacute; seulement ne donne aucune prise &agrave; la chair; mais, par la charit&eacute;, mettez-vous au service les uns des autres.&quot; (Ibid.)</p> <p> 3. En d'autres termes: saint Paul nous met en garde contre la possibilit&eacute; de faire un mauvais usage de la libert&eacute;, d'en faire un usage qui soit en contradiction avec la lib&eacute;ration de l'esprit humain accomplie par le Christ et qui contredise cette libert&eacute; pour laquelle &quot;le Christ nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot;. Le Christ, en effet, a r&eacute;alis&eacute; et manifest&eacute; la libert&eacute; qui trouve sa pl&eacute;nitude dans la charit&eacute;, la libert&eacute; gr&acirc;ce &agrave; laquelle nous sommes &quot;au service les uns des autres&quot;; en d'autres termes la libert&eacute; qui devient source d'&quot;oeuvres&quot; nouvelles et de &quot;vie selon l'Esprit&quot;. L'antith&egrave;se et, en un certain sens, la n&eacute;gation de cet usage de la libert&eacute; ont lieu lorsque celle-ci devient pour l'homme &quot;pr&eacute;texte pour vivre selon la chair&quot;. La libert&eacute; devient alors source d'&quot;oeuvres&quot; et de &quot;vie&quot; selon la chair. Elle cesse d'&ecirc;tre l'authentique libert&eacute; pour laquelle &quot;le Christ nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot; et elle devient un &quot;pr&eacute;texte pour vivre selon la chair, source (ou m&ecirc;me instrument) d'un joug&quot; sp&eacute;cifique impos&eacute; par l'orgueil de la vie, par la convoitise des yeux et la concupiscence de la chair. Celui qui, de cette mani&egrave;re, vit &quot;selon la chair&quot;, c'est-&agrave;-dire s'assujettit - bien que ce soit de mani&egrave;re inconsciente mais non moins effective - &agrave; la triple concupiscence et, particuli&egrave;rement, &agrave; la concupiscence de la chair, perd la capacit&eacute; d'avoir cette libert&eacute; pour laquelle &quot;le Christ nous a lib&eacute;r&eacute;s&quot;; il n'est plus capable de faire ce vrai don de soi qui est fruit et expression de cette libert&eacute;. En outre, il devient incapable de ce don qui est organiquement li&eacute; &agrave; la signification sponsale du corps humain que nous avons examin&eacute;e au cours de nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses du Livre de la Gen&egrave;se <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>.</p> <p>4. De cette mani&egrave;re, la doctrine paulinienne sur la &quot;puret&eacute;&quot;, doctrine qui est l'&eacute;cho fid&egrave;le et authentique du Discours sur la Montagne, nous permet de consid&eacute;rer la &quot;puret&eacute; de coeur&quot; - &eacute;vang&eacute;lique et chr&eacute;tienne - dans une plus large perspective et elle nous permet surtout de la rattacher &agrave; la charit&eacute; &quot;qui contient la loi dans sa pl&eacute;nitude&quot;. Comme le Christ, Paul reconna&icirc;t une double signification &agrave; la &quot;puret&eacute;&quot; et &agrave; l'&quot;impuret&eacute;&quot; un sens g&eacute;n&eacute;rique et un sens sp&eacute;cifique. Dans le premier cas, est &quot;pur&quot; tout ce qui est moralement bon, &quot;impur&quot; tout ce qui est au contraire moralement mauvais. Nous en trouvons une claire affirmation dans les paroles du Christ, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#wc">Mt 15,18-20</a></i>, que nous avons cit&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment. Dans les &eacute;nonc&eacute;s de Paul au sujet des &quot;oeuvres de la chair&quot; qu'il oppose au &quot;fruit de l'Esprit&quot;, nous trouvons la base pour comprendre ce probl&egrave;me de mani&egrave;re analogue. Paul cite, parmi les &quot;oeuvres de la chair&quot;, ce qui moralement est mauvais, tandis que tout ce qui est ,moralement bien est rattach&eacute; &agrave; la &quot;vie selon l'Esprit&quot;. Ainsi, une des manifestations de la vie &quot;selon l'Esprit&quot; est le comportement conforme &agrave; cette vertu que Paul d&eacute;finit plut&ocirc;t indirectement dans son Ep&icirc;tre aux Galates, mais dont il parle de mani&egrave;re directe dans la premi&egrave;re Ep&icirc;tre aux Thessaloniciens.</p> <p> 5. Dans les passage de l'Ep&icirc;tre aux Galates que nous avons d&eacute;j&agrave; soumis ant&eacute;rieurement &agrave; des analyses d&eacute;taill&eacute;es, l'Ap&ocirc;tre cite en premier lieu, parmi les &quot;oeuvres de la chair&quot;: la &quot;fornication, l'impuret&eacute;, la d&eacute;bauche&quot;; toutefois, quand, ensuite, il leur oppose le &quot;fruit de l'Esprit&quot;, il ne parle pas directement de la &quot;puret&eacute;&quot;, mais seulement de la &quot;ma&icirc;trise de soi&quot;, la enkr&auml;teia. Cette &quot;ma&icirc;trise&quot; de soi, on peut y reconna&icirc;tre une vertu qui a trait &agrave; la continence dans le cadre de tous les d&eacute;sirs des sens, surtout dans le domaine sexuel; elle est donc oppos&eacute;e &quot;&agrave; la fornication, &agrave; l'impuret&eacute;, &agrave; la d&eacute;bauche&quot;, et aussi &agrave; l'&quot;ivrognerie&quot; et aux &quot;orgies&quot;. On pourrait donc admettre que l'expression paulinienne, &quot;ma&icirc;trise de soi&quot;, contient ce qu'on exprime par &quot;continence&quot; ou &quot;temp&eacute;rance&quot; et qui correspond au terme latin &quot;temperentia&quot;. Nous nous trouverions dans ce cas en pr&eacute;sence du syst&egrave;me des vertus que la th&eacute;ologie post&eacute;rieure, particuli&egrave;rement la th&eacute;ologie scolastique, allait, en un certain sens, emprunter &agrave; l'&eacute;thique aristot&eacute;licienne. Il est certain toutefois que, dans son texte, Paul ne se sert pas de ce syst&egrave;me. Etant donn&eacute; que, par &quot;puret&eacute;&quot;, il faut entendre la juste mani&egrave;re de traiter le domaine sexuel selon l'&eacute;tat personnel (et non pas n&eacute;cessairement une abstention absolue de la vie sexuelle), alors cette puret&eacute; est, sans le moindre doute, comprise dans le concept paulinien de &quot;ma&icirc;trise de soi&quot; ou enkrateia. C'est pourquoi, dans le cadre du texte paulinien, nous trouvons seulement une mention g&eacute;n&eacute;rique et indirecte de la puret&eacute;, en ce sens qu'&agrave; des &quot;oeuvres de la chair&quot;, comme &quot;fornication, impuret&eacute;, d&eacute;bauche&quot;, l'auteur oppose &quot;le fruit de l'Esprit&quot;, c'est-&agrave;-dire des oeuvres nouvelles dans lesquelles se manifeste &quot;la vie selon l'Esprit&quot;. On peut en d&eacute;duire qu'une de ces oeuvres nouvelles est pr&eacute;cis&eacute;ment la &quot;puret&eacute;&quot;: celle donc qui est oppos&eacute;e &agrave; l' &quot;impuret&eacute;&quot; et aussi &agrave; la &quot;fornication&quot; et &agrave; la &quot;d&eacute;bauche&quot;.</p> <p> 6. Mais d&eacute;j&agrave; dans la premi&egrave;re Ep&icirc;tre aux Thessaloniciens, Paul avait &eacute;crit &agrave; ce sujet de mani&egrave;re explicite et sans &eacute;quivoque. Nous y lisons: &quot;La volont&eacute; de Dieu, c'est que vous viviez dans la saintet&eacute;, que vous vous absteniez d'impudicit&eacute;, que chacun sache user de son corps <i>(Sans entrer dans les discussions particuli&egrave;res des ex&eacute;g&egrave;tes, il faut cependant signaler que l'expression grecque to heauto&uuml; ske&uuml;os peut &eacute;galement se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; l'&eacute;pouse <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bmm.htm#cu">1P 3,7</a></i>.)</i> avec saintet&eacute; et respect, sans se laisser emporter par la passion comme font les pa&iuml;ens qui ne connaissent pas Dieu&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a></i> Et ensuite: &quot;Dieu ne nous a pas appel&eacute;s &agrave; l'impuret&eacute; mais &agrave; la sanctification. Ainsi donc, celui qui rejette ces instructions, ce n'est pas un homme qu'il rejette, c'est Dieu, lui qui vous donne son Esprit-Saint&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cy">1Th 4,7-8</a></i>. Bien que nous ayons encore affaire au sens g&eacute;n&eacute;rique de la &quot;puret&eacute; &quot;, identifi&eacute;e dans ce cas &agrave; la &quot;sanctification&quot; (en ce sens que l'&quot;impuret&eacute;&quot; est nomm&eacute;e comme antith&egrave;se de la &quot;sanctification&quot;), l'ensemble du contexte n'en indique pas moins clairement de quelle &quot;puret&eacute;&quot; ou de quelle &quot;impuret&eacute;&quot; il s'agit, c'est-&agrave;-dire en quoi consiste ce que Paul appelle ici &quot;impuret&eacute;&quot; et de quelle mani&egrave;re la &quot;puret&eacute;&quot; contribue &agrave; la sanctification de l'homme.<br /> Aussi conviendra-t-il, dans les r&eacute;flexions suivantes, de reprendre le texte de la premi&egrave;re Ep&icirc;tre aux Thessaloniciens, cit&eacute;e ici et l&agrave;.</p> <p>- 14 janvier 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:31:07 +0000 Incarnare 99 at http://www.theologieducorps.fr TDC 054 - La sainteté du corps selon Saint Paul http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-054-la-saintete-du-corps-selon-saint-paul <p>1. Dans la Premi&egrave;re Lettre aux Thessaloniciens saint Paul &eacute;crit: &quot;La volont&eacute; de Dieu, c'est que vous viviez dans la saintet&eacute;, que vous vous absteniez de la d&eacute;bauche, que chacun de vous sache user du corps qui lui appartient avec saintet&eacute; et avec respect, sans se laisser emporter par la passion comme font les pa&iuml;ens qui ne connaissent pas Dieu.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a></i> Et apr&egrave;s un verset, il continue: &quot;Car Dieu ne nous a pas appel&eacute;s &agrave; l'impuret&eacute;, mais &agrave; la sanctification. D&egrave;s lors, qui rejette cela, ce n'est pas un homme qu'il rejette, c'est Dieu, lui qui vous fait le don de son Esprit-Saint&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cy">1Th 4,7-8</a></i> Nous nous sommes r&eacute;f&eacute;r&eacute;s &agrave; ces phrases durant notre rencontre du 14 janvier dernier. Nous les reprenons cependant aujourd'hui, car elles sont particuli&egrave;rement importantes pour le th&egrave;me de nos m&eacute;ditations.</p> <p> 2. La puret&eacute; dont parle Paul dans la <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cy">1Th 4,7-8</a></i> se manifeste dans le fait que l'homme &quot;sache user du corps qui lui appartient avec saintet&eacute; et avec respect, sans se laisser emporter par la passion&quot;. Dans cette formulation, chaque mot a une signification particuli&egrave;re et m&eacute;rite donc un commentaire ad&eacute;quat.<br /> En premier lieu, la puret&eacute; est une &quot;capacit&eacute;&quot; ou, dans le langage traditionnel de l'anthropologie et de l'&eacute;thique, une &quot;aptitude&quot;. En ce sens, c'est une vertu. Si cette habilet&eacute;, c'est-&agrave;-dire la vertu, conduit &agrave; s'abstenir de l'&quot;impuret&eacute;&quot;, c'est parce que l'homme qui la poss&egrave;de sait &quot;user du corps qui lui appartient avec saintet&eacute; et avec respect, sans se laisser emporter par la passion&quot;. Il s'agit ici d'une capacit&eacute; pratique qui rend l'homme capable d'agir d'une mani&egrave;re d&eacute;termin&eacute;e et, en m&ecirc;me temps, de ne pas agir de mani&egrave;re contraire. Pour &ecirc;tre une telle capacit&eacute; ou une telle aptitude, la puret&eacute; doit &eacute;videmment &ecirc;tre enracin&eacute;e dans la volont&eacute;, dans le fondement m&ecirc;me du vouloir et de l'agir conscient de l'homme. Dans sa doctrine sur la vertu, Thomas d'Aquin voit encore de mani&egrave;re plus directe l'objet de la puret&eacute; dans la facult&eacute; du d&eacute;sir sensible qu'il appelle appetitus concupiscibilis. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette facult&eacute; qui doit &ecirc;tre particuli&egrave;rement &quot;domin&eacute;e&quot;, ordonn&eacute;e et rendue capable d'agir de mani&egrave;re conforme &agrave; la vertu pour que la &quot;puret&eacute;&quot; puisse &ecirc;tre attribu&eacute;e &agrave; l'homme. Selon cette conception, la puret&eacute; consiste avant tout dans le fait de contenir les impulsions du d&eacute;sir sensible qui a pour objet ce qui est corporel et sexuel dans l'homme. La puret&eacute; est une variante de la vertu de temp&eacute;rance.</p> <p>3. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a></i> montre que la vertu de puret&eacute;, dans la conception de Paul, consiste &eacute;galement dans la domination et dans le d&eacute;passement des &quot;passions libidineuses&quot;; cela veut dire que la capacit&eacute; de contenir les impulsions du d&eacute;sir sensible, c'est-&agrave;-dire la vertu de temp&eacute;rance, appartient n&eacute;cessairement &agrave; sa nature. Mais, en m&ecirc;me temps, le m&ecirc;me texte paulinien attire notre attention sur une autre fonction de la vertu de puret&eacute;, sur une autre dimension - pourrait-on dire -, plus positive que n&eacute;gative.<br /> Le devoir de puret&eacute;, que l'auteur de la Lettre semble mettre surtout en relief, est non seulement (et non pas tant) l'abstention de l'&quot;impuret&eacute;&quot; et de ce qui y conduit, donc l'abstention des &quot;passions libidineuses&quot; mais, en m&ecirc;me temps, le maintien de son propre corps et, aussi indirectement, de celui d'autrui, dans &quot;la saintet&eacute; et dans le respect&quot;.<br /> Ces deux fonctions, l'&quot;abstention&quot; et le &quot;maintien&quot;, sont &eacute;troitement li&eacute;es et d&eacute;pendantes l'une de l'autre. En effet, puisqu'on ne peut &quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot;, si cette abstention &quot;de l'impuret&eacute;&quot; et de ce qui y conduit font d&eacute;faut, en cons&eacute;quence on peut admettre que le fait d'user du corps (du sien et, indirectement, de celui d'autrui) &quot;avec saintet&eacute; et respect&quot; conf&egrave;re une signification et une valeur ad&eacute;quates &agrave; cette abstention. Par elle-m&ecirc;me, elle demande le d&eacute;passement de quelque chose qui est dans l'homme et qui na&icirc;t spontan&eacute;ment en lui comme inclinaison, comme attirance et aussi comme valeur qui agit surtout dans le domaine des sens, mais beaucoup plus souvent non sans r&eacute;percussions sur les autres dimensions de la subjectivit&eacute; humaine et, particuli&egrave;rement, sur la dimension affective et &eacute;motive.</p> <p> 4. En consid&eacute;rant tout cela, il semble que l'image paulinienne de la puret&eacute; - image qui ressort de la comparaison tr&egrave;s &eacute;loquente de la fonction de l'&quot;abstention&quot; (c'est-&agrave;-dire de la temp&eacute;rance) avec celle d'&quot;user du corps avec saintet&eacute; et respect&quot; - soit profond&eacute;ment juste, compl&egrave;te et ad&eacute;quate. Peut-&ecirc;tre ne devons-nous ce caract&egrave;re exhaustif qu'au fait que Paul consid&egrave;re la puret&eacute; non seulement comme capacit&eacute; (c'est-&agrave;-dire disposition) des facult&eacute;s subjectives de l'homme mais, en m&ecirc;me temps, comme une manifestation concr&egrave;te de la vie &quot;selon l'Esprit&quot; o&ugrave; la capacit&eacute; humaine se trouve int&eacute;rieurement f&eacute;cond&eacute;e et enrichie par ce que Paul, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e5">Ga 5,22</a></i>, appelle &quot;fruit de l'Esprit&quot;. Le respect qui na&icirc;t dans l'homme au sujet de tout ce qui est corporel et sexuel, soit en lui, soit dans tout autre &ecirc;tre humain, homme et femme, se r&eacute;v&egrave;le &ecirc;tre la force la plus essentielle pour user du corps avec &quot;saintet&eacute;&quot;. Pour comprendre la doctrine paulinienne de la puret&eacute;, il faut entrer &agrave; fond dans la signification du terme &quot;respect&quot;, compris ici, &eacute;videmment, comme force d'ordre spirituel. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette force qui conf&egrave;re sa pleine dimension &agrave; la puret&eacute; comme vertu, c'est-&agrave;-dire comme capacit&eacute; d'agir dans tout ce domaine dans lequel il d&eacute;couvre, &agrave; l'int&eacute;rieur de lui-m&ecirc;me, les multiples impulsions des &quot;passions libidineuses&quot; et auxquelles il c&egrave;de parfois pour diff&eacute;rentes raisons.</p> <p> 5. Pour mieux comprendre la pens&eacute;e de l'auteur de la Premi&egrave;re Lettre aux Thessaloniciens, il serait bon d'avoir pr&eacute;sent &agrave; l'esprit encore un autre texte que nous trouvons dans la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens. Paul y expose sa grande doctrine eccl&eacute;siologique, selon laquelle l'Eglise est Corps du Christ; il saisit l'occasion pour formuler l'argumentation suivante au sujet du corps humain: &quot; ... Dieu a dispos&eacute; dans le corps chacun des membres, selon sa volont&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18</a></i>; et plus loin: &quot;Bien plus, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont n&eacute;cessaires et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c'est &agrave; eux que nous faisons le plus d'honneur. Moins ils sont d&eacute;cents, plus d&eacute;cemment nous les traitons: ceux qui sont d&eacute;cents n'ont pas besoin de ces &eacute;gards. Mais Dieu a compos&eacute; le corps en donnant plus d'honneur &agrave; ce qui en manque, afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ks">1Co 12,22-25</a></i>.</p> <p> 6. Bien que le sujet propre du texte en question soit la th&eacute;ologie de l'Eglise comme Corps du Christ, on peut cependant dire, en marge de ce passage, que Paul, &agrave; travers sa grande analogie eccl&eacute;siastique (qui revient dans d'autres lettres et que nous reprendrons en son temps) contribue, en m&ecirc;me temps, &agrave; approfondir la th&eacute;ologie du corps. Alors que dans la Premi&egrave;re Lettre aux Thessaloniciens, il &eacute;crit sur le fait d'user du corps &quot;avec saintet&eacute; et respect&quot;, dans le passage qui vient d'&ecirc;tre cit&eacute; de la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens, il veut montrer ce corps humain comme &eacute;tant pr&eacute;cis&eacute;ment digne de respect. On pourrait &eacute;galement dire qu'il veut enseigner aux destinataires de sa lettre la juste conception du corps humain.<br /> C'est pourquoi cette description paulinienne du corps humain dans la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens semble &ecirc;tre &eacute;troitement li&eacute;e aux recommandations de la Premi&egrave;re Lettre aux Thessaloniciens: &quot;Que chacun sache user du corps qui lui appartient avec saintet&eacute; et respect&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cv">1Th 4,4</a></i> C'est l&agrave; une ligne importante, peut-&ecirc;tre essentielle, de la doctrine paulinienne sur la puret&eacute;.</p> <p>- 28&nbsp;janvier 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:39:40 +0000 Incarnare 100 at http://www.theologieducorps.fr TDC 055 - Le corps dans la première lettre aux Corinthiens http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-055-corps-dans-la-premiere-lettre-aux-corinthiens <p> 1. Dans nos consid&eacute;rations de mercredi dernier sur la puret&eacute; selon l'enseignement de saint Paul, nous avons attir&eacute; l'attention sur le texte de la Premi&egrave;re lettre aux Corinthiens. L'ap&ocirc;tre y pr&eacute;sente l'Eglise comme corps du Christ et il nous offre l'occasion de faire le raisonnement suivant au sujet du corps humain: &quot;Dieu a plac&eacute; les membres, et chacun d'eux dans le corps, selon qu'il l'a voulu ... M&ecirc;me les membres que nous tenons pour les plus faibles sont n&eacute;cessaires; et ceux que nous tenons pour les moins honorables sont ceux-l&agrave; m&ecirc;me que nous entourons de plus d'honneur. Ainsi nos membres ind&eacute;cents sont trait&eacute;s avec le plus de d&eacute;cence; nos membres d&eacute;cents n'en ont pas besoin. Mais Dieu a dispos&eacute; le corps de mani&egrave;re &agrave; donner davantage d'honneur &agrave; ce qui en manque, afin qu'il n'y ait point de division dans le corps, mais qu'au contraire les membres se t&eacute;moignent une mutuelle sollicitude&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ks">1Co 12,22-25</a></i></p> <p>2. La &quot;description&quot; paulinienne du corps humain correspond &agrave; la r&eacute;alit&eacute; qui le constitue: elle est donc une description &quot;r&eacute;aliste&quot;. Dans le r&eacute;alisme de cette description se trouve m&ecirc;l&eacute;e en m&ecirc;me temps une ligne d'&eacute;valuation tr&egrave;s mince qui lui conf&egrave;re une valeur profond&eacute;ment &eacute;vang&eacute;lique, chr&eacute;tienne. Certes, il est possible de &quot;d&eacute;crire&quot; le corps humain, d'exprimer sa v&eacute;rit&eacute; avec l'objectivit&eacute; propre des sciences naturelles. Mais une telle description - avec toute sa pr&eacute;cision - ne peut &ecirc;tre ad&eacute;quate (c'est-&agrave;-dire comparable &agrave; son objet), &eacute;tant donn&eacute; qu'il ne s'agit pas seulement du corps (entendu comme organisme, au sens &quot;somatique&quot;), mais de l'homme qui s'exprime lui-m&ecirc;me par le moyen de ce corps et qui, dans ce sens, dirais-je, est ce corps. Ainsi donc, cette ligne d'&eacute;valuation, &eacute;tant donn&eacute; qu'il s'agit de l'homme comme personne, est indispensable dans la description du corps humain. En outre, il faut dire que cette &eacute;valuation est juste. C'est une des t&acirc;ches et un des th&egrave;mes &eacute;ternels de toute la culture: de la litt&eacute;rature, de la sculpture, de la peinture et aussi de la danse, des oeuvres th&eacute;&acirc;trales et enfin de la culture de la vie quotidienne, priv&eacute;e ou sociale. C'est un sujet qu'il vaudrait la peine qu'il soit trait&eacute; s&eacute;par&eacute;ment.</p> <p>3. La description paulinienne de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18-25</a></i> n'a certainement pas une signification &quot;scientifique&quot;: elle ne pr&eacute;sente pas une &eacute;tude biologique de l'organisme humain ou de la &quot;somatique&quot; humaine. De ce point de vue, elle est une simple description &quot;pr&eacute;scientifique&quot;, du reste concise, faite de quelques phrases &agrave; peine. Elle a toutes les caract&eacute;ristiques du r&eacute;alisme commun et elle est, sans doute, suffisamment &quot;r&eacute;aliste&quot;. Cependant, ce qui d&eacute;termine son caract&egrave;re sp&eacute;cifique, ce qui justifie de mani&egrave;re particuli&egrave;re sa pr&eacute;sence dans la Sainte Ecriture, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette &eacute;valuation qui est li&eacute;e &agrave; cette description et qui est exprim&eacute;e dans sa trame &quot;narratrice et r&eacute;aliste&quot;. On peut dire avec certitude que cette description ne serait pas possible sans toute la v&eacute;rit&eacute; de la cr&eacute;ation et m&ecirc;me sans toute la v&eacute;rit&eacute; de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; que Paul professe et proclame. On peut &eacute;galement affirmer que la description paulinienne du corps correspond vraiment &agrave; l'attitude spirituelle de &quot;respect&quot; envers le corps humain, respect qui lui est d&ucirc; en raison de la &quot;saintet&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cy">1Th 4,7-8</a></i> qui na&icirc;t des myst&egrave;res de la cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption. La description paulinienne est &eacute;galement &eacute;loign&eacute;e aussi bien du m&eacute;pris manich&eacute;en du corps que des diff&eacute;rentes manifestations d'un &quot;culte naturaliste du corps&quot;.</p> <p> <a name="4"></a> 4. L'auteur de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18-25</a></i> a devant les yeux le corps humain dans toute sa v&eacute;rit&eacute; et donc le corps impr&eacute;gn&eacute; (si l'on peut s'exprimer ainsi) de toute la r&eacute;alit&eacute; de la personne et de sa dignit&eacute;. Il est, en m&ecirc;me temps, le corps de l'&ecirc;tre humain &quot;historique&quot;, homme et femme, c'est-&agrave;-dire de cet &ecirc;tre humain qui, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, a &eacute;t&eacute; con&ccedil;u, pour ainsi dire, &agrave; l'int&eacute;rieur et par la r&eacute;alit&eacute; de l'&ecirc;tre humain qui avait fait l'exp&eacute;rience de l'innocence originelle. Dans les expressions de Paul au sujet des &quot;membres ind&eacute;cents&quot; du corps humain, comme aussi au sujet de ceux qui &quot;semblent les plus faibles&quot; ou de &quot;ceux que nous tenons pour les moins honorables&quot;, il semble que nous retrouvions le t&eacute;moignage de la m&ecirc;me honte que les premiers &ecirc;tres humains, homme et femme, avaient exp&eacute;riment&eacute; apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel. Cette honte s'est grav&eacute;e en eux et dans toutes les g&eacute;n&eacute;rations de l'&ecirc;tre humain &quot;historique&quot; comme fruit de la triple concupiscence (avec une r&eacute;f&eacute;rence particuli&egrave;re &agrave; la concupiscence de la chair). En m&ecirc;me temps que cette honte - comme on l'a d&eacute;j&agrave; mis en relief dans les pr&eacute;c&eacute;dentes analyses - un certain &quot;&eacute;cho&quot; de la m&ecirc;me innocence originaire de l'homme s'y est grav&eacute;: presque un &quot;n&eacute;gatif&quot; de l'image dont le &quot;positif&quot; &eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment l'innocence originelle.</p> <p> 5. La &quot;description&quot; paulinienne du corps humain semble confirmer parfaitement nos analyses ant&eacute;rieures. Dans le corps humain, il y a des &quot;membres ind&eacute;cents&quot;, non en raison de leur nature &quot;corporelle&quot; (puisqu'une description scientifique et physiologique traite tous les membres et les organes de mani&egrave;re &quot;neutre&quot;, avec la m&ecirc;me objectivit&eacute;), mais seulement et exclusivement parce qu'existe dans l'homme lui- m&ecirc;me cette honte qui per&ccedil;oit quelques membres du corps comme &quot;ind&eacute;cents&quot; et qui conduit &agrave; les consid&eacute;rer comme tels. En m&ecirc;me temps, la m&ecirc;me honte semble &ecirc;tre &agrave; la base de ce qu'&eacute;crit l'ap&ocirc;tre dans la Premi&egrave;re lettre aux Corinthiens: &quot;Ceux que nous tenons pour les moins honorables du corps sont ceux-l&agrave; m&ecirc;me que nous entourons de plus d'honneur. Ainsi nos membres ind&eacute;cents sont trait&eacute;s avec le plus de d&eacute;cence&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#kt">1Co 12,23</a></i> Ainsi donc, on peut dire que de la honte na&icirc;t pr&eacute;cis&eacute;ment le &quot;respect&quot; pour son propre corps: respect dont Paul sollicite l'usage dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cv">1Th 4,4</a></i>. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce fait d'user &quot;avec saintet&eacute; et avec respect&quot; qui se trouve retenu pour la vertu de puret&eacute;.</p> <p>6. En revenant encore &agrave; la &quot;description&quot; paulinienne du corps dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18-25</a></i>, nous voulons attirer l'attention sur le fait que, selon l'auteur de la lettre, cet effort particulier, qui tend &agrave; respecter le corps humain et sp&eacute;cialement les membres les plus &quot;faibles&quot; et les plus &quot;ind&eacute;cents&quot;, correspond au dessein originel du Cr&eacute;ateur ou &agrave; cette vision dont parle le Livre de la Gen&egrave;se: &quot;Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voil&agrave;, c'&eacute;tait tr&egrave;s bon&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i> Paul &eacute;crit: &quot;Dieu a dispos&eacute; le corps de mani&egrave;re &agrave; donner davantage d'honneur &agrave; ce qui en manque, afin qu'il n'y ait point de division dans le corps, mais qu'au contraire les membres se t&eacute;moignent une mutuelle sollicitude&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ku">1Co 12,24-25</a></i> La &quot;division dans le corps&quot;, dont le r&eacute;sultat est que quelques membres sont consid&eacute;r&eacute;s comme &quot;plus faibles&quot;, &quot;moins honorables&quot;, donc &quot;ind&eacute;cents&quot;, est une expression post&eacute;rieure &agrave; la vision de l'&eacute;tat int&eacute;rieur de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, c'est-&agrave;-dire de l'&quot;homme historique&quot;. L'&ecirc;tre humain de l'innocence originelle, homme et femme, dont nous lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i>, qu'&quot;ils &eacute;taient nus ... mais qu'ils n'en &eacute;prouvaient pas de honte&quot;, ne ressentait pas non plus cette &quot;division dans le corps&quot;. A cette harmonie objective dont le Cr&eacute;ateur a dot&eacute; le corps et que Paul pr&eacute;cise comme &eacute;tant une mutuelle sollicitude que se t&eacute;moignent les diff&eacute;rents membres <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#kv">1Co 12,25</a></i>, correspondait une harmonie analogue dans l'intimit&eacute; de l'homme: l'harmonie du &quot;coeur&quot; . Cette harmonie ou, pr&eacute;cis&eacute;ment, la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; permettait &agrave; l'homme et &agrave; la femme, dans l'&eacute;tat d'innocence originelle, d'exp&eacute;rimenter simplement (et d'une mani&egrave;re qui les rendait originellement heureux tous les deux) la force d'union de leurs corps qui &eacute;tait, pour ainsi dire, l'&quot;insoup&ccedil;onnable&quot; substrat de leur union personnelle ou de la communion de leurs personnes (communio personarum).</p> <p>7. Comme on le voit dans la Premi&egrave;re lettre aux Corinthiens, l'ap&ocirc;tre lie sa description du corps humain &agrave; l'&eacute;tat de l'homme &quot;historique&quot;. Au seuil de l'histoire de cet homme se trouve l'exp&eacute;rience de la honte li&eacute;e &agrave; la &quot;division du corps&quot;, au sens de pudeur &agrave; l'&eacute;gard de ce corps (et en particulier &agrave; l'&eacute;gard de ses membres qui d&eacute;terminent du point corporel la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute;). Cependant, dans la m&ecirc;me &quot;description&quot;, Paul indique la voie qui (pr&eacute;cis&eacute;ment sur la base du sens de la honte) conduit &agrave; la transformation de cet &eacute;tat jusqu'&agrave; la victoire progressive sur cette &quot;division dans le corps&quot;, victoire qui peut et qui doit se r&eacute;aliser dans le coeur de l'homme. Cette voie est pr&eacute;cis&eacute;ment celle de la puret&eacute; ou du &quot;fait d'user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot;. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ko">1Co 12,18-25</a></i>, Paul se r&eacute;f&egrave;re au &quot;respect&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a></i> en utilisant quelques locutions &eacute;quivalentes lorsqu'il parle du &quot;respect&quot; ou de l'estime pour les membres &quot;les moins honorables&quot;, &quot;les plus faibles&quot; du corps et lorsqu'il recommande une plus grande &quot;d&eacute;cence&quot; &agrave; l'&eacute;gard de ce qui est consid&eacute;r&eacute; comme &quot;ind&eacute;cent&quot; dans l'homme. Ces locutions caract&eacute;risent de plus pr&egrave;s ce &quot;respect&quot;, surtout dans le domaine des rapports et des comportements humains &agrave; l'&eacute;gard du corps. Voil&agrave; ce qui est important, tant &agrave; l'&eacute;gard de son &quot;propre&quot; corps que, &eacute;videmment, dans les rapports r&eacute;ciproques (sp&eacute;cialement entre l'homme et la femme, bien qu'ils ne se limitent pas &agrave; eux).<br /> Nous n'avons aucun doute que la &quot;description&quot; du corps humain, dans la Premi&egrave;re lettre aux Corinthiens, ait une signification fondamentale pour l'ensemble de la doctrine paulinienne de la puret&eacute;.</p> <p>- 4&nbsp;f&eacute;vrier 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:41:11 +0000 Incarnare 101 at http://www.theologieducorps.fr TDC 056 - Les deux dimensions de la pureté, selon Saint-Paul http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-056-deux-dimensions-de-la-purete-selon-saint-paul <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Au cours de nos derni&egrave;res cat&eacute;ch&egrave;ses du mercredi, nous avons analys&eacute; deux passages tir&eacute;s de la premi&egrave;re lettre aux Th&eacute;ssaloniciens (1Th 4,3-5) et de la premi&egrave;re lettre aux Corinthiens (1Co 12,18-25). Nous avions pour but de montrer ce qui nous semble essentiel dans la doctrine paulienne sur la puret&eacute;, comprise dans le sens moral c'est &agrave; dire comme vertu.&nbsp;Si dans le texte aux Thessaloniciens nous pouvons voir que la puret&eacute; r&eacute;side dans la temp&eacute;rance, l'accent est &eacute;galement mis dans ce texte - comme dans la lettre aux Corinthiens - sur le respect. Par un tel respect envers le corps - ajoutons que, dans la lettre aux Corinthiens, le respect est vu pr&eacute;cis&eacute;ment en relation avec la modestie - la puret&eacute; en tant que vertu chr&eacute;tienne est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans les lettres de Paul comme un moyen efficace de d&eacute;tachement du fruit, dans le coeur humain, de la convoitise dans la chair.&nbsp;</p> <p>S'abstenir de l'inchastet&eacute; implique de contr&ocirc;ler son corps dans la saintet&eacute; et l'honneur.&nbsp;Cette abstention nous permet de d&eacute;duire que, dans la doctrine de l'ap&ocirc;tre, la puret&eacute; est une capacit&eacute; centr&eacute;e sur la dignit&eacute; du corps. Plus pr&eacute;cis&eacute;ment, sur la dignit&eacute; de la personne dans sa relation avec son propre corps, &agrave; sa f&eacute;minit&eacute; ou sa masculinit&eacute; manifest&eacute;e dans ce corps. Comprise comme une capacit&eacute;, la puret&eacute; est pr&eacute;cis&eacute;ment l'expression et le fruit de la vie dans l'Esprit Saint, dans tout le sens du terme. C'est une capacit&eacute; nouvelle de l'&ecirc;tre humain, dans laquelle l'Esprit Saint porte du fruit.</p> <p>Ces deux dimensions de la puret&eacute; - la dimension morale, ou vertu, et la dimension charismatique, le don du Saint Esprit au sens propre - sont pr&eacute;sentes et intimement li&eacute;es dans le message de Saint-Paul. Ceci est particuli&egrave;rement appuy&eacute; dans la premi&egrave;re lettre de l'ap&ocirc;tre aux Corinthiens, dans laquelle il appelle le corps &quot;le temple [c'est &agrave; dire le sanctuaire et le lieu du s&eacute;jour] de l'Esprit Saint&quot;.&nbsp;</p> <p><strong>Vous ne vous appartenez pas &agrave; vous-m&ecirc;mes</strong></p> <p><a name="2"></a>2. &quot;Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez re&ccedil;u de Dieu ; vous ne vous appartenez plus &agrave; vous-m&ecirc;mes&quot;- dit Paul aux Corinthiens (1Co 6,19), apr&egrave;s les avoir instruits avec grande s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des exigences morales de la puret&eacute;. &quot;Fuyez la d&eacute;bauche. Tous les p&eacute;ch&eacute;s que l'homme peut commettre sont ext&eacute;rieurs &agrave; son corps ; mais la d&eacute;bauche est un p&eacute;ch&eacute; contre le corps lui-m&ecirc;me.&quot; (1Co 6,18) La caract&eacute;ristique particuli&egrave;re du p&eacute;ch&eacute; que l'ap&ocirc;tre stigmatise r&eacute;side dans le fait que ce p&eacute;ch&eacute;, contrairement aux autres, est contre le corps (tandis que les autres p&eacute;ch&eacute;s sont hors du corps). C'est ainsi que nous trouvons la signification exacte d'expressions comme &quot;p&eacute;ch&eacute; du corps&quot; ou &quot;p&eacute;ch&eacute; de la chair&quot; dans la terminologie paulinienne. Ces p&eacute;ch&eacute;s sont pr&eacute;cis&eacute;ment oppos&eacute;s &agrave; cette vertu par laquelle l'homme garde son corps dans la saintet&eacute; et l'honneur (cf. 1Th 4,3-5).</p> <p><strong>Profanation du temple</strong></p> <p><a name="3"></a>3.&nbsp;De tels p&eacute;ch&eacute;s entra&icirc;nent la profanation du corps : ils privent le corps de l'homme ou de la femme de l'honneur qui lui d&ucirc; du fait de la dignit&eacute; de sa personne. Cependant, l'ap&ocirc;tre va plus loin : selon lui, le p&eacute;ch&eacute; contre le corps sont &eacute;galement une &quot;profanation du temple&quot;. A ses yeux, ce n'est pas seulement l'esprit humain, gr&acirc;ce &agrave; qui l'homme est un sujet personnel, qui fait la dignit&eacute; du corps huamin. Mais c'est la r&eacute;alit&eacute; surnaturelle de l'Esprit Saint qui habite et demeure dans l'homme - dans son &acirc;me et dans son corps, comme le fruit de la r&eacute;demption op&eacute;r&eacute;e par le Christ- qui fait cette dignit&eacute;.</p> <p>Il s'ensuit que le corps de l'homme n'est pas seulement le sien.&nbsp;Il m&eacute;rite le respect, dont la manifestation dans le comportement humain entre hommes et femmes est la vertu de puret&eacute;. Ce respect ne trouve pas son origine uniquement dans le fait que ce soit le corps d'une personne. Quand l'ap&ocirc;tre &eacute;crit : &quot; Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez re&ccedil;u de Dieu&quot; (1Co 16,9), il veut indiquer une nouvelle source de dignit&eacute; du corps humain, pr&eacute;cis&eacute;ment l'Esprit Saint, qui est &eacute;galement la source du devoir moral qui d&eacute;coule de cette dignit&eacute;.</p> <p><strong>Le Seigneur a pay&eacute; le prix de votre rachat</strong></p> <p><a name="4"></a>4. La r&eacute;alit&eacute; de la r&eacute;demption, qui est &eacute;galement r&eacute;demption du corps, est cette source. Pour Paul, ce myst&egrave;re de la foi est une r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te et personnelle. Par la r&eacute;demption, chaque homme s'est pour ainsi dire re&ccedil;u de nouveau, et a re&ccedil;u de nouveau son corps, de Dieu. Le Christ a imprim&eacute; dans le corps humain - dans le corps de chaque homme et de chaque femme - une nouvelle dignit&eacute; puisque, en Lui, le corps humain a &eacute;t&eacute; admis, avec l'&acirc;me, &agrave; l'union avec la Personne du Fils-Verbe. Avec cette dignit&eacute; nouvelle, par la r&eacute;demption du corps, une nouvelle obligation a vu le jour.&nbsp;Paul &eacute;crit peu &agrave; ce propos, mais d'une mani&egrave;re percutante : &quot;Le Seigneur a pay&eacute; le prix de votre rachat&quot; (1Co 6,20). Le fruit de la r&eacute;demption est l'Esprit Saint, qui demeure dans l'homme et dans le temple de son corps. Dans ce don, qui sanctifie chaque homme, le chr&eacute;tien se re&ccedil;oit de nouveau comme don de Dieu. Ce nouveau don, double, est alliance : l'ap&ocirc;tre y fait r&eacute;f&eacute;rence lorsqu'il &eacute;crit aux croyants, conscients du Don, pour les convaincre de ne pas commettre l'inchastet&eacute;.&nbsp;Nul ne doit &quot;p&eacute;cher contre son propre corps&quot; (1Co 6,18). Il &eacute;crit ainsi : &quot;Le corps est, non pas pour la d&eacute;bauche, mais pour le Seigneur J&eacute;sus, et le Seigneur est pour le corps&quot; (1Co 6,13)</p> <p>Il est difficile d'exprimer plus concis&eacute;ment ce que le myst&egrave;re de l'Incarnation apporte &agrave; chaque croyant.&nbsp;Le fait que le corps humain devienne en J&eacute;sus Christ le corps du Dieu-Homme apporte &agrave; chaque homme une nouvelle &eacute;levation surnaturelle, que chaque chr&eacute;tien doit prendre en compte dans le comportement qu'il adopte envers son propre corps et, bien s&ucirc;r, envers le corps de l'autre : l'homme envers la femme et la femme envers l'homme.&nbsp;La r&eacute;demption du corps implique l'institution, dans le Christ et par le Christ, d'une nouvelle dimension de saintet&eacute; du corps. Paul fait r&eacute;f&eacute;rence &agrave; cette saintet&eacute; dans le lettre aux Thessaloniciens lorsqu'il &eacute;crit &agrave; chacun de veiller &quot;&agrave; [se] comporter chacun avec votre femme dans un esprit de saintet&eacute; et de respect&quot; (1Th 4,3-5)</p> <p><strong>Unis avec le Seigneur</strong></p> <p><a name="5"></a>5. Dans le sixi&egrave;me chapitre de la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens, Paul pr&eacute;cise la v&eacute;rit&eacute; de la saintet&eacute; du corps. Il stigmatise l'inchastet&eacute;, c'est &agrave; dire le p&eacute;ch&eacute; contre la saintet&eacute; du corps, le p&eacute;ch&eacute; d'impuret&eacute;, avec des mots tr&egrave;s forts : &quot;Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d'une femme de d&eacute;bauche ? Absolument pas. Ne le savez-vous pas ? Quand on s'unit &agrave; la d&eacute;bauch&eacute;e, cela ne fait qu'un seul corps. Car il est dit : Tous deux ne feront plus qu'un. Quand on s'unit au Seigneur, cela ne fait qu'un seul esprit.&quot; (1Co 6,15-17) Selon l'enseignement paulinien, la puret&eacute; est un aspect de la vie dans l'Esprit. Cela signifie que le myst&egrave;re de la r&eacute;demption du corps, qui fait partie du myst&egrave;re du Christ commenc&eacute; dans l'Incarnation et d&eacute;j&agrave; vrai pour chaque homme par l'incarnation, porte du fruit.&nbsp;</p> <p>Ce myst&egrave;re porte &eacute;galement du fruit dans la puret&eacute;, comprise comme une exigence fond&eacute; sur l'&eacute;thique.&nbsp;Le fait que nous ayant &eacute;t&eacute; &quot;rachet&eacute;s avec un grand prix&quot; (1Co 6,20) au prix de la r&eacute;demption du Christ, cr&eacute;e une exigence, c'est &agrave; dire, le devoir de contr&ocirc;ler son corps dans la saintet&eacute; et le respect.&nbsp;La conscience de la r&eacute;demption du corps agit dans la volont&eacute; humaine en faveur de l'abstinence de l'inchastet&eacute;. Elle agit pour permettre &agrave; l'homme d'acqu&eacute;rir une r&eacute;elle capacit&eacute; appel&eacute;e la vertu de puret&eacute;.</p> <p>Ce que nous pouvons voir, dans les mots de la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens (1Co 6,15-17), dans l'enseignement de Paul sur la vertu chr&eacute;tienne de puret&eacute; comme mise en oeuvre de la vie dans l'Esprit, a une profondeur particuli&egrave;re et porte la puissance du r&eacute;alisme surnaturel de la foi.&nbsp;Nous devrons revenir sur ce sujet plus d'une fois.</p> <p>- 11 f&eacute;vrier 1981</p> Wed, 23 Sep 2009 15:20:26 +0000 Incarnare 199 at http://www.theologieducorps.fr TDC 057 - La vie selon l'Esprit dans Saint Paul http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-057-la-vie-selon-lesprit-dans-saint-paul <p> 1. Au cours de notre rencontre, il y a quelques semaines, nous avons attir&eacute; l'attention sur le passage de la Premi&egrave;re Lettre aux Corinthiens o&ugrave; saint Paul appelle le corps humain le &quot;temple de l'Esprit-Saint&quot;. Il &eacute;crit: &quot;Ou bien ne savez- vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous tenez de Dieu et que vous ne vous appartenez pas? En effet, vous avez &eacute;t&eacute; rachet&eacute;s &agrave; un prix &eacute;lev&eacute;&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fi">1Co 6,19-20</a></i>. &quot;Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fe">1Co 6,15</a></i>. L'ap&ocirc;tre montre le myst&egrave;re de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot;, accomplie par le Christ, comme la source d'un devoir moral particulier qui engage les chr&eacute;tiens &agrave; la puret&eacute;, &agrave; celle que Paul d&eacute;finit ailleurs comme l'exigence d'&quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cv">1Th 4,4</a></i>.</p> <p> 2. Cependant, nous ne d&eacute;couvririons pas toute la richesse de la pens&eacute;e contenue dans les th&egrave;mes pauliniens si nous ne remarquions pas que le myst&egrave;re de la R&eacute;demption fructifie &eacute;galement dans l'homme de mani&egrave;re charismatique. L'Esprit- Saint qui, selon les paroles de l'ap&ocirc;tre, entre dans le corps humain comme dans son propre &quot;temple&quot;, y habite et y oeuvre par ses dons spirituels. Parmi ces dons, connus dans l'histoire de la spiritualit&eacute; comme les sept dons du Saint- Esprit (cf. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftm.htm#mk">Is 11,2</a></i>, selon la Septante et la Vulgate), celui qui s'adapte le mieux &agrave; la vertu de puret&eacute; semble &ecirc;tre le don de la &quot;pi&eacute;t&eacute;&quot; (eusebeia, donum pietatis).<br /> note <i>(L'eusebeia ou pieta se r&eacute;f&eacute;rait g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; l'&eacute;poque gr&eacute;co-romaine &agrave; la v&eacute;n&eacute;ration des dieux (comme d&eacute;votion) mais conservait encore le sens primitif plus vaste de respect envers les structures vitales. -- L'eusebeia d&eacute;finissait le comportement r&eacute;ciproque des consanguins, les relations entre &eacute;poux, et aussi l'attitude d&ucirc;e &agrave; C&eacute;sar par les l&eacute;gions et &agrave; leurs ma&icirc;tres par les esclaves. -- Dans le Nouveau Testament, seuls les documents les plus r&eacute;cents appliquent l'eusebeia aux chr&eacute;tiens; dans les &eacute;crits les plus anciens ce terme caract&eacute;rise les &quot;bons pa&iuml;ens&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cjf.htm#od">Ac 10,2-7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cjg.htm#xa">Ac 17,23</a></i> -- Et ainsi l'eusebeia grecque tout comme le donum pietatis, tout en se r&eacute;f&eacute;rant indubitablement &agrave; la v&eacute;n&eacute;ration divine, ont aussi une vaste base dans la connotation des rapports inter-humains (cf. W. Foerster, article eusebeia, dans Theological Dictionary of the New- Testament ed. G. Kittel - G. Bromiley, vol. III, Grand Rapids 1971, Eerdmans, pp. 177-182).</i></p> <p>Si la puret&eacute; am&egrave;ne l'homme &agrave; &quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot;, comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a></i>, la pi&eacute;t&eacute;, qui est un don de l'Esprit-Saint, semble servir la puret&eacute; de mani&egrave;re particuli&egrave;re en sensibilisant le sujet humain &agrave; cette dignit&eacute; qui est propre au corps humain en vertu du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption. Gr&acirc;ce au don de la pi&eacute;t&eacute;, les paroles de Paul: &quot;Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous (...) et que vous ne vous appartenez pas? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fi">1Co 6,19</a></i> acqui&egrave;rent l'&eacute;loquence d'une exp&eacute;rience et deviennent une v&eacute;rit&eacute; vivante et v&eacute;cue dans l'action. Elles ouvrent m&ecirc;me l'acc&egrave;s plus pleinement &agrave; l'exp&eacute;rience de la signification sponsale du corps et de la libert&eacute; du don qui lui est li&eacute;e et dans laquelle se d&eacute;voilent la physionomie profonde de la puret&eacute; et son lien organique avec l'amour.</p> <p> 3. Bien que le fait d'user de son corps &quot;avec saintet&eacute; et respect&quot; consiste &agrave; s'abstenir de &quot;l'impucidit&eacute;&quot; - et cette voie est indispensable - cette attitude fructifie toujours dans l'exp&eacute;rience la plus profonde de cet amour qui a &eacute;t&eacute; inscrit depuis &quot;l'origine&quot;, d'apr&egrave;s l'image et la ressemblance de Dieu lui-m&ecirc;me, dans l'&ecirc;tre humain tout entier et donc aussi dans son corps. C'est pourquoi, au chapitre 6 de la Premi&egrave;re lettre aux Corinthiens, saint Paul termine son argumentation par une exhortation significative &quot;Glorifiez donc Dieu dans votre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fj">1Co 6,20</a></i>. La puret&eacute;, comme vertu ou capacit&eacute; d'&quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot;, alli&eacute;e au don de la pi&eacute;t&eacute; comme fruit de l'habitation de l'Esprit-Saint dans le &quot;temple&quot; du corps, r&eacute;alise dans ce dernier une telle pl&eacute;nitude de dignit&eacute; dans les rapports entre personnes que Dieu lui-m&ecirc;me y est glorifi&eacute;. La puret&eacute; est gloire du corps humain devant Dieu. C'est la gloire de Dieu dans le corps humain &agrave; travers lequel se manifestent la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute;. De la puret&eacute; jaillit cette singuli&egrave;re beaut&eacute; qui impr&egrave;gne tout le domaine de la convivence r&eacute;ciproque des hommes et permet d'y exprimer la simplicit&eacute; et la profondeur, la cordialit&eacute; et l'authenticit&eacute; incomparable de la confiance personnelle. Peut-&ecirc;tre aurons-nous plus tard une autre occasion pour traiter plus amplement ce th&egrave;me. Le lien entre la puret&eacute; et l 'amour est &eacute;galement le lien de la m&ecirc;me puret&eacute; dans l'amour, et ce don de l'Esprit-Saint qu'est la pi&eacute;t&eacute; constitue une trame peu connue de la th&eacute;ologie du corps qui m&eacute;rite cependant un approfondissement particulier. Cela pourra &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute; au cours des analyses concernant le caract&egrave;re sacramentel du mariage.</p> <p> 4. Et maintenant, r&eacute;f&eacute;rons-nous bri&egrave;vement &agrave; l'Ancien Testament. La doctrine paulinienne de la puret&eacute;, entendue comme &quot;vie selon l'Esprit&quot;, semble indiquer une certaine continuit&eacute; par rapport aux Livres &quot;sapientiaux&quot; de l'Ancien Testament. Nous y trouvons, par exemple, la pri&egrave;re suivante pour obtenir la puret&eacute; dans les pens&eacute;es, les paroles et les actions: &quot;Seigneur, P&egrave;re et Dieu de ma vie. (...) Que la sensualit&eacute; et la luxure ne s'emparent pas de moi. Ne me livre pas au d&eacute;sir impudent&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xl">Si 23,4-6</a></i>. La puret&eacute; est en effet la condition pour trouver la sagesse et pour la suivre, comme nous le lisons dans le m&ecirc;me livre: &quot;Vers elle (c'est-&agrave;-dire vers la sagesse) j'ai dirig&eacute; mon &acirc;me et dans la puret&eacute; je l'ai trouv&eacute;e&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hb1.htm#bpk">Si 51,20</a></i>. On pourrait aussi, d'une certaine mani&egrave;re, prendre en consid&eacute;ration le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ha1.htm#hd">Sg 8,21</a></i> que la liturgie conna&icirc;t dans la version de la Vulgate: &quot;Je savais que nul ne pouvait avoir la continence si Dieu ne la donnait. Et c'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; de la sagesse de savoir de qui elle &eacute;tait le don <i>(Cette version de la Vulgate conserv&eacute;e par la Neo- Vulgate et par la liturgie, cit&eacute;e de nombreuses fois par saint Augustin (de S. Virg, par. 43; Confess.VI II; X 29; Serm. CLX 7), change toutefois le sens de l'original grec qui se traduit ainsi: &quot;Sachant que je ne l'aurais pas obtenue autrement (la sagesse) si Dieu ne me l'avait donn&eacute;e..&quot;).</i><br /> Selon ce concept, ce n'est pas tellement la puret&eacute; qui est la condition de la sagesse, mais la sagesse condition de la puret&eacute;, comme un don de Dieu. Il semble que dans les textes sapientiaux cit&eacute;s ci-dessus s'esquisse d&eacute;j&agrave; la double signification de la puret&eacute;: comme vertu et comme don. La vertu est au service de la sagesse et la sagesse pr&eacute;dispose &agrave; accueillir le don qui provient de Dieu. Ce don fortifie la vertu et permet de jouir dans la sagesse des fruits d'une conduite et d'une vie qui soient pures.</p> <p>5. Comme le Christ dans la b&eacute;atitude du Discours sur la Montagne, qui se r&eacute;f&egrave;re &quot;aux coeurs purs&quot;, met en relief la &quot;vision de Dieu&quot;, fruit de la puret&eacute;, dans une perspective eschatologique, ainsi Paul, &agrave; son tour, met en lumi&egrave;re son rayonnement dans les dimensions de la temporalit&eacute; lorsqu'il &eacute;crit: &quot;Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souill&eacute;s et qui n'ont pas la foi, rien n'est pur. Leur esprit m&ecirc;me et leur conscience sont souill&eacute;s. Ils font profession de conna&icirc;tre Dieu mais, par leur conduite, ils le renient&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hla.htm#a3">Tt 1,15-16</a></i> Ces paroles peuvent &eacute;galement se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; la puret&eacute; au sens, g&eacute;n&eacute;ral et sp&eacute;cifique, comme &agrave; la note caract&eacute;ristique de tout bien moral. Pour la conception paulinienne de la puret&eacute;, au sens dont parlent <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fc">1Co 6,13-20</a></i> c'est-&agrave;-dire au sens de la &quot;vie selon l'Esprit&quot;, l'anthropologie de la renaissance dans l'Esprit- Saint semble &ecirc;tre fondamentale - comme il ressort de l'ensemble de nos consid&eacute;rations <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#fv">Jn 3,5</a></i> ss. Elle grandit &agrave; partir des racines mises dans la r&eacute;alit&eacute; de la R&eacute;demption du corps op&eacute;r&eacute;e par le Christ R&eacute;demption dont l'expression ultime est la r&eacute;surrection. Il y a de profondes raisons pour lier toute la th&eacute;matique de la puret&eacute; aux paroles de l'Evangile dans lesquelles le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection (et cela constituera le th&egrave;me de la future &eacute;tape de nos consid&eacute;rations). Ici, nous l'avons surtout mise en relation avec l'ethos de la R&eacute;demption du corps.</p> <p> 6. La mani&egrave;re de comprendre et de pr&eacute;senter la puret&eacute; - h&eacute;rit&eacute;e de la tradition de l'Ancien Testament et caract&eacute;ristique des Livres &quot;sapientiaux&quot; - &eacute;tait certainement une pr&eacute;paration indirecte mais n&eacute;anmoins r&eacute;elle &agrave; la doctrine paulinienne sur la puret&eacute; comprise comme &quot;vie selon l'Esprit&quot;. Sans doute, cette mani&egrave;re aidait aussi beaucoup d'auditeurs du Discours sur la Montagne &agrave; comprendre les paroles du Christ lorsque, expliquant le commandement &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, il se r&eacute;f&eacute;rait au &quot;coeur&quot; humain. L'ensemble de nos r&eacute;flexions a pu montrer de cette mani&egrave;re, du moins dans une certaine mesure, avec quelle richesse et quelle profondeur la doctrine de la puret&eacute; se distingue dans ses sources bibliques et &eacute;vang&eacute;liques.</p> <p>- 18&nbsp;mars 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:42:26 +0000 Incarnare 102 at http://www.theologieducorps.fr TDC 058 - La fonction positive de la pureté du coeur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-058-la-fonction-positive-de-la-purete-du-coeur <p> 1. Avant de conclure le cycle de consid&eacute;rations concernant les paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans son Discours sur la Montagne, il faut encore une fois rappeler ces paroles et reprendre sommairement le fil des id&eacute;es sur lesquelles elles sont bas&eacute;es. Voici la teneur des paroles de J&eacute;sus: &quot; Vous avez appris qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re! Eh bien! moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis, dans son coeur, l'adult&egrave;re avec elle&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Ce sont des paroles synth&eacute;tiques qui exigent une profonde r&eacute;flexion, exactement comme les paroles du Christ quand il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; &quot;l'origine&quot;. Aux Pharisiens qui, en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la loi de Mo&iuml;se qui admettait l'&quot;acte de r&eacute;pudiation&quot;, lui avaient demand&eacute;: &quot;Est-il permis de r&eacute;pudier sa femme pour n'importe quel motif?&quot;, il avait r&eacute;pondu: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme, et qu'il a dit Ainsi donc l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme et les deux ne formeront qu'une seule chair? ... Eh bien! Ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le s&eacute;parer&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-6</a></i> Ces paroles ont, elles aussi, exig&eacute; une profonde r&eacute;flexion pour d&eacute;couvrir toute la richesse qu'elles contiennent. Les r&eacute;flexions de ce genre nous ont permis de d&eacute;terminer l'authentique th&eacute;ologie du corps.</p> <p> 2. En suivant la r&eacute;f&eacute;rence que le Christ a faite &agrave; &quot;l'origine&quot;, nous avons consacr&eacute; une s&eacute;rie de r&eacute;flexions aux textes de la Gen&egrave;se qui traitent pr&eacute;cis&eacute;ment de cette &quot;origine&quot;. Nos analyses ont fait ressortir non seulement un tableau de la situation de l'&ecirc;tre humain - homme et femme - dans son &eacute;tat d'innocence originelle, mais aussi la base th&eacute;ologique de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme et sur sa vocation particuli&egrave;re qui d&eacute;coule du myst&egrave;re &eacute;ternel de la personne: image de Dieu, incarn&eacute;e dans le fait corporel et visible de la masculinit&eacute; ou de la f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine. C'est sur cette v&eacute;rit&eacute; qu'est bas&eacute;e la r&eacute;ponse que le Christ a donn&eacute;e &agrave; propos du mariage et, en particulier, de son indissolubilit&eacute;. C'est la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme, une v&eacute;rit&eacute; qui a ses racines dans l'&eacute;tat d'innocence originelle, une v&eacute;rit&eacute; qu'il faut donc comprendre dans le contexte de la situation existant avant le p&eacute;ch&eacute;, comme nous avons cherch&eacute; &agrave; le faire au cours du pr&eacute;c&egrave;dent cycle de nos r&eacute;flexions.</p> <p>3. Toutefois il faut, en m&ecirc;me temps, consid&eacute;rer, comprendre et interpr&eacute;ter cette v&eacute;rit&eacute; fondamentale sur la personne humaine, sur sa nature d'&ecirc;tre masculin et f&eacute;minin, &agrave; la lumi&egrave;re d'une autre situation: de celle, donc, qui s'est form&eacute;e &agrave; la suite de la rupture de la premi&egrave;re alliance avec le Cr&eacute;ateur, c'est-&agrave;-dire &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute; originel. Il convient de voir cette v&eacute;rit&eacute; sur l'&ecirc;tre humain - homme et femme - dans le contexte de sa nature p&eacute;cheresse h&eacute;r&eacute;ditaire. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment ici que nous rencontrons les d&eacute;clarations du Christ dans son Discours sur la Montagne. Il y a &eacute;videmment dans les Saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament de nombreux r&eacute;cits, phrases et paroles qui confirment cette v&eacute;rit&eacute;, c'est-&agrave;-dire que l'homme &quot;historique&quot; porte en lui l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute; originel; n&eacute;anmoins, les paroles que J&eacute;sus a prononc&eacute;es dans son Discours sur la Montagne semblent - malgr&eacute; leur pr&eacute;sentation concise - avoir une &eacute;loquence particuli&egrave;rement dense. Les analyses que nous avons faites pr&eacute;c&eacute;demment et qui ont graduellement r&eacute;v&eacute;l&eacute; ce que ces paroles contiennent en substance, le d&eacute;montrent. Pour &eacute;clairer les affirmations concernant la concupiscence, il faut saisir la signification biblique de la concupiscence elle-m&ecirc;me - de la triple concupiscence - et principalement de la concupiscence de la chair. Et alors, on arrive &agrave; comprendre peu &agrave; peu pourquoi J&eacute;sus d&eacute;finit cette concupiscence (pr&eacute;cis&eacute;ment le &quot;regarder pour d&eacute;sirer&quot;) comme &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;. En accomplissant les analyses sur ce sujet, nous avons en m&ecirc;me temps cherch&eacute; &agrave; comprendre quelle signification les paroles de J&eacute;sus avaient pour ses auditeurs imm&eacute;diats &eacute;duqu&eacute;s dans la tradition de l'Ancien Testament, c'est-&agrave;-dire dans la tradition des textes l&eacute;gislatifs et, &eacute;galement, dans celle des textes proph&eacute;tiques et &quot;sapientiaux&quot;; en outre, la signification que les paroles du Christ peuvent avoir pour l'homme de toute autre &eacute;poque et principalement pour l'homme d'aujourd'hui, lorsqu'on consid&egrave;re des influences culturelles. En effet, nous sommes persuad&eacute;s que, dans leur contenu essentiel, ces paroles se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; l'homme de tous les temps et de tous les lieux. C'est en cela que consiste leur valeur synth&eacute;tique: elles annoncent &agrave; chacun une v&eacute;rit&eacute; qui est valable et substantielle pour lui personnellement.</p> <p>4. Quelle est cette v&eacute;rit&eacute;? Incontestablement, c'est une v&eacute;rit&eacute; de caract&egrave;re &eacute;thique et donc, en d&eacute;finitive, une v&eacute;rit&eacute; de caract&egrave;re normatif, tout comme est normative la v&eacute;rit&eacute; contenue dans le commandement: &quot;Tu ne commettras point l'adult&egrave;re&quot;. L'interpr&eacute;tation que le Christ fait de ce commandement nous indique le mal &agrave; &eacute;viter et &agrave; vaincre - celui pr&eacute;cis&eacute;ment de la convoitise de la chair - et elle nous montre en m&ecirc;me temps le bien, dont la voie s'ouvre &agrave; nous quand nous surmontons nos d&eacute;sirs. Ce bien est la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; dont J&eacute;sus parle dans le m&ecirc;me contexte du Discours sur la Montagne. Du point de vue biblique, la puret&eacute; du coeur veut dire lib&eacute;ration de toute esp&egrave;ce de p&eacute;ch&eacute; ou de faute - et pas seulement des p&eacute;ch&eacute;s provenant de la &quot;convoitise de la chair&quot;. Toutefois, dans ce cas-ci, nous nous occupons particuli&egrave;rement d'un des aspects de cette &quot;puret&eacute;&quot; , celui qui est le contraire de l'adult&egrave;re &quot;commis dans le coeur&quot;. Cette &quot;puret&eacute; du coeur&quot; dont nous traitons, si nous la comprenons, selon la pens&eacute;e de saint Paul, comme &quot;vie selon l'Esprit&quot;, alors le contexte paulinien nous offre une image compl&egrave;te de la substance contenue dans les paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans son Discours sur la Montagne. Ces paroles contiennent une v&eacute;rit&eacute; &eacute;thique; elles mettent en garde contre le mal et indiquent le bien moral de la vie humaine; m&ecirc;me, elles incitent les auditeurs &agrave; &eacute;viter le mal de la concupiscence et &agrave; acqu&eacute;rir la puret&eacute; du coeur. La signification de ces paroles est donc tout ensemble normative et indicative. Tout en entra&icirc;nant vers le bien qu'est la &quot;puret&eacute; du coeur&quot;, elles indiquent en m&ecirc;me temps les valeurs auxquelles le coeur humain peut et doit aspirer.</p> <p> 5. D'o&ugrave; la question: quelle v&eacute;rit&eacute;, valable pour tout homme, se trouve contenue dans les paroles du Christ? Nous devons r&eacute;pondre qu'elles contiennent non seulement une v&eacute;rit&eacute; &eacute;thique, mais &eacute;galement la v&eacute;rit&eacute; essentielle sur l'homme, la v&eacute;rit&eacute; anthropologique. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que nous remontons &agrave; ces paroles pour formuler ici la th&eacute;ologie du corps en &eacute;troite relation et, pour ainsi dire, dans la perspective les paroles pr&eacute;c&eacute;dentes par lesquelles le Christ s'&eacute;tait r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; &quot;l'origine&quot;. On peut affirmer que ces paroles, avec leur expressive &eacute;loquence &eacute;vang&eacute;lique, &eacute;voquent dans la conscience de l'homme de la concupiscence le souvenir de l'homme de l'innocence originelle. Mais les paroles du Christ sont r&eacute;alistes. Elles ne cherchent pas &agrave; faire revenir le coeur humain &agrave; l'&eacute;tat d'innocence originelle que l'homme a d&eacute;sormais laiss&eacute; derri&egrave;re lui au moment o&ugrave; il a commis le p&eacute;ch&eacute; originel: elles lui indiquent, au contraire, le chemin d'une puret&eacute; du coeur, possible et accessible m&ecirc;me dans sa situation de p&ecirc;cheur h&eacute;r&eacute;ditaire. Cette puret&eacute; est celle de &quot;l'homme de la concupiscence&quot;, inspir&eacute;e toutefois par les paroles de l'Evangile et ouverte &agrave; &quot;la vie selon l'Esprit&quot; (conform&eacute;ment aux paroles de saint Paul), c'est-&agrave;-dire la puret&eacute; de l'homme de la concupiscence qui est cern&eacute;e enti&egrave;rement par la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; accomplie par le Christ. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que nous trouvons dans les paroles du Discours sur la Montagne l'appel au &quot;coeur&quot;, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'homme int&eacute;rieur. L'homme int&eacute;rieur doit s'ouvrir &agrave; la vie selon l'Esprit, afin d'obtenir de l'Esprit la puret&eacute; de coeur &eacute;vang&eacute;lique; afin de retrouver et de r&eacute;aliser la valeur du corps, lib&eacute;r&eacute; par la R&eacute;demption des cha&icirc;nes de la concupiscence.<br /> La signification normative des paroles du Christ est profond&eacute;ment enracin&eacute;e dans leur signification anthropologique, dans la dimension de l'int&eacute;riorit&eacute; humaine.</p> <p> 6. Selon la doctrine &eacute;vang&eacute;lique, si merveilleusement d&eacute;velopp&eacute;e dans les Ep&icirc;tres de saint Paul, la puret&eacute; n'est pas une simple abstention de l'impudicit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cu">1Th 4,3</a></i>, ou temp&eacute;rance: elle ouvre en m&ecirc;me temps la voie qui conduit &agrave; une d&eacute;couverte toujours plus parfaite de la dignit&eacute; du corps humain, lui qui est li&eacute; organiquement &agrave; la libert&eacute; du don dans l'authenticit&eacute; int&eacute;grale de sa subjectivit&eacute; personnelle, masculine ou f&eacute;minine. De cette mani&egrave;re, la puret&eacute; comprise comme temp&eacute;rance m&ucirc;rit dans le coeur de l'homme qui la cultive et tend &agrave; la d&eacute;couverte et &agrave; l'affirmation de la signification sponsale du corps, dans sa v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette v&eacute;rit&eacute; qui doit &ecirc;tre connue int&eacute;rieurement: elle doit, en un certain sens, &ecirc;tre &quot;ressentie par le coeur&quot;, afin que les rapports r&eacute;ciproques de l'homme et de la femme - et jusqu'au simple regard - retrouvent ce contenu authentiquement sponsal de leurs significations. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce contenu que l'Evangile indique comme &quot;puret&eacute; du coeur&quot;.</p> <p> 7. Si dans l'exp&eacute;rience int&eacute;rieure de l'homme (c'est-&agrave;- dire de l'homme de la concupiscence) la &quot;temp&eacute;rance&quot; prend figure de fonction n&eacute;gative, l'analyse des paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans son Discours sur la Montagne et leur mise en liaison avec les textes de saint Paul nous permettent de transposer cette signification vers la fonction positive de la puret&eacute; du coeur. Dans la puret&eacute; bien m&ucirc;rie, l'homme jouit des fruits de la victoire remport&eacute;e sur la concupiscence, victoire dont a parl&eacute; saint Paul en exhortant chacun &agrave; &quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cv">1Th 4,4</a></i> Mieux, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans une puret&eacute; bien m&ucirc;rie que se manifeste partiellement l'efficacit&eacute; du don du Saint- Esprit dont le corps humain &quot;est le temple&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fi">1Co 6,19</a></i>. Ce don est surtout celui de la pi&eacute;t&eacute; (donum pietatis) qui restitue &agrave; l'exp&eacute;rience du corps - sp&eacute;cialement quand il s'agit des relations r&eacute;ciproques de l'homme et de la femme - toute sa simplicit&eacute;, toute sa limpidit&eacute; et aussi toute sa joie int&eacute;rieure. Comme on le voit, ceci constitue un climat spirituel tr&egrave;s diff&eacute;rent de la passion et de la libido dont parle saint Paul (et que nous connaissons aussi gr&acirc;ce &agrave; d'autres analyses: il suffit de se rappeler <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbz.htm#a0i">Si 26,13</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbz.htm#a0k">Si 26,15-18</a></i> L'apaisement de la passion est en effet une chose; la joie que l'homme &eacute;prouve &agrave; se poss&eacute;der plus pleinement lui-m&ecirc;me et &agrave; pouvoir devenir ainsi encore plus pleinement un v&eacute;ritable don pour une autre personne en est une autre.<br /> Les paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne conduisent pr&eacute;cis&eacute;ment le coeur humain &agrave; cette joie. C'est &agrave; elles qu'il convient de confier sa propre personne, ses pens&eacute;es et ses actions, afin de trouver la joie et de la donner aux autres.</p> <p>- 1er avril 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:44:05 +0000 Incarnare 103 at http://www.theologieducorps.fr TDC 059 - La pédagogie du Corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-059-la-pedagogie-du-corps <p>1. Il nous faut d&eacute;sormais conclure les r&eacute;flexions et les analyses bas&eacute;es sur les paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne et par lesquelles il s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; au coeur humain en l'exhortant &agrave; la puret&eacute;: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: tu ne commettras pas d'adult&egrave;re. Mais moi, je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Nous avons dit &agrave; plusieurs reprises que ces paroles, prononc&eacute;es une fois &agrave; l'intention de ceux qui &eacute;coutaient ce discours, s'adressent &agrave; l'homme de tous les temps et de tous les lieux et font appel au coeur humain dans lequel s'inscrit la trame la plus int&eacute;rieure et, dans un certain sens, la plus essentielle de l'histoire. C'est l'histoire du bien et du mal (dont le d&eacute;but est li&eacute;, dans le Livre de la Gen&egrave;se, au myst&eacute;rieux arbre de la connaissance du bien et du mal) et, en m&ecirc;me temps, l'histoire du salut dont la parole est l'Evangile et dont la force est l'Esprit-Saint qui est donn&eacute; &agrave; ceux qui accueillent l'Evangile avec un coeur sinc&egrave;re.</p> <p>2. Si l'appel du Christ au &quot;coeur&quot; et, encore avant, sa r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&quot;origine&quot;, nous permettent de construire ou au moins de d&eacute;limiter une anthropologie que nous pouvons appeler &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;, une telle th&eacute;ologie est, en m&ecirc;me temps, une p&eacute;dagogie. La p&eacute;dagogie vise &agrave; &eacute;duquer l'homme, en mettant devant lui les exigences, en les motivant et en montrant les voies qui conduisent &agrave; leur r&eacute;alisation. Les affirmations du Christ ont aussi ce but: ce sont des affirmations &quot;p&eacute;dagogiques&quot;. Elles contiennent une p&eacute;dagogie du corps exprim&eacute;e de mani&egrave;re concise et, en m&ecirc;me temps, de la mani&egrave;re la plus compl&egrave;te. Aussi bien la r&eacute;ponse donn&eacute;e aux pharisiens &agrave; propos de l'indissolubilit&eacute; du mariage que les paroles du Discours sur la Montagne concernant la domination de la concupiscence montrent - au moins indirectement - que le Cr&eacute;ateur a assign&eacute; le corps, sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute; comme t&acirc;che &agrave; l'homme, que, dans la masculinit&eacute; et dans la f&eacute;minit&eacute;, il lui a assign&eacute; comme t&acirc;che, dans un certain sens, son humanit&eacute;, la dignit&eacute; de la personne et &eacute;galement le signe transparent de la &quot;communion&quot; interpersonnelle dans laquelle l'homme se r&eacute;alise lui-m&ecirc;me &agrave; travers le don authentique de soi. En mettant devant l'homme les exigences conformes aux t&acirc;ches qui lui sont confi&eacute;es, le Cr&eacute;ateur montre en m&ecirc;me temps &agrave; l'&ecirc;tre humain, &agrave; l'homme et &agrave; la femme, les voies qui y m&egrave;nent pour les assumer et les accomplir.</p> <p> 3. En analysant ces textes cl&eacute;s de la Bible jusqu'&agrave; la racine m&ecirc;me des significations qu'ils contiennent, nous d&eacute;couvrons pr&eacute;cis&eacute;ment cette anthropologie qui peut &ecirc;tre appel&eacute;e &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;. Et c'est cette th&eacute;ologie du corps qui fonde ensuite la m&eacute;thode la plus appropri&eacute;e de la p&eacute;dagogie du corps, c'est-&agrave;-dire de l'&eacute;ducation (m&ecirc;me de l'auto-&eacute;ducation) de l'homme. Cela acquiert une particuli&egrave;re actualit&eacute; pour l'homme contemporain dont la connaissance dans le domaine de la biophysiologie et de la m&eacute;decine biologique a beaucoup progress&eacute;. Cependant, cette science traite l'homme sous un &quot;aspect&quot; d&eacute;termin&eacute; et donc est plut&ocirc;t partiale et non globale. Nous connaissons bien les fonctions du corps comme organisme, les fonctions li&eacute;es &agrave; la masculinit&eacute; et &agrave; la f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine. Mais cette science, par elle-m&ecirc;me, ne d&eacute;veloppe pas encore la conscience du corps comme signe de la personne, comme manifestation de l'esprit. Tout le d&eacute;veloppement de la science contemporaine concernant le corps comme organisme a plut&ocirc;t le caract&egrave;re de la connaissance biologique, car elle est bas&eacute;e sur la s&eacute;paration, dans l'homme, de ce qui est en lui corporel et de ce qui est spirituel. En se servant d'une connaissance aussi unilat&eacute;rale des fonctions du corps comme organisme, il n'est pas difficile d'arriver &agrave; traiter le corps, de mani&egrave;re plus ou moins syst&eacute;matique, comme objet de manipulations. Dans ce cas, l'homme cesse, pour ainsi dire, de s'identifier subjectivement avec son corps, puisqu'il est priv&eacute; de la signification et de la dignit&eacute; qui d&eacute;coulent du fait que ce corps est pr&eacute;cis&eacute;ment celui de la personne. Nous nous trouvons ici &agrave; la limite des probl&egrave;mes qui exigent souvent des solutions fondamentales, impossibles sans une vision int&eacute;grale de l'homme.</p> <p> 4. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ici qu'appara&icirc;t clairement que la th&eacute;ologie du corps, tir&eacute;e de ces textes cl&eacute;s des paroles du Christ, devient la m&eacute;thode fondamentale de la p&eacute;dagogie ou de l'&eacute;ducation de l'homme du point de vue du corps, dans la pleine consid&eacute;ration de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute;. Cette p&eacute;dagogie peut &ecirc;tre comprise sous l'aspect d'une &quot;spiritualit&eacute; sp&eacute;cifique du corps&quot;. Le corps, en effet, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, est donn&eacute; comme t&acirc;che &agrave; l'esprit humain (ce qui a &eacute;t&eacute; exprim&eacute; par saint Paul de mani&egrave;re admirable dans le langage qui lui est propre) et, par l'interm&eacute;diaire d'une maturit&eacute; ad&eacute;quate de l'esprit, devient lui aussi signe de la personne - ce dont la personne est consciente - et une authentique &quot;mati&egrave;re&quot; dans la communion des personnes. En d'autres termes, l'homme d&eacute;couvre, &agrave; travers sa maturit&eacute; spirituelle, la signification sponsale de son corps.<br /> Les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne montrent que, par elle-m&ecirc;me, la concupiscence ne d&eacute;voile pas cette signification &agrave; l'homme. Au contraire, elle l'estompe et l'obscurcit. La connaissance purement &quot;biologique&quot; des fonctions du corps comme organisme, li&eacute;es &agrave; la masculinit&eacute; et &agrave; la f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine, est capable d'aider &agrave; d&eacute;couvrir la signification sponsale authentique seulement si elle va de pair avec une maturit&eacute; spirituelle ad&eacute;quate de la personne humaine. Sans cela, cette connaissance peut avoir des effets diam&eacute;tralement oppos&eacute;s et cela se trouve confirm&eacute; par de multiples exp&eacute;riences de notre temps.</p> <p>5. De ce point de vue, il faut consid&eacute;rer avec perspicacit&eacute; les affirmations de l'Eglise d'aujourd'hui. Leur compr&eacute;hension ad&eacute;quate et leur interpr&eacute;tation, de m&ecirc;me que leur application pratique (c'est-&agrave;-dire pr&eacute;cis&eacute;ment la p&eacute;dagogie), requi&egrave;rent cette th&eacute;ologie approfondie du corps que nous relevons, en d&eacute;finitive, dans les paroles cl&eacute;s du Christ. Quant aux affirmations actuelles de l'Eglise, il faut prendre connaissance du chapitre intitul&eacute; &quot;Dignit&eacute; du mariage et de la famille et leur valorisation&quot; de la constitution pastorale du Concile Vatican II <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hp">GS 46</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bd">HV 1</a></i> et, ensuite, de l'encyclique Humanae vitae de Paul VI. Sans aucun doute, les paroles du Christ &agrave; l'analyse desquelles nous avons consacr&eacute; beaucoup de temps n'avaient d'autre but que la valorisation de la dignit&eacute; du mariage et de la famille; d'o&ugrave; la convergence fondamentale entre ces paroles et les deux textes mentionn&eacute;s de l'Eglise d'aujourd'hui. Le Christ parlait &agrave; l'homme de tous les temps et de tous les lieux; les affirmations de l'Eglise visent &agrave; actualiser les paroles du Christ et doivent donc &ecirc;tre relues avec la cl&eacute; de cette th&eacute;ologie et de cette p&eacute;dagogie qui trouvent leur racine et leur soutien dans les paroles du Christ.<br /> Il est difficile de faire ici une analyse globale des affirmations cit&eacute;es du magist&egrave;re supr&ecirc;me de l'Eglise. Nous nous contenterons d'en rapporter quelques passages. Voici de quelle mani&egrave;re Vatican II - en pla&ccedil;ant parmi les probl&egrave;mes les plus urgents de l'Eglise dans le monde contemporain la valorisation de la dignit&eacute; du mariage et de la famille - caract&eacute;rise la situation existante dans ce domaine: &quot; La dignit&eacute; de cette institution (c'est-&agrave;-dire du mariage et de la famille) ne brille pourtant pas partout du m&ecirc;me &eacute;clat, puisqu'elle est ternie par la polygamie, l'&eacute;pid&eacute;mie du divorce, l'amour soi-disant libre, ou d'autres d&eacute;formations. De plus, l'amour conjugal est trop souvent profan&eacute; par l'&eacute;go&iuml;sme, l'h&eacute;donisme et par des pratiques illicites entravant la g&eacute;n&eacute;ration&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hq">GS 47</a></i> Paul VI, en exposant dans l'encyclique Humanae vitae ce dernier probl&egrave;me, &eacute;crit entre autres: &quot; On peut craindre aussi que l'homme, en s'habituant &agrave; l'usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et ... n'en vienne &agrave; la consid&eacute;rer comme un simple instrument de jouissance &eacute;go&iuml;ste, et non plus comme sa compagne respect&eacute;e et aim&eacute;e&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bt">HV 17</a></i>.<br /> Ne nous trouvons-nous pas dans le cadre de la m&ecirc;me insistance qui avait dict&eacute; une fois les paroles du Christ sur l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage, ainsi que celles du Discours sur la Montagne concernant la puret&eacute; du coeur et la domination de la concupiscence de la chair, paroles d&eacute;velopp&eacute;es plus tard avec tant de perspicacit&eacute; par l'ap&ocirc;tre Paul?</p> <p> 6. Dans le m&ecirc;me esprit, l'auteur de l'encyclique Humanae vitae, en parlant des exigences propres de la morale chr&eacute;tienne, pr&eacute;sente, en m&ecirc;me temps, la possibilit&eacute; de les accomplir, lorsqu'il &eacute;crit: &quot;La ma&icirc;trise de l'instinct par la raison et la libre volont&eacute; impose sans nul doute une asc&egrave;se - Paul VI utilise ce mot - pour que les manifestations affectives de la vie conjugale soient d&ucirc;ment r&eacute;gl&eacute;es, en particulier par l'observance de la continence p&eacute;riodique. Mais cette discipline, propre &agrave; la puret&eacute; des &eacute;poux, bien loin de nuire &agrave; l'amour conjugal, lui conf&egrave;re au contraire une plus haute valeur humaine. Elle exige, un effort continuel (pr&eacute;cis&eacute;ment, cet effort a &eacute;t&eacute; appel&eacute; plus haut &quot;asc&egrave;se&quot;), mais gr&acirc;ce &agrave; son influence bienfaisante, les conjoints d&eacute;veloppent int&eacute;gralement leur personnalit&eacute;, en s'enrichissant de valeurs spirituelles ... Elle favorise l'attention &agrave; l'autre conjoint, aide les &eacute;poux &agrave; bannir l'&eacute;go&iuml;sme, ennemi du v&eacute;ritable amour, et approfondit leur sens de responsabilit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i>.</p> <p> 7. Arr&ecirc;tons-nous sur ces quelques passages. Ils nous montrent de mani&egrave;re claire - en particulier le dernier - combien est indispensable, pour bien comprendre l'affirmation du magist&egrave;re de l'Eglise d'aujourd'hui, cette th&eacute;ologie du corps dont nous avons cherch&eacute; les bases, surtout dans les paroles du Christ lui-m&ecirc;me. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment elle qui devient la m&eacute;thode fondamentale de toute la p&eacute;dagogie chr&eacute;tienne du corps. En se r&eacute;f&eacute;rant aux paroles cit&eacute;es, on peut affirmer que le but de la p&eacute;dagogie du corps se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment dans le fait que les &quot;manifestations affectives&quot; - surtout celles qui sont &quot;propres &agrave; la vie conjugale&quot; - soient conformes &agrave; l'ordre moral ou, en d&eacute;finitive, &agrave; la dignit&eacute; des personnes. Dans ces paroles revient le probl&egrave;me du rapport r&eacute;ciproque entre l'&quot;&eacute;ros&quot; et l'&quot;&eacute;thos&quot; dont nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute;. Comprise comme m&eacute;thode de la p&eacute;dagogie du corps, la th&eacute;ologie nous pr&eacute;pare aussi &agrave; des r&eacute;flexions ult&eacute;rieures sur la sacramentalit&eacute; de la vie humaine et, en particulier, de la vie conjugale.<br /> L'Evangile de la puret&eacute; de coeur, hier et aujourd'hui: en concluant par cette phrase le pr&eacute;sent cycle de r&eacute;flexions de nos consid&eacute;rations - avant de passer au cycle suivant dont la base des analyses sera les paroles du Christ sur la r&eacute;surrection du corps -, nous d&eacute;sirons consacrer encore un peu d'attention &agrave; la &quot;n&eacute;cessit&eacute; de cr&eacute;er un climat favorable &agrave; l'&eacute;ducation de la chastet&eacute;&quot; dont parle l'encyclique de Paul VI <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#by">HV 22</a></i> et nous voulons centrer ces observations sur le probl&egrave;me de l'ethos du corps dans les oeuvres de la culture artistique, avec une r&eacute;f&eacute;rence sp&eacute;ciale aux situations que nous rencontrons dans la vie contemporaine.</p> <p>- 8&nbsp;avril 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:45:47 +0000 Incarnare 104 at http://www.theologieducorps.fr TDC 060 - Le corps humain dans les oeuvres d'Art http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-060-corps-humain-dans-oeuvres-dart <p>L'audience d'aujourd'hui tombe au cours de la Semaine sainte, la &quot;grande&quot; semaine de l'ann&eacute;e liturgique puisqu'elle nous fait revivre de pr&egrave;s le myst&egrave;re pascal o&ugrave; &quot;la r&eacute;v&eacute;lation de l'amour mis&eacute;ricordieux de Dieu atteint son point culminant &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ery.htm#bu">DM 8</a></i><br /> Tout en invitant chacun &agrave; participer avec ferveur aux c&eacute;l&eacute;brations liturgiques de ces jours, je forme le souhait que tous reconnaissent avec joie et gratitude le don unique d'avoir &eacute;t&eacute; sauv&eacute;s par la passion et la mort du Christ. Toute l'histoire de l'humanit&eacute; est &eacute;clair&eacute;e et guid&eacute;e par cet &eacute;v&eacute;nement incomparable: Dieu, dans sa bont&eacute; infinie, a r&eacute;pandu son amour indicible par l'interm&eacute;diaire du sacrifice supr&ecirc;me du Christ. Toutefois, tandis que nous nous pr&eacute;parons &agrave; &eacute;lever vers le Christ, vainqueur de la mort, notre hymne de gloire, nous devons &eacute;liminer de nos &acirc;mes tout ce qui pourrait s'opposer &agrave; notre rencontre avec lui. Pour le voir &agrave; travers la foi, il est en effet n&eacute;cessaire que nous soyons purifi&eacute;s par le sacrement du pardon et soutenus par un profond renouveau de l'esprit et de cette conversion int&eacute;rieure qui est au d&eacute;part de cette &quot;nouvelle cr&eacute;ation&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#ed">2Co 5,17</a></i>, dont les pr&eacute;mices et le gage le plus s&ucirc;r sont le Christ ressuscit&eacute;.<br /> P&acirc;ques repr&eacute;sentera alors pour chacun de nous une rencontre avec le Christ. C'est ce que je souhaite de tout coeur &agrave; tous.</p> <p> <a name="1"></a> 1. Dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions - aussi bien dans le cadre des paroles du Christ o&ugrave; il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'&quot;origine&quot; que dans le cadre du Discours sur la Montagne, c'est-&agrave;-dire lorsqu'il se r&eacute;f&egrave;re au &quot;coeur&quot; humain - nous avons cherch&eacute; &agrave; faire voir de fa&ccedil;on syst&eacute;matique comment la dimension de la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme &eacute;tait l'&eacute;l&eacute;ment indispensable pr&eacute;sent dans l'herm&eacute;neutique th&eacute;ologique que nous devions d&eacute;couvrir et pr&eacute;supposer &agrave; la base du probl&egrave;me du corps humain. Ce n'est donc pas seulement la r&eacute;alit&eacute; objective du corps mais encore beaucoup plus, semble-t-il, la conscience subjective et m&ecirc;me l'&quot;exp&eacute;rience&quot; subjective du corps qui entrent, &agrave; chaque passage, dans la structure des textes bibliques et qui demandent donc &agrave; &ecirc;tre pris en consid&eacute;ration et &agrave; trouver leur reflet dans la th&eacute;ologie. En cons&eacute;quence, l'herm&eacute;neutique th&eacute;ologique doit toujours tenir compte de ces deux aspects. Nous ne pouvons consid&eacute;rer le corps comme une r&eacute;alit&eacute; objective en dehors de la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme, des &ecirc;tres humains, homme et femme. Presque tous les probl&egrave;mes de l'&quot;ethos&quot; du corps sont en m&ecirc;me temps li&eacute;s &agrave; son identification ontologique comme corps de la personne et au contenu et &agrave; la qualit&eacute; de l'exp&eacute;rience subjective, c'est-&agrave;-dire, en m&ecirc;me temps, aussi bien de la &quot;vie&quot; de son propre corps que de la &quot;vie&quot; dans les relations interhumaines et, en particulier, dans cette &eacute;ternelle relation &quot;homme-femme&quot;. M&ecirc;me les paroles de la Premi&egrave;re Lettre aux Thessaloniciens, dans laquelle l'auteur exhorte &agrave; &quot;user de son corps avec saintet&eacute; et respect&quot; (c'est-&agrave;-dire tout le probl&egrave;me de la &quot;puret&eacute; de coeur&quot;), montrent, sans aucun doute, ces deux dimensions.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Ce sont des dimensions qui concernent directement les hommes concrets, vivants, leurs attitudes et leurs comportements. Les oeuvres de la culture, sp&eacute;cialement les oeuvres d'art, font que ces dimensions d'&quot;&ecirc;tre corps&quot; et d'&quot;exp&eacute;rimenter le corps&quot; s'&eacute;tendent au-del&agrave; de ces hommes vivants. L'homme prend contact avec la &quot;r&eacute;alit&eacute; du corps&quot; et &quot;exp&eacute;rimente le corps&quot; m&ecirc;me lorsque celui-ci devient un th&egrave;me de l'activit&eacute; cr&eacute;atrice, une oeuvre d'art, un contenu de la culture. Bien qu'en principe il faille reconna&icirc;tre que ce contact arrive sur le plan de l'exp&eacute;rience esth&eacute;tique o&ugrave; il s'agit de voir l'oeuvre d'art (en grec, aisthanomaz: je regarde, j'observe) et qu'il s'agit donc du corps objectivis&eacute;, en dehors de son identit&eacute; ontologique, de mani&egrave;re diff&eacute;rente et selon les crit&egrave;res propres de l'activit&eacute; artistique, l'homme qui accepte de r&eacute;aliser cette vision est &agrave; priori trop profond&eacute;ment li&eacute; &agrave; la signification du prototype ou du mod&egrave;le, qu'il est lui-m&ecirc;me dans ce cas - l'homme vivant et le corps humain vivant -, pour qu'il puisse d&eacute;tacher et s&eacute;parer compl&egrave;tement cet acte, essentiellement esth&eacute;tique, de l'oeuvre en soi et de sa contemplation &agrave; partir des dynamismes et des r&eacute;actions de comportement et &agrave; partir des &eacute;valuations qui dirigent cette premi&egrave;re exp&eacute;rience et cette premi&egrave;re mani&egrave;re de vivre. Cette action de regarder, qui est, par sa nature, &quot;esth&eacute;tique&quot;, ne peut &ecirc;tre, dans la conscience subjective de l'homme, totalement isol&eacute;e de cette action de regarder dont parle le Christ dans le Discours sur la Montagne lorsqu'il met en garde contre la concupiscence.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Ainsi donc, tout le domaine des exp&eacute;riences esth&eacute;tiques se trouve, en m&ecirc;me temps, dans le domaine de l'ethos du corps. Il faut donc justement penser &eacute;galement ici &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de cr&eacute;er un climat favorable &agrave; la puret&eacute;. Ce climat peut en effet &ecirc;tre menac&eacute; non seulement dans la mani&egrave;re m&ecirc;me dont se d&eacute;roulent les rapports et la convivence des hommes vivants, mais aussi dans le cadre des objectivations propres aux oeuvres de la culture dans le cadre des communications sociales, lorsqu'il s'agit de la parole orale ou &eacute;crite, dans le cadre de l'image, c'est-&agrave;-dire de la repr&eacute;sentation et de la vision, aussi bien dans la signification traditionnelle de ce terme que dans la signification contemporaine. De cette mani&egrave;re, nous arrivons aux diff&eacute;rents domaines et aux diff&eacute;rents produits de la culture artistique, plastique, du spectacle, m&ecirc;me celle qui se base sur les techniques audiovisuelles contemporaines. Dans ce domaine vaste et assez diff&eacute;renci&eacute;, il faut que nous nous posions une question sur le corps humain comme objet de la culture, &agrave; la lumi&egrave;re de l'ethos du corps qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;fini dans les analyses faites jusqu'ici.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Avant tout, on constate que le corps humain est continuellement un objet de culture, au sens le plus large du terme, pour la simple raison que l'homme lui-m&ecirc;me est le sujet de la culture et que, dans son activit&eacute; culturelle et cr&eacute;atrice, il engage son humanit&eacute; en incluant m&ecirc;me son corps pour cela dans cette activit&eacute;. Dans les pr&eacute;sentes r&eacute;flexions, nous devons cependant limiter le concept d'&quot;objet de la culture&quot; en nous limitant au concept entendu comme &quot;sujet&quot; des oeuvres culturelles et en particulier des oeuvres d'art. Il s'agit enfin de la th&eacute;matisation ou de l'&quot;objectivisation&quot; du corps dans ces oeuvres. Cependant, il faut ici faire aussit&ocirc;t quelques distinctions, m&ecirc;me si ce n'est qu'&agrave; titre d'exemple. C'est une chose que le corps humain vivant de l'homme et de la femme qui, par lui-m&ecirc;me, cr&eacute;e l'objet d'art et l'oeuvre d'art (comme par exemple au th&eacute;&acirc;tre dans un ballet et, jusqu'&agrave; un certain point, au cours d'un concert) et c'est autre chose que le corps comme mod&egrave;le de l'oeuvre d'art, comme dans les arts plastiques, dans la sculpture ou la peinture. Est-il possible de mettre sur le m&ecirc;me plan le film ou l'art photographique au sens large? Il semble que oui, bien que du point de vue du corps comme objet-sujet il y ait dans ce cas une diff&eacute;rence assez essentielle. Dans la peinture ou la sculpture, l'homme-corps reste toujours un mod&egrave;le soumis &agrave; l'&eacute;laboration sp&eacute;cifique de la part de l'artiste. Dans le film, et plus encore dans la photographie artistique, ce n'est pas le mod&egrave;le qui se trouve transfigur&eacute;, mais c'est l'homme vivant qui se trouve reproduit. Et dans ce cas, l'homme, le corps humain, n'est pas un mod&egrave;le pour l'oeuvre d'art mais l'objet d'une reproduction qui est obtenue par des techniques appropri&eacute;es.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Il faut d&eacute;j&agrave; signaler d&egrave;s maintenant que la distinction ci-dessus est importante du point de vue de l'ethos du corps dans les oeuvres culturelles. Et il faut &eacute;galement ajouter aussit&ocirc;t que la reproduction artistique, lorsqu'elle devient le contenu de la repr&eacute;sentation ou de la transmission (t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e ou cin&eacute;matographique), perd, dans un certain sens, son contact fondamental avec l'homme-corps dont elle est la reproduction et qu'elle devient tr&egrave;s souvent un objet &quot;anonyme&quot; comme l'est, par exemple, un acte photographique anonyme publi&eacute; par les revues illustr&eacute;es ou une image diffus&eacute;e sur les &eacute;crans du monde entier. Un tel anonymat est l'effet de la &quot;propagation&quot; de l'image-reproduction du corps humain, d'abord objectiv&eacute; avec l'aide des techniques de reproduction qui, comme il a &eacute;t&eacute; rappel&eacute; ci-dessus, semble se diff&eacute;rencier essentiellement de la transfiguration du mod&egrave;le typique de l'oeuvre d'art, surtout dans les arts plastiques. Eh bien, cet anonymat (qui d'ailleurs est une mani&egrave;re de &quot;voiler&quot; ou de &quot;cacher&quot; l'identit&eacute; de la personne reproduite) constitue aussi un probl&egrave;me sp&eacute;cifique du point de vue de l'ethos du corps humain dans les oeuvres culturelles et en particulier dans les oeuvres contemporaines de ce que l'on appelle la culture de masse.<br /> Limitons-nous aujourd'hui &agrave; ces consid&eacute;rations pr&eacute;liminaires qui ont une signification fondamentale pour l'ethos du corps humain dans les oeuvres de la culture artistique. Ces consid&eacute;rations nous rendront ensuite conscients de ce qu'elles sont &eacute;troitement li&eacute;es aux paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne, en comparant le &quot;regard pour d&eacute;sirer&quot; &agrave; &quot;l'adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;. L'extension de ces paroles au domaine de la culture artistique a une importance particuli&egrave;re lorsqu'il s'agit de &quot;cr&eacute;er un climat favorable &agrave; chastet&eacute;&quot; &quot; dont parle Paul VI dans son encyclique Humanae vitae. Cherchons &agrave; comprendre ce sujet de mani&egrave;re tr&egrave;s approfondie et essentielle.</p> <p>- 15&nbsp;avril 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:47:18 +0000 Incarnare 105 at http://www.theologieducorps.fr TDC 061 - L'Ethos du corps dans les oeuvres d'Art http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-061-lethos-du-corps-dans-oeuvres-dart <p> La joie pascale est toujours vivante et pr&eacute;sente en nous durant cette Octave solennelle et la Liturgie nous fait r&eacute;p&eacute;ter avec ferveur: &quot; Le Seigneur est ressuscit&eacute; comme il l'avait pr&eacute;dit; r&eacute;jouissons-nous tous et exultons parce qu'il r&egrave;gne &eacute;ternellement, all&eacute;luia.&quot;<br /> Disposons donc nos coeurs &agrave; la gr&acirc;ce et &eacute;levons notre sacrifice de louange &agrave; la victime pascale, parce que l'Agneau a rachet&eacute; son troupeau et que l'Innocent nous a r&eacute;concili&eacute;s avec le P&egrave;re, nous qui sommes p&eacute;cheurs.<br /> Le Christ, notre P&acirc;que, est ressuscit&eacute; et nous, nous sommes ressuscit&eacute;s avec Lui. A travers Lui, nous devons chercher les choses du ciel o&ugrave; le Christ est assis &agrave; la droite de Dieu et, en outre, go&ucirc;ter les choses d'en haut selon l'invitation de l'ap&ocirc;tre Paul <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#c0">Col 3,1-2</a></i>.<br /> Tandis que Dieu nous fait passer, dans le Christ, de la mort &agrave; la vie, des t&eacute;n&egrave;bres &agrave; la lumi&egrave;re, en nous pr&eacute;parant aux biens c&eacute;lestes, nous devons faire en sorte que s'accomplissent des oeuvres &eacute;clatantes dans la justice et la v&eacute;rit&eacute;. C'est un long chemin que nous avons &agrave; parcourir, mais Dieu fortifie et soutient notre in&eacute;branlable esp&eacute;rance de victoire: la m&eacute;ditation du myst&egrave;re pascal nous accompagne de mani&egrave;re particuli&egrave;re en ces jours.</p> <p> <a name="1"></a> 1. R&eacute;fl&eacute;chissons maintenant - en relation avec les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne - sur le probl&egrave;me de l'ethos du corps humain dans les oeuvres d'art. Ce probl&egrave;me a des racines tr&egrave;s profondes. Il convient de rappeler ici la s&eacute;rie des analyses faites en relation avec le rappel par le Christ de l'&quot;origine&quot; et ensuite avec le rappel qu'il a fait du &quot;coeur&quot; humain dans le Discours sur la Montagne. Le corps humain - le corps humain dans la nudit&eacute; et dans toute la v&eacute;rit&eacute; de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute; - a une signification de don de la personne &agrave; la personne. L'ethos du corps, c'est-&agrave;-dire la r&egrave;gle &eacute;thique de sa nudit&eacute;, est &eacute;troitement li&eacute;, en raison de la dignit&eacute; du sujet personnel, &agrave; ce syst&egrave;me de r&eacute;f&eacute;rence compris comme syst&egrave;me sponsal o&ugrave; le don d'une partie se rencontre avec la r&eacute;ponse appropri&eacute;e et ad&eacute;quate de l'autre partie au don. Cette r&eacute;ponse d&eacute;cide de la r&eacute;ciprocit&eacute; du don. L'objectivation artistique du corps humain dans sa nudit&eacute; masculine et f&eacute;minine, dans le but de faire d'abord de lui un mod&egrave;le et, ensuite, un th&egrave;me de l'oeuvre d'art, est toujours un certain transfert &agrave; l'ext&eacute;rieur de cette configuration originelle et, pour cela, sp&eacute;cifique du don inter-personnel. Cela constitue, dans un certain sens, un d&eacute;racinement du corps humain par rapport &agrave; cette configuration et &agrave; son transfert dans la dimension de l'objectivation artistique, dans la dimension sp&eacute;cifique de l'oeuvre d'art ou de la reproduction typique des techniques cin&eacute;matographiques et photographiques de notre temps.<br /> Dans chacune de ces dimensions - et dans chacune de mani&egrave;re diff&eacute;rente - le corps humain perd cette signification profond&eacute;ment subjective du don et devient un objet destin&eacute; &agrave; une connaissance multiple par laquelle ceux qui regardent et assimilent, s'emparent en r&eacute;alit&eacute;, dans un certain sens, de ce qui existe de mani&egrave;re &eacute;vidente et qui doit m&ecirc;me exister de mani&egrave;re essentielle au niveau du don fait par la personne &agrave; la personne, non plus dans l'image, mais dans l'homme vivant. A dire vrai, cet acte de s'&quot;emparer&quot; arrive d&eacute;j&agrave; &agrave; un autre niveau, au niveau de l'objet de la transfiguration ou de la reproduction artistique. Il est cependant impossible de ne pas se rendre compte que, du point de vue de l'ethos du corps, surgit ici un probl&egrave;me. Probl&egrave;me tr&egrave;s d&eacute;licat qui a ses niveaux d'intensit&eacute; selon les diff&eacute;rentes raisons et circonstances, aussi bien de la part de l'activit&eacute; artistique que de la connaissance de l'oeuvre d'art, ou de sa reproduction. Poser le probl&egrave;me n'implique pas du tout que le corps humain ne puisse pas, dans sa nudit&eacute;, devenir un th&egrave;me de l'oeuvre d'art. Il en r&eacute;sulte seulement que ce probl&egrave;me n'est pas purement esth&eacute;tique ni moralement indiff&eacute;rent.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses (surtout en liaison avec le rappel par le Christ de l'&quot;origine&quot;), nous avons consacr&eacute; beaucoup de temps &agrave; la signification de la honte et cherch&eacute; &agrave; comprendre la diff&eacute;rence entre la situation - et l'&eacute;tat - de l'innocence originelle o&ugrave; &quot;tous deux &eacute;taient nus ... mais n'en &eacute;prouvaient pas de honte&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> et, ensuite, la situation - et l'&eacute;tat - de p&eacute;ch&eacute; dans laquelle na&icirc;t entre l'homme et la femme, avec la honte, la n&eacute;cessit&eacute; sp&eacute;cifique de l'intimit&eacute; vis-&agrave;-vis de son corps. Dans le coeur de l'homme sujet &agrave; la concupiscence, cette n&eacute;cessit&eacute; sert, m&ecirc;me indirectement, &agrave; assurer le don et la possibilit&eacute; du don r&eacute;ciproque. Cette n&eacute;cessit&eacute; forme &eacute;galement la mani&egrave;re d'agir de l'homme comme &quot;objet de la culture&quot;, dans la plus vaste signification du mot. Si la culture montre une tendance explicite &agrave; couvrir la nudit&eacute; du corps humain, elle le fait certainement non seulement pour des raisons climatiques, mais aussi en relation avec le processus de croissance de la sensibilit&eacute; personnelle de l'homme. La nudit&eacute; anonyme de l'homme-objet contraste avec le progr&egrave;s de la culture authentiquement humaine des coutumes. Il est probablement possible de confirmer cela &eacute;galement dans la vie des populations que l'on appelle primitives. Le processus d'affinement de la sensibilit&eacute; personnelle humaine est certainement un facteur et un fruit de la culture.<br /> Derri&egrave;re le besoin de la honte, c'est-&agrave;-dire de l'intimit&eacute; de, son propre corps (sur laquelle les sources bibliques, dans Gen&egrave;se 3, informent avec tant de pr&eacute;cisions), se cache une norme plus profonde: celle du don orient&eacute; vers les profondeurs m&ecirc;mes du sujet personnel ou vers l'autre personne, sp&eacute;cialement dans la relation homme-femme selon l'harmonie &eacute;ternelle du don r&eacute;ciproque. De cette mani&egrave;re, dans les processus de la culture humaine, entendue dans le sens le plus large, nous constatons - m&ecirc;me dans l'&eacute;tat du p&eacute;ch&eacute; h&eacute;r&eacute;ditaire de l'homme - une continuit&eacute; suffisamment explicite de la signification sponsale du corps dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;. Cette honte originelle, qui est d&eacute;j&agrave; connue d&egrave;s les premiers chapitres de la Bible est un &eacute;l&eacute;ment permanent de la culture et des coutumes. Il appartient &agrave; la gen&egrave;se de l'ethos du corps humain.</p> <p><a name="3"></a> 3. L'homme qui a une sensibilit&eacute; d&eacute;velopp&eacute;e d&eacute;passe avec difficult&eacute; et avec une r&eacute;sistance int&eacute;rieure la limite de cette honte, une limite qui se met en &eacute;vidence m&ecirc;me dans les situations qui, d'ailleurs, justifient la n&eacute;cessit&eacute; de d&eacute;shabiller le corps, comme par exemple dans le cas des examens ou des interventions en m&eacute;decine.<br /> Il faut aussi rappeler d'autres circonstances, comme par exemple celles des camps de concentration ou des lieux d'extermination, o&ugrave; la violation de la pudeur est une m&eacute;thode consciemment utilis&eacute;e pour d&eacute;truire la sensibilit&eacute; personnelle et le sens de la dignit&eacute; humaine. Partout - bien que de mani&egrave;res diverses - la m&ecirc;me r&egrave;gle se confirme. En suivant sa sensibilit&eacute; personnelle, l'homme ne veut pas devenir un objet pour les autres &agrave; travers sa nudit&eacute; anonyme et ne veut pas non plus que l'autre devienne pour lui un objet de mani&egrave;re semblable. Il &quot;ne veut pas&quot; &eacute;videmment, d'autant plus qu'il se laisse guider par le sens de la dignit&eacute; du corps humain. Elles sont, en effet, vari&eacute;es les raisons qui peuvent pousser, inciter et m&ecirc;me presser l'homme &agrave; agir de mani&egrave;re contraire &agrave; ce qu'exige la dignit&eacute; du corps humain, dignit&eacute; qui est li&eacute;e &agrave; la sensibilit&eacute; personnelle. On ne peut pas oublier que la &quot;situation&quot; fondamentale et int&eacute;rieure de l'homme &quot;historique&quot; est l'&eacute;tat de la triple concupiscence <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>. Cet &eacute;tat - et en particulier la concupiscence de la chair - se fait sentir de mani&egrave;res diverses, aussi bien dans les impulsions int&eacute;rieures du coeur humain que dans tout le climat des rapports interhumains et dans les coutumes sociales.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Nous ne pouvons oublier cela, m&ecirc;me lorsqu'il s'agit du vaste domaine de la culture artistique, surtout celle qui a un caract&egrave;re visuel et spectaculaire, tout comme lorsqu'il s'agit de la culture de &quot;masse&quot;, si significative pour notre &eacute;poque et qui est li&eacute;e &agrave; l'utilisation des techniques de vulgarisation de la communication audiovisuelle. Se pose alors un probl&egrave;me: quand et dans quel cas ce domaine de l'activit&eacute; de l'homme - du point de vue de l'ethos du corps - se trouve mis sous l'accusation de &quot;pornovision&quot;, tout comme l'activit&eacute; litt&eacute;raire qui a &eacute;t&eacute; et qui est souvent accus&eacute;e de &quot;pornographie&quot; (ce second mot est plus ancien). L'une et l'autre ont lieu quand se trouve d&eacute;pass&eacute;e la limite de la honte ou de la sensibilit&eacute; personnelle &agrave; l'&eacute;gard de ce qui se relie au corps humain, &agrave; sa nudit&eacute;, quand se trouve viol&eacute;, dans l'oeuvre artistique ou par les techniques de la reproduction audiovisuelle, le droit &agrave; l'intimit&eacute; du corps dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute; et, en derni&egrave;re analyse, lorsque se trouve viol&eacute;e cette profonde r&egrave;gle du don et du don r&eacute;ciproque qui est inscrite dans cette f&eacute;minit&eacute; et dans cette masculinit&eacute; &agrave; travers la structure enti&egrave;re de l'&ecirc;tre humain. Cette profond inscription - cette empreinte m&ecirc;me - d&eacute;cide de la signification sponsale du corps humain, c'est-&agrave;-dire de l'appel fondamental qu'il re&ccedil;oit pour former la &quot;communion des personnes&quot; et pour y participer.<br /> En interrompant &agrave; ce point notre consid&eacute;ration, que nous entendons continuer mercredi prochain, il faut constater que l'observance ou la non-observance de ces r&egrave;gles, si profond&eacute;ment li&eacute;es &agrave; la sensibilit&eacute; personnelle de l'homme, ne peut &ecirc;tre indiff&eacute;rente en ce qui concerne le probl&egrave;me de &quot;cr&eacute;er un climat favorable &agrave; la chastet&eacute;&quot; dans la vie et dans l'&eacute;ducation sociale.</p> <p>- 22&nbsp;avril 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:48:36 +0000 Incarnare 106 at http://www.theologieducorps.fr TDC 062 - Limites éthiques dans les oeuvres d'art et audiovisuelles http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-062-limites-ethiques-dans-oeuvres-dart-audiovisuelles <p> L'audience d'aujourd'hui tombe le jour de la f&ecirc;te de sainte Catherine de Sienne, patronne de l'Italie avec saint Fran&ccedil;ois d'Assise. Le souvenir de l'humble et savante vierge dominicaine nous remplit l'esprit d'all&eacute;gresse spirituelle et nous fait tressaillir de joie dans l'Esprit-Saint, car le Seigneur du ciel et de la terre a r&eacute;v&eacute;l&eacute; ses secrets aux simples <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1y.htm#u2">Lc 10,21</a></i>. Le message de Catherine, anim&eacute; par une foi tr&egrave;s pure, par un amour fervent et par une cons&eacute;cration infatigable &agrave; l'Eglise, investit chacun de nous et nous incite doucement &agrave; une imitation g&eacute;n&eacute;reuse. Je suis donc heureux d'adresser une salutation particuli&egrave;re aux Italiens pr&eacute;sents &agrave; cette rencontre et &agrave; tout le cher peuple italien.<br /> Ecoutez, chers fid&egrave;les, ces paroles de sainte Catherine: &quot;A la lumi&egrave;re de la foi, j'ai acquis la sagesse; &agrave; la lumi&egrave;re de la foi, je suis forte, constante et pers&eacute;v&eacute;rante; &agrave; la lumi&egrave;re de la foi, j'esp&egrave;re: je ne faiblis pas sur le chemin. Cette lumi&egrave;re m'enseigne la route.&quot; (Dialogo, c.CLXVII.)<br /> Par son intercession, implorons une foi toujours plus profonde et plus ardente, afin que le Christ soit la lumi&egrave;re de notre route, de celle de nos familles, de la soci&eacute;t&eacute; tout enti&egrave;re, assurant ainsi &agrave; la ch&egrave;re Italie la vraie paix, fond&eacute;e sur la justice et surtout sur le respect de la loi divine qui a &eacute;t&eacute; l'objet du d&eacute;sir ardent de la grande sainte de Sienne.</p> <p> <a name="1"></a> 1. Nous avons d&eacute;j&agrave; consacr&eacute; une s&eacute;rie de r&eacute;flexions &agrave; la signification des paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne o&ugrave; il exhorte &agrave; la puret&eacute; du coeur, en attirant m&ecirc;me l'attention sur le &quot;regard concupiscent&quot;. Nous ne pouvons oublier ces paroles m&ecirc;me lorsqu'il s'agit du vaste domaine de la culture artistique, surtout celle qui a un caract&egrave;re visuel et un caract&egrave;re de spectacle, comme lorsqu'il s'agit du domaine de la culture &quot;de masse&quot; - si significative pour notre temps - qui est li&eacute;e &agrave; l'usage des techniques de vulgarisation de la communication audiovisuelle. Nous avons dit derni&egrave;rement que le domaine de l'activit&eacute; humaine mentionn&eacute;e ci-dessus se trouve parfois accus&eacute;e de &quot;pornovision&quot; et que la litt&eacute;rature se trouve &eacute;galement accus&eacute;e de &quot;pornographie&quot;. Ces jugements sont exprim&eacute;s lorsqu'on d&eacute;passe la limite de la honte ou de la sensibilit&eacute; personnelle par rapport &agrave; ce qui se rattache au corps humain, &agrave; sa nudit&eacute;, lorsque le droit &agrave; l'intimit&eacute; du corps dans sa masculinit&eacute; ou dans sa f&eacute;minit&eacute; se trouve viol&eacute; dans l'oeuvre artistique par les techniques de production audiovisuelles et - en derni&egrave;re analyse - lorsque se trouve viol&eacute;e cette intime et constante destination au don et au don r&eacute;ciproque qui est inscrite dans cette f&eacute;minit&eacute; et dans cette masculinit&eacute; &agrave; travers toute la structure de l'&ecirc;tre-homme. Cette profonde inscription, cette empreinte m&ecirc;me, d&eacute;cide de la signification sponsale du corps, c'est-&agrave;-dire de l'appel fondamental qu'elle re&ccedil;oit &agrave; former une &quot;communion de personnes&quot; et &agrave; y participer.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Il est &eacute;vident que, dans les oeuvres d'art ou dans les produits de la reproduction artistique audiovisuelle, cette constante destination au don, c'est-&agrave;-dire cette profonde inscription de la signification du corps humain, ne peut &ecirc;tre viol&eacute;e que dans l'ordre intentionnel de la reproduction et de la repr&eacute;sentation. Comme il a &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; dit pr&eacute;c&eacute;demment, il s'agit en effet du corps humain comme mod&egrave;le ou th&egrave;me. Cependant, si le sens de la pudeur et la sensibilit&eacute; personnelle se trouvent offens&eacute;s dans ces cas, c'est &agrave; cause de leur transfert dans la dimension de la &quot;communication sociale&quot;, donc &agrave; cause du fait que ce qui, dans le juste sentiment de l'homme, appartient et doit appartenir strictement au rapport interpersonnel, ce qui est li&eacute; - comme on l'a d&eacute;j&agrave; relev&eacute; auparavant - &agrave; la &quot;communion m&ecirc;me des personnes&quot; et qui, dans ce domaine, appartient &agrave; la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure de l'homme et donc aussi &agrave; la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale sur l'homme, devient, pour ainsi dire, une propri&eacute;t&eacute; publique.<br /> Sur ce point, il n'est pas possible d'&ecirc;tre d'accord avec les repr&eacute;sentants de ce que l'on appelle le naturalisme qui r&eacute;clament le droit &agrave; &quot;tout ce qui est humain&quot; dans les oeuvres d'art et dans les produits de la reproduction artistique, en affirmant agir de cette mani&egrave;re au nom de la v&eacute;rit&eacute; r&eacute;aliste sur l'homme. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette v&eacute;rit&eacute; sur l'homme - la v&eacute;rit&eacute; enti&egrave;re sur l'homme - qui exige de prendre en consid&eacute;ration aussi bien le sens de l'intimit&eacute; du corps que la coh&eacute;rence du don li&eacute; &agrave; la masculinit&eacute; et &agrave; la f&eacute;minit&eacute; du corps lui-m&ecirc;me dans lequel se refl&egrave;te le myst&egrave;re de l'homme et pr&eacute;cis&eacute;ment le myst&egrave;re de la structure int&eacute;rieure de la personne. Cette v&eacute;rit&eacute; sur l'homme doit &ecirc;tre prise en consid&eacute;ration m&ecirc;me dans l'ordre artistique si nous voulons parler de plein r&eacute;alisme.</p> <p> <a name="3"></a>3. Dans ce cas, on constate donc que la r&eacute;gularit&eacute; propre de la &quot;communion des personnes&quot; concorde profond&eacute;ment avec le domaine vaste et diff&eacute;renci&eacute; de la &quot;communication&quot;. Le corps humain dans sa nudit&eacute; - comme nous l'avons affirm&eacute; dans les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes o&ugrave; nous nous sommes r&eacute;f&eacute;r&eacute;s &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> - compris comme manifestation et comme don de la personne ou comme signe de confiance et de don &agrave; l'autre personne, consciente du don, choisie et d&eacute;cid&eacute;e &agrave; y r&eacute;pondre de mani&egrave;re tout aussi personnelle, devient la source d'une &quot;communication&quot; interpersonnelle toute sp&eacute;ciale. Comme il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; dit, c'est une communication particuli&egrave;re dans l'humanit&eacute; elle-m&ecirc;me. Cette communication interpersonnelle p&eacute;n&egrave;tre profond&eacute;ment dans le syst&egrave;me de la communion (communio personarum), cro&icirc;t en m&ecirc;me temps &agrave; partir de lui et se d&eacute;veloppe correctement dans son cadre. Pr&eacute;cis&eacute;ment en raison de la grande valeur du corps dans ce syst&egrave;me de &quot;communion&quot; interpersonnelle, le fait de faire du corps dans sa nudit&eacute; - qui exprime pr&eacute;cis&eacute;ment &quot;l'&eacute;l&eacute;ment&quot; du don - le th&egrave;me et l'objet de l'oeuvre d'art ou de la reproduction audiovisuelle est non seulement un probl&egrave;me de nature esth&eacute;tique, mais aussi et en m&ecirc;me temps de nature &eacute;thique. En effet, cet &quot;&eacute;l&eacute;ment du don&quot; se trouve, pour ainsi dire, renvoy&eacute; &agrave; la dimension d'une r&eacute;ception inconnue et d'une r&eacute;ponse impr&eacute;vue et, avec cela, il se trouve d'une certaine mani&egrave;re intentionnellement &quot;menac&eacute;&quot; dans le sens o&ugrave; il peut devenir un objet anonyme d'&quot;appropriation&quot;, un objet d'abus. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale sur l'homme constitue dans ce cas la base de la norme selon laquelle se mod&egrave;le le bien ou le mal des actions d&eacute;termin&eacute;es, des comportements, des coutumes et des situations. La v&eacute;rit&eacute; sur l'homme, sur ce qui en lui - pr&eacute;cis&eacute;ment en raison de son corps et de son sexe (f&eacute;minit&eacute; - masculinit&eacute;) - est particuli&egrave;rement personnel et int&eacute;rieur, cr&eacute;e ici des limites pr&eacute;cises qu'il n'est pas permis de franchir.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Ces limites doivent &ecirc;tre reconnues et observ&eacute;es par l'artiste qui fait du corps humain un objet, un mod&egrave;le ou un th&egrave;me de l'oeuvre d'art ou de la reproduction audiovisuelle. Ni lui ni les autres responsables dans ce domaine n'ont le droit d'exiger, de proposer ou de faire que d'autres personnes, invit&eacute;es, exhort&eacute;es ou admises &agrave; voir, &agrave; contempler l'image, violent ces limites, avec eux ou &agrave; cause d'eux. Il s'agit de l'image o&ugrave; ce qui constitue en lui-m&ecirc;me le contenu et la valeur profond&eacute;ment personnels, ce qui appartient &agrave; l'ordre du don et du don mutuel de la personne &agrave; la personne, se trouve, comme th&egrave;me, arrach&eacute; de son substrat authentique pour devenir, par l'interm&eacute;diaire de la &quot;communication sociale&quot;, un objet et, en outre, dans un certain sens, un objet anonyme.</p> <p><a name="5"></a> 5. Tout le probl&egrave;me de la &quot;pornovision&quot; et de la &quot;pornographie&quot;, tel qu'il r&eacute;sulte de ce qui a &eacute;t&eacute; dit ci- dessus, n'est pas un effet de la mentalit&eacute; puritaine ni d'un moralisme &eacute;troit et n'est pas non plus le produit d'une pens&eacute;e charg&eacute;e de manich&eacute;isme. Il s'agit l&agrave; du domaine tr&egrave;s important et fondamental des valeurs auxquelles l'homme ne peut demeurer indiff&eacute;rent en raison de la dignit&eacute; de l'humanit&eacute;, du caract&egrave;re personnel et de l'&eacute;loquence du corps humain. A travers les oeuvres d'art et l'activit&eacute; des moyens audiovisuels, tous ces contenus et ces valeurs peuvent &ecirc;tre model&eacute;s et approfondis, mais ils peuvent &ecirc;tre aussi d&eacute;form&eacute;s et d&eacute;truits &quot;dans le coeur&quot; de l'homme. Comme on le voit, nous nous trouvons continuellement dans l'orbite des paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne. Aussi les probl&egrave;mes que nous sommes en train de traiter doivent-ils &ecirc;tre examin&eacute;s &agrave; la lumi&egrave;re de ces paroles qui consid&egrave;rent le &quot;regard&quot; n&eacute; de la concupiscence comme un &quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot;.<br /> Il semble donc que la r&eacute;flexion sur ces probl&egrave;mes, importants pour &quot;cr&eacute;er un climat favorable &agrave; l'&eacute;ducation de la chastet&eacute;&quot;, constitue un compl&eacute;ment indispensable &agrave; toutes les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes que nous avons consacr&eacute;es &agrave; ce sujet au cours des nombreuses rencontres du mercredi.</p> <p>- 28&nbsp;avril 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 19:49:55 +0000 Incarnare 107 at http://www.theologieducorps.fr TDC 063 - La responsabilité de l'artiste vis-à-vis du corps humain http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-063-la-responsabilite-de-lartiste-vis-vis-du-corps-humain <p><a name="1"></a> 1. Dans le Discours sur la Montagne, le Christ a prononc&eacute; des paroles auxquelles nous avons consacr&eacute; une s&eacute;rie de r&eacute;flexions durant presque une ann&eacute;e. En expliquant &agrave; ses auditeurs la signification propre du commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;, le Christ s'exprime ainsi: &quot;Mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i> Il semble que ces paroles se r&eacute;f&egrave;rent &eacute;galement aux vastes domaines de la culture humaine, surtout &agrave; ceux de l'activit&eacute; artistique dont nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute; derni&egrave;rement, au cours de quelques rencontres du mercredi. Aujourd'hui, il nous faut consacrer la partie finale de ces r&eacute;flexions au probl&egrave;me du rapport entre l'ethos de l'image - ou de la description - et l'ethos de la vision ou de l'&eacute;coute, de la lecture ou des autres formes de la connaissance que l'on rencontre dans le contenu de l'oeuvre d'art ou de l'audiovision entendues au sens large.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Ici, nous revenons encore une fois au probl&egrave;me d&eacute;j&agrave; signal&eacute; ant&eacute;rieurement: le corps humain, dans toute la v&eacute;rit&eacute; visible de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute;, peut-il &ecirc;tre - et dans quelle mesure - un th&egrave;me de l'oeuvre d'art et, par cela m&ecirc;me, un th&egrave;me de cette &quot;communication&quot; sociale sp&eacute;cifique &agrave; laquelle cette oeuvre est destin&eacute;e? Cette question se r&eacute;f&egrave;re encore plus &agrave; la culture contemporaine, la culture de &quot;masse&quot;, qui est li&eacute;e aux techniques audiovisuelles. Le corps humain peut-il &ecirc;tre ce th&egrave;me ou ce mod&egrave;le, &eacute;tant donn&eacute; que nous savons qu'&agrave; lui est li&eacute;e cette objectivit&eacute; &quot;sans choix&quot; que nous avons d'abord appel&eacute;e anonymat et qui semble porter en elle une grave menace potentielle contre le domaine tout entier des significations, domaine qui est propre au corps de l'homme et de la femme en raison du caract&egrave;re personnel du sujet humain et du sujet de &quot;communion&quot; des rapports interpersonnels?<br /> On peut ajouter &agrave; ce sujet que les expressions &quot;pornographie&quot; ou &quot;pornovision&quot; sont apparues, malgr&eacute; leur ancienne &eacute;tymologie, assez tardivement dans le langage. La terminologie traditionnelle latine se servait du terme ob- scaena, montrant de cette mani&egrave;re tout ce qui ne doit pas se trouver devant les yeux des spectateurs, ce qui doit &ecirc;tre cach&eacute; avec une discr&eacute;tion convenable, ce qui ne peut &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute; au regard humain sans un choix.</p> <p><a name="3"></a> 3. En posant la pr&eacute;c&eacute;dente question, nous nous rendons compte que, de facto, au cours d'&eacute;poques enti&egrave;res de la culture humaine et de l'activit&eacute; artistique, le corps humain a &eacute;t&eacute; et est ce mod&egrave;le et ce th&egrave;me des oeuvres d'art visuelles. De la m&ecirc;me mani&egrave;re, tout le domaine de l'amour entre l'homme et la femme et, li&eacute; &agrave; lui, le &quot;don r&eacute;ciproque&quot; de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; dans leur expression corporelle ont &eacute;t&eacute;, sont et seront un th&egrave;me de la litt&eacute;rature narrative. Cette litt&eacute;rature narrative a &eacute;galement trouv&eacute; sa place dans la Bible, surtout dans le texte du Cantique des Cantiques qu'il nous faudra reprendre dans une autre circonstance. Il faut m&ecirc;me constater que dans l'histoire de la litt&eacute;rature ou de l'art, dans l'histoire de la culture humaine, ce th&egrave;me appara&icirc;t de mani&egrave;re particuli&egrave;rement fr&eacute;quente et qu'il est particuli&egrave;rement important. En effet, il concerne un probl&egrave;me qui a en soi sa valeur et son importance. Nous le manifestons depuis le d&eacute;but de nos r&eacute;flexions en suivant les traces des textes bibliques qui nous r&eacute;v&egrave;lent la juste dimension de ce probl&egrave;me, &agrave; savoir la dignit&eacute; de l'&ecirc;tre humain dans sa corpor&eacute;it&eacute; masculine et f&eacute;minine et la signification sponsale de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute; dans la structure tout enti&egrave;re - et en m&ecirc;me temps visible - de la personne humaine.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Nos pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions n'entendaient pas mettre en doute le droit de ce th&egrave;me. Elles tendaient seulement &agrave; montrer que la mani&egrave;re de le traiter est li&eacute;e &agrave; une responsabilit&eacute; particuli&egrave;re de nature non seulement artistique, mais &eacute;galement &eacute;thique. L'artiste qui se lance sur ce th&egrave;me dans n'importe quel domaine de l'art ou &agrave; travers les techniques audiovisuelles, doit &ecirc;tre conscient de la pleine v&eacute;rit&eacute; de l'objet, de toute l'&eacute;chelle des valeurs qui lui sont li&eacute;es. Il doit non seulement en tenir compte dans l'abstrait, mais il doit &eacute;galement les vivre lui-m&ecirc;me correctement. Cela correspond &eacute;galement &agrave; ce principe de la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; qu'il faut, dans des cas d&eacute;termin&eacute;s, transf&eacute;rer du domaine existentiel des attitudes et des comportements au domaine intentionnel de la cr&eacute;ation ou de la reproduction artistiques.<br /> Il semble que le processus d'une telle cr&eacute;ation tende non seulement &agrave; l'objectivation (et dans un certain sens &agrave; une nouvelle &quot;mat&eacute;rialisation&quot;) du mod&egrave;le mais, en m&ecirc;me temps, &agrave; exprimer dans cette objectivation ce que l'on peut appeler l'id&eacute;e cr&eacute;atrice de l'artiste o&ugrave; se manifeste pr&eacute;cis&eacute;ment son monde int&eacute;rieur des valeurs et donc aussi sa mani&egrave;re de vivre la v&eacute;rit&eacute; de son objet. Dans ce processus s'accomplit une transfiguration caract&eacute;ristique du mod&egrave;le ou de la mati&egrave;re et, en particulier, de ce qu'est l'homme, le corps humain dans toute la v&eacute;rit&eacute; de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute;. (De ce point de vue, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; mentionn&eacute;, il y a une diff&eacute;rence bien consid&eacute;rable, par exemple, entre le tableau ou la sculpture et la photographie ou le film.) Le spectateur qui est invit&eacute; par l'artiste &agrave; regarder son oeuvre communique non seulement avec l'objectivation et donc, dans un certain sens, avec une nouvelle &quot;mat&eacute;rialisation&quot; du mod&egrave;le ou de la mati&egrave;re mais, en m&ecirc;me temps, avec la v&eacute;rit&eacute; de l'objet que l'auteur, dans sa &quot;mat&eacute;rialisation&quot; artistique, a r&eacute;ussi &agrave; exprimer avec des moyens qui lui sont propres.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Au cours des diff&eacute;rentes &eacute;poques, en commen&ccedil;ant par l'antiquit&eacute; et surtout dans la grande p&eacute;riode de l'art classique grec, on trouve des oeuvres d'art o&ugrave; le th&egrave;me est le corps humain dans sa nudit&eacute; et dont la contemplation permet de se concentrer, dans un certain sens, sur la v&eacute;rit&eacute; enti&egrave;re de l'homme, sur la dignit&eacute; et sur la beaut&eacute; - m&ecirc;me suprasensuelle - de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;. Ces oeuvres portent en elles un &eacute;l&eacute;ment de sublimation presque cach&eacute; qui conduit le spectateur, par l'interm&eacute;diaire du corps, au myst&egrave;re personnel tout entier de l'homme. Au contact de telles oeuvres, ou nous ne nous sentons pas d&eacute;termin&eacute;s par leur contenu &agrave; &quot;regarder pour d&eacute;sirer&quot;, dont parle le Discours sur la Montagne, nous apprenons dans un certain sens cette signification sponsale du corps qui correspond &agrave; la &quot;puret&eacute; du coeur&quot; et qui la mesure. Mais il y aussi des oeuvres d'art et peut-&ecirc;tre encore plus souvent des reproductions qui suscitent une objection dans le domaine de la sensibilit&eacute; personnelle de l'homme, non pas en raison de leur objet, puisque le corps humain a toujours en lui-m&ecirc;me une dignit&eacute; inali&eacute;nable, mais en raison de la qualit&eacute; ou du mode de sa reproduction, de sa repr&eacute;sentation artistique. Les diff&eacute;rents coefficients de l'oeuvre ou de la reproduction, de m&ecirc;me que les multiples circonstances, plus souvent de nature techniques qu'artistiques, peuvent d&eacute;cider de cette mode et de cette qualit&eacute;.<br /> On sait que c'est &agrave; travers tous ces &eacute;l&eacute;ments que l'intentionnalit&eacute; fondamentale m&ecirc;me de l'oeuvre d'art ou de ce qui est produit par des techniques appropri&eacute;es devient, dans un certain sens, accessible au spectateur, &agrave; l'auditeur ou au lecteur. Si notre sensibilit&eacute; personnelle r&eacute;agit par l'objection et la d&eacute;sapprobation, c'est parce que dans cette intentionnalit&eacute; fondamentale et en m&ecirc;me temps dans l'objectivation de l'homme et de son corps, nous d&eacute;couvrons comme indispensable pour l'oeuvre d'art ou sa reproduction sa r&eacute;duction imm&eacute;diate au rang d objet, d'objet de &quot;plaisir&quot; destin&eacute; &agrave; l'assouvissement de la concupiscence elle-m&ecirc;me. Cela s'oppose &agrave; la dignit&eacute; de l'homme m&ecirc;me dans l'ordre intentionnel de l'art et de la reproduction. Par analogie, il faut &eacute;tendre ces consid&eacute;rations aux diff&eacute;rents domaines de l'activit&eacute; artistique - selon leur sp&eacute;cificit&eacute; propre - , ainsi qu'aux diff&eacute;rentes techniques audiovisuelles.</p> <p> <a name="6"></a> 6. L'encyclique Humanae vitae de Paul VI <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#by">HV 22</a></i> souligne la n&eacute;cessit&eacute; de &quot;cr&eacute;er un climat favorable &agrave; l'&eacute;ducation de la chastet&eacute;&quot;. Par cela, il entendait affirmer que le fait de vivre le corps humain dans toute la v&eacute;rit&eacute; de sa masculinit&eacute; et de sa f&eacute;minit&eacute; doit correspondre &agrave; la dignit&eacute; de ce corps et &agrave; sa signification dans la construction de la communion des personnes. On peut dire que cette v&eacute;rit&eacute; est une des dimensions fondamentales de la culture humaine, comprise comme affirmation qui ennoblit tout ce qui est humain. C'est pourquoi nous avons consacr&eacute; cette br&egrave;ve &eacute;bauche &agrave; ce que l'on pourrait appeler, de mani&egrave;re synth&eacute;tique, l'ethos de l'image. Il s'agit de l'image qui sert &agrave; une singuli&egrave;re &quot;visualisation&quot; de l'homme et qu'il faut comprendre dans un sens plus ou moins direct. L'image sculpt&eacute;e ou peinte &quot;exprime visiblement&quot; l'homme. La repr&eacute;sentation th&eacute;&acirc;trale ou le spectacle de ballet l'&quot;exprime visiblement&quot; d'une autre mani&egrave;re, le film l'exprime d'une autre mani&egrave;re encore. M&ecirc;me l'oeuvre litt&eacute;raire tend, &agrave; sa mani&egrave;re, &agrave; susciter des images int&eacute;rieures, en se servant des richesses de l'imagination ou de la m&eacute;moire humaine. Ce que nous avons appel&eacute; l'&quot;ethos de l'image&quot; ne peut donc &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; en faisant abstraction de la composante correspondante qu'il faudrait appeler l'&quot;ethos du voir&quot;. Entre l'une et l'autre composante se trouve tout le processus de communication, ind&eacute;pendamment de l'&eacute;tendue des cercles que d&eacute;crit cette communication qui, dans ce cas, est toujours &quot;sociale&quot;.</p> <p> <a name="7"></a> 7. La cr&eacute;ation du climat favorable &agrave; l'&eacute;ducation de la chastet&eacute; contient ces deux composantes. Elle concerne, pour ainsi dire, un circuit r&eacute;ciproque qui se produit entre l'image et sa vision, entre l'ethos de l'image et l'ethos de la vision. Comme la cr&eacute;ation de l'image, dans le sens vaste et diff&eacute;renci&eacute; du terme, impose &agrave; l'auteur, artiste ou reproducteur, des obligations non seulement esth&eacute;tiques mais aussi &eacute;thiques, de m&ecirc;me le &quot;regard&quot;, compris selon la m&ecirc;me large analogie, impose des obligations &agrave; celui qui est le r&eacute;cepteur de l'oeuvre.<br /> L'activit&eacute; artistique authentique et responsable tend &agrave; d&eacute;passer l'anonymat du corps humain comme objet &quot;non choisi&quot;, en cherchant (comme il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; fait pr&eacute;c&eacute;demment) &agrave; travers l'effort de cr&eacute;ation une pareille expression artistique de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme dans sa corpor&eacute;it&eacute; f&eacute;minine et masculine qui se trouve pour ainsi dire assign&eacute;e comme t&acirc;che au spectateur et, d'une mani&egrave;re plus large, &agrave; tout r&eacute;cepteur de l'oeuvre. C'est de lui, &agrave; son tour, qu'il d&eacute;pend de se d&eacute;cider d'accomplir un effort pour s'approcher de cette v&eacute;rit&eacute; ou de ne rester qu'un &quot;consommateur&quot; superficiel des impressions, c'est-&agrave;-dire quelqu'un qui profite de la rencontre avec le corps anonyme comme th&egrave;me au seul niveau de la sensualit&eacute; qui r&eacute;agit par elle-m&ecirc;me &agrave; son objet &quot;sans choix&quot;.<br /> Nous terminons ici cet important chapitre de nos r&eacute;flexions sur la th&eacute;ologie du corps dont le point de d&eacute;part a &eacute;t&eacute; les paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Discours sur la Montagne: paroles valables pour les hommes de tous les temps, pour l'homme &quot;historique&quot; et valables pour chacun de nous.<br /> Les r&eacute;flexions sur la th&eacute;ologie du corps ne seraient cependant pas compl&egrave;tes si nous ne consid&eacute;rions pas d'autres paroles du Christ, celles o&ugrave; il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection future. Nous nous proposons donc de leur consacrer le prochain cycle de nos consid&eacute;rations.</p> <p>- 6 mai 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 20:06:41 +0000 Incarnare 108 at http://www.theologieducorps.fr TDC 064 - La Résurrection, dimension nouvelle du mystère du Corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-064-la-resurrection-dimension-nouvelle-du-mystere-du-corps <p> <a name="1"></a>1. Aujourd'hui, apr&egrave;s une pause plut&ocirc;t longue, nous reprenons les m&eacute;ditations que nous avons d&eacute;j&agrave; poursuivies depuis quelque temps et que nous d&eacute;finissions: &quot;R&eacute;flexions sur la th&eacute;ologie du corps.&quot;<br /> Il convient cette fois, pour continuer, de se reporter aux paroles de l'Evangile dans lesquelles le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection: paroles d'importance fondamentale pour comprendre le mariage selon sa signification chr&eacute;tienne et, &eacute;galement, le renoncement &agrave; la vie conjugale pour le Royaume des Cieux.<br /> L'ensemble l&eacute;gislatif de l'Ancien Testament en mati&egrave;re de mariage poussa non seulement les pharisiens &agrave; se rendre pr&egrave;s du Christ pour lui soumettre le probl&egrave;me de l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i>, mais aussi, une autre fois, les sadduc&eacute;ens pour l'interroger sur la loi dite du l&eacute;virat (*). Ce dialogue, les Synoptiques le rapportent de mani&egrave;re concordante <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3x">Mt 22,24-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-40</a></i> Bien que les trois r&eacute;cits soient presque identiques, on y rel&egrave;ve toutefois quelques diff&eacute;rences l&eacute;g&egrave;res mais en m&ecirc;me temps significatives. Comme le dialogue est rapport&eacute; en trois versions, celles de Matthieu, Marc et Luc, il requiert une analyse plus approfondie du fait qu'il contient des &eacute;l&eacute;ments ayant une signification essentielle pour la th&eacute;ologie du corps.<br /> Note - (*) <i>Cette loi contenue dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev4.htm#xo">Dt 25,5-10</a></i> concernait les fr&egrave;res habitant sous le m&ecirc;me toit. Si l'un d'eux mourait sans post&eacute;rit&eacute;, le fr&egrave;re du d&eacute;funt devait prendre pour femme la veuve du fr&egrave;re mort. Le premier-n&eacute; issu de ce mariage &eacute;tait reconnu comme enfant du d&eacute;funt afin de perp&eacute;tuer la lign&eacute;e et de conserver l'h&eacute;ritage &agrave; la famille (c<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev1.htm#fw">Dt 3,9-4,12</a></i></i></p> <p> A c&ocirc;t&eacute; des deux autres importants dialogues, c'est-&agrave;-dire celui o&ugrave; le Christ se r&eacute;f&egrave;re aux origines <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i> et l'autre o&ugrave; il fait appel &agrave; l'intimit&eacute; de l'homme (le coeur) indiquant, dans le d&eacute;sir et la convoitise de la chair la source du p&eacute;ch&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-32</a></i>, le dialogue que nous nous proposons maintenant d'analyser constitue, dirais-je, le troisi&egrave;me volet du triptyque des &eacute;nonc&eacute;s du Christ lui-m&ecirc;me: un triptyque de paroles essentielles et constitutives de la th&eacute;ologie du corps. Dans ce dialogue le Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection, d&eacute;voilant ainsi une dimension compl&egrave;tement nouvelle du myst&egrave;re du corps.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La r&eacute;v&eacute;lation de cette dimension du corps, admirable dans son contenu - et cependant en liaison avec l'Evangile relu, &agrave; fond, dans son ensemble - &eacute;merge du dialogue avec les sadduc&eacute;ens &quot;qui affirment qu'il n'y a pas de r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23</a></i> (*); ils sont venus pr&egrave;s du Christ pour lui exposer un argument qui, &agrave; leur avis, confirme le caract&egrave;re raisonnable de leur position. Cet argument devait contredire l'hypoth&egrave;se de la r&eacute;surrection. Voici le raisonnement des sadduc&eacute;ens: &quot;Ma&icirc;tre, Mo&iuml;se nous a fait la prescription suivante: &quot;Si quelqu'un a un fr&egrave;re qui meurt en laissant une femme sans enfants, qu'il &eacute;pouse la veuve pour susciter une post&eacute;rit&eacute; &agrave; son fr&egrave;re&quot; &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s2">Mc 12,19</a></i>. Les sadduc&eacute;ens font appel ici &agrave; la loi dite du l&eacute;virat <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev4.htm#xo">Dt 25,5-10</a></i> et, se r&eacute;f&eacute;rant aux prescriptions de cette antique loi, ils pr&eacute;sentent ce cas: &quot;Il y avait sept fr&egrave;res. Le premier prit femme et mourut sans laisser de post&eacute;rit&eacute;. Le second prit la veuve et mourut sans laisser de post&eacute;rit&eacute;, et de m&ecirc;me le troisi&egrave;me; et aucun des sept ne laissa de post&eacute;rit&eacute;. Apr&egrave;s eux tous, la femme aussi mourut. A la r&eacute;surrection, quand ils ressusciteront, duquel d'entre eux sera-t-elle femme?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s3">Mc 12,20-23</a></i> (**).</p> <p>Notes (*). <i>A l'&eacute;poque du Christ, les sadduc&eacute;ens formaient dans le milieu juif, une secte li&eacute;e &agrave; l'aristocratie sacerdotale. A la tradition orale et &agrave; la th&eacute;ologie &eacute;labor&eacute;e des pharisiens ils opposaient l'interpr&eacute;tation, &agrave; la lettre, du Pentateuque qu'ils tenaient pour la source principale de la religion jahviste. Comme la vie d'outre-tombe n'&eacute;tait pas mentionn&eacute;e dans les livres bibliques les plus anciens, les sadduc&eacute;ens refusaient l'eschatologie proclam&eacute;e par les pharisiens, affirmant que &quot;les &acirc;mes meurent avec le corps&quot; (cf. Jos&egrave;phe Antiquitates Juda&iuml;cae, 17, 1.4, 16). -- Toutefois les conceptions des sadduc&eacute;ens ne nous sont pas directement connues, car tous leurs &eacute;crits ont &eacute;t&eacute; perdus apr&egrave;s l'incendie de J&eacute;rusalem, lorsque la secte elle-m&ecirc;me disparut. Les informations concernant les sadduc&eacute;ens sont assez rares; nous les puisons dans les &eacute;crits de leurs adversaires.</i><br /> (**) <i>En s'adressant &agrave; J&eacute;sus pour un cas purement th&eacute;orique, les sadduc&eacute;ens attaquent du m&ecirc;me coup la conception des pharisiens au sujet de la vie apr&egrave;s la r&eacute;surrection des corps; ils insinuent en effet que la foi en la r&eacute;surrection conduit &agrave; admettre la polyandrie qui est en contradiction avec la Loi de Dieu.</i></p> <p> <a name="3"></a> 3. La r&eacute;ponse du Christ est une r&eacute;ponse cl&eacute; de l'Evangile qui r&eacute;v&egrave;le - pr&eacute;cis&eacute;ment en partant des raisonnements purement humains et en contradiction avec eux - une autre dimension de la question, c'est-&agrave;-dire celle qui correspond &agrave; la sagesse et &agrave; la puissance m&ecirc;me de Dieu. C'est de la m&ecirc;me fa&ccedil;on que s'&eacute;tait pr&eacute;sent&eacute;, par exemple, le cas de l'imp&ocirc;t &agrave; payer avec la pi&egrave;ce d'argent &agrave; l'effigie de C&eacute;sar, et le cas du juste rapport &agrave; &eacute;tablir, dans le domaine du pouvoir, entre ce qui est divin et ce qui est humain (de C&eacute;sar) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3o">Mt 22,15-22</a></i> Cette fois, J&eacute;sus r&eacute;pondit ainsi: &quot;N'&ecirc;tes-vous pas dans l'erreur, parce que vous m&eacute;connaissez les Ecritures et la puissance de Dieu? Car lorsqu'ils ressusciteront d'entre les morts, ils ne prendront ni femme ni mari; mais ils seront comme des anges dans les cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tb">Mc 12,24-25</a></i>. Cela est la r&eacute;ponse fondamentale au cas, c'est-&agrave;-dire au probl&egrave;me qu'il contient. Connaissant les conceptions des sadduc&eacute;ens et - par intuition - leurs intentions, il en revient ensuite au probl&egrave;me de la r&eacute;surrection, ni&eacute;e par eux: &quot;Quant au fait que les morts ressuscitent -, n'avez-vous pas lu dans le livre de Mo&iuml;se, au passage du buisson, cette parole que Dieu lui a dite: &quot;Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob&quot;? Il n'est pas un Dieu de morts, mais de vivants&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#td">Mc 12,26-27</a></i> Ainsi donc, le Christ cite Mo&iuml;se comme l'ont fait les sadduc&eacute;ens et il affirme en conclusion: &quot;Vous &ecirc;tes grandement dans l'erreur!&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#te">Mc 12,27</a></i></p> <p><a name="4"></a> 4. Cette affirmation conclusive, le Christ la r&eacute;p&egrave;te &eacute;galement une seconde fois. En effet, la premi&egrave;re fois, il la pronon&ccedil;a au d&eacute;but de son expos&eacute;. Il dit alors: &quot;Vous vous trompez; vous ne connaissez ni les Ecritures ni la puissance de Dieu&quot;. C'est ce que nous lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a32">Mt 22,29</a></i>. Et dans Marc:&quot;N'&ecirc;tes-vous pas dans l'erreur parce que vous m&eacute;connaissez les Ecritures et la puissance de Dieu?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tb">Mc 12,24</a></i> Dans la version, de Luc, en revanche, il n'y a nul accent de pol&eacute;mique du genre de: &quot;Vous &ecirc;tes grandement dans l'erreur&quot;. D'autre part, il proclame la m&ecirc;me chose tout en introduisant dans la r&eacute;ponse quelques &eacute;l&eacute;ments qui ne se trouvent ni dans Matthieu en Marc. Voici le texte: &quot;J&eacute;sus r&eacute;pondit: &quot;Les enfants de ce monde-ci prennent femme ou mari; mais ceux-l&agrave; qui auront &eacute;t&eacute; jug&eacute;s dignes d'avoir part &agrave; l'autre monde et &agrave; la r&eacute;surrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari; aussi bien ne peuvent-ils non plus mourir, car ils sont pareils aux anges et ils sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-36</a></i>.<br /> Quant au fait que la r&eacute;surrection est possible, Luc, comme les deux autres Synoptiques, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; Mo&iuml;se, c'est-&agrave;-dire au passage du livre de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#go">Ex 3,2-6</a></i> qui raconte que le grand l&eacute;gislateur de l'Ancien Testament avait entendu une voix qui l'appelait du &quot;buisson embras&eacute; par le feu mais n'en &eacute;tait pas consum&eacute;&quot; et disait: &quot;Mo&iuml;se, je suis le Dieu de ton p&egrave;re, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#gs">Ex 3,6</a></i>. Et quand Mo&iuml;se avait demand&eacute; &agrave; Dieu quel &eacute;tait son nom, il avait entendu cette r&eacute;ponse: &quot;Je suis celui qui suis!&quot; </p> <p>Ainsi donc, parlant de la r&eacute;surrection des corps, le Christ se r&eacute;clame de la puissance du Dieu vivant. Nous devrons par la suite, consid&eacute;rer ce th&egrave;me de mani&egrave;re plus d&eacute;taill&eacute;e.</p> <p>- 11&nbsp;novembre 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 20:07:57 +0000 Incarnare 109 at http://www.theologieducorps.fr TDC 065 - La Résurrection manifeste la puissance de Dieu http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-065-la-resurrection-manifeste-la-puissance-de-dieu <p> <a name="1"></a>1. &quot;Vous &ecirc;tes dans l'erreur, parce que vous m&eacute;connaissez les Ecritures et la puissance de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a32">Mt 22,29</a></i>; c'est ce que le Christ dit aux sadduc&eacute;ens qui, refusant de croire &agrave; la future r&eacute;surrection des corps, lui avaient expos&eacute; le cas suivant: &quot;Il y avait chez nous sept fr&egrave;res. Le premier se maria puis mourut sans post&eacute;rit&eacute;, laissant sa femme &agrave; son fr&egrave;re. Pareillement le deuxi&egrave;me, puis le troisi&egrave;me jusqu'au septi&egrave;me. Finalement, apr&egrave;s eux tous, la femme mourut. A la r&eacute;surrection, duquel des sept sera-t-elle la femme?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3y">Mt 22,25-28</a></i></p> <p>Le Christ r&eacute;pliquant aux sadduc&eacute;ens affirme, au d&eacute;but et &agrave; la fin de sa r&eacute;ponse, qu'ils &eacute;taient grandement dans l'erreur, ne connaissant &quot;ni les Ecritures ni la puissance de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#sv">Mc 12,12-24</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a32">Mt 22,29</a></i>. Comme les trois Evangiles synoptiques nous rapportent l'entretien avec les sadduc&eacute;ens, nous allons confronter bri&egrave;vement les textes qui s'y rapportent.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La version de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3x">Mt 22,24-30</a></i> concorde presque enti&egrave;rement avec celle de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-25</a></i>, m&ecirc;me si elle ne fait aucune allusion au buisson ardent. Il y a dans l'une et l'autre version les deux &eacute;l&eacute;ments essentiels: - 1) l'&eacute;nonc&eacute; au sujet de la future r&eacute;surrection des corps, et - 2) l'&eacute;nonc&eacute; au sujet de l'&eacute;tat des corps des hommes ressuscit&eacute;s (*). Ces deux &eacute;l&eacute;ments se retrouvent chez <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-36</a></i> (**). Le premier &eacute;l&eacute;ment, celui qui concerne la r&eacute;surrection future des corps, est en liaison - principalement chez Matthieu et chez Marc -, avec le reproche adress&eacute; aux sadduc&eacute;ens parce qu'ils ne connaissent ni les Ecritures ni la puissance de Dieu. Cette affirmation m&eacute;rite une attention particuli&egrave;re parce que le Christ y indique les bases m&ecirc;mes de la foi en la r&eacute;surrection &agrave; laquelle il s'&eacute;tait r&eacute;f&eacute;r&eacute; dans sa r&eacute;ponse aux sadduc&eacute;ens, qui avaient cit&eacute; l'exemple concret de la loi mosa&iuml;que sur le l&eacute;virat.<br /> Notes - (*) <i>Bien que le Nouveau Testament ne connaisse pas l'expression la r&eacute;surrection des corps qui appara&icirc;t pour la premi&egrave;re fois en saint Cl&eacute;ment (2 Cl&eacute;m 9,1) et en Justin (Dial 80,5) et se sert de l'expression r&eacute;surrection des morts, entendant ainsi l'homme dans toute son int&eacute;grit&eacute;, il est possible toutefois de trouver en de nombreux textes du Nouveau Testament la foi en l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me, et son existence &eacute;galement en dehors du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bho">Lc 23,43</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#b2">Ph 1,23-24</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#dy">2Co 5,6-8</a></i> i.</i><br /> (**] <i>Le texte de Luc contient des &eacute;l&eacute;ments nouveaux sur lesquels porte la discussion des ex&eacute;g&egrave;tes</i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Il est &eacute;vident que les sadduc&eacute;ens traitaient la question de la r&eacute;surrection comme une sorte de th&eacute;orie ou d'hypoth&egrave;se susceptible d'&ecirc;tre d&eacute;pass&eacute;e.(*)<br /> Note - (*) <i>Comme on le sait, il n'y eut jamais, &agrave; cette &eacute;poque, une doctrine clairement formul&eacute;e au sujet de la r&eacute;surrection; existaient seulement les diverses th&eacute;ories lanc&eacute;es par les &eacute;coles particuli&egrave;res. -- Les pharisiens qui pratiquaient la sp&eacute;culation th&eacute;ologique ont fortement d&eacute;velopp&eacute; la doctrine sur la r&eacute;surrection, y trouvant des allusions dans les livres de l'Ancien Testament. Toutefois ils entendaient la future r&eacute;surrection d'une mani&egrave;re terrestre et primitive, annon&ccedil;ant par exemple un &eacute;norme accroissement de la r&eacute;colte et de la fertilit&eacute; dans la vie d'apr&egrave;s la r&eacute;surrection. -- Les sadduc&eacute;ens combattaient une telle conception, partant de la pr&eacute;misse que le Pentateuque ne parle pas de l'eschatologie. Il importe aussi de tenir compte du fait qu'au premier si&egrave;cle le canon des livres de l'Ancien Testament n'avait pas encore &eacute;t&eacute; &eacute;tabli. Le cas mis en avant par les sadduc&eacute;ens attaque directement la conception pharisa&iuml;que de la r&eacute;surrection. En fait, les sadduc&eacute;ens estimaient que le Christ en &eacute;tait partisan. -- La r&eacute;ponse du Christ corrige tant la conception des pharisiens que celle des sadduc&eacute;ens.</i></p> <p>J&eacute;sus leur d&eacute;montre d'abord que leur m&eacute;thode est erron&eacute;e: ils ne connaissent point les Ecritures, puisqu'ils commettent une erreur &agrave; ce sujet: ils n'acceptent pas ce que r&eacute;v&egrave;lent les Ecritures - ils ne connaissent pas la puissance de Dieu, ils ne croient pas en Celui qui s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; Mo&iuml;se dans le buisson ardent. C'est une r&eacute;ponse tr&egrave;s significative et tr&egrave;s pr&eacute;cise. Le Christ est en contact ici avec des hommes qui se disent experts et interpr&egrave;tes comp&eacute;tents des Ecritures. J&eacute;sus r&eacute;pond &agrave; ces hommes, c'est-&agrave;-dire &agrave; ces sadduc&eacute;ens, que la connaissance uniquement litt&eacute;rale de la Sainte Ecriture ne suffit pas. En effet, l'Ecriture est surtout un moyen permettant de conna&icirc;tre la puissance du Dieu vivant qui s'y r&eacute;v&egrave;le, comme elle s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e &agrave; Mo&iuml;se dans le buisson ardent. Dans cette r&eacute;v&eacute;lation, Il se nomme lui-m&ecirc;me &quot;le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Jacob&quot; (*), de ceux, donc, qui furent les chefs de file de Mo&iuml;se dans la foi qui jaillit de la r&eacute;v&eacute;lation du Dieu vivant. Du reste, ils sont tous morts depuis longtemps; toutefois le Christ compl&egrave;te la r&eacute;f&eacute;rence qu'il en a faite affirmant que Dieu n'est pas un Dieu des morts mais des vivants. Cette affirmation cl&eacute; par laquelle le Christ interpr&egrave;te les paroles adress&eacute;es &agrave; Mo&iuml;se depuis le buisson ardent ne peut se comprendre que si l'on admet la r&eacute;alit&eacute; d'une vie qui ne finit pas avec la mort. Les p&egrave;res de Mo&iuml;se dans la foi, Abraham, Isaac et Jacob, sont pour Dieu des personnes vivantes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcn">Lc 20,38</a></i>: &quot;Tous en effet vivent pour lui&quot;, bien que selon les crit&egrave;res humains ils doivent &ecirc;tre compt&eacute;s parmi les morts. M&eacute;diter correctement l'Ecriture et, en particulier ces paroles, veut dire conna&icirc;tre et accueillir par la foi la puissance du Donneur de la vie, de celui qui n'est pas li&eacute; &agrave; la loi de la mort qui domine l'histoire terrestre de l'homme.<br /> Note (*)- <i>Cette expression signifie non pas le Dieu qui &eacute;tait honor&eacute; par Abraham, Isaac et Jacob, mais le Dieu qui prenait soin des Patriarches et les lib&eacute;rait. - Cette formule revient dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#gs">Ex 3,6</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#g1">Ex 3,15-16</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#hh">Ex 4,5</a></i>, toujours dans le contexte de la lib&eacute;ration d'Isra&euml;l; le nom du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob est le gage et la garantie de cette lib&eacute;ration. - Dieu de X est synonyme de secours, de soutien et d'abri pour Isra&euml;l. On trouve une signification semblable dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4h.htm#bsm">Gn 49,24</a></i>: &quot; Dieu de Jacob, Pasteur et Pierre d'Isra&euml;l, Dieu de tes p&egrave;res, il t'aidera &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4h.htm#bsm">Gn 49,24-25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4e.htm#w3">Gn 24,27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4e.htm#z5">Gn 26,24</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#a2f">Gn 28,13</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4f.htm#ba2">Gn 32,10</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4h.htm#bpa">Gn 46,3</a></i> - Cf. DREYFUS, o.p., L'Argument scripturaire de J&eacute;sus en faveur de la r&eacute;surrection des morts (<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#td">Mc 12,26-27</a></i>, in Revue biblique 66, 1959, p. 218. - La formule Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob o&ugrave; sont cit&eacute;s les trois noms des Patriarches indiquait dans l'ex&eacute;g&egrave;se juda&iuml;que contemporaine de J&eacute;sus, le rapport de Dieu avec le Peuple de l'Alliance comme communaut&eacute;. - Cf. E. ELLIS, J&eacute;sus, the Sadducees and Qumran, New Testament Studies, n. 10, 1963-1964, p. 275</i></p> <p> <a name="4"></a> 4. Il semble qu'il faut interpr&eacute;ter ainsi la r&eacute;ponse que, selon la version des trois Synoptiques, le Christ a donn&eacute;e aux sadduc&eacute;ens au sujet de la possibilit&eacute; de la r&eacute;surrection (*). Viendra le jour o&ugrave; le Christ y r&eacute;pondra par sa propre r&eacute;surrection; toutefois, en ce moment, il fait appel au t&eacute;moignage de l'Ancien Testament, indiquant comment on peut y d&eacute;couvrir la v&eacute;rit&eacute; sur l'immortalit&eacute; et sur la r&eacute;surrection. Cela, il faut le faire, non pas en s'attachant seulement au son des paroles, mais en remontant &agrave; la puissance de Dieu qui r&eacute;v&egrave;le ces paroles. La r&eacute;f&eacute;rence &agrave; Abraham, &agrave; Isaac et &agrave; Jacob faite dans cette Th&eacute;ophanie &agrave; Mo&iuml;se et dont nous parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e0a.htm#go">Ex 3,2-6</a></i>, constitue un t&eacute;moignage que le Dieu vivant donne &agrave; ceux qui vivent pour Lui: &agrave; ceux qui gr&acirc;ce &agrave; sa puissance ont la vie, m&ecirc;me si, s'arr&ecirc;tant aux dimensions de l'histoire, il faudrait les compter depuis longtemps parmi les morts.<br /> Note - (*) <i>Selon notre mani&egrave;re contemporaine de comprendre ce texte &eacute;vang&eacute;lique, le raisonnement de J&eacute;sus concerne seulement l'immortalit&eacute;; en effet, si apr&egrave;s leur mort les Patriarches vivent d&eacute;j&agrave; maintenant et avant la r&eacute;surrection eschatologique du corps, alors la constatation de J&eacute;sus regarde l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me et ne parle pas de la r&eacute;surrection du corps. -- Mais le raisonnement de J&eacute;sus s'adressait aux sadduc&eacute;ens qui ne concevaient pas le dualisme de l'&acirc;me et du corps, acceptant seulement l'unit&eacute; psychologique de l'homme qui est le corps et souffle de vie. C'est la raison pour laquelle, selon eux, l'&acirc;me meurt en m&ecirc;me temps que le corps. L'affirmation de J&eacute;sus selon laquelle les Patriarches vivent, pouvait uniquement signifier pour les sadduc&eacute;ens la r&eacute;surrection avec le corps.</i></p> <p> <a name="5"></a> 5. La pleine signification de ce t&eacute;moignage qu'&eacute;voque J&eacute;sus dans son entretien avec les sadduc&eacute;ens pourrait (toujours &agrave; la seule lumi&egrave;re de l'Ancien Testament) s'&eacute;clairer de la mani&egrave;re suivante: Celui qui est - Celui qui vit et qui est la Vie - constitue la source in&eacute;puisable de l'existence et de la vie, comme cela a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; l'origine <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1-3</a></i>. M&ecirc;me si la mort est devenue le sort de l'homme &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f3">Gn 3,19</a></i> (*6), et bien que d&eacute;fense ait &eacute;t&eacute; faite de s'approcher de l'arbre de la Vie (grand symbole de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ga">Gn 3,22</a></i>), toutefois, le Dieu vivant, en contractant Alliance avec les hommes (Abraham, les Patriarches, Mo&iuml;se, Isra&euml;l), renouvelle sans cesse, dans cette Alliance, la r&eacute;alit&eacute; m&ecirc;me de la Vie, il en d&eacute;voile de nouveau la perspective et, en un certain sens, ouvre de nouveau l'acc&egrave;s &agrave; l'arbre de la Vie. Et avec l'Alliance, cette vie dont Dieu lui-m&ecirc;me est la source; la vie est donn&eacute;e en partage &agrave; ces m&ecirc;mes hommes qui, suite &agrave; la rupture de la premi&egrave;re Alliance avaient &eacute;t&eacute;, dans la dimension de leur histoire terrestre, soumis &agrave; la mort.<br /> Note (*) -<i>Ici, nous ne nous arr&ecirc;tons pas sur la conception de la mort au sens uniquement v&eacute;t&eacute;ro-testamentaire, mais nous prenons en consid&eacute;ration l'anthropologie th&eacute;ologique dans son ensemble</i>.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Le Christ est l'ultime parole de Dieu &agrave; ce sujet; en effet l'Alliance qui, avec Lui et par Lui, est &eacute;tablie entre Dieu et l'humanit&eacute;, ouvre une perspective de Vie infinie: et l'acc&egrave;s &agrave; l'arbre de la Vie - suivant le plan originel du Dieu de l'Alliance - est r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; chaque homme dans sa pl&eacute;nitude d&eacute;finitive. Ce sera cela la signification de la mort et de la r&eacute;surrection du Christ; ce sera cela le t&eacute;moignage du myst&egrave;re pascal. Toutefois l'entretien avec les sadduc&eacute;ens se passe dans la phase pr&eacute;-pascale de la mission messianique du Christ. Le d&eacute;roulement de l'entretien, comme le racontent <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3x">Mt 22,24-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-36</a></i>, manifeste que le Christ qui avait plus d'une fois parl&eacute; de la future r&eacute;surrection du Fils de l'homme, principalement dans ses entretiens avec ses disciples <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#x2">Mt 17,9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#yk">Mt 17,23</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a1c">Mt 20,19</a></i> (etc.), dans celui avec les sadduc&eacute;ens, au contraire, ne fait pas &eacute;tat de cet &eacute;v&eacute;nement. Les raisons en sont &eacute;videntes et claires. Le dialogue se d&eacute;roule avec les sadduc&eacute;ens qui affirment qu'il n'y a pas de r&eacute;surrection (comme le souligne l'&eacute;vang&eacute;liste), c'est-&agrave;-dire qui mettent en doute sa possibilit&eacute; m&ecirc;me et, en m&ecirc;me temps, se consid&egrave;rent comme experts et interpr&egrave;tes qualifi&eacute;s de l'Ecriture de l'Ancien Testament. C'est pourquoi J&eacute;sus se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'Ancien Testament et d&eacute;montre, se basant sur celui-ci, qu'ils ne connaissent pas la puissance de Dieu. (*)<br /> Note - (*) <i>Ceci est l'argument d&eacute;terminant qui prouve le caract&egrave;re authentique de la discussion avec les sadduc&eacute;ens.-- Si, comme l'estimait par exemple R. BULTMANN, cette p&eacute;ricope constituait &quot;une ajoute post-pascale de la communaut&eacute; chr&eacute;tienne&quot;, la foi en la r&eacute;surrection des corps serait soutenue par le fait de la r&eacute;surrection du Christ qui s'impose comme une force irr&eacute;sistible ainsi que le fait comprendre saint Paul, par exemple. -- Cf. J. JEREMIAS, Neutestamentliche Th&eacute;ologie, 1re partie, Gutersloh, Mohn, 1971; cf. en outre I.H. MARSHALL, The Gospel of Luke, Exeter, The Pater-noster Press, 1978, p. 738. -- La r&eacute;f&eacute;rence au Pentateuque - alors que dans l'Ancien Testament il y avait de nombreux textes traitant directement de la r&eacute;surrection (comme par ex. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftn.htm#uq">Is 26,19</a></i>) - d&eacute;montre que le colloque s'est d&eacute;roul&eacute; r&eacute;ellement avec les sadduc&eacute;ens, qui tenaient le Pentateuque pour l'unique autorit&eacute; d&eacute;cisive. -- La structure de la conversation d&eacute;montre qu'il s'agissait d'une discussion rabbinique, conforme aux mod&egrave;les classiques en usage dans les acad&eacute;mies de ce temps. -- Cf. J. LE MOYNE, o.s.b., Les Sadduc&eacute;ens, Paris, Gabalda, 1972, p. 124 et sq.; E. LOHMEYER, Das Evangelium des Markus, Gottingen, 1959, p. 257; D. DAUBE, New Testament and Rabbinic Judaism, Londres, 1956, p. 158-163; J. RADEMACKERS, S.J., La Bonne Nouvelle de J&eacute;sus selon saint Marc, Bruxelles, Institut d'&eacute;tudes th&eacute;ologiques, 1974, p. 313.</i></p> <p> <a name="7"></a> 7. Quant &agrave; la possibilit&eacute; de la r&eacute;surrection, le Christ fait pr&eacute;cis&eacute;ment &eacute;tat de cette puissance qui va de pair avec le t&eacute;moignage du Dieu vivant qui est le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob - et le Dieu de Mo&iuml;se. Le Dieu que les sadduc&eacute;ens privent de cette puissance n'est plus le vrai Dieu de leurs p&egrave;res, mais le Dieu de leurs hypoth&egrave;ses et de leurs interpr&eacute;tations. Le Christ est venu, au contraire, pour rendre t&eacute;moignage au Dieu de la Vie dans toute sa puissance qui se d&eacute;ploie sur la vie de l'homme.</p> <p>- 18 novembre 1981</p> Sat, 05 Sep 2009 20:09:18 +0000 Incarnare 110 at http://www.theologieducorps.fr TDC 066 - La Résurrection signifie une nouvelle soumission du corps à l'esprit http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-066-la-resurrection-signifie-nouvelle-soumission-du-corps-lesprit <p> <a name="1"></a>1. &quot; Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>. Ces paroles qui ont une signification cl&eacute; pour la th&eacute;ologie du corps, le Christ les prononce apr&egrave;s avoir affirm&eacute;, au cours de son entretien avec les sadduc&eacute;ens, que la r&eacute;surrection des morts est conforme &agrave; la puissance du Dieu vivant. Les trois Evangiles synoptiques rapportent le m&ecirc;me fait; seule la version de Luc diff&egrave;re en quelques d&eacute;tails de celles de Matthieu et de Marc. Il appara&icirc;t chez tous cette constatation essentielle que, lors de la future r&eacute;surrection, les hommes qui auront reconquis leur corps dans la pl&eacute;nitude de sa perfection propre d'image et ressemblance de Dieu - et l'auront reconquis dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; - &quot;ne prendront ni femme ni mari&quot;. Au <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-35</a></i> de son &eacute;vangile, Luc exprime la m&ecirc;me id&eacute;e en ces termes: &quot; Les enfants de ce monde prennent femme ou mari; mais ceux qui auront &eacute;t&eacute; jug&eacute;s dignes d'avoir part &agrave; l'autre monde et &agrave; la r&eacute;surrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari&quot;.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Il r&eacute;sulte de ces paroles que le mariage, cette union o&ugrave;, comme le dit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>: &quot;L'homme ... s'unira &agrave; sa femme et ils ne seront qu'une seule chair&quot; - union propre &agrave; l'homme d&egrave;s les origines - appartient exclusivement &agrave; ce monde. Le mariage et la procr&eacute;ation ne constituent donc pas le futur eschatologique de l'homme. Dans la r&eacute;surrection ils perdent pour ainsi dire leur raison d'&ecirc;tre. Cet &quot;autre monde&quot; dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35</a></i> signifie l'accomplissement d&eacute;finitif du genre humain, la cl&ocirc;ture quantitative du cercle des &ecirc;tres qui furent cr&eacute;&eacute;s &agrave; l'image et ressemblance de Dieu pour se multiplier dans l'unit&eacute; conjugale des corps d'hommes et femmes, et pour dominer la terre. Cet autre monde n'est pas le monde de la terre, mais le monde de Dieu, qui, comme nous le dit la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre de Paul aux Corinthiens le remplira enti&egrave;rement devenant &quot;tout en tous&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#nm">1Co 15,28</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. En m&ecirc;me temps, cet autre monde, qui selon la r&eacute;v&eacute;lation est le Royaume de Dieu, est aussi la d&eacute;finitive et &eacute;ternelle patrie de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#dv">Ph 3,20</a></i>; il est la &quot;maison du P&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#wv">Jn 14,2</a></i> Par la r&eacute;surrection cet autre monde &eacute;merge d&eacute;finitivement, comme nouvelle patrie de l'homme, du monde actuel, qui est temporel - soumis &agrave; la mort, c'est-&agrave;-dire &agrave; la destruction du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#f3">Gn 3,19</a></i>: &quot;Tu retourneras en poussi&egrave;re&quot;. Selon la parole du Christ rapport&eacute;e par les Synoptiques, la r&eacute;surrection signifie non seulement la r&eacute;cup&eacute;ration de la corpor&eacute;it&eacute; et le r&eacute;tablissement de la vie humaine dans son int&eacute;grit&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l'union de l'&acirc;me avec le corps, mais aussi un &eacute;tat absolument nouveau de la vie humaine elle-m&ecirc;me. Nous trouvons la confirmation de ce nouvel &eacute;tat du corps dans la r&eacute;surrection du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fy">Rm 6,5-11</a></i>. Les paroles rapport&eacute;es par les Synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-35</a></i> ont pris alors (c'est-&agrave;-dire apr&egrave;s la r&eacute;surrection du Christ) chez ceux qui les avaient entendues, je dirais comme une nouvelle force probante et acquis en m&ecirc;me temps le caract&egrave;re d'une promesse d&eacute;finitive. Pour l'instant, toutefois, nous consid&eacute;rons ces paroles dans leur phase pr&eacute;- pascale, nous basant uniquement sur la situation o&ugrave; elles furent prononc&eacute;es. Il est incontestable que d&eacute;j&agrave;, dans sa r&eacute;ponse aux sadduc&eacute;ens, le Christ d&eacute;voile la condition du corps humain dans la r&eacute;surrection, et qu'il le fait en proposant pr&eacute;cis&eacute;ment comme r&eacute;f&eacute;rence et comparaison la condition &agrave; laquelle l'homme a particip&eacute; d&egrave;s l'origine.</p> <p><a name="4"></a> 4. Les paroles &quot;ils ne prendront ni femme ni mari&quot; semblent affirmer en m&ecirc;me temps que les corps humains retrouv&eacute;s et en m&ecirc;me temps r&eacute;nov&eacute;s dans la r&eacute;surrection, maintiendront leur caract&egrave;re masculin ou f&eacute;minin et que le sens d'&ecirc;tre par le corps, homme ou femme sera, dans l'autre monde, constitu&eacute; et entendu de mani&egrave;re diff&eacute;rente de celle qui le fut depuis l'origine, puis dans toute la dimension de l'existence terrestre. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &quot;l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re et il s'unira &agrave; sa femme; et tous deux ne seront qu'une seule chair&quot;, ont constitu&eacute; d&egrave;s l'origine cette condition et relation de masculinit&eacute; et de f&eacute;minit&eacute;, s'&eacute;tendant &eacute;galement au corps, qu'il faut justement d&eacute;finir comme conjugales, procr&eacute;atrices et g&eacute;n&eacute;ratrices; elles sont en effet en relation avec la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute; que Dieu-Elohim a prononc&eacute;e lors de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain &quot;homme et femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i>. Les paroles que le Christ a prononc&eacute;es au sujet de la r&eacute;surrection nous permettent de d&eacute;duire que la dimension de masculinit&eacute; et de f&eacute;minit&eacute; - c'est-&agrave;-dire l'&ecirc;tre dans son corps masculin ou f&eacute;minin - sera de nouveau constitu&eacute;e dans l'autre monde avec la r&eacute;surrection des corps.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Est-il possible de dire quelque chose de plus d&eacute;taill&eacute; &agrave; ce sujet? Sans aucun doute, les paroles du Christ rapport&eacute;es par les Synoptiques (sp&eacute;cialement dans la version de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-40</a></i>) nous le permettent. Nous y lisons, en effet, que &quot;ceux qui auront &eacute;t&eacute; jug&eacute;s dignes d'avoir part &agrave; l'autre monde et &agrave; la r&eacute;surrection d'entre les morts ... ne peuvent plus mourir parce qu'ils sont pareils aux anges et (qu'ils) sont fils de Dieu &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot;; (Matthieu et Marc rapportent simplement qu'ils seront comme des anges dans les cieux). Cet &eacute;nonc&eacute; permet surtout d'en d&eacute;duire une spiritualisation de l'homme suivant une dimension diff&eacute;rente de celle de la vie terrestre (et m&ecirc;me diff&eacute;rente de celle de l'origine m&ecirc;me). Il est &eacute;vident qu'il ne s'agit pas ici de transformation de la nature de l'homme en nature ang&eacute;lique, c'est-&agrave;-dire purement spirituelle. Le contexte indique clairement que, dans l'autre monde, l'homme conservera sa propre nature humaine psychosomatique. S'il en allait autrement, parler de r&eacute;surrection serait d&eacute;nu&eacute; de sens.<br /> R&eacute;surrection veut dire restitution &agrave; la vraie vie de la corpor&eacute;it&eacute; humaine qui fut assujettie &agrave; la mort durant sa phase temporelle. Dans l'expression de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i> que je viens de citer (et dans celle de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>, il s'agit certainement de la nature humaine, c'est-&agrave;-dire psychosomatique. La comparaison avec les &ecirc;tres c&eacute;lestes, utilis&eacute;e dans le contexte, ne constitue aucune nouveaut&eacute; dans la Bible. Entre autres, d&eacute;j&agrave; le Psalmiste, exaltant l'homme comme oeuvre du Cr&eacute;ateur, dit: &quot;Et cependant tu l'as fait de peu inf&eacute;rieur aux anges&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtw.htm#hn">Ps 8,6</a></i>. Il faut supposer que dans la r&eacute;surrection cette ressemblance se fera plus grande: non pas par une d&eacute;sincarnation de l'homme, mais par un autre genre (on pourrait dire: un autre degr&eacute;) de spiritualisation de sa nature somatique - c'est-&agrave;-dire par un syst&egrave;me de forces &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme. La r&eacute;surrection signifie une nouvelle soumission du corps &agrave; l'esprit.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Avant de passer au d&eacute;veloppement de ce sujet, il convient de se rappeler que la v&eacute;rit&eacute; sur la r&eacute;surrection a eu une signification cl&eacute; pour la formation de toute l'anthropologie th&eacute;ologique, qui pourrait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e simplement comme anthropologie de la r&eacute;surrection. La r&eacute;flexion sur la r&eacute;surrection a amen&eacute; saint Thomas d'Aquin &agrave; abandonner dans son anthropologie m&eacute;taphysique (et en m&ecirc;me temps th&eacute;ologique) la conception philosophique de Platon sur la relation entre l'&acirc;me et le corps et &agrave; se rapprocher de la conception d'Aristote (1). La r&eacute;surrection atteste, en effet, au moins indirectement, que le corps, dans l'ensemble du compos&eacute; humain, n'est pas seulement temporairement li&eacute; &agrave; l'&acirc;me (sa &quot;prison&quot; terrestre, comme l'estimait Platon) (2) mais qu'avec l'&acirc;me il constitue l'unit&eacute; et la totalit&eacute; de l'&ecirc;tre humain. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ce que, contrairement &agrave; Platon, Aristote enseignait (3). Si dans son anthropologie saint Thomas a accept&eacute; la conception d'Aristote, il l'a fait en consid&eacute;rant la v&eacute;rit&eacute; sur la r&eacute;surrection. La v&eacute;rit&eacute; sur la r&eacute;surrection affirme en effet clairement que la perfection eschatologique et la f&eacute;licit&eacute; de l'homme ne sauraient &ecirc;tre comprises comme &eacute;tat de l'&acirc;me seule, s&eacute;par&eacute;e (suivant Platon lib&eacute;r&eacute;e) du corps, mais qu'il faut l'entendre comme &eacute;tat de l'homme d&eacute;finitivement et parfaitement &quot;int&eacute;gr&eacute;&quot; par une union de l'&acirc;me avec le corps si &eacute;troite qu'elle qualifie et assure d&eacute;finitivement une parfaite int&eacute;grit&eacute;.</p> <p> Note - (1) <i>Cf. par ex.: &quot;Habet autem anima alium modum essendi cum unitur corpori, et cum fuerit a corpore separata, manente tamen eadem animae natura; non ita quod uniri corpori sit ei accidentale, sed per rationem suae naturae corpori unitur... &quot;<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fma.htm#vg">I 89,1</a></i>.</i> -- &quot;Si autem hoc non est ex natura animae, sed per accidens hoc convenit ei ex eo quod corpori alligatur, sicut Platonici posuerunt ... remoto impedimento corporis, rediret anima ad suam naturam ... Sed, secundum hoc, non esset anima corpori unita propter melius animae ...; sed hoc esset solum propter melius corporis: quod est irrationabile, cum materia sit propter formam, et non e converso... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fma.htm#vg">I 89,1</a></i>. -- &quot;Secundum se convenit animae corpori uniri ... Anima humana manet in suo esse cum fuerit a corpore separata, habent aptitudinem et inclinationem naturalem ad corporis unionem&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gkv.htm#bi0">I 76,1</a></i> ad 6.<br /> (2) <i>To m&egrave;n s&ocirc;m&agrave; estin hem&icirc;n sema. (Platon, Gorgias 493A; cf. &eacute;galement Ph&eacute;don 66B, Cratilo 400C).</i><br /> (3) <i>A. De Anima, II, 412a, 19-22; cf. &eacute;galement M&eacute;taph. 1029b 11 - 1030b 14</i>.</p> <p>- 2 d&eacute;cembre 1981</p> Sun, 06 Sep 2009 20:43:31 +0000 Incarnare 111 at http://www.theologieducorps.fr TDC 067 - La Résurrection réalisera parfaitment la personne http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-067-la-resurrection-realisera-parfaitment-la-personne <p> <a name="1"></a>1. &quot;A la r&eacute;surrection ... on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i> &quot; ... ils sont pareils &agrave; des anges, et ils sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i>.<br /> Essayons de comprendre ces paroles du Christ concernant la future r&eacute;surrection, pour en tirer une conclusion sur la spiritualisation de l'homme, diff&eacute;rente de celle de la vie terrestre. Ici, on pourrait &eacute;galement parler d'un parfait syst&egrave;me de forces dans les rapports mutuels entre ce qui, dans l'homme, est spirituel et ce qui est corporel. Par suite du p&eacute;ch&eacute; originel, l'homme historique fait l'exp&eacute;rience d'une multiple imperfection de ce syst&egrave;me de forces, et, cela, saint Paul le met en &eacute;vidence dans sa remarque bien connue: &quot;J'aper&ccedil;ois une autre loi dans mon corps qui lutte contre la loi de ma raison&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hb">Rm 7,23</a></i>. L'homme eschatologique sera lib&eacute;r&eacute; de cette opposition.<br /> Par la r&eacute;surrection, le corps retrouvera l'unit&eacute; et l'harmonie parfaites avec l'esprit; l'homme n'&eacute;prouvera plus l'opposition entre ce qui, en lui, est spirituel et ce qui est corporel. La spiritualisation ne signifie pas seulement que l'esprit dominera le corps, mais que l'esprit impr&eacute;gnera compl&egrave;tement le corps et que les forces de l'esprit impr&eacute;gneront les &eacute;nergies du corps.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Dans la vie terrestre, la domination de l'esprit sur le corps - et la subordination simultan&eacute;e du corps &agrave; l'esprit - peut, comme r&eacute;sultat d'un incessant effort sur soi-m&ecirc;me, exprimer une personnalit&eacute; spirituellement m&ucirc;re; toutefois, le fait que les &eacute;nergies de l'esprit parviennent &agrave; dominer les forces du corps ne supprime pas la possibilit&eacute; m&ecirc;me de leur opposition r&eacute;ciproque. La spiritualisation &agrave; laquelle font allusion les Evangiles synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-35</a></i> dans les textes que nous avons analys&eacute;s ici, &eacute;carte d&eacute;j&agrave; cette possibilit&eacute;. C'est donc une spiritualisation parfaite qui &eacute;limine compl&egrave;tement la possibilit&eacute; qu'&quot;une autre loi ... lutte contre la loi de la raison&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hb">Rm 7,23</a></i>. Cet &eacute;tat qui, &eacute;videmment, est diff&eacute;rent dans son essence m&ecirc;me (et non seulement dans son degr&eacute;) de ce que nous exp&eacute;rimentons dans la vie terrestre ne signifie pas, toutefois, quelque d&eacute;sincarnation du corps ni, par cons&eacute;quent, une d&eacute;shumanisation de l'homme. Au contraire, elle signifie m&ecirc;me sa parfaite r&eacute;alisation. En effet, dans l'&ecirc;tre compos&eacute; psychosomatique qu'est l'homme, la perfection ne peut consister qu'en une parfaite harmonie entre l'esprit et le corps, en la sauvegarde de la primaut&eacute; de l'esprit, et non pas en une opposition de l'un &agrave; l'autre. Dans l'autre monde cette primaut&eacute; sera r&eacute;alis&eacute;e et elle se manifestera dans une parfaite spontan&eacute;it&eacute;, d&eacute;pourvue de toute opposition de la part du corps. Il ne faut toutefois pas comprendre cela comme victoire d&eacute;finitive de l'esprit sur le corps. La r&eacute;surrection consistera en la parfaite participation de tout ce qui en l'homme est corporel &agrave; tout ce qui est spirituel en lui. Elle consistera en m&ecirc;me temps en une parfaite r&eacute;alisation de ce que l'homme a de personnel en soi.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Les paroles des Synoptiques indiquent que dans l'autre monde, l'&eacute;tat de l'homme ne sera pas seulement un &eacute;tat de parfaite spiritualisation, mais aussi de divinisation fondamentale de son humanit&eacute;. Les &quot;fils de la r&eacute;surrection&quot; - comme nous le lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i> - ne sont pas seulement &quot;&eacute;gaux aux anges&quot; mais ils sont &eacute;galement &quot;fils de Dieu&quot;. On peut en conclure que le degr&eacute; de spiritualisation propre &agrave; l'homme eschatologique aura sa source dans le degr&eacute; de sa divinisation, infiniment sup&eacute;rieur &agrave; celui qu'il est possible d'atteindre dans la vie terrestre. Il faut ajouter qu'il s'agit ici non seulement d'un degr&eacute; diff&eacute;rent mais en un certain sens d'un autre genre de divinisation. La participation &agrave; la vie int&eacute;rieure de Dieu m&ecirc;me, p&eacute;n&eacute;tration et impr&eacute;gnation de ce qui est essentiellement humain par ce qui est essentiellement divin, atteindra alors son sommet; aussi la vie de l'esprit humain parviendra-t-elle &agrave; une altitude qui aurait &eacute;t&eacute; absolument inaccessible auparavant. Cette nouvelle spiritualisation sera donc fruit de la gr&acirc;ce, c'est-&agrave;-dire du fait que Dieu se communique dans sa divinit&eacute; m&ecirc;me, non seulement &agrave; l'&acirc;me mais aussi &agrave; toute la subjectivit&eacute; psychosomatique de l'homme. Nous parlons ici de la subjectivit&eacute; (et non de la nature) parce que cette divinisation doit &ecirc;tre entendue non seulement comme un &eacute;tat int&eacute;rieur de l'homme (c'est-&agrave;-dire: du sujet), capable de voir Dieu face &agrave; face, mais aussi comme une nouvelle formation de toute la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme au fur et &agrave; mesure de l'union avec Dieu dans son myst&egrave;re trinitaire, et de l'intimit&eacute; avec Lui dans la parfaite communion des personnes. Cette intimit&eacute; - avec toute son intensit&eacute; subjective - n'absorbera pas la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme; au contraire, elle la fera ressortir de mani&egrave;re incomparablement plus nette et plus pleine.</p> <p> <a name="4"></a> 4. La divinisation dans l'autre monde qu'indiquent les paroles de J&eacute;sus apportera &agrave; l'exp&eacute;rience humaine une gamme d'exp&eacute;riences de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour d&eacute;passant tout ce que l'homme aurait pu atteindre durant sa vie terrestre. Quand le Christ parle de la r&eacute;surrection, il d&eacute;montre &eacute;galement que le corps humain participera aussi, &agrave; sa mani&egrave;re, &agrave; cette exp&eacute;rience eschatologique de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour, unie &agrave; la vision de Dieu face &agrave; face. Quand le Christ dit que ceux qui participeront &agrave; la future r&eacute;surrection &quot;ne prendront ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>, il n'affirme pas seulement - comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; observ&eacute; - la fin de l'histoire humaine li&eacute;e au mariage et &agrave; la procr&eacute;ation, mais ses paroles semblent &eacute;galement d&eacute;voiler la nouvelle signification du corps. Pourrait-on dans ce cas penser - &agrave; un niveau d'eschatologie biblique - &agrave; la d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps, surtout comme signification virginale du fait d'&ecirc;tre, quant au corps, homme et femme? Pour r&eacute;pondre &agrave; cette question, qui ressort des paroles rapport&eacute;es par les Synoptiques, il convient de p&eacute;n&eacute;trer plus profond&eacute;ment dans l'essence m&ecirc;me de ce que sera la vision b&eacute;atifique de l'Etre divin, vision de Dieu face &agrave; face dans la vie future. Il faut aussi se laisser guider par cette gamme d'exp&eacute;riences de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour qui d&eacute;passe les limites des facult&eacute;s cognitives et spirituelles dans la temporalit&eacute;, et &agrave; laquelle l'homme aura part dans l'autre monde.</p> <p><a name="5"></a> 5. Cette exp&eacute;rience eschatologique du Dieu vivant concentrera en soi non seulement toutes les &eacute;nergies spirituelles de l'homme mais en m&ecirc;me temps lui d&eacute;voilera, de mani&egrave;re vivante et exp&eacute;rimentale, le 'se communiquer' de Dieu &agrave; toute la cr&eacute;ation et, en particulier, &agrave; l'homme: ce qui est le &quot;se donner&quot; le plus personnel de Dieu qui se donne dans sa divinit&eacute; m&ecirc;me &agrave; l'homme, &agrave; cet &ecirc;tre qui depuis l'origine porte en soi son image et sa ressemblance. Ainsi donc, dans l'autre monde, l'objet de la vision sera ce myst&egrave;re cach&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute; dans le P&egrave;re, myst&egrave;re qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans le temps par le Christ pour s'accomplir incessamment par l'op&eacute;ration du Saint-Esprit; ce myst&egrave;re deviendra, si on peut s'exprimer ainsi, le contenu de l'exp&eacute;rience eschatologique et la forme de toute l'existence humaine, &agrave; la dimension de l'autre monde. La vie &eacute;ternelle doit s'entendre en un sens eschatologique, c'est-&agrave;-dire comme pleine et parfaite exp&eacute;rience de cette gr&acirc;ce (= charis) de Dieu &agrave; laquelle l'homme prendra part moyennant sa foi durant la vie terrestre et qui, en revanche, devra non seulement se r&eacute;v&eacute;ler dans toute sa p&eacute;n&eacute;trante profondeur &agrave; ceux qui participeront &agrave; l'autre monde, mais devra aussi &ecirc;tre exp&eacute;riment&eacute;e dans sa r&eacute;alit&eacute; b&eacute;atifique.<br /> Nous suspendons ici notre r&eacute;flexion centr&eacute;e sur les paroles du Christ relatives &agrave; la future r&eacute;surrection des corps. Dans cette spiritualisation et cette divinisation auxquelles la r&eacute;surrection le fera participer, nous d&eacute;couvrons - dans une dimension eschatologique - les m&ecirc;mes caract&eacute;ristiques qui qualifiaient la signification conjugale du corps; nous les d&eacute;couvrons dans la rencontre avec le myst&egrave;re du Dieu vivant que d&eacute;voile la vision face &agrave; face avec Lui.</p> <p>- 9&nbsp;d&eacute;cembre 1981</p> Sun, 06 Sep 2009 20:46:20 +0000 Incarnare 112 at http://www.theologieducorps.fr TDC 068 - Le don de soi à Dieu est la réponse au don de Dieu à l'homme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-068-don-de-soi-dieu-est-la-reponse-au-don-de-dieu-lhomme <p> 1. &quot;A la r&eacute;surrection... on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i> &quot;... Ils sont pareils &agrave; des anges, et ils sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i>. La communion eschatologique de l'homme avec Dieu, constitu&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l'amour d'une parfaite union, sera aliment&eacute;e par la vision face &agrave; face, par la contemplation de cette communion plus parfaite, parce que purement divine, qu'est la communion trinitaire des Personnes divines dans l'unit&eacute; de la divinit&eacute;.</p> <p> 2. Des paroles du Christ rapport&eacute;es par les Evangiles synoptiques nous pouvons d&eacute;duire que ceux qui participeront &agrave; ce monde conserveront - dans cette union avec le Dieu qui jaillit de la vision b&eacute;atifique, de son unit&eacute; et de sa communion trinitaires - non seulement leur subjectivit&eacute; authentique mais qu'ils la vivront dans une mesure bien plus parfaite que dans la vie terrestre. En cela se trouvera, en outre, confirm&eacute;e la loi de l'ordre int&eacute;gral de la personne, selon laquelle la perfection de la communion non seulement est conditionn&eacute;e par la perfection ou maturit&eacute; spirituelle du sujet, mais &eacute;galement la d&eacute;termine &agrave; son tour. Ceux qui participeront au monde nouveau, c'est-&agrave;-dire &agrave; la parfaite communion avec le Dieu vivant, jouiront d'une subjectivit&eacute; parfaitement m&ucirc;re. Si, dans cette parfaite subjectivit&eacute;, ils ne prendront ni femme ni mari tout en conservant dans leur corps ressuscit&eacute;, c'est-&agrave;-dire glorieux, la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute;, cela s'explique par la fin de l'histoire, mais aussi et surtout par l'authenticit&eacute; eschatologique de la r&eacute;ponse au 'se communiquer' du sujet divin qui constituera l'exp&eacute;rience b&eacute;atifique du don de soi de la part de Dieu, absolument sup&eacute;rieure &agrave; toute exp&eacute;rience propre &agrave; la vie terrestre.</p> <p> 3. Le don r&eacute;ciproque de soi-m&ecirc;me &agrave; Dieu - un don dans lequel l'homme concentrera et exprimera toutes les &eacute;nergies de sa propre subjectivit&eacute; personnelle et en m&ecirc;me temps psychosomatique - sera la r&eacute;ponse au don que Dieu a fait de lui-m&ecirc;me &agrave; l'homme (*). Dans ce don r&eacute;ciproque de soi fait par l'homme, don qui deviendra fondamentalement et d&eacute;finitivement b&eacute;atifique, comme digne r&eacute;ponse d'un sujet personnel au don de soi de la part de Dieu, la virginit&eacute; ou plut&ocirc;t l'&eacute;tat virginal du corps se manifestera pleinement comme compl&eacute;ment eschatologique de la signification conjugale du corps, comme signe sp&eacute;cifique et expression authentique de toute la subjectivit&eacute; personnelle. Ainsi donc, cette situation eschatologique dans laquelle ils ne prendront ni femme ni mari se fonde solidement sur l'&eacute;tat futur du sujet personnel quand, suite &agrave; la vision de Dieu face &agrave; face, na&icirc;tra en lui un amour d'une telle profondeur et d'une telle force de concentration sur Dieu lui-m&ecirc;me qu'il absorbera compl&egrave;tement toute sa subjectivit&eacute; psychosomatique.<br /> Note (*) - <i>&quot;Dans la conception biblique... il s'agit d'une immortalit&eacute; dialogique (ressuscitatio), c'est-&agrave;-dire que l'immortalit&eacute; ne d&eacute;coule pas simplement de l'&eacute;vidente v&eacute;rit&eacute; que l'indivisible ne peut mourir, mais de l'acte sauveur de Celui qui aime, qui a le pouvoir de le faire; aussi l'homme ne peut-il dispara&icirc;tre compl&egrave;tement, parce que Dieu le conna&icirc;t et l'aime. Si tout amour postule l'&eacute;ternit&eacute;, non seulement il la veut, mais la r&eacute;alise et l'est. ... Consid&eacute;rant que l'immortalit&eacute; pr&eacute;sent&eacute;e par la Bible ne provient pas de la propre force de ce qui de soi-m&ecirc;me est indestructible, mais de l'&ecirc;tre accueilli dans le dialogue avec le Cr&eacute;ateur, c'est pour ce fait qu'il doit &ecirc;tre appel&eacute; ressuscitatio... &quot; (J. RATZINOER, &quot; Risurrezione d&eacute;lla carne, in Sacramentum Mundi, Brescia, Morcelliana, 1977, p. 160- 161)</i>.</p> <p>4. Cette concentration de la connaissance (vision) et de l'amour en Dieu lui-m&ecirc;me - concentration qui ne saurait &ecirc;tre que pleine participation &agrave; la vie int&eacute;rieure de Dieu, c'est- &agrave;-dire &agrave; la r&eacute;alit&eacute; trinitaire m&ecirc;me - sera en m&ecirc;me temps la d&eacute;couverte en Dieu de tout le monde des relations constitutives de son ordre &eacute;ternel (cosmos). Cette concentration sera surtout la red&eacute;couverte de soi-m&ecirc;me par l'homme, non seulement dans la profondeur de sa personne, mais &eacute;galement dans cette union qui est le propre du monde des personnes dans leur constitution psychosomatique. Il s'agit l&agrave;, certainement, d'une union de communion. La concentration de la connaissance et de l'amour en Dieu lui- m&ecirc;me dans la communion trinitaire des Personnes peut trouver une r&eacute;ponse b&eacute;atifique en ceux qui prendront part &agrave; l'autre monde, uniquement par la r&eacute;alisation de la communion r&eacute;ciproque &agrave; la mesure des personnes cr&eacute;&eacute;es. C'est pour cela que nous professons la foi en la communion des saints (communio sanctorum) et que nous la professons en connexion organique avec la foi en la r&eacute;surrection des morts. Les paroles par lesquelles le Christ affirme que dans l'autre monde ... ils ne prendront ni femme ni mari se trouvent &agrave; la base de ces &eacute;l&eacute;ments de notre foi et, en m&ecirc;me temps, elles r&eacute;clament une ad&eacute;quate interpr&eacute;tation, pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; sa lumi&egrave;re. Nous devons penser &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde selon les cat&eacute;gories de la red&eacute;couverte d'une nouvelle et parfaite subjectivit&eacute; de l'homme et, en m&ecirc;me temps, de la red&eacute;couverte d'une nouvelle et parfaite intersubjectivit&eacute; de tous. Ainsi, cette r&eacute;alit&eacute; signifie le v&eacute;ritable et d&eacute;finitif accomplissement de la subjectivit&eacute; humaine et, sur cette base, l'accomplissement d&eacute;finitif de la signification conjugale du corps. La concentration totale de la subjectivit&eacute; cr&eacute;&eacute;e, rachet&eacute;e et glorifi&eacute;e en Dieu lui-m&ecirc;me ne d&eacute;tournera pas l'homme de cet accomplissement; au contraire elle nous la donnera, elle nous la consolidera. On peut dire, enfin, qu'ainsi la r&eacute;alit&eacute; eschatologique deviendra la source d'une parfaite r&eacute;alisation de l'ordre trinitaire dans le monde cr&eacute;&eacute; des personnes.</p> <p>5. Les paroles par lesquelles le Christ fait &eacute;tat de la future r&eacute;surrection - paroles confirm&eacute;es de mani&egrave;re &eacute;loquente par sa r&eacute;surrection - compl&egrave;tent ce que nous avons l'habitude, dans les pr&eacute;sentes r&eacute;flexions, d'appeler r&eacute;v&eacute;lation du corps. Cette r&eacute;v&eacute;lation p&eacute;n&egrave;tre en un certain sens au coeur m&ecirc;me de la r&eacute;alit&eacute; que nous exp&eacute;rimentons; et cette r&eacute;alit&eacute; est surtout l'homme, son corps, le corps de l'homme historique. En m&ecirc;me temps, cette r&eacute;v&eacute;lation nous permet de d&eacute;border selon deux directions le cadre de cette exp&eacute;rience. D'abord, en direction de cette origine &agrave; laquelle le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans son entretien avec les pharisiens au sujet de l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i>; en second lieu, en direction de l'autre monde, sur lequel le Ma&icirc;tre attire l'attention de ses auditeurs en pr&eacute;sence des sadduc&eacute;ens qui &quot;affirment qu'il n'y a pas de r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23</a></i>. Ces deux d&eacute;bordements du cadre de l'exp&eacute;rience des corps (si l'on peut ainsi dire) ne sont pas tout &agrave; fait hors de la port&eacute;e de notre compr&eacute;hension (th&eacute;ologique, &eacute;videmment) du corps. Ce qu'est le corps humain dans le domaine de l'exp&eacute;rience historique de l'homme, n'est pas totalement coup&eacute; de ces deux dimensions de son existence r&eacute;v&eacute;l&eacute;es par les paroles du Christ.</p> <p>6. Il est clair qu'il s'agit ici moins du corps abstrait que de l'homme qui est en m&ecirc;me temps spirituel et corporel. Poursuivant dans les deux directions indiqu&eacute;es par les paroles du Christ et se rattachant &agrave; l'exp&eacute;rience du corps dans la dimension de notre existence terrestre (donc dans la dimension historique) nous pouvons faire une certaine reconstruction th&eacute;ologique de ce qu'aurait pu &ecirc;tre l'exp&eacute;rience du corps, sur la base de l'origine r&eacute;v&eacute;l&eacute;e de l'homme et sur la base de ce qu'il sera dans la dimension de l'autre monde. La possibilit&eacute; de cette reconstruction qui amplifie notre exp&eacute;rience de l'homme-corps, indique, au moins indirectement, la coh&eacute;rence de l'image th&eacute;ologique de l'homme dans ces trois dimensions qui, ensemble, concourent &agrave; la constitution de la th&eacute;ologie du corps.</p> <p>- 16 d&eacute;cembre 1981</p> Sun, 06 Sep 2009 20:47:35 +0000 Incarnare 113 at http://www.theologieducorps.fr TDC 069 - Le monde futur est marqué par un seuil vraiment nouveau http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-069-monde-futur-est-marque-par-seuil-vraiment-nouveau <p><a name="1"></a>1 &quot;Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a></i>. &quot;... ils sont semblables aux anges, et ils sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i></p> <p>Les paroles du Christ qui ont trait &agrave; la future r&eacute;surrection - paroles confirm&eacute;es de mani&egrave;re extraordinaire par sa propre r&eacute;surrection - compl&egrave;tent ce que nous avons l'habitude d'appeler r&eacute;v&eacute;lation du corps, dans les pr&eacute;sentes r&eacute;flexions. Cette r&eacute;v&eacute;lation p&eacute;n&egrave;tre, pour ainsi dire, au coeur m&ecirc;me de la r&eacute;alit&eacute; que nous exp&eacute;rimentons; et cette r&eacute;alit&eacute; est surtout l'homme en son corps: le corps de l'homme historique. En m&ecirc;me temps cette r&eacute;v&eacute;lation nous permet de d&eacute;passer dans deux directions la sph&egrave;re de cette exp&eacute;rience. D'abord, en direction de cette origine &agrave; laquelle le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans son entretien avec les pharisiens au sujet de l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-8</a></i>; puis en direction du monde futur vers lequel le Ma&icirc;tre oriente l'&acirc;me de ses auditeurs en pr&eacute;sence des sadduc&eacute;ens, &quot;gens qui disent qu'il n'y a pas de r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23</a></i>.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Avec ses seules m&eacute;thodes empiriques et rationalistes l'homme ne saurait parvenir ni &agrave; la v&eacute;rit&eacute; sur cette origine dont parle le Christ, ni &agrave; la v&eacute;rit&eacute; eschatologique. Toutefois, ne peut-on affirmer qu'en un certain sens l'homme poss&egrave;de ces deux dimensions au fond de l'exp&eacute;rience de son propre &ecirc;tre ou, plut&ocirc;t que, de quelque mani&egrave;re, il s'achemine vers elles comme vers des dimensions qui justifient pleinement la signification m&ecirc;me de son corps, c'est-&agrave;-dire de son &ecirc;tre charnel? Puis, quant &agrave; la dimension eschatologique, n'est-il pas vrai que la mort m&ecirc;me et la destruction du corps peuvent conf&eacute;rer &agrave; l'homme une &eacute;loquente signification au sujet de l'exp&eacute;rience dans laquelle se r&eacute;alise le sens personnel de l'existence? Quand le Christ parle de la future r&eacute;surrection, ses paroles ne tombent pas dans le vide. L'exp&eacute;rience de l'humanit&eacute;, et sp&eacute;cialement l'exp&eacute;rience du corps, permettent &agrave; l'auditeur d'unir &agrave; ces paroles l'image de la nouvelle existence dans le monde futur auquel l'exp&eacute;rience terrestre offre le substrat et la base. Une reconstruction th&eacute;ologique correspondante est possible.</p> <p> <a name="3"></a> 3. A l'&eacute;laboration de cette image - qui correspond, quant &agrave; son contenu, &agrave; l'article de notre profession de foi: &quot;Je crois &agrave; la r&eacute;surrection des morts&quot; - concourt grandement la certitude qu'il existe un lien entre l'exp&eacute;rience terrestre et toute la dimension de l'origine biblique de l'homme dans le monde. Si, &agrave; l'origine Dieu &quot;les cr&eacute;a homme et femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i> s'il a &eacute;galement pr&eacute;vu dans cette dualit&eacute; relative au corps une unit&eacute; telle qu'ils seront une seule chair, s'il a li&eacute; cette unit&eacute; &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute;, c'est-&agrave;- dire de la procr&eacute;ation <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ep">Gn 1,29</a></i> et si maintenant, parlant devant les sadduc&eacute;ens de la future r&eacute;surrection, le Christ explique que dans l'autre monde ils ne prendront ni femme ni mari - alors il est clair qu'il s'agit ici d'un d&eacute;veloppement de la v&eacute;rit&eacute; sur l'homme lui-m&ecirc;me. Le Christ r&eacute;v&egrave;le l'identit&eacute; de l'homme, bien que cette identit&eacute; se r&eacute;alise dans l'exp&eacute;rience eschatologique de mani&egrave;re diff&eacute;rente de celle de l'origine m&ecirc;me et de toute l'histoire. Toutefois l'homme sera toujours le m&ecirc;me, tel qu'il est sorti des mains de son Cr&eacute;ateur et P&egrave;re. Le Christ dit: Ils ne prendront ni femme ni mari, mais il n'affirme pas que l'homme du monde futur ne sera plus masculin-f&eacute;minin comme il le fut depuis l'origine. Il est donc &eacute;vident que la signification d'&ecirc;tre du corps, homme ou femme, dans le monde futur, doit se chercher hors du mariage et de la procr&eacute;ation. Mais il n'y a aucune raison pour la chercher hors de ce qui (ind&eacute;pendamment de la b&eacute;n&eacute;diction de la procr&eacute;ation) d&eacute;coule du myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation et qui, par la suite, constitua la plus profonde structure de l'histoire de l'homme sur la terre, &eacute;tant donn&eacute; que cette histoire a &eacute;t&eacute; profond&eacute;ment p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e du myst&egrave;re de la R&eacute;demption.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Dans sa situation originelle, l'homme est donc seul et en m&ecirc;me temps il devient homme-femme: unit&eacute; des deux. Dans sa solitude, il se r&eacute;v&egrave;le &agrave; lui-m&ecirc;me comme personne, pour r&eacute;v&eacute;ler en m&ecirc;me temps la communion des personnes dans l'unit&eacute; des deux. Dans l'un ou l'autre &eacute;tat, l'&ecirc;tre humain se constitue comme image et ressemblance de Dieu. Depuis l'origine, l'homme est &eacute;galement un corps parmi les corps, et dans l'unit&eacute; des deux il devient homme et femme, d&eacute;couvrant le caract&egrave;re conjugal de son corps comme mesure du sujet personnel. Par la suite, le sens d'&ecirc;tre corps, et en particulier, d'&ecirc;tre par le corps homme et femme est li&eacute; au mariage et &agrave; la procr&eacute;ation (c'est-&agrave;-dire &agrave; la paternit&eacute; et &agrave; la maternit&eacute;). Toutefois, la signification originaire, fondamentale du fait d'&ecirc;tre corps et, de m&ecirc;me, du fait d'&ecirc;tre, quant au corps, homme et femme - c'est-&agrave;-dire pr&eacute;cis&eacute;ment cette signification conjugale - est unie au fait que l'homme se trouve cr&eacute;&eacute; comme personne et appel&eacute; &agrave; la vie &quot;in communione personarum&quot;. Le mariage et la procr&eacute;ation ne d&eacute;terminent pas d&eacute;finitivement d'eux-m&ecirc;mes la signification originaire, fondamentale de ce &ecirc;tre corps ni du fait d'&ecirc;tre, quant au corps, homme et femme. Le mariage et la procr&eacute;ation donnent seulement une r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te &agrave; cette signification dans les dimensions de l'histoire. La r&eacute;surrection indique la cl&ocirc;ture de la dimension historique. Et voil&agrave; que les paroles&quot; Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts ... on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#rz">Mt 12,25</a></i> expriment clairement non seulement quelle signification le corps humain n'aura pas dans le monde futur; mais elles permettent aussi de d&eacute;duire que cette signification conjugale du corps dans la r&eacute;surrection &agrave; la vie future correspondra de mani&egrave;re parfaite soit au fait que l'&ecirc;tre humain est, comme homme-femme, une personne cr&eacute;&eacute;e &agrave; l'image et ressemblance de Dieu, soit au fait que cette image se r&eacute;alise dans la communion des personnes. Cette signification conjugale de l'&ecirc;tre corps se r&eacute;alise comme signification parfaitement personnelle et communautaire en m&ecirc;me temps.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Parlant du corps glorifi&eacute; par la r&eacute;surrection &agrave; la vie future, nous pensons &agrave; l'homme masculin-f&eacute;minin dans toute la v&eacute;rit&eacute; de son humanit&eacute;: l'homme qui, en m&ecirc;me temps que l'exp&eacute;rience eschatologique du Dieu vivant (la vision face &agrave; face), exp&eacute;rimentera pr&eacute;cis&eacute;ment cette signification de son propre corps. Ce sera une exp&eacute;rience toute nouvelle et, en m&ecirc;me temps, elle ne sera d'aucune mani&egrave;re s&eacute;par&eacute;e de ce que l'homme a eu en partage d&egrave;s l'origine, ni de ce qui constitue en lui, dans la dimension historique de son existence, la source de la tension entre l'esprit et le corps, concernant en g&eacute;n&eacute;ral la signification procr&eacute;atrice du corps et du sexe. L'homme du monde futur retrouvera dans cette nouvelle exp&eacute;rience de son propre corps l'accomplissement de ce qu'il portait en lui, &eacute;ternellement et historiquement, en un certain sens comme h&eacute;ritage et, encore plus, comme t&acirc;che et objectif, comme contenu de l'&eacute;thos.</p> <p><a name="6"></a> 6. La glorification du corps, comme fruit eschatologique de sa spiritualisation divinisante, r&eacute;v&eacute;lera la valeur d&eacute;finitive de ce qui devait, d&egrave;s l'origine, &ecirc;tre un signe distinctif de la personne cr&eacute;&eacute;e dans le monde visible, comme &eacute;galement moyen de se communiquer r&eacute;ciproquement entre personnes et comme une authentique expression de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour gr&acirc;ce auxquels se construit la communio personarum. Cette &eacute;ternelle signification du corps humain &agrave; laquelle l'existence de tout homme, charg&eacute; de l'h&eacute;ritage de la concupiscence, a n&eacute;cessairement impos&eacute; une s&eacute;rie de limitations, se r&eacute;v&eacute;lera alors de nouveau, et, en m&ecirc;me temps, avec une telle simplicit&eacute; et splendeur que quiconque participera &agrave; l'autre monde retrouvera dans son propre corps glorifi&eacute; la source de la libert&eacute; du don. La parfaite &quot;libert&eacute; des fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hr">Rm 8,14</a></i> alimentera &eacute;galement de ce don chacune des communions qui constitueront la grande Communaut&eacute; de la communion des saints.</p> <p> <a name="7"></a> 7. Il n'est que trop &eacute;vident que - sur la base des exp&eacute;riences et connaissances de l'homme dans le temporel - c'est-&agrave;-dire en ce monde - il est difficile de construire une image pleinement ad&eacute;quate du monde futur. Toutefois il est aussi incontestable qu'&agrave; l'aide de la Parole de Dieu il est possible de concevoir cette image de mani&egrave;re plus ou moins approximative. Nous nous servons de cette approximation th&eacute;ologique en professant notre foi en la r&eacute;surrection des morts et en la vie &eacute;ternelle comme, &eacute;galement la foi en la communion des saints qui appartiennent &agrave; la r&eacute;alit&eacute; du monde futur.</p> <p><a name="8"></a> 8. Concluant cette partie de nos r&eacute;flexions, il convient de constater encore une fois que les paroles du Christ que rapportent les Evangiles synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-35</a></i> ont une signification d&eacute;terminante non seulement en ce qui concerne les paroles du livre de la Gen&egrave;se (auxquelles le Christ se r&eacute;f&egrave;re en une autre circonstance), mais &eacute;galement en ce qui concerne toute la Bible. Ces paroles nous permettent en un certain sens de m&eacute;diter &agrave; nouveau - c'est-&agrave;-dire &agrave; fond - toute la signification r&eacute;v&eacute;l&eacute;e du corps, la signification du &ecirc;tre-homme, c'est-&agrave;-dire personne incarn&eacute;e, en tant que corps, Homme-femme. Ces paroles nous permettent de comprendre ce que signifie, dans la dimension eschatologique de l'autre monde, cette unit&eacute; en humanit&eacute; qui a &eacute;t&eacute; constitu&eacute;e &agrave; l'origine et que les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> (&quot;l'homme ... s'unira &agrave; sa femme et les deux seront une seule chair &quot;) prononc&eacute;es lors de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme, semblaient orienter surtout, sinon compl&egrave;tement, au moins en certains cas, vers ce monde-l&agrave;. Etant donn&eacute; que les paroles du livre de la Gen&egrave;se &eacute;taient comme le seuil de toute la th&eacute;ologie du corps - seuil sur lequel le Christ s'est bas&eacute; dans son enseignement sur le mariage et sur son indissolubilit&eacute; -, alors il faut admettre que les paroles que rapportent les Synoptiques sont comme un nouveau seuil de cette v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale sur l'homme, que nous retrouvons dans la Parole r&eacute;v&eacute;l&eacute;e de Dieu. Il est indispensable que nous nous arr&ecirc;tions sur ce seuil si nous voulons que notre th&eacute;ologie du corps - et &eacute;galement notre spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne du corps - puissent s'en servir comme d'une image compl&egrave;te.</p> <p>-&nbsp;13&nbsp;janvier 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 20:49:26 +0000 Incarnare 114 at http://www.theologieducorps.fr TDC 070 - L'interprétation paulinienne de la doctrine de Résurrection http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-070-linterpretation-paulinienne-de-la-doctrine-de-resurrection <p> 1. Au cours des audiences pr&eacute;c&eacute;dentes nous avons m&eacute;dit&eacute; les paroles du Christ concernant l'autre monde qui appara&icirc;tra en m&ecirc;me temps que la r&eacute;surrection des corps.<br /> Ces paroles ont trouv&eacute; un &eacute;cho particuli&egrave;rement intense dans l'enseignement de saint Paul. Entre la r&eacute;ponse donn&eacute;e aux sadduc&eacute;ens, transmise par les Evangiles synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35-36</a></i> et l'apostolat de Paul se trouve en tout premier lieu le fait m&ecirc;me de la r&eacute;surrection du Christ et toute une s&eacute;rie de rencontres auxquelles il faut rattacher, comme dernier maillon de la cha&icirc;ne, l'&eacute;v&eacute;nement qui eut lieu sur le chemin de Damas. Saul ou Paul de Tarse qui, converti, devint l'&quot;Ap&ocirc;tre des Gentils&quot;, eut lui aussi sa propre exp&eacute;rience post-pascale, analogue &agrave; celle des autres ap&ocirc;tres. Sa foi en la r&eacute;surrection, qu'il exprime surtout dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i>, est certainement bas&eacute;e sur cette rencontre qu'il eut avec le Christ ressuscit&eacute;, rencontre qui devint le d&eacute;but et le fondement de son apostolat.</p> <p>2. Il serait difficile de r&eacute;sumer ici et de commenter de mani&egrave;re ad&eacute;quate, dans tous ses d&eacute;tails, l'&eacute;tonnante et vaste argumentation de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i>. Il est significatif, alors que J&eacute;sus r&eacute;pondait aux sadduc&eacute;ens &quot;qui niaient la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27</a></i>; par les expressions rapport&eacute;es dans les Synoptiques, Paul, de son c&ocirc;t&eacute; r&eacute;pond ou plut&ocirc;t - conform&eacute;ment &agrave; son temp&eacute;rament - entre en pol&eacute;mique avec ceux qui la contestent (*). Dans sa r&eacute;ponse (pr&eacute;-pascale), le Christ ne se r&eacute;f&eacute;rait pas &agrave; sa propre r&eacute;surrection, mais plut&ocirc;t &agrave; la r&eacute;alit&eacute; fondamentale de l'Alliance v&eacute;t&eacute;ro- testamentaire, &agrave; la r&eacute;alit&eacute; du Dieu vivant, sur laquelle se fonde la conviction que la r&eacute;surrection est possible: le Dieu vivant &quot;n'est pas un Dieu des morts, mais des vivants&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#te">Mc 12,27</a></i>. Dans son argumentation post-pascale sur la future r&eacute;surrection, saint Paul se r&eacute;f&egrave;re surtout &agrave; la r&eacute;alit&eacute; et &agrave; la v&eacute;rit&eacute; de la r&eacute;surrection du Christ. Bien plus, cette v&eacute;rit&eacute; il la d&eacute;fend comme fondement de la foi dans toute son int&eacute;grit&eacute;: &quot;... si le Christ n'est pas ressuscit&eacute;, alors notre pr&eacute;dication est vaine, vaine est aussi notre foi... Mais non! le Christ est ressuscit&eacute; des morts&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#m4">1Co 15,14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ne">1Co 15,20</a></i></p> <p>Note (*) <i>Les Corinthiens &eacute;taient probablement aux prises avec des courants de pens&eacute;e influenc&eacute;s par le dualisme platonicien et par le n&eacute;o-pythagorisme de nuance religieuse, par le sto&iuml;cisme et par l'&eacute;picurisme; du reste, toutes les philosophies grecques niaient la r&eacute;surrection des corps. Paul s'en &eacute;tait d&eacute;j&agrave; rendu compte &agrave; Ath&egrave;nes, durant son discours &agrave; l'Ar&eacute;opage, devant la r&eacute;action des Grecs contre la doctrine de la r&eacute;surrection.</i></p> <p>3. Ici, nous nous trouvons dans la ligne m&ecirc;me de la r&eacute;v&eacute;lation: la r&eacute;surrection du Christ est l'ultime et la plus pleine parole de l'auto-r&eacute;v&eacute;lation du Dieu vivant comme &quot;Dieu non pas des morts mais des vivants&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#te">Mc 12,27</a></i>. Elle est l'ultime et la plus pleine confirmation de la v&eacute;rit&eacute; sur Dieu qui d&egrave;s le d&eacute;but s'exprime &agrave; travers cette r&eacute;v&eacute;lation. De plus, la r&eacute;surrection est la r&eacute;ponse du Dieu de la vie &agrave; l'in&eacute;luctable r&eacute;alit&eacute; historique de la mort &agrave; laquelle l'homme a &eacute;t&eacute; soumis d&egrave;s le moment o&ugrave; fut rompue la premi&egrave;re Alliance; la mort est entr&eacute;e dans son histoire en m&ecirc;me temps que le p&eacute;ch&eacute;. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i>, Paul commente avec une rare perspicacit&eacute; cette r&eacute;ponse au sujet de la victoire sur la mort, pr&eacute;sentant la r&eacute;surrection du Christ comme le d&eacute;but de l'accomplissement eschatologique o&ugrave;, par Lui et en Lui, tout retournera au P&egrave;re, tout sera soumis au P&egrave;re, c'est-&agrave;-dire remis d&eacute;finitivement &quot;afin que Dieu soit tout en tous&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#nm">1Co 15,28</a></i> Et alors, dans cette d&eacute;finitive victoire sur le p&eacute;ch&eacute; - sur ce qui opposait la cr&eacute;ature au Cr&eacute;ateur -, la mort elle-m&ecirc;me sera vaincue: &quot;Le dernier ennemi &agrave; d&eacute;truire, c'est la mort&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#nk">1Co 15,26</a></i>.</p> <p> 4. C'est dans ce contexte que s'ins&egrave;rent les paroles que l'on peut consid&eacute;rer comme une synth&egrave;se de l'anthropologie paulinienne concernant la r&eacute;surrection. Et c'est sur ces paroles qu'il sera convenable de nous arr&ecirc;ter plus longuement. En effet, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n0">1Co 15,42-46</a></i>, nous lisons &agrave; propos de la r&eacute;surrection des morts: &quot;On s&egrave;me de la corruption, il ressuscite de l'incorruptibilit&eacute;; on s&egrave;me de l'ignominie, il ressuscite de la gloire; on s&egrave;me de la faiblesse, il ressuscite de la force; on s&egrave;me un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. C'est ainsi qu'il a &eacute;t&eacute; &eacute;crit: &quot; Le premier homme, Adam, est devenu un &ecirc;tre vivant; le dernier Adam est devenu un esprit qui donne la vie. Mais ce n'est pas le corps spirituel qui parut d'abord, c'est le corps psychique; puis vint le spirituel&quot;.</p> <p>5. Entre cette anthropologie paulinienne de la r&eacute;surrection et celle qui ressort du texte des Evangiles synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35-36</a></i>, il existe une coh&eacute;rence essentielle, &agrave; ceci pr&egrave;s que le texte de la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens a un plus ample d&eacute;veloppement. Paul approfondit ce que le Christ avait annonc&eacute;, p&eacute;n&eacute;trant en m&ecirc;me temps dans les diff&eacute;rents aspects que les Synoptiques expriment en paroles concises et substantielles. Ce qui, en outre, est significatif dans le texte paulinien, c'est que la perspective eschatologique de l'homme, fond&eacute;e sur la foi en la r&eacute;surrection des morts, est unie &agrave; la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; &quot;l'origine&quot; et &eacute;galement &agrave; la profonde conscience de la situation &quot;historique&quot; de l'homme. L'homme auquel Paul s'adresse dans sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens poss&egrave;de &eacute;galement une exp&eacute;rience (historique) du corps et cette exp&eacute;rience fait ressortir de mani&egrave;re tr&egrave;s claire que le corps est corruptible, faible, psychique.</p> <p>6. Cet homme, destinataire de son message - que ce soit celui de la communaut&eacute; de Corinthe ou, dirais-je, l'homme de tous les temps - Paul le confronte avec le Christ ressuscit&eacute;, le dernier Adam. En faisant cela, il l'invite, en un certain sens, &agrave; suivre les traces de sa propre exp&eacute;rience post- pascale. En m&ecirc;me temps il lui rappelle le premier Adam, c'est-&agrave;-dire qu'il lui sugg&egrave;re de remonter &agrave; l'origine, &agrave; cette premi&egrave;re v&eacute;rit&eacute; concernant l'homme et le monde, base de la r&eacute;v&eacute;lation du myst&egrave;re du Dieu vivant. Ainsi donc, Paul reproduit dans sa synth&egrave;se tout ce que le Christ avait annonc&eacute; quand il a fait appel &agrave; trois moments diff&eacute;rents &agrave; l'origine, dans son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-9</a></i>; au coeur humain comme si&egrave;ge, &agrave; l'int&eacute;rieur de l'homme de la lutte contre le p&eacute;ch&eacute;, dans le Sermon sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27</a></i>; et &agrave; la r&eacute;surrection comme r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde, dans son entretien avec les sadduc&eacute;ens</p> <p> 7. Appartient donc au style de la synth&egrave;se paulinienne le .fait que celle-l&agrave; s'enracine dans l'ensemble du myst&egrave;re r&eacute;v&eacute;l&eacute; de la cr&eacute;ation et de la r&eacute;surrection &agrave; partir duquel elle se d&eacute;veloppe; ce n'est d'ailleurs qu'&agrave; sa lumi&egrave;re qu'elle s'explique. D'apr&egrave;s le r&eacute;cit biblique, la cr&eacute;ation de l'homme est une vivification de la mati&egrave;re par l'esprit; et gr&acirc;ce &agrave; cela &quot;le premier homme Adam ... devint un &ecirc;tre vivant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n3">1Co 15,45</a></i>. Le texte paulinien r&eacute;p&egrave;te ici les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i>, c'est-&agrave;-dire du second r&eacute;cit de la cr&eacute;ation de l'homme (dit yahviste). La m&ecirc;me source nous apprend que cette animation originelle du corps a subi une corruption &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute;. M&ecirc;me si, &agrave; ce point de sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, l'auteur ne parle pas directement du p&eacute;ch&eacute; originel, la s&eacute;rie des qualificatifs qu'il attribue au corps de l'homme historique, &eacute;crivant qu'il est corruptible ... faible ... psychique ... abject, indique suffisamment, toutefois, ce qui est selon la r&eacute;v&eacute;lation une cons&eacute;quence du p&eacute;ch&eacute;, ce que Paul lui-m&ecirc;me appelle ailleurs &quot;esclavage de la corruption&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hy">Rm 8,21</a></i>. Toute la cr&eacute;ation est soumise indirectement &agrave; cet &quot;esclavage de la corruption&quot; &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute; de l'homme que le Cr&eacute;ateur avait plac&eacute; au centre du monde visible pour qu'il le domine <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>. Ainsi le p&eacute;ch&eacute; de l'homme a-t-il une dimension non seulement int&eacute;rieure, mais aussi cosmique. Et suivant cette dimension, le corps - qu'en raison de son exp&eacute;rience Paul qualifie de corruptible ... faible ... psychique ... abject ... - exprime en soi l'&eacute;tat de la cr&eacute;ation apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;. Cette cr&eacute;ation, en effet, &quot;jusqu'&agrave; ce jour g&eacute;mit en travail d'enfantement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hz">Rm 8,22</a></i>. Toutefois, comme les douleurs d'enfantement sont unies au d&eacute;sir de la naissance, &agrave; l'esp&eacute;rance d'un homme nouveau, de m&ecirc;me &quot;la cr&eacute;ation en attente aspire &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation des fils de Dieu ... et esp&egrave;re &ecirc;tre, elle aussi, lib&eacute;r&eacute;e de la servitude de la corruption pour entrer dans la libert&eacute; des fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19-21</a></i>.</p> <p> 8. A travers ce contexte cosmique de l'affirmation contenue dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains - en un certain sens, &agrave; travers le corps de toutes les cr&eacute;atures - nous essayons de comprendre &agrave; fond l'interpr&eacute;tation paulinienne de la r&eacute;surrection. Si cette image du corps de l'homme historique, si profond&eacute;ment r&eacute;aliste, et si bien adapt&eacute;e &agrave; l'exp&eacute;rience universelle des hommes, cache en soi selon Paul, non seulement la servitude de la corruption, mais aussi l'esp&eacute;rance, semblable &agrave; celle qui accompagne les douleurs de l'enfantement, cela est d&ucirc; au fait que dans cette image l'ap&ocirc;tre rel&egrave;ve &eacute;galement la pr&eacute;sence du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. La conscience de ce myst&egrave;re se lib&egrave;re pr&eacute;cis&eacute;ment de toutes les exp&eacute;riences de l'homme qui peuvent &ecirc;tre qualifi&eacute;es d'esclavage de la corruption; elle se lib&egrave;re parce que la R&eacute;demption op&egrave;re dans l'&acirc;me de l'homme par les dons de l'Esprit: &quot;... nous-m&ecirc;mes qui poss&eacute;dons les pr&eacute;mices de l'Esprit nous g&eacute;missons nous aussi int&eacute;rieurement dans l'attente de la R&eacute;demption de notre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. La R&eacute;demption est la voie de la r&eacute;surrection. La r&eacute;surrection constitue l'accomplissement de la R&eacute;demption du corps.<br /> Nous reprendrons dans nos prochaines r&eacute;flexions l'analyse du texte paulinien de la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens.</p> <p>- 27&nbsp;janvier 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 20:51:23 +0000 Incarnare 115 at http://www.theologieducorps.fr TDC 071 - L'homme est placé entre deux poles, premier et dernier Adam http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-071-lhomme-est-place-entre-deux-poles-premier-dernier-adam <p> 1. Des paroles du Christ sur la future r&eacute;surrection des morts que les Evangiles synoptiques rapportent tous les trois (Matthieu, Marc, Luc) nous sommes pass&eacute;s &agrave; l'anthropologie paulinienne de la r&eacute;surrection. Nous avons analys&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#m4">1Co 15,14-46</a></i></p> <p>Selon les paroles de l'Ap&ocirc;tre, le corps humain se r&eacute;v&egrave;le dans la r&eacute;surrection comme incorruptible, glorieux, plein de force, spirituel. La r&eacute;surrection n'est donc pas seulement une manifestation de la vie qui triomphe de la mort - une sorte de retour final &agrave; l'arbre de Vie dont l'homme a &eacute;t&eacute; &eacute;loign&eacute; &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute; originel -; elle est aussi une r&eacute;v&eacute;lation des ultimes destins de l'homme dans toute la pl&eacute;nitude de sa nature psychosomatique et de sa subjectivit&eacute; personnelle. A la suite des autres ap&ocirc;tres, Paul de Tarse a exp&eacute;riment&eacute; lui aussi, lorsqu'il a rencontr&eacute; le Christ ressuscit&eacute;, l'&eacute;tat de son corps glorifi&eacute;; se basant sur cette exp&eacute;rience, il annonce dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h5">Rm 8,28</a></i> la R&eacute;demption du corps et, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n0">1Co 15,42-49</a></i>, l'accomplissement de cette R&eacute;demption dans la r&eacute;surrection future.</p> <p> 2. La m&eacute;thode litt&eacute;raire que Paul applique ici correspond parfaitement &agrave; son style. Il se sert d'antith&egrave;ses qui rapprochent et en m&ecirc;me temps opposent; elles servent ainsi &agrave; nous faire comprendre la pens&eacute;e paulinienne au sujet de la r&eacute;surrection: soit dans sa dimension cosmique, soit en ce qui concerne la caract&eacute;ristique de la structure interne m&ecirc;me de l'homme terrestre et c&eacute;leste. En effet, en opposant Adam et le Christ (ressuscit&eacute;) - c'est-&agrave;-dire le premier Adam et le dernier Adam - l'Ap&ocirc;tre indique, en un certain sens, les deux p&ocirc;les entre lesquels, dans le myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption, l'homme a &eacute;t&eacute; plac&eacute; dans le cosmos; on pourrait m&ecirc;me dire que l'homme a &eacute;t&eacute; mis en tension entre ces deux p&ocirc;les dans la perspective des desseins &eacute;ternels concernant, des origines &agrave; la fin, sa m&ecirc;me nature humaine. Quand il &eacute;crit: &quot;Le premier homme, issu de la terre, est terrestre; le second homme, vient du ciel&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n5">1Co 15,47</a></i>, Paul a dans l'esprit aussi bien l'Adam-homme que le Christ lui- m&ecirc;me comme homme. Entre ces deux p&ocirc;les - entre le premier et le dernier Adam - se d&eacute;roule le processus qu'il exprime par ces mots: &quot;Et de m&ecirc;me que nous avons port&eacute; l'image de l'homme terrestre, ainsi nous serons rev&ecirc;tus de l'image du c&eacute;leste&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#ob">1Co 15,49</a></i>.</p> <p>3. Cet homme c&eacute;leste - l'homme de la r&eacute;surrection dont le Christ ressuscit&eacute; est le prototype - est moins antith&egrave;se et n&eacute;gation de l'homme de la terre (dont le premier Adam est le prototype), que plut&ocirc;t - et surtout - son accomplissement et sa confirmation. Il est l'accomplissement et la confirmation de ce qui correspond &agrave; la constitution psychosomatique de l'humanit&eacute; dans le cadre des desseins &eacute;ternels, c'est-&agrave;-dire dans la pens&eacute;e et dans le plan de Celui qui, &agrave; l'origine, cr&eacute;a l'homme &agrave; son image et ressemblance. L'humanit&eacute; du premier Adam, homme de la terre, porte en soi une particuli&egrave;re potentialit&eacute; (qui est capacit&eacute; et aptitude) &agrave; accueillir tout ce que devient le &quot;deuxi&egrave;me Adam&quot;, l'Homme c&eacute;leste, c'est-&agrave;-dire le Christ: ce qu'il devient dans sa r&eacute;surrection.<br /> Cette humanit&eacute; &agrave; laquelle ont part tous les hommes, fils du premier Adam, avec l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute; - &eacute;tant charnelle - est &agrave; la fois corruptible et porte en soi la potentialit&eacute; de l'incorruptibilit&eacute;.<br /> Cette humanit&eacute; qui, dans toute sa constitution psychosomatique se r&eacute;v&egrave;le corruptible, contient toutefois l'intime d&eacute;sir de la gloire, c'est-&agrave;-dire l'aptitude et la tendance &agrave; devenir glorieuse, &agrave; l'image du Christ ressuscit&eacute;. Enfin, cette humanit&eacute; dont l'Ap&ocirc;tre dit - conform&eacute;ment &agrave; l'exp&eacute;rience de tous les hommes - qu'elle est faible, qu'elle a un corps psychique, contient l'aspiration &agrave; devenir pleine de force et spirituelle.</p> <p> 4. Ici nous parlons de la nature humaine int&eacute;grale, c'est- &agrave;-dire dans sa constitution psychosomatique. Paul parle au contraire du corps. Nous pouvons toutefois admettre, sur la base du contexte imm&eacute;diat et du contexte lointain, que pour lui il ne s'agit pas seulement du corps, mais de l'homme tout entier, dans sa constitution corporelle, donc &eacute;galement dans sa complexit&eacute; ontologique. Il est en effet incontestable que, si pr&eacute;cis&eacute;ment dans tout le monde visible (cosmos), seul ce corps, qu'est le corps humain, contient en puissance la r&eacute;surrection, - c'est-&agrave;-dire le d&eacute;sir et la capacit&eacute; de devenir d&eacute;finitivement incorruptible, glorieux, plein de force, spirituel, - ceci advient parce que, persistant depuis l'origine dans l'unit&eacute; psychosomatique, il peut saisir et reproduire dans cette &quot;terrestre&quot; image et ressemblance de Dieu &eacute;galement l'image &quot;c&eacute;leste&quot; de l'ultime Adam, le Christ. L'anthropologie paulinienne de la r&eacute;surrection est &agrave; la fois cosmique et universelle: tout homme a en soi l'image d'Adam et chacun est &eacute;galement appel&eacute; &agrave; porter en soi l'image du Christ, l'image du Ressuscit&eacute;. Cette image est la r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde, la r&eacute;alit&eacute; eschatologique (saint Paul &eacute;crit: nous rev&ecirc;tirons); mais entre-temps, elle est d&eacute;j&agrave; d'une certaine mani&egrave;re une r&eacute;alit&eacute; de ce monde, &eacute;tant donn&eacute; qu'elle a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e en lui gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;surrection du Christ. C'est une r&eacute;alit&eacute; greff&eacute;e dans l'homme de ce monde, r&eacute;alit&eacute; qui m&ucirc;rit en lui en vue de l'accomplissement final.</p> <p> 5. Toutes les antith&egrave;ses qui se suivent dans le texte paulinien aident &agrave; tracer une esquisse valable de l'anthropologie de la r&eacute;surrection. Cette esquisse est en m&ecirc;me temps plus d&eacute;taill&eacute;e que celle qui ressort du texte des Evangiles synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-35</a></i>, mais par ailleurs elle est en un certain sens plus unilat&eacute;rale. Les paroles du Christ transmises par les Synoptiques nous ouvrent la perspective de la perfection eschatologique du corps, soumis pleinement &agrave; la profondeur divinisante de la vision face &agrave; face o&ugrave; trouveront leur source in&eacute;puisable tant la virginit&eacute; perp&eacute;tuelle (unie &agrave; la signification conjugale du corps) que la permanente intersubjectivit&eacute; de tous les &ecirc;tres humains qui prendront part (comme hommes et femmes) &agrave; la r&eacute;surrection. L'esquisse paulinienne de la perfection eschatologique du corps glorifi&eacute; semble se maintenir plut&ocirc;t dans le cadre de la structure int&eacute;rieure m&ecirc;me de l'homme-personne. Son interpr&eacute;tation de la r&eacute;surrection future semble se rattacher au dualisme corps- esprit qui constitue la source du syst&egrave;me de forces int&eacute;rieur de l'homme.</p> <p> 6. Ce syst&egrave;me de forces subira un changement radical dans la r&eacute;surrection. Les paroles de Paul qui le sugg&egrave;rent de mani&egrave;re explicite ne sauraient toutefois &ecirc;tre entendues et interpr&eacute;t&eacute;es selon l'esprit de l'anthropologie dualiste (*), comme nous chercherons &agrave; le d&eacute;montrer au cours de nos analyses suivantes. Il conviendra en effet que nous consacrions encore une r&eacute;flexion - &agrave; la lumi&egrave;re de la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens - &agrave; l'anthropologie de la r&eacute;surrection.<br /> Note (*) <i>&quot;Paul ne tient absolument pas compte de la dichotomie grecque &acirc;me et corps ... L'ap&ocirc;tre recourt &agrave; une sorte de trichotomie o&ugrave; la totalit&eacute; de l'homme est corps, &acirc;me et esprit ... Tous ces termes sont mouvants et la division elle-m&ecirc;me n'a pas de fronti&egrave;re fixe. Il y a insistance sur le fait que le corps et l'&acirc;me sont capables d'&ecirc;tre pneumatiques, spirituels&quot; (B. RIGAUX, Dieu l'a ressuscit&eacute;. Ex&eacute;g&egrave;se et th&eacute;ologie biblique, DUCULOT, Gembloux, 1973, p. 406-408)</i>.</p> <p>- 3&nbsp;f&eacute;vrier 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 20:52:47 +0000 Incarnare 116 at http://www.theologieducorps.fr TDC 072 - Spiritualisation du corps, source de son incorruptubilité http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-072-spiritualisation-du-corps-source-de-incorruptubilite <p> 1. Des paroles du Christ sur la future r&eacute;surrection des corps, rapport&eacute;es par les trois Evangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) nous avons port&eacute; nos r&eacute;flexions sur ce que Paul a dit de ce th&egrave;me dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i>. Notre analyse est centr&eacute;e principalement sur ce qu'on pourrait appeler anthropologie de la r&eacute;surrection selon saint Paul. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre oppose l'&eacute;tat de l'homme de la terre (c'est-&agrave;- dire historique) &agrave; l'&eacute;tat de l'homme ressuscit&eacute;, caract&eacute;risant de mani&egrave;re &agrave; la fois lapidaire et p&eacute;n&eacute;trante, le syst&egrave;me de forces int&eacute;rieur sp&eacute;cifique de chacun de ces &eacute;tats.</p> <p> 2. Que ce syst&egrave;me int&eacute;rieur de forces doive subir une transformation radicale dans la r&eacute;surrection, cela est indiqu&eacute; avant tout, semble-t-il, par la mise en confrontation du corps faible et du corps plein de force. Paul &eacute;crit: &quot; On s&egrave;me de la corruption, il ressuscite de l'incorruptibilit&eacute;; on s&egrave;me de l'ignominie, il ressuscite de la gloire; on s&egrave;me de la faiblesse, il ressuscite de la force&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n0">1Co 15,42-43</a></i>. Faible: voil&agrave; donc ce qu'est le corps qui - pour employer un langage m&eacute;taphysique - surgit du sol temporel de l'humanit&eacute;. La m&eacute;taphore paulinienne correspond &eacute;galement &agrave; la terminologie scientifique qui d&eacute;finit par le m&ecirc;me terme (semen) le d&eacute;but de l'homme en tant que corps. Si, aux yeux de l'Ap&ocirc;tre, le corps humain, qui surgit de la semence terrestre, r&eacute;v&egrave;le sa faiblesse, cela signifie non seulement qu'il est corruptible, soumis &agrave; la mort et &agrave; tout ce qui y conduit, mais aussi qu'il est corps psychique (*). Le corps plein de force que l'homme h&eacute;ritera du dernier Adam, le Christ, en tant que participant de la future r&eacute;surrection, sera un corps spirituel. Il sera incorruptible, non plus menac&eacute; par la mort. Ainsi donc, l'antinomie faible-plein de force se r&eacute;f&egrave;re explicitement non pas tellement au corps consid&eacute;r&eacute; &agrave; part qu'&agrave; toute la constitution de l'homme consid&eacute;r&eacute; dans son &eacute;tat corporel. Ce n'est que dans le cadre de cette constitution que le corps peut devenir spirituel, et cette spiritualisation du corps sera la source de son incorruptibilit&eacute; (immortalit&eacute;).<br /> Note (*) <i>L'original grec se sert ici du terme psychicon. Dans saint Paul, il para&icirc;t seulement dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#c0">1Co 2,14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n2">1Co 15,44</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n4">1Co 15,46</a></i> et nulle part ailleurs probablement &agrave; cause des tendances pr&eacute;-gnostiques des Corinthiens, et &agrave; un sens n&eacute;gatif: concernant son contenu il correspond au terme &quot;charnel&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#br">2Co 1,12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#gu">2Co 10,4</a></i>. -- Toutefois dans les autres &eacute;p&icirc;tres de saint Paul la psych&eacute; et ses d&eacute;riv&eacute;s signifient l'existence terrestre de l'homme dans ses manifestations, le mode d'existence de l'individu et m&ecirc;me la personne humaine au sens positif (par exemple pour indiquer l'id&eacute;al de vie de la communaut&eacute; eccl&eacute;siale: mi&acirc;-i psych&ecirc;-i. &quot;dans un seul esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#ca">Ph 1,27</a></i>; sym-psychoi = &quot;avec l'union de vos esprit&quot;: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#cf">Ph 2,2</a></i>; is&ocirc;psychon = &quot;d'&acirc;me &eacute;gale&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#cx">Ph 2,20</a></i>; cf. R. JEWETT, Paul's Anthropological terms. A Study of their use in Conflit Settings, Brill, Leiden, 1971, p. 2, 448-449)</i>.</p> <p>3. L'origine de ce th&egrave;me nous la trouvons d&egrave;s les premiers chapitres de la Gen&egrave;se. On peut dire que saint Paul voit la r&eacute;alit&eacute; de la future r&eacute;surrection comme une certaine restitutio in integrum, c'est-&agrave;-dire comme la r&eacute;int&eacute;gration et en m&ecirc;me temps l'obtention de la pl&eacute;nitude de l'humanit&eacute;. Ce n'est pas seulement une restitution, parce que, dans ce cas, la r&eacute;surrection serait en un certain sens le retour &agrave; l'&eacute;tat auquel participait l'&acirc;me avant le p&eacute;ch&eacute;, hors de la connaissance du bien et du mal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1-2</a></i>. Mais un tel retour ne correspond pas &agrave; la logique interne de toute l'&eacute;conomie du salut, au sens le plus profond du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Restitutio in integrum li&eacute;e &agrave; la r&eacute;surrection et &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde, cela peut n'&ecirc;tre qu'une introduction &agrave; une nouvelle pl&eacute;nitude. Ce sera une pl&eacute;nitude qui suppose d'abord toute l'histoire de l'homme, form&eacute;e du drame de l'arbre de la connaissance du bien et du mal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fl">Gn 3</a></i> et en m&ecirc;me temps impr&eacute;gn&eacute;e du myst&egrave;re de la R&eacute;demption.</p> <p>4. Suivant les paroles de la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, l'homme chez qui la concupiscence pr&eacute;vaut sur la spiritualit&eacute;, c'est-&agrave;-dire le corps psychique ou animal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#n2">1Co 15,44</a></i> est condamn&eacute; &agrave; la mort; doit au contraire resurgir comme un corps spirituel, l'homme chez qui l'esprit aura une juste supr&eacute;matie sur le corps, la spiritualit&eacute; sur la sensualit&eacute;. On comprend ais&eacute;ment qu'ici Paul pense &agrave; la sensualit&eacute; comme somme des facteurs qui constituent la limitation de la spiritualit&eacute; humaine, c'est-&agrave;-dire celle qui lie l'esprit (pas n&eacute;cessairement au sens platonicien) moyennant la restriction de sa propre facult&eacute; de conna&icirc;tre (voir) la v&eacute;rit&eacute; et &eacute;galement de la facult&eacute; de vouloir librement et d'aimer dans la v&eacute;rit&eacute;. En revanche, il ne peut s'agir de cette fonction fondamentale des sens qui sert &agrave; lib&eacute;rer la spiritualit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de la simple facult&eacute; de conna&icirc;tre et de vouloir qui est le propre du compositum psychosomatique du sujet humain. Comme on parle de la r&eacute;surrection du corps, c'est-&agrave;-dire de l'homme dans son authentique r&eacute;alit&eacute; corporelle, le corps spirituel devrait par cons&eacute;quent signifier pr&eacute;cis&eacute;ment la parfaite sensibilit&eacute; des sens, leur parfaite harmonisation avec l'activit&eacute; de l'esprit humain dans la v&eacute;rit&eacute; et dans la libert&eacute;. Le corps psychique, qui est l'antith&egrave;se terrestre du corps spirituel, indique par contre la sensibilit&eacute; comme une force qui cause souvent du tort &agrave; l'homme, en ce sens que vivant dans la connaissance du bien et du mal il est souvent sollicit&eacute; et quasi pouss&eacute; vers le mal.</p> <p> 5. On ne saurait oublier qu'il est moins question ici du dualisme anthropologique que d'une antinomie de fond. En fait partie non seulement le corps (comme hyle - mati&egrave;re et forme au sens aristot&eacute;licien) mais aussi l'&acirc;me, c'est-&agrave;-dire l'homme comme &quot;&acirc;me vivante&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ey">Gn 2,7</a></i>. Les &eacute;l&eacute;ments constitutifs sont par contre: d'une part tout l'homme, l'ensemble de sa subjectivit&eacute; psychosomatique, en tant qu'il reste sous l'influence de l'esprit vivifiant du Christ; d'autre part le m&ecirc;me homme en tant qu'il r&eacute;siste et s'oppose &agrave; cet Esprit. Dans le second cas, l'homme est un corps psychique (ou animal) et ses oeuvres sont oeuvres de la chair. Si, par contre, il reste sous influence de l'Esprit- Saint, l'homme est spirituel (et produit le &quot;fruit de l'Esprit&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e5">Ga 5,22</a></i>.</p> <p> 6. Par cons&eacute;quent on peut dire qu'en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i> non seulement nous avons affaire avec l'anthropologie de la r&eacute;surrection, mais que toute l'anthropologie et l'&eacute;thique de saint Paul sont impr&eacute;gn&eacute;es du myst&egrave;re de la r&eacute;surrection par lequel nous avons d&eacute;finitivement re&ccedil;u l'Esprit-Saint. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#mr">1Co 15</a></i> constitue l'interpr&eacute;tation paulinienne de l'autre monde et de l'&eacute;tat de l'homme dans ce monde o&ugrave; chacun, en m&ecirc;me temps qu'&agrave; la r&eacute;surrection du corps, participera pleinement au don de l'Esprit vivifiant, c'est-&agrave;-dire au fruit de la r&eacute;surrection du Christ.</p> <p> 7. Concluant l'analyse de l'anthropologie de la r&eacute;surrection selon la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre de saint Paul aux Corinthiens, il nous faut une fois de plus tourner la pens&eacute;e vers les paroles de J&eacute;sus sur la r&eacute;surrection et sur l'autre monde qui sont rapport&eacute;es par les Evang&eacute;listes Matthieu, Marc et Luc. Rappelons que r&eacute;pondant aux sadduc&eacute;ens, le Christ lie la foi en la r&eacute;surrection &agrave; toute la r&eacute;v&eacute;lation du Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Mo&iuml;se &quot;qui n'est pas un Dieu des morts, mais des vivants&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a35">Mt 22,32</a></i>. Et, en m&ecirc;me temps, repoussant la difficult&eacute; avanc&eacute;e par ses interlocuteurs, il pronon&ccedil;a ces paroles significatives: &quot;Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ces paroles - dans leur contexte imm&eacute;diat - que nous avons consacr&eacute; nos pr&eacute;c&eacute;dentes consid&eacute;rations, passant ensuite &agrave; l'analyses de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#hn">1Co 9,15</a></i>. Ces r&eacute;flexions ont une importance fondamentale pour toute la th&eacute;ologie du corps: pour comprendre tant le mariage que le c&eacute;libat &quot;pour le Royaume des Cieux&quot;. Nos prochaines analyses seront consacr&eacute;es &agrave; ce dernier sujet.</p> <p>- 10&nbsp;f&eacute;vrier 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 20:57:17 +0000 Incarnare 117 at http://www.theologieducorps.fr TDC 073 - La virginité ou célibat pour le Royaume des Cieux http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-073-la-virginite-celibat-pour-royaume-cieux <p> <a name="1"></a>1. Nous commen&ccedil;ons aujourd'hui &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur la virginit&eacute; ou c&eacute;libat pour le Royaume des Cieux.<br /> La question de l'appel &agrave; une donation exclusive de soi- m&ecirc;me &agrave; Dieu dans la virginit&eacute; et le c&eacute;libat, est profond&eacute;ment enracin&eacute;e dans le sol &eacute;vang&eacute;lique de la th&eacute;ologie du corps. Pour relever les dimensions qui leur sont propres, il faut tenir pr&eacute;sentes &agrave; l'esprit les paroles du Christ lorsqu'il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'origine et, de m&ecirc;me, lorsqu'il se rapporte &agrave; la r&eacute;surrection des corps. La constatation &quot;lorsqu'on ressuscite d'entre les morts on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>, indique qu'il existe une condition de vie sans mariage o&ugrave; la personne humaine, homme et femme, trouve en m&ecirc;me temps la pl&eacute;nitude de la donation personnelle et de la communion intersubjective des personnes, gr&acirc;ce &agrave; la glorification de tout son &ecirc;tre dans l'union &eacute;ternelle avec Dieu.<br /> Quand l'appel &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux trouve un &eacute;cho favorable en l'&acirc;me humaine dans les conditions de la temporalit&eacute; - celles, donc, o&ugrave; habituellement les personnes &quot;prennent femme et prennent mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34</a></i> -, il n'est pas difficile de percevoir une sensibilit&eacute; particuli&egrave;re de l'esprit humain qui, semble-t-il, permet d&eacute;j&agrave;, dans les conditions de la temporalit&eacute;, de jouir par anticipation de ce que l'homme aura en partage apr&egrave;s la future r&eacute;surrection.</p> <p><a name="2"></a> 2. Toutefois, dans le contexte imm&eacute;diat de son entretien avec les sadduc&eacute;ens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-30</a></i> le Christ ne parle pas de ce probl&egrave;me, de cette vocation particuli&egrave;re, lorsqu'il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la r&eacute;surrection des corps. Par contre, il en avait d&eacute;j&agrave; parl&eacute; auparavant dans le contexte de son entretien avec les pharisiens au sujet du mariage et des fondements de son indissolubilit&eacute;, presque comme un prolongement de ce dialogue <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i>. Ce qu'il dit pour conclure concernerait la lettre de r&eacute;pudiation que Mo&iuml;se autorisait en certains cas: &quot;C'est, pr&eacute;cisa le Christ, en raison de votre caract&egrave;re intraitable que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes; mais &agrave; l'origine il n'en fut pas ainsi. Or je vous le dis: quiconque r&eacute;pudie sa femme et en &eacute;pouse une autre, commet un adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10</a></i>. Et alors - comme on peut le d&eacute;duire du contexte - les disciples qui avaient &eacute;cout&eacute; attentivement ces derni&egrave;res paroles de J&eacute;sus, lui dirent: &quot;Si telle est la condition de l'homme envers la femme, il n'est pas exp&eacute;dient de se marier&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10</a></i>. Et J&eacute;sus de leur r&eacute;pondre: &quot;Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-l&agrave; seulement &agrave; qui c'est donn&eacute;. Il y a, en effet, des eunuques qui sont n&eacute;s ainsi du sein de leur m&egrave;re, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-m&ecirc;mes rendus tels en vue du Royaume des Cieux. Comprenne qui pourra!&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Quant &agrave; cet entretien que nous rapporte Matthieu, on peut se demander ce que pensaient les disciples quand, apr&egrave;s avoir entendu la r&eacute;ponse donn&eacute;e par J&eacute;sus aux pharisiens au sujet du mariage et de son indissolubilit&eacute;, il observ&egrave;rent: &quot;Si telle est la condition de l'homme envers la femme, il n'est pas exp&eacute;dient de se marier&quot;. En tout cas, le Christ estime que cette circonstance est opportune pour leur parler de la continence pour le Royaume des Cieux. En disant cela, il ne prend pas directement position au sujet de la remarque de ses disciples et il ne se maintient pas non plus dans la ligne de leur raisonnement (*). Aussi il ne r&eacute;pond pas: il convient de se marier ou il n'est pas exp&eacute;dient de se marier. La question de la continence pour le Royaume des Cieux n'est pas oppos&eacute;e au mariage et elle ne se base pas sur un jugement n&eacute;gatif au sujet de son importance. Du reste, parlant pr&eacute;c&eacute;demment de l'indissolubilit&eacute; du mariage, le Christ s'&eacute;tait r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; l'origine, c'est-&agrave;-dire au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, indiquant ainsi la source premi&egrave;re et fondamentale de sa valeur. Par cons&eacute;quent, pour r&eacute;pondre &agrave; la question des disciples, ou plut&ocirc;t pour &eacute;claircir le probl&egrave;me soulev&eacute;, J&eacute;sus a recours &agrave; un autre principe. Si la continence est observ&eacute;e par ceux qui, dans leur vie, font ce choix pour le Royaume des Cieux, ce n'est pas parce qu'il n'est pas exp&eacute;dient de se marier ou parce qu'on supposerait que le mariage a une valeur n&eacute;gative; ils le font en vue de la valeur particuli&egrave;re qui est attach&eacute;e &agrave; ce choix et qu'il convient de d&eacute;couvrir et saisir personnellement comme sa propre vocation. C'est pourquoi le Christ dit: &quot;Comprenne qui pourra!&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>. Juste avant cela il avait toutefois dit: &quot;Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-l&agrave; seulement &agrave; qui c'est donn&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11</a></i>.<br /> Note (*) <i>Concernant les probl&egrave;mes plus d&eacute;taill&eacute;s de l'ex&eacute;g&egrave;se de ce passage, voir par exemple L. SABOURIN, Il Vangelo di Matteo, Teologia Esegesi, Rome, Ed. Paoline, 1977, t. II, p. 834-836; &quot;The positive values of consacred celibacy&quot;, dans The Way, suppl&eacute;ment 10, &eacute;t&eacute; 1970, p. 51; J. BLINZLER, Einsin eunuchoi. Zur Auslegung von Mt 19, 12, &quot;Zeitschrift fur die Neutestamentliche Wissenschaft&quot; 48, 1957, p. 268 et sq.</i></p> <p> <a name="4"></a> 4. On le voit, dans sa r&eacute;ponse au probl&egrave;me que lui soumettent les disciples, le Christ pr&eacute;cise clairement une r&egrave;gle pour comprendre ses paroles. Dans la doctrine de l'Eglise est en vigueur la conviction que ces paroles expriment, non pas un commandement qui oblige tout le monde, mais un conseil qui concerne seulement quelques personnes (*) celles pr&eacute;cis&eacute;ment qui sont capables de le comprendre, celles &agrave; qui c'est donn&eacute;. Les paroles que nous avons cit&eacute;es indiquent clairement le moment du choix personnel et en m&ecirc;me temps celui de la gr&acirc;ce particuli&egrave;re, c'est-&agrave;-dire du don accord&eacute; &agrave; l'homme pour faire ce choix. On peut dire que le choix de la continence pour le Royaume des Cieux est une orientation charismatique vers cet &eacute;tat eschatologique dans lequel les &ecirc;tres humains ne prennent ni femme ni mari. Toutefois, entre cet &eacute;tat de l'homme dans la r&eacute;surrection des corps et le choix volontaire de la continence pour le Royaume des Cieux durant la vie terrestre et dans l'&eacute;tat historique de l'homme tomb&eacute; et rachet&eacute;, il existe une diff&eacute;rence essentielle. Le 'ne pas se marier eschatologique' sera un &eacute;tat, c'est-&agrave;-dire la fa&ccedil;on propre, fondamentale, de l'existence des &ecirc;tres humains, hommes et femmes, dans leurs corps glorifi&eacute;s. La continence pour le Royaume des Cieux, fruit d'une option charismatique, est une exception par rapport &agrave; l'autre &eacute;tat, c'est-&agrave;-dire celui auquel d&egrave;s l'origine, l'homme a pris part et continue &agrave; prendre part au cours de toute son existence terrestre.</p> <p>Note (*) -</p> <p><i>&quot;La saintet&eacute; de l'Eglise est encore soutenue d'une fa&ccedil;on particuli&egrave;re par les conseils multiples&quot; dont le Seigneur, dans l'Evangile a propos&eacute; l'observance &agrave; ses disciples. Parmi ces conseils. une place &eacute;minente revient &agrave; ce don pr&eacute;cieux de la gr&acirc;ce divine, fait par le P&egrave;re &agrave; certains. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i> de se vouer &agrave; Dieu seul plus facilement et d'un coeur sans partage dans la virginit&eacute; et le c&eacute;libat&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f40.htm#e1">LG 42</a></i>.</i></p> <p>- 10&nbsp;mars 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 20:59:09 +0000 Incarnare 118 at http://www.theologieducorps.fr TDC 074 - Vocation à la chasteté dans la réalité de la vie terrestre http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-074-vocation-la-chastete-dans-la-realite-de-la-vie-terrestre <p> <a name="1"></a> 1. Nous poursuivons notre r&eacute;flexion sur la virginit&eacute; ou c&eacute;libat pour le Royaume des Cieux, th&egrave;me &eacute;galement important pour une th&eacute;ologie du corps.<br /> Dans le contexte imm&eacute;diat des paroles sur la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ fait une comparaison extr&ecirc;mement significative; et cela ne fait que confirmer notre conviction qu'il veut enraciner profond&eacute;ment la vocation &agrave; cette continence dans la r&eacute;alit&eacute; de la vie terrestre, s'ouvrant ainsi une voie dans l'esprit de ses auditeurs. Il &eacute;nonce, en effet, trois cat&eacute;gories d'eunuques.<br /> Ce terme concerne les d&eacute;fauts physiques qui rendent impossible la procr&eacute;ation dans le mariage. Ce sont pr&eacute;cis&eacute;ment ces d&eacute;fauts qui expliquent les deux premi&egrave;res cat&eacute;gories dont parle J&eacute;sus quand il fait &eacute;tat des d&eacute;fauts cong&eacute;nitaux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>: &quot;des eunuques qui sont n&eacute;s ainsi du sein de leur m&egrave;re&quot; ou des d&eacute;fauts acquis, provoqu&eacute;s par une intervention humaine: &quot;il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes&quot;. Il s'agit dans les deux cas d'un &eacute;tat de coercition, parce que nullement volontaire. Si dans sa comparaison, le Christ parle ensuite des &quot;eunuques qui se sont eux-m&ecirc;mes rendus tels en vue du Royaume des Cieux&quot; comme d'une troisi&egrave;me cat&eacute;gorie, il &eacute;tablit certainement cette distinction pour souligner encore plus nettement son caract&egrave;re volontaire et surnaturel. Volontaire, car ceux qui appartiennent &agrave; cette cat&eacute;gorie se sont eux- m&ecirc;mes rendus eunuques; surnaturel, parce qu'ils l'ont fait pour le Royaume des Cieux.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La distinction est tr&egrave;s claire et tr&egrave;s forte. Non moins fort et &eacute;loquent est le rapprochement. Le Christ parle &agrave; des hommes auxquels la tradition de l'ancienne Alliance n'avait pas transmis l'id&eacute;al du c&eacute;libat ou de la virginit&eacute;. Le mariage &eacute;tait chose si habituelle que seule une impuissance physique pouvait constituer une exception. La r&eacute;ponse donn&eacute;e aux disciples <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i> est en m&ecirc;me temps adress&eacute;e, en un certain sens, &agrave; toute la tradition de l'Ancien Testament. C'est ce que confirme un seul exemple tir&eacute; du livre des Juges; nous nous y r&eacute;f&eacute;rons ici moins en raison du d&eacute;roulement du fait lui-m&ecirc;me, que des paroles significatives qui l'accompagnent: &quot;Qu'il me soit accord&eacute; ... de pleurer ma virginit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwp.htm#mz">Jg 11,37</a></i>, dit la fille de Jepht&eacute; &agrave; son p&egrave;re quand celui-ci lui fait savoir qu'&agrave; la suite d'un voeu au Seigneur elle est destin&eacute;e au sacrifice (nous trouvons les raisons de ce voeu dans le texte biblique). &quot;Va; - lit-on ensuite - et il lui permit d'aller ... Elle alla donc, avec ses compagnes, et elle pleura sa virginit&eacute; dans les montagnes. Au bout de deux mois, elle retourna chez son p&egrave;re et il accomplit &agrave; son &eacute;gard le voeu qu'il avait form&eacute;. Or elle n'avait pas connu d'hommes&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fwp.htm#m0">Jg 11,38-39</a></i>.</p> <p><a name="3"></a> 3. A ce qu'il para&icirc;t, il n'y a pas place dans l'Ancien Testament pour cette signification du corps que le Christ, parlant de la continence pour le Royaume de Dieu, veut maintenant exposer et r&eacute;v&eacute;ler &agrave; ses propres disciples. Parmi les personnages que nous connaissons comme conducteurs spirituels du peuple de l'Ancienne Alliance, il n'y en a aucun qui aurait proclam&eacute; cette continence en paroles et dans la conduite (*). Le mariage n'&eacute;tait pas seulement un &eacute;tat commun, &agrave; l'&eacute;poque, mais en plus, il avait acquis dans cette tradition une signification consacr&eacute;e par la promesse que le Seigneur avait faite &agrave; Abraham: &quot;Voici que mon alliance est avec toi et que tu deviendras p&egrave;re d'une multitude de peuples ... Je te rendrai tr&egrave;s f&eacute;cond; je te ferai devenir nations, et des rois sortiront de toi. J'&eacute;tablirai mon alliance avec toi, et ta race apr&egrave;s toi, de g&eacute;n&eacute;rations en g&eacute;n&eacute;rations, pour une alliance perp&eacute;tuelle, afin que je devienne ton Dieu et Celui de ta race apr&egrave;s toi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4d.htm#qe">Gn 17,4-7</a></i>. C'est pourquoi, dans la tradition de l'Ancien Testament, le mariage &eacute;tait un &eacute;tat religieusement privil&eacute;gi&eacute; comme source de f&eacute;condit&eacute; et de procr&eacute;ation relative &agrave; la descendance: et privil&eacute;gi&eacute; par la r&eacute;v&eacute;lation elle-m&ecirc;me. Dans le cadre de cette tradition suivant laquelle le Messie serait &quot;Fils de David&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a1n">Mt 20,30</a></i>, l'id&eacute;al de la continence &eacute;tait difficile &agrave; comprendre. Tout inclinait en faveur du mariage: non seulement les raisons de nature humaine, mais &eacute;galement celles du Royaume de Dieu (**).</p> <p> Note - (*) <i>Il est vrai que, sur ordre explicite du Seigneur, J&eacute;r&eacute;mie devait observer le c&eacute;libat <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fz3.htm#qw">Jr 16,1-2</a></i>; mais ceci fut un signe proph&eacute;tique qui symbolisait un futur abandon et la destruction du pays et du peuple.</i><br /> (**) <i>Il est vrai, comme l'indiquent les sources extra- bibliques que, durant la p&eacute;riode inter-testamentaire, le c&eacute;libat &eacute;tait observ&eacute;, dans les milieux juifs, par quelques membres de la secte des ess&eacute;niens (cf. J. FLAVIEN, Bell. Jud. 11, 8, 2: 120-121; PHILON, Hypophet. 11, 14); mais cela se passait en marge du juda&iuml;sme officiel et probablement ne persista pas au-del&agrave; du d&eacute;but du II&egrave;me si&egrave;cle. -- Dans la communaut&eacute; de Qumran, le c&eacute;libat n'obligeait pas tout le monde, mais quelques membres le maintenaient jusqu'&agrave; la mort, transf&eacute;rant sur le terrain de la coexistence pacifique la prescription de<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev3.htm#we">Dt 23,10-14</a></i> sur la puret&eacute; qui obligeait durant la guerre sainte. Selon les croyances des Qumraniens, cette guerre durait depuis toujours &quot;entre les fils de la lumi&egrave;re et les fils des t&eacute;n&egrave;bres&quot;, pour eux, le c&eacute;libat exprimait seulement &quot;&ecirc;tre pr&ecirc;ts &agrave; la bataille&quot; (1 Qm 7, 5-7).</i></p> <p> <a name="4"></a> 4. Les paroles du Christ d&eacute;terminent dans ce milieu un tournant d&eacute;cisif. Quand, pour la premi&egrave;re fois, il parla &agrave; ses disciples de la continence pour le Royaume des Cieux, J&eacute;sus se rendit parfaitement compte qu'ils devaient, comme fils de la Loi ancienne, associer le c&eacute;libat et la virginit&eacute; &agrave; la situation des individus, sp&eacute;cialement de sexe masculin, qui, &agrave; cause de d&eacute;fauts de nature physique, ne pouvaient se marier (les eunuques); c'est pourquoi il se r&eacute;f&egrave;re directement &agrave; ceux-l&agrave;. Cette r&eacute;f&eacute;rence a un fond multiple: aussi bien historique que psychologique, &eacute;thique que religieux. Par cette r&eacute;f&eacute;rence J&eacute;sus touche - en un certain sens - tous ces fonds, comme s'il voulait dire: Je sais que ce que je vous dirai maintenant suscitera de grandes difficult&eacute;s dans votre conscience, dans votre mani&egrave;re de comprendre la signification du corps; je vais en effet vous parler de la continence et vous ne manquerez certainement pas d'associer celle-ci &agrave; l'&eacute;tat de d&eacute;ficience physique, tant inn&eacute;e que provoqu&eacute;e par des causes humaines. Par contre, moi je veux vous dire que la continence peut &eacute;galement &ecirc;tre volontaire et qu'un homme peut la choisir pour le Royaume des Cieux.</p> <p><a name="5"></a> 5. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a></i> ne signale aucune r&eacute;action imm&eacute;diate des disciples &agrave; ces paroles. Nous la trouvons seulement plus tard dans les &eacute;p&icirc;tres des Ap&ocirc;tres, principalement chez saint Paul (*). Cela confirme que ces paroles s'&eacute;taient grav&eacute;es dans la conscience des disciples du Christ de la premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration, puis qu'elles fructifi&egrave;rent sans cesse et se multipli&egrave;rent dans toutes les g&eacute;n&eacute;rations de ses confesseurs dans l'Eglise (et peut-&ecirc;tre aussi en dehors de l'Eglise). Donc, du point de vue de la th&eacute;ologie - c'est-&agrave;-dire de la r&eacute;v&eacute;lation de la signification du corps, totalement nouvelle par rapport &agrave; la tradition de l'Ancien Testament - ces paroles marquent un tournant. Leur analyse d&eacute;montre combien elles sont pr&eacute;cises et substantielles malgr&eacute; leur concision (nous le constaterons mieux encore quand nous analyserons le texte paulinien de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>. Le Christ parle de la continence pour le Royaume des Cieux. Il veut souligner de cette mani&egrave;re que cet &eacute;tat, que l'homme choisit consciemment dans la vie temporelle alors que d'habitude on y prend femme et mari, a une finalit&eacute; surnaturelle bien pr&eacute;cise. Sans cette finalit&eacute;, la continence, m&ecirc;me choisie consciemment et d&eacute;cid&eacute;e personnellement, n'aurait aucun rapport avec l'&eacute;nonc&eacute; du Christ. Parlant de ceux qui ont choisi consciemment le c&eacute;libat ou la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux (c'est-&agrave;- dire qui se sont faits eunuques), le Christ rel&egrave;ve - au moins de mani&egrave;re indirecte - que, dans la vie terrestre, ce choix est uni au renoncement comme aussi &agrave; un effort spirituel d&eacute;termin&eacute;.<br /> Note (*) Cf. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gc">1Co 7,25-40</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cmi.htm#ju">Ap 14,4</a></i>.</p> <p> <a name="6"></a> 6. La finalit&eacute; surnaturelle - pour le Royaume des Cieux - admet une s&eacute;rie d'interpr&eacute;tations plus d&eacute;taill&eacute;es que le Christ n'&eacute;num&egrave;re pas dans ce passage. On peut toutefois affirmer que la formule lapidaire dont il se sert indique indirectement tout ce qui a &eacute;t&eacute; dit sur ce th&egrave;me dans la r&eacute;v&eacute;lation, dans la Bible et dans la tradition; tout ce qui est devenu richesse spirituelle de l'exp&eacute;rience de l'Eglise, dans laquelle le c&eacute;libat et la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux ont fructifi&eacute; de mani&egrave;re multiple dans les diverses g&eacute;n&eacute;rations des disciples du Christ.</p> <p>- 17&nbsp;mars 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:00:35 +0000 Incarnare 119 at http://www.theologieducorps.fr TDC 075 - Rapport entre continence pour le "Royaume des Cieux" et fécondité spirituelle http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-075-rapport-entre-continence-pour-royaume-cieux-fecondite-spirituelle <p> <a name="1"></a>1. Nous poursuivons nos r&eacute;flexions sur le c&eacute;libat et sur la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux.<br /> La continence pour le Royaume des Cieux a certainement un lien avec la r&eacute;v&eacute;lation du fait que dans le Royaume des Cieux &quot;on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a></i>. C'est un signe charismatique. L'&ecirc;tre humain vivant, homme et femme, - qui dans la situation terrestre o&ugrave; d'habitude &quot;les enfants de ce monde prennent femme et mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34</a></i>, choisit, de sa libre volont&eacute;, la continence pour le Royaume des Cieux, indique que dans ce Royaume qui est &quot;l'autre monde&quot; de la r&eacute;surrection &quot;on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i> parce que Dieu sera &quot;tout en tous&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#nm">1Co 15,28</a></i>. Cet &ecirc;tre humain, homme et femme, indique donc la virginit&eacute; eschatologique de l'homme ressuscit&eacute;, en qui se r&eacute;v&eacute;lera, dirais-je, la signification conjugale, absolue et &eacute;ternelle, du corps glorifi&eacute; dans l'union avec Dieu lui-m&ecirc;me, gr&acirc;ce &agrave; la vision de Dieu face &agrave; face; et glorifi&eacute;, &eacute;galement, gr&acirc;ce &agrave; l'union d'une parfaite intersubjectivit&eacute;, qui unira tous ceux qui prennent part &agrave; l'autre monde, hommes et femmes, dans le myst&egrave;re de la communion des saints. La continence terrestre pour le Royaume des Cieux est certainement un signe qui indique cette v&eacute;rit&eacute; et cette r&eacute;alit&eacute;. C'est le signe que le corps, dont la fin n'est pas la mort, tend &agrave; la glorification, et pour cela m&ecirc;me est d&eacute;j&agrave; parmi les hommes, dirais-je, un t&eacute;moignage qui anticipe la future r&eacute;surrection. Toutefois, ce signe charismatique de l'autre monde exprime la force et la dynamique les plus authentiques du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps: un myst&egrave;re que le Christ a &eacute;crit dans l'histoire terrestre de l'homme et a profond&eacute;ment enracin&eacute; dans cette histoire. Ainsi donc, la continence pour le Royaume des Cieux porte surtout l'empreinte de la ressemblance avec le Christ qui, dans l'oeuvre de la R&eacute;demption, a fait lui-m&ecirc;me ce choix pour le Royaume des Cieux.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Ainsi, depuis le d&eacute;but, la vie du Christ fut un discret mais net d&eacute;tachement de ce qui a si profond&eacute;ment d&eacute;termin&eacute; la signification du corps dans l'Ancien Testament. Presque contre toutes les attentes de la tradition v&eacute;t&eacute;ro- testamentaire, le Christ est n&eacute; de Marie qui d&eacute;clara clairement: &quot;Comment est-ce possible? je ne connais point d'homme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1x.htm#gt">Lc 1,34</a></i>, et professe donc ainsi sa virginit&eacute;. Et bien qu'il naisse d'elle comme tout homme, comme un fils de sa m&egrave;re, bien que sa venue au monde soit &eacute;galement accompagn&eacute;e de la pr&eacute;sence d'un homme qui est l'&eacute;poux de Marie et, devant la loi et les hommes, son mari, la maternit&eacute; de Marie est cependant virginale; et &agrave; cette maternit&eacute; virginale de Marie correspond le myst&egrave;re virginal de Joseph qui, ob&eacute;issant &agrave; la voix venue d'en haut, n'h&eacute;sita pas &quot;&agrave; prendre Marie chez lui ... car ce qui a &eacute;t&eacute; engendr&eacute; en elle vient du Saint-Esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#g1">Mt 1,20</a></i>. Et donc, bien que la conception virginale et la naissance au monde de J&eacute;sus-Christ fussent cach&eacute;es aux hommes, bien qu'aux yeux des citoyens de Nazareth il fut consid&eacute;r&eacute; comme &quot;fils du charpentier&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfp.htm#uj">Mt 13,55</a></i> (ut putabatur filius Joseph: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1x.htm#km">Lc 3,23</a></i>), les r&eacute;alit&eacute; et v&eacute;rit&eacute; essentielles de sa conception et de sa naissance se d&eacute;tachent toutefois d'elles-m&ecirc;mes de ce qui, dans l'Ancien Testament, &eacute;tait exclusivement en faveur du mariage et rendait la continence incompr&eacute;hensible et socialement peu appr&eacute;ci&eacute;e. Ainsi, comment pouvait-on comprendre la continence pour le Royaume des Cieux si le Messie attendu devait &ecirc;tre un descendant de David et, estimait-on, de descendance royale selon la chair? Seuls Marie et Joseph qui ont v&eacute;cu le myst&egrave;re de sa conception devinrent les premiers t&eacute;moins d'une f&eacute;condit&eacute; diff&eacute;rente de celle de la chair, c'est-&agrave;-dire de la f&eacute;condit&eacute; de l'Esprit: &quot;Ce qui a &eacute;t&eacute; engendr&eacute; en elle vient de l'Esprit-Saint&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#g1">Mt 1,20</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. L'histoire de la naissance de J&eacute;sus n'est certainement pas sans lien avec la r&eacute;v&eacute;lation de cette continence pour le Royaume des Cieux, dont J&eacute;sus parlera un jour &agrave; ses disciples. Mais cet &eacute;v&eacute;nement restera cach&eacute; aux hommes de ce temps-l&agrave; et m&ecirc;me aux disciples. Il se d&eacute;voilera peu &agrave; peu aux yeux de l'Eglise, sur la base des t&eacute;moignages et des textes &eacute;vang&eacute;liques de Matthieu et de Luc. Le mariage de Marie avec Joseph, dans lequel l'Eglise honore Joseph comme &eacute;poux de Marie et Marie comme son &eacute;pouse, cache en m&ecirc;me temps en soi le myst&egrave;re de la parfaite communion des personnes, de l'homme et de la femme, dans le pacte conjugal, ainsi que le myst&egrave;re de cette exceptionnelle continence pour le Royaume des Cieux; continence qui servait dans l'histoire du salut &agrave; la plus parfaite f&eacute;condit&eacute; de l'Esprit-Saint. Mieux, elle sera, en un certain sens, la pl&eacute;nitude absolue de cette f&eacute;condit&eacute;, &eacute;tant donn&eacute; que c'est pr&eacute;cis&eacute;ment dans les conditions nazar&eacute;ennes du pacte de Marie et Joseph, dans le mariage et la continence, que s'est r&eacute;alis&eacute; le don de l'incarnation du Verbe &eacute;ternel: le Fils de Dieu, consubstantiel au P&egrave;re, con&ccedil;u et n&eacute; comme homme du sein de la Vierge Marie. La gr&acirc;ce de l'union hypostatique est, dirais-je, vraiment li&eacute;e &agrave; cette pl&eacute;nitude absolue de la f&eacute;condit&eacute; surnaturelle, f&eacute;condit&eacute; dans l'Esprit &agrave; laquelle a pris part une cr&eacute;ature humaine, Marie, dans l'ordre de la continence pour le Royaume des Cieux. La maternit&eacute; divine de Marie est &eacute;galement, en un certain sens, une r&eacute;v&eacute;lation surabondante de cette f&eacute;condit&eacute; dans l'Esprit-Saint auquel l'homme soumet son esprit quand il choisit librement la continence dans le corps: pr&eacute;cis&eacute;ment la continence pour le Royaume des Cieux.</p> <p><a name="4"></a> 4. Cette image devait peu &agrave; peu se r&eacute;v&eacute;ler &agrave; la conscience de l'Eglise dans la suite des g&eacute;n&eacute;rations toujours nouvelles des confesseurs du Christ, quand se consolida en eux - en m&ecirc;me temps que l'Evangile de l'enfance - la certitude de la maternit&eacute; divine de la Vierge qui avait con&ccedil;u par l'op&eacute;ration du Saint-Esprit. Bien que de mani&egrave;re seulement indirecte - mais toutefois de fa&ccedil;on essentielle et fondamentale - cette certitude devait aider &agrave; comprendre, d'une part, la saintet&eacute; du mariage et d'autre part, le d&eacute;sint&eacute;ressement du mariage en vue du Royaume des Cieux, dont le Christ avait parl&eacute; &agrave; ses disciples. N&eacute;anmoins, quand il leur en avait parl&eacute; pour la premi&egrave;re fois (comme l'atteste <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>, ce grand myst&egrave;re de sa conception et de sa naissance, ne leur &eacute;tait pas connu, il leur &eacute;tait rest&eacute; cach&eacute;, &agrave; eux comme &agrave; tous les auditeurs et interlocuteurs de J&eacute;sus de Nazareth. Quand le Christ leur parlait de &quot;ceux qui se sont faits eunuques pour le Royaume des Cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>, les disciples &eacute;taient capables de le comprendre seulement sur la base de son exemple personnel. Cette continence devait se graver dans leur conscience comme un trait particulier de ressemblance avec le Christ qui &eacute;tait rest&eacute; lui-m&ecirc;me c&eacute;libataire pour le Royaume des Cieux. L'&eacute;loignement de la tradition de l'Ancienne Alliance o&ugrave; le mariage et la f&eacute;condit&eacute; procr&eacute;atrice dans le corps avaient &eacute;t&eacute; une condition religieusement privil&eacute;gi&eacute;e, devait s'effectuer principalement en se basant sur l'exemple du Christ lui-m&ecirc;me. Progressivement, s'enracine dans la conscience la signification particuli&egrave;re du &quot;pour le Royaume des Cieux&quot;: cette f&eacute;condit&eacute; spirituelle et surnaturelle de l'homme dont la source est l'Esprit-Saint (Esprit de Dieu), et &agrave; laquelle, dans un sens sp&eacute;cifique et dans des cas d&eacute;termin&eacute;s, la continence est utile.<br /> Cette continence est pr&eacute;cis&eacute;ment la continence pour le Royaume des Cieux. Ces &eacute;l&eacute;ments de la conscience &eacute;vang&eacute;lique (c'est-&agrave;-dire la conscience propre &agrave; la Nouvelle Alliance dans le Christ), nous les trouvons plus ou moins tous chez saint Paul. Nous chercherons &agrave; le montrer au moment opportun.<br /> En r&eacute;sum&eacute;, nous pouvons dire que le th&egrave;me principal de nos r&eacute;flexions a &eacute;t&eacute; aujourd'hui le rapport entre la continence pour le Royaume des Cieux, proclam&eacute;e par le Christ, et la f&eacute;condit&eacute; surnaturelle de l'esprit humain qui provient de l'Esprit-Saint.</p> <p>- 24&nbsp;mars 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:01:49 +0000 Incarnare 120 at http://www.theologieducorps.fr TDC 076 - Mariage et chasteté dans le mystère de la création et de la Rédemption http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-076-mariage-chastete-dans-mystere-de-la-creation-de-la-redemption <p> 1. Continuons &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur le th&egrave;me du c&eacute;libat et de la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux en nous fondant sur <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i></p> <p>En parlant de la continence pour le Royaume des Cieux et en la fondant sur l'exemple de sa propre vie, le Christ d&eacute;sirait incontestablement que ses disciples sachent la comprendre surtout dans sa relation avec le Royaume qu'il &eacute;tait venu annoncer et dont il indiquait les v&eacute;ritables voies. La continence dont il parlait &eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment une de ces voies et, comme il r&eacute;sulte d&eacute;j&agrave; du contexte de l'&eacute;vangile de saint Matthieu, elle est une voie privil&eacute;gi&eacute;e, particuli&egrave;rement valable. En effet, cette pr&eacute;f&eacute;rence donn&eacute;e au c&eacute;libat et &agrave; la virginit&eacute; &quot;pour le Royaume&quot; &eacute;tait une nouveaut&eacute; absolue par rapport &agrave; la tradition de l'Ancienne Alliance, et avait une signification d&eacute;terminante tant pour l'&eacute;thos que pour la th&eacute;ologie du corps.</p> <p>2. Dans son &eacute;nonc&eacute;, le Christ en relevait surtout la finalit&eacute;. Il disait que la voie de la continence, dont sa propre vie &eacute;tait un t&eacute;moignage, non seulement existe et non seulement est possible, mais qu'elle est particuli&egrave;rement importante et valable pour le Royaume des Cieux. Et telle elle doit &ecirc;tre, &eacute;tant donn&eacute; que le Christ l'a choisie pour lui-m&ecirc;me. Et du moment que cette voie est si importante et si valable, la continence pour le Royaume des Cieux doit avoir une valeur toute particuli&egrave;re. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; soulign&eacute;, le Christ n'affrontait pas le probl&egrave;me au m&ecirc;me niveau ni suivant la m&ecirc;me ligne de raisonnement que ses disciples quand ils disaient: &quot;Si telle est la condition ... il n'est pas exp&eacute;dient de se marier&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10</a></i>. Au fond de ces paroles se cachait un certain utilitarisme. Au contraire, la r&eacute;ponse du Christ indique indirectement que si le mariage, conforme &agrave; l'institution originaire du Cr&eacute;ateur - rappelons qu'&agrave; ce point le Ma&icirc;tre se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'origine - si le mariage, donc, a pleine convenance et valeur pour le Royaume des Cieux, valeur fondamentale, universelle et ordinaire, la continence poss&egrave;de, quant &agrave; elle, une valeur particuli&egrave;re, exceptionnelle. Il s'agit &eacute;videmment de la continence choisie consciemment pour des motifs surnaturels.</p> <p> 3. Si dans son &eacute;nonc&eacute; le Christ rel&egrave;ve avant tout la finalit&eacute; surnaturelle de la continence, il le fait dans un sens non seulement objectif, mais aussi explicitement subjectif, c'est-&agrave;-dire qu'il indique la n&eacute;cessit&eacute; d'une motivation qui corresponde pleinement et de mani&egrave;re ad&eacute;quate &agrave; la finalit&eacute; objective d&eacute;termin&eacute;e par l'expression pour le Royaume des Cieux. Pour r&eacute;aliser la finalit&eacute; en question - c'est-&agrave;-dire red&eacute;couvrir dans la continence la particuli&egrave;re f&eacute;condit&eacute; spirituelle qui provient de l'Esprit-Saint - il faut la vouloir et la choisir en vertu d'une foi profonde qui ne nous montre pas seulement le Royaume de Dieu dans son accomplissement futur, mais qui nous permette &eacute;galement et nous rende tout particuli&egrave;rement possible de nous identifier avec la v&eacute;rit&eacute; et la r&eacute;alit&eacute; de ce Royaume, comme le Christ le r&eacute;v&egrave;le dans son message &eacute;vang&eacute;lique, et plus encore par l'exemple personnel de sa vie et de son comportement. C'est pour cela qu'on a pu dire que la continence pour le Royaume des Cieux - en tant que signe incontestable de l'autre monde - refl&egrave;te surtout le dynamisme int&eacute;rieur du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35</a></i> et qu'en ce sens elle se caract&eacute;rise &eacute;galement par une particuli&egrave;re ressemblance avec le Christ. Qui choisit consciemment cette continence choisit, en un certain sens, une participation particuli&egrave;re au myst&egrave;re de la R&eacute;demption (du corps); et il veut, pour ainsi dire, la compl&eacute;ter de mani&egrave;re sp&eacute;ciale, dans sa propre chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#b3">Col 1,24</a></i> trouvant &eacute;galement en cela l'empreinte d'une ressemblance avec le Christ.</p> <p> 4. Tout cela se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la motivation du choix, c'est-&agrave;- dire &agrave; sa finalit&eacute; au sens objectif: en choisissant la continence pour le Royaume des Cieux, l'homme doit se laisser strictement guider par cette motivation. Dans le cas en question, le Christ ne dit pas que l'homme y est oblig&eacute; (en tout cas, il ne s'agit certainement pas d'un devoir d&eacute;coulant d'un commandement); il est toutefois incontestable que ces paroles concises sur la continence &quot;pour le Royaume des Cieux&quot; mettent pr&eacute;cis&eacute;ment la motivation en vigoureux relief. Et elles la mettent en relief (c'est-&agrave;-dire indiquent la finalit&eacute; dont le sujet est conscient), tant dans la premi&egrave;re partie de tout l'&eacute;nonc&eacute; que dans la seconde, en soulignant qu'il s'agit d'un choix particulier, pr&eacute;cis&eacute;ment le choix d'une vocation plus exceptionnelle qu'universelle et ordinaire. Au d&eacute;but, dans la premi&egrave;re partie de son &eacute;nonc&eacute;, le Christ parle de compr&eacute;hension. &quot;Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-l&agrave; seulement &agrave; qui c'est donn&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11</a></i>; et il s'agit non pas d'une compr&eacute;hension telle qu'elle influence la d&eacute;cision, le choix personnel, dans lesquels le don, c'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce, doivent trouver une r&eacute;sonance appropri&eacute;e dans la volont&eacute; humaine. Cette compr&eacute;hension implique donc la motivation. Par la suite, la motivation influence le choix de la continence, accept&eacute;e apr&egrave;s qu'on a compris ce que signifie &quot;pour le Royaume des Cieux&quot;. Dans la deuxi&egrave;me partie de son &eacute;nonc&eacute; le Christ d&eacute;clare donc que l'homme se fait eunuque quand il choisit la continence pour le Royaume des Cieux et en fait la situation fondamentale ou le statut de sa vie terrestre tout enti&egrave;re. Dans une d&eacute;cision si solide subsiste la motivation surnaturelle, qui est &agrave; l'origine m&ecirc;me de la d&eacute;cision. Elle subsiste, dirais-je, en se renouvelant constamment.</p> <p>5. Pr&eacute;c&eacute;demment nous avons d&eacute;j&agrave; fix&eacute; l'attention sur la signification particuli&egrave;re de cette derni&egrave;re affirmation. Si, dans le cas cit&eacute;, le Christ parle de se faire eunuque, il ne met pas seulement en relief le poids sp&eacute;cifique de cette d&eacute;cision qui s'explique par la motivation d'une foi profonde, mais il laisse aussi clairement entendre le tourment que peuvent provoquer cette d&eacute;cision et ses persistantes cons&eacute;quences pour l'homme, en raison des inclinations normales (nobles d'ailleurs) de sa nature.<br /> Nous r&eacute;clamer de l'origine dans le probl&egrave;me du mariage nous a permis de d&eacute;couvrir toute la beaut&eacute; originelle de cette vocation de l'&ecirc;tre humain, homme et femme: vocation qui provient de Dieu, qui correspond &agrave; la double constitution de l'homme et de m&ecirc;me &agrave; l'appel &agrave; la communion des personnes. En pr&ecirc;chant la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ ne se prononce pas seulement contre toute la tradition de l'Ancienne Alliance selon laquelle le mariage et la procr&eacute;ation &eacute;taient, comme nous l'avons dit, religieusement privil&eacute;gi&eacute;s; mais il se prononce &eacute;galement, en un certain sens, d'une mani&egrave;re qui contraste avec ce principe auquel il s'est lui-m&ecirc;me r&eacute;f&eacute;r&eacute;; et c'est peut-&ecirc;tre pour cela qu'il att&eacute;nue ses propres paroles par cette r&egrave;gle de compr&eacute;hension que nous avons signal&eacute;e. L'analyse de l'origine (sp&eacute;cialement sur la base du texte jahviste) avait en effet d&eacute;montr&eacute; que bien qu'il soit possible de concevoir l'homme comme solitaire en face de Dieu, c'est Dieu lui-m&ecirc;me qui l'avait tir&eacute; de cette solitude quand il dit: &quot;Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je veux lui faire une aide qui soit semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fd">Gn 2,18</a></i>.</p> <p>6. Ainsi donc, la double nature homme-femme, propre &agrave; la constitution m&ecirc;me de l'humanit&eacute;, et l'unit&eacute; des deux &ecirc;tres qui se base sur elle restent depuis l'origine, c'est-&agrave;-dire jusque dans leur profondeur ontologique m&ecirc;me, une oeuvre de Dieu. En parlant de la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ pense &agrave; cette r&eacute;alit&eacute;. Non sans raison, il en parle (selon Matthieu) dans le contexte le plus imm&eacute;diat, l&agrave; o&ugrave; il se r&eacute;f&egrave;re pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l'origine, c'est-&agrave;-dire au principe divin du mariage dans la constitution m&ecirc;me de l'homme.<br /> Sur la base des paroles du Christ, on peut affirmer que non seulement le mariage nous aide &agrave; comprendre la continence pour le Royaume des Cieux, mais aussi que la continence elle- m&ecirc;me projette une lumi&egrave;re particuli&egrave;re sur le mariage consid&eacute;r&eacute; dans le myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption.</p> <p>- 31&nbsp;mars 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:03:01 +0000 Incarnare 121 at http://www.theologieducorps.fr TDC 077 - Supériorité de la Continence ne signifie pas dévaluation du mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-077-superiorite-de-la-continence-ne-signifie-pas-devaluation-du-mariage <p> <a name="1"></a> 1. Le regard tourn&eacute; vers le Christ-R&eacute;dempteur, nous allons poursuivre nos r&eacute;flexions sur le c&eacute;libat et sur la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux, en suivant les paroles du Christ rapport&eacute;es en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1" style="">Mt 19,10-12</a></i>.<br /> En proclamant la continence pour le Royaume des Cieux, le Christ accepta pleinement tout ce que le Cr&eacute;ateur avait op&eacute;r&eacute; et institu&eacute; d&egrave;s l'origine. En cons&eacute;quence, d'une part, cette continence doit d&eacute;montrer que, dans sa constitution la plus profonde l'homme est non seulement double mais aussi - dans cette dualit&eacute; - seul devant Dieu, avec Dieu. D'autre part, toutefois, dans l'appel &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, ce qui est invitation &agrave; la solitude pour Dieu, respecte en m&ecirc;me temps aussi bien la dualit&eacute; de l'humanit&eacute; (c'est-&agrave;-dire la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute;) que la dimension de communion de l'existence qui est propre &agrave; la personne. Celui qui, conform&eacute;ment aux paroles du Christ, comprend de mani&egrave;re ad&eacute;quate l'appel &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, celui-l&agrave; conserve ainsi la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale de sa propre humanit&eacute;, sans rien perdre chemin faisant des &eacute;l&eacute;ments essentiels de la vocation de la personne cr&eacute;&eacute;e &agrave; l'image et ressemblance de Dieu. Cela est important pour l'id&eacute;e de la continence, c'est-&agrave;-dire pour son contenu objectif qui, dans l'enseignement du Christ, appara&icirc;t comme une nouveaut&eacute; absolue. Il est &eacute;galement important pour la r&eacute;alisation de cette id&eacute;e, c'est-&agrave;-dire pour que soit pleinement authentique dans sa motivation la d&eacute;cision concr&egrave;te prise par l'homme de vivre dans le c&eacute;libat ou la virginit&eacute; pour le Royaume des Cieux (celui qui se fait eunuque, pour se servir du m&ecirc;me terme que le Christ).</p> <p><a name="2"></a> 2. Du contexte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>, il r&eacute;sulte de fa&ccedil;on suffisamment claire qu'il ne s'agit pas ici de r&eacute;duire la valeur du mariage au profit de la continence ni, non plus, de cacher une valeur sous l'autre. Il s'agit, au contraire, de sortir en pleine connaissance de cause de ce qui, par volont&eacute; m&ecirc;me du Cr&eacute;ateur, entra&icirc;ne l'homme au mariage, et d'aller vers la continence qui se r&eacute;v&egrave;le &agrave; l'homme concret, homme ou femme, comme appel et don de particuli&egrave;re signification pour le Royaume des Cieux. Les paroles du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> partent de tout le r&eacute;alisme de la situation de l'homme et, avec le m&ecirc;me r&eacute;alisme, le conduisent en dehors, vers l'appel gr&acirc;ce auquel, de mani&egrave;re nouvelle, tout en demeurant par sa nature un &ecirc;tre double (c'est-&agrave;-dire, comme homme tourn&eacute; vers la femme et, comme femme vers l'homme), il est capable de d&eacute;couvrir dans cette solitude, qui ne cesse d'&ecirc;tre une dimension personnelle de la dualit&eacute; de chacun, une forme nouvelle et m&ecirc;me encore plus pleine de communion intersubjective avec les autres. Cette orientation de l'appel explique clairement l'expression &quot;pour le Royaume des Cieux&quot;; en effet, la r&eacute;alisation de ce Royaume doit s'op&eacute;rer dans la ligne du d&eacute;veloppement authentique de l'image et ressemblance de Dieu dans sa signification trinitaire, c'est- &agrave;-dire pr&eacute;cis&eacute;ment de communion. En choisissant la continence pour le Royaume des Cieux, l'homme a la conscience de pouvoir se r&eacute;aliser de mani&egrave;re diff&eacute;rente et, en un certain sens, plus que dans le mariage, en se faisant &quot;don sinc&egrave;re pour les autres&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Par les paroles que rapporte <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, le Christ fait comprendre clairement que ce mouvement vers la continence pour le Royaume des Cieux est associ&eacute; &agrave; un renoncement volontaire au mariage, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'&eacute;tat o&ugrave; l'homme et la femme (conform&eacute;ment &agrave; la signification qu'&agrave; l'origine le Cr&eacute;ateur a donn&eacute;e &agrave; leur unit&eacute;) deviennent l'un pour l'autre un don &agrave; travers leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, m&ecirc;me par leur union corporelle. Continence signifie renoncement conscient et volontaire &agrave; cette union et &agrave; tout ce qui s'y attache dans l'ample dimension de la vie et de la coexistence humaine. L'homme qui renonce au mariage renonce &eacute;galement &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration comme fondement de la communaut&eacute; familiale compos&eacute;e des parents et des enfants. Les paroles du Christ auxquelles nous nous r&eacute;f&eacute;rons indiquent sans le moindre doute toute cette sph&egrave;re de renoncement, bien qu'elles ne s'arr&ecirc;tent pas aux d&eacute;tails. Et la fa&ccedil;on dont ces paroles ont &eacute;t&eacute; prononc&eacute;es suppose que le Christ comprend l'importance d'un tel renoncement et qu'il la comprend non seulement dans le respect des opinions en vigueur &agrave; ce sujet dans la soci&eacute;t&eacute; juive de l'&eacute;poque, mais, &eacute;galement, il comprend l'importance de ce renoncement par rapport au bien que le mariage et la famille constituent en raison de leur institution divine. C'est pourquoi, par sa mani&egrave;re de prononcer ces paroles, il fait comprendre que cette sortie du cercle du bien &agrave; laquelle il appelle lui-m&ecirc;me pour le Royaume des Cieux est li&eacute;e &agrave; un certain sacrifice de soi-m&ecirc;me. Cette sortie devient aussi le d&eacute;but de renoncements successifs et de sacrifices volontaires de soi-m&ecirc;me, indispensables, si l'on veut que le premier choix fondamental soit coh&eacute;rent dans toute la dimension de la vie terrestre, et c'est seulement gr&acirc;ce &agrave; cette coh&eacute;rence que le choix est int&eacute;rieurement raisonnable et non contradictoire.</p> <p> <a name="4"></a> 4. De cette mani&egrave;re, dans l'appel &agrave; la continence tel que le Christ l'a lanc&eacute;, avec concision et, en m&ecirc;me temps, grande pr&eacute;cision, se dessinent le profil et le dynamisme du myst&egrave;re de la R&eacute;demption, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit pr&eacute;c&eacute;demment. C'est sous ce m&ecirc;me profil que dans son Sermon sur la Montagne le Christ a prononc&eacute; les paroles concernant la n&eacute;cessit&eacute; de prendre garde &agrave; la concupiscence du corps, au d&eacute;sir qui commence par le &quot;regarder&quot; et devient, d&eacute;j&agrave; &agrave; ce moment, &quot;adult&egrave;re dans le coeur&quot;. Sous <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> et <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a0m">Mt 19,27-28</a></i> on retrouve la m&ecirc;me anthropologie et le m&ecirc;me &eacute;thos. Dans l'invitation &agrave; la continence volontaire pour le Royaume des Cieux, les perspectives de cet &eacute;thos se trouvent amplifi&eacute;es: &agrave; l'horizon des paroles du Sermon sur la Montagne, il y a la continence volontaire; &agrave; l'horizon des paroles sur la continence volontaire, il y a encore la m&ecirc;me anthropologie, mais illumin&eacute;e par la perspective du Royaume des Cieux, c'est-&agrave;-dire, en m&ecirc;me temps, de la future anthropologie de la r&eacute;surrection. N&eacute;anmoins, sur les voies de cette continence volontaire dans la vie terrestre, l'anthropologie de la r&eacute;surrection ne remplace pas l'anthropologie de l'homme historique. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cet homme - en tout cas cet homme historique en qui subsiste, avec l'h&eacute;ritage de la triple concupiscence, l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute;, et en m&ecirc;me temps l'h&eacute;ritage de la R&eacute;demption - cet homme donc qui doit prendre la d&eacute;cision au sujet de la continence pour le Royaume des Cieux: il doit r&eacute;aliser cette d&eacute;cision en soumettant son humanit&eacute; p&eacute;cheresse aux forces qui jaillissent du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps. Il doit le faire comme tout autre homme qui ne prend pas cette d&eacute;cision et dont la voie reste le mariage. Seul diff&egrave;re le genre de responsabilit&eacute; pour le bien choisi, comme diff&egrave;re le genre m&ecirc;me du bien choisi.</p> <p><a name="5"></a> 5. Dans son &eacute;nonc&eacute;, le Christ souligne-t-il que la continence pour le Royaume des Cieux est sup&eacute;rieure au mariage? Il dit certainement qu'il s'agit d'une vocation exceptionnelle, qui sort de l'ordinaire. En outre, il affirme qu'elle est particuli&egrave;rement importante et n&eacute;cessaire pour le Royaume des Cieux. Si nous comprenons en ce sens sa sup&eacute;riorit&eacute; sur le mariage, alors nous devons admettre que le Christ l'indique implicitement; toutefois il ne l'exprime pas de mani&egrave;re directe. De ceux qui choisissent le mariage, saint Paul dira qu'ils &quot;font bien&quot; et de ceux qui sont dispos&eacute;s &agrave; vivre la continence volontaire, il dira qu'ils &quot;font mieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gp">1Co 7,38</a></i>.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Telle est &eacute;galement l'opinion de toute la tradition, tant doctrinale que pastorale. Cette &quot;sup&eacute;riorit&eacute;&quot; de la continence sur le mariage ne signifie jamais, dans la tradition authentique de l'Eglise, une d&eacute;valuation du mariage ou une r&eacute;duction de sa valeur essentielle. Elle ne signifie pas non plus un glissement, m&ecirc;me implicite, vers les positions manich&eacute;ennes ou un soutien des mani&egrave;res de juger ou d'agir qui se fondent sur la signification manich&eacute;enne du corps et du sexe, du mariage et de la g&eacute;n&eacute;ration. La sup&eacute;riorit&eacute; &eacute;vang&eacute;lique et authentiquement chr&eacute;tienne de la virginit&eacute;, de la continence, est dict&eacute;e, en cons&eacute;quence, par sa motivation qui est le Royaume des Cieux. Nous trouvons dans les paroles du Christ rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> une base solide qui permet d'admettre cette seule possibilit&eacute;; par contre, nous n'y trouvons aucune base d'une quelconque d&eacute;pr&eacute;ciation du mariage, qui aurait pu y &ecirc;tre pr&eacute;sente avec la reconnaissance de cette sup&eacute;riorit&eacute;.<br /> Dans nos prochaines r&eacute;flexions nous reviendrons sur ce probl&egrave;me.</p> <p>- 7 avril 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:04:22 +0000 Incarnare 122 at http://www.theologieducorps.fr TDC 078 - Complémentarité du mariage et de la continence pour le "Royaume des Cieux" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-078-complementarite-du-mariage-de-la-continence-pour-royaume-cieux <p> <a name="1"></a>1. Poursuivons maintenant la r&eacute;flexion des semaines pr&eacute;c&eacute;dentes sur les paroles touchant la continence pour le Royaume des Cieux que, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>, le Christ a adress&eacute;es &agrave; ses disciples.<br /> Disons une nouvelle fois que ces paroles sont, dans toute leur concision, admirablement riches et pr&eacute;cises: riches d'un ensemble d'implications aussi bien de nature doctrinale que de nature pastorale, en m&ecirc;me temps qu'elles indiquent une juste limite en la mati&egrave;re. Ainsi donc, n'importe quelle interpr&eacute;tation manich&eacute;enne demeure rigoureusement au-del&agrave; de cette limite comme y reste &eacute;galement, selon ce qu'a dit le Christ dans son Sermon sur la Montagne, le d&eacute;sir concupiscent &quot;dans le coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>.<br /> Dans les paroles du Christ sur la continence pour le Royaume des Cieux, il n'y a aucune allusion &agrave; l'inf&eacute;riorit&eacute; du mariage en ce qui concerne le corps, ou en ce qui concerne l'essence du mariage consistant dans le fait que l'homme et la femme s'unissent si intimement qu'ils deviennent une seule chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>: &quot;Les deux seront une seule chair&quot;. Les paroles du Christ rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> (de m&ecirc;me que celles de Paul dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>) n'offrent aucune base permettant de soutenir soit l'inf&eacute;riorit&eacute; du mariage, soit la sup&eacute;riorit&eacute; de la virginit&eacute; ou du c&eacute;libat, en ce sens que ces derniers consistent, par leur nature, &agrave; s'abstenir de l'union conjugale par le corps. Sur ce point les paroles du Christ sont absolument claires. Il propose &agrave; ses disciples l'id&eacute;al de la continence et les y invite non pas pour un motif d'inf&eacute;riorit&eacute; de &quot;l'union conjugale dans le corps&quot; ou par pr&eacute;jug&eacute; contre elle, mais seulement pour le Royaume des Cieux.</p> <p> <a name="2"></a> 2. A cette lumi&egrave;re, il se r&eacute;v&egrave;le particuli&egrave;rement utile d'expliquer plus &agrave; fond, l'expression m&ecirc;me pour le Royaume des Cieux. C'est ce que nous nous efforcerons de faire par la suite, au moins de mani&egrave;re sommaire. Mais en ce qui concerne l'exacte compr&eacute;hension du rapport existant entre le mariage et la continence selon le Christ, et la compr&eacute;hension de ce rapport comme l'a entendu toute la tradition, il vaut la peine d'ajouter que cette sup&eacute;riorit&eacute; et cette inf&eacute;riorit&eacute; sont contenues dans les limites de la compl&eacute;mentarit&eacute; m&ecirc;me du mariage et de la continence pour le Royaume de Dieu. Le mariage et la continence ne sont pas oppos&eacute;s l'un &agrave; l'autre et ne divisent pas de par eux-m&ecirc;mes la communaut&eacute; humaine (et chr&eacute;tienne) en deux camps (disons: celui des parfaits &agrave; cause de la continence et des imparfaits ou moins parfaits &agrave; cause de la r&eacute;alit&eacute; de leur vie conjugale). Mais ces deux situations fondamentales, ou bien, comme on le dit habituellement, ces deux &eacute;tats s'expliquent et se compl&egrave;tent l'un l'autre, en un certain sens, quant &agrave; l'existence et &agrave; la vie (chr&eacute;tienne) de cette communaut&eacute; qui, dans son ensemble et dans tous ses membres, se r&eacute;alise dans la dimension du Royaume de Dieu et a une orientation eschatologique, propre &agrave; ce r&egrave;gne. Or, en ce qui concerne cette dimension et cette orientation - auxquelles doit participer dans la foi la communaut&eacute; tout enti&egrave;re, c'est-&agrave;-dire tous ceux qui en font partie - la continence pour le Royaume des Cieux a une particuli&egrave;re importance et une particuli&egrave;re &eacute;loquence pour ceux qui vivent la vie conjugale. On sait d'ailleurs que ces derniers constituent la majorit&eacute;.</p> <p><a name="3"></a> 3. Il semble donc qu'une compl&eacute;mentarit&eacute; ainsi comprise trouve sa base dans les paroles du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> (et &eacute;galement dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>). Il n'y a, par contre, aucune base pour une opposition suppos&eacute;e selon laquelle les c&eacute;libataires constitueraient, pour le seul motif de leur continence, la classe des parfaits et, au contraire, les personnes mari&eacute;es constitueraient la classe des non-parfaits (ou des moins parfaits). Si, d'apr&egrave;s une certaine tradition th&eacute;ologique, on parle de l'&eacute;tat de perfection (status perfectionis), on ne le fait pas en raison de la continence elle-m&ecirc;me, mais &agrave; cause de l'ensemble de la vie fond&eacute;e sur les conseils &eacute;vang&eacute;liques (pauvret&eacute;, chastet&eacute; et ob&eacute;issance), car cette vie correspond &agrave; l'appel du Christ &agrave; la perfection (&quot;Si vous voulez &ecirc;tre parfaits ... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a0g">Mt 19,21</a></i>. La perfection de la vie chr&eacute;tienne se mesure, par contre, &agrave; la charit&eacute;. Il en r&eacute;sulte qu'une personne qui ne vit pas dans l'&eacute;tat de perfection (c'est-&agrave;-dire dans une institution qui base le plan de sa vie sur les voeux de pauvret&eacute;, de chastet&eacute; et d'ob&eacute;issance), c'est-&agrave;-dire qui ne vit pas dans un institut religieux mais dans le monde, peut atteindre de facto un degr&eacute; sup&eacute;rieur de perfection - dont la charit&eacute; est la mesure - par rapport &agrave; la personne qui vit l'&eacute;tat de perfection mais &agrave; un moindre degr&eacute; de charit&eacute;. Toutefois, les conseils &eacute;vang&eacute;liques aident incontestablement &agrave; parvenir &agrave; une vie plus pleine charit&eacute;. Aussi quiconque y parvient, m&ecirc;me sans vivre dans un &eacute;tat de perfection institutionnalis&eacute;, atteint cette perfection qui jaillit de la charit&eacute;, moyennant la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; l'esprit de ces conseils. Cette perfection est accessible et possible &agrave; tout homme, dans un institut religieux comme dans le monde.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Aux paroles du Christ rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> semble donc r&eacute;pondre de mani&egrave;re ad&eacute;quate la compl&eacute;mentarit&eacute; du mariage et de la continence pour le Royaume des Cieux, dans leur signification comme dans leur port&eacute;e multiple. Dans la vie d'une communaut&eacute; authentiquement chr&eacute;tienne, les attitudes et les valeurs propres de l'un et de l'autre &eacute;tat - c'est-&agrave;-dire de l'un ou de l'autre choix essentiel et conscient comme vocation pour toute la vie terrestre et dans la perspective de l'Eglise c&eacute;leste - se compl&egrave;tent et en un certain sens se p&eacute;n&egrave;trent r&eacute;ciproquement. Le parfait amour conjugal doit &ecirc;tre caract&eacute;ris&eacute; par cette fid&eacute;lit&eacute; et par cette donation &agrave; l'unique Epoux (et &eacute;galement par la fid&eacute;lit&eacute; et par la donation de l'Epoux &agrave; l'unique Epouse, sur lesquels sont fond&eacute;s la profession religieuse et le c&eacute;libat sacerdotal). En d&eacute;finitive, la nature de l'un et de l'autre amour est conjugal, c'est-&agrave;-dire qu'il s'exprime par le don total de soi. L'un et l'autre amour tend &agrave; exprimer cette signification conjugale du corps qui est inscrite depuis l'origine dans la structure personnelle m&ecirc;me de l'homme et de la femme.<br /> Nous reviendrons par la suite sur ce sujet.</p> <p><a name="5"></a> 5. D'autre part, l'amour conjugal qui trouve son expression dans la continence pour le Royaume des Cieux doit mener, par son d&eacute;veloppement r&eacute;gulier, &agrave; la paternit&eacute; ou maternit&eacute; au sens spirituel (et donc &agrave; cette f&eacute;condit&eacute; de l'Esprit-Saint dont nous avons d&eacute;j&agrave; parl&eacute;) de la m&ecirc;me mani&egrave;re que l'amour conjugal m&ucirc;rit dans la paternit&eacute; et maternit&eacute; physiques et, en celles-ci, se confirme authentiquement comme amour conjugal. La g&eacute;n&eacute;ration physique, de son c&ocirc;t&eacute;, ne r&eacute;pond pleinement &agrave; sa signification que si elle est compl&eacute;t&eacute;e par la paternit&eacute; et maternit&eacute; dans l'Esprit qui ont pour expression et pour fruit toute l'oeuvre de l'&eacute;ducation donn&eacute;e par les parents aux enfants n&eacute;s de leur union conjugale corporelle.<br /> Comme on le voit, nombreux sont les aspects et les sph&egrave;res de la compl&eacute;mentarit&eacute; entre la vocation, au sens &eacute;vang&eacute;lique, de ceux qui &quot;prennent femme et prennent mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34</a></i> et de ceux qui choisissent volontairement la continence &quot;pour le Royaume des Cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>.<br /> Dans sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens (que nous analyserons par la suite au cours de nos consid&eacute;rations), saint Paul &eacute;crit &agrave; propos de ce th&egrave;me: &quot;Chacun re&ccedil;oit de Dieu son don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-l&agrave;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>.</p> <p>- 14&nbsp;avril 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:05:45 +0000 Incarnare 123 at http://www.theologieducorps.fr TDC 079 - Chacun doit agir conformément à la vocation choisie http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-079-chacun-doit-agir-conformement-la-vocation-choisie <p> 1. Nous poursuivons les r&eacute;flexions sur les paroles du Christ au sujet de la continence pour le Royaume des Cieux.<br /> Il n'est pas possible de comprendre pleinement la signification et le caract&egrave;re de la continence si la derni&egrave;re expression de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ &quot;pour le Royaume des Cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i> n'est pas remplie de son contenu ad&eacute;quat, concret et objectif. Pr&eacute;c&eacute;demment nous avons dit que cette expression signifie la raison, c'est-&agrave;-dire met pour ainsi dire en relief la finalit&eacute; subjective, de l'appel du Christ &agrave; la continence. L'expression a toutefois en soi un sens objectif; elle indique en fait une r&eacute;alit&eacute; objective pour laquelle les diff&eacute;rentes personnes, hommes ou femmes, peuvent, comme l'a dit le Christ, se faire eunuques. Dans l'&eacute;nonc&eacute; du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, la r&eacute;alit&eacute; du &quot;Royaume&quot; est d&eacute;finie de fa&ccedil;on pr&eacute;cise et en m&ecirc;me temps&quot;g&eacute;n&eacute;rale&quot;, c'est-&agrave;-dire de telle sorte qu'elle peut comprendre toutes les d&eacute;terminations et significations particuli&egrave;res qui lui sont propres.</p> <p>2. Le Royaume des Cieux signifie le Royaume de Dieu que le Christ a pr&ecirc;ch&eacute; dans son accomplissement final, c'est-&agrave;-dire &quot;eschatologique&quot;. Le Christ pr&ecirc;chait ce Royaume dans sa r&eacute;alisation ou instauration temporelle et, en m&ecirc;me temps, il l'annon&ccedil;ait dans son accomplissement eschatologique. L'instauration temporelle du Royaume de Dieu est en m&ecirc;me temps son inauguration et sa pr&eacute;paration &agrave; l'accomplissement d&eacute;finitif. Le Christ appelle &agrave; ce Royaume, et en un certain sens il nous y invite tous (cf. la parabole du banquet de noces: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3a">Mt 22,1-14</a></i>. S'il appelle certains &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, il r&eacute;sulte du contenu de cette expression qu'il les y appelle pour prendre part de mani&egrave;re toute sp&eacute;ciale &agrave; l'instauration du Royaume de Dieu sur la terre gr&acirc;ce auquel commence et se pr&eacute;pare la phase d&eacute;finitive du Royaume des Cieux.</p> <p>3. C'est en ce sens que nous avons dit que cet appel comporte le signe particulier du propre dynamisme du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps. Ainsi donc, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; mentionn&eacute;, dans la continence pour le Royaume de Dieu se trouve mis en &eacute;vidence le &quot;se renier soi-m&ecirc;me, se charger de sa croix chaque jour, et suivre le Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1y.htm#ta">Lc 9,23</a></i>, ce qui peut m&ecirc;me aller jusqu'&agrave; renoncer au mariage et &agrave; une famille. Tout ceci d&eacute;coule de la conviction qu'il est possible ainsi de mieux contribuer &agrave; la r&eacute;alisation du Royaume de Dieu dans sa dimension terrestre, avec la perspective de son accomplissement eschatologique. Dans son &eacute;nonc&eacute; selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> le Christ dit, d'une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, que le renoncement volontaire a cette finalit&eacute;, mais il ne sp&eacute;cifie pas cette affirmation. Dans son premier &eacute;nonc&eacute; au sujet de ce th&egrave;me, il ne pr&eacute;cise pas encore pour quelles t&acirc;ches concr&egrave;tes cette continence volontaire est n&eacute;cessaire ou indispensable dans la r&eacute;alisation du Royaume de Dieu sur la terre et dans la pr&eacute;paration de son accomplissement futur. Saint Paul de Tarse nous dira quelque chose de plus &agrave; ce propos (1 Co) et le reste sera compl&eacute;t&eacute; par la vie de l'Eglise dans son cours historique dans le courant de l'authentique tradition.</p> <p> 4. Dans l'&eacute;nonc&eacute; du Christ sur la continence pour le Royaume des Cieux, nous ne trouvons aucune indication plus d&eacute;taill&eacute;e sur la fa&ccedil;on de comprendre ce Royaume lui-m&ecirc;me - tant en ce qui concerne sa r&eacute;alisation terrestre que son accomplissement d&eacute;finitif - dans sa relation sp&eacute;cifique et exceptionnelle avec ceux qui, volontairement, se font eunuques pour ledit Royaume.<br /> Et, de m&ecirc;me, rien n'indique par quel aspect particulier de la r&eacute;alit&eacute; constituant le Royaume lui sont associ&eacute;s ceux qui librement se sont faits eunuques. On sait en effet que le Royaume des Cieux est pour tous: sont &eacute;galement en relation avec lui sur la terre (et au ciel) ceux qui prennent femme et prennent mari. Il est pour tous la vigne du Seigneur o&ugrave;, sur la terre, ils doivent travailler et il est ensuite, la maison du P&egrave;re, o&ugrave; ils doivent se trouver dans l'&eacute;ternit&eacute;. Qu'est donc ce Royaume pour ceux qui choisissent la continence volontaire pour lui?</p> <p> 5. Dans l'&eacute;nonc&eacute; du Christ rapport&eacute; par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, nous ne trouvons aucune r&eacute;ponse &agrave; ces interrogations. Le Christ r&eacute;pond &agrave; ses disciples de mani&egrave;re &agrave; ne pas rester dans la ligne de leurs pens&eacute;es et de leurs estimations qui cachent, au moins indirectement, une attitude utilitariste &agrave; l'&eacute;gard du mariage: &quot;Si telle est la condition ... il ne convient pas de se marier&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10</a></i>. Le Ma&icirc;tre se d&eacute;tache ouvertement de cette mani&egrave;re de concevoir le probl&egrave;me et, pour ce motif, il parle de la continence pour le Royaume des Cieux sans sp&eacute;cifier pourquoi il vaut la peine de renoncer de cette mani&egrave;re au mariage afin qu'aux oreilles de ses disciples ce 'convient' ne fasse r&eacute;sonner quelque note utilitariste. Il dit seulement que cette continence est parfois requise, sinon indispensable, pour le Royaume de Dieu. Et par cela il indique que dans le Royaume que le Christ pr&ecirc;che et auquel il appelle, elle constitue en elle- m&ecirc;me une valeur particuli&egrave;re. Ceux qui la choisissent volontairement doivent la choisir par &eacute;gard pour cette valeur qu'elle poss&egrave;de et non &agrave; la suite de quelque autre calcul.</p> <p>6. Ce ton essentiel de la r&eacute;ponse du Christ qui se r&eacute;f&egrave;re directement &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux elle- m&ecirc;me, peut aussi se r&eacute;f&eacute;rer, de mani&egrave;re indirecte, aux pr&eacute;c&eacute;dents probl&egrave;mes du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i>. Si l'on prend en consid&eacute;ration l'ensemble de l'&eacute;nonc&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-11</a></i>, la r&eacute;ponse devrait, selon l'intention fondamentale du Christ, &ecirc;tre la suivante: si quelqu'un choisit le mariage, il doit le choisir tel que le Cr&eacute;ateur l'a institu&eacute; &agrave; l'origine; et il doit chercher en lui les valeurs qui correspondent au plan de Dieu; par contre, si quelqu'un d&eacute;cide de pratiquer la continence pour le Royaume des Cieux, il doit y chercher les valeurs propres de cette vocation. En d'autres termes: chacun doit agir conform&eacute;ment &agrave; la vocation choisie.</p> <p>7. Le Royaume des Cieux est certainement l'accomplissement d&eacute;finitif des aspirations de tous les hommes: il est la pl&eacute;nitude du bien que dans son coeur l'homme d&eacute;sire au-del&agrave; des limites de tout ce qui peut &ecirc;tre son apanage dans la vie terrestre; il est pour l'homme la pl&eacute;nitude absolue du don de Dieu. Dans son entretien avec les sadduc&eacute;ens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3x">Mt 22,24-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-40</a></i> que nous avons analys&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, nous trouvons d'autres d&eacute;tails sur ce Royaume, &agrave; savoir sur l'autre monde. Et il y a encore plus de d&eacute;tails dans tout le Nouveau Testament. Il semble toutefois que, pour &eacute;clairer ce que repr&eacute;sente le Royaume des Cieux pour ceux qui en font le motif de leur continence volontaire, la r&eacute;v&eacute;lation du rapport conjugal du Christ avec l'Eglise a une signification particuli&egrave;re: parmi les autres textes, c'est donc celui de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i> et sq. qui est d&eacute;cisif; et il convient que nous nous basions sur celui-ci quand nous prendrons en consid&eacute;ration le probl&egrave;me du caract&egrave;re sacramentel du mariage.<br /> Ce texte est &eacute;galement valable soit pour la th&eacute;ologie du mariage, soit pour la th&eacute;ologie de la continence pour le Royaume, c'est-&agrave;-dire la th&eacute;ologie de la virginit&eacute; et du c&eacute;libat. Il semble que, pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce texte, nous trouvons concr&eacute;tis&eacute; ce que le Christ a dit &agrave; ses disciples en les invitant &agrave; la continence volontaire pour le Royaume des Cieux.</p> <p>8. Dans cette analyse, il a &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; suffisamment soulign&eacute; que les paroles du Christ - extr&ecirc;mement concises - sont fondamentale, denses de contenu essentiel et, de plus, caract&eacute;ris&eacute;es par une certaine s&eacute;v&eacute;rit&eacute;. Il est incontestable que le Christ fait cet appel &agrave; la continence en perspective de l'autre monde, mais il y met l'accent sur tout ce qui exprime le r&eacute;alisme temporel de la d&eacute;cision &agrave; cette continence, d&eacute;cision li&eacute;e &agrave; la volont&eacute; de participer &agrave; l'oeuvre r&eacute;demptrice du Christ.<br /> Ainsi donc, &agrave; la lumi&egrave;re des paroles du Christ &agrave; ce sujet rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, &eacute;mergent surtout la profondeur et le s&eacute;rieux de la d&eacute;cision de vivre dans la continence pour le Royaume; et se trouve exprim&eacute;e l'importance du renoncement que cette d&eacute;cision implique.<br /> Indubitablement, &agrave; travers tout cela, &agrave; travers le s&eacute;rieux et la profondeur de la d&eacute;cision, &agrave; travers la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; et la responsabilit&eacute; que celle-ci comporte, transpara&icirc;t lumineusement l'amour: l'amour comme disponibilit&eacute; du don exclusif de soi pour le &quot;Royaume de Dieu&quot;. Toutefois, dans les paroles du Christ, il semble que cet amour soit voil&eacute; par ce qui est, au contraire, mis au premier plan.<br /> Le Christ ne cache pas &agrave; ses disciples le fait que le choix de la continence pour le Royaume des Cieux est - vu dans les cat&eacute;gories du temporel - un renoncement. Cette mani&egrave;re de parler aux disciples, qui formule clairement la v&eacute;rit&eacute; de son enseignement et des exigences qu'il contient, est significative pour tout l'Evangile; et c'est elle notamment qui lui conf&egrave;re pr&eacute;cis&eacute;ment un cachet et une vigueur si convaincants.</p> <p> 9. C'est le propre du coeur humain d'accepter des exigences m&ecirc;me difficiles, au nom de l'amour pour un id&eacute;al et surtout .au nom de l'amour pour la personne (l'amour est en effet, par essence, orient&eacute; vers la personne). C'est pourquoi dans cette invitation &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, ce sont d'abord les disciples eux-m&ecirc;mes, puis toute la tradition vivante de l'Eglise qui, bien vite, ont d&eacute;couvert l'amour qui se r&eacute;f&egrave;re au Christ lui-m&ecirc;me comme Epoux de l'Eglise, Epoux des &acirc;mes auxquelles il s'est donn&eacute; lui-m&ecirc;me jusqu'&agrave; la fin, dans le myst&egrave;re de sa P&acirc;que et de l'Eucharistie. De cette fa&ccedil;on la continence pour le Royaume des Cieux, le choix de la virginit&eacute; ou du c&eacute;libat pour toute la vie, sont devenus dans l'exp&eacute;rience des disciples et des fid&egrave;les du Christ, l'acte d'une r&eacute;ponse particuli&egrave;re &agrave; l'amour de l'Epoux divin et, de ce fait, ont acquis la signification d'un acte d'amour conjugal: c'est-&agrave;-dire d'un don conjugal de soi, dans le but de r&eacute;pondre de mani&egrave;re particuli&egrave;re &agrave; l'amour conjugal du R&eacute;dempteur: une donation de soi entendue comme renoncement, mais surtout faite par amour.</p> <p>-&nbsp;21&nbsp;avril 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:07:04 +0000 Incarnare 124 at http://www.theologieducorps.fr TDC 080 - Continence pour le Royaume de Dieu et signification conjugale du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-080-continence-pour-royaume-de-dieu-signification-conjugale-du-corps <p> 1. &quot;Il y a des eunuques qui se sont rendus tels en vue du Royaume des Cieux&quot;: c'est ainsi que le Christ s'exprime selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>.<br /> C'est le propre du coeur humain d'accepter des exigences, m&ecirc;me tr&egrave;s difficiles, au nom de l'amour pour un id&eacute;al et surtout au nom de l'amour envers une personne (l'amour est en effet, par son essence m&ecirc;me, orient&eacute; vers la personne). C'est pourquoi, d'abord les disciples eux-m&ecirc;mes, puis toute la tradition vivante ne tard&egrave;rent pas &agrave; d&eacute;couvrir dans l'invitation &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux cet amour qui se r&eacute;f&egrave;re au Christ lui-m&ecirc;me en tant qu'Epoux de l'Eglise et Epoux des &acirc;mes, auxquelles il s'est donn&eacute; lui- m&ecirc;me jusqu'&agrave; la fin, dans le myst&egrave;re de sa P&acirc;que et dans l'Eucharistie. De cette fa&ccedil;on, la continence pour le Royaume des Cieux, le choix de la virginit&eacute; ou du c&eacute;libat pour toute la vie sont devenus, dans l'exp&eacute;rience des disciples et de ceux qui suivent le Christ, une r&eacute;ponse particuli&egrave;re &agrave; l'amour de l'Epoux divin; ils ont donc acquis la signification d'un acte d'amour conjugal, c'est-&agrave;-dire d'une donation personnelle de soi-m&ecirc;me, afin ou de vivre de mani&egrave;re sp&eacute;ciale l'amour conjugal du R&eacute;dempteur; c'est une donation de soi-m&ecirc;me, entendue comme renoncement, mais r&eacute;alis&eacute;e surtout par amour.</p> <p> 2. Nous avons d&eacute;j&agrave; tir&eacute; de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ sur la continence pour le Royaume des Cieux toute la richesse qu'il contient, si concis soit-il mais en m&ecirc;me temps d'une si grande profondeur. Mais il convient maintenant de pr&ecirc;ter attention &agrave; la signification que ces paroles ont pour la th&eacute;ologie du corps de la m&ecirc;me mani&egrave;re que nous avons d&eacute;j&agrave; cherch&eacute; &agrave; en pr&eacute;senter et &agrave; en reconstruire les fondements bibliques d&egrave;s l'origine. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment l'analyse de ce &quot;d&egrave;s l'origine&quot; biblique auquel le Christ s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; dans son entretien avec les pharisiens sur le th&egrave;me du mariage, de son unit&eacute; et de son indissolubilit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i> - peu avant d'adresser &agrave; ses disciples ses paroles sur la continence pour le Royaume des Cieux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i> - qui permet de se rappeler la profonde v&eacute;rit&eacute; sur la signification conjugale du corps humain dans sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, telle que nous l'avons d&eacute;duite en son temps de l'analyse des premiers chapitres de la Gen&egrave;se et en particulier de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment ainsi qu'il importait de formuler et de pr&eacute;ciser ce que nous trouvons dans ces textes anciens.</p> <p> 3. Conform&eacute;ment &agrave; la mani&egrave;re de penser et &agrave; la mentalit&eacute; actuelles, on a pris l'habitude de parler surtout d'instinct sexuel, transf&eacute;rant sur le terrain de la r&eacute;alit&eacute; humaine ce qui est le propre du monde des animaux. Or une profonde m&eacute;ditation du texte concis des deux premiers chapitres de la Gen&egrave;se nous permet d'&eacute;tablir avec certitude et conviction que d&egrave;s l'origine il a &eacute;t&eacute; d&eacute;termin&eacute; dans la Bible une limite tr&egrave;s claire et indiscutable entre le monde des animaux (animalia) et l'homme cr&eacute;&eacute; &agrave; l'image et ressemblance de Dieu. Bien que relativement tr&egrave;s bref, il y a cependant assez d'espace dans ce texte pour d&eacute;montrer que l'homme a une claire conscience de ce qui le distingue, d'une mani&egrave;re essentielle, de tous les &ecirc;tres vivants (animalia).</p> <p> 4. Donc, l'application &agrave; l'homme de cette cat&eacute;gorie, substantiellement naturaliste, qui est contenue dans le concept et dans l'expression &quot;instinct sexuel&quot; n'est nullement appropri&eacute;e et ad&eacute;quate. Il est &eacute;vident que cette application peut advenir en se basant sur une certaine analogie; en effet, la particularit&eacute; de l'homme en comparaison du monde des &ecirc;tres vivants (animalia) n'est pas telle que l'homme, entendu du point de vue de l'esp&egrave;ce, ne puisse &ecirc;tre fondamentalement qualifi&eacute; lui aussi comme animal, mais alors comme animal raisonnable. C'est pourquoi, malgr&eacute; cette analogie, l'application du concept d'instinct sexuel &agrave; l'homme - consid&eacute;rant le dualisme dans lequel il existe comme homme et comme femme - limite toutefois fortement et en un certains sens diminue ce qu'est la masculinit&eacute;-f&eacute;minit&eacute; m&ecirc;me dans la dimension personnelle de la subjectivit&eacute; humaine. On limite et att&eacute;nue &eacute;galement ce pourquoi l'un et l'autre, l'homme et la femme, s'unissent si intimement qu'ils ne font qu'&quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Pour exprimer cela de fa&ccedil;on appropri&eacute;e et ad&eacute;quate il faut faire appel &eacute;galement &agrave; une analyse diff&eacute;rente de l'analyse naturaliste. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment l'&eacute;tude de l'origine biblique qui nous oblige &agrave; le faire de mani&egrave;re convaincante. La v&eacute;rit&eacute; sur la signification conjugale du corps humain dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, d&eacute;duite des premiers chapitres de la Gen&egrave;se (et en particulier de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, c'est-&agrave;-dire la d&eacute;couverte de la signification conjugale du corps dans la structure personnelle de la subjectivit&eacute; de l'homme et de la femme, semble &ecirc;tre dans ce domaine un concept cl&eacute; et en m&ecirc;me temps le seul appropri&eacute; et ad&eacute;quat.</p> <p> 5. Or, c'est pr&eacute;cis&eacute;ment, en relation avec ce concept, avec cette v&eacute;rit&eacute; sur la signification conjugale du corps humain, qu'il importe de relire, de comprendre les paroles du Christ au sujet de la continence pour le Royaume des Cieux, prononc&eacute;es dans le contexte imm&eacute;diat de cette r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'origine sur laquelle Il a fond&eacute; sa doctrine concernant l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage. A la base de l'invitation du Christ &agrave; la continence, il y a non seulement l'instinct sexuel, comme cat&eacute;gorie d'une n&eacute;cessit&eacute;, dirais- je, naturaliste, mais aussi la conscience de la libert&eacute; du don qui est organiquement connexe &agrave; la profonde et m&ucirc;re conscience de la signification conjugale du corps, dans la structure totale de la subjectivit&eacute; personnelle de l'homme et de la femme. C'est seulement en relation avec cette signification de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine que l'appel &agrave; la continence volontaire pour le Royaume des Cieux trouve sa pleine garantie et motivation. C'est seulement et exclusivement dans cette perspective que le Christ dit: &quot;Comprenne qui pourra!&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>; par cela, il indique que cette continence - bien que de toute fa&ccedil;on elle soit surtout un don - peut &ecirc;tre &eacute;galement comprise, c'est-&agrave;-dire tir&eacute;e et d&eacute;duite, de l'id&eacute;e que l'homme a de son propre ego psychosomatique dans sa totalit&eacute; et, en particulier, de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; de cet ego dans le rapport r&eacute;ciproque qui est inscrit, comme par nature, dans toute subjectivit&eacute; humaine.</p> <p> 6. Comme nous l'avons tir&eacute; des analyses pr&eacute;c&eacute;dentes faites sur la base du livre de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>, ce rapport r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, ce 'pour' r&eacute;ciproque de l'homme et de la femme ne peuvent se comprendre de mani&egrave;re appropri&eacute;e et ad&eacute;quate que dans l'ensemble dynamique du sujet personnel. Les paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> indiquent ensuite que ce 'pour' pr&eacute;sent d&egrave;s l'origine &agrave; la base du mariage peut &eacute;galement se trouver &agrave; la base de la continence &quot;pour&quot; le Royaume des Cieux! En s'appuyant sur la m&ecirc;me disposition du sujet personnel gr&acirc;ce &agrave; quoi l'homme se retrouve pleinement &agrave; travers un don sinc&egrave;re de soi <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>, l'homme masculin-f&eacute;minin est capable de choisir la donation personnelle de lui-m&ecirc;me faite &agrave; une autre personne dans le pacte conjugal o&ugrave; tous deux deviennent une seule chair, et il est &eacute;galement capable de renoncer librement &agrave; cette donation de lui-m&ecirc;me &agrave; une autre personne afin que choisissant la continence pour le Royaume des Cieux, il puisse se donner totalement au Christ. C'est sur la base de cette disposition du sujet personnel et sur la base de la signification conjugale m&ecirc;me de l'&ecirc;tre en tant que corps, masculin ou f&eacute;minin, que peut se former &agrave; la dimension de la vie tout enti&egrave;re, l'amour qui engage l'homme au mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-10</a></i> mais peut &eacute;galement se former l'amour qui engage l'homme pour toute la vie &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment de cela que le Christ parle dans l'ensemble de son &eacute;nonc&eacute;, quand il s'adresse d'abord aux pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-10</a></i> puis &agrave; ses disciples <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>.</p> <p>7. Il est &eacute;vident que le choix du mariage tel qu'il a &eacute;t&eacute; institu&eacute; par le Cr&eacute;ateur d&egrave;s l'origine suppose la prise de conscience et l'acception int&eacute;rieure de la signification conjugale du corps, li&eacute;e &agrave; la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine. Ce fait est pr&eacute;cis&eacute;ment exprim&eacute; de mani&egrave;re lapidaire dans les versets du livre de la Gen&egrave;se. Quand nous &eacute;coutons les paroles que le Christ adressa &agrave; ses disciples sur la continence &quot;pour le Royaume des Cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, nous ne saurions penser que ce second genre de choix puisse &ecirc;tre fait de mani&egrave;re consciente et libre sans se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; sa propre masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; et &agrave; cette signification conjugale qui est le propre de l'homme, pr&eacute;cis&eacute;ment dans la masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; de son &ecirc;tre sujet personnel. Mieux, &agrave; la lumi&egrave;re des paroles du Christ, nous devons admettre que ce second genre de choix, c'est-&agrave;-dire la continence pour le Royaume de Dieu, se r&eacute;alise surtout par rapport &agrave; la masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; propre de la personne qui fait ce choix; il se r&eacute;alise sur la base de la pleine conscience de cette signification conjugale que la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; renferment en-soi. Si ce choix se r&eacute;alisait &agrave; travers une quelconque n&eacute;gligence artificieuse de cette authentique richesse de chaque sujet humain, il ne r&eacute;pondrait pas de mani&egrave;re appropri&eacute;e et ad&eacute;quate au contenu des paroles du Christ rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>.<br /> Ici le Christ demande explicitement une pleine compr&eacute;hension quand il dit &quot;Comprenne qui pourra&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>.</p> <p>- 28&nbsp;avril 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:08:20 +0000 Incarnare 125 at http://www.theologieducorps.fr TDC 081 - Pour être conscient de son choix l'homme doit connaître ce à quoi il renonce http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-081-pour-etre-conscient-de-choix-lhomme-doit-connaitre-ce-il-renonce <p> 1. R&eacute;pondant &agrave; la question que les pharisiens lui posaient &agrave; propos du mariage et de son indissolubilit&eacute;, le Christ s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; l'origine, c'est-&agrave;-dire au mariage institu&eacute; originairement par le Cr&eacute;ateur. Etant donn&eacute; que ses interlocuteurs s'&eacute;taient r&eacute;clam&eacute;s de la loi de Mo&iuml;se qui pr&eacute;voyait la possibilit&eacute; d'&eacute;tablir une lettre de r&eacute;pudiation, il r&eacute;pondit: &quot;C'est en raison de votre caract&egrave;re intraitable que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes, mais &agrave; l'origine il n'en fut pas ainsi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>.<br /> Apr&egrave;s l'entretien avec les pharisiens, les disciples du Christ se sont adress&eacute;s &agrave; Lui en ces termes: &quot;Si telle est la condition de l'homme envers la femme, il n'est pas exp&eacute;dient de se marier&quot;. J&eacute;sus leur r&eacute;pondit: &quot;Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-l&agrave; seulement &agrave; qui c'est donn&eacute;. Il y a en effet des eunuques qui sont n&eacute;s ainsi du sein de leur m&egrave;re; il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes; et il y a des eunuques qui se sont eux-m&ecirc;mes rendus tels en vue du Royaume des Cieux. Comprenne qui pourra!&quot;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>.</p> <p> 2. Il est incontestable que les paroles du Christ font allusion &agrave; un renoncement volontaire et conscient au mariage. Pour &ecirc;tre pleinement conscient de ce qu'il choisit (la continence pour le Royaume des Cieux) l'homme doit &ecirc;tre tout autant conscient de ce &agrave; quoi il renonce (il s'agit exactement ici de la conscience de la valeur, au sens d'id&eacute;al; n&eacute;anmoins cette conscience est absolument r&eacute;aliste). Le Christ exige &agrave; coup s&ucirc;r de cette mani&egrave;re, un choix bien m&ucirc;ri. La fa&ccedil;on dont s'exprime l'appel &agrave; la continence du Royaume des Cieux le d&eacute;montre clairement.</p> <p> 3. Mais un renoncement pleinement conscient &agrave; cette valeur ne suffit pas. A la lumi&egrave;re des paroles du Christ, et, de m&ecirc;me, &agrave; la lumi&egrave;re de toute la tradition chr&eacute;tienne authentique, on peut conclure que ce renoncement est en m&ecirc;me temps une forme particuli&egrave;re d'affirmation de cette valeur dont la personne non mari&eacute;e s'abstient de mani&egrave;re coh&eacute;rente, suivant le conseil &eacute;vang&eacute;lique. Cela peut sembler un paradoxe. Mais on sait que le paradoxe accompagne de nombreux &eacute;nonc&eacute;s de l'Evangile et, souvent m&ecirc;me, les plus &eacute;loquents et les plus profonds. En acceptant cette signification-l&agrave; de l'appel &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, nous concluons correctement en soutenant que la r&eacute;alisation de cet appel sert &eacute;galement - et tout particuli&egrave;rement - &agrave; confirmer la signification nuptiale du corps humain dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;. Le renoncement au mariage pour le Royaume de Dieu met en &eacute;vidence ipso facto cette signification dans toute sa v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure et toute sa beaut&eacute; personnelle. On peut dire que ce renoncement consenti individuellement par des hommes et des femmes, est, en un certain sens, indispensable pour que la signification nuptiale m&ecirc;me du corps soit plus facilement reconnue dans tout l'&eacute;thos de la vie humaine et surtout dans l'&eacute;thos de la vie conjugale et familiale.</p> <p> 4. Ainsi donc, m&ecirc;me si la continence pour le Royaume des Cieux (la virginit&eacute;, le c&eacute;libat) oriente la vie de ceux qui la choisissent librement, hors de la voie commune de la vie conjugale et familiale, cette continence ne reste toutefois pas sans signification pour cette vie: pour son style, sa valeur et son authenticit&eacute; &eacute;vang&eacute;liques. N'oublions pas que la cl&eacute; unique pour comprendre le caract&egrave;re sacramentel du mariage est l'amour conjugal du Christ envers l'Eglise <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-23</a></i>; du Christ fils de la Vierge et Vierge lui-m&ecirc;me, c'est-&agrave;-dire eunuque pour le Royaume des Cieux au sens le plus parfait du terme. Il conviendra de reprendre plus tard ce sujet.</p> <p> 5. Au terme de ces r&eacute;flexions il reste encore un probl&egrave;me concret: de quelle mani&egrave;re l'homme qui a re&ccedil;u l'appel &agrave; la continence pour le R&egrave;gne r&eacute;pond-il &agrave; un appel sur la base de la conscience de la signification conjugale du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; et, en plus, comme fruit de cette conscience? De quelle mani&egrave;re se forme-t-il ou plut&ocirc;t se transforme-t-il? Cette question est &eacute;galement importante, tant au point de vue de la th&eacute;ologie du corps qu'au point de vue du d&eacute;veloppement de la personne humaine, qui est de caract&egrave;re personnel et charismatique en m&ecirc;me temps. Si nous voulions r&eacute;pondre de mani&egrave;re exhaustive &agrave; cette question - &agrave; la mesure des aspects et des probl&egrave;mes concrets qu'elle offre - il faudrait mener une &eacute;tude appropri&eacute;e sur le rapport entre le mariage et la virginit&eacute; et entre le mariage et le c&eacute;libat. Mais cela d&eacute;passerait les limites des pr&eacute;sentes consid&eacute;rations.</p> <p> 6. Restant dans le cadre des paroles du Christ rapport&eacute;es par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i>, nous devons conclure nos r&eacute;flexions en affirmant ce qui suit. - Primo: si la continence pour le Royaume des Cieux signifie incontestablement un renoncement, ce renoncement est en m&ecirc;me temps une affirmation: celle qui d&eacute;coule de la d&eacute;couverte du don: c'est-&agrave;-dire de la d&eacute;couverte en m&ecirc;me temps d'une nouvelle perspective de r&eacute;alisation personnelle de soi-m&ecirc;me &quot;au moyen d'un don sinc&egrave;re de soi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>; cette d&eacute;couverte se trouve alors en &eacute;tat de profonde harmonie int&eacute;rieure avec le sens de la signification nuptiale du corps, li&eacute;e d&egrave;s l'origine &agrave; la masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; de l'&ecirc;tre humain en tant que sujet personnel. -- Secundo: bien que la continence pour le Royaume des Cieux s'identifie avec le renoncement au mariage - qui donne naissance &agrave; une famille dans la vie d'un homme et d'une femme - on ne saurait nullement voir en elle une n&eacute;gation de la valeur essentielle du mariage; au contraire, la continence sert indirectement &agrave; mettre en relief ce qui est &eacute;ternel et plus profond&eacute;ment personnel dans la vocation conjugale, ce qui, dans les dimensions du temporel (et en m&ecirc;me temps en perspective de l'autre monde) correspond &agrave; la dignit&eacute; du don personnel, li&eacute;e &agrave; la signification nuptiale du corps dans sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>7. De cette mani&egrave;re l'appel du Christ &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux, justement associ&eacute; au rappel de la future r&eacute;surrection <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a2j">Mt 21,24-30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-40</a></i> a une signification capitale non seulement pour l'&eacute;thos et la spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne, mais aussi pour l'anthropologie et pour toute la th&eacute;ologie du corps que nous d&eacute;couvrons &agrave; ses bases. Rappelons-nous que le Christ, en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la r&eacute;surrection du corps dans l'autre monde, dit, selon la version des trois Evangiles synoptiques: &quot;Car, lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a></i>. Ces paroles, que nous avons d&eacute;j&agrave; analys&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment, font partie de l'ensemble de nos consid&eacute;rations sur la th&eacute;ologie du corps et contribuent &agrave; sa construction.</p> <p>- 5&nbsp;mai 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:09:36 +0000 Incarnare 126 at http://www.theologieducorps.fr TDC 082 - L'interprétation paulinienne de virginité et mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-082-linterpretation-paulinienne-de-virginite-mariage <p>1. Apr&egrave;s avoir fait l'analyse des paroles du Christ se rapportant &agrave; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z1">Mt 19,10-12</a></i>, il convient de passer &agrave; l'interpr&eacute;tation du th&egrave;me: virginit&eacute; et mariage.<br /> Le Christ a parl&eacute; de mani&egrave;re concise et fondamentale de la continence pour le Royaume des Cieux. Comme nous en serons bient&ocirc;t convaincus, dans l'enseignement de Paul nous pouvons relever une corr&eacute;lation avec les paroles du Ma&icirc;tre; la signification de son &eacute;nonc&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i> doit &ecirc;tre &eacute;valu&eacute;e, dans l'ensemble, d'une mani&egrave;re diff&eacute;rente. La grandeur de l'enseignement de Paul provient du fait qu'en pr&eacute;sentant dans toute son authenticit&eacute; et identit&eacute; la v&eacute;rit&eacute; proclam&eacute;e par le Christ, l'Ap&ocirc;tre lui donne son propre accent, en un certain sens sa propre interpr&eacute;tation personnelle, n&eacute;e toutefois des exp&eacute;riences de son activit&eacute; apostolico-missionnaire, et peut- &ecirc;tre m&ecirc;me du besoin imm&eacute;diat de r&eacute;pondre aux demandes concr&egrave;tes des hommes qui &eacute;taient les destinataires de cette activit&eacute;. Et c'est ainsi que nous trouvons dans saint Paul le probl&egrave;me du rapport entre mariage et c&eacute;libat ou virginit&eacute;, un sujet qui pr&eacute;occupait les esprits de la premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration des confesseurs du Christ, la g&eacute;n&eacute;ration des disciples, des ap&ocirc;tres, des premi&egrave;res communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes. Cela se constatait davantage chez les convertis de l'hell&eacute;nisme - c'est-&agrave;-dire donc du paganisme - que chez ceux du juda&iuml;sme; et cela peut expliquer pourquoi le sujet a &eacute;t&eacute; trait&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment dans une &eacute;p&icirc;tre adress&eacute;e &agrave; la communaut&eacute; de Corinthe, la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre.</p> <p>2. Tout l'&eacute;nonc&eacute; a un ton indiscutablement magistral; mais ce ton, comme le langage, est &eacute;galement pastoral. Paul enseigne la doctrine transmise par le Ma&icirc;tre aux ap&ocirc;tres et, en m&ecirc;me temps, il poursuit comme un entretien sur le th&egrave;me en question avec les destinataires de son &eacute;p&icirc;tre. Il parle comme un classique ma&icirc;tre de morale, affrontant et r&eacute;solvant des probl&egrave;mes de conscience; c'est pourquoi les moralistes se tournent plus volontiers vers les explications et les d&eacute;lib&eacute;rations de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>. Il importe toutefois de rappeler que la base ultime de ces d&eacute;lib&eacute;rations doit &ecirc;tre cherch&eacute;e dans la vie et dans l'enseignement du Christ lui-m&ecirc;me.</p> <p> 3. L'ap&ocirc;tre souligne de mani&egrave;re lumineuse que la virginit&eacute;, c'est-&agrave;-dire la &quot;continence volontaire&quot;, d&eacute;coule exclusivement d'un conseil et non d'un commandement: &quot;Pour ce qui est des vierges, je n'ai pas de commandement du Seigneur, mais je donne un conseil ...&quot;; ce conseil, Paul le donne &quot;en homme qui, par la mis&eacute;ricorde du Seigneur, est digne de confiance&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gc">1Co 7,25</a></i>. Comme l'indiquent les paroles cit&eacute;es, l'ap&ocirc;tre &eacute;tablit, tout comme l'Evangile <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z2">Mt 19,11-12</a></i> une distinction entre conseil et commandement. Paul veut conseiller sur la base de la r&egrave;gle doctrinale de son intelligence de l'enseignement proclam&eacute;; il d&eacute;sire donner des conseils personnels aux hommes qui s'adressent &agrave; lui. Ainsi donc, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>, le &quot;conseil&quot; a clairement deux significations diff&eacute;rentes. L'auteur affirme que la virginit&eacute; est un conseil et non pas un commandement et, en m&ecirc;me temps, il donne des conseils soit aux gens d&eacute;j&agrave; mari&eacute;s, soit &agrave; ceux qui doivent encore se d&eacute;cider &agrave; cet &eacute;gard et, enfin, &agrave; tous ceux qui se trouvent en &eacute;tat de veuvage. L'ensemble des probl&egrave;mes est, en substance, semblable &agrave; celui que nous trouvons dans tout l'&eacute;nonc&eacute; du Christ rapport&eacute; par <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zt">Mt 19,2-12</a></i>; d'abord au sujet du mariage et de son indissolubilit&eacute;, puis sur la continence volontaire pour le Royaume des Cieux. Toutefois, le style de cet ensemble de probl&egrave;mes est tout &agrave; fait caract&eacute;ristique: il est proprement paulinien.</p> <p> 4. &quot;Si quelqu'un pense, &eacute;tant en pleine ardeur juv&eacute;nile, qu'il risque de mal se conduire vis-&agrave;-vis de sa fianc&eacute;e, et que les choses doivent suivre leur cours, qu'il fasse ce qu'il veut: il ne p&egrave;che pas, qu'ils se marient! Mais celui qui a pris dans son coeur une ferme r&eacute;solution, en dehors de toute contrainte, en gardant le plein contr&ocirc;le de sa volont&eacute; et a ainsi d&eacute;cid&eacute; en lui-m&ecirc;me de respecter sa fianc&eacute;e, celui- l&agrave; fait bien. Ainsi donc celui qui se marie avec sa fianc&eacute;e fait bien, mais celui qui ne se marie pas fait mieux encore&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gn">1Co 7,36-37</a></i>.</p> <p> 5. Celui qui avait demand&eacute; conseil pouvait &ecirc;tre un jeune qui se trouvait devant la d&eacute;cision de prendre femme ou peut &ecirc;tre un nouvel &eacute;poux qui, en pr&eacute;sence des courants asc&eacute;tiques existant &agrave; Corinthe, r&eacute;fl&eacute;chissait sur l'orientation &agrave; donner &agrave; son mariage; ce pouvait &eacute;galement &ecirc;tre un p&egrave;re ou le tuteur d'une fille qui avait pos&eacute; le probl&egrave;me du mariage de celle-ci. En ce cas il s'agirait directement de la d&eacute;cision qui d&eacute;coulait de ses droits de tuteur. Paul &eacute;crit, en effet, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les d&eacute;cisions de ce genre appartenaient plus aux parents ou aux tuteurs qu'aux jeunes gens eux-m&ecirc;mes. R&eacute;pondant donc &agrave; la demande qui lui a &eacute;t&eacute; faite de cette mani&egrave;re, il cherche &agrave; expliquer de fa&ccedil;on tr&egrave;s pr&eacute;cise que la d&eacute;cision au sujet de la continence, c'est-&agrave;-dire au sujet de la &quot;vie &agrave; passer dans la virginit&eacute;&quot;, doit &ecirc;tre volontaire et que seule une &quot;telle&quot; continence est meilleure que le mariage. Les expressions 'fait bien' et 'fait mieux' encore ne pr&ecirc;tent &agrave; aucune &eacute;quivoque dans ce contexte.</p> <p> 6. Eh bien, l'ap&ocirc;tre enseigne que la virginit&eacute;, c'est-&agrave;- dire la continence volontaire, l'abstinence du mariage pour la jeune fille, d&eacute;coule exclusivement d'un conseil et que, dans d'opportunes conditions, elle est meilleure que le mariage. Il n'est ici nullement question de p&eacute;ch&eacute;: &quot;Es-tu li&eacute; &agrave; une femme? Ne cherche pas &agrave; rompre. N'es-tu pas li&eacute; &agrave; une femme? Ne cherche pas de femme. Si cependant tu te maries tu ne p&egrave;ches pas; et si la jeune fille se marie elle ne p&egrave;che pas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#ge">1Co 7,27-28</a></i>. Si nous n'avons que ces paroles pour base, nous ne pouvons certes former un jugement sur ce que l'ap&ocirc;tre pensait et enseignait au sujet du mariage. Ce sujet sera d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; partiellement dans le contexte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>, et de mani&egrave;re plus compl&egrave;te dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-23</a></i>. Dans notre cas, il s'agit probablement de la r&eacute;ponse &agrave; la question de savoir si le mariage est un p&eacute;ch&eacute;; et on pourrait, &agrave; propos de cette question, penser &agrave; quelque influence de courants dualistes pr&eacute;-gnotisques qui se tranformeront plus tard en encratisme et manich&eacute;isme. Paul r&eacute;pond que la question du p&eacute;ch&eacute; n'est nullement en jeu. Il ne s'agit pas de discerner entre &quot;bien&quot; ou &quot;mal&quot;, mais seulement entre &quot;bien&quot; ou &quot;mieux&quot;. Par la suite il expliquera pourquoi celui qui choisit le mariage fait bien et pourquoi celui qui choisit la virginit&eacute; ou continence volontaire fait mieux encore.<br /> Durant notre prochaine r&eacute;flexion nous nous occuperons de l'argumentation paulinienne.</p> <p>- 23&nbsp;juin 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:10:54 +0000 Incarnare 127 at http://www.theologieducorps.fr TDC 083 - Le Christ met en relief la grandeur de la virginité http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-083-christ-met-en-relief-la-grandeur-de-la-virginite <p> 1. Expliquant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i> la question du mariage et de la virginit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de la continence pour le Royaume de Dieu, saint Paul cherche &agrave; expliquer pourquoi celui qui choisit le mariage fait bien et pourquoi celui qui, par contre, choisit la continence ou la virginit&eacute;, fait mieux. Voici en effet, ce qu'il &eacute;crit: &quot;Je vous le dis fr&egrave;res: le temps se fait court. Reste donc que ceux qui ont femme vivent comme s'ils n'en avaient pas ...&quot;; et puis: &quot;Ceux qui ach&egrave;tent, comme s'ils ne poss&eacute;daient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n'en usaient pas v&eacute;ritablement. Car elle passe la figure de ce monde! Je voudrais vous voir exempts de soucis&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gg">1Co 7,29-32</a></i>.</p> <p> 2. Les derni&egrave;res paroles du texte cit&eacute; d&eacute;montrent que dans son argumentation Paul se r&eacute;f&egrave;re &eacute;galement &agrave; sa propre exp&eacute;rience, ce qui rend cette argumentation plus personnelle. Non seulement il formule le principe et t&acirc;che de le motiver comme tel, mais il le relie &agrave; ses r&eacute;flexions et convictions personnelles n&eacute;es de la pratique du conseil &eacute;vang&eacute;lique du c&eacute;libat. De leur force de persuasion t&eacute;moignent les diverses expressions et locutions. L'Ap&ocirc;tre non seulement &eacute;crit &agrave; ses Corinthiens: &quot;Je voudrais que tout le monde f&ucirc;t comme moi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>, mais il va plus loin quand, se r&eacute;f&eacute;rant aux hommes qui contractent mariage, il &eacute;crit: &quot;Mais ceux-l&agrave; conna&icirc;tront des tourments dans leur chair, et moi je voudrais vous les &eacute;pargner&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gf">1Co 7,28</a></i>. Du reste, cette conviction personnelle il l'avait d&eacute;j&agrave; exprim&eacute;e d&egrave;s les premiers mots du chapitre 7 de cette &eacute;p&icirc;tre, en rapportant, m&ecirc;me si c'&eacute;tait pour la modifier, cette opinion des Corinthiens: &quot;Je viens maintenant &agrave; ce que vous m'avez &eacute;crit. Il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7,1</a></i>.</p> <p> 3. On pourrait se demander quels sont les tourments dans la chair que Paul avait dans l'esprit? Le Christ n'a parl&eacute; que des souffrances, ou tristesse, qu'&eacute;prouvait la femme quand elle devait mettre l'enfant au monde, mais il a aussi soulign&eacute; la joie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxr.htm#zb">Jn 16,21</a></i> qui la payait de ses souffrances &agrave; la naissance de son enfant: la joie de la maternit&eacute;. Paul, cependant, parle des tourments dans la chair, qui attendent les conjoints. Serait-ce l&agrave; l'expression d'une aversion personnelle de l'ap&ocirc;tre &agrave; l'&eacute;gard du mariage? Dans cette observation r&eacute;aliste il faut voir un avertissement pour ceux qui - comme parfois les jeunes - croient que l'union et la coexsistence conjugales doivent leur donner uniquement du bonheur et de la joie. L'exp&eacute;rience de la vie d&eacute;montre qu'il n'est pas rare de voir des &eacute;poux d&eacute;&ccedil;us dans ce qu'ils esp&eacute;raient le plus. La joie de l'union comporte &eacute;galement ces tourments dans la chair dont parle l'Ap&ocirc;tre dans son &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens. Ces tourments sont souvent de nature morale. S'il entend dire par l&agrave; que le v&eacute;ritable amour conjugal - pr&eacute;cis&eacute;ment celui en vertu duquel &quot;l'homme s'unira &agrave; sa femme et les deux ne seront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> - est aussi un amour difficile, il est certain qu'il se maintient sur le terrain de la v&eacute;rit&eacute; &eacute;vang&eacute;lique, et il n'y a aucune raison d'y rechercher des sympt&ocirc;mes de l'attitude qui, plus tard, allait caract&eacute;riser le manich&eacute;isme.</p> <p>4. Par ses paroles concernant la continence pour le Royaume de Dieu, le Christ ne cherche d'aucune mani&egrave;re &agrave; guider ses auditeurs vers le c&eacute;libat ou la virginit&eacute; en leur indiquant les tourments du mariage. On comprend plut&ocirc;t qu'il cherche &agrave; mettre en relief les divers aspects, humainement p&eacute;nibles, du fait de se d&eacute;cider &agrave; la continence: soit la raison sociale, soit les raisons de nature subjective am&egrave;nent le Christ &agrave; dire que l'homme qui prend une telle d&eacute;cision se fait eunuque, c'est-&agrave;-dire embrasse volontairement la continence. Mais c'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que sautent clairement aux yeux toute la signification subjective, la grandeur et le caract&egrave;re exceptionnels d'une semblable d&eacute;cision: elle signifie une r&eacute;ponse m&ucirc;rie &agrave; un don particulier de l'Esprit.</p> <p> 5. Dans son &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, saint Paul n'entendait pas diff&eacute;remment le conseil de continence, mais il l'exprimait d'une autre mani&egrave;re. Il &eacute;crit en effet: &quot;Je vous le dis, fr&egrave;res: le temps se fait court ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gi">1Co 7,31</a></i>. Cette constatation de la caducit&eacute; de l'existence humaine et du caract&egrave;re transitoire du monde temporel, en un certain sens du caract&egrave;re accidentel de tout ce qui est cr&eacute;&eacute;, doit faire en sorte que &quot;ceux qui ont femme vivent comme s'ils n'en avaient pas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gg">1Co 7,29</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gi">1Co 7,31</a></i> et doit en m&ecirc;me temps pr&eacute;parer le terrain pour l'enseignement de la continence. Paul, en effet, place au centre de son raisonnement la phrase cl&eacute; qui peut &ecirc;tre unie &agrave; l'&eacute;nonc&eacute; du Christ, unique en son genre, sur le th&egrave;me de la continence pour le Royaume de Dieu <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>.</p> <p> 6. Tandis que le Christ met en relief la grandeur du renoncement, ins&eacute;parable de cette d&eacute;cision, Paul indique surtout comment il faut entendre le Royaume de Dieu, dans la vie de l'homme qui a renonc&eacute; au mariage en vue de ce Royaume. Et, tandis que le triple parall&eacute;lisme de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ atteint le point culminant dans la parole qui signifie la grandeur du renoncement assum&eacute; volontairement: &quot;Et il en est d'autres qui se sont faits eunuques pour le Royaume des Cieux &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>. Paul d&eacute;finit la situation d'un seul mot: agamos - qui n'est pas mari&eacute;; plus loin, par contre, il traduit tout ce que contient l'expression Royaume des Cieux par une merveilleuse synth&egrave;se. Il dit, en effet: &quot;L'homme qui n'est pas mari&eacute; se pr&eacute;occupe des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gj">1Co 7,32</a></i>.<br /> Chaque mot de cet &eacute;nonc&eacute; m&eacute;rite une analyse particuli&egrave;re.</p> <p> 7. Le contexte du verbe se pr&eacute;occuper ou chercher indique, dans l'&eacute;vangile de Luc, disciple de Paul, qu'il faut &quot;chercher&quot; vraiment et uniquement &quot;le Royaume de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1z.htm#yg">Lc 12,31</a></i> ce qui constitue &quot;la partie la meilleure&quot;, l'unum necessarium <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f1y.htm#vq">Lc 10,41</a></i>. Et Paul lui-m&ecirc;me parle de &quot;son souci pour toutes les Eglises&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#h4">2Co 11,28</a></i>, de la recherche du Christ moyennant sa sollicitude pour les probl&egrave;mes des fr&egrave;res, pour les membres du Corps du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#cx">Ph 2,20-21</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#kv">1Co 12,25</a></i> D&eacute;j&agrave; de ce contexte &eacute;merge tout l'immense champ des pr&eacute;occupations auxquelles l'homme non mari&eacute; peut consacrer enti&egrave;rement ses pens&eacute;es, ses fatigues et son coeur. L'homme en effet ne saurait se pr&eacute;occuper que de ce qu'il a vraiment &agrave; coeur.</p> <p> 8. Selon l'&eacute;nonc&eacute; de Paul, l'homme qui n'est pas mari&eacute; se pr&eacute;occupe des affaires du Seigneur (ta to&ucirc; Kyriou). Par cette expression concise, Paul embrasse la r&eacute;alit&eacute; objective tout enti&egrave;re du Royaume de Dieu. &quot;La terre est au Seigneur, et tout ce qu'elle contient&quot; dira-t-il plus loin dans cette &eacute;p&icirc;tre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#it">1Co 10,26</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gtx.htm#oy">Ps 24,1</a></i>. Pour les chr&eacute;tiens, c'est le monde entier qui est l'objet de leur sollicitude.<br /> Quant &agrave; Paul, c'est avant tout &agrave; J&eacute;sus-Christ qu'il donne le nom de &quot;Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#co">Ph 2,11</a></i>; et les affaires du Seigneur signifient donc en premier lieu le Royaume du Christ, son &quot;Corps qui est l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#bx">Col 1,18</a></i>, et tout ce qui contribue &agrave; sa croissance. C'est de tout cela que se pr&eacute;occupe l'homme non mari&eacute;; c'est pourquoi Paul qui est, dans toute l'acception du terme, ap&ocirc;tre de J&eacute;sus-Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#bo">1Co 1,1</a></i> et ministre de l'Evangile <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#b2">Col 1,23</a></i>, &eacute;crit aux Corinthiens: &quot;Je voudrais que tout le monde f&ucirc;t comme moi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>.</p> <p> 9. Toutefois, le z&egrave;le apostolique et l'activit&eacute; la plus fructueuse n'&eacute;puisent pas encore le contenu de la motivation paulinienne de la continence. On pourrait m&ecirc;me dire que leur racine et leur source se trouvent dans la seconde partie de la phrase qui d&eacute;montre la r&eacute;alit&eacute; subjective du Royaume de Dieu: &quot;Qui n'est pas mari&eacute;, se pr&eacute;occupe ... des moyens de plaire au Seigneur&quot;. Cette constatation embrasse tout le domaine des relations personnelles de l'homme avec Dieu. Plaire &agrave; Dieu: l'expression se retrouve dans d'anciens livres de la Bible <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev2.htm#pj">Dt 13,19</a></i>; elle est synonyme de vie dans la gr&acirc;ce de Dieu, et elle exprime l'attitude de celui qui cherche Dieu, c'est-&agrave;-dire qui se comporte suivant sa volont&eacute;; afin de lui plaire. Dans un des derniers livres de la Sainte Ecriture, cette expression devient une synth&egrave;se de la saintet&eacute;. Saint Jean l'applique une seule fois au Christ: &quot;Je fais toujours ce qui pla&icirc;t&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxq.htm#os">Jn 8,29</a></i>. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxm.htm#nb">Rm 15,3</a></i> saint Paul observe que le Christ &quot;ne cherche pas &agrave; se plaire &agrave; lui-m&ecirc;me&quot;.<br /> Dans ces deux constatations, on retrouve tout ce qui constitue le contenu du plaire &agrave; Dieu que le Nouveau Testament entendait comme suivre les traces du Christ</p> <p>10. Il semble que chacun des deux membres de l'expression paulinienne se superposent: en effet, d'une part, se pr&eacute;occuper de ce qui appartient au Seigneur, des affaires du Seigneur doit plaire au Seigneur. D'autre part, celui qui pla&icirc;t &agrave; Dieu ne peut se renfermer en lui-m&ecirc;me; il s'ouvre au monde, &agrave; tout ce qui doit &ecirc;tre ramen&eacute; au Christ. Ce sont seulement, c'est &eacute;vident, deux aspects de la m&ecirc;me r&eacute;alit&eacute; de Dieu et de son Royaume. Paul devait toutefois les distinguer pour d&eacute;montrer plus clairement la nature et la possibilit&eacute; de la continence pour le Royaume des Cieux.<br /> Nous t&acirc;cherons de revenir encore sur ce th&egrave;me.</p> <p>- 30&nbsp;juin 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:13:29 +0000 Incarnare 128 at http://www.theologieducorps.fr TDC 084 - Dans la virginité ou le mariage concourir à la gloire de Dieu http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-084-dans-la-virginite-mariage-concourir-la-gloire-de-dieu <p> 1. Durant la rencontre de mercredi dernier nous avons cherch&eacute; &agrave; approfondir les arguments dont saint Paul se sert dans sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens pour convaincre ses destinataires que celui qui choisit le mariage fait bien et que, par contre, celui qui choisit la virginit&eacute;, c'est-&agrave;-dire la continence selon l'esprit du conseil &eacute;vang&eacute;lique, fait mieux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gp">1Co 7,38</a></i>. Poursuivant aujourd'hui cette m&eacute;ditation, nous rappellerons que, suivant saint Paul, &quot;l'homme qui n'est pas mari&eacute; se pr&eacute;occupe ... des moyens de plaire au Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gj">1Co 7,32</a></i>.<br /> Ce &quot;plaire au Seigneur&quot; a l'amour comme toile de fond. Cela nous est r&eacute;v&eacute;l&eacute; par une ultime confrontation: qui n'est pas mari&eacute; se pr&eacute;occupe des moyens de plaire &agrave; Dieu, alors que l'homme mari&eacute; doit avoir &eacute;galement le souci de plaire &agrave; sa femme. Ici appara&icirc;t, en un certain sens, le caract&egrave;re conjugal de la continence pour le Royaume de Dieu. L'homme s'efforce toujours de plaire &agrave; la personne aim&eacute;e. Ce &quot;plaire &agrave; Dieu&quot; ne manque donc pas de ce caract&egrave;re qui distingue la relation interpersonnelle des &eacute;poux. D'une part il est un effort de l'homme qui tend vers Dieu et cherche le moyen de lui plaire, c'est-&agrave;-dire d'exprimer activement son amour; d'autre part, &agrave; cette aspiration correspond une approbation de Dieu qui, agr&eacute;ant les efforts de l'homme, couronne son oeuvre en lui donnant une gr&acirc;ce nouvelle: en effet, d&egrave;s le d&eacute;but, cette aspiration a &eacute;t&eacute; un don de Dieu. Se pr&eacute;occuper des moyens de plaire &agrave; Dieu est donc une contribution de l'homme au continuel dialogue de salut commenc&eacute; par Dieu. Il est &eacute;vident que tout chr&eacute;tien qui vit de la foi y prend part.</p> <p> 2. Paul note toutefois que l'homme li&eacute; par les liens du mariage &quot;se trouve partag&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gl">1Co 7,34</a></i>. Il r&eacute;sulte de cette constatation que la personne non mari&eacute;e devrait se caract&eacute;riser par une int&eacute;gration int&eacute;rieure, une unification, qui lui permettrait de se consacrer enti&egrave;rement au service du Royaume de Dieu dans toutes ses dimensions. Cette attitude suppose l'abstention du mariage, voulue exclusivement pour le Royaume de Dieu, et une vie orient&eacute;e uniquement vers ce but. D'une mani&egrave;re diff&eacute;rente, le partage peut entrer &eacute;galement dans la vie du c&eacute;libataire qui, priv&eacute; d'une part de la vie conjugale et d'autre part d'un but bien d&eacute;fini pour lequel il devrait y renoncer, pourrait se trouver devant un certain vide.</p> <p> 3. L'Ap&ocirc;tre semble &ecirc;tre parfaitement conscient de tout cela et il a soin de sp&eacute;cifier qu'il entend, non pas tendre un pi&egrave;ge &agrave; celui auquel il conseille de ne pas se marier, mais le &quot;porter &agrave; ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gm">1Co 7,35</a></i>. Ces paroles font venir &agrave; l'esprit celles que, selon l'&eacute;vangile de Luc, le Christ adressa &agrave; ses ap&ocirc;tres au cours de la derni&egrave;re C&egrave;ne: &quot;Vous &ecirc;tes, vous, ceux qui sont demeur&eacute;s constamment avec moi dans mes &eacute;preuves (litt&eacute;ralement: dans les tentations); et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon P&egrave;re en a dispos&eacute; pour moi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bey">Lc 22,28-29</a></i>. Celui qui n'est pas mari&eacute;, &eacute;tant uni au Seigneur, peut &ecirc;tre certain que ses difficult&eacute;s trouveront compr&eacute;hension: &quot;Car nous n'avons pas un grand pr&ecirc;tre impuissant &agrave; compatir &agrave; nos faiblesses, lui qui a &eacute;t&eacute; &eacute;prouv&eacute; en tout, d'une mani&egrave;re semblable, &agrave; l'exception du p&eacute;ch&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e52.htm#dr">He 4,15</a></i> Ce qui permet &agrave; la personne non mari&eacute;e, non pas tant de se plonger exclusivement dans ses &eacute;ventuels probl&egrave;mes personnels, mais plut&ocirc;t de les inclure dans le grand courant des souffrances du Christ et de son Corps qui est l'Eglise.</p> <p> 4. L'ap&ocirc;tre indique de quelle mani&egrave;re on peut &ecirc;tre uni au Seigneur: demeurer sans cesse avec Lui, jouir de sa pr&eacute;sence (eup&acirc;redron), sans se laisser distraire par des choses non essentielles (aperispast&ocirc;s) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gm">1Co 7,35</a></i>.<br /> Paul pr&eacute;cise encore plus clairement cette pens&eacute;e quand il parle de la situation de la femme mari&eacute;e et de celle de la femme qui a opt&eacute; pour la virginit&eacute; ou qui n'a plus de mari. Alors que la femme mari&eacute;e doit chercher &quot;les moyens de plaire &agrave; son mari&quot;, la femme sans mari &quot;a souci des affaires du Seigneur; elle cherche &agrave; &ecirc;tre sainte de corps et d'esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gl">1Co 7,34</a></i>.</p> <p> 5. Pour saisir plus parfaitement toute la profondeur de la pens&eacute;e de Paul, il importe de savoir que, selon la conception biblique, la saintet&eacute; est moins une action qu'un &eacute;tat; elle a surtout un caract&egrave;re ontologique, puis &eacute;galement moral. Dans l'Ancien Testament on trouve souvent un &eacute;loignement de ce qui n'est pas sujet &agrave; l'influence de Dieu, de ce qui est le pro-fanum, pour appartenir exclusivement &agrave; Dieu. La saintet&eacute; du corps et de l'esprit signifie donc &eacute;galement le caract&egrave;re sacr&eacute; de la virginit&eacute; ou du c&eacute;libat, accept&eacute;s pour le Royaume de Dieu. Et en m&ecirc;me temps, ce qui est offert &agrave; Dieu doit se caract&eacute;riser par la puret&eacute; morale et suppose donc un comportement &quot;sans tache ni ride&quot; mais &quot;saint et immacul&eacute;&quot; selon le mod&egrave;le virginal que l'Eglise pr&eacute;sente au Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fc">Ep 5,27</a></i>.<br /> Dans ce chapitre de l'&eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, l'ap&ocirc;tre touche les probl&egrave;mes du mariage et du c&eacute;libat (ou de la virginit&eacute;) de mani&egrave;re profond&eacute;ment humaine et r&eacute;aliste, se rendant compte de la mentalit&eacute; de ses destinataires. Dans une certaine mesure, les arguments de Paul sont des arguments ad hominem. Le monde nouveau, le nouvel ordre des valeurs qu'il annonce doivent, dans le milieu de ses lecteurs de Corinthe, se rencontrer avec un autre monde, un autre ordre de valeurs, diff&eacute;rent &eacute;galement de celui o&ugrave; les paroles prononc&eacute;es par le Christ avaient &eacute;t&eacute; entendues pour la premi&egrave;re fois.</p> <p>6. Si, avec sa doctrine concernant le mariage et la continence, saint Paul se r&eacute;f&egrave;re &eacute;galement &agrave; la caducit&eacute; du monde et de la vie humaine dans ce monde, il le fait certainement en se r&eacute;f&eacute;rant au milieu qui, en un certain sens, &eacute;tait orient&eacute; pour jouir du monde. Et combien est significatif, de ce point de vue, son appel &quot;&agrave; ceux qui jouissent du monde&quot;, pour qu'ils fassent &quot;comme s'ils n'en jouissaient pas v&eacute;ritablement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gi">1Co 7,31</a></i>. Du contexte imm&eacute;diat il r&eacute;sulte que, dans ce milieu m&ecirc;me, le mariage &eacute;tait compris comme une mani&egrave;re de jouir du monde - contrairement &agrave; ce qu'il avait &eacute;t&eacute; tout au long de la tradition isra&eacute;lite (malgr&eacute; quelques d&eacute;viations que J&eacute;sus a indiqu&eacute;es dans son entretien avec les pharisiens ou dans le Sermon sur la montagne). Il est &eacute;vident que tout cela explique le style de la r&eacute;ponse de Paul. L'ap&ocirc;tre se rendait bien compte que, s'il encourageait &agrave; s'abstenir du mariage, il devait en m&ecirc;me temps mettre en lumi&egrave;re une mani&egrave;re de comprendre le mariage qui soit conforme &agrave; tout l'ordre &eacute;vang&eacute;lique des valeurs. Et il devait le faire avec le plus grand r&eacute;alisme, c'est-&agrave;-dire en gardant les yeux ouverts sur le milieu auquel il s'adressait, sur les id&eacute;es et la mani&egrave;re d'&eacute;valuer les valeurs qui y r&eacute;gnaient.</p> <p> 7. Aux hommes qui vivaient dans un milieu o&ugrave; l'on consid&eacute;rait surtout le mariage comme une des mani&egrave;res de jouir du monde, Paul adressait donc des paroles significatives concernant soit la virginit&eacute; ou le c&eacute;libat (comme nous l'avons vu), soit le mariage m&ecirc;me: &quot;Je dis toutefois aux c&eacute;libataires et aux veuves qu'il leur est bon de rester comme moi. Mais s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient: mieux vaut se marier que de br&ucirc;ler&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fr">1Co 7,8-9</a></i> D&eacute;j&agrave;, auparavant, Paul avait exprim&eacute; une id&eacute;e &agrave; peu pr&egrave;s semblable: &quot;J'en viens maintenant &agrave; ce que vous m'avez &eacute;crit. Il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme. Toutefois, en raison du p&eacute;ril d'impudicit&eacute;, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7,1-2</a></i>.</p> <p> 8. Dans sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, l'ap&ocirc;tre consid&eacute;rait-il le mariage exclusivement comme un remedium concupiscentiae (un rem&egrave;de contre la concupiscence), comme on l'exprime habituellement en langage th&eacute;ologique traditionnel? Les affirmations que nous venons de rappeler sembleraient en t&eacute;moigner.<br /> En attendant, nous lisons, dans le voisinage imm&eacute;diat des formules rapport&eacute;es, une phrase qui nous entra&icirc;ne &agrave; voir de mani&egrave;re diff&eacute;rente l'ensemble de l'enseignement de Paul que contient <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>: &quot;Je voudrais que tout le monde f&ucirc;t comme moi (il reprend son argument pr&eacute;f&eacute;r&eacute; en faveur de l'abstention du mariage); mais chacun re&ccedil;oit de Dieu son don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-l&agrave;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>. Ainsi donc, m&ecirc;me ceux qui choisissent le mariage et vivent la vie matrimoniale ont re&ccedil;u un don de Dieu, don particulier, c'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce propre &agrave; ce choix, &agrave; cette mani&egrave;re de vivre, &agrave; cet &eacute;tat. Le don que re&ccedil;oivent les personnes qui vivent dans le mariage est diff&eacute;rent de celui que re&ccedil;oivent les personnes qui vivent dans la virginit&eacute; et choisissent la continence pour le Royaume de Dieu; celui-ci n'est pas moins un don de Dieu, un don particulier destin&eacute; &agrave; des personnes consacr&eacute;es, un don sp&eacute;cifique, c'est-&agrave;-dire adapt&eacute; &agrave; leur vocation de vie.</p> <p> 9. Quand l'Ap&ocirc;tre caract&eacute;rise le mariage du c&ocirc;t&eacute; humain (et peut-&ecirc;tre plus encore du c&ocirc;t&eacute; de la situation dominant &agrave; Corinthe), il met vigoureusement en relief les motivations en ce qui concerne la concupiscence de la chair; il r&eacute;v&egrave;le aussi, en m&ecirc;me temps et avec non moins de force de conviction, son caract&egrave;re sacramentel et charismatique. Aussi clairement qu'il voit la situation de l'homme par rapport &agrave; la concupiscence de la chair, il voit aussi l'action de la gr&acirc;ce en chaque homme - en celui qui vit dans le mariage autant qu'en celui qui choisit volontairement la continence, tenant compte du fait que &quot;la figure de ce monde passe&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gi">1Co 7,31</a></i></p> <p>- 7 juillet 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:15:11 +0000 Incarnare 129 at http://www.theologieducorps.fr TDC 085 - La "concession" paulinienne de l'abstinence entre époux dans la dynamique spirituelle http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-085-la-concession-paulinienne-de-labstinence-entre-epoux-dans-la-dynamique-spirituelle <p> 1. Durant nos pr&eacute;c&eacute;dentes consid&eacute;rations, analysant le chapitre 7 de la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, nous avons essay&eacute; de saisir le sens des enseignements et des conseils que saint Paul donne aux destinataires de son &eacute;p&icirc;tre au sujet des questions concernant le mariage et la continence volontaire, ou abstention du mariage. Quand il affirme que celui qui choisit le mariage fait bien, et que celui qui choisit la virginit&eacute; fait mieux, l'Ap&ocirc;tre se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la caducit&eacute; du monde - c'est-&agrave;-dire &agrave; tout ce qui est temporel.<br /> Il est facile de comprendre que le motif de caducit&eacute; et de fragilit&eacute; de ce qui est temporel parle dans ce cas de mani&egrave;re bien plus vigoureuse qu'une r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde. Bien que l'Ap&ocirc;tre s'exprime ici avec quelque difficult&eacute;, nous pouvons toutefois &ecirc;tre d'accord qu'&agrave; la base de l'interpr&eacute;tation paulinienne du th&egrave;me mariage-virginit&eacute; se trouve moins la m&eacute;taphysique m&ecirc;me de l'&ecirc;tre accidentel, donc passager, que plut&ocirc;t la th&eacute;ologie d'une grande attente dont Paul a &eacute;t&eacute; un fervent avocat. Ce n'est pas le monde qui est le destin &eacute;ternel de l'homme, mais bien le Royaume de Dieu. L'homme ne doit pas trop s'attacher aux biens qui sont &agrave; la mesure du monde p&eacute;rissable.</p> <p> 2. Le mariage lui-m&ecirc;me est li&eacute; &agrave; la figure de ce monde qui passe; et nous sommes ici tr&egrave;s proches, en un certain sens, de la perspective ouverte par le Christ dans son &eacute;nonc&eacute; sur la r&eacute;surrection future <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23-32</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcc">Lc 20,27-40</a></i> C'est pourquoi, comme l'enseigne saint Paul, le chr&eacute;tien doit vivre le mariage en le consid&eacute;rant selon sa vocation d&eacute;finitive. Et tandis que le mariage est li&eacute; &agrave; la figure de ce monde qui passe, et qu'il impose, en un certain sens, la n&eacute;cessit&eacute; de &quot;se renfermer&quot; dans cette caducit&eacute;; par l'abstention du mariage, au contraire, il lib&egrave;re de cette n&eacute;cessit&eacute;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment pour cela que l'Ap&ocirc;tre d&eacute;clare que celui qui choisit la continence fait mieux. Et bien que son argumentation progresse sur cette voie, c'est d&eacute;cid&eacute;ment le probl&egrave;me de plaire au Seigneur et de se pr&eacute;occuper des affaires du Seigneur qui passe au premier plan.</p> <p> 3. On peut admettre que les m&ecirc;mes raisons parlent en faveur de ce que l'Ap&ocirc;tre conseille aux veuves: &quot;La femme demeure li&eacute;e &agrave; son mari aussi longtemps qu'il vit, mais si le mari meurt, elle est libre d'&eacute;pouser qui elle veut, mais seulement dans le Seigneur. Pourtant, elle sera plus heureuse, &agrave; mon sens, si elle demeure comme elle est. Et je pense bien, moi aussi, avec l'Esprit de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#gq">1Co 7,39-40</a></i>. Donc: il vaut mieux rester veuve que contracter un nouveau mariage.</p> <p> 4. Ce que nous d&eacute;couvrons gr&acirc;ce &agrave; une lecture attentive de l'&eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens, principalement du chapitre 7, nous r&eacute;v&egrave;le tout le r&eacute;alisme de la th&eacute;ologie paulinienne du corps. Si, dans son &eacute;p&icirc;tre, l'ap&ocirc;tre proclame que &quot;votre corps est un temple du Saint-Esprit qui est en vous&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fi">1Co 6,19</a></i>, il est en m&ecirc;me temps pleinement conscient du caract&egrave;re faible et port&eacute; au p&eacute;ch&eacute; auquel l'homme est soumis pr&eacute;cis&eacute;ment en raison de la convoitise de la chair.<br /> Toutefois, cette conviction ne l'emp&ecirc;che nullement de voir la r&eacute;alit&eacute; du don que Dieu offre tant &agrave; ceux qui s'abstiennent du mariage qu'&agrave; ceux qui prennent femme ou mari. En <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>, nous trouvons un net encouragement &agrave; l'abstention au mariage et l'affirmation que celui qui s'y d&eacute;cide fait mieux; toutefois, nous n'y trouvons rien qui puisse faire consid&eacute;rer comme charnels ceux qui vivent le mariage et comme spirituels ceux qui choisissent la continence pour des motifs religieux. En fait, dans l'une et l'autre mani&egrave;re de vivre - dans l'une et l'autre vocation, comme on le dit aujourd'hui - op&egrave;re le don que chacun re&ccedil;oit de Dieu, C'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce qui fait du corps &quot;un temple de l'Esprit-Saint&quot; et qui reste tel dans la virginit&eacute; (ou continence) comme dans le mariage.</p> <p>5. Dans l'enseignement que Paul expose principalement en <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>, il n'y a pas la moindre base pour ce qui, plus tard, sera appel&eacute; manich&eacute;isme. L'Ap&ocirc;tre sait parfaitement que si la continence pour le Royaume des Cieux est toujours &agrave; recommander, la gr&acirc;ce - c'est-&agrave;-dire le propre don de Dieu - aide aussi et en m&ecirc;me temps les &eacute;poux qui vivent unis si &eacute;troitement que, comme le dit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, ils ne sont plus qu'&quot;une seule chair&quot;. Cette coexistence charnelle est donc soumise &agrave; la puissance de leur propre don de Dieu. A ce propos, l'Ap&ocirc;tre &eacute;crit avec le r&eacute;alisme qui caract&eacute;rise tout son raisonnement dans le chapitre 7 de son &eacute;p&icirc;tre: &quot;Que le mari s'acquitte de son devoir envers sa femme et pareillement la femme envers son mari. La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fm">1Co 7,3-4</a></i>.</p> <p> 6. On peut dire que ces affirmations constituent, de la part du Nouveau Testament, un lumineux commentaire de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> que nous venons d'&eacute;voquer. Toutefois, les termes utilis&eacute;s ici, en particulier les expressions &quot;son devoir&quot; et &quot;ne dispose pas&quot; ne sauraient s'expliquer si l'on fait abstraction de la dimension exacte de l'alliance nuptiale, comme nous avons essay&eacute; de le montrer par l'analyse des textes du livre de la Gen&egrave;se; nous essayerons de le faire encore plus pleinement quand nous parlerons de la nature sacramentelle du mariage en nous basant sur <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>. Le moment venu, il conviendra de revenir encore &agrave; ces expressions significatives qui, du vocabulaire de saint Paul, sont pass&eacute;es &agrave; toute la th&eacute;ologie du mariage.</p> <p> 7. Pour l'instant nous continuerons &agrave; fixer l'attention sur les autres phrases de ce passage du chapitre 7 ou l'Ap&ocirc;tre s'adresse aux &eacute;poux en ces termes: &quot;Ne vous refusez pas l'un &agrave; l'autre; si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, afin de vaquer &agrave; la pri&egrave;re; puis reprenez la vie commune de peur que Satan ne profite de votre incontinence pour vous tenter. Ce que je vous dis l&agrave; est une concession, non un ordre&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fo">1Co 7,5-6</a></i>. C'est un texte tr&egrave;s important auquel il conviendra de se r&eacute;f&eacute;rer encore dans le cadre des m&eacute;ditations sur les autres th&egrave;mes.<br /> Est extr&ecirc;mement significatif le fait que l'Ap&ocirc;tre qui, dans toute son argumentation au sujet du mariage et de la continence, &eacute;tablit, comme le Christ, une nette distinction entre commandement et conseil &eacute;vang&eacute;lique, &eacute;prouve le besoin de se r&eacute;f&eacute;rer &eacute;galement &agrave; la &quot;concession&quot; comme &agrave; une r&egrave;gle suppl&eacute;mentaire, et cela surtout quand il s'agit des &eacute;poux et de leur coexistence mutuelle. Saint Paul dit clairement que tant la coexistence conjugale que la volontaire et p&eacute;riodique abstention des &eacute;poux doivent &ecirc;tre un fruit de ce don de Dieu qui leur est propre et que, coop&eacute;rant en connaissance de cause avec lui, les &eacute;poux eux-m&ecirc;mes peuvent maintenir et renforcer ce lien personnel r&eacute;ciproque et en m&ecirc;me temps affermir la dignit&eacute; que le fait d'&ecirc;tre &quot;temple du Saint- Esprit qui est en eux&quot; conf&egrave;re &agrave; leur corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fi">1Co 6,19</a></i>.</p> <p> 8. Il semble que la r&egrave;gle paulinienne de concession indique le besoin de prendre en consid&eacute;ration tout ce qui correspond de quelque fa&ccedil;on &agrave; la subjectivit&eacute; si diff&eacute;renci&eacute;e de l'homme et de la femme. Tout ce qui, dans cette subjectivit&eacute;, est de nature non seulement spirituelle mais encore psychosomatique, toute la richesse subjective de l'homme qui, entre son &ecirc;tre spirituel et son &ecirc;tre corporel, s'exprime dans la sensibilit&eacute; sp&eacute;cifique tant chez l'homme que chez la femme, tout cela doit &ecirc;tre maintenu sous l'influence du don que chacun re&ccedil;oit de Dieu, un don qui lui est vraiment personnel.<br /> Comme on le voit, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>, saint Paul interpr&egrave;te l'enseignement du Christ sur la continence pour le Royaume des Cieux de la mani&egrave;re tr&egrave;s pastorale qui est la sienne, sans &eacute;pargner &agrave; cette occasion les accents qui lui sont enti&egrave;rement personnels. L'enseignement au sujet de la continence et de la virginit&eacute;, il l'interpr&egrave;te parall&egrave;lement &agrave; la doctrine concernant le mariage, en conservant le r&eacute;alisme propre au pasteur et en m&ecirc;me temps en assurant les proportions que nous trouvons dans l'Evangile, dans les paroles du Christ lui-m&ecirc;me.</p> <p> 9. On peut retrouver dans l'&eacute;nonc&eacute; de Paul cette structure portante fondamentale de la doctrine r&eacute;v&eacute;l&eacute;e sur l'homme, c'est-&agrave;-dire qu'il est destin&eacute; - &eacute;galement avec son corps - &agrave; la vie future. Cette structure portante est &agrave; la base de tout l'enseignement &eacute;vang&eacute;lique sur la continence pour le Royaume de Dieu <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>; mais en m&ecirc;me temps, sur elle repose &eacute;galement l'accomplissement - eschatologique - d&eacute;finitif de la doctrine &eacute;vang&eacute;lique concernant le mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i> Ces deux dimensions de la vocation humaine ne s'opposent pas, elles sont compl&eacute;mentaires. Elles fournissent toutes deux une r&eacute;ponse compl&egrave;te &agrave; l'une des questions fondamentales au sujet de l'homme, la question qui concerne la signification du fait d'&ecirc;tre corps, la question sur la signification de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;: ce que signifie donc &ecirc;tre dans le corps un homme ou une femme.</p> <p> 10. Ce que nous d&eacute;finissons normalement comme th&eacute;ologie du corps se pr&eacute;sente comme quelque chose de v&eacute;ritablement fondamental et constitutif pour toute l'herm&eacute;neutique anthropologique - et en m&ecirc;me temps quelque chose d'&eacute;galement fondamental pour l'&eacute;thique et pour la th&eacute;ologie de l'&eacute;thos humain. Dans chacun de ces deux domaines, il convient d'&eacute;couter attentivement non seulement les paroles du Christ, qui font appel &quot;&agrave; l'origine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i> ou au coeur comme lieu intime et en m&ecirc;me temps historique de la rencontre avec la &quot;convoitise&quot; de la chair <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>, mais aussi et non moins attentivement les paroles du Christ qui se r&eacute;clame de la r&eacute;surrection pour jeter dans le coeur inquiet de l'homme les premiers germes de la r&eacute;ponse &agrave; la question de savoir ce que signifie &ecirc;tre chair, dans la perspective de l'autre monde.</p> <p>- 14&nbsp;juillet 1982</p> Sun, 06 Sep 2009 21:16:42 +0000 Incarnare 130 at http://www.theologieducorps.fr TDC 086 - Rédemption du corps, Espérance de victoire sur le péché http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-086-redemption-du-corps-esperance-de-victoire-sur-peche <p> 1. &quot;Nous aussi qui poss&eacute;dons les pr&eacute;mices de l'Esprit, nous g&eacute;missons int&eacute;rieurement et nous attendons ... la R&eacute;demption de notre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains, saint Paul voit cette R&eacute;demption du corps dans une dimension anthropologique et en m&ecirc;me temps cosmique ... La cr&eacute;ation &quot;en effet est soumise &agrave; la caducit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hx">Rm 8,20</a></i>. Toute la cr&eacute;ation visible, tout le cosmos, porte en elle les effets du p&eacute;ch&eacute; de l'homme. &quot;Toute la cr&eacute;ation crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hz">Rm 8,22</a></i>. Et en m&ecirc;me temps, &quot;la cr&eacute;ation enti&egrave;re ... aspire de toutes ses forces &agrave; voir la r&eacute;v&eacute;lation des fils de Dieu&quot; et &quot;elle nourrit l'esp&eacute;rance d'&ecirc;tre, elle aussi, lib&eacute;r&eacute;e de l'esclavage de la d&eacute;gradation in&eacute;vitable pour entrer, elle aussi, dans la libert&eacute;, la gloire des enfants de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19-21</a></i>.</p> <p> 2. Selon Paul, la R&eacute;demption de notre corps fait partie de notre esp&eacute;rance. En un certain sens, cette esp&eacute;rance a &eacute;t&eacute; greff&eacute;e dans le coeur de l'homme aussit&ocirc;t apr&egrave;s le premier p&eacute;ch&eacute;. Il suffit de penser aux paroles du livre de la Gen&egrave;se qui forment ce que la tradition appelle le proto-&eacute;vangile <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fz">Gn 3,15</a></i> et qui sont donc, peut-on dire, comme le d&eacute;but de la Bonne Nouvelle, la premi&egrave;re annonce du salut. La R&eacute;demption de notre corps est li&eacute;e, selon ce que dit l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains, justement &agrave; cette esp&eacute;rance selon laquelle - lisons- nous - &quot;nous avons &eacute;t&eacute; sauv&eacute;s&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h1">Rm 8,24</a></i>. C'est dans cette esp&eacute;rance, qui remonte aux d&eacute;buts de l'humanit&eacute;, que la R&eacute;demption de notre corps trouve sa dimension anthropologique elle est la R&eacute;demption de l'homme. En m&ecirc;me temps elle rayonne, en un certain sens, sur toute la cr&eacute;ation qui, depuis le d&eacute;but, est li&eacute;e de fa&ccedil;on particuli&egrave;re &agrave; l'homme et lui est subordonn&eacute;e <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28-30</a></i>. La R&eacute;demption de notre corps est donc la R&eacute;demption du monde: elle a une dimension cosmique.</p> <p> 3. Quand, dans sa lettre aux Romains, Paul de Tarse dessine une image cosmique de la R&eacute;demption, il met l'homme au centre, exactement comme au commencement celui-ci avait &eacute;t&eacute; mis au centre de l'image de la cr&eacute;ation. C'est justement cet homme, ce sont les hommes, qui poss&egrave;dent les pr&eacute;mices de l'Esprit, qui g&eacute;missent int&eacute;rieurement et qui attendent la R&eacute;demption de leur corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Le Christ, qui est venu pour r&eacute;v&eacute;ler pleinement l'homme &agrave; lui-m&ecirc;me et lui d&eacute;couvrir la sublimit&eacute; de sa vocation <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gx">GS 22</a></i>, parle dans l'Evangile &agrave; partir de la profondeur divine du myst&egrave;re de la R&eacute;demption qui trouve pr&eacute;cis&eacute;ment en Lui son sujet historique sp&eacute;cifique. Par cons&eacute;quent, le Christ parle au nom de cette esp&eacute;rance qui a &eacute;t&eacute; mise au coeur de l'homme d&egrave;s le proto- &eacute;vangile. Le Christ accomplit cette esp&eacute;rance, non seulement par son enseignement, mais surtout par le t&eacute;moignage de sa mort et de sa r&eacute;surrection. Ainsi donc, la R&eacute;demption de notre corps est d&eacute;j&agrave; accomplie dans le Christ. En Lui, cette esp&eacute;rance par laquelle nous sommes sauv&eacute;s trouve sa confirmation. Et en m&ecirc;me temps, cette esp&eacute;rance a &eacute;t&eacute; encore &eacute;largie vers son accomplissement eschatologique d&eacute;finitif. La r&eacute;v&eacute;lation des enfants de Dieu dans le Christ a &eacute;t&eacute; d&eacute;finitivement orient&eacute;e vers cette libert&eacute; et cette gloire auxquelles les fils de Dieu participeront d&eacute;finitivement.</p> <p> 4. Pour comprendre tout ce que comporte la R&eacute;demption du corps dans la lettre de Paul aux Romains, il faut une authentique th&eacute;ologie du corps. Nous avons essay&eacute; de l'&eacute;difier en partant avant tout des paroles du Christ. Les &eacute;l&eacute;ments constitutifs de la th&eacute;ologie du corps sont r&eacute;unis dans ce que dit le Christ quand il parle de ce qui &eacute;tait &quot;au commencement&quot; pour r&eacute;pondre &agrave; la question qui lui est pos&eacute;e sur l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a></i>; &eacute;galement dans ce qu'il dit de la concupiscence en parlant du coeur humain, dans le Sermon sur la montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>, et &eacute;galement dans ce qu'il dit par rapport &agrave; la r&eacute;surrection <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a></i>. Chacun de ces passages renferme une grande richesse, aussi bien sur le plan anthropologique qu'au niveau &eacute;thique. Le Christ parle &agrave; l'homme, et il parle de l'homme: de l'homme qui est corps et qui a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; homme et femme &agrave; l'image et &agrave; la ressemblance de Dieu; il parle de l'homme dont le coeur est sujet &agrave; la concupiscence et aussi de l'homme devant lequel s'ouvre la perspective eschatologique de la r&eacute;surrection du corps.<br /> Le corps, selon le livre de la Gen&egrave;se, exprime l'aspect visible de l'homme et son appartenance au monde visible. Pour saint Paul, le corps n'exprime pas seulement cette appartenance mais aussi le fait que l'homme est comme &eacute;tranger &agrave; l'action de l'Esprit de Dieu. Ces deux significations du corps sont, l'une et l'autre en relation avec la R&eacute;demption du corps.</p> <p> 5. Comme dans les textes que nous venons d'analyser, le Christ parle &agrave; partir de la profondeur divine du myst&egrave;re de la R&eacute;demption; ses paroles vont exactement dans le sens de cette esp&eacute;rance dont parle l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains. La R&eacute;demption du corps selon l'Ap&ocirc;tre, est, en d&eacute;finitive, ce que nous attendons. Ainsi attendons-nous justement la victoire eschatologique sur la mort dont le Christ a t&eacute;moign&eacute; surtout par sa r&eacute;surrection. Ses paroles sur la r&eacute;surrection des corps et sur la r&eacute;alit&eacute; de l'autre monde telles que les Synoptiques les ont retenues ont acquis, &agrave; la lumi&egrave;re du myst&egrave;re pascal, tout leur sens. Le Christ aussi bien que Paul de Tarse ont proclam&eacute; l'appel &agrave; s'abstenir du mariage pour le Royaume des Cieux, justement au nom de cette r&eacute;alit&eacute; eschatologique.</p> <p> 6. Cependant, la R&eacute;demption du corps ne se manifeste pas seulement dans la r&eacute;surrection en tant que victoire sur la mort. Elle est pr&eacute;sente &eacute;galement dans les paroles que le Christ adresse &agrave; l'homme historique, soit lorsqu'il confirme le principe de l'indissolubilit&eacute; du mariage, en tant que principe venant du Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me, soit lorsque - dans le Sermon sur la montagne - il invite &agrave; vaincre la concupiscence jusque dans les mouvements les plus int&eacute;rieurs du coeur humain. Que ce soit &agrave; propos de l'une ou de l'autre de ces affirmations de base, il faut dire qu'elles ont l'une et l'autre trait &agrave; la morale humaine, qu'elles ont une signification &eacute;thique. Ici, il ne s'agit pas de l'esp&eacute;rance eschatologique de la r&eacute;surrection mais de l'esp&eacute;rance de la victoire sur le p&eacute;ch&eacute;, de ce que l'on peut appeler l'esp&eacute;rance du quotidien.</p> <p> 7. Pour sa vie de chaque jour, l'homme doit puiser au myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps l'inspiration et la force pour vaincre le mal qui dort en lui sous la forme de la triple concupiscence. L'homme et la femme qui sont li&eacute;s dans le mariage doivent reprendre chaque jour l'actualisation de l'union indissoluble et de l'alliance qu'ils ont conclue entre eux. Mais l'homme ou la femme qui, volontairement, ont choisi la continence pour le Royaume des Cieux doivent aussi donner chaque jour le t&eacute;moignage vivant de leur fid&eacute;lit&eacute; &agrave; leur choix en faisant leurs les directives du Christ dans l'Evangile et celles de l'ap&ocirc;tre Paul dans la premi&egrave;re lettre aux Corinthiens. De toute fa&ccedil;on, il s'agit de l'esp&eacute;rance du quotidien qui aide, dans les t&acirc;ches normales et les difficult&eacute;s de la vie humaine, &agrave; vaincre &quot;le mal par le bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxm.htm#lz">Rm 12,21</a></i>. De fait, c'est en esp&eacute;rance que nous sommes sauv&eacute;s: l'esp&eacute;rance du quotidien manifeste sa puissance dans les oeuvres de l'homme et jusque dans les mouvements du coeur, tra&ccedil;ant ainsi le chemin, en un certain sens, &agrave; la grande esp&eacute;rance eschatologique li&eacute;e &agrave; la R&eacute;demption du corps.</p> <p> 8. En p&eacute;n&eacute;trant dans la vie de tous les jours &agrave; travers la dimension de la morale humaine, la R&eacute;demption du corps aide, avant tout, &agrave; d&eacute;couvrir tout le bien qui permet &agrave; l'homme de remporter la victoire sur le p&eacute;ch&eacute; et sur la concupiscence. Les paroles du Christ qui viennent de la divine profondeur du myst&egrave;re de la R&eacute;demption permettent de d&eacute;couvrir et de renforcer le lien qui existe entre la dignit&eacute; de l'&ecirc;tre humain (de l'homme ou de la femme) et la dimension nuptiale de son corps. Elles permettent de comprendre et d'actualiser, sur la base de cette dimension, un don librement m&ucirc;ri qui s'exprime d'un c&ocirc;t&eacute; dans le mariage indissoluble et de l'autre dans l'abstention du mariage pour le Royaume de Dieu. A travers ces voies diff&eacute;rentes, le Christ manifeste pleinement l'homme &agrave; lui-m&ecirc;me, et lui d&eacute;couvre la sublimit&eacute; de sa vocation. Cette vocation est inscrite dans l'homme selon la ligne de tout son compos&eacute; psychique et physique, justement &agrave; travers le myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps.<br /> Et tout ce que nous avons essay&eacute; de faire au long de ces m&eacute;ditations pour comprendre les paroles du Christ trouve son fondement d&eacute;finitif dans le myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps.</p> <p>- 21&nbsp;juillet 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:01:17 +0000 Incarnare 131 at http://www.theologieducorps.fr TDC 087 - Le mariage comme sacrement, selon Saint Paul aux Ephésiens http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-087-mariage-comme-sacrement-selon-saint-paul-aux-ephesiens <p><a name="1"></a> 1. Nous entamons aujourd'hui un nouveau chapitre sur le th&egrave;me du mariage, en lisant ce que dit saint Paul aux Eph&eacute;siens: &quot;Que les femmes soient soumises &agrave; leur mari, comme au Seigneur J&eacute;sus; car, pour la femme, le mari est la t&ecirc;te, tout comme, pour l'Eglise, le Christ est &agrave; la t&ecirc;te, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien! si l'Eglise se soumet au Christ, qu'il en soit toujours de m&ecirc;me pour les femmes &agrave; l'&eacute;gard de leur mari. Vous, les hommes, aimez votre femme, &agrave; l'exemple du Christ: il a aim&eacute; l'Eglise, il s'est livr&eacute; pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par l'eau du bapt&ecirc;me et la parole de vie; il voulait se la pr&eacute;senter &agrave; lui-m&ecirc;me, cette Eglise, resplendissante, sans tache ni ride, ni aucun d&eacute;faut; il la voulait sainte et immacul&eacute;e. C'est comme cela que le mari doit aimer sa femme: comme son propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui- m&ecirc;me. Jamais personne n'a m&eacute;pris&eacute; son propre corps: au contraire, on le nourrit, on en prend soin. C'est ce que fait le Christ pour l'Eglise, parce que nous sommes les membres de son corps A cause de cela, l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, il s'unira &agrave; sa femme et tous deux ne feront plus qu'un. Ce myst&egrave;re est grand; je le dis en pensant au Christ et &agrave; l'Eglise! Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme lui-m&ecirc;me, et que la femme respecte son mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3" style="">Ep 5,22-33</a></i>.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Il nous faut soumettre &agrave; une analyse approfondie ce texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ei">Ep 5</a></i>, comme auparavant nous avons analys&eacute; toutes les paroles du Christ qui semblaient avoir une signification capitale pour la th&eacute;ologie du corps. Il s'agissait des paroles dans lesquelles le Christ se r&eacute;f&egrave;re au &quot;commencement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p0">Mc 10,6</a></i>, au &quot;coeur&quot; humain, dans le Sermon sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i> et &agrave; la r&eacute;surrection future <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35</a></i> Ce qui est dit dans ce passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens constitue pour ainsi dire le couronnement de ces autres mots cl&eacute;s. Si, &agrave; partir de ceux-l&agrave; on a pu d&eacute;gager une th&eacute;ologie du corps dans ses grandes lignes &eacute;vang&eacute;liques, &agrave; la fois simples et fondamentales, il faut, d'une certaine mani&egrave;re, pr&eacute;supposer cette th&eacute;ologie pour interpr&eacute;ter ce passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. Par cons&eacute;quent, si l'on veut interpr&eacute;ter ce passage, il faut le faire &agrave; la lumi&egrave;re de ce que le Christ nous a dit sur le corps humain. Il a parl&eacute; de la concupiscence (du coeur) &agrave; l'homme historique, et par cons&eacute;quent &agrave; l'homme tout court. Et il a aussi fait ressortir, d'un c&ocirc;t&eacute;, les perspectives du commencement, c'est-&agrave;-dire de l'innocence originelle et de la justice et, de l'autre, les perspectives eschatologiques de la r&eacute;surrection des corps quand &quot;on ne prendra plus femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35</a></i>. Tout cela fait partie de l'optique th&eacute;ologique de la &quot;R&eacute;demption de notre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Ce que dit l'auteur de la lettre aux Eph&eacute;siens (*) est &eacute;galement centr&eacute; sur le corps; et cela aussi bien dans son sens m&eacute;taphorique, c'est-&agrave;-dire &agrave; propos du corps du Christ qui est l'Eglise, que dans son sens propre, c'est-&agrave;-dire &agrave; propos du corps humain dans sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;, dans son destin de s'unir dans le mariage, comme le dit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &quot;L'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, il s'unira &agrave; sa femme et tous deux ne feront plus qu'un&quot;.<br /> De quelle mani&egrave;re ces deux significations du corps apparaissent-elles et convergent-elles dans ce passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. Et pourquoi y apparaissent-elles et convergent-elles? Voil&agrave; des questions qu'il faut se poser, et il ne faut pas l'attendre &agrave; avoir des r&eacute;ponses imm&eacute;diates et directes, mais plut&ocirc;t, autant que possible, il faut approfondir &agrave; longue &eacute;ch&eacute;ance, ces r&eacute;ponses auxquelles nous ont pr&eacute;par&eacute;s nos analyses pr&eacute;c&eacute;dentes. En effet, ce passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens ne peut &ecirc;tre compris correctement que dans son large contexte biblique; il faut le voir comme le couronnement des th&egrave;mes et des v&eacute;rit&eacute;s qui ponctuent la Parole de Dieu r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans l'Ecriture sainte, tels le flux et le reflux de larges vagues. Ce sont des th&egrave;mes centraux et des v&eacute;rit&eacute;s essentielles. C'est pour cela que ce texte de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens est &eacute;galement un texte cl&eacute; classique.</p> <p>Note (*) - <i>La question de savoir si l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens est de saint Paul ou pas, paternit&eacute; reconnue par certains ex&eacute;g&egrave;tes et refus&eacute;e par d'autres, peut trouver une solution dans une supposition qui se place entre les deux opinions et que nous ferons n&ocirc;tre comme hypoth&egrave;se de travail, &agrave; savoir que saint Paul confia &agrave; son secr&eacute;taire quelques id&eacute;es et que celui-ci, par la suite, les d&eacute;veloppa et les r&eacute;digea. - C'est &agrave; cette solution provisoire de la question que nous pensons quand nous parlons de l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, de l'ap&ocirc;tre et de saint Paul.</i></p> <p> <a name="5"></a> 4. C'est un texte bien connu dans la liturgie qui l'utilise toujours en rapport avec le sacrement de mariage. La lex orandi de l'Eglise voit dans ce texte une r&eacute;f&eacute;rence explicite &agrave; ce sacrement: et la lex orandi annonce et en m&ecirc;me temps exprime la lex credendi. Ceci &eacute;tant admis, il nous faut tout de suite nous demander comment on voit, dans ce texte classique de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, la v&eacute;rit&eacute; sur la sacramentalit&eacute; du mariage. De quelle fa&ccedil;on s'y exprime-t- elle, y est-elle confirm&eacute;e? On va voir que la r&eacute;ponse &agrave; ces questions ne peut &ecirc;tre imm&eacute;diate et directe, mais progressive, et n'&ecirc;tre donn&eacute;e qu'&agrave; longue &eacute;ch&eacute;ance. Cela se v&eacute;rifie d&egrave;s le premier coup d'oeil sur ce texte qui nous renvoie au livre de la Gen&egrave;se, et donc au commencement, et qui, dans sa description des rapports entre le Christ et l'Eglise, reprend chez les proph&egrave;tes de l'Ancien Testament leur analogie bien connue avec l'amour nuptial entre Dieu et le peuple &eacute;lu. Il serait difficile de dire comment l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens traite de la sacramentalit&eacute; du mariage sans &eacute;tudier ces rapports. On verra aussi comment cette r&eacute;ponse doit passer par toutes les dimensions des probl&egrave;mes qu'on a d&eacute;j&agrave; analys&eacute;s, c'est-&agrave;-dire par la th&eacute;ologie du corps.</p> <p><a name="5"></a> 5. Le sacrement ou la sacramentalit&eacute; - au sens le plus g&eacute;n&eacute;ral de ce terme - concerne les corps et pr&eacute;suppose une th&eacute;ologie du corps. Le sacrement, en effet, dans son sens g&eacute;n&eacute;ralement re&ccedil;u, est un signe visible. Le corps signifie aussi ce qui est visible, le caract&egrave;re visible du monde et de l'homme. Par cons&eacute;quent, d'une certaine mani&egrave;re - bien qu'en un sens plus g&eacute;n&eacute;ral -, le corps entre dans la d&eacute;finition du sacrement puisqu'il est le signe visible d'une r&eacute;alit&eacute; invisible, c'est-&agrave;-dire de la r&eacute;alit&eacute; spirituelle, transcendante, divine. C'est dans ce signe - et &agrave; travers ce signe - que Dieu se donne &agrave; l'homme dans sa v&eacute;rit&eacute; transcendante et dans son amour. Le sacrement est un signe de la gr&acirc;ce, et c'est un signe efficace. Non seulement il l'indique et l'exprime de fa&ccedil;on visible, il en est le signe, mais il la produit et contribue efficacement &agrave; faire en sorte que la gr&acirc;ce fasse partie de l'homme et qu'en lui se r&eacute;alise et s'accomplisse l'oeuvre du salut, l'oeuvre &eacute;tablie d'avance par Dieu de toute &eacute;ternit&eacute; et qui a &eacute;t&eacute; pleinement r&eacute;v&eacute;l&eacute;e en J&eacute;sus-Christ.</p> <p><a name="6"></a> 6. Je dirais que d&eacute;j&agrave;, dans ce premier coup d'oeil jet&eacute; sur ce texte classique de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, nous voyons dans quelle direction devront se poursuivre nos analyses suivantes. Il est indispensable que ces analyses commencent par une compr&eacute;hension pr&eacute;liminaire du texte en lui-m&ecirc;me; cependant, elles doivent nous conduire ensuite, si l'on peut dire, par-del&agrave; les limites du texte, &agrave; comprendre, si possible jusqu'au fond, quelle richesse de v&eacute;rit&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e par Dieu est contenue dans le cadre de cette merveilleuse page. En empruntant la c&eacute;l&egrave;bre expression de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gx">GS 22</a></i>, on peut dire que ce passage que nous avons choisi dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens &quot;manifeste pleinement l'homme &agrave; lui-m&ecirc;me et lui d&eacute;couvre la sublimit&eacute; de sa vocation&quot;: en tant qu'il partage l'exp&eacute;rience de l'incarnation. En effet Dieu, en le cr&eacute;ant &agrave; son image, d&egrave;s le commencement le cr&eacute;a &quot;homme et femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#en">Gn 1,27</a></i></p> <p>Au cours de nos analyses suivantes nous chercherons - surtout &agrave; la lumi&egrave;re de ce texte de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens - &agrave; comprendre plus profond&eacute;ment le sacrement, en particulier le mariage en tant que sacrement: en premier lieu dans sa dimension de l'Alliance et de la gr&acirc;ce, et ensuite dans sa dimension de signe sacramentel.</p> <p>- 28&nbsp;juillet 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:02:58 +0000 Incarnare 132 at http://www.theologieducorps.fr TDC 088 - Mystère du Christ dans l'Eglise et invitation à imiter Dieu http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-088-mystere-du-christ-dans-leglise-invitation-imiter-dieu <p> 1. Durant notre entretien de mercredi dernier j'ai cit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>. Maintenant, apr&egrave;s ce regard introductif, il convient d'examiner comment ce passage - si important, soit pour le myst&egrave;re de l'Eglise, soit pour le caract&egrave;re sacramentel du mariage - s'encadre dans le contexte imm&eacute;diat de l'&eacute;p&icirc;tre enti&egrave;re.<br /> Tout en sachant qu'il existe une s&eacute;rie de probl&egrave;mes discut&eacute;s par les biblistes concernant les destinataires, la paternit&eacute; et m&ecirc;me la date de composition de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, il faut constater que celle-ci a une structure tr&egrave;s significative. L'auteur la commence en pr&eacute;sentant l'&eacute;ternel plan du salut de l'homme en J&eacute;sus-Christ.<br /> &quot;... Dieu, P&egrave;re de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ ... qui nous a &eacute;lus en lui pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence, dans l'amour, d&eacute;terminant d'avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par J&eacute;sus-Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volont&eacute; &agrave; la louange de gloire de sa gr&acirc;ce, dont il nous a gratifi&eacute;s dans le Bien-aim&eacute;. En lui nous trouvons la R&eacute;demption par son sang, la r&eacute;mission des p&eacute;ch&eacute;s selon la richesse de sa gr&acirc;ce ... pour r&eacute;aliser ce dessein quand les temps seront accomplis: ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bi">Ep 1,3-10</a></i>.<br /> Apr&egrave;s avoir pr&eacute;sent&eacute;, avec des paroles pleine de gratitude, le plan qui est en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute; et, en m&ecirc;me temps, se r&eacute;alise d&eacute;j&agrave; dans la vie de l'humanit&eacute;, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre prie le Seigneur pour que les hommes (et principalement les destinataires de la missive) connaissent le Christ en tant que Chef: &quot;Il l'a constitu&eacute; au sommet de tout, t&ecirc;te pour l'Eglise qui est son corps, la pl&eacute;nitude de celui qui se r&eacute;alise enti&egrave;rement en toute chose&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#b1">Ep 1,22-23</a></i> L'humanit&eacute; p&eacute;cheresse est appel&eacute;e &agrave; une vie nouvelle dans le Christ en qui les pa&iuml;ens et les juifs doivent s'unir comme dans un temple <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ch">Ep 2,11-21</a></i>. L'ap&ocirc;tre est le propagateur du myst&egrave;re du Christ parmi les pa&iuml;ens, les principaux destinataires de son &eacute;p&icirc;tre, o&ugrave; il &eacute;crit que &quot;fl&eacute;chissant les genoux en pr&eacute;sence du P&egrave;re, il demande qu'il daigne, selon la richesse de sa gloire, (les) armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en eux l'homme int&eacute;rieur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#da">Ep 3,14-16</a></i></p> <p> 2. Apr&egrave;s une si profonde et suggestive r&eacute;v&eacute;lation du myst&egrave;re du Christ dans l'Eglise, l'auteur passe, dans la seconde partie de son &eacute;p&icirc;tre, &agrave; des directives plus d&eacute;taill&eacute;es qui visent &agrave; d&eacute;finir la vie chr&eacute;tienne comme vocation jaillissant du plan divin, dont nous avons parl&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, c'est-&agrave;-dire du myst&egrave;re du Christ dans l'Eglise. Ici &eacute;galement l'auteur aborde diff&eacute;rentes questions qui ont gard&eacute; toute leur importance pour la vie chr&eacute;tienne. Il exhorte &agrave; conserver l'unit&eacute;, soulignant en m&ecirc;me temps qu'une telle unit&eacute; se construit sur la multiplicit&eacute; et la diversit&eacute; des dons du Christ. Chacun re&ccedil;oit un don diff&eacute;rent, mais tous les chr&eacute;tiens doivent, comme tels, &quot;rev&ecirc;tir l'homme nouveau, qui a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; selon Dieu, dans la justice et la saintet&eacute; de la v&eacute;rit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#d5">Ep 4,24</a></i>. A cela se rattache un rappel cat&eacute;gorique &agrave; surmonter les vices et &agrave; acqu&eacute;rir les vertus correspondant &agrave; la vocation que tous les hommes ont re&ccedil;ue dans le Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ea">Ep 4,25-32</a></i>. L'auteur &eacute;crit: &quot;Cherchez &agrave; imiter Dieu, comme des enfants bien-aim&eacute;s et suivez la voie de l'amour, &agrave; l'exemple du Christ qui nous a aim&eacute;s et s'est offert pour nous ... en sacrifice&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ei">Ep 5,1-2</a></i>.</p> <p>3. En <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ei">Ep 5</a></i>, ces rappels se font encore plus circonstanci&eacute;s. L'auteur condamne s&eacute;v&egrave;rement les abus des pa&iuml;ens. Il &eacute;crit: &quot;Jadis vous &eacute;tiez dans les t&eacute;n&egrave;bres, mais &agrave; pr&eacute;sent vous &ecirc;tes lumi&egrave;re dans le Seigneur; conduisez-vous en enfants de lumi&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ep">Ep 5,8</a></i>. Puis: &quot;Ne vous montrez donc pas inconsid&eacute;r&eacute;s, mais sachez voir quelle est la volont&eacute; du Seigneur. Et ne vous enivrez pas de vin <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsh.htm#wu">Pr 23,31</a></i> ... mais cherchez votre pl&eacute;nitude dans l'Esprit. R&eacute;citez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspir&eacute;s; chantez et c&eacute;l&eacute;brez le Seigneur de tout votre coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#ey">Ep 5,17-19</a></i>. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre veut indiquer par ces paroles le climat de vie spirituelle qui devrait animer toute communaut&eacute; chr&eacute;tienne. A ce point, il passe &agrave; la communaut&eacute; domestique, c'est-&agrave;-dire &agrave; la famille. Il &eacute;crit en effet: &quot;Cherchez votre pl&eacute;nitude dans l'Esprit ... En tout temps et &agrave; tout propos, rendez gr&acirc;ce &agrave; Dieu le P&egrave;re, au nom de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ ... Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e1">Ep 5,20-21</a></i>. Et ainsi nous abordons pr&eacute;cis&eacute;ment ce passage de l'&eacute;p&icirc;tre qui fera l'objet de notre particuli&egrave;re analyse. Il sera facile de constater que le contenu essentiel de ce texte classique se pr&eacute;sente l&agrave; o&ugrave; se croisent les deux principaux fils conducteurs de toute l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens: - le premier, le myst&egrave;re du Christ qui, en tant qu'expression du plan divin pour le salut de l'homme, se r&eacute;alise dans l'Eglise; -- le second, la vocation chr&eacute;tienne qui en tant que mod&egrave;le de vie des baptis&eacute;s, individuellement et en communaut&eacute;s, correspond au myst&egrave;re du Christ, c'est-&agrave;-dire au plan divin pour le salut de l'homme.</p> <p>4. Dans le contexte imm&eacute;diat du passage cit&eacute;, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre s'efforce d'expliquer comment la vie chr&eacute;tienne ainsi con&ccedil;ue doit se r&eacute;aliser et se manifester dans les rapports entre tous les membres d'une famille; donc, non pas seulement dans les relations entre le mari et la femme (dont traite pr&eacute;cis&eacute;ment <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> que nous avons choisi) mais &eacute;galement celles entre parents et enfants. L'auteur &eacute;crit: &quot;Enfants, ob&eacute;issez &agrave; vos parents dans le Seigneur: cela est juste. Honore ton p&egrave;re et ta m&egrave;re, tel est le premier commandement auquel soit attach&eacute;e une promesse; pour que tu sois heureux et jouisses d'une longue vie sur la terre. Et vous, parents, n'exasp&eacute;rez pas vos enfants, mais &eacute;levez-les dans l'&eacute;ducation et la discipline du Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fj">Ep 6,1-4</a></i>. Il parle ensuite des devoirs des serviteurs &agrave; l'&eacute;gard des ma&icirc;tres et, vice versa, des ma&icirc;tres &agrave; l'&eacute;gard des serviteurs, c'est-&agrave;-dire des esclaves <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fn">Ep 6,5-9</a></i>, ce qui se r&eacute;f&egrave;re &eacute;galement aux directives concernant la famille au sens le plus large. La famille est constitu&eacute;e en effet non seulement par les parents et les enfants (dans l'ordre de succession des g&eacute;n&eacute;rations): y appartiennent aussi, au sens large, les serviteurs et les servantes, les esclaves de l'un et l'autre sexe.</p> <p> 5. Ainsi donc le texte de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens que nous nous proposons d'analyser en profondeur est situ&eacute; dans le contexte imm&eacute;diat des enseignements sur les devoirs moraux de la soci&eacute;t&eacute; familiale (les Haustafeln ou codes domestiques suivant la d&eacute;finition de Luther). Nous trouvons de semblables instructions dans d'autres &eacute;p&icirc;tres <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#dl">Col 3,18-4,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bmm.htm#cb">1P 2,13-3,7</a></i> Du reste, ce contexte imm&eacute;diat fait partie de notre passage en ce sens que le texte classique que nous avons choisi a &eacute;galement trait aux devoirs r&eacute;ciproques des maris et des femmes. Il faut cependant noter que <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, consid&eacute;r&eacute; en soi, est centr&eacute; exclusivement sur les &eacute;poux et sur le mariage; et ce qui concerne la famille, &eacute;galement au sens le plus large, se trouve d&eacute;j&agrave; dans le contexte. Mais avant de passer &agrave; une analyse approfondie du texte, il convient d'ajouter que l'&eacute;p&icirc;tre se conclut par un merveilleux encouragement &agrave; la bataille spirituelle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fs">Ep 6,10-20</a></i>, par de br&egrave;ves recommandations <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#f3">Ep 6,21-22</a></i> et un voeu final <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#f5">Ep 6,23-24</a></i> Cette invitation &agrave; la bataille spirituelle semble se fonder logiquement sur l'argumentation de toute la lettre. Elle est, pour ainsi dire, l'explicite accomplissement de ses fils conducteurs principaux.<br /> Ayant ainsi sous les yeux la structure globale de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens nous chercherons au cours de la prochaine analyse d'&eacute;clairer le sens des paroles: &quot;Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>, adress&eacute;es aux maris et aux femmes.</p> <p>- 4&nbsp;ao&ucirc;t 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:04:30 +0000 Incarnare 133 at http://www.theologieducorps.fr TDC 089 - Le Christ, Source et modèle des rapports entre les époux http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-089-christ-source-modele-rapports-entre-epoux <p> <a name="1"></a>1. Nous entreprenons aujourd'hui une analyse plus d&eacute;taill&eacute;e du passage de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2" style="">Ep 5,21-33</a></i>. S'adressant aux &eacute;poux, l'auteur leur recommande d'&ecirc;tre &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>.<br /> Il s'agit ici d'un rapport &agrave; double dimension ou deux degr&eacute;s: r&eacute;ciproque et communautaire. Ils se pr&eacute;cisent et se caract&eacute;risent l'un l'autre. Les relations mutuelles du mari et de la femme doivent d&eacute;couler de leur rapport commun avec le Christ. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre parle de crainte du Christ dans le m&ecirc;me sens que lorsqu'il parle de crainte de Dieu. Dans ce cas, il ne s'agit nullement de crainte ou de peur, qui sont une attitude de d&eacute;fense face &agrave; la menace d'un mal; il s'agit surtout de respect pour la saintet&eacute;, pour le sacrum; il s'agit de la pietas qui, dans le langage de l'Ancien Testament s'exprimait &eacute;galement par le terme &quot;crainte de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gt1.htm#b0x">Ps 103,11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#by">Pr 1,7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsh.htm#wg">Pr 23,17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hbx.htm#fm">Si 1,11-16</a></i>. En effet, une telle pietas, issue de la profonde conscience du myst&egrave;re du Christ, &quot;doit constituer&quot; la base des relations entre &eacute;poux.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Comme son contexte imm&eacute;diat, le th&egrave;me que nous avons choisi a, lui aussi, un caract&egrave;re par&eacute;n&eacute;tique, c'est-&agrave;-dire d'instruction morale. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre veut indiquer aux &eacute;poux comment &eacute;tablir leurs relations r&eacute;ciproques et tout leur comportement. Il d&eacute;duit ses propres indications et directives &agrave; partir du myst&egrave;re du Christ, pr&eacute;sent&eacute; au d&eacute;but de l'&eacute;p&icirc;tre. Ce myst&egrave;re doit &ecirc;tre spirituellement pr&eacute;sent dans les rapports mutuels des &eacute;poux. P&eacute;n&eacute;trant leurs coeurs, engendrant en eux cette sainte crainte de Dieu (c'est-&agrave;-dire exactement la pietas), le myst&egrave;re du Christ doit les entra&icirc;ner &agrave; &ecirc;tre soumis les uns aux autres: le myst&egrave;re du Christ, c'est-&agrave;-dire le myst&egrave;re du choix, de toute &eacute;ternit&eacute;, de chacun d'eux pour &ecirc;tre, dans le Christ, enfants adoptifs de Dieu.</p> <p> <a name="3"></a> 3. L'expression qui ouvre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-23</a></i>, dont nous nous sommes approch&eacute;s gr&acirc;ce &agrave; l'analyse pass&eacute;e et imm&eacute;diate, a une &eacute;loquence toute particuli&egrave;re. L'auteur parle de la soumission l'un &agrave; l'autre des &eacute;poux, mari et femme; et de cette mani&egrave;re il fait entendre comment comprendre les paroles qu'il &eacute;crira par la suite sur la soumission de la femme au mari. Nous lisons, en effet: &quot;Que les femmes soient soumises &agrave; leur mari comme au Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22</a></i>. En s'exprimant ainsi l'auteur n'entend pas dire que le mari est ma&icirc;tre de la femme et que le pacte interpersonnel propre au mariage est un pacte de domination du mari sur la femme. Il exprime, au contraire, un autre concept: c'est-&agrave;-dire que la femme peut et doit trouver dans ses rapports avec le Christ - qui est pour l'un et l'autre des &eacute;poux l'unique Seigneur - la motivation de ces rapports avec le mari qui d&eacute;coulent de l'essence m&ecirc;me du mariage et de la famille. Ces rapports ne sont pas toutefois des rapports de soumission unilat&eacute;rale. Selon la doctrine de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, le mariage exclut cet &eacute;l&eacute;ment du pacte qui pesait et, parfois, ne cesse de peser sur cette institution. Le mari et la femme sont en effet soumis l'un &agrave; l'autre, subordonn&eacute;s l'un &agrave; l'autre. La source de cette r&eacute;ciproque soumission se trouve dans la pietas chr&eacute;tienne; son expression est l'amour.</p> <p><a name="4"></a>4. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre souligne cet amour de mani&egrave;re particuli&egrave;re en s'adressant aux maris. Il &eacute;crit en effet: &quot;Et vous, maris, aimez vos femmes ... &quot; et, par cette mani&egrave;re de s'exprimer, il emp&ecirc;che toute crainte qu'aurait pu faire na&icirc;tre (vu la sensibilit&eacute; contemporaine) la phrase pr&eacute;c&eacute;dente &quot;Les femmes sont soumises aux maris&quot;. L'amour exclut toute esp&egrave;ce de soumission qui ferait de la femme la servante ou l'esclave du mari, un objet de soumission unilat&eacute;rale. L'amour fait que, en m&ecirc;me temps, le mari est soumis lui aussi &agrave; sa femme, et en cela soumis au Seigneur lui-m&ecirc;me, tout comme la femme au mari. La communaut&eacute; ou unit&eacute; qu'ils doivent constituer en raison de leur mariage se r&eacute;alise dans une donation r&eacute;ciproque qui est aussi une soumission r&eacute;ciproque. Le Christ est &agrave; la fois source et mod&egrave;le de cette soumission qui, &eacute;tant r&eacute;ciproque dans la crainte du Seigneur, conf&egrave;re un caract&egrave;re m&ucirc;r et profond &agrave; l'union conjugale. De multiples facteurs de nature psychologique ou tenant compte des coutumes se trouvent, dans cette source et en pr&eacute;sence de ce mod&egrave;le, tellement transform&eacute;s qu'ils font &eacute;merger, dirais-je, une nouvelle et pr&eacute;cieuse fusion de comportements et des rapports bilat&eacute;raux.</p> <p> <a name="5"></a> 5. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens ne craint pas d'accueillir ces concepts qui &eacute;taient propres &agrave; la mentalit&eacute; et aux moeurs de ce temps-l&agrave;; il ne craint pas de parler de la soumission de la femme au mari; il ne craint pas, ensuite (m&ecirc;me dans le dernier verset du texte que nous avons cit&eacute;), de recommander &agrave; la femme de &quot;r&eacute;v&eacute;rer son mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22</a></i>.<br /> En effet, il est certain que, lorsque le mari et la femme seront soumis l'un &agrave; l'autre dans la crainte du Christ, tout trouvera un juste &eacute;quilibre, un &eacute;quilibre qui corresponde &agrave; leur vocation chr&eacute;tienne dans le myst&egrave;re du Christ.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Notre sensibilit&eacute; contemporaine est diff&eacute;rente comme sont diff&eacute;rentes la mentalit&eacute; et les moeurs, comme est diff&eacute;rente la situation sociale de la femme &agrave; l'&eacute;gard de l'homme. N&eacute;anmoins, le principe par&eacute;n&eacute;tique fondamental que nous trouvons dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens reste le m&ecirc;me et porte les m&ecirc;mes fruits. La soumission r&eacute;ciproque dans la crainte du Christ - soumission n&eacute;e sur la base de la pietas chr&eacute;tienne - constitue toujours cette profonde et solide structure portante de la communaut&eacute; des conjoints o&ugrave; se r&eacute;alise la vraie communion des personnes.</p> <p><a name="7"></a> 7. L'auteur du texte aux Eph&eacute;siens qui a commenc&eacute; son &eacute;p&icirc;tre par une magnifique description du plan &eacute;ternel de Dieu &agrave; l'&eacute;gard de l'humanit&eacute;, ne se limite pas &agrave; mettre en relief les aspects traditionnels des moeurs ou les aspects &eacute;thiques du mariage; il d&eacute;borde du cadre de l'enseignement et, en &eacute;crivant sur les relations r&eacute;ciproques des conjoints, il d&eacute;couvre en eux la dimension m&ecirc;me du myst&egrave;re du Christ dont il est l'annonciateur et l'ap&ocirc;tre. &quot;Que les femmes soient soumises &agrave; leur mari comme au Seigneur; le mari en effet est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l'Eglise, lui le Sauveur du corps; or l'Eglise se soumet au Christ; les femmes doivent donc, et de la m&ecirc;me mani&egrave;re, se soumettre en tout &agrave; leur mari. Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est livr&eacute; pour elle ... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-25</a></i> De cette mani&egrave;re, l'enseignement propre &agrave; cette partie par&eacute;n&eacute;tique de l'&eacute;p&icirc;tre se trouve en un certain sens ins&eacute;r&eacute; dans la r&eacute;alit&eacute; m&ecirc;me du myst&egrave;re cach&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute; en Dieu et r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; l'humanit&eacute; en J&eacute;sus-Christ. Dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, nous sommes t&eacute;moins, dirais-je, d'une rencontre particuli&egrave;re de ce myst&egrave;re avec l'essence m&ecirc;me de la vocation au mariage. Comment faut-il entendre cette rencontre?</p> <p><a name="8"></a> 8. Dans le texte de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, elle se pr&eacute;sente avant tout comme une grande analogie. Nous y lisons &quot;Que les femmes soient soumises &agrave; leurs maris comme au Seigneur ... &quot;: voil&agrave; le premier terme de l'analogie. &quot;En effet, le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l'Eglise ... &quot; voil&agrave; le second terme qui constitue l'explication et la motivation du premier. De la m&ecirc;me mani&egrave;re que l'Eglise est soumise au Christ, les femmes aussi sont soumises &agrave; leur mari ...: les rapports du Christ avec l'Eglise, pr&eacute;sent&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment, sont maintenant exprim&eacute;s en tant que rapports de l'Eglise avec le Christ, et le terme suivant de l'analogie est compris ici. Enfin: Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est livr&eacute; pour elle ... &quot;: voil&agrave; le dernier terme de l'analogie. La suite du texte de l'&eacute;p&icirc;tre d&eacute;veloppe la pens&eacute;e fondamentale contenue dans le passage qui vient d'&ecirc;tre cit&eacute;; et le texte entier de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i>, est int&eacute;gralement impr&eacute;gn&eacute; de la m&ecirc;me analogie; c'est-&agrave;-dire que les relations r&eacute;ciproques entre &eacute;poux, mari et femme, les chr&eacute;tiens doivent les comprendre &agrave; l'image de la relation entre le Christ et l'Eglise.</p> <p>- 11&nbsp;ao&ucirc;t 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:07:17 +0000 Incarnare 134 at http://www.theologieducorps.fr TDC 090 - L'Epitre aux Ephésiens conduit à la base de la sacramentalité du mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-090-lepitre-aux-ephesiens-conduit-la-base-de-la-sacramentalite-du-mariage <p> 1. Analysant les divers &eacute;l&eacute;ments de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i>, nous avons constat&eacute;, mercredi dernier, que les chr&eacute;tiens doivent comprendre les rapports mutuels entre &eacute;poux, entre mari et femme, comme l'image des rapports entre le Christ et l'Eglise.<br /> Ces rapports sont une r&eacute;v&eacute;lation et une r&eacute;alisation dans le temps du myst&egrave;re du salut, de l'&eacute;lection d'amour cach&eacute;e en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute;. Dans cette r&eacute;v&eacute;lation et r&eacute;alisation, le myst&egrave;re du salut comprend le trait particulier de l'amour nuptial, dans les rapports du Christ avec l'Eglise; c'est pourquoi cela peut &ecirc;tre exprim&eacute; de la mani&egrave;re la plus ad&eacute;quate en recourant &agrave; l'analogie des rapports qui existent - qui doivent exister - entre mari et femme dans le mariage. Cette analogie &eacute;claire le myst&egrave;re, au moins jusqu'&agrave; un certain point. Il semble m&ecirc;me selon l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, que cette analogie soit compl&eacute;mentaire de celle du &quot;corps mystique&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#b1">Ep 1,22-23</a></i> quand nous cherchons &agrave; exprimer le myst&egrave;re des rapports du Christ avec l'Eglise - et remontant encore plus loin, le myst&egrave;re de l'amour &eacute;ternel de Dieu envers l'homme, envers l'humanit&eacute;: le myst&egrave;re qui s'exprime et se r&eacute;alise dans le temps &agrave; travers les rapports du Christ avec son Eglise.</p> <p>2. Si, comme il a &eacute;t&eacute; dit, cette analogie &eacute;claire le myst&egrave;re, elle est &agrave; son tour &eacute;clair&eacute;e par ce myst&egrave;re. Les rapports nuptiaux qui unissent les &eacute;poux, mari et femme, doivent - selon l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens - nous aider &agrave; comprendre l'amour qui unit le Christ &agrave; son Eglise, cet amour r&eacute;ciproque du Christ et de l'Eglise, dans lequel se r&eacute;alise l'&eacute;ternel plan divin du salut de l'homme. Toutefois, la signification de l'analogie n'est pas encore &eacute;puis&eacute;e avec cela. L'analogie utilis&eacute;e dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, en m&ecirc;me temps qu'elle &eacute;claire le myst&egrave;re des rapports entre le Christ et l'Eglise, r&eacute;v&egrave;le aussi la v&eacute;rit&eacute; essentielle sur le mariage: c'est-&agrave;-dire que le mariage ne correspond &agrave; la vocation des chr&eacute;tiens que s'il refl&egrave;te l'amour que le Christ-Epoux donne &agrave; l'Eglise son &eacute;pouse et que l'Eglise (&agrave; la ressemblance de l'&eacute;pouse soumise, qui, donc s'est pleinement donn&eacute;e) s'efforce de donner au Christ en retour du sien. C'est l'amour r&eacute;dempteur, sauveur, l'amour avec lequel Dieu a, de toute &eacute;ternit&eacute;, aim&eacute; l'homme dans le Christ: &quot;Car Il nous a &eacute;lus en lui, d&egrave;s avant la cr&eacute;ation du monde pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence ... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bj">Ep 1,4</a></i>.</p> <p> 3. Le mariage ne correspond &agrave; la vocation des chr&eacute;tiens en tant qu'&eacute;poux que si cet amour, pr&eacute;cis&eacute;ment, se refl&egrave;te et s'actualise. Cela devient clair si nous essayons de relire l'analogie paulinienne en sens inverse, c'est-&agrave;-dire en partant des relations du Christ avec l'Eglise et nous tournant ensuite vers les relations du mari et de la femme dans le mariage. L'auteur du texte use d'un ton d'exhortation &quot;Que les femmes soient soumises aux maris ... comme l'Eglise est soumise au Christ&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-23</a></i>. Et d'autre part: &quot;Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>. Ces expressions d&eacute;montrent qu'il s'agit d'une obligation morale. Toutefois, pour pouvoir recommander de telles obligations il est n&eacute;cessaire d'admettre que dans l'essence m&ecirc;me du mariage il y a une parcelle du m&ecirc;me myst&egrave;re. Autrement toute cette analogie serait suspendue dans le vide. L'invitation que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens adresse aux &eacute;poux afin qu'ils mod&egrave;lent leurs mutuelles relations sur les relations du Christ avec l'Eglise serait priv&eacute;e de base r&eacute;elle (&quot;comme&quot;), comme si le sol venait &agrave; lui manquer sous les pieds. Telle est la logique de l'analogie utilis&eacute;e dans le texte cit&eacute; de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens.</p> <p> 4. Comme on le voit, cette analogie op&egrave;re en deux directions. Si elle permet d'une part de mieux saisir l'essence des rapports du Christ avec l'Eglise, elle nous permet aussi d'autre part, de p&eacute;n&eacute;trer plus profond&eacute;ment l'essence du mariage auquel sont appel&eacute;s les chr&eacute;tiens. Elle manifeste en un certain sens comment ce mariage, dans son essence la plus profonde, &eacute;merge du myst&egrave;re de l'amour de Dieu envers l'homme et l'humanit&eacute;: de ce myst&egrave;re salvifique qui s'accomplit dans le temps au moyen de l'amour nuptial du Christ pour l'Eglise. Partant de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, nous pourrons ensuite d&eacute;velopper en deux directions la pens&eacute;e contenue dans la grande analogie paulinienne: soit en direction d'une compr&eacute;hension plus profonde de l'Eglise, soit en direction d'une compr&eacute;hension plus profonde du mariage. Dans nos consid&eacute;rations nous suivrons &eacute;galement cette seconde direction, conscients du fait qu'&agrave; la base de la compr&eacute;hension du mariage dans son essence il y a les relations nuptiales du Christ avec l'Eglise. Ces relations doivent &ecirc;tre analys&eacute;es encore plus soigneusement pour pouvoir &eacute;tablir - en supposant l'analogie avec le mariage - de quelle mani&egrave;re elles deviennent signe visible de l'&eacute;ternel myst&egrave;re divin, &agrave; l'image de l'Eglise unie au Christ. De cette mani&egrave;re l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens nous conduit &agrave; la base m&ecirc;me de la sacramentalit&eacute; du mariage.</p> <p>5. Nous allons donc entreprendre une analyse d&eacute;taill&eacute;e du texte. Quand nous lisons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e4">Ep 5,23</a></i> que &quot;le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l'Eglise, lui le Sauveur du corps&quot;, nous pouvons supposer que l'auteur, qui avait d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment que la soumission de la femme au mari, comme chef, devait se comprendre comme soumission r&eacute;ciproque dans la crainte du Seigneur, remonte au concept enracin&eacute; dans la mentalit&eacute; de son &eacute;poque pour exprimer avant tout la v&eacute;rit&eacute; sur les relations du Christ avec l'Eglise, c'est-&agrave;-dire que le Christ est le chef de l'Eglise. Il est chef comme Sauveur de son corps. L'Eglise est en effet ce corps qui - &eacute;tant soumis en tout au Christ en tant que chef - re&ccedil;oit de celui-ci tout ce qui fait qu'elle devient et est son corps: c'est-&agrave;-dire la pl&eacute;nitude du salut comme don du Christ qui s'est donn&eacute; lui-m&ecirc;me pour elle jusqu'&agrave; la fin. Ce don de soi que le Christ a fait au P&egrave;re en lui ob&eacute;issant jusqu'&agrave; la mort sur la croix prend ici un sens strictement &eacute;ccl&eacute;siologique: &quot;Le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; lui-m&ecirc;me pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>. En se donnant totalement par amour il a form&eacute; l'Eglise comme son corps et il ne cesse de l'&eacute;difier en devenant son chef. Comme chef il est Sauveur de son corps et, en m&ecirc;me temps, ce Sauveur est le chef. Comme chef et Sauveur de l'Eglise, il est &eacute;galement l'Epoux de son Epouse.</p> <p> 6. L'Eglise est elle-m&ecirc;me dans la mesure o&ugrave;, comme corps, elle accepte du Christ, son chef, tout le don du salut comme fruit de l'amour du Christ et de sa donation pour l'Eglise: fruit de la donation du Christ jusqu'&agrave; la fin. Ce don de soi fait au P&egrave;re en ob&eacute;issant jusqu'&agrave; la mort <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gph.htm#cl">Ph 2,8</a></i> est en m&ecirc;me temps, selon l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, se donner soi-m&ecirc;me pour l'Eglise. Dans cette expression, l'amour r&eacute;dempteur se transforme, dirais-je, en amour nuptial: le Christ, en se donnant lui-m&ecirc;me pour l'Eglise par cet acte r&eacute;dempteur m&ecirc;me, s'est uni &agrave; elle une fois pour toutes, comme l'&eacute;poux &agrave; son &eacute;pouse, comme le mari &agrave; sa femme, se donnant par tout ce qui contient une fois pour toutes ce &quot;se donner soi-m&ecirc;me&quot; pour l'Eglise. De cette mani&egrave;re, le myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps cache en soi, en un certain sens, le myst&egrave;re des &quot;noces de l'Agneau&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/cmi.htm#ms">Ap 19,7</a></i>. Comme le Christ est chef du corps, tout le don salvifique de la R&eacute;demption p&eacute;n&egrave;tre l'Eglise comme corps de ce chef et forme continuellement la substance essentielle, la plus profonde, de sa vie. Et il la forme de mani&egrave;re nuptiale, &eacute;tant donn&eacute; que dans le texte cit&eacute; l'analogie du corps-chef passe dans l'analogie de l'&eacute;poux- &eacute;pouse ou plut&ocirc;t du mari-femme. Les passages suivants du texte le d&eacute;montrent. Il conviendra d'y revenir par la suite.</p> <p>- 18&nbsp;ao&ucirc;t 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:08:44 +0000 Incarnare 135 at http://www.theologieducorps.fr TDC 091 - Analogie de la relation Christ-Eglise et époux-épouse http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-091-analogie-de-la-relation-christ-eglise-epoux-epouse <p> 1. Dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes consid&eacute;rations au sujet de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i> nous avons attir&eacute; particuli&egrave;rement l'attention sur l'analogie de la relation qui existe entre le Christ et l'Eglise, et de celle qui existe entre l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse, c'est-&agrave;-dire entre le mari et la femme unis par les liens du mariage. Avant d'aborder l'analyse des passages suivants du texte en question, nous devons prendre conscience du fait que, dans le cadre de l'analogie paulinienne fondamentale, Christ et Eglise d'une part, homme et femme en tant qu'&eacute;poux d'autre part, il y a aussi une analogie suppl&eacute;mentaire: l'analogie de la t&ecirc;te et du corps. Et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette analogie qui conf&egrave;re une signification principalement eccl&eacute;siologique &agrave; l'&eacute;nonc&eacute; que nous avons analys&eacute;: 'Eglise est, comme telle, form&eacute;e par le Christ; dans sa partie essentielle, c'est le Christ qui la constitue comme corps de la t&ecirc;te. L'union du corps avec la t&ecirc;te est surtout de nature organique et, en termes simples, l'union somatique de l'organisme humain. C'est sur cette union organique que se fonde, de mani&egrave;re directe, l'union biologique, en ce sens que l'on peut dire que le corps vit de la t&ecirc;te (m&ecirc;me si, en m&ecirc;me temps, mais d'une autre mani&egrave;re, la t&ecirc;te vit du corps). En outre s'il s'agit de l'homme, c'est sur cette union organique que se fonde &eacute;galement l'union psychique, entendue dans son int&eacute;grit&eacute; et, en d&eacute;finitive, l'unit&eacute; int&eacute;grale de la personne humaine.</p> <p> 2. Comme il a &eacute;t&eacute; dit pr&eacute;c&eacute;demment (pour le moins dans le passage analys&eacute;), l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens a introduit l'analogie suppl&eacute;mentaire de la t&ecirc;te et du corps dans le cadre de l'analogie du mariage. Il semble m&ecirc;me qu'il a con&ccedil;u la premi&egrave;re analogie t&ecirc;te-corps de mani&egrave;re plus centrale au point de vue de la v&eacute;rit&eacute; sur le Christ et sur l'Eglise qu'il a lui-m&ecirc;me proclam&eacute;e. Toutefois, il faut affirmer &eacute;galement qu'il ne l'a pas plac&eacute;e &agrave; c&ocirc;t&eacute; ou &agrave; l'ext&eacute;rieur de l'analogie du mariage comme lien conjugal. Bien au contraire. Dans tout le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, l'auteur parle comme si dans le mariage &eacute;galement le mari &eacute;tait chef de sa femme, et la femme corps du mari, comme si les &eacute;poux formaient eux aussi une union organique. Le fondement de cela, on peut le trouver dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> o&ugrave; il est question d'&quot;une seule chair&quot; ou bien dans le texte auquel l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens se r&eacute;f&eacute;rera bient&ocirc;t dans le cadre de sa grande analogie. N&eacute;anmoins le texte du livre de la Gen&egrave;se met clairement en &eacute;vidence qu'il s'agit de l'homme et de la femme, de deux sujets personnels bien distincts qui d&eacute;cident consciemment de leur union conjugale, que l'antique texte d&eacute;finit en ces termes: une seule chair. Et, dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, cela est tout aussi clair.<br /> L'auteur a recours &agrave; une double analogie: t&ecirc;te-corps, mari-femme, afin d'&eacute;tablir avec clart&eacute; la nature de l'union entre le Christ et l'Eglise. En un certain sens, sp&eacute;cialement dans ce premier passage, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, la dimension eccl&eacute;siologique semble d&eacute;cisive et pr&eacute;valente.</p> <p> 3. &quot;Que les femmes soient soumises &agrave; leur mari comme au Seigneur; en effet, le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l'Eglise, lui Sauveur du corps; or l'Eglise se soumet au Christ; les femmes doivent donc et de la m&ecirc;me mani&egrave;re se soumettre en tout &agrave; leur mari. Et vous, maris, minez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise: il s'est donn&eacute; pour elle... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-25</a></i>. Cette analogie suppl&eacute;mentaire fait que, dans le cadre de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, nous sommes en pr&eacute;sence de deux sujets distincts qui, en vertu d'un certain rapport de r&eacute;ciprocit&eacute;, deviennent en un sens un seul sujet: la t&ecirc;te constitue avec le corps un sujet (dans le sens physique et m&eacute;taphysique), un organisme, une personne humaine, un &ecirc;tre. Incontestablement le Christ est un sujet diff&eacute;rent de l'Eglise, mais en vertu d'un rapport particulier il s'unit &agrave; elle, comme en une union organique de la t&ecirc;te et du corps: l'Eglise est ainsi fortement, elle est ainsi essentiellement elle-m&ecirc;me en vertu d'une union (mystique) avec le Christ. Est-il possible de dire la m&ecirc;me chose des &eacute;poux, de l'homme et de la femme, unis par un lien conjugal? Si l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens voit &eacute;galement dans le mariage l'analogie de l'union de la t&ecirc;te avec le corps, cette analogie semble, en un certain sens, se rapporter au mariage en consid&eacute;ration de l'union que le Christ constitue avec l'Eglise et l'Eglise avec le Christ. Donc l'analogie regarde surtout le mariage lui-m&ecirc;me comme cette union gr&acirc;ce &agrave; laquelle &quot;les deux formeront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fg">Ep 5,31</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i></p> <p> 4. Cette analogie ne passe pas, toutefois, &agrave; l'individualit&eacute; des sujets: celle du mari et celle de la femme, c'est-&agrave;-dire la bi-subjectivit&eacute; qui se trouve &agrave; la base d'un seul corps. L'essentielle bi-subjectivit&eacute; du mari et de la femme dans le mariage qui, en un certain sens, fait d'eux un seul corps, passe, dans l'ensemble du texte que nous sommes en train d'examiner <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, &agrave; l'image de l'Eglise-corps, unie au Christ-t&ecirc;te. On le constate sp&eacute;cialement dans la partie suivante de ce texte o&ugrave; l'auteur d&eacute;crit les rapports du Christ et de l'Eglise en recourant pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l'image des rapports du mari et de sa femme. Dans cette description, l'Eglise-corps du Christ appara&icirc;t clairement comme le second sujet de l'union conjugale auquel le premier sujet, le Christ, manifeste l'amour dont il l'a aim&eacute;e en se donnant pour elle. Cet amour est une image et surtout un mod&egrave;le de l'amour que le mari doit manifester &agrave; sa femme dans le mariage, quand ils sont soumis l'un &agrave; l'autre dans la crainte du Christ.</p> <p> 5. Nous lisons en effet: &quot;Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise: il s'est donn&eacute; pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne; car il voulait se la pr&eacute;senter &agrave; lui-m&ecirc;me toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immacul&eacute;e. C'est ainsi que les maris doivent aimer leur propre femme comme leur propre corps. Aimer sa femme n'est-ce pas s'aimer soi-m&ecirc;me? Or nul n'a jamais ha&iuml; sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin... Voil&agrave; pourquoi l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-31</a></i>.</p> <p>6. Il n'est pas difficile de constater que, dans cette partie du texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-23</a></i>, la bi-subjectivit&eacute; pr&eacute;vaut clairement: on la rel&egrave;ve tant dans le rapport Christ-Eglise que dans la relation mari-femme. Cela ne signifie pas que disparaisse l'image d'un sujet unique: l'image d'un seul corps. Elle est conserv&eacute;e &eacute;galement dans le passage de notre texte, et, en un certain sens, elle y est encore mieux expliqu&eacute;e. Nous le verrons plus clairement quand nous soumettrons le texte pr&eacute;cit&eacute; &agrave; une analyse plus d&eacute;taill&eacute;e. C'est donc ainsi que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens parle de l'amour du Christ envers l'Eglise, expliquant comment l'amour s'exprime, et pr&eacute;sentant en m&ecirc;me temps soit cet amour, soit ses expressions, comme mod&egrave;les que le mari doit suivre &agrave; l'&eacute;gard de sa femme. L'amour du Christ envers l'Eglise a essentiellement pour but sa sanctification: &quot;Le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; pour elle afin de la sanctifier&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-26</a></i>. A l'origine de cette sanctification il y a le bapt&ecirc;me, fruit premier et essentiel du don de soi- m&ecirc;me que le Christ a fait pour l'Eglise. Dans ce texte, le bapt&ecirc;me n'est pas appel&eacute; de son propre nom, il est d&eacute;fini comme &quot;purification par le bain d'eau qu'une parole accompagne&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fb">Ep 5,26</a></i>. Ce bain d'eau, ainsi que la puissance qui d&eacute;coule du don r&eacute;dempteur, du don de soi-m&ecirc;me que le Christ a fait pour l'Eglise, op&egrave;re la purification fondamentale gr&acirc;ce &agrave; laquelle son amour pour l'Eglise prend aux yeux de l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre un caract&egrave;re nuptial.</p> <p>7. On sait que c'est un sujet individuel qui prend part au sacrement du bapt&ecirc;me. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre voit toutefois toute l'Eglise &agrave; travers ce sujet individuel du bapt&ecirc;me. L'amour nuptial du Christ se r&eacute;f&egrave;re &agrave; elle, &agrave; l'Eglise, chaque fois qu'une personne y re&ccedil;oit individuellement la purification fondamentale gr&acirc;ce au bapt&ecirc;me. En vertu de l'amour r&eacute;dempteur du Christ celui qui re&ccedil;oit le bapt&ecirc;me participe en m&ecirc;me temps &agrave; son amour nuptial pour l'Eglise.<br /> Le bain d'eau qu'une parole accompagne est, dans notre texte, l'expression de l'amour nuptial en ce sens qu'il pr&eacute;pare l'&eacute;pouse (Eglise) pour l'Epoux, qu'il fait de l'Eglise l'Epouse du Christ, in actu primo, dirais-je. Quelques sp&eacute;cialistes de la Bible observent ici que dans le texte que nous avons cit&eacute; le bain d'eau &eacute;voque les ablutions rituelles qui pr&eacute;c&eacute;daient les noces - ce qui constituait &eacute;galement chez les Grecs un important rite religieux.</p> <p> 8. Comme sacrement du bapt&ecirc;me, le &quot;bain d'eau qu'une parole accompagne&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fb">Ep 5,26</a></i> fait de l'Eglise une &eacute;pouse non seulement in actu primo, mais aussi dans une perspective plus lointaine, c'est-&agrave;-dire dans la perspective eschatologique. Celle-ci s'ouvre &agrave; nous quand nous lisons dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens que par &quot;le bain d'eau&quot; l'&eacute;poux voulait &quot;se pr&eacute;senter (l'Eglise) &agrave; lui-m&ecirc;me, toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immacul&eacute;e&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i> L'expression se pr&eacute;senter l'Eglise &agrave; lui-m&ecirc;me semble indiquer le moment des noces o&ugrave; l'&eacute;pouse est conduite &agrave; l'&eacute;poux, d&eacute;j&agrave; v&ecirc;tue de la robe nuptiale et par&eacute;e pour les noces. Le texte cit&eacute; rel&egrave;ve que le Christ-Epoux lui-m&ecirc;me prend soin d'orner l'Epouse-Eglise, qu'il se soucie de la rendre belle de la beaut&eacute; de la gr&acirc;ce, belle en vertu du don du salut dans toute sa pl&eacute;nitude, d&eacute;j&agrave; accord&eacute; d&egrave;s le premier moment du bapt&ecirc;me. Mais le bapt&ecirc;me n'est qu'un d&eacute;but d'o&ugrave; devra &eacute;merger, mais seulement avec la derni&egrave;re venue du Christ - la parousie -, la figure toute resplendissante de l'Eglise (comme nous le lisons dans le texte), comme fruit d&eacute;finitif de l'amour nuptial r&eacute;dempteur.<br /> Nous voyons combien l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens scrute en profondeur la r&eacute;alit&eacute; sacramentelle quand il en proclame la grande analogie: tant l'union du Christ avec l'Eglise, que l'union conjugale de l'homme et de la femme dans le mariage re&ccedil;oivent ainsi l'&eacute;clairage d'une lumi&egrave;re surnaturelle toute particuli&egrave;re.</p> <p>- 25 ao&ucirc;t 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:09:58 +0000 Incarnare 136 at http://www.theologieducorps.fr TDC 092 - L'amour du Christ pour l'Eglise, modèle de l'amour des époux http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-092-lamour-du-christ-pour-leglise-modele-de-lamour-epoux <p> 1. Proclamant l'analogie existant entre le lien conjugal qui unit le Christ et l'Eglise et celui qui unit le mari et la femme dans le mariage, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens &eacute;crit ceci: &quot;Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise: il s'est donn&eacute; pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne, car il voulait se la pr&eacute;senter &agrave; lui-m&ecirc;me toute resplendissante, sans une ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immacul&eacute;e&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-27</a></i>.</p> <p>2. Il est significatif que l'image de l'Eglise resplendissante soit pr&eacute;sent&eacute;e dans le texte cit&eacute; comme une &eacute;pouse toute belle dans son corps. Certes, il s'agit d'une m&eacute;taphore; mais elle est tr&egrave;s &eacute;loquente et indique combien profonde est l'incidence de l'importance du corps dans l'analogie de l'amour conjugal. L'Eglise resplendissante est celle qui n'a ni tache ni ride. Tache peut se comprendre comme signe de laideur, ride comme signe de vieillissement et de s&eacute;nilit&eacute;. Au sens m&eacute;taphorique l'une et l'autre expression indiquent les d&eacute;fauts moraux, le p&eacute;ch&eacute;. On peut ajouter que chez saint Paul, le &quot;vieil homme&quot; signifie &quot;l'homme du p&eacute;ch&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fz">Rm 6,6</a></i>. Par son amour nuptial r&eacute;dempteur le Christ fait donc en sorte que l'Eglise devienne sans p&eacute;ch&eacute;, mais aussi qu'elle reste &eacute;ternellement jeune.</p> <p>3. Comme on le voit, le cadre de la m&eacute;taphore est extr&ecirc;mement vaste. Les expressions qui se r&eacute;f&egrave;rent directement ou indirectement au corps humain, le caract&eacute;risant dans les relations mutuelles entre l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse, entre le mari et la femme, indiquent en m&ecirc;me temps des attributs et des qualit&eacute;s d'ordre moral, spirituel et surnaturel. Cela est essentiel pour une analogie de cette nature. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre peut donc d&eacute;finir l'&eacute;tat resplendissant de l'Eglise par rapport &agrave; l'&eacute;tat du corps de l'&eacute;pouse, ne pr&eacute;sentant aucun signe de laideur ou de vieillissement, ou rien de tel, simplement comme saintet&eacute; et absence de p&eacute;ch&eacute;: telle est l'Eglise sainte et immacul&eacute;e. Il en ressort donc &agrave; l'&eacute;vidence de quelle beaut&eacute; de l'&eacute;pouse il s'agit, en quel sens l'Eglise est corps du Christ et en quel sens ce corps-&eacute;pouse accueille le don de l'&eacute;poux, qui a aim&eacute; l'Eglise et s'est livr&eacute; pour elle. Il est non moins significatif que toute cette r&eacute;alit&eacute; qui, par essence, est spirituelle et surnaturelle, saint Paul l'explique au moyen de la ressemblance du corps et de l'amour en vertu de quoi les &eacute;poux, mari et femme, deviennent une seule chair.</p> <p> 4. Dans tout le passage du texte est bien clairement conserv&eacute; le principe de la double subjectivit&eacute;: Christ- Eglise, &eacute;poux-&eacute;pouse (mari-femme). L'auteur pr&eacute;sente l'amour du Christ pour l'Eglise - cet amour qui fait de l'Eglise le corps du Christ dont lui-m&ecirc;me est le chef - comme mod&egrave;le de l'amour des &eacute;poux et comme mod&egrave;le des noces de l'&eacute;poux et de l'&eacute;pouse. L'amour oblige l'&eacute;poux-mari &agrave; se soucier du bien de l'&eacute;pouse-femme, l'entra&icirc;ne &agrave; d&eacute;sirer qu'elle soit belle, &agrave; go&ucirc;ter cette beaut&eacute;, &agrave; en avoir soin. Ici, il s'agit &eacute;galement de la beaut&eacute; visible, de la beaut&eacute; physique. L'&eacute;poux regarde attentivement son &eacute;pouse comme par souci, cr&eacute;ateur, amoureux, de trouver tout ce qu'il y a de bon et de beau en elle et qu'il d&eacute;sire pour elle. Ce bien, que celui qui aime cr&eacute;e par son amour en qui est aim&eacute;, constitue comme une preuve de l'amour m&ecirc;me et comme sa mesure. En se donnant de la mani&egrave;re la plus d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e, il ne le fait pas en dehors de cette mesure et de cette v&eacute;rification.</p> <p> 5. Quand, dans les versets suivants du texte <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fd">Ep 5,28-29</a></i>, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens tourne sa pens&eacute;e exclusivement vers les &eacute;poux eux-m&ecirc;mes, l'analogie de la relation du Christ avec l'Eglise a une r&eacute;sonance encore plus vive et cela l'entra&icirc;ne &agrave; s'exprimer ainsi: &quot;Les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fd">Ep 5,28</a></i>. Ici revient le motif de &quot;une seule chair&quot;, qui dans la phrase pr&eacute;cit&eacute;e et dans celles qui suivent est non seulement repris, mais aussi clairement expliqu&eacute;. Si les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps, cela signifie que cette mono-subjectivit&eacute; est fond&eacute;e sur la base de la bi- subjectivit&eacute; et a un caract&egrave;re non pas r&eacute;el mais intentionnel: le corps de la femme n'est pas le propre corps du mari mais il doit &ecirc;tre aim&eacute; comme son propre corps. Il s'agit donc de l'unit&eacute;, non dans le sens ontologique mais moral: de l'unit&eacute; par amour.</p> <p> 6. &quot;Aimer sa femme, n'est-ce pas s'aimer soi-m&ecirc;me?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fd">Ep 5,28</a></i> Cette phrase confirme plus encore ce caract&egrave;re d'unit&eacute;. En un certain sens, l'amour fait de l'ego de l'autre, son propre ego: l'ego de la femme, dirais-je, devient par amour l'ego du mari. Le corps est l'expression de cet ego et le fondement de son identit&eacute;. L'union du mari et de la femme dans l'amour s'exprime &eacute;galement par le corps. Elle s'exprime dans le rapport r&eacute;ciproque, bien que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens l'indique surtout de la part du mari. Cela r&eacute;sulte de la structure de l'image dans son ensemble. Bien que les &eacute;poux doivent &ecirc;tre &quot;soumis l'un &agrave; l'autre dans la crainte du Christ&quot; (cela est d&eacute;j&agrave; mis en &eacute;vidence dans le premier verset du texte cit&eacute;: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>, ensuite, toutefois, c'est surtout le mari celui qui aime et la femme, celle qui est aim&eacute;e. On pourrait m&ecirc;me risquer l'id&eacute;e que la soumission de la femme au mari, entendue dans le contexte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, voudrait dire surtout &eacute;prouver l'amour. D'autant plus que cette soumission se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'image de la soumission de l'Eglise au Christ, qui consiste &agrave; coup s&ucirc;r &agrave; go&ucirc;ter son amour. Comme Epouse, &eacute;tant l'objet de l'amour r&eacute;dempteur du Christ-Epoux, l'Eglise devient son corps. La femme, &eacute;tant l'objet de l'amour conjugal du mari, devient une seule chair avec lui: en un sens, sa propre chair. L'auteur reprendra encore une fois cette id&eacute;e dans la derni&egrave;re phrase du passage analys&eacute;: &quot;Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-m&ecirc;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fi">Ep 5,33</a></i>.</p> <p> 7. C'est cela l'unit&eacute; morale, conditionn&eacute;e et constitu&eacute;e par l'amour. L'amour non seulement unit les deux sujets, mais il leur permet aussi de se p&eacute;n&eacute;trer l'un l'autre, appartenant spirituellement l'un &agrave; l'autre au point que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre peut affirmer: &quot;Aimer sa femme, n'est-ce pas s'aimer soi-m&ecirc;me?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fd">Ep 5,28</a></i>. Le moi devient en un certain sens toi et le toi devient moi (au sens moral, cela s'entend). C'est pourquoi la suite du texte que nous analysons se pr&eacute;sente ainsi: &quot;Or nul n'a jamais ha&iuml; sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C'est justement ce que fait le Christ pour l'Eglise: ne sommes-nous pas les membres de son corps?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fe">Ep 5,29-30</a></i>. La phrase qui, au d&eacute;but, se r&eacute;f&egrave;re encore aux relations des &eacute;poux, en revient explicitement, dans des phrases suivantes, au rapport Christ-Eglise, et ainsi, la lumi&egrave;re de ce rapport nous entra&icirc;ne &agrave; d&eacute;finir le sens de la phrase tout enti&egrave;re. Apr&egrave;s avoir expliqu&eacute; le caract&egrave;re des relations du mari avec sa propre femme, formant une seule chair, l'auteur veut encore renforcer son affirmation pr&eacute;c&eacute;dente (aimer sa femme, c'est s'aimer soi-m&ecirc;me) et, en un certain sens, la soutenir par la n&eacute;gation et l'exclusion de la possibilit&eacute; oppos&eacute;e (&quot;nul n'a jamais ha&iuml; sa propre chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fe">Ep 5,29</a></i>). Dans l'union par amour, le corps de l'autre devient le sien propre, en ce sens que l'on prend soin du corps de l'autre.</p> <p> 8. L'expression suivant laquelle l'homme nourrit et prend bien soin de sa propre chair - c'est-&agrave;-dire que le mari nourrit et prend bien soin de la chair de sa femme comme de la sienne - semble plut&ocirc;t indiquer la sollicitude des parents, le rapport tut&eacute;laire plut&ocirc;t que la tendresse conjugale. Il faut chercher la raison de ce caract&egrave;re dans le fait qu'ici l'auteur passe explicitement des relations qui unissent les &eacute;poux au rapport existant entre le Christ et l'Eglise. Les expressions qui se r&eacute;f&egrave;rent aux soins apport&eacute;s au corps, et surtout &agrave; sa nourriture, &agrave; son alimentation, sugg&egrave;rent &agrave; de nombreux sp&eacute;cialistes de la Sainte Ecriture la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'Eucharistie dont le Christ, dans son amour conjugal, nourrit l'Eglise. Si ces expressions indiquent - m&ecirc;me sur un ton mineur - le caract&egrave;re sp&eacute;cifique de l'amour conjugal, sp&eacute;cialement de cet amour en vertu duquel les conjoints deviennent une seule chair, elles aident en m&ecirc;me temps &agrave; comprendre, au moins de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, la dignit&eacute; du corps et l'imp&eacute;ratif moral de se soucier de son bien: de ce bien qui correspond &agrave; sa dignit&eacute;. La comparaison entre l'Eglise comme corps du Christ, corps de son amour r&eacute;dempteur et en m&ecirc;me temps nuptial, dut laisser dans la conscience des destinataires de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> un sens profond du sacrum du corps humain en g&eacute;n&eacute;ral, et sp&eacute;cialement dans le mariage, comme lieu o&ugrave; ce sens du sacrum d&eacute;termine de mani&egrave;re particuli&egrave;rement profonde les rapports r&eacute;ciproques des personnes et surtout ceux de l'homme avec sa femme en tant qu'&eacute;pouse et m&egrave;re de leurs enfants.</p> <p>-&nbsp;1er septembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:11:17 +0000 Incarnare 137 at http://www.theologieducorps.fr TDC 093 - Les bases de la sacramentalité du mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-093-bases-de-la-sacramentalite-du-mariage <p> 1. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens &eacute;crit: &quot;Nul n'a jamais ha&iuml; sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C'est justement ce que le Christ fait pour l'Eglise: ne sommes-nous pas les membres de son corps?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fe">Ep 5,29-30</a></i>. Apr&egrave;s ce verset, l'auteur estime qu'il est opportun de citer ce qui, dans la Bible tout enti&egrave;re peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme le texte fondamental sur le mariage, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i></p> <p>&quot;Voici donc que l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fg">Ep 5,31</a></i>. Du contexte imm&eacute;diat de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens il est possible de d&eacute;duire que la citation du livre de la Gen&egrave;se est n&eacute;cessaire ici, moins pour rappeler l'unit&eacute; des &eacute;poux d&eacute;finie d&egrave;s l'origine dans l'oeuvre de la cr&eacute;ation, que pour pr&eacute;senter le myst&egrave;re du Christ avec l'Eglise dont l'auteur d&eacute;duit la v&eacute;rit&eacute; sur l'unit&eacute; des &eacute;poux. C'est le point le plus important de tout le texte, en un certain sens sa cl&eacute; de vo&ucirc;te. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens renferme dans ces paroles tout ce qu'il a dit auparavant en tra&ccedil;ant l'analogie et en pr&eacute;sentant la ressemblance entre l'unit&eacute; des &eacute;poux et l'unit&eacute; du Christ avec l'Eglise. En rapportant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> l'auteur rel&egrave;ve qu'il faut chercher les bases de cette analogie dans la ligne qui, selon le plan salvifique de Dieu, unit le mariage, en tant que la plus antique r&eacute;v&eacute;lation et manifestation de ce plan dans le monde cr&eacute;&eacute;, &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation et manifestation d&eacute;finitive, la r&eacute;v&eacute;lation, donc, que &quot;le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; lui-m&ecirc;me pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i> conf&eacute;rant &agrave; son amour nature et signification nuptiales.</p> <p> 2. Ainsi donc cette analogie qui parcourt <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> se base en dernier ressort sur le plan salvifique de Dieu. Cela deviendra encore plus clair et plus &eacute;vident quand nous placerons le passage du texte analys&eacute; dans le contexte g&eacute;n&eacute;ral de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. Alors, on comprendra plus facilement la raison pour laquelle, apr&egrave;s avoir cit&eacute; les paroles du livre de la Gen&egrave;se, l'auteur &eacute;crit: &quot;Ce myst&egrave;re est grand; je veux dire qu'il s'applique au Christ et &agrave; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i>.<br /> Dans le contexte global de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, et en outre dans le plus ample contexte des paroles de la Sainte Ecriture qui r&eacute;v&egrave;lent le plan salvifique de Dieu existant d&egrave;s l'origine, il faut admettre que le terme myst&egrave;rion signifie ici le myst&egrave;re d'abord cach&eacute; dans la pens&eacute;e de Dieu et ensuite r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans l'histoire de l'homme. Il s'agit en effet d'un grand myst&egrave;re, &eacute;tant donn&eacute; son importance: ce myst&egrave;re, en tant que plan salvifique de Dieu pour l'humanit&eacute;, est en un certain sens le th&egrave;me central de toute la r&eacute;v&eacute;lation, sa r&eacute;alit&eacute; centrale. C'est ce que Dieu, comme Cr&eacute;ateur et P&egrave;re, d&eacute;sire surtout transmettre &agrave; l'humanit&eacute; par sa Parole.</p> <p> 3. Il s'agissait non seulement de transmettre la Bonne Nouvelle du salut, mais aussi de commencer en m&ecirc;me temps l'oeuvre du salut, comme fruit de la gr&acirc;ce qui sanctifie l'homme pour la vie &eacute;ternelle dans l'union avec Dieu. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment sur la voie de cette r&eacute;v&eacute;lation-r&eacute;alisation que saint Paul met en relief le lien de continuit&eacute; entre la plus ancienne Alliance que Dieu &eacute;tablit en constituant le mariage d&eacute;j&agrave; dans l'oeuvre de la cr&eacute;ation, et l'Alliance d&eacute;finitive dans laquelle, apr&egrave;s avoir aim&eacute; l'Eglise et s'&ecirc;tre donn&eacute; pour elle, le Christ s'unit &agrave; elle de mani&egrave;re nuptiale, c'est-&agrave;- dire de la mani&egrave;re correspondant &agrave; l'image des &eacute;poux. Cette continuit&eacute; de l'initiative salvifique de Dieu constitue la base essentielle de la grande analogie contenue dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. La continuit&eacute; de l'initiative salvifique de Dieu signifie la continuit&eacute; et m&ecirc;me l'identit&eacute; du myst&egrave;re, du grand myst&egrave;re, dans les diff&eacute;rentes phases de sa r&eacute;v&eacute;lation - donc, en un certain sens, de sa manifestation - et en m&ecirc;me temps de sa r&eacute;alisation; dans la phase la plus ancienne du point de vue de l'histoire de l'homme et du salut, et dans la phase de &quot;la pl&eacute;nitude des temps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#do">Ga 4,4</a></i>.</p> <p> 4. Est-il possible d'entendre ce grand myst&egrave;re comme sacrement<br /> L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens parle-t-il du sacrement du mariage dans le texte que nous citons? S'il n'en parle pas directement et au sens strict - et il importe ici d'&ecirc;tre d'accord avec l'opinion plut&ocirc;t r&eacute;pandue chez les biblistes et les th&eacute;ologiens - il semble toutefois que, dans ce texte, il parle des bases de la sacramentalit&eacute; de toute la vie chr&eacute;tienne et, en particulier, des bases de la sacramentalit&eacute; du mariage. Il parle donc de la sacramentalit&eacute; de toute l'existence chr&eacute;tienne dans l'Eglise et, en l'esp&egrave;ce, du mariage de mani&egrave;re indirecte, mais toutefois de la mani&egrave;re la plus fondamentale possible.</p> <p>5. Sacrement n'est pas synonyme de myst&egrave;re (*). Le myst&egrave;re en effet reste occult&eacute; - cach&eacute; en Dieu lui-m&ecirc;me - de sorte que m&ecirc;me apr&egrave;s sa proclamation ou r&eacute;v&eacute;lation, il ne cesse de s'appeler myst&egrave;re et il est &eacute;galement pr&ecirc;ch&eacute; comme myst&egrave;re. Le sacrement suppose la r&eacute;v&eacute;lation du myst&egrave;re et il suppose aussi son acceptation par l'homme gr&acirc;ce &agrave; la foi. Toutefois, il est en m&ecirc;me temps quelque chose de plus que la proclamation du myst&egrave;re et l'acceptation de ce myst&egrave;re au moyen de la foi. Le sacrement consiste dans le fait de manifester ce myst&egrave;re dans un signe qui ne sert pas seulement &agrave; proclamer le myst&egrave;re, mais aussi &agrave; le r&eacute;aliser dans l'homme. Le sacrement est un signe visible et efficace de la gr&acirc;ce. Par lui se r&eacute;alise dans l'homme ce myst&egrave;re cach&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute; en Dieu dont <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bo">Ep 1,9</a></i> parle d&egrave;s les premi&egrave;res lignes, myst&egrave;re de l'appel &agrave; la saintet&eacute; de l'homme dans le Christ qui vient de Dieu, et myst&egrave;re de sa pr&eacute;destination &agrave; devenir fils adoptif. Il se r&eacute;alise de mani&egrave;re myst&eacute;rieuse, sous le voile d'un signe; n&eacute;anmoins ce signe consiste toujours &agrave; rendre visible le myst&egrave;re surnaturel qui agit en l'homme sous son voile.</p> <p> note (*) <i>Le sacrement, id&eacute;e centrale de nos consid&eacute;rations, a parcouru un long chemin au cours des si&egrave;cles. L'histoire s&eacute;mantique du terme sacrement, il faut la commencer &agrave; partir du terme grec myst&egrave;rion qui, &agrave; vrai dire, signifie encore dans le livre de Judith, les plans militaires du roi (&quot;conseil secret&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fvv.htm#bk">Jdt 2,2</a></i>, mais d&eacute;j&agrave; dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ha1.htm#cw">Sg 2,22</a></i> et dans la proph&eacute;tie de Daniel, il signifie les plans cr&eacute;ateurs de Dieu et la fin qu'il assigne au monde et ne r&eacute;v&egrave;le qu'&agrave; ses fid&egrave;les confesseurs. -- Myst&egrave;rion n'appara&icirc;t qu'une seule fois dans les Evangiles avec cette signification-l&agrave;: &quot; A vous le myst&egrave;re du Royaume de Dieu a &eacute;t&eacute; donn&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbw.htm#hw">Mc 4,11</a></i>. Ce terme revient sept fois dans les grandes &eacute;p&icirc;tres de saint Paul et il a son point culminant dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Romains: &quot; ... conform&eacute;ment &agrave; l'Evangile que je vous annonce en pr&ecirc;chant J&eacute;sus-Christ, r&eacute;v&eacute;lation d'un myst&egrave;re envelopp&eacute; de silence aux si&egrave;cles &eacute;ternels, mais &agrave; pr&eacute;sent r&eacute;v&eacute;l&eacute;... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxm.htm#ox">Rm 16,25-26</a></i>. Dans les &eacute;p&icirc;tres suivantes advient l'identification du myst&egrave;rion avec l'Evangile <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#f1">Ep 6,19</a></i> et m&ecirc;me avec J&eacute;sus lui-m&ecirc;me <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#ce">Col 2,2</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ekr.htm#dv">Col 4,3</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#cw">Ep 3,4</a></i>, ce qui constitue un tournant dans la mani&egrave;re d'entendre le terme; myst&egrave;rion n'est plus seulement le plan &eacute;ternel de Dieu, mais aussi la r&eacute;alisation sur la terre de ce plan r&eacute;v&eacute;l&eacute; en J&eacute;sus-Christ. -- C'est pourquoi, durant la p&eacute;riode patristique, on commence &agrave; appeler &eacute;galement myst&egrave;re les &eacute;v&eacute;nements historiques dans lesquels se manifeste la volont&eacute; divine de sauver l'homme. D&eacute;j&agrave; au IIe si&egrave;cle, dans les &eacute;crits de saint Ignace d'Antioche, de saint Justin et de M&eacute;liton, les myst&egrave;res de la vie de J&eacute;sus, les proph&eacute;ties et les figures symboliques de l'Ancien Testament sont d&eacute;finis par le terme myst&egrave;rion.</i></p> <p><i>Au IIIe si&egrave;cle commencent &agrave; appara&icirc;tre les plus anciennes versions en latin de l'Ecriture sainte dans lesquelles le terme grec est traduit soit par le terme myst&egrave;rium soit par le terme sacramentum <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ha1.htm#cw">Sg 2,22</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i>, probablement en raison d'une explicite s&eacute;paration des rites myst&eacute;riques pa&iuml;ens et de la mystagogie gnostique n&eacute;oplatonicienne. -- Toutefois, &agrave; l'origine, le sacramentum signifiait le serment militaire que pr&ecirc;taient les l&eacute;gionnaires romains. Consid&eacute;rant qu'on peut y distinguer l'aspect d'une initiation &agrave; une nouvelle forme de vie, un engagement sans r&eacute;serve, le service fid&egrave;le jusqu'&agrave; risquer la mort, Tertullien rel&egrave;ve ces dimensions dans les sacrements chr&eacute;tiens du bapt&ecirc;me, de la confirmation et de l'eucharistie. Au IIIe si&egrave;cle, on commence donc &agrave; appliquer le terme sacrement soit au myst&egrave;re du plan salvifique de Dieu dans le Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i> soit &agrave; sa &quot;r&eacute;alisation&quot; concr&egrave;te au moyen des sept sources de la gr&acirc;ce, appel&eacute;es aujourd'hui sacrements de l'Eglise. -- Utilisant les diff&eacute;rentes significations de ce terme, saint Augustin appelle sacrements les rites religieux tant de l'Ancienne que de la Nouvelle Alliance, les symboles bibliques et de m&ecirc;me la religion chr&eacute;tienne r&eacute;v&eacute;l&eacute;e. Selon saint Augustin tous ces sacrements appartiennent au grand sacrement: le myst&egrave;re du Christ et de l'Eglise. Saint Augustin influen&ccedil;a l'&eacute;laboration ult&eacute;rieure du terme sacrement en soulignant que les sacrements sont des signes sacr&eacute;s; qu'il y a en eux une ressemblance avec ce qu'ils signifient et qu'ils conf&egrave;rent ce qu'ils signifient. Il contribua ainsi par ses analyses &agrave; &eacute;laborer une d&eacute;finition scolastique concise du sacrement: signum efficax gratiae. -- Saint Isidore de S&eacute;ville (VIIe si&egrave;cle) souligna ensuite un autre aspect: la myst&eacute;rieuse nature du sacrement qui, sous les apparences des esp&egrave;ces mat&eacute;rielles, cachent l'action du Saint-Esprit dans l'&acirc;me de l'homme. -- Les Sommes th&eacute;ologiques des XIIe et XIII si&egrave;cles formulent d&eacute;j&agrave; les d&eacute;finitions syst&eacute;matiques des sacrements, mais la d&eacute;finition de saint Thomas a une signification particuli&egrave;re: &quot; Non omne signum rei sacrae est sacramentum, sed solum ea quae significant perfectionem sanctitatis humanae &quot;. -- Depuis lors et par la suite, on entendit exclusivement comme sacrement une des sept sources de la gr&acirc;ce; et les th&eacute;ologiens centr&egrave;rent leurs &eacute;tudes sur l'approfondissement de l'essence et de l'action des sept sacrements, &eacute;laborant de mani&egrave;re syst&eacute;matique les lignes principales contenues dans la tradition scolastique. -- Ce n'est que durant le dernier si&egrave;cle que l'on a pr&ecirc;t&eacute; attention aux aspects n&eacute;glig&eacute;s au cours des si&egrave;cles, par exemple &agrave; sa dimension eccl&eacute;siale et &agrave; la rencontre personnelle avec le Christ dont fait &eacute;tat <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/g4o.htm#g3">SC 59</a></i> Toutefois, Vatican II en revient surtout &agrave; la signification originaire du sacrement-myst&egrave;re, appelant l'Eglise &quot;sacrement universel du salut&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f40.htm#fb">LG 48</a></i>, sacrement, c'est-&agrave;-dire &quot;signe et instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unit&eacute; de tout le genre humain&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f4w.htm#ds">LG 1</a></i>. -- Le sacrement est compris ici - conform&eacute;ment &agrave; sa signification originaire - comme r&eacute;alisation de l'&eacute;ternel plan divin relatif au salut de l'humanit&eacute;.</i></p> <p> 6. Prenant en consid&eacute;ration le passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens ici analys&eacute; et en particulier les paroles: &quot;Ce myst&egrave;re est grand; je veux dire qu'il s'applique au Christ et &agrave; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i>, nous devons constater que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre parle non seulement du grand myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu, mais encore, et surtout, du myst&egrave;re qui s'accomplit dans le fait que le Christ qui a aim&eacute; l'Eglise par un acte d'amour r&eacute;dempteur et s'est donn&eacute; pour elle, s'est par ce m&ecirc;me acte, uni de mani&egrave;re nuptiale &agrave; l'Eglise, comme s'unissent l'un &agrave; l'autre mari et femme dans le mariage institu&eacute; par le Cr&eacute;ateur. Il semble que les termes de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens justifient de mani&egrave;re suffisante ce que nous lisons au d&eacute;but de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f4w.htm#ds">LG 1</a></i>: &quot;L'Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-&agrave;-dire le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unit&eacute; de tout le genre humain&quot;. Ce texte de Vatican II dit, non pas l'Eglise est un sacrement, mais est en quelque sorte un sacrement indiquant ainsi que du caract&egrave;re sacramentel de l'Eglise il faut parler de mani&egrave;re analogique et non pas de mani&egrave;re identique comme nous l'entendons quand nous nous r&eacute;f&eacute;rons aux sept sacrements administr&eacute;s par l'Eglise, par institution du Christ. Si les bases existent pour parler de l'Eglise comme sacrement, ces bases ont &eacute;t&eacute; pour la plupart indiqu&eacute;es pr&eacute;cis&eacute;ment dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens.</p> <p>7. On peut dire qu'une telle sacramentalit&eacute; de l'Eglise est constitu&eacute;e par tous les sacrements gr&acirc;ce auxquels elle accomplit sa mission sanctificatrice. On peut dire en outre que la sacramentalit&eacute; de l'Eglise est source des sacrements et en particulier du bapt&ecirc;me et de l'eucharistie, comme il r&eacute;sulte du passage d&eacute;j&agrave; analys&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-30</a></i>. Il importe enfin d'ajouter que la sacramentalit&eacute; de l'Eglise reste dans un rapport tout particulier avec le mariage, le plus ancien des sacrements.</p> <p>- 8&nbsp;septembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:13:25 +0000 Incarnare 138 at http://www.theologieducorps.fr TDC 094 - L'amour de Dieu pour le peuple choisi, signe de l'amour qui unit les époux http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-094-lamour-de-dieu-pour-peuple-choisi-signe-de-lamour-unit-epoux <p>1. Nous avons sous les yeux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> que, depuis quelque temps, nous soumettons &agrave; une analyse en raison de son importance pour le probl&egrave;me du mariage et du sacrement. Dans son ensemble, &agrave; commencer par le premier chapitre, l'&eacute;p&icirc;tre traite surtout du myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu depuis des si&egrave;cles, comme don &eacute;ternellement destin&eacute; &agrave; l'homme. &quot;B&eacute;ni soit le Dieu et P&egrave;re de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ qui nous a b&eacute;nis par toutes sortes de b&eacute;n&eacute;dictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'il nous a &eacute;lus en Lui, d&egrave;s avant la cr&eacute;ation du monde, pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence, dans l'amour, d&eacute;terminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par J&eacute;sus-Christ. Tel fut le plaisir de sa volont&eacute; &agrave; la louange de gloire dans sa gr&acirc;ce dont il nous a gratifi&eacute;s dans le Bien-aim&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bi">Ep 1,3-6</a></i>.</p> <p>2. Jusqu'ici on a parl&eacute; du myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu &quot;depuis des si&egrave;cles&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#c1">Ep 3,9</a></i>. Les phases successives introduisent le lecteur dans la phase de r&eacute;alisation de ce myst&egrave;re dans l'histoire de l'homme: le don qui depuis des si&egrave;cles lui est destin&eacute; dans le Christ devient partie r&eacute;elle de l'homme dans le Christ lui-m&ecirc;me: &quot;... dans lequel nous trouvons la R&eacute;demption par son sang, la r&eacute;mission des p&eacute;ch&eacute;s selon la richesse de sa gr&acirc;ce, qu'il nous a prodigu&eacute;e en toute sagesse et intelligence: il nous a fait conna&icirc;tre le myst&egrave;re de sa volont&eacute;, ce dessein bienveillant qu'il avait form&eacute; en lui par avance, pour le r&eacute;aliser quand les temps seraient accomplis: ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les &ecirc;tres c&eacute;lestes comme les terrestres&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bm">Ep 1,7-10</a></i>.</p> <p>3. Le myst&egrave;re &eacute;ternel est pass&eacute; ainsi de l'&eacute;tat de cach&eacute; en Dieu &agrave; la phase de r&eacute;alisation et d'actualisation. Le Christ dans lequel l'humanit&eacute; a &eacute;t&eacute; depuis des si&egrave;cles &eacute;lue et b&eacute;nie par toutes sortes de b&eacute;n&eacute;dictions spirituelles du P&egrave;re - le Christ qui, selon le dessein &eacute;ternel de Dieu, &eacute;tait destin&eacute; &agrave; ce que toutes choses soient ramen&eacute;es sous Lui comme sous un seul chef, les &ecirc;tres c&eacute;lestes comme les terrestres, dans la perspective eschatologique - le Christ donc, r&eacute;v&egrave;le l'&eacute;ternel myst&egrave;re et le r&eacute;alise parmi les hommes. C'est pourquoi l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens exhorte, dans la suite de son texte m&ecirc;me, ceux qui ont re&ccedil;u cette r&eacute;v&eacute;lation et tous ceux qui l'ont accueillie avec foi, &agrave; conduire leur vie d'apr&egrave;s l'esprit de la v&eacute;rit&eacute; connue. Il y exhorte tout particuli&egrave;rement les &eacute;poux chr&eacute;tiens, maris et femmes.</p> <p>4. Dans la plus grande partie du contexte, l'&eacute;p&icirc;tre devient instruction, c'est-&agrave;-dire par&eacute;n&egrave;se. Il semble que l'auteur parle surtout des aspects moraux de la vocation des chr&eacute;tiens, en se r&eacute;f&eacute;rant sans cesse au myst&egrave;re qui op&egrave;re d&eacute;j&agrave; en eux, en vertu de la R&eacute;demption du Christ - et op&egrave;re efficacement surtout en vertu du bapt&ecirc;me. Il &eacute;crit en effet: &quot;C'est en lui que vous aussi, apr&egrave;s avoir entendu la Parole de v&eacute;rit&eacute;, la Bonne Nouvelle de votre salut, et y avoir cru, vous avez &eacute;t&eacute; marqu&eacute;s d'un sceau par l'Esprit-Saint qui avait &eacute;t&eacute; promis &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bs">Ep 1,13</a></i>. Et ainsi donc, les aspects moraux de la vocation chr&eacute;tienne restent li&eacute;s non seulement &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation de l'&eacute;ternel myst&egrave;re divin dans le Christ, et &agrave; son acceptation dans la foi, mais aussi &agrave; l'ordre sacramentel qui, m&ecirc;me s'il n'est jamais mis au premier plan dans l'&eacute;p&icirc;tre, semble toutefois y &ecirc;tre bien pr&eacute;sent. Du reste il ne saurait en &ecirc;tre autrement pour la raison que l'Ap&ocirc;tre &eacute;crivait &agrave; des chr&eacute;tiens qui, gr&acirc;ce au bapt&ecirc;me, &eacute;taient devenus membres de la communaut&eacute; eccl&eacute;siale. De ce point de vue, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> que nous avons analys&eacute; jusqu'&agrave; pr&eacute;sent semble avoir une importance particuli&egrave;re. Il jette en effet une lumi&egrave;re sp&eacute;ciale sur le rapport essentiel du myst&egrave;re avec le sacrement et sp&eacute;cialement sur la sacramentalit&eacute; du mariage.</p> <p>5. Au centre du myst&egrave;re, il y a le Christ. En Lui - pr&eacute;cis&eacute;ment en Lui - l'humanit&eacute; a &eacute;t&eacute; b&eacute;nie par toutes sortes de b&eacute;n&eacute;dictions spirituelles. En Lui, l'humanit&eacute; a &eacute;t&eacute; &eacute;lue d&egrave;s avant la cr&eacute;ation du monde, &eacute;lue dans l'amour, et destin&eacute;e &agrave; devenir fils adoptifs. Quand, par la suite, avec l'accomplissement des temps, ce myst&egrave;re &eacute;ternel s'est r&eacute;alis&eacute; dans le temps, ce fut &eacute;galement en Lui et par Lui. C'est par le Christ qu'a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; le myst&egrave;re de l'amour divin. C'est par Lui et en Lui qu'est advenu son accomplissement: &quot;En Lui nous avons la R&eacute;demption par son sang, la r&eacute;mission des p&eacute;ch&eacute;s ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bm">Ep 1,7</a></i>. Et ainsi les hommes qui, moyennant la foi, acceptent le don qui leur est offert dans le Christ, ont r&eacute;ellement part au myst&egrave;re &eacute;ternel, m&ecirc;me s'il op&egrave;re en eux sous le voile de la foi. Cette attribution surnaturelle des fruits de la R&eacute;demption accomplie dans le Christ acquiert, suivant <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, le caract&egrave;re d'un don de soi conjugal du Christ lui-m&ecirc;me &agrave; l'Eglise, &agrave; la ressemblance du rapport conjugal entre le mari et la femme. Donc ce ne sont pas seulement les fruits de la R&eacute;demption qui sont un don: le don, c'est surtout le Christ: Il s'est donn&eacute; &agrave; l'Eglise comme &agrave; son Epouse.</p> <p>6. Nous devons nous demander si en ce point cette analogie ne nous permet pas de p&eacute;n&eacute;trer plus profond&eacute;ment et avec plus de pr&eacute;cision dans le contenu essentiel du myst&egrave;re. Il importe d'autant plus de se le demander que ce passage classique de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> n'appara&icirc;t ni abstraitement ni isol&eacute;ment mais constitue une continuit&eacute;; en un certain sens, il s'agit d'une suite des &eacute;nonc&eacute;s de l'Ancien Testament qui pr&eacute;sentaient suivant la m&ecirc;me analogie l'amour de Dieu - Yahv&eacute; pour le peuple-Isra&euml;l qu'il avait &eacute;lu. Il s'agit en premier lieu des textes des proph&egrave;tes qui ont introduit dans leurs discours lu comparaison de l'amour conjugal pour caract&eacute;riser de mani&egrave;re particuli&egrave;re l'amour que Yahv&eacute; nourrissait pour le peuple-Isra&euml;l, l'amour qui ne trouva ni compr&eacute;hension ni r&eacute;ponse mais au contraire infid&eacute;lit&eacute; et trahison. L'expression de cette infid&eacute;lit&eacute;, de cette trahison fut surtout l'idol&acirc;trie, le culte rendu aux dieux &eacute;trangers.</p> <p>7. A vrai dire, il s'agissait dans la plupart des cas de relever de mani&egrave;re dramatique cette trahison et cette infid&eacute;lit&eacute; appel&eacute;es adult&egrave;re d'Isra&euml;l; toutefois, &agrave; la base de tous ces &eacute;nonc&eacute;s des proph&egrave;tes, il y a la conviction explicite que l'amour de Yahv&eacute; pour le peuple &eacute;lu peut et doit &ecirc;tre compar&eacute; &agrave; l'amour qui unit l'&eacute;poux &agrave; l'&eacute;pouse, l'amour qui doit unir les conjoints. Ici il conviendrait de citer de nombreux passages des textes d'Isa&iuml;e, d'Os&eacute;e, d'Ez&eacute;chiel (nous en avons d&eacute;j&agrave; rappel&eacute; quelques-uns pr&eacute;c&eacute;demment, lorsque nous avons analys&eacute; le concept d'adult&egrave;re avec, comme toile de fond, le Sermon du Christ sur la montagne). On ne saurait oublier qu'au patrimoine de l'Ancien Testament appartient aussi le Cantique des Cantiques o&ugrave; l'image de l'amour conjugal a &eacute;t&eacute; trac&eacute;e - il est vrai - sans l'analogie typique des textes des proph&egrave;tes qui pr&eacute;sentaient dans cet amour l'image de l'amour de Yahv&eacute; pour Isra&euml;l, mais &eacute;galement sans cet &eacute;l&eacute;ment n&eacute;gatif qui constitue dans le autres textes le motif d'adult&egrave;res ou d'infid&eacute;lit&eacute;. Ainsi donc l'analogie de l'&eacute;poux et de l'&eacute;pouse qui a permis &agrave; l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens de d&eacute;finir le rapport qui unit le Christ avec l'Eglise, poss&egrave;de une riche tradition dans les livres de l'Ancienne Alliance. Analysant cette analogie dans le texte classique de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, nous ne pouvions manquer de nous r&eacute;f&eacute;rer &agrave; cette tradition.</p> <p>8. Pour illustrer cette tradition nous nous limiterons pour le moment &agrave; citer un passage du texte d'Isa&iuml;e. Le proph&egrave;te dit: &quot;Ne crains rien, car tu n'auras plus &agrave; rougir; ne soit pas confuse, car tu ne seras plus d&eacute;shonor&eacute;e; au contraire tu oublieras la honte de ta jeunesse et tu ne te souviendras plus de l'opprobre de ton veuvage. Car ton &eacute;poux est ton cr&eacute;ateur; Seigneur des arm&eacute;es est son nom; ton r&eacute;dempteur est le Saint d'Isra&euml;l qui s'appelle le Dieu de toute la terre. Telle une femme abandonn&eacute;e dont l'esprit est afflig&eacute;, le Seigneur t'a rappel&eacute;e. &quot;La femme &eacute;pous&eacute;e dans la jeunesse, pourrait-elle &ecirc;tre r&eacute;pudi&eacute;e?&quot; a dit ton Dieu. Je t'avais abandonn&eacute;e pendant un court instant, mais je te reprendrai avec immense amour (...). Mon affection ne s'&eacute;cartera jamais de toi et mon alliance de paix ne faillira jamais, a dit le Seigneur qui a piti&eacute; de toi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgs">Is 54,4-7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgy">Is 54,10</a></i></p> <p>- 15&nbsp;septembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:15:24 +0000 Incarnare 139 at http://www.theologieducorps.fr TDC 095 - Amour conjugal et alliance dans la tradition des prophètes http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-095-amour-conjugal-alliance-dans-la-tradition-prophetes <p>1. L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens par sa comparaison des rapports entre le Christ et l'Eglise &agrave; ceux, conjugaux, entre &eacute;poux, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; la tradition des proph&egrave;tes de l'Ancien Testament. Pour l'expliquer, citons ce texte d'Isa&iuml;e: &quot;Ne crains rien, car tu n'auras plus &agrave; rougir; ne sois pas confuse, car tu ne seras plus d&eacute;shonor&eacute;e; au contraire tu oublieras la honte de ta jeunesse et tu ne te souviendras plus de l'opprobre de ton veuvage. Car ton &eacute;poux est ton cr&eacute;ateur; Seigneur des arm&eacute;es est son nom; ton r&eacute;dempteur est le Saint d'Isra&euml;l qui s'appelle le Dieu de toute la terre. Telle une femme abandonn&eacute;e dont l'esprit est afflig&eacute;, le Seigneur t'a rappel&eacute;e. &quot;La femme &eacute;pous&eacute;e dans la jeunesse, pourrait-elle &ecirc;tre r&eacute;pudi&eacute;e?&quot; a dit ton Dieu. Je t'avais abandonn&eacute;e pendant un court instant, mais je te reprendrai avec immense amour. Dans un d&eacute;bordement de col&egrave;re, je t'avais un instant cach&eacute; ma face; mais avec une bienveillance durable j'aurai piti&eacute; de toi, a dit ton r&eacute;dempteur, le Seigneur. Ce sera pour moi comme aux jours de No&eacute; lorsque j'ai jur&eacute; que les eaux de No&eacute; n'inonderaient plus la terre: de m&ecirc;me je jure de ne plus me mettre en col&egrave;re contre toi et de ne plus te menacer. Car les montagnes peuvent se d&eacute;placer et les collines trembler, mais mon affection ne s'&eacute;cartera jamais de toi et mon alliance de paix ne faillira pas, a dit le Seigneur qui use de mis&eacute;ricorde envers toi&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgs">Is 54,4-10</a></i>.</p> <p>2. Dans ce cas-l&agrave;, le texte d'Isa&iuml;e ne contient aucun des reproches adress&eacute;s &agrave; Isra&euml;l comme &agrave; une &eacute;pouse infid&egrave;le, auxquels font si hautement &eacute;cho les autres textes, ceux d'Os&eacute;e et d'Ez&eacute;chiel en particulier. Gr&acirc;ce &agrave; cela transpara&icirc;t plus clairement le contenu essentiel de l'analogie biblique: l'amour de Dieu-Yahv&eacute; envers Isra&euml;l-peuple &eacute;lu est exprim&eacute; comme l'amour de l'homme-&eacute;poux envers la femme &eacute;lue pour &ecirc;tre son &eacute;pouse en vertu du pacte conjugal. C'est ainsi qu'Isa&iuml;e explique les &eacute;v&eacute;nements qui forment le cours de l'histoire d'Isra&euml;l, remontant au myst&egrave;re cach&eacute;, pour ainsi dire, dans le coeur m&ecirc;me de Dieu. En un certain sens, il nous conduit dans la m&ecirc;me direction o&ugrave;, de nombreux si&egrave;cles plus tard, nous conduira l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens qui - se basant sur la R&eacute;demption d&eacute;j&agrave; accomplie dans le Christ - d&eacute;voilera d'une mani&egrave;re infiniment plus pleine la profondeur de ce myst&egrave;re.</p> <p>3. Le texte du proph&egrave;te a tous les accents de la tradition et de la mentalit&eacute; des hommes de l'Ancien Testament. Parlant au nom de Dieu et presque avec ses paroles, le proph&egrave;te s'adresse &agrave; Isra&euml;l comme un &eacute;poux &agrave; l'&eacute;pouse qu'il a &eacute;lue. Ces paroles d&eacute;bordent d'amour vrai et ardent et, en m&ecirc;me temps, elles mettent en relief tout ce que pr&eacute;sentent de sp&eacute;cifique tant la situation que la mentalit&eacute; propres &agrave; cette &eacute;poque. Elles soulignent que le choix de l'homme arrache la femme au d&eacute;shonneur qui, suivant l'opinion de la soci&eacute;t&eacute;, semblait inh&eacute;rent &agrave; l'&eacute;tat nubile soit originaire (la virginit&eacute;) soit secondaire (le veuvage), soit enfin celui qui d&eacute;coule de la r&eacute;pudiation de l'&eacute;pouse non aim&eacute;e <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev4.htm#wu">Dt 24,1</a></i> ou &eacute;ventuellement de la femme infid&egrave;le. Toutefois, le texte cit&eacute; ne fait pas mention de l'infid&eacute;lit&eacute;, mais il rel&egrave;ve le motif de l'amour mis&eacute;ricordieux (*), indiquant par l&agrave; non seulement la nature sociale du mariage dans l'Ancienne Alliance, mais aussi le caract&egrave;re m&ecirc;me de don qu'est l'amour de Dieu envers Isra&euml;l-&eacute;pouse: don qui provient enti&egrave;rement de l'initiative de Dieu. En d'autres termes: en indiquant la dimension de la gr&acirc;ce qui depuis l'origine est contenue dans cet amour. Voil&agrave; peut-&ecirc;tre la plus forte d&eacute;claration d'amour de la part de Dieu, li&eacute;e au solennel serment de fid&eacute;lit&eacute; &agrave; jamais.<br /> Note (*) - <i>Dans le texte h&eacute;breu, nous avons les mots hesed-rahamim qui, plusieurs fois, apparaissent ensemble.</i></p> <p>4. L'analogie de l'amour qui unit les conjoints est tr&egrave;s nettement relev&eacute;e dans ce passage. Isa&iuml;e dit: &quot;Ton &eacute;pouse&quot;, constituant ainsi un fondement in&eacute;branlable &agrave; l'Alliance de paix avec lui. C'est ainsi que le motif de l'amour conjugal et du mariage se trouve li&eacute; au motif de l'Alliance. En outre le Seigneur des arm&eacute;es se d&eacute;finit lui-m&ecirc;me, non seulement cr&eacute;ateur, mais aussi r&eacute;dempteur. Ce texte poss&egrave;de un contenu th&eacute;ologique d'une extraordinaire richesse.</p> <p>5. Confrontant le texte d'Isa&iuml;e avec l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et constatant la continuit&eacute; en ce qui concerne l'analogie de l'amour conjugal et du mariage, nous devons en m&ecirc;me temps relever une certaine diff&eacute;rence d'optique th&eacute;ologique. D&eacute;j&agrave;, dans le premier chapitre de l'&eacute;p&icirc;tre, l'auteur parle du myst&egrave;re de l'amour et de l'&eacute;lection par lesquels le Dieu P&egrave;re de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ embrasse tous les hommes en son Fils, et il en parle surtout comme myst&egrave;re cach&eacute; dans le coeur de Dieu. C'est l&agrave; le myst&egrave;re de l'amour paternel, myst&egrave;re de l'&eacute;lection &agrave; la saintet&eacute;: pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bj">Ep 1,4</a></i>, et de l'&eacute;lection &agrave; l'adoption comme fils en le Christ &quot;d&eacute;terminant d'avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par J&eacute;sus-Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bk">Ep 1,5</a></i>. Dans ce contexte, l'analogie au sujet du mariage que nous avons trouv&eacute;e en Isa&iuml;e: &quot;ton &eacute;poux est ton cr&eacute;ateur, Seigneur des arm&eacute;es est son nom&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgt">Is 54,5</a></i> semble &ecirc;tre un raccourci faisant partie de la perspective th&eacute;ologique. La premi&egrave;re dimension de l'amour et de l'&eacute;lection, comme myst&egrave;re cach&eacute; depuis toujours en Dieu, est une dimension &quot;paternelle&quot; et non conjugale. Selon l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, la premi&egrave;re note caract&eacute;ristique de ce myst&egrave;re reste li&eacute;e &agrave; la paternit&eacute; m&ecirc;me de Dieu, mise particuli&egrave;rement en relief par les proph&egrave;tes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#gl">Os 11,1-4</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftq.htm#bkx">Is 63,8-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftq.htm#blj">Is 64,7</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gd5.htm#r">Ml 1,7</a></i></p> <p>6. L'analogie de l'amour conjugal et du mariage appara&icirc;t seulement quand le cr&eacute;ateur, le Saint d'Isra&euml;l du texte d'Isa&iuml;e, se manifeste comme r&eacute;dempteur. Isa&iuml;e dit: &quot;Ton &eacute;poux est ton cr&eacute;ateur; Seigneur des arm&eacute;es est son nom; ton r&eacute;dempteur est le Saint d'Isra&euml;l&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgt">Is 54,5</a></i>. D&eacute;j&agrave; dans ce texte il est, en un certain sens, possible de lire le parall&eacute;lisme entre l'&eacute;poux et le r&eacute;dempteur. Passant &agrave; l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, nous devons observer que pr&eacute;cis&eacute;ment cette pens&eacute;e y est pleinement d&eacute;velopp&eacute;e. La figure du r&eacute;dempteur (*) y est d&eacute;j&agrave; trac&eacute;e dans le premier chapitre comme figure sp&eacute;cifique de celui qui est le premier &quot;Fils bien-aim&eacute;&quot; du P&egrave;re <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bl">Ep 1,6</a></i>, bien-aim&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute;: de celui en qui le P&egrave;re nous a tous aim&eacute;s depuis des si&egrave;cles. Le Fils est de la m&ecirc;me substance que le P&egrave;re, en qui &quot;nous trouvons la R&eacute;demption, par son sang, la mission des fautes, selon la richesse de sa gr&acirc;ce&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bm">Ep 1,7</a></i>. Et c'est ce Fils, en tant que Christ, c'est-&agrave;-dire en tant que Messie, qui &quot;a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; pour elle&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>. Note (*) - <i>Bien que dans les plus anciens livres bibliques le r&eacute;dempteur (en h&eacute;breu go'el) signifie la personne oblig&eacute;e &agrave; cause des liens du sang &agrave; venger le parent tu&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gha.htm#bj5">Nb 35,19</a></i>, &agrave; venir en aide au parent infortun&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gy0.htm#cu">Rt 4,6</a></i> et sp&eacute;cialement &agrave; racheter de l'esclavage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ga3.htm#a0n">Lv 25,48</a></i>, avec l'&eacute;coulement des temps cette analogie vint s'appliquer &agrave; Yahv&eacute; &quot;qui a rachet&eacute; Isra&euml;l de sa condition d'esclavage, le lib&eacute;rant de la main de Pharaon, roi d'Egypte&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev2.htm#j3">Dt 7,8</a></i>. -- Particuli&egrave;rement dans le Deutero-Isa&iuml;e, l'accent se d&eacute;place de l'action du rachat &agrave; la personne du R&eacute;dempteur qui sauve personnellement Isra&euml;l, pour ainsi dire, par sa seule pr&eacute;sence et &quot;non pas contre paiement ni contre une r&eacute;compense&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bbz">Is 45,13</a></i>. -- C'est pourquoi le passage du R&eacute;dempteur de la proph&eacute;tie d' <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgp">Is 54</a></i> &agrave; l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens a les m&ecirc;mes motifs que l'application, dans l'&eacute;p&icirc;tre pr&eacute;cit&eacute;e, des textes du Po&egrave;me du Serviteur de Yahv&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgm">Is 53,10-12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e4">Ep 5,23-26</a></i>. -- Cette merveilleuse pr&eacute;sentation de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens synth&eacute;tise et en m&ecirc;me temps met en relief les &eacute;l&eacute;ments du Po&egrave;me du Serviteur de Yahv&eacute; et du Chant de Sion <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fto.htm#a35">Is 41,1</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgk">Is 53,8-12</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgw">Is 54,8</a></i>.</i><i>esclavage </i></p> <p>Et ainsi, ce don de soi fait &agrave; l'Eglise &eacute;quivaut &agrave; l'accomplissement de l'oeuvre de R&eacute;demption. De cette mani&egrave;re le cr&eacute;ateur, Seigneur des arm&eacute;es, du texte d'Isa&iuml;e devient le Saint d'Isra&euml;l, du nouvel Isra&euml;l, en tant que r&eacute;dempteur. Dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, la perspective th&eacute;ologique du texte proph&eacute;tique est conserv&eacute;e et, en m&ecirc;me temps, approfondie et transform&eacute;e. Y entrent de nouveaux moments r&eacute;v&eacute;l&eacute;s: le moment trinitaire, le moment christologique (**) et enfin le moment eschatologique. Note (**) - <i>Au lieu de la relation Dieu-Isra&euml;l, Paul introduit le rapport Christ-Eglise appliquant au Christ tout ce qui, dans l'Ancien Testament, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; Yahv&eacute; (Adona&iuml;- Kyrios). Le Christ est Dieu, mais Paul lui applique &eacute;galement tout ce qui se r&eacute;f&egrave;re au Serviteur de Yahv&eacute; dans les quatre Po&egrave;mes <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fto.htm#a42">Is 42</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bdy">Is 49</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bes">Is 50</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bfu">Is 52-53</a></i>, interpr&eacute;t&eacute;s dans le sens messianique durant la p&eacute;riode inter-testamentaire. -- Le motif de la t&ecirc;te et du corps n'est pas d'origine biblique mais probablement hell&eacute;nistique (sto&iuml;cienne?). Dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, ce th&egrave;me a &eacute;t&eacute; utilis&eacute; dans le contexte du mariage, tandis que dans la premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens le th&egrave;me du corps sert &agrave; d&eacute;montrer l'ordre qui r&egrave;gne dans la soci&eacute;t&eacute;. -- Au point de vue biblique l'introduction de ce motif est une nouveaut&eacute;</i><i>au </i></p> <p>7. Ainsi donc, en &eacute;crivant sa lettre au peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance et pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l'Eglise d'Eph&egrave;se, saint Paul ne r&eacute;p&eacute;tera pas: &quot; Ton &eacute;poux est ton cr&eacute;ateur &quot;, mais il indiquera de quelle mani&egrave;re le r&eacute;dempteur qui est le Fils premier-n&eacute;, de toute &eacute;ternit&eacute; le Bien-aim&eacute; du P&egrave;re, r&eacute;v&egrave;le en m&ecirc;me temps son amour salvifique qui consiste en la donation de lui-m&ecirc;me pour l'Eglise, comme amour conjugal avec lequel il &eacute;pouse l'Eglise et en fait son propre corps. L'analogie des textes proph&eacute;tiques de l'Ancien Testament (en ce cas-l&agrave;, principalement ceux du livre d'Isa&iuml;e) est ainsi conserv&eacute;e dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et, en m&ecirc;me temps, &eacute;videmment transform&eacute;e. A l'analogie correspond le myst&egrave;re: elle l'exprime et en un certain sens l'explique. Dans le texte d'Isa&iuml;e ce myst&egrave;re est &agrave; peine esquiss&eacute;, comme entrouvert; par contre, dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, il est pleinement d&eacute;voil&eacute; (sans cesser d'&ecirc;tre un myst&egrave;re, cela s'entend). Dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens sont explicitement distinctes la dimension &eacute;ternelle du myst&egrave;re en tant qu'il est cach&eacute; en Dieu, P&egrave;re de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ, et la dimension de sa r&eacute;alisation historique suivant sa dimension &agrave; la fois christologique et eccl&eacute;siologique. L'analogie du mariage se r&eacute;f&egrave;re surtout &agrave; la seconde dimension. Chez les proph&egrave;tes &eacute;galement (chez Isa&iuml;e), l'analogie du mariage se r&eacute;f&egrave;re directement &agrave; une dimension historique: elle &eacute;tait li&eacute;e &agrave; l'histoire du peuple &eacute;lu de l'Ancienne Alliance, &agrave; l'histoire d'Isra&euml;l; dans la r&eacute;alisation v&eacute;t&eacute;ro- testamentaire du myst&egrave;re, la double dimension, christologique et eschatologique, se trouvait seulement &agrave; l'&eacute;tat embryonnaire: elle &eacute;tait seulement annonc&eacute;e. Il est n&eacute;anmoins &eacute;vident que le texte d'Isra&euml;l nous aide &agrave; mieux comprendre l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et la grande analogie de l'amour conjugal du Christ et de l'Eglise.aide</p> <p>- 22&nbsp;septembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:16:53 +0000 Incarnare 140 at http://www.theologieducorps.fr TDC 096 - L'analogie de l'amour divin et de l'amour conjugal http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-096-lanalogie-de-lamour-divin-de-lamour-conjugal <p>1. Dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, nous trouvons - comme chez les proph&egrave;tes de l'Ancien Testament (par exemple chez Isa&iuml;e) - la grande analogie du mariage ou de l'amour sponsal entre le Christ et l'Eglise. Quelle fonction remplit cette analogie par rapport au myst&egrave;re r&eacute;v&eacute;l&eacute; dans l'Ancienne et dans la Nouvelle Alliance? A cette question il importe de r&eacute;pondre graduellement. Avant tout l'analogie de l'amour conjugal ou sponsal aide &agrave; p&eacute;n&eacute;trer l'essence m&ecirc;me du myst&egrave;re. Il aide &agrave; le comprendre jusqu'&agrave; un certain point - de mani&egrave;re analogique, cela s'entend. Il est &eacute;vident que l'analogie de l'amour terrestre, humain, du mari envers sa femme, de l'amour sponsal humain ne peut offrir une compr&eacute;hension ad&eacute;quate et compl&egrave;te de cette r&eacute;alit&eacute; absolument transcendante qu'est le myst&egrave;re divin, qu'il soit cach&eacute; depuis les si&egrave;cles en Dieu, ou qu'il soit r&eacute;alis&eacute; historiquement dans le temps quand &quot;le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>. Le myst&egrave;re ne cesse d'&ecirc;tre transcendant &agrave; l'&eacute;gard de cette analogie comme &agrave; l'&eacute;gard de n'importe quelle autre analogie par laquelle nous cherchons &agrave; l'exprimer en langage humain. Toutefois, cette analogie offre en m&ecirc;me temps la possibilit&eacute; d'une certaine p&eacute;n&eacute;tration cognitive dans l'essence m&ecirc;me du myst&egrave;re.</p> <p>2. L'analogie de l'amour sponsal nous permet de comprendre d'une certaine mani&egrave;re le myst&egrave;re qui, depuis des si&egrave;cles, est cach&eacute; en Dieu et qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute; dans le temps par le Christ comme l'amour qui est le propre du don de soi, total et irr&eacute;vocable, que Dieu a fait &agrave; l'homme dans le Christ. Il s'agit de l'homme dans sa dimension personnelle et en m&ecirc;me temps communautaire (cette dimension communautaire est exprim&eacute;e dans le livre d'Isa&iuml;e, et chez les proph&egrave;tes, comme Isra&euml;l, dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens comme Eglise; on peut dire: peuple de Dieu de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance). Ajoutons que dans chacune des deux conceptions la dimension communautaire est mise, en un certain sens, au premier plan, mais pas au point de voiler totalement la dimension personnelle qui, d'ailleurs, appartient simplement &agrave; l'essence m&ecirc;me de l'amour sponsal. Dans les deux cas, il s'agit plut&ocirc;t d'une significative r&eacute;duction de la communaut&eacute; &agrave; la personne (*): l'&eacute;poux-personne (Yahv&eacute; et le Christ) consid&egrave;re respectivement comme &eacute;pouse-personne Isra&euml;l et l'Eglise. Chaque 'je' concret doit se retrouver dans ce 'nous' biblique. Note (*) <i> Il ne s'agit pas seulement de la personnification de la soci&eacute;t&eacute; humaine qui constitue un ph&eacute;nom&egrave;ne assez commun dans la litt&eacute;rature mondiale, mais aussi d'une corporate personality sp&eacute;cifique de la Bible, marqu&eacute;e par un continuel rapport r&eacute;ciproque de l'individu avec le groupe (cf. H. WHEELER ROBINSON, The Hebrew Conception of Corporate Personality, BZAW 66, 1936, p. 49-62; cf. &eacute;galement J.-L. Mc KENSIE, Aspects of Old Testament Thought, dans The J&eacute;r&ocirc;me Biblical Commentary, Londres, 1970, t. 2, p. 748).</i><i>'</i></p> <p>3. Ainsi donc l'analogie dont il est question ici permet de comprendre, &agrave; un certain degr&eacute;, le myst&egrave;re r&eacute;v&eacute;l&eacute; du Dieu vivant qui est Cr&eacute;ateur et R&eacute;dempteur (et, en tant que tel, il est en m&ecirc;me temps le Dieu de l'Alliance): elle permet de comprendre ce myst&egrave;re &agrave; la mani&egrave;re d'un amour sponsal, de m&ecirc;me qu'elle permet de le comprendre &eacute;galement &agrave; la mani&egrave;re d'un amour mis&eacute;ricordieux (selon le texte du livre d'Isa&iuml;e) ou encore comme un amour paternel (suivant l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, principalement le chapitre premier). Du reste, ces mani&egrave;res de comprendre le myst&egrave;re sont, elles aussi, analogiques. L'analogie de l'amour sponsal comprend une caract&eacute;ristique du myst&egrave;re qui n'est mise directement en relief ni par l'analogie de l'amour mis&eacute;ricordieux ni par l'analogie de l'amour paternel (ni par n'importe quelle autre analogie tir&eacute;e de la Bible, &agrave; laquelle nous aurions pu nous r&eacute;f&eacute;rer).</p> <p><a name="4"></a>4. L'analogie de l'amour des &eacute;poux (ou amour sponsal) semble mettre surtout en relief le moment du don de soi que Dieu fait &agrave; l'homme, choisi depuis des si&egrave;cles dans le Christ (litt&eacute;ralement: Isra&euml;l, &agrave; l'Eglise) - don total (ou plut&ocirc;t radical) et irr&eacute;vocable dans son caract&egrave;re essentiel, &agrave; savoir comme don. Ce don est certainement radical et donc total. On ne peut parler ici de totalit&eacute; au sens m&eacute;taphysique. L'homme n'est pas, en effet, comme cr&eacute;ature, capable d'accueillir le don de Dieu dans la pl&eacute;nitude transcendante de sa divinit&eacute;. Un tel don total (non cr&eacute;&eacute;), Dieu lui-m&ecirc;me ne le partage que dans la communion trinitaire des personnes. En revanche, le don de soi que Dieu fait &agrave; l'homme - dont parle l'analogie de l'amour - ne peut avoir que la seule forme de la participation &agrave; la nature divine <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bsc.htm#t">2P 1,4</a></i> comme la th&eacute;ologie l'a pr&eacute;cis&eacute; avec la plus grande clart&eacute;. N&eacute;anmoins, suivant cette mesure, le don que Dieu a fait &agrave; l'homme dans le Christ est un don total, &agrave; savoir radical, comme l'indique pr&eacute;cis&eacute;ment l'analogie de l'amour sponsal: il est, en un certain sens, tout ce que Dieu a pu donner de lui-m&ecirc;me &agrave; l'homme, si l'on consid&egrave;re les facult&eacute;s limit&eacute;es de l'homme- cr&eacute;ature. De cette mani&egrave;re, l'analogie de l'amour sponsal indique le caract&egrave;re radical de la gr&acirc;ce; de tout l'ordre de la gr&acirc;ce cr&eacute;&eacute;e.grande</p> <p>5. Il semble que l'on puisse dire tout cela en ce qui concerne la premi&egrave;re fonction de notre grande analogie qui, des &eacute;crits des proph&egrave;tes de l'Ancien Testament, est pass&eacute;e &agrave; l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens o&ugrave;, comme on l'a d&eacute;j&agrave; not&eacute;, elle a subi une significative transformation. L'analogie du mariage, comme r&eacute;alit&eacute; humaine dans laquelle vient s'incarner l'amour sponsal, aide, jusqu'&agrave; un certain point et dans une certaine mesure, &agrave; comprendre le myst&egrave;re de la gr&acirc;ce comme &eacute;ternelle r&eacute;alit&eacute; en Dieu et comme fruit historique de la R&eacute;demption de l'humanit&eacute; dans le Christ. Toutefois, comme nous l'avons dit pr&eacute;c&eacute;demment, cette analogie biblique, non seulement explique le myst&egrave;re, mais, d'autre part, le myst&egrave;re d&eacute;finit et d&eacute;termine la mani&egrave;re ad&eacute;quate de comprendre l'analogie, et pr&eacute;cis&eacute;ment cet &eacute;l&eacute;ment dans lequel les auteurs bibliques voient l'image et la ressemblance du myst&egrave;re divin. Ainsi donc, la comparaison du mariage (en raison de l'amour sponsal) au rapport Yahv&eacute;-Isra&euml;l dans l'Ancienne Alliance et Christ-Eglise dans la Nouvelle Alliance, d&eacute;cide en m&ecirc;me temps de la mani&egrave;re dont il faut comprendre le mariage et d&eacute;termine cette mani&egrave;re.</p> <p>6. C'est la deuxi&egrave;me fonction de notre grande analogie. Et, dans la perspective de cette fonction, nous nous rapprochons en fait du probl&egrave;me sacrement et minist&egrave;re, c'est-&agrave;-dire, dans un sens g&eacute;n&eacute;ral et fondamental, du probl&egrave;me du caract&egrave;re sacramentel du mariage. Cela semble tout particuli&egrave;rement justifi&eacute; &agrave; la lumi&egrave;re de l'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>. En effet, en pr&eacute;sentant le rapport du Christ avec l'Eglise &agrave; l'image de l'union sponsale du mari et de la femme, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre parle de mani&egrave;re plus g&eacute;n&eacute;rale et, en m&ecirc;me temps, plus fondamentale, non seulement de la r&eacute;alisation de l'&eacute;ternel myst&egrave;re divin, mais aussi de la mani&egrave;re dont ce myst&egrave;re s'est exprim&eacute; dans l'ordre visible, de la mani&egrave;re dont il est devenu visible et, de ce fait, est entr&eacute; dans le domaine du signe.</p> <p> <a name="7"></a> 7. Par le terme signe nous entendons ici simplement la visibilit&eacute; de l'invisible. Le myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu depuis des si&egrave;cles - ou invisible - est devenu visible avant tout dans l'&eacute;v&eacute;nement historique m&ecirc;me du Christ. Et le rapport du Christ avec l'Eglise qui, dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, est d&eacute;fini comme mysterium magnum constitue l'accomplissement et la concr&eacute;tisation de la visibilit&eacute; de ce myst&egrave;re. Du reste, le fait que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens compare l'indissoluble rapport du Christ avec l'Eglise au rapport du mari et de la femme, c'est-&agrave;-dire au mariage - faisant en m&ecirc;me temps r&eacute;f&eacute;rence aux paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> qui, avec l'acte cr&eacute;ateur de Dieu, instituent originairement le mariage -, ram&egrave;ne notre r&eacute;flexion &agrave; ce qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; pr&eacute;c&eacute;demment pr&eacute;sent&eacute; (dans le contexte du myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation) comme visibilit&eacute; de l'invisible; il la ram&egrave;ne &agrave; l'origine m&ecirc;me de l'histoire th&eacute;ologique de l'homme.<br /> On peut dire que le signe visible du mariage d&egrave;s son commencement, en tant que li&eacute; au signe visible du Christ et de l'Eglise au sommet de l'&eacute;conomie salvifique de Dieu, transpose l'&eacute;ternel plan d'amour dans la dimension historique et en fait le fondement de tout l'ordre sacramentel. C'est le m&eacute;rite particulier de l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens d'avoir rapproch&eacute; ces deux signes, faisant d'eux le grand signe unique - c'est-&agrave;-dire un grand sacrement (sacramentum magnum).</p> <p>- 29&nbsp;septembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:18:41 +0000 Incarnare 141 at http://www.theologieducorps.fr TDC 097 - Le mariage, partie intégrante du sacrement de la création http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-097-mariage-partie-integrante-du-sacrement-de-la-creation <p> <a name="1"></a>1. Nous continuons l'analyse du texte classique de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> A ce propos il convient de citer quelques phrases contenues dans l'une des analyses pr&eacute;c&eacute;dentes consacr&eacute;es &agrave; ce th&egrave;me: &quot;L'homme para&icirc;t dans le monde visible comme la plus haute expression du don divin car il porte en soi la dimension int&eacute;rieure du don. Et, avec celle-ci, il apporte dans le monde sa ressemblance particuli&egrave;re avec Dieu, gr&acirc;ce &agrave; laquelle il transcende et domine &eacute;galement sa propre visibilit&eacute; dans le monde, sa dimension corporelle, sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;, sa nudit&eacute;. Autre reflet de cette ressemblance, la conscience primordiale de la signification conjugale du corps, conscience p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e du myst&egrave;re de l'innocence originaire&quot;. (*) Ces phrases r&eacute;sument en quelques mots le r&eacute;sultat des analyses consacr&eacute;es aux premiers chapitres de la Gen&egrave;se, en relation avec les paroles par lesquelles le Christ, dans son entretien avec les pharisiens au sujet du mariage et de son indissolubilit&eacute;, se r&eacute;f&eacute;rait &agrave; l'origine. D'autres phrases de cette analyse posent le probl&egrave;me du sacrement primordial: &quot;Et ainsi, dans cette dimension se constitue un sacrement primordial, entendu comme signe qui transmet efficacement dans le monde visible le myst&egrave;re invisible cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute;. Voil&agrave; le myst&egrave;re de la v&eacute;rit&eacute; et de l'amour, le myst&egrave;re de la vie divine &agrave; laquelle l'homme participe r&eacute;ellement ... C'est l'innocence originaire qui ouvre cette participation ... (**) &quot;<br /> Notes - (*) <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gki.htm#bak">J.P. II, 20/2/1980</a> (**)<a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gki.htm#bak">J.P. II, 20/2/1980</a></p> <p> <a name="2"></a> 2. Il convient de revoir le contenu de ces affirmations &agrave; la lumi&egrave;re de la doctrine paulinienne exprim&eacute;e dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, et en tenant principalement compte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> ins&eacute;r&eacute; dans le contexte g&eacute;n&eacute;ral de l'&eacute;p&icirc;tre. Du reste, cet &eacute;crit nous le permet, car son auteur lui-m&ecirc;me se r&eacute;f&egrave;re, au verset 31 de ce chapitre 5, &agrave; l'origine et pr&eacute;cis&eacute;ment aux paroles instituant le mariage dans le livre de la <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. En ce sens pouvons-nous entrevoir dans ces paroles un &eacute;nonc&eacute; concernant le sacrement primordial? Ces pr&eacute;c&eacute;dentes analyses de l'origine biblique nous ont men&eacute;s progressivement &agrave; cela, en consid&eacute;ration du don de l'existence fait &agrave; l'homme et dans la gr&acirc;ce qu'&eacute;tait l'&eacute;tat d'innocence et de justice primordiales. L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens nous am&egrave;ne &agrave; aborder ces situations - c'est-&agrave;-dire l'&eacute;tat de l'homme avant le p&eacute;ch&eacute; originel - en nous pla&ccedil;ant au point de vue du myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute;. En effet, dans les premi&egrave;res phrases de l'&eacute;p&icirc;tre nous lisons &quot;Dieu, P&egrave;re de notre Seigneur J&eacute;sus-Christ ... nous a b&eacute;nis par toutes sortes de b&eacute;n&eacute;dictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'il nous a &eacute;lus en lui, d&egrave;s avant la cr&eacute;ation du monde pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence, dans l'amour... &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bi">Ep 1,3-4</a></i>.</p> <p><a name="3"></a>3. L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens nous ouvre le monde surnaturel de l'&eacute;ternel myst&egrave;re, des desseins &eacute;ternels de Dieu le P&egrave;re &agrave; l'&eacute;gard de l'homme. Ces desseins sont ant&eacute;rieurs &agrave; la cr&eacute;ation de l'homme. En m&ecirc;me temps, ces desseins divins commencent d&eacute;j&agrave; &agrave; se r&eacute;aliser dans toute la r&eacute;alit&eacute; de la cr&eacute;ation. Si au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation appartient &eacute;galement l'&eacute;tat d'innocence originaire de l'homme cr&eacute;&eacute;, comme homme et comme femme, &agrave; l'image de Dieu, cela signifie que le don primordial que Dieu conf&egrave;re &agrave; l'homme contient le fruit de l'&eacute;lection, dont nous parle l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens: &quot;Il nous a &eacute;lus ... pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bj">Ep 1,4</a></i> C'est cela que les paroles du livre de la Gen&egrave;se semblent souligner, quand le Cr&eacute;ateur-Elohim trouve que l'&ecirc;tre humain, homme et femme, paru en sa pr&eacute;sence, est un bien digne de le satisfaire: &quot;Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voil&agrave; que c'&eacute;tait tr&egrave;s bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i>. Ce n'est qu'apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute;, apr&egrave;s la rupture de l'alliance originaire avec le Cr&eacute;ateur, que l'homme &eacute;prouva le besoin de se cacher du Seigneur Dieu: &quot;J'ai entendu ta voix dans le jardin et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis cach&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fu">Gn 3,10</a></i></p> <p><a name="4"></a>4. Au contraire, avant le p&eacute;ch&eacute;, l'homme portait dans l'&acirc;me le fruit de l'&eacute;ternelle &eacute;l&eacute;vation dans le Christ, Fils &eacute;ternel du P&egrave;re. Par la gr&acirc;ce de cette &eacute;lection, l'&ecirc;tre humain - homme et femme - &eacute;tait saint et immacul&eacute; en pr&eacute;sence de Dieu. Cette saintet&eacute; et cette puret&eacute; primordiales (ou originaires) s'exprimaient &eacute;galement dans le fait que, m&ecirc;me si tous deux &quot;&eacute;taient nus, ils n'en avaient point honte&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fk">Gn 2,25</a></i> ainsi que nous avons cherch&eacute; &agrave; le mettre en &eacute;vidence dans les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes. Confrontant le t&eacute;moignage de l'origine, d&eacute;crite dans les premiers chapitres du livre de la Gen&egrave;se, et le t&eacute;moignage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, il faut en d&eacute;duire que la r&eacute;alit&eacute; de la cr&eacute;ation de l'homme &quot;&eacute;tait d&eacute;j&agrave;&quot;, impr&eacute;gn&eacute;e, de l'&eacute;ternelle &eacute;lection de l'homme &quot;dans le Christ &quot;: appel&eacute; &agrave; la saintet&eacute; par la gr&acirc;ce de l'adoption comme fils: &eacute;tant &quot;d&eacute;termin&eacute; d'avance&quot; que nous serions &quot;pour Lui des fils adoptifs par J&eacute;sus-Christ. Tel fut le plaisir de sa volont&eacute;, &agrave; la louange de gloire de sa gr&acirc;ce dont il nous a gratifi&eacute;s dans le Bien-aim&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bk">Ep 1,5-6</a></i>.</p> <p><a name="5"></a>5. L'&ecirc;tre humain - homme et femme - participa d&egrave;s l'origine &agrave; ce don surnaturel. Ce don a &eacute;t&eacute; donn&eacute; en consid&eacute;ration de Celui qui de toute &eacute;ternit&eacute; &eacute;tait, comme Fils, le Bien-aim&eacute;, m&ecirc;me si - selon la dimension du temps et de l'histoire - elle a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; l'incarnation de ce Fils bien- aim&eacute; et &eacute;galement la &quot;R&eacute;demption&quot; que nous trouvons en lui, &quot;par son sang&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bm">Ep 1,7</a></i>. La R&eacute;demption devait devenir la source de la gratification surnaturelle de l'homme apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; et, en un certain sens, malgr&eacute; le p&eacute;ch&eacute;. Cette gratification surnaturelle qui eut lieu avant le p&eacute;ch&eacute; originel, c'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce de la justice et de l'innocence originaires - gratification qui &eacute;tait le fruit de l'&eacute;lection de l'homme dans le Christ avant les si&egrave;cles - s'est accomplie pr&eacute;cis&eacute;ment par &eacute;gard pour Lui, pour ce &quot;Bien-aim&eacute;&quot; unique, tout en anticipant chronologiquement sa venue dans le corps. Dans les dimensions du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, l'&eacute;lection &agrave; la dignit&eacute; de fils adoptif fut le propre seulement du premier Adam, c'est-&agrave;-dire de l'&ecirc;tre humain cr&eacute;&eacute; &agrave; l'image et &agrave; la ressemblance de Dieu en tant qu'homme et femme.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Dans ce contexte, comment s'&eacute;tablit la r&eacute;alit&eacute; du sacrement, du sacrement primordial? Dans l'analyse de l'origine dont nous avons cit&eacute; un passage, nous avons dit que le sacrement, entendu comme signe visible, se constitue avec l'homme en tant que corps, moyennant sa visible masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Le corps en effet, et seulement lui est capable de rendre visible ce qui est invisible: le spirituel et le divin. Il a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; pour transf&eacute;rer dans la r&eacute;alit&eacute; visible du monde le myst&egrave;re, cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute; et ainsi d'en &ecirc;tre le signe <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gki.htm#bak">J.P. II, 20/2/1980</a> .<br /> Ce signe a, en outre, sa propre efficacit&eacute;, comme je l'ai &eacute;galement dit: &quot;L'innocence originaire li&eacute;e &agrave; la signification conjugale du corps&quot; fait que l'&ecirc;tre humain &quot;se sent dans son corps d'homme ou de femme, sujet de saintet&eacute;&quot; <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gki.htm#bal">J.P. II, 20/2/1980</a> . Se sent et il l'est &quot;depuis l'origine&quot;. Cette saintet&eacute; conf&eacute;r&eacute;e originairement &agrave; l'homme par le Cr&eacute;ateur appartient &agrave; la r&eacute;alit&eacute; du sacrement de la cr&eacute;ation. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &quot;l'homme... s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot; prononc&eacute;es sur le fond de cette r&eacute;alit&eacute; originaire au sens th&eacute;ologique constituent le mariage comme partie int&eacute;grante et, en un certain sens, centrale du sacrement de la cr&eacute;ation. Elles constituent - ou plut&ocirc;t, confirment peut-&ecirc;tre simplement - le caract&egrave;re de son origine. Selon ces paroles, le mariage est sacrement en tant que partie int&eacute;grante et, dirais-je, point central du sacrement de la cr&eacute;ation. En ce sens il est un sacrement primordial.</p> <p><a name="7"></a> 7. L'institution du mariage exprime, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, non seulement le d&eacute;but de la communaut&eacute; humaine fondamentale qui, par la force de procr&eacute;ation qui lui est propre (&quot;Fructifiez et multipliez-vous&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>), sert &agrave; continuer l'oeuvre de cr&eacute;ation, mais en m&ecirc;me temps elle exprime l'initiative salvifique du Cr&eacute;ateur, correspondant &agrave; l'&eacute;ternelle &eacute;lection de l'homme dont parle l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. Cette initiative salvifique vient de Dieu-Cr&eacute;ateur et son efficacit&eacute; surnaturelle s'identifie avec l'acte m&ecirc;me de la cr&eacute;ation de l'homme &agrave; l'&eacute;tat de l'innocence originaire. C'est dans cet &eacute;tat que l'&eacute;lection &eacute;ternelle de l'homme dans le Christ fructifia d&egrave;s l'acte m&ecirc;me de sa cr&eacute;ation. Et, ainsi, il faut reconna&icirc;tre que le sacrement originaire de la cr&eacute;ation tire son efficacit&eacute; du &quot;Fils bien-aim&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bl">Ep 1,6</a></i> (o&ugrave; il est question de &quot;la gr&acirc;ce qu'il nous a donn&eacute;e dans son Fils bien-aim&eacute;&quot;). Puis, s'il s'agit du mariage, on peut d&eacute;duire que - institu&eacute; dans le contexte du sacrement de la cr&eacute;ation pris globalement, c'est-&agrave;-dire &agrave; l'&eacute;tat de l'innocence originelle - il devait servir non seulement &agrave; prolonger l'oeuvre de la cr&eacute;ation, c'est-&agrave;-dire de la procr&eacute;ation, mais aussi &agrave; r&eacute;pandre sur les g&eacute;n&eacute;rations humaines successives le m&ecirc;me sacrement de la cr&eacute;ation, c'est- &agrave;-dire les fruits de l'&eacute;lection &eacute;ternelle de l'homme par le P&egrave;re dans le Fils &eacute;ternel: ces fruits dont Dieu a gratifi&eacute; l'homme dans l'acte m&ecirc;me de la cr&eacute;ation.<br /> L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens nous permet, semble-t-il, de comprendre ainsi le livre de la Gen&egrave;se et la v&eacute;rit&eacute; sur l'origine de l'homme et du mariage qui y est contenue.</p> <p>- 6&nbsp;octobre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:20:09 +0000 Incarnare 142 at http://www.theologieducorps.fr TDC 098 - Le sacrement de mariage est le signe visible de tout le mystère d'alliance http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-098-sacrement-de-mariage-est-signe-visible-de-tout-mystere-dalliance <p> 1. Dans nos consid&eacute;rations pr&eacute;c&eacute;dentes nous avons cherch&eacute; &agrave; approfondir - &agrave; la lumi&egrave;re de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens - l'origine sacramentelle de l'homme et du. mariage dans l'&eacute;tat de la justice (ou innocence) originelle.<br /> On sait toutefois que l'h&eacute;ritage de la gr&acirc;ce a &eacute;t&eacute; rejet&eacute; par le coeur humain au moment de la rupture de la premi&egrave;re Alliance avec le Cr&eacute;ateur. La perspective de la procr&eacute;ation, au lieu d'&ecirc;tre illumin&eacute;e par l'h&eacute;ritage de la gr&acirc;ce originelle, accord&eacute;e par Dieu au moment m&ecirc;me o&ugrave; fut donn&eacute;e l'&acirc;me raisonnable, a &eacute;t&eacute; voil&eacute;e par l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute; originel. On peut dire que le mariage, en tant que sacrement primordial, a &eacute;t&eacute; priv&eacute; de cette efficacit&eacute; surnaturelle qu'il puisait, au moment de son institution, dans le sacrement de la cr&eacute;ation globale. N&eacute;anmoins, m&ecirc;me dans cet &eacute;tat - c'est-&agrave;-dire celui de la culpabilit&eacute; h&eacute;r&eacute;ditaire de l'homme - le mariage ne cesse d'&ecirc;tre la figure de ce sacrement dont il est question dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, et que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre n'h&eacute;site pas &agrave; qualifier de &quot;myst&egrave;re de grande port&eacute;e&quot;. Ne pouvons-nous pas en d&eacute;duire que le mariage est encore et toujours cette plate-forme de la r&eacute;alisation des desseins &eacute;ternels de Dieu, selon lesquels le sacrement de la cr&eacute;ation a rapproch&eacute; les hommes et les a pr&eacute;par&eacute;s au sacrement de la R&eacute;demption, les introduisant dans la dimension de l'oeuvre du salut? L'analyse de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et particuli&egrave;rement du texte classique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> semble pencher vers cette solution-l&agrave;.</p> <p> 2. Quand, au verset 31, l'auteur se r&eacute;f&egrave;re aux paroles de l'institution du mariage que nous trouvons dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &quot;C'est pourquoi l'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot;, puis qu'il d&eacute;clare aussit&ocirc;t apr&egrave;s &quot;c'est un myst&egrave;re de grande port&eacute;e&quot;. Il semble indiquer non seulement le myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute; mais aussi cette continuit&eacute; dans la r&eacute;alisation qui existe entre le sacrement primordial connexe &agrave; la gratification surnaturelle de l'homme dans la cr&eacute;ation m&ecirc;me et le don nouveau advenu quand le Christ &quot;a tant aim&eacute; l'Eglise qu'il s'est livr&eacute; pour elle; pour la rendre sainte ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-26</a></i> - don que l'on peut d&eacute;finir dans son ensemble comme sacrement de la R&eacute;demption. Dans ce don r&eacute;dempteur de lui-m&ecirc;me pour l'Eglise, se trouve &eacute;galement compris - suivant la pens&eacute;e de saint Paul - le don de soi que le Christ a fait &agrave; l'Eglise, &agrave; la ressemblance de la relation conjugale qui, dans le mariage, unit l'homme et la femme. De cette mani&egrave;re, le sacrement de la R&eacute;demption rev&ecirc;t en un certain sens la figure et la forme du sacrement primordial. Au mariage du premier mari et de la premi&egrave;re femme, en tant que signe de la gratification surnaturelle de l'homme dans le sacrement de la cr&eacute;ation, correspondent les &eacute;pousailles ou, plut&ocirc;t, l'analogie des &eacute;pousailles du Christ avec l'Eglise comme grand signe fondamental de la gratification surnaturelle de l'homme dans le sacrement de la R&eacute;demption - de la gratification dans laquelle se renouvelle de mani&egrave;re d&eacute;finitive l'alliance de la gr&acirc;ce d'&eacute;lection, rompue &agrave; l'origine &agrave; cause du p&eacute;ch&eacute;.</p> <p> 3. L'image que pr&eacute;sente le passage de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens semble parler surtout du sacrement de la R&eacute;demption en tant que r&eacute;alisation d&eacute;finitive du myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute;. Dans ce mysterium magnum se r&eacute;alise d&eacute;finitivement en effet tout ce dont l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens a trait&eacute; en son premier chapitre. En effet, elle nous dit non seulement - comme nous nous en souvenons - &quot;C'est ainsi qu'il nous a &eacute;lus en lui (c'est-&agrave;-dire dans le Christ) d&egrave;s avant la cr&eacute;ation du monde, pour &ecirc;tre saints et immacul&eacute;s en sa pr&eacute;sence dans l'amour ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bj">Ep 1,4</a></i>, mais encore: &quot;En lui (le Christ), nous trouvons la R&eacute;demption par son sang, la r&eacute;mission des fautes, selon la richesse de sa gr&acirc;ce qu'il nous a prodigu&eacute;e en toute sagesse et intelligence ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bm">Ep 1,7-8</a></i> La nouvelle gratification surnaturelle de l'homme dans le sacrement de la R&eacute;demption est &eacute;galement une r&eacute;alisation nouvelle du myst&egrave;re cach&eacute; en Dieu de toute &eacute;ternit&eacute; - nouvelle par rapport au sacrement de la cr&eacute;ation. En ce moment, la gratification est, en un certain sens, une nouvelle cr&eacute;ation. Elle est toutefois diff&eacute;rente du sacrement de la cr&eacute;ation du fait que la gratification originelle li&eacute;e &agrave; la cr&eacute;ation de l'homme constituait cet homme depuis l'origine, moyennant la gr&acirc;ce, en l'&eacute;tat de l'innocence, de la justice originaire. La nouvelle gratification de l'homme dans le sacrement de la R&eacute;demption lui donne, au contraire, avant tout la r&eacute;mission des p&eacute;ch&eacute;s. Toutefois, ici, peut &eacute;galement surabonder la gr&acirc;ce comme du reste le dit saint Paul: &quot;L&agrave; o&ugrave; le p&eacute;ch&eacute; s'est multipli&eacute;, la gr&acirc;ce a surabond&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fs">Rm 5,20</a></i>.</p> <p>4. Le sacrement de la R&eacute;demption - fruit de l'amour r&eacute;dempteur du Christ - devient, sur la base de son amour nuptial &quot;pour l'Eglise&quot;, une dimension permanente de la vie m&ecirc;me de l'Eglise, dimension fondamentale et vivifiante. C'est le mysterium magnum du Christ et de l'Eglise: myst&egrave;re &eacute;ternel r&eacute;alis&eacute; par le Christ qui &quot;s'est livr&eacute; pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>; myst&egrave;re qui se r&eacute;alise continuellement dans l'Eglise parce que comme objet de la foi, celui-ci reste voil&eacute; &eacute;galement &agrave; travers ce qui l'exprime et le r&eacute;alise. La visibilit&eacute; de l'invisible appartient donc &agrave; l'ordre des signes, et le signe indique seulement la r&eacute;alit&eacute; du myst&egrave;re, mais il ne la d&eacute;voile pas. Comme le premier Adam, l'&ecirc;tre humain - homme et femme - cr&eacute;&eacute; &agrave; l'&eacute;tat d'innocence originaire et appel&eacute; en cet &eacute;tat &agrave; l'union conjugale (en ce sens, nous parlons du sacrement de la cr&eacute;ation) fut le signe de l'&eacute;ternel myst&egrave;re, ainsi le second Adam, le Christ, uni &agrave; l'Eglise, par le sacrement de la R&eacute;demption, gr&acirc;ce &agrave; un lien indissoluble, analogue &agrave; l'alliance indissoluble des &eacute;poux, est un signe d&eacute;finitif du m&ecirc;me myst&egrave;re &eacute;ternel. En parlant donc de la r&eacute;alisation de l'&eacute;ternel myst&egrave;re, nous parlons &eacute;galement du fait que celui-ci devient visible par la visibilit&eacute; du signe. C'est pourquoi nous parlons &eacute;galement de la nature sacramentelle de tout l'h&eacute;ritage du sacrement de la R&eacute;demption par r&eacute;f&eacute;rence &agrave; toute l'oeuvre de la cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption et, d'autant plus, par r&eacute;f&eacute;rence au mariage institu&eacute; dans le contexte du sacrement de la cr&eacute;ation; et de m&ecirc;me par r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'Eglise comme Epouse du Christ, dot&eacute;e d'une alliance quasi conjugale avec Lui.</p> <p>- 13&nbsp;octobre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:21:48 +0000 Incarnare 143 at http://www.theologieducorps.fr TDC 099 - Le mariage, partie intégrante de la nouvelle économie sacramentelle http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-099-mariage-partie-integrante-de-la-nouvelle-economie-sacramentelle <p> <a name="1"></a>1. Mercredi dernier, nous avons parl&eacute; de l'h&eacute;ritage int&eacute;gral de l'Alliance avec Dieu, et de la gr&acirc;ce unie originairement &agrave; l'oeuvre divine de la cr&eacute;ation. Faisait &eacute;galement partie de cet h&eacute;ritage int&eacute;gral - comme il convient de le d&eacute;duire de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> - le mariage comme sacrement primordial, institu&eacute; d&egrave;s l'origine et li&eacute; au sacrement de la cr&eacute;ation consid&eacute;r&eacute;e globalement. Le caract&egrave;re sacramentel du mariage n'est pas seulement mod&egrave;le et figure du sacrement de l'Eglise (du Christ et de l'Eglise) mais constitue &eacute;galement une part essentielle du nouvel h&eacute;ritage: l'h&eacute;ritage du sacrement de la R&eacute;demption, dont l'Eglise a &eacute;t&eacute; gratifi&eacute;e dans le Christ. Ici, il importe une fois de plus de se reporter aux paroles du Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pz">Mc 10,5-9</a></i> o&ugrave;, r&eacute;pondant &agrave; la demande des pharisiens au sujet du mariage et de son caract&egrave;re sp&eacute;cifique, J&eacute;sus se r&eacute;f&egrave;re uniquement, exclusivement, &agrave; l'institution originaire - &agrave; l'origine donc -, par le Cr&eacute;ateur. R&eacute;fl&eacute;chissant sur la signification de cette r&eacute;ponse, &agrave; la lumi&egrave;re de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens (en particulier <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>), nous pouvons conclure &agrave; une relation, double en un certain sens, entre le mariage et tout l'ordre sacramentel qui, dans la Nouvelle Alliance, &eacute;merge de ce m&ecirc;me sacrement de la R&eacute;demption.</p> <p><a name="2"></a>2. Comme sacrement primordial, le mariage constitue d'une part la figure (et donc: la ressemblance, l'analogie), suivant laquelle s'&eacute;difie la structure portante fondamentale de la nouvelle &eacute;conomie du salut et de l'ordre sacramentel o&ugrave; trouve son origine le don conjugal que l'Eglise a re&ccedil;u du Christ en m&ecirc;me temps que tous les biens de la R&eacute;demption (on pourrait dire en reprenant les premi&egrave;res paroles de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens: &quot;b&eacute;nis par toutes sortes de b&eacute;n&eacute;dictions spirituelles&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#bi">Ep 1,3</a></i>. De cette mani&egrave;re, le mariage est, en tant que sacrement primordial, assum&eacute; et ins&eacute;r&eacute; dans la structure int&eacute;grale de la nouvelle &eacute;conomie sacramentelle, issue de la R&eacute;demption sous forme de prototype, dirais-je: le mariage est assum&eacute; et ins&eacute;r&eacute; &agrave; partir de ses bases m&ecirc;mes. Dans son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a></i>, le Christ lui-m&ecirc;me reconfirme avant tout son existence. A bien r&eacute;fl&eacute;chir sur cette dimension il faudrait conclure que tous les sacrements de la Nouvelle Alliance trouvent en un certain sens leur prototype dans le mariage en tant que sacrement primordial. Cela semble s'annoncer dans le passage classique d&eacute;j&agrave; cit&eacute; de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, comme nous le dirons encore bient&ocirc;t.</p> <p><a name="3"></a>3. Toutefois la relation du mariage avec tout l'ordre sacramentel, issue de la relation de l'Eglise avec les biens de la R&eacute;demption, ne se limite pas seulement &agrave; la dimension du mod&egrave;le. Dans son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a></i>, le Christ non seulement confirme l'existence du mariage institu&eacute; par le Cr&eacute;ateur d&egrave;s l'origine, mais le d&eacute;clare aussi partie int&eacute;grante de la nouvelle &eacute;conomie sacramentelle, du nouvel ordre des signes salvifiques qui tire son origine du sacrement de la R&eacute;demption, de m&ecirc;me que l'&eacute;conomie originaire est issue du sacrement de la cr&eacute;ation; et en r&eacute;alit&eacute; le Christ se limite &agrave; l'unique sacrement qu'avait &eacute;t&eacute; le mariage institu&eacute; &agrave; l'&eacute;tat d'innocence et de justice originaires de l'&ecirc;tre humain, cr&eacute;&eacute; comme homme et femme &agrave; l'image et &agrave; la ressemblance de Dieu.</p> <p><a name="4"></a>4. La nouvelle &eacute;conomie sacramentelle, qui se constitue sur la base du sacrement de la R&eacute;demption &eacute;mergeant de la gratification nuptiale de l'Eglise de la part du Christ, est diff&eacute;rente de l'&eacute;conomie originaire. En effet, elle s'adresse, non pas &agrave; l'homme, &agrave; la justice et innocence originelles, mais &agrave; l'homme charg&eacute; de l'h&eacute;ritage du p&eacute;ch&eacute; originel, en &eacute;tat de culpabilit&eacute; (status naturae lapsae). Elle s'adresse &agrave; l'homme &agrave; la triple concupiscence, suivant les paroles classiques de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>, &agrave; l'homme &quot;en qui la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#e0" style="">Ga 5,17</a></i>, suivant la th&eacute;ologie (et l'anthropologie) de saint Paul, auxquelles nous avons r&eacute;serv&eacute; une large place dans nos r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes.</p> <p><a name="5"></a>5. Ces consid&eacute;rations, bas&eacute;es sur une analyse approfondie de la signification de l'&eacute;nonc&eacute; du Christ dans le Sermon sur la Montagne au sujet du regard concupiscent en tant qu'adult&egrave;re dans le coeur, pr&eacute;parent &agrave; comprendre le mariage comme partie int&eacute;grante du nouvel ordre sacramentel qui tire son origine du sacrement de la R&eacute;demption, c'est-&agrave;-dire de ce grand myst&egrave;re qui, comme myst&egrave;re du Christ et de l'Eglise, d&eacute;termine le caract&egrave;re sacramentel de l'Eglise elle-m&ecirc;me. En outre, ces consid&eacute;rations pr&eacute;parent &agrave; comprendre le mariage comme sacrement de la Nouvelle Alliance, dont l'oeuvre salvifique s'unit organiquement &agrave; l'ensemble de cet &eacute;thos qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;fini, dans les analyses pr&eacute;c&eacute;dentes, &eacute;thos de la R&eacute;demption. L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens exprime &agrave; sa mani&egrave;re la m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute;: en effet, elle parle du mariage comme d'un grand sacrement, dans un ample contexte par&eacute;n&eacute;tique, c'est-&agrave;- dire dans le contexte des exhortations de caract&egrave;re moral concernant pr&eacute;cis&eacute;ment l'&eacute;thos qui doit qualifier la vie des chr&eacute;tiens, c'est-&agrave;-dire des hommes conscients de l'&eacute;lection qui se r&eacute;alise dans le Christ et dans l'Eglise.</p> <p><a name="6"></a>6. Sur cet ample fond de r&eacute;flexions qui ressortent de la lecture de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens (plus particuli&egrave;rement de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>), on peut et l'on doit, enfin, toucher encore le probl&egrave;me des sacrements de l'Eglise. Le texte pr&eacute;cit&eacute; de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens en parle indirectement et, dirais-je, de mani&egrave;re secondaire bien que suffisante pour que ce probl&egrave;me ait &eacute;galement sa place dans nos consid&eacute;rations. Il convient toutefois de pr&eacute;ciser au moins bri&egrave;vement, le sens que nous adoptons dans l'emploi du terme sacrement, ce qui est important pour nos consid&eacute;rations.</p> <p><a name="7"></a>7. Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent en effet nous avons utilis&eacute; le terme sacrement, (conform&eacute;ment d'ailleurs &agrave; toute la tradition biblico-patristique (*)) en un sens plus ample que celui qui est le propre de la terminologie th&eacute;ologique traditionnelle et contemporaine. Par le terme sacrement celle-ci indique les signes institu&eacute;s par le Christ et administr&eacute;s par l'Eglise qui expriment la gr&acirc;ce divine et la conf&egrave;rent aux personnes qui re&ccedil;oivent ce sacrement. En ce sens, chacun des sept sacrements de l'Eglise est caract&eacute;ris&eacute; par une action liturgique d&eacute;termin&eacute;e, constitu&eacute;e &agrave; travers la parole (forme) et la sp&eacute;cifique mati&egrave;re sacramentelle, suivant la th&eacute;orie hil&eacute;morphique provenant de Thomas d'Aquin et de toute la tradition scolastique.<br /> Note (*)<i> Cf. LEON XIII, Acta, t. 2, 1881, p. 22.</i></p> <p><a name="8"></a>8. En relation avec la signification circonscrite de cette mani&egrave;re, nous nous sommes servis, dans nos consid&eacute;rations, d'un sens plus large et peut-&ecirc;tre aussi plus ancien et fondamental du terme sacrement (*). L'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, et sp&eacute;cialement les versets 22-23 du chapitre 5, semblent tout particuli&egrave;rement nous le permettre. Ici sacrement signifie le myst&egrave;re de Dieu, cach&eacute; depuis l'&eacute;ternit&eacute;, non pas toutefois dans un secret &eacute;ternel, mais dans sa r&eacute;v&eacute;lation et r&eacute;alisation m&ecirc;mes (&eacute;galement dans la r&eacute;v&eacute;lation r&eacute;alisation). On a parl&eacute; encore en ce sens du sacrement de sa cr&eacute;ation et du sacrement de la R&eacute;demption. C'est sur la base du sacrement de la cr&eacute;ation qu'il faut comprendre le caract&egrave;re sacramentel originaire du mariage (sacrement primordial). Puis, sur la base du sacrement de la R&eacute;demption, on peut comprendre la nature sacramentelle de l'Eglise, ou plut&ocirc;t la nature sacramentelle de l'union du Christ avec l'Eglise que l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens pr&eacute;sente dans la comparaison du mariage, de l'union conjugale du mari et de la femme. Une analyse attentive du texte d&eacute;montre que, dans ce cas, il ne s'agit pas seulement d'une comparaison au sens m&eacute;taphorique, mais d'un renouvellement r&eacute;el (ou d'une recr&eacute;ation c'est-&agrave;- dire d'une nouvelle cr&eacute;ation) de ce qui constitue le contenu salvifique (en un certain sens, la substance salvifique) du sacrement primordial. Cette constatation a une importance essentielle tant pour expliquer la nature sacramentelle de l'Eglise (et &agrave; ceci se r&eacute;f&egrave;rent les paroles tr&egrave;s significatives de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f4w.htm#ds">LG 1</a></i>) que pour comprendre le caract&egrave;re sacramentel du mariage entendu pr&eacute;cis&eacute;ment comme un des sacrements de l'Eglise.<br /> note (*). <i>A ce propos, voir l'Allocution lors de l'Audience g&eacute;n&eacute;rale du 8 septembre 1982</i>, <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gk1.htm#box">J.P.II 8/9/1982 note</a></p> <p>- 20&nbsp;octobre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:23:08 +0000 Incarnare 144 at http://www.theologieducorps.fr TDC 100 - L'indissolubilité du mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-100-lindissolubilite-du-mariage <p> 1. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> parle des sacrements de l'Eglise, en particulier du bapt&ecirc;me et de l'eucharistie, mais seulement de mani&egrave;re indirecte et, dans un certain sens, de mani&egrave;re allusive, en d&eacute;veloppant l'analogie du mariage en r&eacute;f&eacute;rence au Christ et &agrave; l'Eglise. C'est ainsi que nous lisons d'abord que le Christ, qui &quot;a aim&eacute; l'Eglise et qui s'est livr&eacute; pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>, a fait cela pour &quot;la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fb">Ep 5,26</a></i> Il s'agit ici incontestablement du sacrement de bapt&ecirc;me qui, par l'institution du Christ, se trouve conf&eacute;r&eacute; depuis l'origine &agrave; ceux qui se convertissent. Les paroles cit&eacute;es montrent avec beaucoup de relief de quelle mani&egrave;re le bapt&ecirc;me atteint sa signification essentielle et sa force sacramentelle &agrave; travers cet amour sponsal du R&eacute;dempteur par lequel se constitue surtout la sacramentalit&eacute; de l'Eglise elle-m&ecirc;me, qui est un grand sacrement. On peut peut-&ecirc;tre dire la m&ecirc;me chose de l'eucharistie &agrave; laquelle s'appliqueraient les paroles suivantes sur l'action de nourrir et de prendre soin du corps &quot;comme le fait le Christ avec l'Eglise puisque nous sommes les membres de son corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fe">Ep 5,29-30</a></i>. En effet, le Christ nourrit l'Eglise de son corps, pr&eacute;cis&eacute;ment dans l'eucharistie.</p> <p> 2. On voit cependant que, ni dans le premier ni dans le second cas, nous ne pouvons parler d'une sacramentalit&eacute; amplement d&eacute;velopp&eacute;e. On ne peut m&ecirc;me pas en parler quand il s'agit du sacrement de mariage comme un des sacrements de l'Eglise. En exprimant la relation sponsale du Christ avec l'Eglise, l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens permet de comprendre que, sur la base de cette relation, l'Eglise elle-m&ecirc;me est le grand sacrement, le nouveau signe de l'alliance et de la gr&acirc;ce qui tire ses racines des profondeurs du sacrement de la R&eacute;demption, de m&ecirc;me que des profondeurs du sacrement de la cr&eacute;ation est sorti le mariage, signe primordial de l'alliance et de la gr&acirc;ce. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens proclame que ce sacrement primordial se r&eacute;alise d'une mani&egrave;re nouvelle dans le sacrement du Christ et de l'Eglise. C'est m&ecirc;me pour cette raison que l'ap&ocirc;tre, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i>, s'adresse aux conjoints pour qu'ils soient &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i> et qu'ils mod&egrave;lent leur vie conjugale en la fondant sur le sacrement institu&eacute; &agrave; l'origine par le Cr&eacute;ateur: sacrement qui a trouv&eacute; sa grandeur et sa saintet&eacute; d&eacute;finitives dans l'alliance sponsale de gr&acirc;ce entre le Christ et l'Eglise.</p> <p> 3. Bien que l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens ne parle pas directement et imm&eacute;diatement du mariage comme d'un des sacrements de l'Eglise, la sacramentalit&eacute; du mariage s'y trouve cependant particuli&egrave;rement confirm&eacute;e et approfondie. Dans le grand sacrement du Christ et de l'Eglise, les conjoints chr&eacute;tiens sont appel&eacute;s &agrave; modeler leur vie et leur vocation sur le fondement sacramentel.</p> <p> 4. Apr&egrave;s l'analyse de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i>, adress&eacute; aux conjoints chr&eacute;tiens, o&ugrave; Paul annonce le grand myst&egrave;re (le grand sacrement) de l'amour sponsal du Christ et de l'Eglise, il importe de revenir &agrave; ces paroles significatives de l'Evangile que nous avons d&eacute;j&agrave; analys&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment, en y voyant les &eacute;nonc&eacute;s cl&eacute;s pour la th&eacute;ologie du corps. Le Christ prononce ces paroles, pour ainsi dire, &agrave; partir de la profondeur divine de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Toutes ces paroles ont une signification fondamentale pour l'&ecirc;tre humain en ce qu'il est pr&eacute;cis&eacute;ment corps, en ce qu'il est homme et femme. Elles ont une signification pour le mariage o&ugrave; l'homme et la femme s'unissent de mani&egrave;re que les deux deviennent &quot;une seule chair&quot;, selon l'expression de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> bien que, dans le m&ecirc;me temps, les paroles du Christ indiquent aussi la vocation &agrave; la continence &quot;&agrave; cause du Royaume des Cieux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i></p> <p>5. Dans chacune de ces voies, la R&eacute;demption du corps n'est pas seulement la grande attente de ceux qui poss&egrave;dent &quot;les pr&eacute;mices de l'Esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>, mais aussi une source permanente d'esp&eacute;rance que la cr&eacute;ation sera &quot;lib&eacute;r&eacute;e de la servitude de la corruption pour entrer dans la libert&eacute; de la gloire des fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hy">Rm 8,21</a></i>. Les paroles du Christ, prononc&eacute;es &agrave; partir de la profondeur divine du myst&egrave;re de la R&eacute;demption et de la R&eacute;demption du corps, portent en elle le levain de cette esp&eacute;rance: elles lui ouvrent une perspective aussi bien dans la dimension eschatologique que dans la dimension de la vie quotidienne. En effet, les paroles adress&eacute;es aux auditeurs imm&eacute;diats sont adress&eacute;es en m&ecirc;me temps &agrave; l'homme historique des diff&eacute;rents temps et des diff&eacute;rents lieux. Cet homme qui poss&egrave;de pr&eacute;cis&eacute;ment les pr&eacute;mices de l'Esprit &quot;g&eacute;mit en attendant la R&eacute;demption du corps&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. En lui se concentre aussi l'esp&eacute;rance cosmique de toute la cr&eacute;ation qui &quot;attend avec impatience la r&eacute;v&eacute;lation des fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19</a></i>.</p> <p> 6. Le Christ s'entretient avec les pharisiens qui lui demandent: &quot;Est-il permis &agrave; un homme de r&eacute;pudier sa femme pour n'importe quel motif?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3</a></i>. Ils l'interrogent pr&eacute;cis&eacute;ment de cette mani&egrave;re, parce que la loi attribu&eacute;e &agrave; Mo&iuml;se admettait ce que l'on appelle l' &quot;acte de r&eacute;pudiation&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ev4.htm#wu">Dt 24,1</a></i>. Voici la r&eacute;ponse du Christ: &quot;N'avez-vous pas lu que le Cr&eacute;ateur, d&egrave;s l'origine, les fit homme et femme et qu'il a dit: Ainsi l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair? Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien, ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le s&eacute;parer&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4-6</a></i>. Quant &agrave; la lettre de r&eacute;pudiation, le Christ r&eacute;pond ainsi: &quot;C'est &agrave; cause de votre caract&egrave;re intraitable que Mo&iuml;se vous a permis de r&eacute;pudier vos femmes; mais &agrave; l'origine, il n'en fut pas ainsi. Or, je vous le dis: quiconque r&eacute;pudie sa femme - je ne parle pas de la fornication - et en &eacute;pouse une autre, commet un adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8-9</a></i> &quot;Qui &eacute;pouse une femme r&eacute;pudi&eacute;e par son mari commet un adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p5">Mc 10,11</a></i>.</p> <p> 7. L'horizon de la R&eacute;demption du corps s'ouvre par ces paroles qui constituent la r&eacute;ponse &agrave; une question concr&egrave;te de caract&egrave;re juridique et moral. Il s'ouvre avant tout par le fait que le Christ se place sur le plan de ce sacrement primordial, dont ses interlocuteurs h&eacute;ritaient de mani&egrave;re singuli&egrave;re, puisqu'ils h&eacute;ritaient aussi du myst&egrave;re de la cr&eacute;ation, contenu dans les premiers chapitres du livre de la Gen&egrave;se.<br /> Ces paroles contiennent en m&ecirc;me temps une r&eacute;ponse universelle, adress&eacute;e &agrave; l'homme historique de tous les temps et de tous les lieux, puisqu'elles sont d&eacute;cisives pour le mariage et son indissolubilit&eacute;. Elles se r&eacute;f&egrave;rent en effet &agrave; ce qu'est l'&ecirc;tre humain, homme et femme, &agrave; ce qu'il est devenu de mani&egrave;re irr&eacute;versible par le fait qu'il a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; &agrave; l'image et &agrave; la ressemblance de Dieu: l'homme qui ne cesse d'&ecirc;tre tel, m&ecirc;me apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, bien que celui-ci l'ait priv&eacute; de l'innocence originelle et de la justice. Le Christ qui, dans sa r&eacute;ponse &agrave; la question des pharisiens, se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'origine, semble souligner particuli&egrave;rement de cette mani&egrave;re le fait qu'il parle de la profondeur du myst&egrave;re de la R&eacute;demption et de la R&eacute;demption du corps. La R&eacute;demption signifie en effet presque une nouvelle cr&eacute;ation, elle signifie l'assomption de tout ce qui est cr&eacute;&eacute; pour exprimer dans la cr&eacute;ation la pl&eacute;nitude de justice, d'&eacute;quit&eacute; et de saintet&eacute; choisie par Dieu, et pour exprimer cette pl&eacute;nitude surtout dans l'&ecirc;tre humain, cr&eacute;&eacute; comme homme et femme &agrave; l'image de Dieu.<br /> Dans l'optique des paroles du Christ adress&eacute;es aux pharisiens sur ce qu'&eacute;tait le mariage d&egrave;s l'origine, relisons aussi <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> comme t&eacute;moignage de la sacramentalit&eacute; du mariage, fond&eacute;e sur le grand myst&egrave;re du Christ et de l'Eglise.</p> <p>- 27&nbsp;octobre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:24:24 +0000 Incarnare 145 at http://www.theologieducorps.fr TDC 119 - Exprimer le mystérieux langage du corps dans la vérité qui lui est propre http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-119-exprimer-mysterieux-langage-du-corps-dans-la-verite-lui-est-propre <p>1.&nbsp;Quelle est l'essence de la doctrine de l'Eglise sur la transmission de la vie dans la communaut&eacute; conjugale, l'essence de la doctrine rappel&eacute;e par la Constitution pastorale du Concile Gaudium et Spes et par l'encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI<br /> Tout le probl&egrave;me est de garder un juste rapport entre ce qui est d&eacute;fini comme &quot;la ma&icirc;trise (...) sur les forces de la nature&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#be">HV 2</a></i> et la &quot;parfaite possession de soi-m&ecirc;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i> indispensable &agrave; la personne humaine. L'homme contemporain manifeste une tendance &agrave; transposer les m&eacute;thodes propres au premier domaine dans le second. &quot;L'homme a accompli d'&eacute;tonnants progr&egrave;s dans la ma&icirc;trise et l'organisation rationnelle des forces de la nature - lisons-nous dans cette encyclique - au point qu'il tend &agrave; &eacute;tendre cette ma&icirc;trise &agrave; son &ecirc;tre lui-m&ecirc;me pris dans son ensemble: au corps, &agrave; la vie psychique, &agrave; la vie sociale et jusqu'aux lois qui r&egrave;glent la transmission de la vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#be">HV 2</a></i>.<br /> Une telle extension des moyens &quot;de ma&icirc;trise... des forces de la nature&quot; est une menace pour la personne humaine pour laquelle la m&eacute;thode de la &quot;possession de soi-m&ecirc;me&quot; est et demeure sp&eacute;cifique. Cette possession de soi-m&ecirc;me, en effet, correspond &agrave; la constitution fondamentale de la personne: c'est pr&eacute;cis&eacute;ment une m&eacute;thode &quot;naturelle&quot;. Au contraire, la transposition des &quot;moyens artificiels&quot; viole la dimension constitutive de la personne, elle prive l'homme de la subjectivit&eacute; qui lui est propre et fait de lui un objet &agrave; manipuler.</p> <p>2. Le corps humain n'est pas seulement le champ de r&eacute;action de caract&egrave;re sexuel, mais il est en m&ecirc;me temps le moyen pour l'homme de s'exprimer totalement, d'exprimer sa personne &agrave; travers le langage du corps. Ce langage a une importante signification interpersonnelle, surtout lorsqu'il s'agit des rapports entre l'homme et la femme. De plus, nos analyses pr&eacute;c&eacute;dentes montrent qu'en ce cas le langage du corps doit exprimer, &agrave; un niveau donn&eacute;, la v&eacute;rit&eacute; du sacrement. Car lorsqu'il participe au plan d'amour &eacute;ternel (&quot;Sacramentum absconditum in Deo&quot;), ce langage du corps devient pour ainsi dire un &quot;proph&eacute;tisme du corps&quot;.<br /> On peut dire que l'encyclique Humanae Vitae va jusqu'aux cons&eacute;quences les plus extr&ecirc;mes, non seulement logiques et morales mais aussi pratiques et pastorales, de cette v&eacute;rit&eacute; sur le corps humain dans sa masculinit&eacute; et sa f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>3. L'unit&eacute; entre ces deux aspects du probl&egrave;me - la dimension sacramentelle (ou th&eacute;ologique) et la dimension personnaliste - correspond &agrave; la &quot;r&eacute;v&eacute;lation du corps&quot; dans son ensemble. De l&agrave; d&eacute;rive &eacute;galement le lien entre une vision strictement th&eacute;ologique et une vision &eacute;thique se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la &quot;loi naturelle&quot;.<br /> Car le sujet de la loi naturelle est l'homme, non seulement sous l'aspect &quot;naturel&quot; de son existence , mais aussi dans la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale de sa subjectivit&eacute; personnelle. Dans la R&eacute;v&eacute;lation, il s'y manifeste, comme homme et femme, dans sa pleine vocation temporelle et eschatologique. Il est appel&eacute; par Dieu &agrave; &ecirc;tre le t&eacute;moin et l'interpr&egrave;te de l'&eacute;ternel dessein de l'amour en devenant le ministre du sacrement qui &quot;d&egrave;s le commencement&quot; est r&eacute;alis&eacute; par le signe de &quot;l'union de la chair&quot;.</p> <p>4.&nbsp;En tant que ministres d'un sacrement qui se r&eacute;alise &agrave; travers le consentement mutuel et se perfectionne dans l'union conjugale, l'homme et la femme sont appel&eacute;s &agrave; exprimer ce myst&eacute;rieux langage de leur corps dans toute la v&eacute;rit&eacute; qui lui est propre. C'est &agrave; travers les gestes et les r&eacute;actions, &agrave; travers tout le dynamisme de la tension et de la jouissance qui se conditionnent r&eacute;ciproquement - et dont l'origine directe est le corps dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, le corps dans son action et dans son interaction -, c'est &agrave; travers tout cela que l'homme ,la personne, s'exprime.<br /> L'homme et la femme se livrent, &agrave; travers ce langage du corps, au dialogue qui selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24-25</a></i> - commen&ccedil;a au jour de la cr&eacute;ation. Et c'est justement au niveau de ce langage du corps - qui est quelque chose de plus que la seule r&eacute;action sexuelle et qui, en tant que langage authentique de la personne, est soumis aux exigences de la v&eacute;rit&eacute;, c'est-&agrave;-dire aux normes morales objectives - que l'homme et la femme s'expriment mutuellement eux-m&ecirc;mes de la fa&ccedil;on la plus totale et la plus profonde, dans la mesure o&ugrave; cette dimension somatique elle-m&ecirc;me de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; le leur permet. L'homme et la femme s'expriment eux-m&ecirc;mes &agrave; la mesure de la v&eacute;rit&eacute; de leur personne.</p> <p>5.&nbsp;L'homme est justement une personne parce qu'il est ma&icirc;tre de lui-m&ecirc;me et parce qu'il se domine lui-m&ecirc;me. Car c'est dans la mesure o&ugrave; il est ma&icirc;tre de lui-m&ecirc;me qu'il peut &quot;se donner&quot; &agrave; l'autre. Et c'est cette dimension - la dimension de la libert&eacute; du don - qui est essentielle et d&eacute;cisive dans ce langage du corps &agrave; travers lequel l'homme et la femme s'expriment mutuellement dans l'union conjugale. Etant donn&eacute; qu'il s'agit l&agrave; d'une communion entre des personnes, ce langage du corps doit &ecirc;tre jug&eacute; d'apr&egrave;s le crit&egrave;re de la v&eacute;rit&eacute;. C'est justement ce crit&egrave;re que rappelle l'encyclique Humanae Vitae, comme le confirment les passages cit&eacute;s plus haut.</p> <p>6. D&rsquo;apr&egrave;s le crit&egrave;re de cette v&eacute;rit&eacute; qui doit s&rsquo;exprimer dans ce langage du corps, l&rsquo;acte conjugal signifie non seulement l&rsquo;amour mais sa f&eacute;condit&eacute; potentielle ; il ne peut donc pas &ecirc;tre priv&eacute; de son sens pl&eacute;nier et juste par des interventions artificielles. Dans l'acte conjugal, il n'est pas licite de s&eacute;parer artificiellement les deux significations, l'union et la procr&eacute;ation, car l'une et l'autre rel&egrave;vent de la v&eacute;rit&eacute; intime de l'acte conjugal. Elles se r&eacute;alisent ensemble et, d'une certaine fa&ccedil;on, l'une par l'autre. C'est ce qu'enseigne l'encyclique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>. Par cons&eacute;quent, dans ces conditions, l'acte conjugal qui serait priv&eacute; de sa v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure parce que priv&eacute; artificiellement de sa capacit&eacute; de procr&eacute;ation cesserait aussi d'&ecirc;tre un acte d'amour.</p> <p>7.&nbsp;On peut dire que, dans le cas d'une s&eacute;paration artificielle de ces deux significations, il s'accomplit dans l'ace conjugal une v&eacute;ritable union corporelle, mais celle-ci ne correspond pas &agrave; la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure et &agrave; la dignit&eacute; de la communion personnelle: communio personarum. Une telle communion exige en effet que le langage du corps soit exprim&eacute; dans la r&eacute;ciprocit&eacute;, dans toute la v&eacute;rit&eacute; de ce qu'il signifie. Si cette v&eacute;rit&eacute; vient &agrave; manquer, on ne saurait parler ni de la v&eacute;rit&eacute; dans la ma&icirc;trise de soi, ni de v&eacute;rit&eacute; dans le don r&eacute;ciproque et dans l'accueil r&eacute;ciproque de soi de la part de la personne. Une telle violation dans l'ordre int&eacute;rieur de la communion conjugale, dont les racines plongent dans l'ordre de la personne elle-m&ecirc;me, constitue le mal essentiel de l'acte contraceptif.</p> <p>8. Cette interpr&eacute;tation de la doctrine morale qui est expos&eacute;e dans l'encyclique Humanae Vitae se situe sur le fond plus vaste de r&eacute;flexions concernant la th&eacute;ologie du corps. Les r&eacute;flexions sur le &quot;signe&quot; en relation avec le mariage vu comme sacrement, sont sp&eacute;cialement importantes pour cette interpr&eacute;tation. Et l'essence de la violation qui trouble l'ordre int&eacute;rieur de l'acte conjugal ne peut &ecirc;tre entendue convenablement au niveau th&eacute;ologique, si l'on ne r&eacute;fl&eacute;chit pas aussi sur le th&egrave;me de la &quot;concupiscence de la chair&quot;.</p> <p>-&nbsp;22&nbsp;ao&ucirc;t 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:54:52 +0000 Incarnare 164 at http://www.theologieducorps.fr TDC 101 - La sacramentalité du mariage à la lumière de l'Evangile http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-101-la-sacramentalite-du-mariage-la-lumiere-de-levangile <p> <a name="1"></a>1. Nous avons analys&eacute; l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et surtout <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, du point de vue de la nature sacramentelle du mariage. Maintenant nous examinerons encore ce m&ecirc;me texte selon l'optique de la parole de l'Evangile.<br /> Les paroles que le Christ adresse aux pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a></i> se r&eacute;f&egrave;rent au mariage en tant que sacrement, soit donc &agrave; la r&eacute;v&eacute;lation primordiale de la volont&eacute; et de l'action salvifiques de Dieu &agrave; l'origine, dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la cr&eacute;ation. En vertu de cette volont&eacute; et de cette action salvifiques de Dieu, l'homme et la femme s'unissant et devenant ainsi &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i> &eacute;taient en m&ecirc;me temps destin&eacute;s &agrave; &ecirc;tre unis &quot;dans la v&eacute;rit&eacute; et dans la charit&eacute;&quot; comme fils de Dieu <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>, fils adoptifs dans le Fils premier-n&eacute;, bien-aim&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute;. C'est &agrave; cette unit&eacute; et &agrave; cette communion de personnes, &agrave; la ressemblance de l'union des personnes divines <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>, que sont d&eacute;di&eacute;es les paroles du Christ qui se r&eacute;f&egrave;rent au mariage comme sacrement primordial et qui confirment en m&ecirc;me temps ce sacrement sur la base du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. En effet, l'originaire unit&eacute; dans le corps de l'homme et de la femme ne cesse de former l'histoire de l'homme sur la terre bien qu'elle ait perdu la limpidit&eacute; du sacrement, du signe du salut qu'elle poss&eacute;dait &agrave; l'origine.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Si, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zs">Mt 19</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pv">Mc 10</a></i>, le Christ confirme, en pr&eacute;sence de ses interlocuteurs, qu'&agrave; l'origine le Cr&eacute;ateur a institu&eacute; le mariage en tant que sacrement - et si en raison de ceci il exige son indissolubilit&eacute; - par cela m&ecirc;me il ouvre le mariage &agrave; l'action salvifique de Dieu, aux forces qui jaillissent de la R&eacute;demption du corps et qui aident &agrave; surmonter les cons&eacute;quences du p&eacute;ch&eacute; et &agrave; &eacute;difier l'unit&eacute; de l'homme et de la femme selon le dessein &eacute;ternel du Cr&eacute;ateur. L'action salvifique qui d&eacute;coule du myst&egrave;re de la R&eacute;demption endosse l'originaire action sanctifiante de Dieu dans le myst&egrave;re m&ecirc;me de la Cr&eacute;ation.</p> <p> <a name="3"></a> 3. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zu">Mt 19,3-9</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#pw">Mc 10,2-12</a></i> ont en m&ecirc;me temps un accent &eacute;thique tr&egrave;s expressif. Ces paroles confirment - sur la base du myst&egrave;re de la R&eacute;demption - le sacrement primordial et en m&ecirc;me temps &eacute;tablissent un &eacute;thos ad&eacute;quat que nous avons d&eacute;j&agrave; dans nos r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes appel&eacute; &eacute;thos de la R&eacute;demption. L'&eacute;thos &eacute;vang&eacute;lique et chr&eacute;tien est, dans son essence th&eacute;ologique, l'&eacute;thos de la R&eacute;demption. Certes, pour cet &eacute;thos, nous pouvons trouver une interpr&eacute;tation rationnelle, une interpr&eacute;tation philosophique de caract&egrave;re personnaliste: toutefois, dans son essence th&eacute;ologique, il est un &eacute;thos de la R&eacute;demption, et mieux: un &eacute;thos de la R&eacute;demption du corps. La R&eacute;demption devient en m&ecirc;me temps la base permettant de comprendre la dignit&eacute; particuli&egrave;re du corps humain, enracin&eacute;e dans la dignit&eacute; personnelle de l'homme et de la femme. La raison de cette dignit&eacute; se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la racine de l'indissolubilit&eacute; de l'alliance conjugale.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Le Christ se r&eacute;f&egrave;re au caract&egrave;re indissoluble du mariage en tant que sacrement primordial et, confirmant ce sacrement sur la base du myst&egrave;re de la R&eacute;demption, il en tire en m&ecirc;me temps des conclusions de nature &eacute;thique: &quot;Quiconque r&eacute;pudie sa femme et en &eacute;pouse une autre, commet un adult&egrave;re &agrave; l'&eacute;gard de la premi&egrave;re, et si une femme r&eacute;pudie son mari et en &eacute;pouse un autre, elle commet un adult&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p5">Mc 10,11</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z0">Mt 19,9</a></i> On peut affirmer que de cette mani&egrave;re la R&eacute;demption est donn&eacute;e &agrave; l'homme comme gr&acirc;ce de la Nouvelle Alliance avec Dieu dans le Christ - et qu'en m&ecirc;me temps elle lui est assign&eacute;e comme &eacute;thos: comme forme de la morale correspondant &agrave; l'action de Dieu dans le myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Si, comme sacrement, le mariage est un signe efficace de l'action salvifique de Dieu d&egrave;s l'origine, ce sacrement constitue en m&ecirc;me temps - &agrave; la lumi&egrave;re des paroles du Christ que nous m&eacute;ditons ici - une exhortation adress&eacute;e &agrave; l'&ecirc;tre humain, homme et femme, pour qu'ils participent consciencieusement &agrave; la R&eacute;demption du corps.</p> <p><a name="5"></a> 5. La dimension &eacute;thique de la R&eacute;demption du corps se dessine de mani&egrave;re particuli&egrave;rement nette quand nous m&eacute;ditons les paroles que le Christ pronon&ccedil;a dans le Sermon sur la Montagne au sujet du commandement: &quot;Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re&quot;: &quot;Vous avez appris qu'il a &eacute;t&eacute; dit &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;. Et bien, moi je vous dis: quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis, dans &quot;son coeur&quot;, l'adult&egrave;re avec elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Pr&eacute;c&eacute;demment nous avons largement comment&eacute; cet &eacute;nonc&eacute; lapidaire du Christ, dans la conviction qu'il a une signification fondamentale pour toute la th&eacute;ologie du corps, surtout dans la dimension de l'homme historique. Et, bien que ces paroles ne se r&eacute;f&egrave;rent pas directement et imm&eacute;diatement au mariage comme sacrement, il est cependant impossible de les s&eacute;parer de tout le substrat sacramentel dans lequel, en ce qui regarde le pacte conjugal, se trouve plac&eacute;e l'existence de l'&ecirc;tre humain comme homme et femme: soit dans le contexte originaire du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation soit &eacute;galement, par la suite, dans le contexte du myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Ce substrat sacramentel concerne toujours les personnes concr&egrave;tes, il p&eacute;n&egrave;tre en ce qu'est l'homme et la femme (ou plut&ocirc;t en qui est l'homme et la femme), dans leur originaire dignit&eacute; propre d'image et ressemblance de Dieu en raison de la cr&eacute;ation et, en m&ecirc;me temps, dans la dignit&eacute; m&ecirc;me h&eacute;rit&eacute;e malgr&eacute; le p&eacute;ch&eacute;, et de nouveau, sans cesse, assign&eacute;e comme t&acirc;che &agrave; l'homme moyennant la r&eacute;alit&eacute; de la R&eacute;demption.</p> <p> <a name="6"></a> 6. Dans son Sermon sur la Montagne, le Christ donne sa propre interpr&eacute;tation du commandement &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot; - interpr&eacute;tation qui constitue le nouvel &eacute;thos; par les m&ecirc;mes paroles lapidaires il assigne comme t&acirc;che &agrave; tout homme la dignit&eacute; de toute femme; et en m&ecirc;me temps (bien que cela ne r&eacute;sulte du texte qu'indirectement), il assigne &agrave; toute femme la dignit&eacute; de tout homme (*). Il assigne enfin &agrave; chacun - tant &agrave; l'homme qu'&agrave; la femme - sa propre dignit&eacute; - en un certain sens, le &quot;sacrum&quot; de la personne, et cela en consid&eacute;ration de sa f&eacute;minit&eacute; ou masculinit&eacute;, en consid&eacute;ration du &quot;corps&quot;. Il n'est pas difficile de relever que les paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans son Sermon sur la Montagne regardent l'&eacute;thos. En m&ecirc;me temps, il n'est pas difficile d'affirmer, apr&egrave;s une r&eacute;flexion approfondie, que ces paroles jaillissent du fond m&ecirc;me de la R&eacute;demption du corps. Bien qu'elles ne se r&eacute;f&egrave;rent pas directement au mariage comme sacrement, il est facile de constater que c'est par rapport au sacrement qu'elles acqui&egrave;rent leur propre et enti&egrave;re signification: soit au sacrement primordial qui est uni au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, soit &agrave; celui dans lequel l'homme historique, apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; et en raison de sa nature h&eacute;r&eacute;ditaire de p&eacute;cheur, doit retrouver la dignit&eacute; et la saintet&eacute; de l'union conjugale dans le corps, sur la base du myst&egrave;re de la R&eacute;demption.<br /> Note - (*) <i>Le texte de saint Marc qui parle de l'indissolubilit&eacute; du mariage affirme clairement que la femme, elle aussi, commet un adult&egrave;re quand elle r&eacute;pudie son mari et en &eacute;pouse un autre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p5">Mc 10,11</a></i></i></p> <p> <a name="7"></a> 7. Dans le Sermon sur la Montagne - et de m&ecirc;me dans l'entretien avec les pharisiens sur l'indissolubilit&eacute; du mariage - le Christ parle du fond de ce myst&egrave;re divin. Et en m&ecirc;me temps, il p&eacute;n&egrave;tre dans la profondeur m&ecirc;me du myst&egrave;re humain. C'est pourquoi il fait appel au coeur, &agrave; ce lieu intime o&ugrave; se combattent chez l'homme le bien et le mal, la concupiscence et la saintet&eacute;. Parlant de la concupiscence (du regard concupiscent: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Le Christ rend ses auditeurs conscients du fait que chacun porte en soi, avec le myst&egrave;re du p&eacute;ch&eacute;, la dimension int&eacute;rieure de l'homme de la concupiscence (qui est triple: convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>). C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; cet homme de la concupiscence qu'est donn&eacute; dans le mariage le sacrement de la R&eacute;demption en tant que gr&acirc;ce, et signe de l'alliance avec Dieu - et qu'il lui est assign&eacute; comme &eacute;thos. Et en m&ecirc;me temps, en rapport avec le mariage comme sacrement, il est assign&eacute; comme &eacute;thos &agrave; chaque &ecirc;tre humain, homme et femme: il est assign&eacute; &agrave; son coeur, &agrave; sa conscience, &agrave; ses regards et &agrave; son comportement. Le mariage, selon les paroles du Christ <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i>, est sacrement depuis l'origine m&ecirc;me; et en m&ecirc;me temps, sur la base de la nature historique coupable, il est un sacrement issu du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps.</p> <p>-&nbsp;24&nbsp;novembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:25:44 +0000 Incarnare 146 at http://www.theologieducorps.fr TDC 102 - Le mariage-sacrement s'accomplit en perspective de l'espérance eschatologique http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-102-mariage-sacrement-saccomplit-en-perspective-de-lesperance-eschatologique <p> <a name="1"></a>1. Nous avons fait l'analyse de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens et surtout <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i>, dans l'optique du caract&egrave;re sacramentel du mariage. Maintenant, nous allons chercher une nouvelle fois de consid&eacute;rer ce m&ecirc;me texte &agrave; la lumi&egrave;re des paroles de l'Evangile et des &eacute;p&icirc;tres de saint Paul aux Corinthiens et aux Romains.<br /> Comme sacrement n&eacute; du myst&egrave;re de la R&eacute;demption et, en un certain sens, n&eacute; &agrave; nouveau de l'amour nuptial du Christ et de l'Eglise, le mariage est une expression efficace de la puissance salvifique de Dieu qui r&eacute;alise son dessein &eacute;ternel, m&ecirc;me apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; et malgr&eacute; la triple concupiscence cach&eacute;e dans le coeur de chaque &ecirc;tre humain, homme et femme. Comme expression sacramentelle de cette puissance salvifique, le mariage est &eacute;galement une exhortation &agrave; dominer la concupiscence (comme en parle le Christ dans le Sermon sur la Montagne). Les fruits de cette domination sont l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage, et en outre le sens approfondi de la dignit&eacute; de la femme dans le coeur de l'homme (comme &eacute;galement de la dignit&eacute; de l'homme dans le coeur de la femme), soit dans la coexistence conjugale, soit dans tout autre cadre des relations mutuelles.</p> <p> <a name="2"></a> 2. La v&eacute;rit&eacute; selon laquelle le mariage, en tant que sacrement de la R&eacute;demption, est donn&eacute; &agrave; l'homme de la concupiscence, comme gr&acirc;ce et en m&ecirc;me temps comme &eacute;thos, a trouv&eacute; une expression particuli&egrave;re &eacute;galement dans l'enseignement de saint Paul, sp&eacute;cialement <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fk">1Co 7</a></i>. L'ap&ocirc;tre, confrontant le mariage avec la virginit&eacute; (c'est-&agrave;-dire avec la continence pour le Royaume des Cieux) et se d&eacute;clarant pour la sup&eacute;riorit&eacute; de la virginit&eacute;, constate &eacute;galement que &quot;chacun re&ccedil;oit de Dieu son don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-l&agrave;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>. Sur la base du myst&egrave;re de la R&eacute;demption, au mariage correspond donc un &quot;don&quot; particulier, c'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce. Dans le m&ecirc;me contexte, l'Ap&ocirc;tre, donnant des conseils &agrave; ses destinataires, recommande le mariage &quot;en raison du p&eacute;ril d'impudicit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fl">1Co 7,2</a></i> et, par la suite, il recommande aux &eacute;poux: &quot;Que le mari s'acquitte de son devoir envers sa femme et pareillement la femme envers son mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fm">1Co 7,3</a></i>. Et il poursuit: &quot;Mieux vaut se marier que de br&ucirc;ler&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fs">1Co 7,9</a></i>.</p> <p><a name="3"></a> 3. Ces &eacute;nonc&eacute;s pauliniens ont donn&eacute; naissance &agrave; l'opinion que le mariage constitue un sp&eacute;cifique remedium concupiscentiae. Toutefois, saint Paul qui enseigne explicitement, comme nous avons pu le constater, qu'au mariage correspond un don particulier et que, dans le myst&egrave;re de la R&eacute;demption, le mariage est donn&eacute; &agrave; l'homme et &agrave; la femme comme une gr&acirc;ce, exprime simplement dans ces paroles, &agrave; la fois suggestives et paradoxales, la pens&eacute;e que le mariage est assign&eacute; aux &eacute;poux comme &eacute;thos. Dans la phrase de saint Paul: &quot;Mieux vaut se marier que de br&ucirc;ler&quot;, le verbe br&ucirc;ler signifie le d&eacute;sordre des passions provenant de la concupiscence m&ecirc;me de la chair (dans l'Ancien Testament, le Siracide pr&eacute;sente la concupiscence de mani&egrave;re analogue - <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hby.htm#xy">Si 23,17</a></i> Le mariage, par contre, signifie l'ordre &eacute;thique, introduit consciemment dans ce cadre. On peut dire que le mariage est un lieu de rencontre de l'&eacute;ros et de l'&eacute;thos et de leur comp&eacute;n&eacute;tration r&eacute;ciproque dans le coeur de l'homme et de la femme, et de m&ecirc;me dans toutes leurs relations mutuelles.</p> <p><a name="4"></a> 4. Cette v&eacute;rit&eacute; - que le mariage en tant que sacrement issu du myst&egrave;re de la R&eacute;demption est donn&eacute; &agrave; l'homme historique &agrave; la fois comme gr&acirc;ce et comme &eacute;thos - d&eacute;termine en outre le caract&egrave;re du mariage, celui d'&ecirc;tre un des sacrements de l'Eglise. Comme sacrement de l'Eglise, le mariage est indissoluble par nature. Comme sacrement de l'Eglise, il est aussi parole de l'Esprit qui exhorte l'homme et la femme &agrave; modeler toute leur coexistence en tirant leur force du myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps. De cette mani&egrave;re, ils sont appel&eacute;s &agrave; la chastet&eacute; comme &eacute;tat de vie &quot;selon l'Esprit&quot; qui leur est propre <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hh">Rm 8,4-5</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#fc">Ga 5,25</a></i>. La R&eacute;demption du corps signifie, en ce cas, &eacute;galement cette esp&eacute;rance qui, dans la dimension du mariage, peut &ecirc;tre d&eacute;finie comme esp&eacute;rance du quotidien, esp&eacute;rance du temporel. C'est sur la base d'une telle esp&eacute;rance que vient &agrave; &ecirc;tre domin&eacute;e la concupiscence de la chair, comme source de la tendance &agrave; un assouvissement &eacute;go&iuml;ste, et que, dans l'alliance sacramentelle de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, la chair elle-m&ecirc;me devient le substrat sp&eacute;cifique d'une communion durable et indissoluble des personnes (communio personarum), d'une mani&egrave;re digne des personnes.</p> <p> <a name="5"></a> 5. Ceux qui, comme conjoints, s'unissent selon l'&eacute;ternel dessein divin de sorte qu'en un certain sens ils deviennent une seule chair, sont &eacute;galement appel&eacute;s &agrave; leur tour, en vertu du sacrement &agrave; une vie &quot;selon l'Esprit&quot; qui corresponde au don re&ccedil;u dans le sacrement. En vertu de ce don, ils sont capables, en vivant comme conjoints une vie selon l'Esprit, de red&eacute;couvrir le don particulier qui leur a &eacute;t&eacute; donn&eacute; en partage. Autant la concupiscence obscurcit l'horizon de la vision int&eacute;rieure, et d&eacute;pouille le coeur de la limpidit&eacute; des d&eacute;sirs et des aspirations, autant la vie selon l'Esprit (c'est-&agrave;-dire la gr&acirc;ce du mariage) permet &agrave; l'homme et &agrave; la femme de retrouver la vraie libert&eacute; du don, unie &agrave; la conscience du sens conjugal du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;.</p> <p> <a name="6"></a> 6. La vie selon l'Esprit s'exprime donc &eacute;galement dans l'union r&eacute;ciproque, par laquelle les &eacute;poux, devenant une seule chair, soumettent leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; &agrave; la b&eacute;n&eacute;diction de la procr&eacute;ation: &quot;Adam s'unit &agrave; Eve, sa femme qui con&ccedil;ut et enfanta ... et dit: &quot;J'ai acquis un homme gr&acirc;ce au Seigneur&quot; &quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#gd">Gn 4,1</a></i>. La vie selon l'Esprit s'exprime &eacute;galement ici dans la conscience du don de la dignit&eacute; des &eacute;poux eux-m&ecirc;mes en qualit&eacute; de parents; c'est-&agrave;- dire qu'elle s'exprime dans la profonde conscience de la saintet&eacute; de la vie (sacrum), &agrave; laquelle tous deux donnent l'origine en participant - comme fondateurs d'une famille - aux forces du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation. A la lumi&egrave;re de cette esp&eacute;rance qui est li&eacute;e au myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19-23</a></i> et de cette nouvelle vie humaine, l'homme nouveau con&ccedil;u et n&eacute; de l'union conjugale de son p&egrave;re et de sa m&egrave;re, s'ouvre aux &quot;pr&eacute;mices de l'Esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i> &quot; pour entrer dans la libert&eacute; des enfants de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hy">Rm 8,21</a></i>. Et si toute la cr&eacute;ation jusqu'&agrave; ce jour &quot;g&eacute;mit en travail d'enfantement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hz">Rm 8,22</a></i>, une esp&eacute;rance particuli&egrave;re accompagne la femme dans les douleurs de l'accouchement, c'est-&agrave;-dire l'esp&eacute;rance de la &quot;r&eacute;v&eacute;lation des fils de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hw">Rm 8,19</a></i>, esp&eacute;rance dont tout nouveau-n&eacute; porte en soi une &eacute;tincelle en venant au monde.</p> <p><a name="7"></a> 7. Cette esp&eacute;rance qui, p&eacute;n&eacute;trant toute la cr&eacute;ation, est dans le monde, n'est pas en m&ecirc;me temps du monde comme l'enseigne saint Paul. Plus encore: elle doit lutter dans le coeur humain avec ce qui est du monde, avec ce qui est dans le monde. Car tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse - &quot;vient non pas du P&egrave;re, mais du monde&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>. Le mariage, comme sacrement primordial, et en m&ecirc;me temps comme sacrement n&eacute; de l'amour nuptial du Christ et de l'Eglise dans le myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps, vient du P&egrave;re. Il n'est pas du monde, mais du P&egrave;re. Par cons&eacute;quent le mariage en tant que sacrement constitue &eacute;galement la base de l'esp&eacute;rance pour la personne, c'est-&agrave;-dire pour l'homme et pour la femme, pour les parents et pour les fils, pour les g&eacute;n&eacute;rations humaines. D'une part, en effet, &quot;le monde passe avec ses convoitises&quot; et, d'autre part &quot;celui qui fait la volont&eacute; de Dieu demeure &eacute;ternellement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#br">1Jn 2,17</a></i>. Au mariage en tant que sacrement est unie l'origine de l'homme dans le monde, et dans le mariage &eacute;galement est inscrit son avenir, non seulement dans sa dimension historique mais &eacute;galement dans sa dimension eschatologique.</p> <p> <a name="8"></a> 8. C'est &agrave; cela que se r&eacute;f&egrave;rent les paroles du Christ faisant appel &agrave; la r&eacute;surrection des corps - paroles rapport&eacute;es par les trois Synoptiques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a3w">Mt 22,23-32</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#s1">Mc 12,18-27</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-39</a></i> &quot;A la r&eacute;surrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel&quot;. C'est ce que dit Matthieu et, de mani&egrave;re semblable, Marc; et voici Luc: &quot;Les enfants de ce monde prennent femme ou mari; mais ceux qui auront &eacute;t&eacute; jug&eacute;s dignes d'avoir part &agrave; l'autre monde et &agrave; la r&eacute;surrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari; aussi bien ne peuvent-ils plus mourir car ils sont pareils aux anges, et ils sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcj">Lc 20,34-36</a></i>. Ces textes ont &eacute;t&eacute; soumis pr&eacute;c&eacute;demment &agrave; une analyse d&eacute;taill&eacute;e.</p> <p><a name="9"></a>9. Le Christ affirme que le mariage - sacrement de l'origine de l'homme dans le monde visible temporaire - n'appartient pas &agrave; la r&eacute;alit&eacute; eschatologique du monde futur. Toutefois, l'homme appel&eacute; &agrave; participer &agrave; cet avenir eschatologique gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;surrection du corps est le m&ecirc;me &ecirc;tre humain, homme et femme, dont l'origine dans le monde visible temporaire est li&eacute;e au mariage en tant que sacrement primordial du myst&egrave;re m&ecirc;me de la Cr&eacute;ation. Et mieux, tout homme, appel&eacute; &agrave; participer &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de la future r&eacute;surrection porte cette vocation dans le monde; le mariage en tant que sacrement sert immuablement pour que l'&ecirc;tre humain - homme et femme - fasse la volont&eacute; du P&egrave;re: &quot;Celui qui fait la volont&eacute; de Dieu demeure &eacute;ternellement&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#br">1Jn 2,17</a></i></p> <p><a name="10"></a>10. En ce sens le mariage contient &eacute;galement, en tant que sacrement, le germe de l'avenir eschatologique de l'homme, c'est-&agrave;-dire la perspective de la R&eacute;demption du corps dans la dimension de l'esp&eacute;rance eschatologique &agrave; laquelle correspondent les paroles du Christ concernant la r&eacute;surrection: &quot;A la r&eacute;surrection ... on ne prend ni femme ni mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a></i>; toutefois, m&ecirc;me ceux qui &quot;sont pareils aux anges et ... sont fils de Dieu, &eacute;tant fils de la r&eacute;surrection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bcl">Lc 20,36</a></i> doivent leur propre origine dans le monde visible temporaire au mariage et &agrave; la procr&eacute;ation de l'homme et de la femme. Comme sacrement de l'origine humaine, comme sacrement de la temporalit&eacute; de l'homme historique, le mariage accomplit un irrempla&ccedil;able service &agrave; l'&eacute;gard de son avenir extra-temporel, &agrave; l'&eacute;gard de la R&eacute;demption du corps dans la dimension de l'esp&eacute;rance eschatologique.</p> <p>- 1er d&eacute;cembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:28:45 +0000 Incarnare 147 at http://www.theologieducorps.fr TDC 103 - Par le sacrement de mariage l'homme et la femme participent à l'amour créateur http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-103-par-sacrement-de-mariage-lhomme-la-femme-participent-lamour-createur <p> 1. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens parle, comme nous l'avons vu, d'un grand myst&egrave;re uni au sacrement primordial gr&acirc;ce &agrave; la continuit&eacute; du plan salvifique de Dieu. Lui aussi, il se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'origine comme le Christ l'avait fait durant son entretien avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#n0">Mt 9,8</a></i>, citant les m&ecirc;mes paroles: C'est pourquoi l'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Ce grand myst&egrave;re est surtout le myst&egrave;re de l'union du Christ avec l'Eglise que l'ap&ocirc;tre pr&eacute;sente comme semblable &agrave; l'unit&eacute; des &eacute;poux: &quot;Je veux dire qu'il s'applique au Christ et &agrave; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i>. Nous nous trouvons dans le cadre de la grande analogie dans laquelle le mariage en tant que sacrement est d'une part, pr&eacute;suppos&eacute; et, d'autre part, red&eacute;couvert. Il est pr&eacute;suppos&eacute; comme sacrement de l'origine humaine, uni au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation. Et il est, en revanche, red&eacute;couvert comme fruit de l'amour nuptial du Christ et de l'Eglise, li&eacute; au myst&egrave;re de la R&eacute;demption.</p> <p>2. L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, s'adressant directement aux &eacute;poux, les exhorte &agrave; r&eacute;gler leurs rapports mutuels sur le mod&egrave;le de l'union nuptiale du Christ et l'Eglise. On peut dire que - pr&eacute;supposant le caract&egrave;re sacramentel du mariage dans sa signification primordiale - il leur ordonne d'apprendre &agrave; nouveau ce sacrement d'apr&egrave;s l'union nuptiale du Christ et de l'Eglise: &quot;Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aim&eacute; l'Eglise; il s'est livr&eacute; pour elle pour la sanctifier ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-26</a></i>. Cette invitation que l'Ap&ocirc;tre adresse aux &eacute;poux chr&eacute;tiens se justifie pleinement en ce sens que, gr&acirc;ce au mariage-sacrement, ils participent &agrave; l'amour salvifique du Christ qui s'exprime &eacute;galement par son amour nuptial pour l'Eglise. A la lumi&egrave;re de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens - pr&eacute;cis&eacute;ment gr&acirc;ce &agrave; la participation &agrave; cet amour salvifique du Christ - le mariage se trouve confirm&eacute; et en m&ecirc;me temps renouvel&eacute; comme sacrement de l'&quot;origine&quot; humaine, c'est-&agrave;-dire comme sacrement dans lequel l'homme et la femme, appel&eacute;s &agrave; devenir une seule chair, prennent part &agrave; l'amour cr&eacute;ateur de Dieu lui-m&ecirc;me. Et ils y prennent part soit du fait que, cr&eacute;&eacute;s &agrave; l'image de Dieu, ils ont &eacute;t&eacute; appel&eacute;s en vertu de cette ressemblance &agrave; une union particuli&egrave;re (communio personarum), soit parce que cette union m&ecirc;me a &eacute;t&eacute; d&egrave;s le d&eacute;but b&eacute;nie de la b&eacute;n&eacute;diction de la f&eacute;condit&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#eo">Gn 1,28</a></i>.</p> <p>3. Toute cette structure stable, originaire, du mariage comme sacrement du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation - selon le texte classique de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i> - se renouvelle dans le myst&egrave;re de la R&eacute;demption, lorsque ce myst&egrave;re devient l'image du don conjugal de l'Eglise par le Christ. Cette forme stable originaire du mariage se renouvelle quand les &eacute;poux le re&ccedil;oivent comme sacrement de l'Eglise, puisant dans la nouvelle profondeur de la gratification de l'homme par Dieu qui s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et ouverte avec le myst&egrave;re de la R&eacute;demption, quand &quot;le Christ a aim&eacute; l'Eglise et s'est donn&eacute; lui-m&ecirc;me pour elle, pour la sanctifier ...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25-26</a></i>. Et cette image originaire et stable du mariage comme sacrement se renouvelle quand - profond&eacute;ment conscients de l'authentique profondeur de la R&eacute;demption du corps - les &eacute;poux chr&eacute;tiens s'unissent &quot;dans la crainte du Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i></p> <p> 4. L'image paulinienne du mariage, inscrite dans le grand myst&egrave;re du Christ et de l'Eglise, rend la dimension r&eacute;demptrice de l'amour plus proche de la dimension nuptiale. En un certain sens, elle unit ces deux dimensions en une seule. Le Christ est devenu l'&eacute;poux de l'Eglise, il a &eacute;pous&eacute; l'Eglise, il en a fait son &eacute;pouse car &quot;il s'est livr&eacute; pour elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fa">Ep 5,25</a></i>. Par le mariage comme sacrement (comme un des sacrements de l'Eglise) ces deux dimensions de l'amour, la dimension nuptiale et la dimension r&eacute;demptrice, p&eacute;n&egrave;trent avec la gr&acirc;ce du sacrement dans la vie des &eacute;poux. La signification conjugale du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; qui s'est manifest&eacute;e dans le myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, avec comme fond l'innocence originaire de l'homme, est li&eacute;e, dans l'image de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens &agrave; la signification r&eacute;demptrice; de cette mani&egrave;re elle est confirm&eacute;e et, en un certain sens, nouvellement cr&eacute;&eacute;e.</p> <p>5. Cela est important pour ce qui regarde le mariage, la vocation chr&eacute;tienne des maris et des femmes. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i> s'adresse directement &agrave; eux et c'est surtout &agrave; eux qu'il parle. Toutefois, cette relation de la signification nuptiale du corps avec sa signification r&eacute;demptrice est &eacute;galement essentielle et vaut aussi pour l'herm&eacute;neutique de l'homme en g&eacute;n&eacute;ral: pour le probl&egrave;me fondamental de la compr&eacute;hension de cet homme et de l'auto-compr&eacute;hension de son &ecirc;tre dans le monde. Il est &eacute;vident que nous ne pouvons exclure de ce probl&egrave;me l'interrogation sur le sens d'&ecirc;tre corps, sur le sens d'&ecirc;tre, en tant que corps, homme et femme. Ces questions ont &eacute;t&eacute; pos&eacute;es pour la premi&egrave;re fois en rapport avec l'analyse de l'origine humaine, dans le contexte du livre de la Gen&egrave;se. C'est ce contexte lui-m&ecirc;me qui, en un certain sens, exigeait qu'elles soient pos&eacute;es. Le demande tout autant le texte classique de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens. Et si le grand myst&egrave;re de l'union du Christ avec l'Eglise nous oblige &agrave; rattacher la signification conjugale du corps &agrave; sa signification r&eacute;demptrice, les &eacute;poux trouvent dans cette mise en liaison, la r&eacute;ponse &agrave; l'interrogation sur le sens d'&ecirc;tre corps, et non seulement eux, bien que ce soit principalement &agrave; eux que s'adresse ce texte de l'&eacute;p&icirc;tre de l'Ap&ocirc;tre.</p> <p> 6. L'image paulinienne du grand myst&egrave;re du Christ et de l'Eglise parle aussi, indirectement, de la continence pour le Royaume des Cieux dans laquelle les deux dimensions de l'amour, la dimension conjugale et la dimension r&eacute;demptrice s'unissent r&eacute;ciproquement de mani&egrave;re diff&eacute;rente de l'amour nuptial et dans des proportions diverses. Cet amour nuptial avec lequel le Christ a aim&eacute; l'Eglise, son Epouse, et s'est livr&eacute; pour elle, n'est-il pas &eacute;galement la plus pleine incarnation de l'id&eacute;al de la continence pour le Royaume des Cieux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#z3">Mt 19,12</a></i>? Ne trouvent-ils pas leur soutien pr&eacute;cis&eacute;ment en cela tous ceux qui, hommes et femmes, choisissant le m&ecirc;me id&eacute;al, d&eacute;sirent lier la dimension nuptiale de l'amour &agrave; la dimension r&eacute;demptrice, suivant le mod&egrave;le m&ecirc;me de J&eacute;sus? Ils d&eacute;sirent confirmer par leur vie que la signification nuptiale du corps - de sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; - profond&eacute;ment imprim&eacute;e dans la structure essentielle de la personne humaine, a &eacute;t&eacute; ouverte de mani&egrave;re nouvelle, par le Christ et avec l'exemple de sa vie, &agrave; l'esp&eacute;rance li&eacute;e &agrave; la R&eacute;demption du corps. Ainsi donc, la gr&acirc;ce du myst&egrave;re de la R&eacute;demption fructifie &eacute;galement - et m&ecirc;me fructifie de mani&egrave;re toute particuli&egrave;re - avec la vocation &agrave; la continence pour le Royaume des Cieux.</p> <p>7. Le texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> n'en parle pas de mani&egrave;re explicite. Il est adress&eacute; aux &eacute;poux et construit suivant l'image du mariage qui, par analogie, explique l'union du Christ avec l'Eglise: union dans l'amour r&eacute;dempteur et tout ensemble nuptial. N'est-ce pas pr&eacute;cis&eacute;ment cet amour qui, en tant que vive et vivifiante expression du myst&egrave;re de la R&eacute;demption, va au-del&agrave; du cercle des destinataires de l'&eacute;p&icirc;tre circonscrits par l'analogie du mariage? N'embrasse- t-il pas tout homme et, en un certain sens toute la cr&eacute;ation, comme l'indique le texte paulinien sur la R&eacute;demption du corps dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>? En ce sens, le sacramentum magnum est directement un nouveau sacrement de l'homme dans le Christ et dans l'Eglise: sacrement de l'homme et du monde; de m&ecirc;me que la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain, homme et femme, &agrave; l'image de Dieu, fut l'originaire sacrement de l'homme et du monde. Dans ce nouveau sacrement de la R&eacute;demption, le mariage est organiquement inscrit, de m&ecirc;me qu'il a &eacute;t&eacute; inscrit dans l'originaire sacrement de la cr&eacute;ation.</p> <p> 8. L'&ecirc;tre humain, qui depuis l'origine est homme et femme, doit chercher le sens de son existence et le sens de son humanit&eacute; en allant jusqu'au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation &agrave; travers le myst&egrave;re de la R&eacute;demption. Ici se trouve &eacute;galement la r&eacute;ponse essentielle &agrave; l'interrogation sur la signification du corps humain, sur la signification de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine. L'union du Christ avec l'Eglise nous permet de comprendre de quelle mani&egrave;re la signification nuptiale du corps se compl&egrave;te avec sa signification r&eacute;demptrice, et cela dans les diverses voies de la vie et dans les diff&eacute;rentes situations: non seulement dans le mariage ou dans la continence (c'est-&agrave;-dire la virginit&eacute; ou le c&eacute;libat), mais aussi, par exemple, dans la souffrance humaine aux mille formes, et mieux encore: dans la naissance et la mort m&ecirc;mes de l'homme. A travers le grand myst&egrave;re dont parle l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, &agrave; travers la Nouvelle Alliance du Christ avec l'Eglise, le mariage est de nouveau inscrit dans ce sacrement de l'homme qui embrasse l'univers, dans le sacrement de l'homme et du monde qui, gr&acirc;ce aux forces de la R&eacute;demption du corps, se mod&egrave;le suivant l'amour nuptial du Christ et de l'Eglise jusqu'&agrave; la mesure de l'accomplissement d&eacute;finitif dans le Royaume du P&egrave;re.<br /> Comme sacrement, le mariage reste une partie vivante et vivifiante de ce processus salvifique.</p> <p>- 15&nbsp;d&eacute;cembre 1982</p> Mon, 07 Sep 2009 15:38:46 +0000 Incarnare 148 at http://www.theologieducorps.fr TDC 104 - Le sacrement de mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-104-sacrement-de-mariage <p>1. &quot;Moi..., je te prends, toi... pour mon &eacute;pouse; moi, je te prends, toi... pour mon &eacute;poux&quot; - ces paroles sont au centre de la liturgie du mariage en tant que sacrement de l'Eglise. Les fianc&eacute;s prononcent ces paroles dans le contexte de la formule du consentement: &quot;... je promets de t'&ecirc;tre toujours fid&egrave;le dans la joie et dans la douleur, dans la sant&eacute; et dans la maladie, de t'aimer et de t'honorer tous les jours de ma vie&quot;. Par ces paroles les fianc&eacute;s contractent le mariage et le re&ccedil;oivent en m&ecirc;me temps comme sacrement, tous deux &eacute;tant ministres de celui-ci. Tous deux, l'homme et la femme administrent le sacrement. Ils le font devant les t&eacute;moins. Le pr&ecirc;tre est un t&eacute;moin qualifi&eacute; qui, &agrave; la fois, b&eacute;nit le mariage et pr&eacute;side &agrave; toute la liturgie du sacrement. En outre, tous les participants &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie nuptiale sont en un certain sens des t&eacute;moins; quelques-uns d'entre eux (deux g&eacute;n&eacute;ralement) le sont officiellement, y &eacute;tant invit&eacute;s &agrave; dessein. Ils doivent t&eacute;moigner que le mariage est contract&eacute; devant Dieu et confirm&eacute; par l'Eglise. Dans l'ordre normal des choses, le mariage sacramentel est un acte public en vertu duquel deux personnes, un homme et une femme, deviennent, face &agrave; la soci&eacute;t&eacute; de l'Eglise, mari et femme, c'est-&agrave;-dire sujets actuels de la vocation et de la vie matrimoniales.</p> <p>2. En tant que sacrement le mariage est contract&eacute; moyennant la parole qui est un signe sacramentel en raison de son contenu: &quot;Je te prends pour mon &eacute;pouse - pour mon &eacute;poux - et promets de t'&ecirc;tre toujours fid&egrave;le, dans la joie et dans la douleur, dans la sant&eacute; et dans la maladie, et de t'aimer et t'honorer tous les jours de ma vie&quot;. Toutefois, cette parole sacramentelle n'est en soi que le signe de la r&eacute;alisation du mariage. Et la r&eacute;alisation du mariage se distingue de sa consommation au point que, en l'absence de cette consommation, le mariage n'est pas encore constitu&eacute; dans sa pleine r&eacute;alit&eacute;. La constatation qu'un mariage a &eacute;t&eacute; juridiquement contract&eacute; mais non consomm&eacute; (ratum - non consummatum) &eacute;quivaut &agrave; la constatation qu'il n'a pas &eacute;t&eacute; constitu&eacute; pleinement comme mariage. En effet, les paroles m&ecirc;mes: &quot;Je te prends pour mon &eacute;pouse - pour mon &eacute;poux&quot; se r&eacute;f&egrave;rent non seulement &agrave; une r&eacute;alit&eacute; d&eacute;termin&eacute;e, mais elles ne peuvent s'accomplir que dans l'acte conjugal. Cette r&eacute;alit&eacute; (l'acte conjugal) est, du reste, d&eacute;finie d&egrave;s l'origine par institution du Cr&eacute;ateur: &quot;L'homme abandonnera son p&egrave;re et sa m&egrave;re et s'unira &agrave; sa femme, et tous deux seront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.</p> <p>3. Et ainsi, des paroles par lesquelles l'homme et la femme expriment leur disponibilit&eacute; &agrave; devenir une seule chair, conform&eacute;ment &agrave; la v&eacute;rit&eacute; &eacute;ternelle &eacute;tablie dans le myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, de ces paroles, donc, nous passons &agrave; la r&eacute;alit&eacute; qui y correspond. L'un et l'autre &eacute;l&eacute;ment ont leur importance respectivement &agrave; la structure du signe sacramentel auquel il convient de consacrer la suite des pr&eacute;sentes consid&eacute;rations. Etant donn&eacute; que le sacrement est le signe par lequel s'exprime et en m&ecirc;me temps s'actualise la r&eacute;alit&eacute; salvifique de la gr&acirc;ce et de l'alliance, il importe de le consid&eacute;rer maintenant sous l'aspect du signe, alors que les pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions &eacute;taient d&eacute;di&eacute;es &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de la gr&acirc;ce et de l'alliance.<br /> En tant que sacrement de l'Eglise, le mariage se contracte gr&acirc;ce aux paroles de ses ministres, c'est-&agrave;-dire des nouveaux &eacute;poux. Paroles qui signifient et indiquent, dans l'ordre intentionnel, tout ce que les deux ont d&eacute;cid&eacute; d'&ecirc;tre dor&eacute;navant l'un pour l'autre. Les paroles des nouveaux &eacute;poux font partie de la structure int&eacute;grale du signe sacramentel, non seulement pour ce qu'elles signifient mais, en un certain sens, &eacute;galement avec ce qu'elles signifient et d&eacute;terminent. Le signe sacramentel se constitue dans l'ordre intentionnel quand il est constitu&eacute; simultan&eacute;ment dans l'ordre r&eacute;el.</p> <p>4. Par cons&eacute;quent, le signe du sacrement du mariage est constitu&eacute; par les paroles des nouveaux &eacute;poux du fait que c'est &agrave; elles que correspond la r&eacute;alit&eacute; qu'eux-m&ecirc;mes constituent. Tous deux, comme homme et femme, &eacute;tant ministres du sacrement au moment de contracter mariage, constituent en m&ecirc;me temps le plein et r&eacute;el signe visible du sacrement lui- m&ecirc;me. Les paroles qu'ils prononcent ne constitueraient pas en soi le signe sacramentel du mariage si n'y correspondaient la subjectivit&eacute; humaine du fianc&eacute; et de la fianc&eacute;e et en m&ecirc;me temps la conscience du corps li&eacute;e &agrave; la masculinit&eacute; et &agrave; la f&eacute;minit&eacute; de l'&eacute;poux et de l'&eacute;pouse. Ici il est n&eacute;cessaire de rappeler toute la s&eacute;rie d'analyses faites pr&eacute;c&eacute;demment &agrave; propos de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#dt">Gn 1-2</a></i>. La structure du signe sacramentel est en effet, dans son essence, rest&eacute;e la m&ecirc;me qu'&agrave; l'origine. En un certain sens, elle est d&eacute;termin&eacute;e par le langage du corps, du fait que l'homme et la femme qui doivent devenir par le mariage une seule chair, expriment dans ce signe le don r&eacute;ciproque de leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; comme fondement de l'union conjugale des personnes.</p> <p> 5. Le signe du sacrement du mariage est constitu&eacute; du fait que les paroles que prononcent les nouveaux &eacute;poux reprennent le m&ecirc;me langage du corps qu'&agrave; l'origine et, en tout cas, lui donnent une expression concr&egrave;te, impossible &agrave; r&eacute;p&eacute;ter. Ils lui donnent une expression intentionnelle sur le plan de l'intelligence et de la volont&eacute;, de la conscience et du coeur. Les paroles: &quot;Je te prends pour mon &eacute;pouse - pour mon &eacute;poux&quot; comportent en effet cet &eacute;ternel langage du corps chaque fois unique et impossible &agrave; r&eacute;p&eacute;ter, et en m&ecirc;me temps, elles l'ins&egrave;rent dans le contexte de la communion des personnes: &quot;Je promets de t'&ecirc;tre toujours fid&egrave;le, dans la joie et dans la douleur, dans la sant&eacute; et dans la maladie, et de t'aimer et t'honorer tous les jours de ma vie&quot;. De cette mani&egrave;re, le langage du corps &eacute;ternel et toujours nouveau est non seulement le substrat mais aussi en un certain sens, le contenu constitutif de la communion des personnes. Les personnes - homme et femme - deviennent en elles-m&ecirc;mes, don l'une pour l'autre. Elles deviennent ce don dans leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, en d&eacute;couvrant la signification nuptiale du corps et en la r&eacute;f&eacute;rant r&eacute;ciproquement &agrave; eux- m&ecirc;mes, de mani&egrave;re irr&eacute;versible:<br /> la dimension de la vie tout enti&egrave;re.</p> <p> 6. Ainsi, comme signe, le sacrement du mariage permet de comprendre les paroles des nouveaux &eacute;poux, paroles qui conf&egrave;rent un nouvel aspect &agrave; leur vie dans la dimension strictement personnelle (et inter-personnelle: communio personarum), bas&eacute;e sur le langage du corps. L'administration du sacrement consiste en ceci: avec les paroles appropri&eacute;es et dans la relecture de l'&eacute;ternel langage du corps, l'homme et la femme forment, au moment de contracter le mariage, un signe, un signe impossible &agrave; r&eacute;p&eacute;ter, qui a &eacute;galement un sens prospectif: &quot;Tous les jours de ma vie&quot;, c'est-&agrave;-dire jusqu'&agrave; la mort. Ceci est un signe visible et efficace de l'alliance avec Dieu dans le Christ, c'est-&agrave;-dire de la gr&acirc;ce qui, dans ce signe, doit leur &ecirc;tre donn&eacute;e en partage, comme &quot;don particulier&quot;, selon l'expression de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#fq">1Co 7,7</a></i>.</p> <p> 7. Si l'on formule la question en cat&eacute;gories socio- juridiques, on peut dire que les &eacute;poux contractent un pacte conjugal au contenu bien d&eacute;termin&eacute;. On peut dire en outre qu'&agrave; la suite de ce pacte ils sont devenus des &eacute;poux reconnus socialement et que de cette mani&egrave;re la famille se trouve &eacute;galement constitu&eacute;e en germe comme cellule sociale fondamentale. Cette mani&egrave;re de comprendre est &eacute;videmment en parfaite concordance avec la r&eacute;alit&eacute; humaine du mariage; de plus, elle est &eacute;galement fondamentale au sens religieux et au sens religieux-moral. Toutefois, au point de vue de la th&eacute;ologie du sacrement, la cl&eacute; d'intelligence du mariage ne cesse d'&ecirc;tre la r&eacute;alit&eacute; du signe par lequel le mariage se trouve constitu&eacute; sur la base de l'alliance de l'homme avec Dieu dans le Christ et dans l'Eglise, constitu&eacute; dans l'ordre surnaturel du lien sacr&eacute; exigeant la gr&acirc;ce. Dans cet ordre, le mariage est un signe visible et efficace. N&eacute; du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation, il tire sa nouvelle origine du myst&egrave;re de la R&eacute;demption, servant &agrave; l'union &quot;des fils de Dieu dans la v&eacute;rit&eacute; et dans l'amour&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5c.htm#gz">GS 24</a></i>. La liturgie du sacrement du mariage donne une forme &agrave; ce signe: directement, durant le rite sacramentel, en se basant sur l'ensemble de ses &eacute;loquentes expressions; indirectement dans l'espace de toute la vie. En tant qu'&eacute;poux, l'homme et la femme portent ce signe dans toute leur vie, et ils restent ce signe jusqu'&agrave; la mort.</p> <p>- 5&nbsp;janvier 1983</p> <p>&nbsp;</p> Mon, 07 Sep 2009 15:40:20 +0000 Incarnare 149 at http://www.theologieducorps.fr TDC 105 - L'alliance est basée sur le lien conjugal http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-105-lalliance-est-basee-sur-lien-conjugal <p>1. Nous allons analyser maintenant le caract&egrave;re sacramentel du mariage sous l'aspect du signe.<br /> Quand nous affirmons que, dans la structure du mariage en tant que signe sacramentel, entre essentiellement aussi le langage du corps, nous nous r&eacute;f&eacute;rons &agrave; la longue tradition biblique. Celle-ci a son origine dans le livre de la Gen&egrave;se (surtout <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>) et trouve son couronnement d&eacute;finitif dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-33</a></i>. Les proph&egrave;tes de l'Ancien Testament ont eu un r&ocirc;le essentiel dans la formation de cette tradition. En analysant les textes d'Os&eacute;e, d'Ez&eacute;chiel, du Deut&eacute;ro-Isa&iuml;e et d'autres proph&egrave;tes, nous nous sommes trouv&eacute;s sur la voie de cette grande analogie dont l'ultime expression est la proclamation de la Nouvelle Alliance sous forme d'union nuptiale du Christ et de l'Eglise (cf. ibid.). En se basant sur cette longue tradition, il est possible de parler d'un proph&eacute;tisme sp&eacute;cifique du corps, tant parce que cette analogie se rencontre surtout chez les proph&egrave;tes, qu'en raison de son contenu m&ecirc;me. Ici, le proph&eacute;tisme du corps signifie pr&eacute;cis&eacute;ment le langage du corps.</p> <p> 2. L'analogie semble avoir deux niveaux. Au premier niveau, fondamental, les proph&egrave;tes consid&egrave;rent la comparaison de l'Alliance &eacute;tablie entre Dieu et Isra&euml;l comme un mariage (ce qui nous permettra encore de comprendre le mariage lui- m&ecirc;me comme une alliance entre mari et femme (*). Dans ce cas, l'Alliance d&eacute;coule de l'initiative de Dieu, Seigneur d'Isra&euml;l. Le fait que, comme Cr&eacute;ateur et Seigneur, il fait alliance d'abord avec Abraham, puis avec Mo&iuml;se, atteste d&eacute;j&agrave; une &eacute;lection particuli&egrave;re. Voil&agrave; pourquoi, supposant d'avance tout le contenu juridico-moral de l'Alliance, les proph&egrave;tes vont plus &agrave; fond et en r&eacute;v&egrave;lent une dimension incomparablement plus profonde que celle du seul pacte. En choisissant Isra&euml;l, Dieu s'est uni &agrave; son peuple par l'amour et la gr&acirc;ce. Il s'est li&eacute; par un lien particulier, profond&eacute;ment personnel, et c'est pour cette raison qu'Isra&euml;l, bien qu'&eacute;tant un peuple, est pr&eacute;sent&eacute; dans cette vision proph&eacute;tique de l'Alliance, comme &eacute;pouse et, donc, en un certain sens comme personne: &quot;... Celui qui t'a fait est ton &eacute;poux / son nom est Seigneur des arm&eacute;es / et celui qui te rach&egrave;te, c'est le Saint d'Isra&euml;l / qui s'appelle le Dieu de toute la terre. / ... / Parole de Dieu ... / Mais ma bienveillance ne s'&eacute;cartera pas de toi / et mon alliance de paix ne vacillera pas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/ftp.htm#bgt">Is 54,5-10</a></i>.<br /> Note (*) - <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gsf.htm#dd">Pr 2,17</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gd5.htm#bg">Ml 2,14</a></i>.</p> <p>3. Jahv&eacute; est le Seigneur d'Isra&euml;l, mais il devient &eacute;galement son Epoux. Les livres de l'Ancien Testament attestent la totale originalit&eacute; de la souverainet&eacute; de Jahv&eacute; sur son peuple. Aux autres aspects de la souverainet&eacute; de Jahv&eacute;, Seigneur de l'Alliance et P&egrave;re d'Isra&euml;l, vient s'en ajouter un nouveau, r&eacute;v&eacute;l&eacute; par les proph&egrave;tes: la merveilleuse dimension de cette souverainet&eacute; qu'est la dimension nuptiale. De cette mani&egrave;re l'absolu de l'amour est r&eacute;v&eacute;l&eacute;. Par rapport &agrave; cet absolu, la rupture de l'Alliance signifie non seulement la violation du pacte en liaison avec l'autorit&eacute; du L&eacute;gislateur supr&ecirc;me, mais aussi l'infid&eacute;lit&eacute; et la trahison: c'est un coup qui transperce directement son coeur de P&egrave;re, d'Epoux et de Seigneur.</p> <p>4. Si dans l'analogie dont usent les proph&egrave;tes on peut parler de niveaux, celui-l&agrave; est, en un certain sens, le premier et fondamental niveau. Etant donn&eacute; que l'Alliance de Jahv&eacute; avec Isra&euml;l a un caract&egrave;re de lien conjugal, &agrave; la ressemblance du pacte conjugal, ce premier niveau de l'analogie r&eacute;v&egrave;le le second qui est pr&eacute;cis&eacute;ment le langage du corps. Ici, nous pensons en premier lieu au langage au sens objectif; les proph&egrave;tes qui comparent l'Alliance au mariage, se reportent &agrave; ce sacrement primordial dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>, dans lequel l'homme et la femme deviennent, en vertu d'un libre choix, &quot;une seule chair&quot;. Toutefois la mani&egrave;re de s'exprimer des proph&egrave;tes se caract&eacute;rise par le fait que, supposant le langage du corps au sens objectif, ils passent en m&ecirc;me temps &agrave; son sens subjectif, c'est-&agrave;-dire qu'en un certain sens ils permettent au corps lui-m&ecirc;me de parler. Dans les textes proph&eacute;tiques de l'Alliance, sur la base de l'analogie avec l'union conjugale des &eacute;poux, c'est le corps lui-m&ecirc;me qui parle; il parle avec sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;; il parle avec le myst&eacute;rieux langage du don personnel; il parle enfin - et ceci advient le plus souvent - soit avec le langage de la fid&eacute;lit&eacute;, c'est-&agrave;-dire de l'amour, soit avec celui de l'infid&eacute;lit&eacute; conjugale, c'est-&agrave;-dire de l'adult&egrave;re.</p> <p> 5. On sait que ce sont les divers p&eacute;ch&eacute;s du peuple &eacute;lu - et surtout les fr&eacute;quentes infid&eacute;lit&eacute;s dans le culte du seul et unique Dieu, c'est-&agrave;-dire les diff&eacute;rentes formes d'idol&acirc;trie - qui ont offert aux proph&egrave;tes l'occasion des &eacute;nonc&eacute;s pr&eacute;cit&eacute;s. Proph&egrave;te de l'&quot;adult&egrave;re&quot; d'Isra&euml;l, l'est sp&eacute;cialement devenu Os&eacute;e non seulement parce qu'il le stigmatise en paroles, mais aussi, en un certain sens, par des gestes ayant une signification symbolique: &quot;Va, prends pour toi une femme de prostitution et des enfants de prostitution, car vraiment le pays se prostitue en se d&eacute;tournant du Seigneur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gmm.htm#b0">Os 1,2</a></i>. Os&eacute;e met en relief toute la splendeur de l'Alliance - de ce mariage dans lequel Jahv&eacute; se r&eacute;v&egrave;le &eacute;poux - conjoint sensible, affectueux, dispos&eacute; &agrave; pardonner et en m&ecirc;me temps exigeant et s&eacute;v&egrave;re. L'adult&egrave;re et la prostitution d'Isra&euml;l constituent une &eacute;vidente contradiction avec le lien conjugal sur lequel se base l'Alliance comme, de mani&egrave;re analogue, le mariage de l'homme avec la femme.</p> <p> 6. De la m&ecirc;me mani&egrave;re, Ez&eacute;chiel stigmatise l'idol&acirc;trie, faisant appel au symbole de l'adult&egrave;re de J&eacute;rusalem <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1n.htm#gs">Ez 6</a></i> et, dans un autre passage, il parle de J&eacute;rusalem et de Samarie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1p.htm#uo">Ez 23</a></i>: &quot;Je passai pr&egrave;s de toi et je vis que ton &acirc;ge &eacute;tait celui des amours; ... je te pr&ecirc;tai serment, je fis alliance avec toi, oracle du Seigneur, et tu fus &agrave; moi&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#na">Ez 16,8</a></i> &quot;Mais tu t'es fi&eacute;e &agrave; ta beaut&eacute; et, forte de ta renomm&eacute;e, tu t'es prostitu&eacute;e et tu as prodigu&eacute; tes faveurs &agrave; tout passant&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e1o.htm#nh">Ez 16,15</a></i>.</p> <p>7. Dans les textes proph&eacute;tiques, le corps humain parle un langage dont il n'est pas lui-m&ecirc;me l'auteur. Son auteur est l'&ecirc;tre humain en tant qu'homme ou femme, en tant qu'&eacute;poux ou &eacute;pouse - l'&ecirc;tre humain avec son &eacute;ternelle vocation &agrave; la communion des personnes. Toutefois, en un certain sens, l'homme n'est pas capable d'exprimer sans le corps ce langage singulier de son existence personnelle et de sa vocation. D&eacute;j&agrave; &agrave; l'origine, il a &eacute;t&eacute; constitu&eacute; de mani&egrave;re que les plus profondes paroles de l'esprit: paroles d'amour, de donation, de fid&eacute;lit&eacute; - exigent un langage du corps appropri&eacute;. Sans celui-ci, elles ne sauraient &ecirc;tre pleinement exprim&eacute;es. Par l'Evangile, nous savons que cela se r&eacute;f&egrave;re tant au mariage qu'&agrave; la continence pour le Royaume des Cieux.</p> <p> 8. Comme porte-parole inspir&eacute;s de l'Alliance de Jahv&eacute; avec Isra&euml;l, les proph&egrave;tes cherchent pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; exprimer par ce langage du corps exprime soit la profondeur nuptiale de cette Alliance, soit tout ce qui la contredit. Ils louent la fid&eacute;lit&eacute;, et stigmatisent au contraire l'infid&eacute;lit&eacute; comme adult&egrave;re - ils parlent donc selon des cat&eacute;gories &eacute;thiques, opposant l'un &agrave; l'autre le bien et le mal moral. L'opposition du bien et du mal est essentiel pour l'&eacute;thos. Les textes proph&eacute;tiques ont dans ce domaine une signification essentielle, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; relev&eacute; dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes r&eacute;flexions. Il semble toutefois, selon les proph&egrave;tes, que le langage du corps n'est pas uniquement un langage de l'&eacute;thos, un &eacute;loge de la fid&eacute;lit&eacute; et de la puret&eacute;, ainsi qu'une condamnation de l'adult&egrave;re et de la prostitution. En effet, pour tout langage en tant qu'expression de la connaissance, les cat&eacute;gories de la v&eacute;rit&eacute; et de la non-v&eacute;rit&eacute; (c'est-&agrave;-dire du faux) sont essentielles. Dans les textes des proph&egrave;tes qui voient une analogie entre l'Alliance de Jahv&eacute; avec Isra&euml;l et le mariage, le corps dit la v&eacute;rit&eacute; par la fid&eacute;lit&eacute; et l'amour conjugal; et il dit le mensonge et commet une fausset&eacute; quand il se laisse aller &agrave; l'adult&egrave;re.</p> <p>9. Il ne s'agit pas ici de remplacer les diff&eacute;renciations &eacute;thiques par les diff&eacute;renciations logiques. Si les textes proph&eacute;tiques indiquent la fid&eacute;lit&eacute; conjugale et la chastet&eacute; comme v&eacute;rit&eacute;, et au contraire l'adult&egrave;re, ou la prostitution comme non-v&eacute;rit&eacute;, comme fausset&eacute;, du langage du corps, ceci advient parce que dans le premier cas, le sujet (= Isra&euml;l comme &eacute;pouse) concorde avec la signification conjugale qui correspond au corps humain (en vertu de sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;) dans la structure int&eacute;grale de la personne; dans le second cas, au contraire, ce m&ecirc;me sujet est en contradiction et entre en opposition avec cette signification.<br /> Nous pouvons donc dire que pour le mariage comme sacrement, l'essentiel est le langage du corps, relu dans sa v&eacute;rit&eacute;. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment gr&acirc;ce &agrave; celui-l&agrave; que se constitue en effet le signe sacramentel.</p> <p>- 12&nbsp;janvier 1983</p> Mon, 07 Sep 2009 15:42:04 +0000 Incarnare 150 at http://www.theologieducorps.fr TDC 106 - En se donnant le sacrement de mariage les époux posent un acte de portée prophétique http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-106-en-se-donnant-sacrement-de-mariage-epoux-posent-acte-de-portee-prophetique <p> 1. Les textes des proph&egrave;tes ont une grande importance pour comprendre le mariage comme alliance de personnes (&agrave; l'image de l'Alliance de Jahv&eacute; avec Isra&euml;l) et, en particulier, pour comprendre l'alliance sacramentelle de l'homme et de la femme &agrave; la dimension du signe. Le langage du corps entre - comme on l'a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment - dans la structure int&eacute;grale du signe sacramentel dont l'&ecirc;tre humain, homme et femme, est le sujet principal. Ce signe est constitu&eacute; par les paroles du consentement conjugal, parce qu'y est exprim&eacute;e la signification nuptiale du corps dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;. Ce sont surtout les paroles: &quot;Moi ... je te prends, toi ... pour mon &eacute;poux ... pour mon &eacute;pouse&quot; qui expriment cette signification. De plus, ces paroles confirment la &quot;v&eacute;rit&eacute;&quot; essentielle du langage du corps et excluent &eacute;galement (au moins de mani&egrave;re indirecte, implicite), l'essentielle &quot;non-v&eacute;rit&eacute;&quot;, la fausset&eacute; du langage du corps. Le corps, en effet, dit la v&eacute;rit&eacute; &agrave; travers l'amour conjugal, la fid&eacute;lit&eacute; et l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugales, de m&ecirc;me qu'il exprime la non-v&eacute;rit&eacute;, c'est-&agrave;-dire la fausset&eacute;, &agrave; travers tout ce qui est n&eacute;gation de l'amour conjugal, de la fid&eacute;lit&eacute; et de l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugales. On peut donc dire qu'au moment de prof&eacute;rer les paroles du consentement conjugal les nouveaux &eacute;poux se placent sur la ligne du &quot;proph&eacute;tisme du corps&quot; lui-m&ecirc;me, dont les anciens proph&egrave;tes furent les porte- parole. Le langage du corps exprim&eacute; de vive voix comme sacrement de l'Eglise par les ministres du mariage institue le m&ecirc;me signe visible de l'alliance et de la gr&acirc;ce qui - remontant par son origine au myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation - se nourrit constamment de la force de la R&eacute;demption du corps que le Christ offre &agrave; l'Eglise.</p> <p> 2. Selon les textes des proph&egrave;tes, le corps humain parle un langage dont il n'est pas l'auteur. Son auteur est l'&ecirc;tre humain qui, comme homme et femme, comme &eacute;poux et &eacute;pouse, m&eacute;dite correctement la signification de ce langage. Il m&eacute;dite donc cette signification du corps comme int&eacute;gralement inscrite dans la structure de la masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; du sujet personnel. Une m&eacute;ditation correcte dans la v&eacute;rit&eacute; est condition indispensable pour proclamer cette v&eacute;rit&eacute;, c'est-&agrave;- dire pour instituer le signe visible du mariage comme sacrement. Les &eacute;poux proclament pr&eacute;cis&eacute;ment ce langage du corps, m&eacute;dit&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute;, comme contenu et principe de leur vie nouvelle dans le Christ et dans l'Eglise. Sur la base du proph&eacute;tisme du corps, les ministres du sacrement du mariage accomplissent un acte de caract&egrave;re proph&eacute;tique. Ils confirment de cette mani&egrave;re leur participation &agrave; la mission proph&eacute;tique que le Christ a confi&eacute;e &agrave; l'Eglise. Le proph&egrave;te est quelqu'un qui exprime avec des mots humains la v&eacute;rit&eacute; qui provient de Dieu, qui prof&egrave;re cette v&eacute;rit&eacute; &agrave; la place de Dieu, en son nom et, en un certain sens, sous son autorit&eacute;.</p> <p> 3. Tout ceci se r&eacute;f&egrave;re aux nouveaux &eacute;poux qui, comme ministres du sacrement du mariage, instituent, gr&acirc;ce aux paroles du consentement conjugal, le signe visible, proclamant le langage du corps, m&eacute;dit&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute;, comme contenu et principe de leur nouvelle vie dans le Christ et dans l'Eglise. Cette proclamation proph&eacute;tique a un caract&egrave;re complexe. Le consentement conjugal est &agrave; la fois annonce et cause du fait que d&eacute;sormais ils seront, eux deux, mari et femme devant l'Eglise et la soci&eacute;t&eacute;. (Nous comprenons cette annonce comme indication au sens ordinaire du terme.) Le consentement conjugal a toutefois le caract&egrave;re d'une profession r&eacute;ciproque des nouveaux &eacute;poux, faite devant Dieu. Il suffit de se pencher attentivement sur le texte pour &ecirc;tre convaincus que cette proclamation proph&eacute;tique du langage du corps, examin&eacute;e dans la v&eacute;rit&eacute;, est imm&eacute;diatement et directement adress&eacute;e par le moi au toi; par l'homme &agrave; la femme, et par la femme &agrave; l'homme. Ont pr&eacute;cis&eacute;ment la place centrale dans le consentement conjugal les paroles qui indiquent le sujet personnel, les pronoms personnels moi et toi. Le langage du corps, m&eacute;dit&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute; de sa signification conjugale, constitue l'union-communion des personnes moyennant les paroles des nouveaux &eacute;poux. Si le consentement conjugal a un caract&egrave;re proph&eacute;tique, s'il est la proclamation de la v&eacute;rit&eacute; provenant de Dieu, et en un certain sens l'&eacute;nonc&eacute; de cette v&eacute;rit&eacute; au nom de Dieu, cela se r&eacute;alise surtout selon la dimension de la communion interpersonnelle et seulement de mani&egrave;re indirecte devant les autres et pour les autres.</p> <p>4. Sur le fond des paroles que prononcent les ministres du sacrement du mariage, il y a l'&eacute;ternel langage du corps auquel Dieu a donn&eacute; origine en cr&eacute;ant l'&ecirc;tre humain homme et femme: langage qui a &eacute;t&eacute; renouvel&eacute; par le Christ. Cet &eacute;ternel langage du corps contient toute la richesse et la profondeur du myst&egrave;re: d'abord de la Cr&eacute;ation, puis de la R&eacute;demption. Les &eacute;poux, actualisant le signe visible du sacrement par les paroles de leur consentement conjugal, y expriment le langage du corps, avec toute la profondeur du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption (la liturgie du sacrement du mariage en offre un riche exemple). R&eacute;examinant de cette mani&egrave;re le langage du corps, non seulement les &eacute;poux enferment dans les paroles du consentement conjugal la pl&eacute;nitude subjective de la promesse, indispensable pour r&eacute;aliser le propre signe de ce sacrement, mais, en un certain sens, ils remontent &eacute;galement aux sources m&ecirc;mes o&ugrave; le signe puise chaque fois son &eacute;loquence proph&eacute;tique et sa force sacramentelle. Il n'est pas permis d'oublier qu'avant de franchir les l&egrave;vres des &eacute;poux, ministres du sacrement en tant que sacrement de l'Eglise, le langage du corps a &eacute;t&eacute; articul&eacute; par la parole du Dieu vivant: il a commenc&eacute; dans le livre de la Gen&egrave;se pour rejoindre, &agrave; travers les proph&egrave;tes de l'Ancienne Alliance, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens.</p> <p>5. Nous utilisons ici &agrave; maintes reprises l'expression langage du corps, nous reportant aux textes proph&eacute;tiques. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, le corps humain parle, dans ces textes, un langage dont il n'est pas l'auteur au sens propre du terme. L'auteur en est l'&ecirc;tre humain - homme et femme - qui analyse le vrai sens de ce langage, ramenant au jour la signification conjugale du corps comme inscrite dans la structure m&ecirc;me de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; du sujet personnel. Cette analyse &quot;dans la v&eacute;rit&eacute;&quot; du langage du corps conf&egrave;re d&eacute;j&agrave; d'elle-m&ecirc;me un caract&egrave;re proph&eacute;tique aux paroles du consentement conjugal par lesquelles l'homme et la femme actualisent le signe visible du mariage en tant que sacrement de l'Eglise. Ces paroles contiennent toutefois quelque chose de plus qu'une simple relecture dans la v&eacute;rit&eacute; de ce langage qu'expriment la masculinit&eacute; et la f&eacute;minit&eacute; des nouveaux &eacute;poux dans leurs relations mutuelles: &quot;Je te prends pour mon &eacute;pouse - pour mon &eacute;poux&quot;. Les paroles du consentement conjugal contiennent l'intention, la d&eacute;cision, le choix. Les deux &eacute;poux d&eacute;cident d'agir conform&eacute;ment au langage du corps, relu dans la v&eacute;rit&eacute;. Si l'&ecirc;tre humain, homme et femme, est l'auteur de ce langage, il l'est surtout en ce sens qu'il veut conf&eacute;rer - et conf&egrave;re effectivement - &agrave; son comportement et &agrave; ses actions, la signification conforme au langage de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; dans leur relation conjugale r&eacute;ciproque.</p> <p>6. Dans ce cadre, l'homme est l'artisan des actions qui ont d'elles-m&ecirc;mes des significations d&eacute;finitives. Il est donc artisan des actions et en m&ecirc;me temps auteur de leur signification. La somme de ces significations constitue en un certain sens l'ensemble du langage du corps par lequel les &eacute;poux d&eacute;cident de parler entre eux comme ministres du sacrement du mariage. Le signe qu'ils actualisent par les paroles du consentement conjugal n'est pas simplement un signe imm&eacute;diat et passager, mais un signe prospectif qui produit un effet durable, c'est-&agrave;-dire le lien conjugal, unique et indissoluble (&quot;tous les jours de ma vie&quot;, c'est-&agrave;- dire jusqu'&agrave; la mort). C'est dans cette perspective qu'ils doivent combler ce signe du multiple contenu, offert par la communion conjugale et familiale des personnes, et aussi du contenu qui, produit par le langage du corps, est continuellement relu dans la v&eacute;rit&eacute;. De cette mani&egrave;re, la vertu essentielle du signe restera li&eacute;e organiquement &agrave; l'&eacute;thos de la conduite conjugale. Dans cette v&eacute;rit&eacute; du signe, et par la suite, dans l'&eacute;thos de la vie conjugale, s'ins&egrave;re de mani&egrave;re prospective la signification procr&eacute;atrice du corps, c'est-&agrave;-dire la paternit&eacute; et la maternit&eacute; dont nous avons trait&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment. A la question: &quot;Etes-vous dispos&eacute;s &agrave; accueillir de mani&egrave;re responsable, avec amour, les enfants que Dieu voudra vous donner et &agrave; les &eacute;duquer selon la loi du Christ et de son Eglise?&quot;, l'homme et la femme r&eacute;pondent: &quot;Oui&quot;.</p> <p>- 19 janvier 1983</p> Mon, 07 Sep 2009 15:43:06 +0000 Incarnare 151 at http://www.theologieducorps.fr TDC 107 - Le mariage comme sacrement se constitue sur la base du "langage du corps" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-107-mariage-comme-sacrement-se-constitue-sur-la-base-du-langage-du-corps <p><a name="1"></a>1. Le signe du mariage comme sacrement de l'Eglise se constitue chaque fois selon la dimension qui lui est propre depuis l'origine et, en m&ecirc;me temps, il est constitu&eacute; sur le fondement de l'amour nuptial du Christ et de l'Eglise, comme la seule et absolument unique expression de l'alliance entre cet homme et cette femme qui sont ministres du mariage comme sacrement de leur vocation et de leur vie. Pour dire que le signe du mariage comme sacrement de l'Eglise se constitue sur la base du &quot;langage du corps&quot;, nous nous servons de l'analogie (analogia attributionis) que nous avons cherch&eacute; d&eacute;j&agrave; pr&eacute;c&eacute;demment &agrave; &eacute;clairer. Il est &eacute;vident que le corps comme tel ne parle pas, mais l'homme parle, relisant ce qui exige d'&ecirc;tre exprim&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment sur la base du corps, de la masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute; du sujet personnel ou mieux, sur la base de ce que l'&ecirc;tre humain peut exprimer uniquement au moyen de son corps. En ce sens, l'&ecirc;tre humain - homme ou femme - non seulement parle avec le langage du corps, mais aussi, en un certain sens, il permet au corps de parler pour lui et de sa part &agrave; lui; je dirais, en son nom et sous son autorit&eacute; personnelle. De cette mani&egrave;re, le concept de proph&eacute;tisme du corps semble lui aussi &ecirc;tre fond&eacute;: le proph&egrave;te, en effet, est celui qui parle pour et de la part de: au nom et sous l'autorit&eacute; d'une personne.le</p> <p> <a name="2"></a> 2. Les nouveaux &eacute;poux en sont conscients lorsque, contractant mariage, ils en instituent le signe visible. Dans la perspective de la vie commune et de la vocation conjugale, ce signe initial, signe originaire du mariage comme sacrement de l'Eglise, sera continuellement combl&eacute; par le proph&eacute;tisme du corps. Les corps des &eacute;poux parleront &quot;pour&quot; et &quot;de la part&quot; de chacun d'eux, parleront au nom et sous l'autorit&eacute; de la personne, de chacune des personnes, poursuivant le dialogue conjugal, propre &agrave; leur vocation et bas&eacute; sur le langage du corps, approfondi opportun&eacute;ment et continuellement en son temps. Et il est n&eacute;cessaire que celui-l&agrave; soit relu dans la v&eacute;rit&eacute;: les conjoints sont appel&eacute;s &agrave; former leur vie et leur coexistence comme communion des personnes sur la base de ce langage. Etant donn&eacute; qu'un ensemble complexe de significations correspond au langage, les &eacute;poux sont appel&eacute;s &agrave; devenir - par leur conduite et comportement, leurs actions et gestes (gestes de tendresse: <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hs">GS 49</a></i>) - les auteurs de ces significations du langage du corps qui, en cons&eacute;quence, construisent et approfondissent continuellement l'amour, la fid&eacute;lit&eacute;, l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugale et cette union indissoluble jusqu'&agrave; la mort.</p> <p> <a name="3"></a> 3. Le signe du mariage comme sacrement de l'Eglise est form&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment par ces significations dont les &eacute;poux sont les auteurs. Toutes ces significations ont leur d&eacute;but et sont, en un certain sens, programm&eacute;es de mani&egrave;re synth&eacute;tique dans le consentement conjugal afin de construire ensuite - de mani&egrave;re plus analytique jour apr&egrave;s jour - le m&ecirc;me signe, s'identifiant avec lui &agrave; la dimension de la vie tout enti&egrave;re. C'est un lien organique entre la relecture dans la v&eacute;rit&eacute; de la signification int&eacute;grale du langage du corps et l'emploi de ce langage, dans la vie conjugale. Dans ce dernier cadre, l'&ecirc;tre humain - homme et femme - est l'auteur des significations du langage du corps. Cela implique que ce langage dont il est l'auteur corresponde &agrave; la v&eacute;rit&eacute; qui a &eacute;t&eacute; m&eacute;dit&eacute;e. Nous basant sur la tradition biblique, nous parlons ici du proph&eacute;tisme du corps. Si dans le mariage (et indirectement encore dans tous les domaines de la coexistence mutuelle) l'&ecirc;tre humain - homme et femme - conf&egrave;re &agrave; son comportement une signification conforme &agrave; la v&eacute;rit&eacute; fondamentale du langage du corps, alors lui-m&ecirc;me est &eacute;galement &quot;dans la v&eacute;rit&eacute;&quot;. Dans le cas contraire, il ment et falsifie le langage du corps.</p> <p><a name="4"></a> 4. Si nous nous pla&ccedil;ons dans la ligne proph&eacute;tique du consentement conjugal qui, comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, offre aux &eacute;poux une particuli&egrave;re participation &agrave; la mission proph&eacute;tique de l'Eglise, transmise par le Christ lui-m&ecirc;me, nous pouvons &eacute;galement utiliser &agrave; ce propos la distinction biblique entre vrais et faux proph&egrave;tes. Par le mariage, comme sacrement de l'Eglise, l'homme et la femme sont appel&eacute;s de mani&egrave;re explicite &agrave; donner - en se servant correctement du langage du corps - le t&eacute;moignage de l'amour conjugal pro- cr&eacute;ateur, t&eacute;moignage digne de vrais proph&egrave;tes. C'est en cela que consiste la vraie signification de la grandeur du consentement conjugal dans le sacrement de l'Eglise.</p> <p> <a name="5"></a> 5. L'ensemble des probl&egrave;mes du signe sacramentel du mariage a un caract&egrave;re nettement anthropologique. Nous le construisons en nous basant sur l'anthropologie th&eacute;ologique et en particulier sur ce que nous avons d&egrave;s le d&eacute;but des pr&eacute;sentes consid&eacute;rations d&eacute;fini comme th&eacute;ologie du corps. Aussi, dans la suite de ces analyses, nous devrons toujours garder sous les yeux les consid&eacute;rations pr&eacute;c&eacute;dentes qui se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; l'analyse des mots cl&eacute;s du Christ (nous disons mots cl&eacute;s parce que, comme des cl&eacute;s, ils nous ouvrent les dimensions particuli&egrave;res de l'anthropologie th&eacute;ologique, sp&eacute;cialement la th&eacute;ologie du corps). Edifiant sur cette base l'analyse du signe sacramentel du mariage auquel participent toujours, m&ecirc;me apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel, l'homme et la femme en tant qu'&ecirc;tres humains historiques nous devons constamment nous rappeler le fait que l'&ecirc;tre &quot;historique&quot;, homme et femme, est en m&ecirc;me temps l'&ecirc;tre humain concupiscent; comme tels, tout homme et toute femme entrent dans l'histoire du salut et ils s'y trouvent associ&eacute;s gr&acirc;ce au sacrement qui est le signe visible de l'alliance et de la gr&acirc;ce.<br /> C'est pourquoi il faut que dans le contexte des r&eacute;flexions pr&eacute;sentes au sujet de la structure sacramentelle du signe du mariage nous tenions compte de ce que le Christ a dit &agrave; propos de l'unit&eacute; et de l'indissolubilit&eacute; du mariage en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'origine, mais aussi (et encore plus) de ce qu'il a dit dans son Sermon sur la Montagne, quand il se r&eacute;clamait du coeur humain.</p> <p>- 26 janvier 1983</p> Wed, 09 Sep 2009 19:24:09 +0000 Incarnare 152 at http://www.theologieducorps.fr TDC 045 - La valeur du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-045-la-valeur-du-corps <p><a name="1"></a>1. Au centre de nos r&eacute;flexions au cours de nos rencontres du mercredi, il y a depuis longtemps d&eacute;sormais l'&eacute;nonc&eacute; suivant du Christ dans le Discours sur la Montagne: &quot;Vous avez entendu qu'il a &eacute;t&eacute; dit: Tu ne commettras pas d'adult&egrave;re; mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>. Ces paroles ont une signification essentielle pour toute la th&eacute;ologie du corps contenue dans l'enseignement du Christ. C'est pour cela que nous attribuons justement une grande importance &agrave; leur compr&eacute;hension et &agrave; leur interpr&eacute;tation correcte. Dans notre pr&eacute;c&eacute;dente r&eacute;flexion, nous avons d&eacute;j&agrave; constat&eacute; que la doctrine manich&eacute;enne dans ses expressions primitives et post&eacute;rieures, &eacute;tait en opposition avec ces paroles.<br /> En effet, il n'est pas possible d'interpr&eacute;ter la phrase du Discours sur la Montagne qui est ici analys&eacute;e, comme une &quot;condamnation&quot; ou comme une accusation du corps. Au plus, pourrait-on entrevoir une condamnation du coeur humain. Cependant, nos r&eacute;flexions faites jusqu'ici montrent que si les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, contiennent une accusation, c'est l'homme de la concupiscence qui est surtout l'objet de cette accusation. Par ces paroles, le coeur n'est pas tellement accus&eacute;, mais plut&ocirc;t soumis &agrave; un jugement ou, mieux, appel&eacute; &agrave; un examen critique ou autocritique pour voir s'il succombe ou non &agrave; la concupiscence de la chair. En p&eacute;n&eacute;trant dans la signification profonde de l'&eacute;nonc&eacute; de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, nous devons cependant constater que le jugement qui y est contenu sur le &quot;d&eacute;sir&quot; comme acte de concupiscence de la chair, renferme non pas la n&eacute;gation mais plut&ocirc;t l'affirmation du corps comme &eacute;l&eacute;ment qui, avec l'esprit, d&eacute;termine la subjectivit&eacute; ontologique de l'homme et participe &agrave; sa dignit&eacute; de personne. Ainsi donc, le jugement sur la concupiscence de la chair a une signification essentiellement diff&eacute;rente de celle que peut supposer l'ontologie manich&eacute;enne du corps et qui en d&eacute;coule n&eacute;cessairement.</p> <p> <a name="2"></a> 2. Dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, le corps est, &quot;depuis l'origine&quot;, appel&eacute; &agrave; devenir la manifestation de l'esprit. Il le devient aussi par l'union conjugale de l'homme et de la femme quand ils s'unissent de mani&egrave;re &agrave; former &quot;une seule chair&quot;. Ailleurs <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zw">Mt 19,5-6</a></i>, le Christ d&eacute;fend les droits inviolables de cette unit&eacute; par laquelle le corps, dans sa masculinit&eacute; et dans sa f&eacute;minit&eacute;, prend la valeur de signe sacramentel. En outre, en mettant en garde contre la concupiscence de la chair, il exprime la m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute; au sujet de la dimension ontologique du corps et il en confirme la signification &eacute;thique qui est coh&eacute;rente avec l'ensemble de son enseignement. Cette signification &eacute;thique n'a rien de commun avec la condamnation manich&eacute;enne. Au contraire, elle est profond&eacute;ment p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e par le myst&egrave;re de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; dont parlera saint Paul dans l'Ep&icirc;tre aux Romains <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>.<br /> La R&eacute;demption du corps ne montre cependant pas le mal ontologique comme attribut constitutif du corps humain. Il montre seulement le p&eacute;ch&eacute; de l'homme par lequel celui-ci a, entre autre, perdu le sens limpide de la signification sponsale du corps o&ugrave; s'exprime la domination int&eacute;rieure et la libert&eacute; de l'esprit. Comme on l'a d&eacute;j&agrave; not&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, il s'agit ici d'une perte &quot;partielle&quot;, potentielle, o&ugrave; le sens de la signification sponsale du corps se confond, d'une certaine mani&egrave;re, avec la concupiscence et permet d'&ecirc;tre assimil&eacute; par elle.</p> <p> <a name="3"></a> 3. L'interpr&eacute;tation ad&eacute;quate des paroles du Christ selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, de m&ecirc;me que la &quot;praxis&quot; o&ugrave; se r&eacute;alisera par la suite l'ethos authentique du Discours sur la Montagne, doivent &ecirc;tre absolument lib&eacute;r&eacute;es des &eacute;l&eacute;ments manich&eacute;ens dans la pens&eacute;e et dans le comportement. Un comportement manich&eacute;en devrait conduire &agrave; un &quot;an&eacute;antissement&quot; sinon r&eacute;el du moins intentionnel du corps, &agrave; une n&eacute;gation de la valeur du sexe humain, de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; de la personne humaine ou au moins &agrave; leur &quot;tol&eacute;rance&quot; dans les limites du &quot;besoin&quot; d&eacute;limit&eacute; par le besoin de la procr&eacute;ation. Sur la base des paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne, l'ethos chr&eacute;tien est au contraire caract&eacute;ris&eacute; par une transformation de la conscience et des comportements de la personne humaine, de l'homme et de la femme, de mani&egrave;re &agrave; manifester et &agrave; r&eacute;aliser, selon le dessein originel du Cr&eacute;ateur, la valeur du corps et du sexe, qui ont &eacute;t&eacute; mis au service de la &quot;communion des personnes&quot;, substrat le plus profond de l'&eacute;thique et de la culture humaines. Alors que, pour la mentalit&eacute; manich&eacute;enne, le corps et la sexualit&eacute; constituent, pour ainsi dire, une &quot;anti-valeur&quot;, pour le christianisme, au contraire, ils demeurent toujours une &quot;valeur insuffisamment appr&eacute;ci&eacute;e&quot;, comme je l'expliquerai mieux ailleurs. Le second comportement montre quelle doit &ecirc;tre la forme de l'ethos dans lequel le myst&egrave;re de la &quot;R&eacute;demption du corps&quot; s'enracine, pour ainsi dire, dans le sol &quot;historique&quot; du p&eacute;ch&eacute; de l'homme. Cela se trouve exprim&eacute; par la formule th&eacute;ologique qui d&eacute;finit l'&quot;&eacute;tat&quot; de l'homme &quot;historique&quot; comme status, naturae lapsae simul ac redemptae.</p> <p> <a name="4"></a> 4. Il faut interpr&eacute;ter les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> &agrave; la lumi&egrave;re de cette v&eacute;rit&eacute; complexe sur l'homme. Si elles contiennent une certaine &quot;accusation&quot; contre le coeur humain, elles contiennent encore plus un appel qui lui est adress&eacute;. L'accusation du mal moral que le &quot;d&eacute;sir&quot; n&eacute; de la concupiscence charnelle intemp&eacute;rante cache en lui est, en m&ecirc;me temps, un appel &agrave; vaincre ce mal. Si la victoire sur le mal doit consister &agrave; se s&eacute;parer de lui (d'o&ugrave; les paroles s&eacute;v&egrave;res dans le contexte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>), il s'agit cependant seulement de se s&eacute;parer du mal de l'acte (dans le cas pr&eacute;cis, de l'acte int&eacute;rieur de la &quot;concupiscence&quot;) et non pas de transf&eacute;rer la n&eacute;gativit&eacute; de cet acte &agrave; son objet. Un tel transfert signifierait une certaine acceptation - peut- &ecirc;tre pas pleinement consciente - de l'&quot;antivaleur&quot; manich&eacute;enne. Il ne constituerait pas une v&eacute;ritable et une profonde victoire sur le mal de l'acte qui est un mal d'essence morale et donc un mal d'essence spirituelle; il s'y cacherait m&ecirc;me le grand danger de justifier l'acte au d&eacute;triment de l'objet (ce en quoi consiste pr&eacute;cis&eacute;ment l'erreur essentielle de l'ethos manich&eacute;enne). Il est &eacute;vident que, dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, le Christ exige un d&eacute;tachement du mal de la &quot;concupiscence&quot; (ou du regard de d&eacute;sir d&eacute;sordonn&eacute;), mais son &eacute;nonc&eacute; ne laisse supposer en aucune mani&egrave;re que l'objet de ce d&eacute;sir, c'est-&agrave;-dire la femme que l'on &quot;regarde pour la d&eacute;sirer&quot;, soit un mal. (Cette pr&eacute;cision semble cependant manquer dans quelques textes &quot;sapientiaux&quot;.)</p> <p> <a name="5"></a> 5 Nous devons donc pr&eacute;ciser la diff&eacute;rence entre l'&quot;accusation&quot; et l'&quot;appel&quot;. Etant donn&eacute; que l'accusation contre le mal de la concupiscence est en m&ecirc;me temps un appel &agrave; le vaincre, cette victoire doit par cons&eacute;quent &ecirc;tre li&eacute;e &agrave; un effort pour d&eacute;couvrir la valeur authentique de l'objet pour que l&quot;antivaleur&quot; manich&eacute;enne ne s'enracine pas dans l'homme, dans sa conscience et dans sa volont&eacute;. En effet, le mal de la &quot;concupiscence&quot;, c'est-&agrave;-dire de l'acte dont parle le Christ dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, fait que l'objet auquel il s'adresse constitue pour le sujet humain &quot;une valeur insuffisamment appr&eacute;ci&eacute;e&quot;. Si, dans les paroles analys&eacute;es du Discours sur la Montagne <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i>, le coeur humain est accus&eacute; de concupiscence (ou s'il est mis en garde contre cette concupiscence), en m&ecirc;me temps, par les m&ecirc;mes paroles, il est appel&eacute; &agrave; d&eacute;couvrir le sens pl&eacute;nier de ce qui, dans l'acte de concupiscence, constitue pour lui une &quot;valeur insuffisamment appr&eacute;ci&eacute;e&quot;. Comme nous le savons, le Christ a dit: Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis l'adult&egrave;re avec elle dans son coeur.&quot; L'&quot;adult&egrave;re commis dans le coeur&quot; peut et doit &ecirc;tre compris comme une &quot;d&eacute;valorisation&quot; ou comme un appauvrissement d'une valeur authentique, comme une privation intentionnelle de cette dignit&eacute; &agrave; laquelle, dans la personne en question, correspond la valeur int&eacute;grale de sa f&eacute;minit&eacute;. Les paroles de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j2">Mt 5,27-28</a></i> contiennent un rappel &agrave; d&eacute;couvrir cette valeur et cette dignit&eacute; et &agrave; les r&eacute;affirmer. Il semble qu'en comprenant de cette mani&egrave;re les paroles de Matthieu, on respecte leur port&eacute;e s&eacute;mantique.<br /> Pour conclure ces br&egrave;ves consid&eacute;rations, il faut encore une fois constater que la mani&egrave;re manich&eacute;enne de comprendre et d'&eacute;valuer le corps et la sexualit&eacute; de l'homme est essentiellement &eacute;trang&egrave;re &agrave; l'Evangile et non conforme &agrave; la signification exacte des paroles que le Christ a prononc&eacute;es dans le Discours sur la Montagne. Le rappel &agrave; dominer la concupiscence de la chair na&icirc;t pr&eacute;cis&eacute;ment de l'affirmation de la dignit&eacute; personnelle du corps et du sexe et il sert uniquement cette dignit&eacute;. Celui qui voudrait utiliser ces paroles dans une perspective manich&eacute;enne commettrait une erreur essentielle.</p> <p>- 22&nbsp;octobre 1980</p> Sat, 05 Sep 2009 18:32:13 +0000 Incarnare 91 at http://www.theologieducorps.fr TDC 108 - L'homme de la concupiscence est en même temps l'homme de l' "appel" http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-108-lhomme-de-la-concupiscence-est-en-meme-temps-lhomme-de-appel <p> 1. Nous avons dit pr&eacute;c&eacute;demment que, dans le contexte des r&eacute;flexions actuelles sur la structure du mariage comme signe sacramentel, nous devons tenir compte non seulement de ce que le Christ a d&eacute;clar&eacute; au sujet de son unit&eacute; et de son indissolubilit&eacute; en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l'origine mais aussi (et plus encore) de ce qu'il a dit dans son Sermon sur la Montagne, quand il se r&eacute;clama du coeur humain. En se reportant au commandement: &quot;Tu ne commettras pas l'adult&egrave;re&quot;, le Christ a parl&eacute; de l'adult&egrave;re dans le coeur: &quot;Quiconque regarde une femme pour la d&eacute;sirer a d&eacute;j&agrave; commis, dans son coeur, l'adult&egrave;re avec elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>.<br /> Ainsi donc, en affirmant que le signe sacramentel du mariage - signe de l'alliance conjugale de l'homme et de la femme - se forme sur la base du langage du corps une fois relu dans la v&eacute;rit&eacute; (et sans cesse relu), nous nous rendons compte que celui qui approfondit ce &quot;langage&quot; et ensuite l'exprime, selon les exigences propres du mariage comme pacte et sacrement, est naturellement et moralement l'&ecirc;tre humain sujet &agrave; la concupiscence: homme et femme, entendus tous deux comme &ecirc;tre humain sujet &agrave; la concupiscence. Les proph&egrave;tes de l'Ancien Testament ont certainement devant les yeux cet &ecirc;tre humain quand, utilisant une analogie, ils stigmatisent l'adult&egrave;re d'Isra&euml;l et de Juda. L'analyse des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Sermon sur la Montagne nous permet de comprendre plus profond&eacute;ment l'adult&egrave;re lui-m&ecirc;me. Et en m&ecirc;me temps elle nous conduit &agrave; la conviction que le coeur humain est non pas tant accus&eacute; et condamn&eacute; par le Christ &agrave; cause de la concupiscence (concupiscentia carnis) que tout d'abord et avant tout appel&eacute;. Ici se r&eacute;v&egrave;le une nette divergence entre l'anthropologie (ou l'herm&eacute;neutique anthropologique) de l'Evangile et quelques repr&eacute;sentants influents de l'herm&eacute;neutique contemporaine de l'homme (qu'on appelle les ma&icirc;tres du soup&ccedil;on).</p> <p> 2. Passant sur le terrain de la pr&eacute;sente analyse, nous pouvons constater que bien que l'homme, nonobstant le signe sacramentel du mariage, malgr&eacute; le consentement conjugal et sa r&eacute;alisation, reste naturellement l'homme de la concupiscence, il est en m&ecirc;me temps, toutefois, l'homme de l'appel. Il est appel&eacute; &agrave; travers le myst&egrave;re de la R&eacute;demption du corps, myst&egrave;re divin qui - dans le Christ et par le Christ dans chaque homme - est en m&ecirc;me temps r&eacute;alit&eacute; humaine. De plus, ce myst&egrave;re comporte un &eacute;thos d&eacute;termin&eacute; qui, par son essence, est humain et que d&eacute;j&agrave; pr&eacute;c&eacute;demment nous avons appel&eacute; &eacute;thos de la R&eacute;demption.</p> <p>3. A la lumi&egrave;re des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Sermon sur la Montagne, &agrave; la lumi&egrave;re de tout l'Evangile et de la Nouvelle Alliance, la triple concupiscence (et en particulier la concupiscence de la chair) ne d&eacute;truit pas la capacit&eacute; de relire dans la v&eacute;rit&eacute; le &quot;langage du corps&quot; - et de le relire continuellement de mani&egrave;re plus r&eacute;fl&eacute;chie et plus pleine; c'est pourquoi le signe sacramentel est constitu&eacute; soit &agrave; son premier moment liturgique, soit par la suite, &agrave; la dimension de toute la vie. Sous cette lumi&egrave;re, il importe de constater que, si la concupiscence engendre d'elle-m&ecirc;me de nombreuses erreurs dans la relecture du langage du corps et si, en m&ecirc;me temps, elle engendre aussi le p&eacute;ch&eacute;, le mal moral contraire &agrave; la vertu de chastet&eacute; (aussi bien conjugale qu'extra-conjugale), il reste cependant toujours, dans le cadre de l'&eacute;thos de la R&eacute;demption, la possibilit&eacute; de passer de l'erreur &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, et de m&ecirc;me la possibilit&eacute; de retourner, c'est-&agrave;-dire de se convertir, du p&eacute;ch&eacute; &agrave; la chastet&eacute;, en tant qu'expression d'une vie selon l'Esprit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ez">Ga 5,16</a></i>.</p> <p> 4. De cette mani&egrave;re, selon l'optique &eacute;vang&eacute;lique et chr&eacute;tienne du probl&egrave;me, l'homme historique (d'apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel) est, sur la base du langage du corps explor&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute;, capable - comme homme et femme - de constituer le signe sacramentel de l'amour, de la fid&eacute;lit&eacute; et de l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugale et ceci comme signe durable: &quot;Je promets de t'&ecirc;tre toujours fid&egrave;le dans la joie et la douleur, dans la sant&eacute; et la maladie, de t'aimer et t'honorer tous les jours de ma vie&quot;. Ceci signifie que l'homme est de mani&egrave;re r&eacute;elle l'auteur des significations au moyen desquelles, apr&egrave;s avoir relu le langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;, il est &eacute;galement capable de former dans la v&eacute;rit&eacute; ce langage dans la communion conjugale et familiale des personnes. Il en est capable, m&ecirc;me comme homme sujet &agrave; la concupiscence &eacute;tant en m&ecirc;me temps appel&eacute; par la r&eacute;alit&eacute; de la R&eacute;demption du Christ (simul lapsus et redemptus).</p> <p> 5. Gr&acirc;ce &agrave; la dimension du signe, propre au mariage comme sacrement, se trouve confirm&eacute;e la sp&eacute;cifique anthropologie th&eacute;ologique, la sp&eacute;cifique herm&eacute;neutique de l'homme qui pourrait, en ce cas, &eacute;galement s'appeler herm&eacute;neutique du sacrement parce qu'elle permet de comprendre l'homme sur la base de l'analyse du signe sacramentel. Comme ministre du sacrement, auteur (co-auteur) du signe sacramentel, l'&ecirc;tre humain - homme et femme - est un sujet conscient et capable d'autod&eacute;termination. C'est uniquement sur cette base qu'il peut &ecirc;tre l'auteur du langage du corps, qu'il peut &ecirc;tre &eacute;galement auteur (co-auteur) du mariage comme signe: signe de la cr&eacute;ation 3. A la lumi&egrave;re des paroles prononc&eacute;es par le Christ dans le Sermon sur la Montagne, &agrave; la lumi&egrave;re de tout l'Evangile et de la Nouvelle Alliance, la triple concupiscence (et en particulier la concupiscence de la chair) ne d&eacute;truit pas la capacit&eacute; de relire dans la v&eacute;rit&eacute; le &quot;langage du corps&quot; - et de le relire continuellement de mani&egrave;re plus r&eacute;fl&eacute;chie et plus pleine; c'est pourquoi le signe sacramentel est constitu&eacute; soit &agrave; son premier moment liturgique, soit par la suite, &agrave; la dimension de toute la vie. Sous cette lumi&egrave;re, il importe de constater que, si la concupiscence engendre d'elle-m&ecirc;me de nombreuses erreurs dans la relecture du langage du corps et si, en m&ecirc;me temps, elle engendre aussi le p&eacute;ch&eacute;, le mal moral contraire &agrave; la vertu de chastet&eacute; (aussi bien conjugale qu'extra-conjugale), il reste cependant toujours, dans le cadre de l'&eacute;thos de la R&eacute;demption, la possibilit&eacute; de passer de l'erreur &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, et de m&ecirc;me la possibilit&eacute; de retourner, c'est-&agrave;-dire de se convertir, du p&eacute;ch&eacute; &agrave; la chastet&eacute;, en tant qu'expression d'une vie selon l'Esprit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#ez">Ga 5,16</a></i>.</p> <p> 4. De cette mani&egrave;re, selon l'optique &eacute;vang&eacute;lique et chr&eacute;tienne du probl&egrave;me, l'homme historique (d'apr&egrave;s le p&eacute;ch&eacute; originel) est, sur la base du langage du corps explor&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute;, capable - comme homme et femme - de constituer le signe sacramentel de l'amour, de la fid&eacute;lit&eacute; et de l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugale et ceci comme signe durable: &quot;Je promets de t'&ecirc;tre toujours fid&egrave;le dans la joie et la douleur, dans la sant&eacute; et la maladie, de t'aimer et t'honorer tous les jours de ma vie&quot;. Ceci signifie que l'homme est de mani&egrave;re r&eacute;elle l'auteur des significations au moyen desquelles, apr&egrave;s avoir relu le langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;, il est &eacute;galement capable de former dans la v&eacute;rit&eacute; ce langage dans la communion conjugale et familiale des personnes. Il en est capable, m&ecirc;me comme homme sujet &agrave; la concupiscence &eacute;tant en m&ecirc;me temps appel&eacute; par la r&eacute;alit&eacute; de la R&eacute;demption du Christ (simul lapsus et redemptus).</p> <p> 5. Gr&acirc;ce &agrave; la dimension du signe, propre au mariage comme sacrement, se trouve confirm&eacute;e la sp&eacute;cifique anthropologie th&eacute;ologique, la sp&eacute;cifique herm&eacute;neutique de l'homme qui pourrait, en ce cas, &eacute;galement s'appeler herm&eacute;neutique du sacrement parce qu'elle permet de comprendre l'homme sur la base de l'analyse du signe sacramentel. Comme ministre du sacrement, auteur (co-auteur) du signe sacramentel, l'&ecirc;tre humain - homme et femme - est un sujet conscient et capable d'autod&eacute;termination. C'est uniquement sur cette base qu'il peut &ecirc;tre l'auteur du langage du corps, qu'il peut &ecirc;tre &eacute;galement auteur (co-auteur) du mariage comme signe: signe de la cr&eacute;ation divine et R&eacute;demption du corps. Le fait que l'&ecirc;tre humain (l'homme et la femme) est l'&ecirc;tre sujet &agrave; la concupiscence n'emp&ecirc;che pas qu'il soit capable de relire le langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;. Il est l'homme &agrave; la concupiscence, mais en m&ecirc;me temps il est capable de discerner le vrai du faux dans le langage du corps et peut &ecirc;tre l'auteur des significations vraies (ou fausses) de ce langage.</p> <p> 6. Il est l'homme de la concupiscence, mais il n'est pas compl&egrave;tement d&eacute;termin&eacute; par la libido (au sens g&eacute;n&eacute;ralement donn&eacute; &agrave; ce terme). Une telle d&eacute;termination signifierait que l'ensemble des comportements de l'homme - et m&ecirc;me, par exemple, le choix de la continence pour des motifs religieux - s'expliquerait uniquement par les transformations sp&eacute;cifiques de cette libido. En ce cas, - sur le plan du langage du corps - l'homme serait condamn&eacute; &agrave; des falsifications essentielles: il serait seulement quelqu'un qui exprime une d&eacute;termination sp&eacute;cifique par la libido, mais n'exprimerait pas la v&eacute;rit&eacute; (ou la fausset&eacute;) de l'amour conjugal et de la communion des personnes, m&ecirc;me s'il pensait la manifester. Il serait donc condamn&eacute;, par cons&eacute;quent, &agrave; se suspecter lui-m&ecirc;me et &agrave; suspecter les autres au sujet de la v&eacute;rit&eacute; du langage du corps. A cause de la concupiscence de la chair, il pourrait n'&ecirc;tre qu'accus&eacute;, mais il ne pourrait &ecirc;tre vraiment appel&eacute;.<br /> L'herm&eacute;neutique du sacrement nous permet de conclure que l'homme est toujours essentiellement appel&eacute; et non simplement accus&eacute;, et cela pr&eacute;cis&eacute;ment en tant qu'homme sujet de la concupiscence.</p> <p>- 9&nbsp;f&eacute;vrier 1983</p> Wed, 09 Sep 2009 19:25:43 +0000 Incarnare 153 at http://www.theologieducorps.fr TDC 109 - Ce que le Cantique des Cantiques nous apprend sur l'amour humain http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-109-ce-cantique-cantiques-nous-apprend-sur-lamour-humain <p>&nbsp;</p> <p>Pendant l'Ann&eacute;e Sainte j'ai suspendu l'&eacute;tude du th&egrave;me de l'amour humain dans le plan divin. Maintenant je voudrais conclure ce sujet par quelques consid&eacute;rations portant particuli&egrave;rement sur l'enseignement d'Humanae Vitae, en y ajoutant quelques r&eacute;flexions au sujet du Cantique des Cantiques et du livre de Tobie. Il me semble en effet, que ce que j'entends exposer les prochaines semaines constitue comme le couronnement de toutes mes explications ant&eacute;rieures.</p> <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Le th&egrave;me de l'amour conjugal qui unit l'homme et la femme rattache en un certain sens cette partie de la Bible &agrave; toute la tradition de la &quot; grande analogie &quot; qui, &agrave; travers les &eacute;crits des proph&egrave;tes, s'est d&eacute;vers&eacute;e dans le Nouveau Testament et, en particulier, dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-23</a></i> dont j'ai suspendu le commentaire au d&eacute;but de l'Ann&eacute;e Sainte.<br /> Le Cantique a fait l'objet d'un grand nombre d'&eacute;tude ex&eacute;g&eacute;tiques, de commentaires et d'hypoth&egrave;ses. Quant &agrave; son contenu, en apparence profane, les positions ont &eacute;t&eacute; diverses tandis que, d'une part, on a souvent d&eacute;conseill&eacute; la lecture, d'autre part il a &eacute;t&eacute; la source o&ugrave; les plus grands &eacute;crivains mystiques ont puis&eacute;, et les versets du Cantique des Cantiques ont &eacute;t&eacute; ins&eacute;r&eacute;s dans la liturgie de l'Eglise.</p> <p>note <i>&quot;Il faut donc prendre simplement le Cantique pour ce qu'il est manifestement: un chant d'amour&quot; Cette phrase de J. WINANDY O.S.B exprime la conviction d'ex&eacute;g&egrave;tes de plus en plus nombreux (J WINANDY, Le Cantique des Cantiques, po&egrave;me d'amour mu&eacute; en &eacute;crit de Sagesse, Maredsous, 1960, p. 26). - M. DUBARLE ajoute: &quot;L'ex&eacute;g&egrave;se catholique, qui a parfois fait appel au sens &eacute;vident des textes bibliques pour des passages de grande importance dogmatique, ne devrait pas l'abandonner &agrave; la l&eacute;g&egrave;re quand il s'agit du Cantique&quot;. Se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la phrase de G. GERLEMAN, DUBARLE poursuit: &quot;Le Cantique c&eacute;l&egrave;bre l'amour de l'homme et de la femme sans y joindre aucun &eacute;l&eacute;ment mythologique, mais en le consid&eacute;rant simplement &agrave; son niveau et dans sa sp&eacute;cificit&eacute;. Il s'y trouve implicitement, sans insistance didactique, l'&eacute;quivalent de la foi yahviste, car les forces sexuelles n'&eacute;taient pas plac&eacute;es sous le patronage des divinit&eacute;s &eacute;trang&egrave;res et n'&eacute;taient pas attribu&eacute;es &agrave; Yahv&eacute; lui-m&ecirc;me qui apparaissait comme transcendant ce cadre&quot;. Le po&egrave;me &eacute;tait donc en harmonie tacite avec les convictions fondamentales de la foi d'Isra&euml;l. - &quot;La m&ecirc;me attitude ouverte, objective, non express&eacute;ment religieuse en pr&eacute;sence de la beaut&eacute; physique et de l'amour sexuel, se retrouve dans quelques passages du document yahviste. Ces diverses ressemblances montrent que le petit livre ne se trouve pas tellement isol&eacute; dans l'ensemble de la litt&eacute;rature biblique comme on l'affirme parfois&quot; (A. M DUBARLE, &quot;Le Cantique des Cantiques dans l'ex&eacute;g&egrave;se r&eacute;cente&quot; dans Aux grands carrefours de la R&eacute;volution et de l'ex&eacute;g&egrave;se de l'Ancien Testament, Recherches bibliques, VIII, Louvain, 1967, p.149 - 151)</i></p> <p> <a name="2"></a> 2.&nbsp;En effet, m&ecirc;me si l'analyse du texte de ce livre nous oblige &agrave; placer son contenu hors du cadre de la grande analogie proph&eacute;tique, il n'est toutefois pas possible de la d&eacute;tacher de la r&eacute;alit&eacute; du sacrement primordial. On ne peut le m&eacute;diter qu'en s'inspirant de ce qui est &eacute;crit dans les premiers chapitres de la Gen&egrave;se, comme t&eacute;moignage de l'origine - de cette origine &agrave; laquelle le Christ se r&eacute;f&egrave;re dans son entretien d&eacute;cisif avec les pharisiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zv">Mt 19,4</a></i> <i>(Cela n'exclut pas, &eacute;videmment, la possibilit&eacute; de parler d'une &quot;signification plus pleine&quot; dans le Cantique des Cantiques. - Voir par exemple: &quot;les amants dans l'extase de l'amour semblent occuper et remplir tout le livre, comme seuls personnages (...) C'est pourquoi, sains Paul lisant les paroles de la Gen&egrave;se 'voici donc que l'homme quittera son p&egrave;re et sa m&egrave;re pour s'attacher &agrave; sa femme et les deux ne feront plus qu'une seule chair' ne nie pas le sens r&eacute;el et imm&eacute;diat des paroles qui se r&eacute;f&egrave;rent au mariage humain; mais, &agrave; ce premier sens, il en ajoute un autre, plus profond, avec une application imm&eacute;diate: &quot;Ce myst&egrave;re est de grande port&eacute;e; je veux dire qu'il s'applique au Christ et &agrave; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fg">Ep 5,31-32</a></i> - &quot;Quelques lecteurs du Cantique des Cantiques ont cru voir dans ces versets un amour d&eacute;sincarn&eacute;. Ils ont oubli&eacute; les amants, ou ils ont &eacute;t&eacute; p&eacute;trifi&eacute;s en fictions, sur un plan purement intellectuel (...) ils ont multipli&eacute; les infimes correspondances all&eacute;goriques dans quelques phrases, paroles ou images (...). Ce n'est nullement le bon chemin (...). Qui ne croit pas &agrave; l'amour des &eacute;poux, qui doit demander pardon pour le corps, ceux-l&agrave; n'ont pas le droit de l'&eacute;lever (...). Avec l'affirmation de l'amour humain il est par contre possible d'y d&eacute;couvrir la r&eacute;v&eacute;lation de Dieu&quot; ( L. Alonso SCH&Ouml;KEL, &quot;Cantico dei Cantici <u> Introduzione&quot;dans la Biblia, Paroles de Dieu &eacute;crites pour nous, texte officiel de la C.E.I, volume II, Turin, Marietti, 1980, p.425-427)</u></i><br /> Le Cantique des Cantiques se trouve certainement dans le sillage de ce sacrement o&ugrave;, par le langage du corps, se constitue le signe visible de la participation de l'homme et de la femme &agrave; l'alliance de la gr&acirc;ce et de l'amour que Dieu offre &agrave; l'homme. Le Cantique des Cantiques d&eacute;montre la richesse de ce langage dont la premi&egrave;re expression se trouve d&eacute;j&agrave; dans la <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i>.</p> <p>&nbsp;</p> <p><a name="3"></a>3. D&egrave;s les premiers versets, le Cantique nous introduit imm&eacute;diatement dans le climat de tout le po&egrave;me, o&ugrave; l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse semblent se mouvoir dans le cercle trac&eacute; par le rayonnement de l'amour. Les paroles des &eacute;poux, leurs mouvements, leurs gestes correspondent &agrave; la d&eacute;marche int&eacute;rieure des coeurs. C'est uniquement &agrave; travers le prisme de cette d&eacute;marche qu'il est possible de comprendre le langage du corps dans lequel se r&eacute;alise cette d&eacute;couverte &agrave; laquelle le premier homme donna expression devant celle qui avait &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e &quot;comme aide qui soit semblable &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#ff">Gn 2,20-23</a></i> et qui, comme le pr&eacute;cise le texte biblique, avait &eacute;t&eacute; tir&eacute;e d'une de ses c&ocirc;tes (la &quot;c&ocirc;te&quot; semble aussi indiquer &eacute;galement le coeur)<br /> Cette d&eacute;couverte - d&eacute;j&agrave; analys&eacute;e en nous basant sur Gen&egrave;se 2, - se rev&ecirc;t dans le Cantique des Cantiques de toute la richesse du langage de l'amour humain. Ce que le chapitre 2 de la Gen&egrave;se exprime en peu de mots <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> simples et essentiels, se d&eacute;veloppe ici comme un ample dialogue ou, plut&ocirc;t, comme un duo o&ugrave; les paroles de l'&eacute;poux s'entrelacent &agrave; celles de l'&eacute;pouse et se compl&egrave;tent l'un l'autre. Les premi&egrave;res paroles de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23</a></i>, &agrave; la vue de la femme que Dieu a cr&eacute;&eacute;, expriment la stupeur et l'admiration, et m&ecirc;me le sentiment de s&eacute;duction. Et une m&ecirc;me fascination - qui est stupeur et admiration - coule sous une forme plus ample &agrave; travers les versets du Cantique des Cantiques. Elle coule en ondes paisibles et homog&egrave;nes du d&eacute;but &agrave; la fin du po&egrave;me.</p> <p> <a name="4"></a> 4.&nbsp;M&ecirc;me une analyse sommaire du Cantique des Cantiques permet de se rendre compte que le langage du corps s'exprime dans cette s&eacute;duction r&eacute;ciproque. Aussi bien le point de d&eacute;part que le point d'arriv&eacute;e de cette fascination - stupeur et admiration r&eacute;ciproques - sont en effet la f&eacute;minit&eacute; de l'&eacute;pouse et la masculinit&eacute; de l'&eacute;poux dans l'exp&eacute;rience directe de leur visibilit&eacute;. Les mots d'amour qu'ils prononcent tous deux se concentrent donc sur le corps, non seulement parce qu'il constitue lui-m&ecirc;me la source de cette s&eacute;duction r&eacute;ciproque, mais aussi et surtout parce que c'est sur lui que s'arr&ecirc;te directement et imm&eacute;diatement cette attraction vers l'autre personne - vers l'autre &quot;ego&quot; - f&eacute;minine ou masculine qui, dans l'impulsion int&eacute;rieure du coeur, engendre l'amour.<br /> En outre, l'amour entra&icirc;ne une exp&eacute;rience particuli&egrave;re du beau qui se concentre sur ce qui est visible, mais qui implique en m&ecirc;me temps la personne toute enti&egrave;re. L'exp&eacute;rience du beau engendre la complaisance qui est r&eacute;ciproque.<br /> &quot;O la plus belle des femmes...&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#l">Ct 1,8</a></i> dit l'&eacute;poux et lui font &eacute;cho les paroles de l'&eacute;pouse: &quot;Je suis noire mais belle, &ocirc; fille de J&eacute;rusalem&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#i">Ct 1,5</a></i>. Les paroles de l'enchantement masculin se r&eacute;p&egrave;tent continuellement, revenant sans cesse dans les cinq chants du po&egrave;me. Et de semblables expressions de l'&eacute;pouse lui font &eacute;cho.</p> <p> <a name="5"></a> 5.&nbsp;Il s'agit de m&eacute;taphores, qui peuvent sembler surprenantes. Certaines sont emprunt&eacute;es &agrave; la vie des pasteurs; d'autres semblent indiquer l'origine royale de l'&eacute;poux <i>(Pour expliquer l'inclusion d'un chant d'amour dans le canon biblique, les ex&eacute;g&egrave;tes juifs ont, d&eacute;j&agrave; les premiers si&egrave;cles apr&egrave;s le Christ, vu dans le Cantique des Cantiques une all&eacute;gorie de l'amour de Yahv&eacute; pour Isra&euml;l, ou bien une all&eacute;gorie de l'histoire du peuple &eacute;lu o&ugrave; cet amour se manifeste et, au Moyen Age, l'all&eacute;gorie de la Sagesse divine et de l'homme qui la cherche. - L'ex&eacute;g&egrave;se chr&eacute;tienne a, d&egrave;s les premiers P&egrave;res, &eacute;tendu cette id&eacute;e au Christ et &agrave; l'Eglise (cf. HIPPOLYTE et ORIGENE), ou bien &agrave; l'&acirc;me individuelle du chr&eacute;tien (Saint GREGOIRE DE NYSSE) ou &agrave; Marie (Saint AMBROISE). Saint BERNARD a vu dans le Cantique des Cantiques un dialogue de la parole de Dieu avec l'&acirc;me, et cela nous m&egrave;ne &agrave; l'id&eacute;e de saint JEAN DE LA CROIX sur le mariage mystique. - Seule exception dans cette longue tradition, Th&eacute;odore de MOPSUESTE qui, au IV&egrave;me si&egrave;cle, a vu dans le Cantique des Cantique un po&egrave;me qui chante l'amour humain de Salomon pour la fille du Pharaon. - En revanche, LUTHER r&eacute;f&egrave;re l'all&eacute;gorie &agrave; Salomon et &agrave; son r&egrave;gne. Ces derniers si&egrave;cles, de nouvelle hypoth&egrave;ses ont vu le jour. On a consid&eacute;r&eacute;, par exemple, le Cantique des Cantiques comme un drame de la fid&eacute;lit&eacute; maintenue par une &eacute;pouse envers un pasteur malgr&eacute; toutes les tentations, ou bien comme un recueil de chants ex&eacute;cut&eacute;s durant les rites populaires des noces, ou chants mystico-rituels qui refl&egrave;tent le culte d'Adonis-Tammouz. On a m&ecirc;me vu, dans le Cantique la description d'un r&ecirc;ve, faisant appel tant aux id&eacute;es antiques sur la signification des r&ecirc;ves qu'&agrave; la psychanalyse. - Au XX&egrave;me si&egrave;cle, on est retourn&eacute; aux plus anciennes traditiall&eacute;goriques (cf. BEA), voyant de nouveau dans le Cantique des Cantiques l'histoire d'Isra&euml;l (cf. JOUON, RICCIOTTI) et un midrash d&eacute;velopp&eacute; (comme le rappelle Robert dans son commentaire qui constitue une &quot; somme &quot; de l'interpr&eacute;tation du Cantique). - En m&ecirc;me temps, toutefois, on a commenc&eacute; &agrave; lire le livre dans sa signification la plus &eacute;vidente, celle d'un po&egrave;me exaltant l'amour humain naturel (cf. ROWLEY, YOUNG, LAURIN). - Le premier qui a d&eacute;montr&eacute; de quelle mani&egrave;re cette signification se rattache au contexte biblique du chapitre 2 de la Gen&egrave;se est Karl BARTH. DUBARLE part de l'id&eacute;e qu'un amour humain fid&egrave;le et heureux r&eacute;v&egrave;le &agrave; l'homme les attributs de l'amour divin, et Van den OUDENRYN voit dans le Cantique des Cantiques l'anti-type de ce sens caract&eacute;ristique qui parait dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e4">Ep 5,23</a></i>. MURPHY, excluant toute explication all&eacute;gorique et m&eacute;taphorique, souligne que l'amour humain, cr&eacute;&eacute; et b&eacute;nit par Dieu, peut &ecirc;tre le th&egrave;me d'un livre biblique inspir&eacute;.</i><br /> D. LYS constate que le contenu du Cantique des Cantiques est &agrave; la fois sexuel et sacr&eacute;. Quand on fait abstraction de la deuxi&egrave;me caract&eacute;ristique, on arrive &agrave; traiter le Cantique comme une composition &eacute;rotique purement la&iuml;que, et quand on ignore la premi&egrave;re, on tombe dans l'all&eacute;gorie. Ce n'est qu'en utilisant ces deux aspects qu'il est possible de lire le livre de la juste mani&egrave;re.<br /> A c&ocirc;t&eacute; des ouvrages des auteurs pr&eacute;cit&eacute;s et sp&eacute;cialement en ce qui concerne une &eacute;bauche de l'histoire de l'ex&eacute;g&egrave;se du Cantique des Cantiques, voir H.H. ROWLEY, &quot;The interpretation of the Song of Songs&quot; dans The Servant of the Lord and other Essays on the Old Testament, Londres, Tutterworth, 1952, p.191-233; A.M DUBARLE, &quot;Le Cantique des Cantiques dans l'ex&eacute;g&egrave;se de l'Ancien Testament&quot; Recherches bibliques VIII, Louvain, Descl&eacute;e de Brouwer, 1967, p.139-151; D. LYS, Le Plus Beau Chant de la Cr&eacute;ation - Commentaire du Cantique des Cantiques, Lectio divina 51, Paris, Cerf, 1968, p.31-35; M.H POPE Song of Songs, The Anchor Bible, Garden City, New-York, Doubleday, 1977, p.133-324)</p> <p> <a name="6"></a> 6. Laissons aux experts l'analyse de ce langage po&eacute;tique. Le fait m&ecirc;me de se servir de m&eacute;taphores prouve combien, dans notre cas, le langage du corps cherche appui et confirmation dans tout le monde visible .Il s'agit incontestablement d'un langage qui doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; en m&ecirc;me temps par le coeur et par les yeux de l'&eacute;poux dans l'acte de concentration sp&eacute;ciale sur tout l'&quot;ego&quot; f&eacute;minin de l'&eacute;pouse. Cet &quot;ego&quot; lui parle par tout trait f&eacute;minin, suscitant cet &eacute;tat d'&acirc;me qu'on peut appeler fascination, enchantement. Cet &quot;ego&quot; f&eacute;minin s'exprime presque sans paroles; toutefois, le langage du corps exprim&eacute; sans paroles trouve un riche &eacute;cho dans les paroles de l'&eacute;poux, dans ses phrases pleines de transport po&eacute;tique et de m&eacute;taphores qui t&eacute;moignent de l'exp&eacute;rience du beau, d'un amour de satisfaction. Si les m&eacute;taphores du Cantique cherchent pour cette beaut&eacute; une analogie dans les diverses choses du monde visible (dans ce monde qui est le &quot;propre monde&quot; de l'&eacute;poux), elles semblent en m&ecirc;me temps indiquer l'insuffisance de chacune d'elles en particulier. &quot;Tu es toute belle ma compagne, et pas une t&acirc;che en toi!&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bx">Ct 4,7</a></i>: c'est sur cette expression que l'&eacute;poux conclut son chant, abandonnant toutes les autres m&eacute;taphores pour se tourner ver cette seule et unique par laquelle le langage du corps semble exprimer ce qui, le plus, est le propre de la f&eacute;minit&eacute; et de toute la personne.<br /> Nous continuerons l'analyse du Cantique des Cantiques au cours de la prochaine audience g&eacute;n&eacute;rale</p> <p> - 23 mai 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:29:10 +0000 Incarnare 154 at http://www.theologieducorps.fr TDC 110 - Le don mutuel de l'homme et de la femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-110-don-mutuel-de-lhomme-de-la-femme <p> <a name="1"></a>1.&nbsp;Reprenons notre analyse du Cantique des Cantiques afin de comprendre de mani&egrave;re plus ad&eacute;quate et exhaustive le signe sacramentel du mariage, tel que le manifeste le langage du corps qui est un langage particulier d'amour engendr&eacute; par le coeur. A un certain moment, l'&eacute;poux, exprimant une exp&eacute;rience particuli&egrave;re des valeurs qui rayonnent sur tout ce qui est en rapport avec la personne aim&eacute;e dit: &quot;Tu as pris mon coeur, ma soeur, mon &eacute;pouse - tu as pris mon coeur par un seul regard, - par un anneau de ton collier. - Qu'elles sont douces tes caresses - ma soeur, mon &eacute;pouse&quot;. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bz">Ct 4,9-10</a></i><br /> Dans ces paroles appara&icirc;t ce qui est d'importance essentielle pour la th&eacute;ologie du corps - et dans le cas pr&eacute;sent, pour la th&eacute;ologie du signe sacramentel du mariage. Qui donc est le &quot;tu&quot; f&eacute;minin pour le &quot;moi&quot; masculin, et vice versa?<br /> L'&eacute;poux du Cantique des Cantiques s'exclame: &quot;Tu es toute belle mon amie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bx">Ct 4,7</a></i> et il l'appelle &quot;ma soeur, mon &eacute;pouse&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bz">Ct 4,9</a></i>. Il ne l'appelle pas de son nom, mais il se sert d'expressions qui disent bien plus.<br /> Sous un certain aspect, l'appellation, &quot;soeur&quot;, dont se sert l'&eacute;poux semble &ecirc;tre plus &eacute;loquente que le terme &quot;amie&quot;; elle semble enracin&eacute;e dans l'ensemble du Cantique qui manifeste combien l'amour r&eacute;v&egrave;le l'autre personne.</p> <p> <a name="2"></a> 2.&nbsp;Le terme &quot;amie&quot; indique ce qui est toujours essentiel dans l'amour, qui place le second &quot;ego&quot; &agrave; c&ocirc;t&eacute; du propre &quot;ego&quot;. L'amiti&eacute; - l'amour d'amiti&eacute; (amour amicitiae) - signifie dans le Cantique un rapprochement particulier ressenti et exp&eacute;riment&eacute; comme force int&eacute;rieurement unificatrice. Le fait que dans ce rapprochement cet &quot;ego&quot; f&eacute;minin se r&eacute;v&egrave;le &agrave; l'&eacute;poux comme &quot;soeur&quot; - et que, pr&eacute;cis&eacute;ment comme soeur elle soit &eacute;pouse - a une &eacute;loquence toute particuli&egrave;re. L'expression &quot;soeur&quot; parle de l'union dans l'humanit&eacute; et en m&ecirc;me temps de la diversit&eacute; et de l'originalit&eacute; f&eacute;minines de cette soeur, non seulement en consid&eacute;ration du sexe, mais aussi dans la mani&egrave;re d' &quot;&ecirc;tre personne&quot;, ce qui veut dire soit &quot;&ecirc;tre sujet&quot; soit &quot;&ecirc;tre en rapport&quot;. Le terme &quot;soeur&quot; semble exprimer de la mani&egrave;re la plus simple, la subjectivit&eacute; de l'&quot;ego&quot; f&eacute;minin dans la relation personnelle avec l'homme, c'est-&agrave;-dire dans l'ouverture de ce dernier vers les autres qui sont entendus et per&ccedil;us comme des fr&egrave;res. En un certain sens, la soeur aide l'homme &agrave; se d&eacute;finir et &agrave; se comprendre de cette mani&egrave;re, constituant pour lui une sorte de d&eacute;fi dans cette direction.</p> <p> <a name="3"></a> 3. L'&eacute;poux du Cantique accueille le d&eacute;fi et recherche le pass&eacute; commun comme si lui et sa femme provenaient du m&ecirc;me cercle de famille, comme s'ils &eacute;taient unis depuis l'enfance par les souvenirs du m&ecirc;me foyer. Ils se sentent ainsi r&eacute;ciproquement proches comme fr&egrave;re et soeur qui doivent leur existence &agrave; la m&ecirc;me m&egrave;re. Il en d&eacute;coule un sens sp&eacute;cifique d'appartenance commune. Le fait qu'ils se sentent fr&egrave;re et soeur leur permet de vivre en s&ucirc;ret&eacute; ce voisinage r&eacute;ciproque et de le manifester en y trouvant un appui sans craindre le jugement inique des autres hommes.<br /> Gr&acirc;ce &agrave; l'appellation &quot;ma soeur&quot;, les paroles de l'&eacute;poux tendent &agrave; reproduire, peut-on dire, l'histoire de la f&eacute;minit&eacute; de la personne aim&eacute;e, la voyant encore &agrave; l'&eacute;poque de l'enfance et embrassant son &quot;ego&quot; tout entier &acirc;me et corps, avec une tendresse d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e. C'est de l&agrave; que na&icirc;t cette paix dont parle l'&eacute;pouse. C'est la paix du corps qui, en apparence, ressemble au sommeil (&quot;ne r&eacute;veillez pas la bien- aim&eacute;e, ne l'arrachez pas &agrave; son sommeil, avant qu'elle ne le veuille&quot;) C'est surtout la paix de la rencontre dans l'humanit&eacute; en tant qu'image de Dieu - et la rencontre &agrave; travers un don r&eacute;ciproque et d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; (&quot;et ainsi je suis &agrave; tes yeux comme celle qui a trouv&eacute; la paix&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#du">Ct 8,10</a></i></p> <p> <a name="4"></a> 4. En relation avec la trame pr&eacute;c&eacute;dente qu'on pourrait appeler la &quot;trame fraternelle&quot; appara&icirc;t dans le duo amoureux du Cantique des Cantiques une autre trame, disons un autre substrat du contenu. Nous pouvons l'examiner en partant de certaines expressions qui dans le po&egrave;me semblent avoir une signification cl&eacute;. Cette trame n'appara&icirc;t jamais explicitement, mais &agrave; travers toutes les compositions et ne se manifeste express&eacute;ment que dans certains passages. Voil&agrave; comment parle l'&eacute;poux: &quot;Tu es un jardin ferm&eacute;, ma soeur, mon &eacute;pouse - une fontaine scell&eacute;e&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#b2">Ct 4,12</a></i><br /> Ces m&eacute;taphores que nous venons de lire &quot;jardin ferm&eacute;, fontaine scell&eacute;e&quot; r&eacute;v&egrave;lent la pr&eacute;sence d'une autre vision de l' &quot;ego&quot; f&eacute;minin lui-m&ecirc;me, propri&eacute;taire de son propre myst&egrave;re. On peut dire que chacune de ces m&eacute;taphores exprime la dignit&eacute; personnelle de la femme qui, en tant que sujet spirituel, se poss&egrave;de et peut d&eacute;cider non seulement de la profondeur m&eacute;taphysique, mais aussi de la v&eacute;rit&eacute; essentielle et de l'authenticit&eacute; du don de soi, tendu vers cette union dont parle le livre de la Gen&egrave;se.<br /> Le langage de la m&eacute;taphore - langage po&eacute;tique - semble &ecirc;tre, dans ce contexte particuli&egrave;rement appropri&eacute; et pr&eacute;cis. La &quot;soeur-&eacute;pouse&quot; est pour l'homme propri&eacute;taire de son myst&egrave;re comme &quot;un jardin ferm&eacute;&quot; comme &quot;une fontaine scell&eacute;e&quot;. Le langage du corps examin&eacute; dans sa v&eacute;rit&eacute; de pair avec la d&eacute;couverte de l'inviolabilit&eacute; int&eacute;rieure de la personne. En m&ecirc;me temps, cette d&eacute;couverte exprime l'authentique profondeur de l'appartenance r&eacute;ciproque des &eacute;poux, conscients de s'appartenir mutuellement, d'&ecirc;tre destin&eacute;s l'un &agrave; l'autre. Quand l'&eacute;pouse dit: &quot;Mon bien - aim&eacute; est &agrave; moi&quot;, elle veut dire en m&ecirc;me temps: &quot;Il est celui &agrave; qui je me confie&quot;; et elle ajoute en cons&eacute;quence &quot;et moi &agrave; lui&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#be">Ct 2,16</a></i>. Les adjectifs &quot;mon&quot; et &quot;ma&quot; affirment ici toute la profondeur de cet acte de se confier qui correspond &agrave; la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure de la personne humaine.<br /> Il correspond en outre &agrave; la signification conjugale de la f&eacute;minit&eacute; par rapport &agrave; l'&quot;ego&quot; masculin, c'est-&agrave;-dire au langage du corps, consid&eacute;r&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute; de la dignit&eacute; personnelle.<br /> Cette v&eacute;rit&eacute; a &eacute;t&eacute; prononc&eacute;e par l'&eacute;poux quand il a parl&eacute; du &quot;jardin ferm&eacute;&quot; et de la &quot;fontaine scell&eacute;e&quot;. L'&eacute;pouse lui r&eacute;pond avec les paroles du don par lequel elle se confie &agrave; lui. Comme ma&icirc;tresse de son propre choix, elle dit: &quot;Je suis &agrave; mon bien-aim&eacute;&quot;. Le Cantique des Cantiques rel&egrave;ve subtilement la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure de cette r&eacute;ponse. La libert&eacute; du don est une r&eacute;ponse &agrave; la profonde conscience du don qu'expriment les paroles de l'&eacute;poux. C'est par cette v&eacute;rit&eacute; et cette libert&eacute; que s'&eacute;difie l'amour duquel il importe d'affirmer qu'il est un amour authentique.</p> <p>- 30 mai 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:30:43 +0000 Incarnare 155 at http://www.theologieducorps.fr TDC 111 - Le véritable amour appelle le dépassement de soi http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-111-veritable-amour-appelle-depassement-de-soi <p> <a name="1"></a> 1.&nbsp;Nous allons r&eacute;fl&eacute;chir encore aujourd'hui sur le Cantique des Cantiques afin de mieux comprendre le signe sacramentel du mariage.<br /> La v&eacute;rit&eacute; de l'amour proclam&eacute;e par le Cantique des Cantiques ne peut &ecirc;tre s&eacute;par&eacute;e du langage du corps. De la v&eacute;rit&eacute; de l'amour, il d&eacute;coule que le langage du corps lui- m&ecirc;me est relu dans la v&eacute;rit&eacute;. Cette v&eacute;rit&eacute; est &eacute;galement celle du rapprochement des &eacute;poux qui grandit &agrave; travers l'amour: et la proximit&eacute; signifie aussi l'initiation au myst&egrave;re de la personne, sans toute fois impliquer sa violation <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#q">Ct 1,13-14</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#t">Ct 1,16</a></i>.<br /> La v&eacute;rit&eacute; de la proximit&eacute; croissante des &eacute;poux &agrave; travers l'amour se d&eacute;veloppe dans la dimension subjective du coeur, dans celle de l'affection et du sentiment, qui permet de d&eacute;couvrir l'autre en soi comme don et, en un certain sens, de le go&ucirc;ter en soi <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#x" style="">Ct 2,3-6</a></i><br /> Par cette proximit&eacute;, l'&eacute;poux vit plus pleinement l'exp&eacute;rience de ce don qui, de la part de l'&quot;ego&quot; f&eacute;minin, s'unit &agrave; l'expression et &agrave; la signification nuptiale du corps. Les paroles de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#c3">Ct 7,1-8</a></i> ne contiennent pas seulement une description po&eacute;tique de la bien-aim&eacute;e, de sa beaut&eacute; f&eacute;minine sur laquelle se fixent les sens, mais parlent aussi du don et du &quot;se donner&quot; de la personne.<br /> L'&eacute;pouse sait qu'elle est l'objet du d&eacute;sir de l'&eacute;poux et elle va vers lui avec la promptitude du don de soi <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#df">Ct 7,9-10</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#dh">Ct 7,11-13</a></i> parce que l'amour qui les unit est en m&ecirc;me temps de nature spirituelle et de nature sensuelle. Et c'est sur la base de cet amour que se r&eacute;alise la perception du corps; car l'homme et la femme doivent constituer en commun ce signe du don r&eacute;ciproque de soi qui met le sceau sur toute leur vie.</p> <p><a name="2"></a>2. Dans le Cantique des Cantiques, le langage du corps est ins&eacute;r&eacute; dans le processus particulier de l'attraction mutuelle de l'homme et de la femme qu'expriment les nombreux chants du Cantique, qui parlent fr&eacute;quemment de recherche pleine de nostalgie d'affectueuse sollicitude <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#a1">Ct 2,7</a></i> et de r&eacute;ciproques retrouvailles des &eacute;poux <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cc">Ct 5,2</a></i>. Cela leur apporte joie et qui&eacute;tude et semble les entra&icirc;ner &agrave; une recherche continuelle. On a l'impression qu'en se rencontrant, en se rejoignant, en exp&eacute;rimentant leur propre voisinage, ils ne cessent de tendre vers quelque chose: ils c&egrave;dent &agrave; l'appel de quelque chose qui d&eacute;passe le contenu du moment, et qui franchit les limites de l'&eacute;ros, relues dans les paroles du mutuel langage du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#k">Ct 1,7-8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#bf">Ct 2,17</a></i>. Cette recherche a une dimension int&eacute;rieure: le coeur veille m&ecirc;me dans le sommeil. Cette aspiration n&eacute;e de la beaut&eacute; int&eacute;grale, de la puret&eacute; absolument sans tache; c'est la recherche d'une perfection contenant, peut-on dire, la synth&egrave;se de la beaut&eacute; humaine, beaut&eacute; de l'&acirc;me et du corps.<br /> Dans le Cantique des Cantiques l'&eacute;ros humain r&eacute;v&egrave;le le visage de l'amour toujours en recherche et jamais satisfait. L'&eacute;cho de cette inqui&eacute;tude envahit les strophes du petit po&egrave;me: &quot;J'ai ouvert &agrave; mon bien-aim&eacute;, - mais mon bien-aim&eacute; avait disparu, il &eacute;tait pass&eacute;! - Je l'ai cherch&eacute; et ne l'ai point trouv&eacute; - je l'ai appel&eacute; et il ne m'a pas r&eacute;pondu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cg">Ct 5,6</a></i> - &quot;Je vous adjure, filles de J&eacute;rusalem - si vous trompez mon bien-aim&eacute; - que lui annoncerez vous - sinon que je suis malade d'amour? <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#cj">Ct 5,9</a></i></p> <p><i><a name="3"></a>3. </i>Donc, quelques strophes du Cantique des Cantiques pr&eacute;sentent l'&eacute;ros comme la forme de l'amour humain dans lequel op&egrave;rent les &eacute;nergies du d&eacute;sir. Et c'est en elles que s'enracine la conscience, c'est-&agrave;-dire la certitude subjective de l'appartenance r&eacute;ciproque, fid&egrave;le et exclusive. Mais en m&ecirc;me temps, un grand nombre d'autres strophes nous forcent &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur les causes de la recherche et de l'inqui&eacute;tude qui accompagnent la conscience d'appartenir l'un &agrave; l'autre. Cette inqui&eacute;tude fait-elle aussi partie de la nature de l'&eacute;ros? S'il en &eacute;tait ainsi, cette inqui&eacute;tude indiquerait aussi la n&eacute;cessit&eacute; du d&eacute;passement de soi. La v&eacute;rit&eacute; de l'amour s'exprime dans la conscience de l'appartenance r&eacute;ciproque, fruit de l'aspiration et de la recherche mutuelles et, de m&ecirc;me, dans la n&eacute;cessit&eacute; de l'aspiration et de la recherche comme r&eacute;sultat de l'appartenance r&eacute;ciproque.<br /> Dans cette n&eacute;cessit&eacute; int&eacute;rieure, dans cette dynamique d'amour, se r&eacute;v&egrave;le indirectement la quasi-impossibilit&eacute; pour une personne de s'emparer, de prendre possession d'une autre personne. La personne est un &ecirc;tre qui d&eacute;passe absolument toutes les mesures d'appropriation et de propri&eacute;t&eacute;, de possession et de satisfaction qui &eacute;mergent du langage du corps lui-m&ecirc;me. Si l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse m&eacute;ditent ce langage dans la pleine v&eacute;rit&eacute; de la personne et de l'amour, ils parviennent &agrave; une conviction toujours plus profonde que l'ampleur de leur appartenance mutuelle constitue ce don r&eacute;ciproque, dans lequel l'amour se r&eacute;v&egrave;le &quot;fort comme la mort&quot; c'est-&agrave;-dire qu'il remonte jusqu'aux derni&egrave;res limites du langage du corps pour les franchir. En un certains sens, la v&eacute;rit&eacute; de l'amour int&eacute;rieur et la v&eacute;rit&eacute; du don r&eacute;ciproque appellent continuellement l'&eacute;poux et l'&eacute;pouse &agrave; travers les moyens d'expressions de l'appartenance r&eacute;ciproque et m&ecirc;me en se d&eacute;tachant de ces moyens, &agrave; atteindre et parvenir &agrave; ce qui constitue le noyau m&ecirc;me du don de personne &agrave; personne.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;En suivant les sentiers des paroles trac&eacute;s par les strophes du Cantique des Cantiques, il semble que nous approchons donc de la dimension dans laquelle l'&eacute;ros cherche &agrave; s'int&eacute;grer moyennant encore une autre v&eacute;rit&eacute; de l'amour. Des si&egrave;cles plus tard - &agrave; la lumi&egrave;re de la mort et de la r&eacute;surrection du Christ - Paul de Tarse proclamera cette v&eacute;rit&eacute; dans son &eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens: &quot;La charit&eacute; est longanime, la charit&eacute; est serviable, elle n'est pas envieuse, la charit&eacute; ne fanfaronne pas, elle ne se rengorge pas, elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son int&eacute;r&ecirc;t, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal, elle ne se r&eacute;jouit pas de l'injustice, mais elle met sa joie dans la v&eacute;rit&eacute;. Elle excuse tout, croit tout, esp&egrave;re tout, supporte tout. La charit&eacute; ne passe jamais&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#k5">1Co 13,4-8</a></i><br /> La v&eacute;rit&eacute; sur l'amour exprim&eacute;e dans les strophes du Cantique des Cantiques est-elle confirm&eacute;e &agrave; la lumi&egrave;re de ces paroles de saint Paul? Dans le Cantique des Cantiques nous lisons, par exemple au sujet de l'amour, que la jalousie est &quot;tenace comme les enfers&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#dq">Ct 8,6</a></i>; et dans l'&eacute;p&icirc;tre de Paul nous lisons que &quot;la charit&eacute; n'est pas envieuse&quot;. Quel rapport existe-t-il entre ces deux expressions concernant l'amour? Quel rapport yun autre langage; l'amour qui semble &eacute;merger d'une autre dimension de la personne et appelle, invite &agrave; une autre communion. Cet amour a &eacute;t&eacute; d&eacute;sign&eacute; sous le nom d' &quot;agap&eacute;&quot; et l'agap&eacute; conduit l'&eacute;ros &agrave; son accomplissement, en le purifiant.<br /> Nous concluons ainsi les br&egrave;ves m&eacute;ditations au sujet du Cantique des Cantiques que nous avons faites dans le but de mieux approfondir encore le th&egrave;me du langage du corps. Dans ce cadre, le Cantique des Cantiques a une signification tout &agrave; fait particuli&egrave;re.</p> <p>- 6&nbsp;juin 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:32:38 +0000 Incarnare 156 at http://www.theologieducorps.fr TDC 112 - L'amour, soutenu par la prière est plus fort que la mort http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-112-lamour-soutenu-par-la-priere-est-plus-fort-la-mort <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Commentant ces semaines derni&egrave;res le Cantique des Cantiques, j'ai soulign&eacute; le fait que le signe sacramentel du mariage se constitue sur la base du langage du corps, que l'homme et la femme expriment dans la v&eacute;rit&eacute; qui leur est propre. C'est sous cet aspect que j'entends analyser aujourd'hui quelques passages du livre de Tobie.<br /> Dans le r&eacute;cit des &eacute;pousailles de Tobie et de Sara, nous trouvons le terme &quot;soeur&quot; - qui semble indiquer une nature fraternelle dans l'amour conjugal - et, de m&ecirc;me, une autre expression, analogue, elle aussi, &agrave; celles du Cantique des Cantiques.<br /> Vous vous en souvenez certainement, dans le duo des &eacute;poux l'amour qu'ils se d&eacute;clarent l'un &agrave; l'autre est &quot;fort comme la mort&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/eny.htm#dq">Ct 8,6</a></i>. Dans le livre de Tobit, nous trouvons une phrase o&ugrave; il est dit qu'il aima Sara &quot;au point de ne plus pouvoir se d&eacute;tacher d'elle&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hig.htm#e3">Tb 6,19</a></i> et qui pr&eacute;sente une situation confirmant la v&eacute;rit&eacute; des paroles au sujet de l'amour &quot;fort comme la mort&quot;</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;Pour mieux comprendre, il faut se reporter &agrave; quelques d&eacute;tails qui trouvent une explication sur le fond du caract&egrave;re sp&eacute;cifique du livre de Tobie. On y lit que Sara, fille de Ragou&euml;l, avait &eacute;t&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment &quot;donn&eacute;e comme &eacute;pouse &agrave; sept maris&quot; et que tous ceux-ci &eacute;taient morts avant de s'unir &agrave; elle. Cela &eacute;tait d&ucirc; &agrave; l'intervention de l'esprit malin et le jeune Tobie avait raison de craindre une mort semblable.<br /> Ainsi, l'amour de Tobie devait d&egrave;s le premier moment, affronter l'&eacute;preuve de la vie et de la mort. Les paroles sur l'amour &quot;fort comme la mort&quot; prononc&eacute;es par les &eacute;poux dans le Cantique des Cantiques prennent ici un caract&egrave;re d'&eacute;preuve r&eacute;elle. Si l'amour se d&eacute;montre fort comme la mort, cela advient surtout en ce sens que Tobie et Sara avec lui n'h&eacute;sitent pas &agrave; aller au-devant de cette &eacute;preuve. Mais dans cette &eacute;preuve de la vie et de la mort, c'est la vie qui triomphe car durant la premi&egrave;re nuit nuptiale, l'amour soutenu par la pri&egrave;re se r&eacute;v&egrave;le plus fort que la mort.</p> <p><a name="3"></a>3.&nbsp;Cette &eacute;preuve de la vie et de la mort a &eacute;galement une autre signification que nous font comprendre l'amour et le mariage des nouveaux &eacute;poux. En effet, en s'unissant comme mari et femme, ils se trouvent dans la situation o&ugrave; les forces du bien et du mal se combattent et se mesurent r&eacute;ciproquement. Le duo des &eacute;poux du Cantique des Cantiques ne semble pas en effet percevoir cette dimension de la r&eacute;alit&eacute;. Les &eacute;poux du Cantique des Cantiques vivent et s'expriment dans un monde id&eacute;al ou &quot;abstrait&quot;; comme si dans ce monde n'existait pas la lutte des forces objectives entre le bien et le mal. Ne serait-ce pas pr&eacute;cis&eacute;ment la force et la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure de l'amour qui att&eacute;nuent la lutte qui se d&eacute;roule en lui et autour de lui?<br /> La pl&eacute;nitude de cette v&eacute;rit&eacute; et de cette propre force de l'amour semble toutefois &ecirc;tre diff&eacute;rente et tendre plut&ocirc;t &agrave; mener l&agrave; o&ugrave; nous conduit l'exp&eacute;rience du livre de Tobie. La v&eacute;rit&eacute; et la force de l'amour se manifestent dans la capacit&eacute; de se placer entre les forces du bien et du mal qui luttent dans l'homme et autour de lui, car l'amour a confiance en la victoire du bien et il est pr&ecirc;t &agrave; tout faire pour que triomphe le bien. Par cons&eacute;quent, la v&eacute;rit&eacute; de l'amour des &eacute;poux du livre de Tobie trouve sa confirmation, non pas dans les paroles exprim&eacute;es par le langage du transport amoureux comme dans le Cantique des Cantiques, mais bien dans les options et dans les actes qui assument tout le poids de l'existence humaine dans leur union &agrave; tous deux. Le langage du corps semble utiliser ici les paroles des options et des actes jaillis de l'amour qui triomphe parce qu'il prie.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;La pri&egrave;re de Tobie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hig.htm#fz">Tb 8,5-8</a></i>, qui est avant tout une pri&egrave;re de louange et de remerciement, puis une supplication, place le langage du corps sur le terrain des termes essentiels de la th&eacute;ologie du corps. C'est un langage &quot;objectiv&eacute;&quot;, p&eacute;n&eacute;tr&eacute; moins de la force &eacute;motive de l'exp&eacute;rience que de la profondeur et la gravit&eacute; de la v&eacute;rit&eacute; de l'existence elle-m&ecirc;me.<br /> Cette v&eacute;rit&eacute;, les &eacute;poux la professent ensemble, &agrave; l'unisson, devant le Dieu de l'Alliance, &quot;Dieu de nos p&egrave;res&quot;. On peut dire que sous cet aspect le langage du corps devient le langage des ministres du sacrement, conscients que dans le pacte conjugal s'exprime et se r&eacute;alise le myst&egrave;re qui a sa source en Dieu lui-m&ecirc;me. Leur pacte conjugal est en effet l'image et le sacrement primordial de l'Alliance de Dieu avec le genre humain - de cette Alliance qui tire son origine de l'Amour &eacute;ternel.<br /> Tobie et Sara terminent leur pri&egrave;re par les paroles suivantes: Fais que nous obtenions mis&eacute;ricorde, elle et moi, et que nous arrivions ensemble &agrave; la vieillesse&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/hig.htm#f1">Tb 8,7</a></i><br /> On peut admettre, en se basant sur le contexte, qu'ils ont sous les yeux la perspective de pers&eacute;v&eacute;rer dans leur communion jusqu'&agrave; la fin de leurs jours, - perspective qui, avec l'&eacute;preuve de la vie et de la mort, s'ouvre devant eux d&eacute;j&agrave; durant la premi&egrave;re nuit nuptiale. En m&ecirc;me temps, ils voient avec les yeux de la foi la saintet&eacute; de cette vocation dans laquelle ils doivent - par l'unit&eacute; du couple construite sur la v&eacute;rit&eacute; r&eacute;ciproque du langage du corps - r&eacute;pondre &agrave; l'appel de Dieu lui-m&ecirc;me, contenu dans le myst&egrave;re de l'origine. Et c'est pourquoi, ils demandent: &quot;Fais que nous obtenions mis&eacute;ricorde, elle et moi&quot;.</p> <p><a name="5"></a>5.&nbsp;Les &eacute;poux du Cantique des Cantiques se d&eacute;clarent l'un &agrave; l'autre, avec d'ardentes paroles, leur amour humain. Les nouveaux &eacute;poux du livre de Tobie demandent &agrave; Dieu la gr&acirc;ce de savoir r&eacute;pondre &agrave; l'amour. L'un et l'autre couples ont leur place dans ce qui constitue le signe sacramentel du mariage. Ils participent l'un et l'autre &agrave; la formation de ce signe.<br /> On peut dire qu'&agrave; travers l'un et l'autre le langage du corps consid&eacute;r&eacute; soit selon la dimension subjective de la v&eacute;rit&eacute; des coeurs humains, soit selon la dimension objective de la v&eacute;rit&eacute; &agrave; vivre dans la communion, devient la langue de la liturgie.<br /> La pri&egrave;re des nouveaux &eacute;poux du livre de Tobie semble certainement le confirmer d'une mani&egrave;re diff&eacute;rente de celle du Cantique des Cantiques et aussi d'une mani&egrave;re qui, incontestablement, &eacute;meut plus profond&eacute;ment.</p> <p>- 27&nbsp;juin 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:34:03 +0000 Incarnare 157 at http://www.theologieducorps.fr TDC 113 - La dimension mystique du langage du corps http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-113-la-dimension-mystique-du-langage-du-corps <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Reportons-nous aujourd'hui au texte classique du <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21-32</a></i> qui r&eacute;v&egrave;le les sources &eacute;ternelles de l'Alliance dans l'amour du P&egrave;re et, en m&ecirc;me temps, sa nouvelle et d&eacute;finitive institution en J&eacute;sus-Christ.<br /> Ce texte nous conduit &agrave; une dimension du langage du corps telle quelle pourrait &ecirc;tre appel&eacute;e &quot;mystique&quot;. Il parle en effet du mariage comme d'un &quot;grand myst&egrave;re&quot; (&quot;Ce myst&egrave;re est de grande port&eacute;e&quot;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i>). Et bien que ce myst&egrave;re s'accomplisse dans l'union nuptiale du Christ r&eacute;dempteur avec l'Eglise et de l'Eglise-&eacute;pouse avec le Christ (&quot;Je veux dire qu'il (ce myst&egrave;re) s'applique au Christ et &agrave; l'Eglise&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fh">Ep 5,32</a></i> et bien qu'il s'effectue d&eacute;finitivement dans les dimensions eschatologiques, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens n'h&eacute;site pas, toutefois, &agrave; &eacute;tendre l'analogie de l'union du Christ et de l'Eglise dans l'amour nuptial (d&eacute;finie de mani&egrave;re si &quot;absolue&quot; et eschatologique) au signe sacramentel du pacte conjugal de l'homme et de la femme qui sont &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>. Il n'h&eacute;site pas &agrave; &eacute;tendre cette analogie mystique au langage du corps, examin&eacute; dans la v&eacute;rit&eacute; de l'amour nuptial et de l'union conjugale des deux.</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;Il faut reconna&icirc;tre la logique de ce merveilleux texte qui lib&egrave;re radicalement notre fa&ccedil;on de penser des &eacute;l&eacute;ments de manich&eacute;isme ou de consid&eacute;ration non personnaliste du corps, et qui en m&ecirc;me temps rend le langage du corps, contenu dans le signe sacramentel du mariage, plus proche de la dimension de la saintet&eacute; r&eacute;elle.<br /> Les sacrements greffent la saintet&eacute; sur le terrain de l'humanit&eacute; de l'homme; ils p&eacute;n&egrave;trent de la force de la saintet&eacute; l'&acirc;me et le corps, la f&eacute;minit&eacute; et la masculinit&eacute; du sujet personnel. Tout ceci est exprim&eacute; dans la langue de la liturgie: cela s'y exprime et s'y r&eacute;alise.<br /> La liturgie - la langue liturgique - &eacute;l&egrave;ve le pacte conjugal de l'homme et de la femme, bas&eacute; sur le langage du corps consid&eacute;r&eacute; dans sa v&eacute;rit&eacute;, aux conditions du myst&egrave;re; et elle permet, en m&ecirc;me temps, que ce pacte se r&eacute;alise aux dimensions pr&eacute;cit&eacute;es &agrave; travers le langage du corps.<br /> C'est pr&eacute;cis&eacute;ment de cela que parle le signe du sacrement du mariage qui, dans la langue liturgique, exprime un &eacute;v&eacute;nement interpersonnel, riche d'intenses contenus individuels attribu&eacute;s &agrave; l'homme et &agrave; la femme &quot;jusqu'&agrave; la mort&quot;. Le signe sacramentel signifie non seulement le &quot;devenir&quot; - la naissance du mariage -, mais constitue aussi tout son &quot;&ecirc;tre&quot;, toute sa dur&eacute;e: l'un et l'autre comme r&eacute;alit&eacute; sacr&eacute;e et sacramentelle, enracin&eacute;e dans la dimension de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption. De cette mani&egrave;re, la langue liturgique assigne &agrave; tous deux, &agrave; l'homme et &agrave; la femme, l'amour, la fid&eacute;lit&eacute; et l'honn&ecirc;tet&eacute; conjugale au moyen du langage du corps. Il leur assigne l'unit&eacute; et l'indissolubilit&eacute; du mariage dans le langage du corps. <i>Il leur assigne comme t&acirc;che tout le &quot;sacrum&quot; de la personne et de la communion des personnes et, de m&ecirc;me, leur f&eacute;minit&eacute; et masculinit&eacute; - pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce langage</i>.</p> <p><a name="3"></a>3.&nbsp;C'est en ce sens que nous affirmons que la langue liturgique devient langage du corps. Cela signifie une s&eacute;rie de faits et de t&acirc;ches qui forment la spiritualit&eacute; du mariage, son ethos. Dans la vie quotidienne des &eacute;poux, ces faits deviennent des t&acirc;ches; et les t&acirc;ches se traduisent en des faits. Ces faits - comme aussi les engagements - sont de nature spirituelle; toutefois, ils s'expriment en m&ecirc;me temps selon le langage du corps.<br /> L'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens &eacute;crit &agrave; ce propos: &quot;(...) les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps (...)&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fd">Ep 5,28</a></i> - c'est-&agrave;-dire &quot;comme soi m&ecirc;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fi">Ep 5,33</a></i> - &quot;et que la femme r&eacute;v&egrave;re son mari&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#fi">Ep 5,33</a></i>. Du reste, qu'ils soient tous deux &quot;soumis l'un &agrave; l'autre dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>.<br /> Le langage du corps, en tant que continuit&eacute; ininterrompue de la langue liturgique, s'exprime non seulement comme l'attrait et la complaisance r&eacute;ciproques du Cantique des Cantiques, mais aussi comme la profonde exp&eacute;rience du &quot;sacrum&quot; qui semble s'&ecirc;tre r&eacute;pandu dans la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; m&ecirc;me &agrave; travers la dimension du &quot;mysterium&quot;: &quot;mysterium magnum&quot; de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens qui plonge pr&eacute;cis&eacute;ment ses racines dans l'origine, c'est-&agrave;-dire dans le myst&egrave;re de la cr&eacute;ation de l'&ecirc;tre humain: homme et femme, &agrave; l'image de Dieu, et appel&eacute;s &agrave; &ecirc;tre d&egrave;s l'origine un signe visible de l'amour cr&eacute;ateur de Dieu.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;Ainsi donc cette crainte de Dieu et ce respect dont parle l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens ne sont rien d'autre qu'une forme spirituellement m&ucirc;re de cet attrait r&eacute;ciproque: c'est-&agrave;-dire de l'homme vers la f&eacute;minit&eacute; et de la femme vers la masculinit&eacute;, qui se r&eacute;v&egrave;le pour la premi&egrave;re fois dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fi">Gn 2,23-25</a></i> Ensuite le m&ecirc;me attrait semble parcourir comme un large torrent les versets du Cantique des Cantiques pour trouver, dans des circonstances totalement diff&eacute;rentes, son expression concise et concentr&eacute;e dans le livre de Tobie.<br /> La maturit&eacute; spirituelle de cet attrait n'est autre que la fructification du don de crainte - un des sept dons du Saint Esprit dont saint Paul fait &eacute;tat dans sa premi&egrave;re &eacute;p&icirc;tre aux Thessalonissiens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bou.htm#cv">1Th 4,4-7</a></i><br /> Par ailleurs la doctrine de saint Paul au sujet de la chastet&eacute; comme &quot;vie selon l'Esprit&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#hi">Rm 8,5</a></i> nous permet (particuli&egrave;rement sur la base de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bko.htm#ew">1Co 6</a></i>) d'interpr&eacute;ter ce respect en un sens charismatique, c'est-&agrave;-dire comme don de l'Esprit Saint</p> <p><a name="5"></a>5.&nbsp;En exhortant les &eacute;poux &agrave; &ecirc;tre soumis l'un &agrave; l'autre &quot;dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>, et par la suite, en les incitant au respect dans les relations conjugales, l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens semble mettre en &eacute;vidence, conform&eacute;ment &agrave; la tradition paulinienne, le fait que la chastet&eacute; est une vertu et qu'elle est un don.<br /> C'est de cette mani&egrave;re, &agrave; travers la vertu , et plus encore, &agrave; travers le don (vie selon l'Esprit) que m&ucirc;rit spirituellement l'attrait r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;. Tous deux, l'homme et la femme s'&eacute;loignant de la concupiscence trouvent l'exacte dimension dans la vraie signification nuptiale du corps.<br /> Ainsi la langue liturgique, c'est-&agrave;-dire la langue du sacrement et du &quot;mysterium&quot; devient dans leur vie, dans leur coexistence, un langage d'une profondeur, d'une simplicit&eacute; et d'une beaut&eacute; jusqu'&agrave; ce moment inconnues.<br /> Voil&agrave; ce qui para&icirc;t &ecirc;tre la signification int&eacute;grale du signe sacramentel du mariage. Dans ce signe - &agrave; travers le langage du corps -, l'homme et la femme vont &agrave; la rencontre du grand &quot;mysterium&quot; pour transf&eacute;rer la lumi&egrave;re de ce myst&egrave;re - lumi&egrave;re de v&eacute;rit&eacute; et de beaut&eacute;, exprim&eacute;e par la langue liturgique - en langage du corps, c'est-&agrave;-dire dans le langage de la praxis de l'amour, de la fid&eacute;lit&eacute;, de l'honn&ecirc;tet&eacute; et, donc, dans l'ethos enracin&eacute; dans la R&eacute;demption du corps <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#h0">Rm 8,23</a></i>. Sur cette voie la vie conjugale devient, en un certains sens, liturgie.</p> <p>- 4 juillet 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:35:26 +0000 Incarnare 158 at http://www.theologieducorps.fr TDC 114 - Avec humanae vitae considérer les deux significations de l'acte conjugal http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-114-avec-humanae-vitae-considerer-deux-significations-de-lacte-conjugal <p>Les r&eacute;flexions que nous avons faites jusqu'&agrave; pr&eacute;sent sur l'amour humain dans le plan divin demeureraient en quelque sorte incompl&egrave;tes si nous ne cherchions pas &agrave; en avoir l'application concr&egrave;te dans le cadre de la morale conjugale et familiale. Nous allons faire ce dernier pas qui nous m&egrave;nera &agrave; la conclusion de notre d&eacute;sormais long chemin, dans le sillage d'une importante d&eacute;claration du r&eacute;cent Magist&egrave;re: l'encyclique Humanae Vitae que le pape Paul VI a publi&eacute;e en juillet 1968. Nous relirons cet important document &agrave; la lumi&egrave;re des r&eacute;sultats que nous avons obtenus en examinant le dessein divin initial et les paroles du Christ qui y renvoient.</p> <p><a name="1"></a>1.&nbsp;&quot;L'Eglise enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert &agrave; la transmission de la vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bn">HV 11</a></i> &quot;Cette doctrine plusieurs fois expos&eacute;e par le Magist&egrave;re, est fond&eacute;e sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux signifilien indissoluble. Je n'entends pas pr&eacute;senter un commentaire au sujet de toute l'encyclique, mais plut&ocirc;t en expliquer et approfondir un passage. Du point de vue de la morale chr&eacute;tienne contenue dans cette encyclique, cet extrait a une signification centrale. Il constitue en m&ecirc;me temps un &eacute;l&eacute;ment qui est en rapport tr&egrave;s &eacute;troit avec nos r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes sur le mariage dans la dimension du signe(sacramentel).<br /> Et comme - ainsi que je l'ai dit - c'est un passage central de l'encyclique, il est &eacute;vident qu'il se trouve profond&eacute;ment ins&eacute;r&eacute; dans toute sa structure: son analyse doit donc porter sur les diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments composant cette structure, m&ecirc;me si l'on n'a pas l'intention de commenter le texte tout entier.</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;Dans mes r&eacute;flexions sur le signe sacramentel, j'ai dit &agrave; plusieurs reprises qu'il est bas&eacute; sur le langage du corps, relu dans la v&eacute;rit&eacute;. Il s'agit d'une v&eacute;rit&eacute; affirm&eacute;e une premi&egrave;re fois au d&eacute;but du mariage quand les nouveaux &eacute;poux, se promettant l'un &agrave; l'autre d'&quot;&ecirc;tre toujours fid&egrave;les (...) de s'aimer et de s'honorer tous les jours de leur vie&quot; deviennent ministres du mariage comme sacrement de l'Eglise.<br /> Puis, il s'agit d'une v&eacute;rit&eacute; qui, peut-on dire, est sans cesse affirm&eacute;e &agrave; nouveau. En effet, vivant dans le mariage &quot;jusqu'&agrave; la mort&quot;, l'homme et la femme revivent continuellement, en un certain sens, ce signe que le jour de leurs noces ils se sont donn&eacute;s eux-m&ecirc;mes gr&acirc;ce &agrave; la liturgie du sacrement.<br /> Les paroles de l'encyclique de Paul VI que nous avons cit&eacute;es concernent ce moment de la vie des &eacute;poux o&ugrave; tous deux s'unissant dans l'acte conjugal deviennent, selon l'expression biblique &quot;une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>. Pr&eacute;cis&eacute;ment dans un tel moment si riche de signification, il est particuli&egrave;rement important de r&eacute;examiner le langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;. Ce r&eacute;examen est une condition indispensable pour agir dans la v&eacute;rit&eacute;, c'est-&agrave;-dire pour se comporter conform&eacute;ment &agrave; la valeur et &agrave; la norme morales.</p> <p><a name="3"></a>3. Non seulement l'encyclique nous rappelle cette norme, mais elle cherche aussi &agrave; en donner le fondement ad&eacute;quat. Pour mieux &eacute;clairer de lien indissoluble que Dieu a voulu... entre les deux significations de l'acte conjugal, Paul VI a &eacute;crit la phrase suivante: &quot;(...) par sa structure intime l'acte conjugal, en m&ecirc;me temps qu'il unit profond&eacute;ment les &eacute;poux, les rend aptes &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration de nouvelles vies, selon les lois inscrites dans l'&ecirc;tre m&ecirc;me de l'homme et de la femme&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>.<br /> Le passage de la phrase qui exprime la norme morale &agrave; la phrase qui l'explique et la motive est particuli&egrave;rement significatif. L'encyclique induit &agrave; chercher le fondement de la norme qui d&eacute;termine la moralit&eacute; des actions de l'homme et de la femme dans l'acte conjugal, dans la nature de cet acte m&ecirc;me et, encore plus profond&eacute;ment, dans la nature des sujets m&ecirc;mes qui agissent.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;De cette mani&egrave;re, la &quot;structure intime&quot; (c'est-&agrave;-dire la nature) de l'acte conjugal constitue la base n&eacute;cessaire pour une lecture et une d&eacute;couverte ad&eacute;quates des significations qui doivent transf&eacute;rer dans la conscience et dans les d&eacute;cisions des personnes qui agissent; elle constitue &eacute;galement la base n&eacute;cessaire pour &eacute;tablir le rapport ad&eacute;quat de ces significations, c'est-&agrave;-dire leur indissolubilit&eacute;. Comme en m&ecirc;me temps, &quot;l'acte conjugal (...) unit profond&eacute;ment les &eacute;poux&quot; et, ensemble &quot;les rend aptes &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration de nouvelles vies&quot; et comme l'un et l'autre adviennent &quot;en raison de sa structure intime&quot;, il en r&eacute;sulte que la personne humaine &quot;doit&quot; (par besoin propre de la raison, la n&eacute;cessit&eacute; logique) consid&eacute;rer en m&ecirc;me temps les &quot;deux significations de l'acte conjugal&quot;.<br /> Ici, il ne s'agit de rien d'autre que de lire dans la v&eacute;rit&eacute; le langage du corps comme je l'ai dit plusieurs fois au cours des pr&eacute;c&eacute;dentes lectures bibliques. La norme morale que l'Eglise ne cesse d'enseigner en cette mati&egrave;re et que Paul VI rappelle et confirme dans son encyclique d&eacute;coule de la lecture du langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;.<br /> Il s'agit ici de la v&eacute;rit&eacute;, d'abord dans sa dimension ontologique (&quot;structure intime&quot;); puis, en cons&eacute;quence, de sa dimension subjective et psychologique (&quot;signification&quot;). Le texte de l'encyclique souligne que, dans le cas en question, il s'agit d'une norme de la loi naturelle.</p> <p> - 11 juillet 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:37:18 +0000 Incarnare 159 at http://www.theologieducorps.fr TDC 115 - "Humanae Vitae", des normes morales fondées sur la loi naturelle et la Tradition http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-115-humanae-vitae-normes-morales-fondees-sur-la-loi-naturelle-la-tradition <p>1.&nbsp;On lit dans l'encyclique Humanae Vitae: &quot;Quand elle rappelle les hommes &agrave; l'observance des normes de la loi naturelle interpr&eacute;t&eacute;e par sa doctrine constante, l'Eglise enseigne que n'importe quel acte conjugal doit rester de lui- m&ecirc;me ouvert &agrave; la transmission de la vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bn">HV 11</a></i>.<br /> Ce texte consid&egrave;re en m&ecirc;me temps et de pus met en relief la dimension subjective et psychologique quand il fait &eacute;tat de la signification ou plus exactement des deux significations de l'acte conjugal.<br /> La signification na&icirc;t dans la conscience avec la prise en consid&eacute;ration de la v&eacute;rit&eacute; (ontologique) de l'objet. Gr&acirc;ce &agrave; cette prise en consid&eacute;ration, la v&eacute;rit&eacute; (ontologique) entre pour ainsi dire dans la dimension cognitive, subjective et psychologique.<br /> L'encyclique Humanae Vitae semble attirer particuli&egrave;rement l'attention sur cette derni&egrave;re dimension. Cela est &eacute;galement confirm&eacute; indirectement, entre autres, par la phrase suivante &quot;Nous pensons que les hommes de notre &eacute;poque sont particuli&egrave;rement en mesure de saisir le caract&egrave;re profond&eacute;ment raisonnable et humain de ce principe fondamental&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i></p> <p>2.&nbsp;Ce caract&egrave;re raisonnable ne regarde pas seulement la v&eacute;rit&eacute; dans sa dimension ontologique en ce qui correspond &agrave; la structure r&eacute;elle de l'acte conjugal. Il regarde &eacute;galement cette m&ecirc;me v&eacute;rit&eacute; dans sa dimension subjective et psychologique, c'est-&agrave;-dire la compr&eacute;hension correcte de la structure intime de l'acte conjugal, c'est-&agrave;-dire l'ad&eacute;quate consid&eacute;ration des significations qui correspondent &agrave; cette structure et la consid&eacute;ration de leur connexion ins&eacute;parable, en vue d'une conduite moralement droite. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment en ceci que consistent la norme morale et, par cons&eacute;quent, la r&eacute;gularit&eacute; des actes humains dans le domaine de la sexualit&eacute;. Nous pouvons dire, en ce sens, que la norme s'identifie avec la prise en consid&eacute;ration du langage dans la v&eacute;rit&eacute;.</p> <p>3.&nbsp;L'encyclique Humanae Vitae contient la norme morale et sa motivation ou, tout au moins, un approfondissement de ce qui constitue la motivation de la norme. Du reste, comme la norme qui exprime la valeur morale a un caract&egrave;re d'obligation, il en r&eacute;sulte que les actes conformes &agrave; la norme sont moralement droits, les actes contraires sont, &agrave; l'inverse, intrins&egrave;quement illicites. L'auteur de l'encyclique souligne qu'une telle norme appartient &agrave; la loi naturelle, c'est-&agrave;- dire qu'elle est conforme &agrave; la raison comme telle. L'Eglise enseigne cette norme, bien qu'elle ne soit pas exprim&eacute;e formellement (c'est-&agrave;-dire litt&eacute;ralement) dans la Sainte Ecriture; elle le fait dans la conviction que l'interpr&eacute;tation de la loi naturelle est de la comp&eacute;tence du Magist&egrave;re.<br /> Nous pouvons toutefois en dire plus. M&ecirc;me si la norme morale, telle qu'elle est formul&eacute;e dans l'encyclique Humanae Vitae,ne se trouve pas litt&eacute;ralement dans la Sainte Ecriture, n&eacute;anmoins, du fait qu'elle est contenue dans la Tradition et - comme l'&eacute;crit le pape Paul VI - qu'elle a &eacute;t&eacute; &quot;maintes fois expos&eacute;e par le Magist&egrave;re&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i> il r&eacute;sulte que cette norme correspond &agrave; l'ensemble de la doctrine r&eacute;v&eacute;l&eacute;e contenue dans les sources bibliques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bg">HV 4</a></i>.</p> <p>4.&nbsp;Ici, il s'agit non seulement de l'ensemble de la doctrine morale contenue dans la Sainte Ecriture, de ses pr&eacute;misses essentielles et du caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ral de son contenu, mais &eacute;galement de ce complexe plus ample auquel nous avons d&eacute;j&agrave; consacr&eacute; de nombreuses analyses en traitant de la th&eacute;ologie du corps.<br /> C'est pr&eacute;cis&eacute;ment avec un si ample complexe comme toile de fond qu'il devient &eacute;vident que la norme morale pr&eacute;cit&eacute;e appartient non seulement &agrave; la loi morale naturelle, mais aussi &agrave; l'ordre moral que Dieu a r&eacute;v&eacute;l&eacute;; et, de ce point de vue &eacute;galement, elle ne pourrait &ecirc;tre diff&eacute;rente, mais seulement et uniquement telle que la transmettent la Tradition et le Magist&egrave;re et, de nos jours, l'encyclique Humanae Vitae comme document contemporain du Magist&egrave;re.<br /> Paul VI &eacute;crit: &quot;Nous pensons que les hommes de notre temps sont particuli&egrave;rement en mesure de saisir la caract&egrave;re profond&eacute;ment raisonnable et humain de ce principe fondamental&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>. On peut ajouter: ils sont &eacute;galement en mesure de saisir son caract&egrave;re profond&eacute;ment conforme &agrave; tout ce qui est transmis par la Tradition jaillie des sources bibliques. Les bases de cette conformit&eacute; sont &agrave; rechercher particuli&egrave;rement dans l'anthropologie biblique. Par ailleurs, on conna&icirc;t la signification de l'anthropologie pour l'&eacute;thique, c'est-&agrave;-dire pour la doctrine morale. Il semble parfaitement raisonnable de chercher pr&eacute;cis&eacute;ment dans la th&eacute;ologie du corps le fondement de la v&eacute;rit&eacute; de la norme qui concerne des probl&egrave;mes d'importance si fondamentale ayant trait &agrave; l'homme en tant que corps: &quot;Les deux ne seront qu'une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i></p> <p><i>5.&nbsp;</i>La norme de l'encyclique Humanae Vitae regarde tous les hommes du fait qu'elle est une norme de la loi naturelle et qu'elle se base sur la conformit&eacute; avec la raison humaine (lorsque, bien entendu, celle-ci cherche la v&eacute;rit&eacute;). A plus forte raison concerne-t-elle tous les fid&egrave;les membres de l'Eglise, &eacute;tant donn&eacute; que le caract&egrave;re raisonnable de cette norme trouve indirectement une confirmation et un solide soutien dans l'ensemble de la th&eacute;ologie du corps. C'est en nous pla&ccedil;ant &agrave; ce point de vue que, dans nos pr&eacute;c&eacute;dentes analyses, nous avons parl&eacute; de l'ethos de la R&eacute;demption du corps.<br /> La norme de la loi naturelle, bas&eacute;e sur cet ethos trouve non seulement une nouvelle expression, mais aussi un plein fondement anthropologique et &eacute;thique soit dans les paroles de l'Evangile soit dans l'action purificatrice et corroborante de l'Esprit.<br /> Il existe toutes les raisons pour que chaque chr&eacute;tien, et en particulier chaque th&eacute;ologien, relise et comprenne toujours plus profond&eacute;ment dans ce contexte int&eacute;gral la doctrine morale de l'encyclique.<br /> Les r&eacute;flexions que depuis longtemps nous pr&eacute;sentons ici constituent pr&eacute;cis&eacute;ment une tentative de pareille relecture.</p> <p>&nbsp;</p> <p> - 18 juillet 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:39:28 +0000 Incarnare 160 at http://www.theologieducorps.fr TDC 116 - Dans "Humanae Vitae" la réponse aux questions de l'homme d'aujourd'hui http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-116-dans-humanae-vitae-la-reponse-aux-questions-de-lhomme-daujourdhui <p>1. Nous allons poursuivre les r&eacute;flexions qui visent &agrave; rattacher l'encyclique Humanae Vitae &agrave; la th&eacute;ologie du corps dans son ensemble.<br /> L'auteur de l'encyclique ne se contente pas de rappeler la norme morale qui concerne la coexistence conjugale et de la confirmer face aux circonstances nouvelles. Quand, dans l'exercice de son magist&egrave;re authentique, Paul VI s'est prononc&eacute; dans son encyclique (1968), il avait sous les yeux l'&eacute;nonc&eacute; autoris&eacute; du Concile Vatican II contenu dans la constitution Gaudium et Spes (1965).<br /> Non seulement l'encyclique suit la ligne de l'enseignement conciliaire, mais elle constitue &eacute;galement le d&eacute;veloppement et l'ach&egrave;vement des probl&egrave;mes qu'il contient, particuli&egrave;rement en ce qui concerne le probl&egrave;me de l'accord de l'amour humain avec le respect de la vie. A ce sujet, nous lisons dans Gaudium et Spes: &quot;L'Eglise rappelle qu'il ne peut y avoir de v&eacute;ritable contradictions entre les lois divines qui r&eacute;gissent la transmission de la vie et celles qui favorisent l'authentique amour conjugal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hu">GS 51</a></i></p> <p><i>2.&nbsp;</i>La constitution pastorale de Vatican II exclut n'importe quelle v&eacute;ritable contradiction dans l'ordre normatif; ce que Paul VI confirme de son c&ocirc;t&eacute;, cherchant en m&ecirc;me temps &agrave; &eacute;clairer cette &quot;non-contradiction&quot; et, de cette mani&egrave;re, &agrave; motiver sa propre morale, en d&eacute;montrant sa conformit&eacute; avec la raison.<br /> Toutefois, Humanae Vitae parle moins de la non- contradiction dans l'ordre normatif que de la connexion ins&eacute;parable entre la transmission de la vie et l'authentique amour conjugal, du point de vue des &quot;deux significations de l'acte conjugal: la signification unitive et la signification procr&eacute;atrice&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i> dont nous avons trait&eacute;e.</p> <p>3.&nbsp;On pourrait se pencher longuement sur l'analyse de la norme elle-m&ecirc;me; mais le caract&egrave;re de chacun des deux documents nous entra&icirc;ne plut&ocirc;t, au moins indirectement &agrave; des r&eacute;flexions pastorales. En effet Gaudium et Spes est une constitution pastorale et l'encyclique de Paul VI tend, avec sa valeur doctrinale, &agrave; avoir la m&ecirc;me orientation. Elle veut en effet r&eacute;pondre aux interrogations de l'homme contemporain. Ces interrogations sont de caract&egrave;re d&eacute;mographique et, par cons&eacute;quent, de caract&egrave;re social, &eacute;conomique et politique, en relation avec la croissance de la population sur le globe terrestre. Ce sont des interrogations qui partent du domaine de sciences particuli&egrave;res et avec elles vont de pair les interrogations des moralistes contemporains (th&eacute;ologiens- moralistes). Ce sont avant tout les interrogations des &eacute;poux, qui se trouvent d&eacute;j&agrave; au centre de l'attention de la constitution conciliaire et que l'encyclique reprend avec toute la pr&eacute;cision d&eacute;sirable. Nous y lisons en effet: &quot;Etant donn&eacute; les conditions de la vie actuelle et consid&eacute;rant la signification que les relations conjugales ont pour l'harmonie entre les &eacute;poux et pour la mutuelle fid&eacute;lit&eacute;, une r&eacute;vision des normes &eacute;thiques jusqu'&agrave; pr&eacute;sent en vigueur ne serait-elle pas indiqu&eacute;e, surtout si l'on consid&egrave;re qu'elle ne peuvent &ecirc;tre observ&eacute;es sans sacrifices, parfois h&eacute;ro&iuml;ques?&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bf">HV 3</a></i></p> <p><i>4.&nbsp;</i>Cette formulation montre &agrave; l'&eacute;vidence avec quelle sollicitude l'auteur de l'encyclique cherche &agrave; affronter dans toute leur port&eacute;e les interrogations de l'homme contemporain. L'importance de ces interrogations suppose une r&eacute;ponse proportionnellement pond&eacute;r&eacute;e et profonde. Si, donc, d'une part il est juste de s'attendre &agrave; ce que la norme soit trait&eacute;e de mani&egrave;re incisive, il est &eacute;galement juste de s'attendre &agrave; ce qu'un non moindre poids soit donn&eacute; aux arguments pastoraux concernant plus directement la vie des hommes concrets, de ceux pr&eacute;cis&eacute;ment qui posent les questions que nous avons mentionn&eacute;es au d&eacute;but.<br /> Ces hommes, Paul VI les a toujours eus sous les yeux. C'est ce qu'exprime, entre autres, le passage suivant d'Humanae Vitae: &quot;La doctrine de l'Eglise sur la r&eacute;gulation des naissances, qui proclame la loi divine, pourra sembler, &agrave; certains, difficile ou m&ecirc;me impossible &agrave; observer. Il est vrai que, comme toutes les grandes et b&eacute;n&eacute;fiques r&eacute;alit&eacute;s, elle requiert un s&eacute;rieux engagement et de nombreux efforts, individuels, familiaux et sociaux. Et m&ecirc;me, elle serait irr&eacute;alisable sans l'aide de Dieu qui soutient et corrobore la bonne volont&eacute; des hommes. Mais &agrave; qui r&eacute;fl&eacute;chit bien, ces efforts ne manqueront pas de se r&eacute;v&eacute;ler ennoblissants pour l'homme et b&eacute;n&eacute;fiques pour la soci&eacute;t&eacute; humaine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bw">HV 20</a></i>.</p> <p>5. A ce point l&agrave;, on ne parle plus de la &quot;non-contradiction normative&quot; , mais de la &quot;possibilit&eacute; de l'observance de la loi divine&quot;,, c'est-&agrave;-dire d'un sujet, au moins indirectement, pastoral. Le fait que la loi doit &ecirc;tre de r&eacute;alisation possible appartient &agrave; la nature m&ecirc;me de la loi et se trouve donc contenu dans le cadre de la &quot;non-contradiction normative&quot;. Toutefois la &quot;possibilit&eacute;&quot; de la norme - comprise comme r&eacute;alisable - appartient &eacute;galement au domaine pratique et pastoral. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ce pont de vue que se place Paul VI dans le texte pr&eacute;cis&eacute;.</p> <p>6. On peut ici ajouter une consid&eacute;ration: le fait que tout l'arri&egrave;re-plan biblique ,d&eacute;nomm&eacute; &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;, nous offre - m&ecirc;me indirectement - la confirmation de la v&eacute;rit&eacute; de la norme morale contenu dans Humanae Vitae nous pr&eacute;pare &agrave; consid&eacute;rer plus &agrave; fond les aspects pratiques et pastoraux du probl&egrave;me dans son ensemble. Les pr&eacute;misses et principes g&eacute;n&eacute;raux de la th&eacute;ologie du corps n'&eacute;taient-ils pas toutes et tous puis&eacute;s dans les r&eacute;ponses que le Christ donna aux questions de ses interlocuteurs concrets? Et les textes de Paul, - comme par exemple ceux de l'&eacute;p&icirc;tre aux Corinthiens - ne forment-ils pas un petit manuel concernant les probl&egrave;mes de la vie morale des premiers disciples du Christ? Et dans ces textes, nous trouvons &agrave; coup s&ucirc;r cette r&egrave;gle de compr&eacute;hension qui semble tellement indispensable pour faire face aux probl&egrave;mes dont traitent Humanae Vitae, r&egrave;gle qui est pr&eacute;sente dans cette encyclique.<br /> Ceux qui estiment que le Concile Vatican II et l'encyclique de Paul VI ne tiennent pas suffisamment compte des difficult&eacute;s pr&eacute;sentes dans la vie concr&egrave;te ne comprennent pas les pr&eacute;occupations pastorales qui furent &agrave; l'origine de ces documents. &quot;Pr&eacute;occupation pastorale&quot; signifie recherche du vrai bien de l'homme, promotion des valeurs que Dieu a imprim&eacute;es dans sa personne, signifie donc r&eacute;alisation de cette &quot;r&egrave;gle de compr&eacute;hension&quot; qui vise &agrave; d&eacute;couvrir toujours plus clairement le dessein de Dieu au sujet de l'amour humain, dans la certitude que l'unique et vrai bien de la personne humaine consiste dans la r&eacute;alisation de ce dessein divin.<br /> On peut dire que c'est pr&eacute;cis&eacute;ment au nom de la &quot;r&egrave;gle de compr&eacute;hension&quot; pr&eacute;cit&eacute;e que le Concile a pos&eacute; la question de &quot;l'accord de l'amour conjugal avec le respect de la vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hu">GS 51</a></i>; et par la suite, l'rappel&eacute; les normes d'application obligatoire dans ce domaine, mais, en outre, elle s'occupe largement du probl&egrave;me de &quot;la possibilit&eacute; de l'observance de la loi divine&quot;.<br /> Les pr&eacute;sentes r&eacute;flexions sur le caract&egrave;re du document Humanae Vitae nous pr&eacute;parent &agrave; consid&eacute;rer par la suite le probl&egrave;me de la &quot;paternit&eacute; responsable&quot;.</p> <p> - 25 juillet 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:40:55 +0000 Incarnare 161 at http://www.theologieducorps.fr TDC 117 - Paternité et materrnité responsables à la lumière d'Humanae Vitae http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-117-paternite-materrnite-responsables-la-lumiere-dhumanae-vitae <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Pour aujourd'hui nous avons choisi le th&egrave;me de la &quot;paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables&quot;, &agrave; la lumi&egrave;re de la constitution Gaudium et Spes et de l'encyclique Humanae Vitae.<br /> Dans l'examen du sujet, la constitution conciliaire se contente de rappeler les principes fondamentaux; par contre, le document pontifical va au-del&agrave;, leur donnant un contenu plus concret.<br /> Voici ce que dit le texte conciliaire: &quot; (...) Lorsqu'il s'agit de mettre en accord l'amour conjugal avec la transmission responsable de la vie, la moralit&eacute; du comportement ne d&eacute;pend donc pas de la seule sinc&eacute;rit&eacute; de l'intention et de la seule appr&eacute;ciation selon les crit&egrave;res objectifs, tir&eacute;s de la nature m&ecirc;me de la personne et de ses actes, crit&egrave;res qui respectent, dans un contexte d'amour v&eacute;ritable, la signification d'une donation r&eacute;ciproque et d'une procr&eacute;ation &agrave; la mesure de l'homme; chose impossible si la vertu de chastet&eacute; conjugale n'est pas pratiqu&eacute;e d'un coeur loyal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hu">GS 51</a></i> (par. 3)<br /> Et le Concile ajoute: &quot;En ce qui concerne la r&eacute;gulation des naissances, il n'est pas permis aux enfants de l'Eglise, fid&egrave;les &agrave; ses principes, d'emprunter des voies que le Magist&egrave;re d&eacute;sapprouve&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#hu">GS 51</a></i> (par. 3)</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;Avant le passage cit&eacute;, <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#ht">GS 50</a></i>, le Concile enseigne que les &eacute;poux doivent &quot;s'acquitter de leur charge en toute responsabilit&eacute; humaine et chr&eacute;tienne et dans un respect plein de docilit&eacute; &agrave; l'&eacute;gard de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#ht">GS 50</a></i> (par. 2) Ce qui veut dire que &quot;d'un commun accord et d'un commun effort, ils se formeront un jugement droit: ils prendront en consid&eacute;ration &agrave; la fois et leur bien et celui des enfants n&eacute;s ou &agrave; na&icirc;tre; ils discerneront les conditions aussi bien mat&eacute;rielles que spirituelles de leur &eacute;poque et de leur situation; ils tiendront compte enfin du bien de la communaut&eacute; familiale, des besoins de la soci&eacute;t&eacute; temporelle et de l'&eacute;glise elle- m&ecirc;me&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#ht">GS 50</a></i> (par. 2)<br /> Suivent les paroles particuli&egrave;rement importantes pour d&eacute;terminer avec une plus grande pr&eacute;cision le caract&egrave;re moral de la &quot;paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables&quot;. Nous lisons en effet: &quot;Ce jugement, ce sont en dernier ressort les &eacute;poux eux-m&ecirc;mes qui doivent l'arr&ecirc;ter devant Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#ht">GS 50</a></i> (par. 2). Et poursuivant: &quot;Dans leur mani&egrave;re d'agir, que les &eacute;poux chr&eacute;tiens sachent bien qu'ils ont l'obligation de toujours suivre leur conscience, une conscience qui doit se conformer &agrave; la loi divine; et qu'ils demeurent dociles au magist&egrave;re de l'Eglise, interpr&egrave;te autoris&eacute; de cette loi &agrave; la lumi&egrave;re de l'Evangile. Cette loi divine manifeste la pleine signification de l'amour conjugal, elle le prot&egrave;ge et le conduit &agrave; son ach&egrave;vement vraiment humain&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e5e.htm#ht">GS 50</a></i> (par. 2)</p> <p><a name="3"></a>3. En se contentant de rappeler les conditions n&eacute;cessaires de la &quot;paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables&quot;, la constitution conciliaire les a relev&eacute;es de mani&egrave;re claire et nette, pr&eacute;cisant les &eacute;l&eacute;ments qui constituent cette paternit&eacute; et maternit&eacute;, c'est-&agrave;-dire le jugement m&ucirc;r de la conscience personnelle conforme &agrave; la loi divine, authentiquement interpr&eacute;t&eacute;e par la magist&egrave;re de l'Eglise.</p> <p><a name="4"></a>4. L'encyclique Humanae Vitae, se basant sur les m&ecirc;mes principes et conditions, et allant plus loin, pr&eacute;sente les indications concr&egrave;tes. On s'en rend imm&eacute;diatement compte devant la mani&egrave;re de d&eacute;finir la &quot;paternit&eacute; responsable&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i> Paul VI s'efforce de pr&eacute;ciser ce concept en recourant &agrave; ses diff&eacute;rents aspects et en &eacute;liminant d'avance sa r&eacute;duction &agrave; un des aspects &quot;partiels&quot; comme le font ceux qui parlent uniquement de contr&ocirc;le des naissances. En effet, d&egrave;s le d&eacute;but, c'est une conception int&eacute;grale de l'homme <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bj">HV 7</a></i> et de l'amour conjugal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bk">HV 8-9</a></i> qui guide Paul VI dans son argumentation.</p> <p><a name="5"></a>5.&nbsp;On peut, pour parler de responsabilit&eacute; dans l'exercice de la fonction paternelle et maternelle, la consid&eacute;rer sous divers aspects. C'est ainsi que Paul VI &eacute;crit: &quot;Par rapport aux processus biologiques, paternit&eacute; responsable signifie connaissance et respect de leurs fonctions: l'intelligence d&eacute;couvre dans le pouvoir de donner la vie les lois biologiques qui font partie de la personne humaine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>. Puis, quand il s'agit de la dimension psychologique des &quot;tendances de l'instinct et des passions, la paternit&eacute; responsable signifie la n&eacute;cessaire ma&icirc;trise que la raison et la volont&eacute; doivent exercer sur elles&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>.<br /> Consid&eacute;rant les aspects interpersonnels susdits et y joignant &quot;les conditions &eacute;conomiques et sociales&quot; il faut reconna&icirc;tre que &quot;la paternit&eacute; responsable s'exerce en vertu soit d'une d&eacute;lib&eacute;ration pond&eacute;r&eacute;e et g&eacute;n&eacute;reuse de faire cro&icirc;tre une famille nombreuse, soit d'une d&eacute;cision - prise pour de graves motifs et respectueuse de la loi morale - d'&eacute;viter temporairement et &eacute;galement pour un temps ind&eacute;termin&eacute; une nouvelle naissance&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>.<br /> Il en r&eacute;sulte que, dans le concept de &quot;paternit&eacute; responsable&quot; est contenue la d&eacute;cision non seulement d'&eacute;viter &quot;une nouvelle naissance&quot; mais aussi de faire cro&icirc;tre la famille selon les crit&egrave;res de prudence. Sous cette lumi&egrave;re, dans laquelle il faut examiner et r&eacute;soudre la question de la &quot;paternit&eacute; responsable&quot;, reste toujours fondamental &quot;l'ordre moral objectif que Dieu a &eacute;tabli et dont la conscience droite est toujours la fid&egrave;le interpr&egrave;te&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>.</p> <p><a name="6"></a>6.&nbsp;C'est dans ce cadre que les &eacute;poux doivent accomplir &quot;leurs propres devoirs envers Dieu, envers eux-m&ecirc;mes, envers la famille et envers la soci&eacute;t&eacute;, selon une juste hi&eacute;rarchie des valeurs&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>. Il ne saurait donc &ecirc;tre question ici &quot;d'agir selon son propre arbitre&quot;. Au contraire, les &eacute;poux doivent &quot;conformer leur conduite aux intentions cr&eacute;atrices de Dieu&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>.<br /> Partant de ce principe, l'encyclique base son argumentation sur la &quot;structure intime de l'acte conjugal&quot; et sur la &quot;connexion ins&eacute;parable des deux significations de l'acte conjugal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>; nous en avons d&eacute;j&agrave; fait &eacute;tat pr&eacute;c&eacute;demment. Le principe relatif &agrave; la morale conjugale est donc la fid&eacute;lit&eacute; au plan divin manifest&eacute; dans &quot;l'intime structure de l'acte conjugal&quot; et dans &quot;la connexion ins&eacute;parable des deux significations de l'acte conjugal&quot;.</p> <p> - 1er ao&ucirc;t 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:50:05 +0000 Incarnare 162 at http://www.theologieducorps.fr TDC 118 - "Humanae Vitae" distingue ce qui est licite ou non pour la régulation de la fertilité http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-118-humanae-vitae-distingue-ce-est-licite-non-pour-la-regulation-de-la-fertilite <p><a name="1"></a>1.&nbsp;Nous avons dit pr&eacute;c&eacute;demment que le principe de la morale enseign&eacute;e par l'Eglise (Concile Vatican II, Paul VI) est le crit&egrave;re de la fid&eacute;lit&eacute; sur le plan divin.<br /> Conform&eacute;ment &agrave; ce principe, l'encyclique Humane Vitae &eacute;tablit une rigoureuse distinction entre ce qui constitue la m&eacute;thode moralement illicite de r&eacute;gulation des naissances ou, avec plus de pr&eacute;cisions, de la r&eacute;gulation de la fertilit&eacute; et de la m&eacute;thode droite.<br /> En premier lieu sont moralement illicites &quot;l'interruption directe du processus de g&eacute;n&eacute;ration d&eacute;j&agrave; engag&eacute;&quot; (avortement) <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bq">HV 14</a></i>, la st&eacute;rilisation directe et &quot;toute action qui, soit en pr&eacute;vision de l'acte conjugal, soit dans un d&eacute;roulement, soit dans le d&eacute;veloppement de ses cons&eacute;quences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procr&eacute;ation&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bq">HV 14</a></i>; donc, tous les moyens contraceptifs. Par contre est moralement licite &quot;le recours aux p&eacute;riodes inf&eacute;condes&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>: &quot;Si donc il existe, pour espacer les naissances, de s&eacute;rieux motifs dus soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints soit &agrave; des circonstances ext&eacute;rieures, l'Eglise enseigne qu'il est alors permis de tenir compte des rythmes naturels inh&eacute;rents aux fonctions de la g&eacute;n&eacute;ration pour user du mariage dans les seules p&eacute;riodes inf&eacute;condes et r&eacute;gler ainsi la natalit&eacute; sans porter atteinte aux principes moraux (...)&quot;<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i></p> <p><i><a name="2"></a>2.&nbsp;</i>L'encyclique souligne tout particuli&egrave;rement qu' &quot;il existe une diff&eacute;rence essentielle entre les deux cas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>, une diff&eacute;rence de nature &eacute;thique: &quot;Dans le premier cas, les conjoints usent l&eacute;gitimement d'une disposition naturelle; dans l'autre cas, ils emp&ecirc;chent le d&eacute;roulement des processus naturels&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>.<br /> En d&eacute;coulent deux actions ayant une qualification &eacute;thique diff&eacute;rente, ou m&ecirc;me indirectement oppos&eacute;e: la r&eacute;gulation naturelle de la fertilit&eacute; est moralement droite, la contraception n'est pas moralement droite. Cette diff&eacute;rence essentielle entre les deux actions (mani&egrave;res d'agir) concerne leur qualification &eacute;thique intrins&egrave;que, bien que, comme l'affirme mon pr&eacute;d&eacute;cesseur Paul VI, &quot;dans l'un et l'autre cas les conjoints s'accordent dans la volont&eacute; positive d'&eacute;viter l'enfant pour des raisons plausibles&quot; et - va-t-il m&ecirc;me jusqu'&agrave; &eacute;crire - &quot;en cherchant &agrave; avoir l'assurance qu'il ne viendra pas&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>. Par ces paroles, le document admet que, m&ecirc;me si ceux qui ont recours &agrave; des pratiques anticonceptionnelles peuvent &ecirc;tre inspir&eacute;s par des &quot;raisons plausibles&quot; cela ne change cependant pas la qualification morale qui se fonde sur la structure de l'acte conjugal en tant que tel.</p> <p><a name="3"></a>3.&nbsp;A ce point, on pourrait observer que les conjoints qui recourent &agrave; la r&eacute;gulation naturelle de la fertilit&eacute; pourraient &ecirc;tre priv&eacute;s des raisons valides dont il a &eacute;t&eacute; question pr&eacute;c&eacute;demment; mais cela constitue un probl&egrave;me &eacute;thique &agrave; part, quand il s'agit du sens moral de la &quot;paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables&quot;.<br /> Supposant que les raisons pour d&eacute;cider de ne pas procr&eacute;er soient moralement droites, il reste le probl&egrave;me moral de la mani&egrave;re d'agir dans un tel cas, et cela s'exprime dans un acte qui - selon la doctrine de l'Eglise transmise par l'encyclique - poss&egrave;de une qualification morale intrins&egrave;que positive ou n&eacute;gative. La premi&egrave;re, positive, correspond &agrave; la r&eacute;gulation &quot;naturelle&quot; de la fertilit&eacute;; la seconde, n&eacute;gative, correspond &agrave; la &quot;contraception artificielle&quot;.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;Toute l'argumentation pr&eacute;c&eacute;dente se trouve r&eacute;sum&eacute;e dans l'expos&eacute; de la doctrine contenue dans Humanae Vitae, qui en souligne le caract&egrave;re &agrave; la fois normatif et pastoral. Quant &agrave; la dimension normative, il s'agit de pr&eacute;ciser et d'&eacute;clairer les principes moraux de l'agir; pour la dimension pastorale, il s'agit surtout de d&eacute;finir la possibilit&eacute; d'agir selon ces principes (&quot;possibilit&eacute; de l'observance de la loi divine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bw">HV 20</a></i></p> <p>Nous devons insister sur l'interpr&eacute;tation du contenu de l'encyclique. Dans ce but, il importe de consid&eacute;rer ce contenu, cet ensemble normatif et pastoral, &agrave; la lumi&egrave;re de la th&eacute;ologie du corps telle qu'elle ressort de l'analyse des textes bibliques.</p> <p><a name="5"></a>5.&nbsp;La th&eacute;ologie du corps n'est pas tellement une th&eacute;orie, mais plut&ocirc;t une p&eacute;dagogie du corps, sp&eacute;cifique, &eacute;vang&eacute;lique et chr&eacute;tienne. Cela d&eacute;coule du caract&egrave;re de la Bible et surtout de l'Evangile qui, en tant que message salvifique, r&eacute;v&egrave;le ce qui est le vrai bien de l'homme, afin de modeler - en vue de ce bien - la vie sur la terre dans la perspective de l'esp&eacute;rance du monde futur.<br /> L'encyclique Humanae Vitae, suivant cette ligne, r&eacute;pond aux exigences du vrai bien de l'homme en tant que personne, comme &ecirc;tre masculin et f&eacute;minin; elle r&eacute;pond aussi &agrave; ce qui correspond &agrave; la dignit&eacute; de l'homme et de la femme, quand il s'agit de l'important probl&egrave;me de la transmission de la vie dans la coexistence conjugale.<br /> A ce probl&egrave;me nous consacrerons prochainement de nouvelles r&eacute;flexions.</p> <p> - 8 ao&ucirc;t 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:51:53 +0000 Incarnare 163 at http://www.theologieducorps.fr TDC 120 - Une vision correcte des valeurs de la vie et de la famille http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-120-vision-correcte-valeurs-de-la-vie-de-la-famille <p><a name="1"></a>1.&nbsp;L'encyclique Humanae Vitae, au moment m&ecirc;me o&ugrave; elle d&eacute;montre que la contraception est un mal moral, approuve pleinement la r&eacute;gulation des naissances et, en ce sens, approuve la paternit&eacute; et la maternit&eacute; responsables. Il faut exclure ici que l'on puisse qualifier de &quot;responsable&quot; du point de vue &eacute;thique la procr&eacute;ation dans laquelle on recourt &agrave; la contraception pour proc&eacute;der &agrave; la r&eacute;gulation des naissances. Le vrai concept de &quot;paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables&quot; est au contraire intimement li&eacute; &agrave; une r&eacute;gulation des naissances qui soit honn&ecirc;te sur le plan de l'&eacute;thique.</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;A ce propos, nous lisons dans l'encyclique: &quot;Une pratique honn&ecirc;te de r&eacute;gulation de la natalit&eacute; exige avant tout des &eacute;poux qu'ils acqui&egrave;rent et poss&egrave;dent de solides convictions sur les vraies valeurs de la vie et de la famille et qu'ils tendent &agrave; acqu&eacute;rir une parfaite possession d'eux-m&ecirc;mes. La ma&icirc;trise de l'instinct par la raison et la libre volont&eacute; impose sans nul doute une asc&egrave;se, pour que les manifestations affectives de la vie conjugale soient d&ucirc;ment r&eacute;gl&eacute;es, en particulier pour l'observance de la continence p&eacute;riodique. Mais cette discipline, propre &agrave; la puret&eacute; des &eacute;poux, bien loin de nuire &agrave; l'amour conjugal, lui conf&egrave;re au contraire une plus haute valeur humaine. Elle exige un effort continuel; mais gr&acirc;ce &agrave; son influence bienfaisante, les conjoints d&eacute;veloppent int&eacute;gralement leur personnalit&eacute;, en s'enrichissant de valeurs spirituelles (...)&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i></p> <p><i><a name="3"></a>3. </i>L'encyclique d&eacute;taille ensuite les cons&eacute;quences de ce comportement, non seulement pour les &eacute;poux eux-m&ecirc;mes, mais aussi pour toute la famille, entendue comme une communaut&eacute;. Ce sujet devra &ecirc;tre repris par la suite. L'encyclique souligne qu'une r&eacute;gulation des naissances, honn&ecirc;te &eacute;thiquement parlant, exige avant tout des &eacute;poux un comportement familial et procr&eacute;atif bien pr&eacute;cis: elle exige qu'ils &quot;acqui&egrave;rent et poss&egrave;dent de solides convictions sur les vraies valeurs de la vie et de la famille&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i>. A partir de ces pr&eacute;misses, il a fallu faire une r&eacute;flexion globale sur la question, comme l'a fait le Synode des Ev&ecirc;ques de 1980 (De muneribus familiae christianae). Ensuite, la doctrine relative &agrave; ce probl&egrave;me particulier de la morale conjugale et familiale, dont traite l'encyclique Humanae Vitae a trouv&eacute; place dans l'optique juste qui convenait, dans le contexte global de l'exhortation apostolique Familiaris consortio. La th&eacute;ologie du corps, vue en particulier comme p&eacute;dagogie du corps, plonge ses racines, en un certain sens, dans la th&eacute;ologie de la famille et, en m&ecirc;me temps, elle y conduit. Cette p&eacute;dagogie du corps,, dont la cl&eacute; se trouve aujourd'hui dans l'encyclique Humanae Vitae, ne s'explique que dans le contexte complet d'une vision correcte des valeurs de la vie et de la famille.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;Dans le contexte dont on vient de parler, le pape Paul VI parle de la chastet&eacute; conjugale et &eacute;crit que le fait d'observer la continence p&eacute;riodique est une forme de ma&icirc;trise de soi dans laquelle se manifeste &quot;la puret&eacute; des &eacute;poux&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i></p> <p>Pour entreprendre maintenant une analyse plus approfondie de ce probl&egrave;me, et pour comprendre de que dit l'encyclique au sujet de la &quot;continence p&eacute;riodique&quot;, il faut tenir compte de toute la doctrine, que nous avons &eacute;tudi&eacute;e, sur la puret&eacute; entendue comme vie selon l'Esprit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#fc">Ga 5,25</a></i>. C'est cette doctrine qui demeure en fait la vraie raison &agrave; partir de laquelle l'enseignement de Paul VI &eacute;tablit l'honn&ecirc;tet&eacute; sur le plan &eacute;thique de la r&eacute;gulation des naissances et de la paternit&eacute; et de la maternit&eacute; responsables.<br /> M&ecirc;me si la &quot;p&eacute;riodicit&eacute;&quot; de la continence se fait, en ce cas, selon ce qu'on appelle les &quot;rythmes naturels&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>, il reste que la continence est en elle-m&ecirc;me une attitude morale pr&eacute;cise et permanente, c'est une vertu,, et par cons&eacute;quent toute la fa&ccedil;on d'&ecirc;tre guid&eacute; par elle acquiert un caract&egrave;re vertueux. L'encyclique souligne assez clairement qu'il ne s'agit pas ici d'une &quot;technique&quot; donn&eacute;e mais de l'&eacute;thique, au sens propre du terme, qui signifie la moralit&eacute; d'un comportement.<br /> L'encyclique met donc &agrave; juste titre en relief, d'une part, la n&eacute;cessit&eacute; de respecter dans ce comportement l'ordre &eacute;tabli par le Cr&eacute;ateur et d'autre part, la n&eacute;cessit&eacute; d'une motivation imm&eacute;diate de caract&egrave;re &eacute;thique.</p> <p><a name="5"></a>5.&nbsp;Par rapport au premier aspect, voici ce que nous y lisons &quot;User du don de l'amour conjugal en respectant les lois du processus de la g&eacute;n&eacute;ration, c'est reconna&icirc;tre que nous ne sommes pas les ma&icirc;tres des sources de la vie humaine, mais plut&ocirc;t les ministres du dessein &eacute;tabli par le Cr&eacute;ateur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bp">HV 13</a></i> &quot;La vie humaine est sacr&eacute;e - comme l'a rappel&eacute; notre pr&eacute;d&eacute;cesseur de sainte m&eacute;moire Jean XXIII dans l'encyclique Mater et Magistra - d&egrave;s son origine, elle engage directement l'action cr&eacute;atrice de Dieu <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gef.htm#kq">MM 196-197</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bp">HV 13</a></i>. Quant &agrave; la motivation imm&eacute;diate, l'encyclique demande qu'il y ait &quot;pour espacer les naissances de s&eacute;rieux motifs dus soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit &agrave; des circonstances ext&eacute;rieures (...)<i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>.</p> <p><a name="6"></a>6.&nbsp;Dans le cas d'une r&eacute;gulation moralement droite des naissances, r&eacute;alis&eacute;e par la continence p&eacute;riodique, il s'agit &eacute;videmment de pratiquer la chastet&eacute; conjugale, c'est-&agrave;-dire d'adopter un comportement &eacute;thique pr&eacute;cis. En langage biblique, cela veut dire vivre selon l'Esprit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#fc">Ga 5,25</a></i>.<br /> La r&eacute;gulation moralement droite est aussi appel&eacute;e &quot;r&eacute;gulation naturelle des naissances&quot;, car elle se fait en conformit&eacute; avec la &quot;loi naturelle&quot;. Par &quot;loi naturelle&quot; nous entendons ici l'&quot;ordre de la nature&quot; dans le domaine de la procr&eacute;ation, dans la mesure o&ugrave; celle-ci entre dans le cadre de la raison droite: cet ordre est l'expression du plan du Cr&eacute;ateur sur l'homme. Et c'est justement ce que l'encyclique, et avec elle toute la tradition de la doctrine et de la pratique chr&eacute;tienne, souligne d'une fa&ccedil;on particuli&egrave;re: le caract&egrave;re vertueux du comportement qui s'exprime dans la r&eacute;gulation &quot;naturelle&quot; des naissances est fonction non pas tant de la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; une &quot;loi naturelle&quot; impersonnelle que plut&ocirc;t &agrave; la personne du Cr&eacute;ateur, origine et Seigneur de l'ordre qui se manifeste dans cette loi.<br /> De ce point de vue, la r&eacute;duction &agrave; la seule r&eacute;gularit&eacute; biologique, d&eacute;tach&eacute;e de l'&quot;ordre de la nature&quot; c'est-&agrave;-dire du &quot;plan du Cr&eacute;ateur&quot; est une d&eacute;formation de la pens&eacute;e authentique de l'encyclique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bq">HV 14</a></i>.<br /> Ce document suppose certainement cette r&eacute;gularit&eacute; biologique, elle exhorte m&ecirc;me les personnes comp&eacute;tentes &agrave; l'&eacute;tudier et &agrave; l'appliquer de fa&ccedil;on encore plus approfondie, mais l'encyclique entend toujours cette r&eacute;gularit&eacute; comme l'expression de l'&quot;ordre de la nature&quot;, c'est-&agrave;-dire du plan providentiel du Cr&eacute;ateur, de l'ex&eacute;cution fid&egrave;le duquel d&eacute;pend le vrai bien de la personne humaine.</p> <p>&nbsp;</p> <p>- 29 ao&ucirc;t 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:56:30 +0000 Incarnare 165 at http://www.theologieducorps.fr TDC 121 - La pratique droite de la régulation des naissances fondée sur la maturité morale http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-121-la-pratique-droite-de-la-regulation-naissances-fondee-sur-la-maturite-morale <p>1.&nbsp;Nous avons parl&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment de la r&eacute;gulation correcte de la fertilit&eacute; conform&eacute;ment &agrave; la doctrine contenue dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bv">HV 19</a></i> et dans l'exhortation Familiaris consortio. La qualification de &quot;naturelle&quot; que l'on attribue &agrave; la r&eacute;gulation moralement correcte de la fertilit&eacute; (suivant le rythme naturel <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>), s'explique du fait que s'y conformer correspond &agrave; la v&eacute;rit&eacute; de la personne et donc &agrave; sa dignit&eacute;: une dignit&eacute; qui revient &quot;naturellement&quot; &agrave; l'homme en tant qu'&ecirc;tre raisonnable et libre. Etre raisonnable et libre, l'homme peut et doit examiner avec perspicacit&eacute; ce rythme biologique qui appartient &agrave; l'ordre naturel. Il peut et doit s'y conformer afin d'exercer cette paternit&eacute;-maternit&eacute; responsable qui, selon le dessein du Cr&eacute;ateur, s'est inscrite dans l'ordre naturel de la f&eacute;condit&eacute; humaine. Le concept de r&eacute;gulation moralement correcte de la fertilit&eacute; n'est pas autre chose que la consid&eacute;ration du langage du corps dans la v&eacute;rit&eacute;. Les rythmes naturels m&ecirc;mes, inh&eacute;rents aux fonctions de la g&eacute;n&eacute;ration, appartiennent &agrave; la v&eacute;rit&eacute; objective de ce langage que les personnes int&eacute;ress&eacute;es devraient comprendre dans son contenu pleinement objectif. Il faut tenir compte du fait que le corps parle non seulement par toute l'expression externe de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, mais aussi par les structures internes de l'organisme, de la r&eacute;activit&eacute; somatique et psychosomatique. Tout cela doit trouver la place qui lui revient dans ce langage par lequel les conjoints dialoguent comme personnes appel&eacute;es &agrave; la communion dans l'union du corps.</p> <p>2. Tous les efforts tendant &agrave; conna&icirc;tre de mani&egrave;re toujours plus pr&eacute;cise ces rythmes naturels qui se manifestent par rapport &agrave; la procr&eacute;ation humaine, tous les efforts des conseillers familiaux et enfin ceux des &eacute;poux int&eacute;ress&eacute;s eux- m&ecirc;mes, ne visent pas &agrave; &quot;biologiser&quot; le langage du corps (&agrave; &quot;biologiser&quot; l'&eacute;thique comme certains l'estiment): leur but exclusif est d'assurer la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;grale de ce langage du corps par lequel les &eacute;poux doivent s'exprimer avec maturit&eacute; face aux exigences de la paternit&eacute; et de la maternit&eacute; responsables.<br /> L'encyclique Humanae Vitae souligne &agrave; plusieurs reprises que la paternit&eacute; responsable est li&eacute;e &agrave; un effort, &agrave; un engagement continus et qu'elle se r&eacute;alise au prix d'une asc&egrave;se pr&eacute;cise <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i>. Toutes ces expressions et d'autres semblables indiquent que dans le cas de la paternit&eacute; responsable, c'est-&agrave;-dire de la r&eacute;gulation moralement correcte de la fertilit&eacute;, il s'agit de ce qui est le v&eacute;ritable bien de la personne humaine et de ce qui correspond &agrave; la vraie dignit&eacute; de la personne.</p> <p>3.&nbsp;Le recours aux p&eacute;riodes inf&eacute;condes dans la coexistence conjugale peut devenir une source d'abus quand les &eacute;poux cherchent de cette mani&egrave;re &agrave; &eacute;luder sans raison valable la procr&eacute;ation, l'abaissant au-dessous du niveau moralement juste des naissances dans leur famille. Ce juste niveau, il faut l'&eacute;tablir en tenant compte non seulement du bien de sa propre famille, de m&ecirc;me que de l'&eacute;tat de sant&eacute; et des possibilit&eacute;s des &eacute;poux eux-m&ecirc;mes, mais aussi du bien de la soci&eacute;t&eacute;, &agrave; laquelle ils appartiennent, de l'Eglise et m&ecirc;me de l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re.<br /> L'encyclique Humanae Vitae pr&eacute;sente la paternit&eacute; responsable comme expression d'une haute valeur &eacute;thique. Elle n'est d'aucune mani&egrave;re orient&eacute;e unilat&eacute;ralement vers la limitation et, moins encore, vers l'exclusion de la prog&eacute;niture; elle signifie aussi la disponibilit&eacute; &agrave; accueillir une prog&eacute;niture plus nombreuse. Surtout comme le dit l'encyclique Humanae Vitae, la paternit&eacute; responsable r&eacute;alise &quot;un rapport plus profond avec l'ordre moral appel&eacute; objectif que Dieu a &eacute;tabli et dont la conscience droite est fid&egrave;le interpr&egrave;te&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bm">HV 10</a></i>.</p> <p>4.&nbsp;La v&eacute;rit&eacute; de la paternit&eacute;-maternit&eacute; responsable et sa mise en oeuvre sont unies &agrave; la maturit&eacute; morale de la personne, et c'est ici que se manifeste bien souvent la divergence entre les &eacute;l&eacute;ments auxquels l'encyclique attribue explicitement la primaut&eacute; et ceux auxquels l'attribue la mentalit&eacute; commune.<br /> L'encyclique met au premier plan la dimension &eacute;thique du probl&egrave;me, soulignant le r&ocirc;le de la vertu de temp&eacute;rance correctement comprise. Dans les limites de cette dimension, il y a aussi une m&eacute;thode ad&eacute;quate selon laquelle agir. Suivant la mani&egrave;re commune de penser, il arrive souvent que la m&eacute;thode, d&eacute;tach&eacute;e de la dimension &eacute;thique qui lui est propre, soit mise en oeuvre de mani&egrave;re purement fonctionnelle, et m&ecirc;me utilitaire. Si l'on s&eacute;pare la m&eacute;thode naturelle de sa dimension &eacute;thique, on cesse de percevoir la diff&eacute;rence qui existe entre elle et les autres m&eacute;thodes (moyens artificiels) et on arrive &agrave; en parler comme s'il s'agissait simplement d'une autre forme de contraception.</p> <p>5.&nbsp;Du point de vue de la doctrine authentique qu'exprime l'encyclique Humanae Vitae se r&eacute;v&egrave;le donc de grande importance la pr&eacute;sentation correcte de la m&eacute;thode elle-m&ecirc;me &agrave; laquelle fait allusion ce document <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>; est surtout tr&egrave;s important l'examen approfondi de la dimension &eacute;thique, car c'est dans ce cadre que la m&eacute;thode acquiert, en tant que &quot;naturelle&quot;, la signification de m&eacute;thode droite &quot;moralement correcte&quot;. C'est pourquoi, dans le cadre de la pr&eacute;sente analyse, il convient de fixer l'attention principalement sur les affirmations de l'encyclique concernant le th&egrave;me de la ma&icirc;trise de soi et de la continence. Sans une interpr&eacute;tation p&eacute;n&eacute;trante de ce th&egrave;me nous n'atteindrons jamais ni le noyau de la v&eacute;rit&eacute; morale ni le noyau de la v&eacute;rit&eacute; anthropologique du probl&egrave;me. Nous avons d&eacute;j&agrave; relev&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment que ce probl&egrave;me enfonce ses racines dans la th&eacute;ologie du corps: c'est celle-ci (quand elle devient, comme il se doit, p&eacute;dagogie du corps) qui constitue en r&eacute;alit&eacute; la m&eacute;thode moralement droite de la r&eacute;gulation des naissances, entendue dans sa signification la plus profonde et la plus pleine.</p> <p>6. Caract&eacute;risant ensuite les valeurs sp&eacute;cifiquement morales de la r&eacute;gulation naturelle des naissances (c'est-&agrave;-dire droite, ou moralement correcte) l'auteur d'Humanae Vitae s'exprime en ces termes: &quot;Cette discipline (...) apporte &agrave; la vie familiale des fruits de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et de paix et facilite la solution d'autres probl&egrave;mes; elle favorise l'attention envers l'autre conjoint, aide les &eacute;poux &agrave; bannir l'&eacute;go&iuml;sme, ennemi du v&eacute;ritable amour, et elle approfondit leur sens de la responsabilit&eacute;. Gr&acirc;ce &agrave; elle, les parents acqui&egrave;rent la capacit&eacute; d'une influence plus profonde et plus efficace pour l'&eacute;ducation des enfants; l'enfance et la jeunesse grandissent dans la juste estime des valeurs humaines et dans le d&eacute;veloppement harmonieux de leurs facult&eacute;s spirituelles et sensibles&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i>.</p> <p>7.&nbsp;Les phrases que nous avons cit&eacute;es compl&egrave;tent le cadre de ce que l'encyclique Humanae Vitae entend par &quot;pratique droite de la r&eacute;gulation des que l'encyclique Humanae Vitae entend par &quot;pratique droite de la r&eacute;gulation des naissances&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i> Comme on le voit, celle-ci est non seulement une fa&ccedil;on de se comporter dans un domaine d&eacute;termin&eacute;, mais aussi une attitude qui se fonde sur l'int&eacute;grale maturit&eacute; morale de la personne, et, en m&ecirc;me temps, la compl&egrave;te.</p> <p>- 5&nbsp;septembre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:58:01 +0000 Incarnare 166 at http://www.theologieducorps.fr TDC 122 - La vocation du couple: appel à la perfection consacrée par le sacrement du mariage http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-122-la-vocation-du-couple-appel-la-perfection-consacree-par-sacrement-du-mariage <p>1.&nbsp;Nous r&eacute;f&eacute;rant &agrave; la doctrine contenue dans l'encyclique Humanae Vitae, nous allons essayer de circonscrire de mani&egrave;re encore plus pr&eacute;cise la vie spirituelle des &eacute;poux.<br /> Voici ces grandes paroles: &quot;Tout en enseignant les exigences inviolables de la Loi divine, l'Eglise annonce le salut et ouvre avec les sacrements les voies de la gr&acirc;ce qui fait de l'homme une cr&eacute;ature nouvelle, capable de r&eacute;pondre dans l'amour et dans la vraie libert&eacute; au supr&ecirc;me dessein de son Cr&eacute;ateur et Sauveur et de trouver que le joug du Christ est doux.<br /> &quot;Les &eacute;poux chr&eacute;tiens, donc, dociles &agrave; sa voix, doivent se rappeler que leur vocation chr&eacute;tienne, commenc&eacute;e avec le bapt&ecirc;me, s'est par la suite sp&eacute;cifi&eacute;e et renforc&eacute;e par le sacrement de mariage. Du fait de celui-ci, les &eacute;poux chr&eacute;tiens sont rendus plus forts et pour ainsi dire consacr&eacute;s pour le fid&egrave;le accomplissement de leurs propres devoirs, pour la r&eacute;alisation de leur propre vocation jusqu'&agrave; la perfection et pour leur propre t&eacute;moignage chr&eacute;tien face au monde. Le Seigneur leur confie la t&acirc;che de rendre visibles pour les hommes la saintet&eacute; et la douceur de la loi qui unit l'amour r&eacute;ciproque des &eacute;poux &agrave; leur coop&eacute;ration &agrave; l'amour de Dieu, auteur de la vie humaine&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i></p> <p><i>2.&nbsp;</i>En nous montrant le mal moral des manoeuvres contraceptives et en d&eacute;limitant en m&ecirc;me temps un cadre aussi int&eacute;ressant que possible de la pratique droite de la r&eacute;gulation de la fertilit&eacute;, ou de la paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables l'encyclique Humanae Vitae cr&eacute;e les conditions qui permettent de tracer les grandes lignes de la spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne de la vocation et de la vie conjugales et, &eacute;galement, de celle des parents et de la famille.<br /> On peut m&ecirc;me dire que l'encyclique pr&eacute;suppose l'enti&egrave;re tradition de cette spiritualit&eacute; qui a ses racines dans les sources bibliques que nous avons d&eacute;j&agrave; analys&eacute;es, offrant de nouveau l'occasion de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; leur sujet et de construire une ad&eacute;quate synth&egrave;se.<br /> Ici il convient de rappeler ce qui a &eacute;t&eacute; dit sur le rapport organique entre la th&eacute;ologie du corps et la p&eacute;dagogie du corps. Cette &quot;th&eacute;ologie-p&eacute;dagogie&quot;, en effet, constitue d&eacute;j&agrave; d'elle-m&ecirc;me le noyau essentiel de la spiritualit&eacute; conjugale. Et ceci l'indiquent &eacute;galement les phrases que nous venons de puiser dans l'encyclique.</p> <p>3.&nbsp;Certes, on lirait et interpr&eacute;terait faussement l'encyclique Humanae Vitae si l'on y voyait uniquement la r&eacute;duction de la paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables aux seuls rythmes biologiques de f&eacute;condit&eacute;. L'auteur de l'encyclique d&eacute;sapprouve et rejette &eacute;nergiquement toute forme d'interpr&eacute;tation r&eacute;ductrice (et, en ce sens, partielle) et en propose avec insistance l'intelligence int&eacute;grale. La paternit&eacute;-maternit&eacute; responsable, entendue int&eacute;gralement, n'est autre qu'un important &eacute;l&eacute;ment de toute la spiritualit&eacute; conjugale et familiale, c'est-&agrave;-dire de cette vocation dont parle le passage pr&eacute;cit&eacute; d'Humanae Vitae quand il affirme que les &eacute;poux doivent r&eacute;aliser &quot;leur propre vocation jusqu'&agrave; la perfection&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i>. C'est le sacrement du mariage qui les corrobore et pour ainsi dire les consacre pour y parvenir <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i></p> <p>A la lumi&egrave;re de la doctrine qu'exprime l'encyclique, il importe qu'on se rende mieux compte de cette force corroborante qui est unie &agrave; la consid&eacute;ration sui generis du sacrement du mariage.<br /> Comme l'analyse des probl&egrave;mes &eacute;thiques du document de Paul VI &eacute;tait centr&eacute;e avant tout sur la justesse de la norme correspondante, l'esquisse de la spiritualit&eacute; conjugale qu'on y trouve a pour but de mettre pr&eacute;cis&eacute;ment en relief ces forces qui rendent possible l'authentique t&eacute;moignage chr&eacute;tien de la vie conjugale.</p> <p>4.&nbsp;&quot;Nous n'entendons nullement cacher les difficult&eacute;s, parfois graves, inh&eacute;rentes &agrave; la vie des &eacute;poux chr&eacute;tiens: pour eux, comme pour chacun, &eacute;troite est la porte et resserr&eacute; le chemin qui m&egrave;ne &agrave; la Vie <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#mb">Mt 7,14</a></i>. Mais l'esp&eacute;rance de cette vie doit &eacute;clairer leur chemin quand ils s'efforcent courageusement de vivre avec sagesse, justice et pi&eacute;t&eacute; le temps pr&eacute;sent, sachant que la figure de ce monde passe&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i></p> <p>Dans l'encyclique, la vision de la vie conjugale est, &agrave; chaque pas, marqu&eacute;e de r&eacute;alisme chr&eacute;tien, et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment cela qui aide le plus &agrave; trouver ces forces qui permettent de former la spiritualit&eacute; des &eacute;poux et des parents dans l'esprit d'une authentique p&eacute;dagogie du coeur et du corps.<br /> La conscience m&ecirc;me de la vie future ouvre pour ainsi dire largement l'horizon de ces forces qui doivent les guider le long du chemin resserr&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i> et les conduire par la porte &eacute;troite de la vocation &eacute;vang&eacute;lique.<br /> L'encyclique dit: &quot;Que les &eacute;poux affrontent donc les efforts n&eacute;cessaires soutenus par la foi et par l'esp&eacute;rance qui ne d&eacute;&ccedil;oit pas, car l'amour de Dieu a &eacute;t&eacute; r&eacute;pandu dans nos coeurs avec le Saint Esprit qui nous a &eacute;t&eacute; donn&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i>.</p> <p>5.&nbsp;Voil&agrave; la force essentielle et fondamentale: l'amour greff&eacute; dans le coeur (&quot;r&eacute;pandu dans les coeurs&quot;) par l'Esprit Saint.<br /> Plus loin, l'encyclique affirme que les &eacute;poux doivent implorer par la pri&egrave;re cette force essentielle et toute autre aide divine; qu'ils doivent puiser la gr&acirc;ce et l'amour &agrave; la source toujours vive de l'Eucharistie; qu'il doivent, avec humble pers&eacute;v&eacute;rance, surmonter leurs propres manquements et leurs propres p&eacute;ch&eacute;s, en ayant recours au sacrement de p&eacute;nitence.<br /> Voil&agrave; les moyens - infaillibles et indispensables - n&eacute;cessaires pour former la spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne de la vie conjugale et familiale. Gr&acirc;ce &agrave; eux, cette force d'amour essentielle et spirituellement cr&eacute;atrice gagne les coeurs humains et, &eacute;galement les corps humains dans leur masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; subjectives. Cet amour permet en effet d'&eacute;difier toute la coexistence des &eacute;poux selon cette v&eacute;rit&eacute; du signe gr&acirc;ce &agrave; quoi le mariage se construit dans sa dignit&eacute; sacramentelle, comme le r&eacute;v&egrave;le le point central de l'encyclique <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i></p> <p>- 3 octobre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 19:59:41 +0000 Incarnare 167 at http://www.theologieducorps.fr TDC 123 - L'amour est lié à la chasteté qui se manifeste comme maîtrise de soi http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-123-lamour-est-lie-la-chastete-se-manifeste-comme-maitrise-de-soi <p>1.&nbsp;Nous continuons &agrave; d&eacute;finir les traits de spiritualit&eacute; conjugale &agrave; la lumi&egrave;re de l'encyclique Humanae Vitae.<br /> Suivant la doctrine qu'elle contient, conform&eacute;ment aux sources bibliques et &agrave; toute la tradition, l'amour est - au point de vue subjectif - une &quot;force&quot;, c'est-&agrave;-dire une facult&eacute; de l'esprit humain, de caract&egrave;re th&eacute;ologique (ou plut&ocirc;t &quot;th&eacute;ologal&quot;). C'est donc la force donn&eacute;e &agrave; l'homme pour participer &agrave; cet amour par lequel Dieu lui-m&ecirc;me aime dans le myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption. C'est cet amour qui &quot;se compla&icirc;t dans la v&eacute;rit&eacute;&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bkp.htm#lb">1Co 13,6</a></i>), c'est-&agrave;- dire l'amour dans lequel s'exprime la joie spirituelle (le &quot;fruit&quot; augustinien) de toute valeur authentique: ouissance semblable &agrave; celle du Cr&eacute;ateur lui-m&ecirc;me lorsqu'il &quot;il vit tout ce qu'il avait fait&quot; et trouva que &quot;c'&eacute;tait tr&egrave;s bien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#er">Gn 1,31</a></i></p> <p>Si les forces de la concupiscence tentent de s&eacute;parer de la v&eacute;rit&eacute; le langage du corps, si elles tentent de le falsifier, la force de l'amour, au contraire, le corrobore toujours de nouveau dans cette v&eacute;rit&eacute; afin que le myst&egrave;re de la R&eacute;demption puisse fructifier en elle</p> <p>2.&nbsp;Ce m&ecirc;me amour qui rend possible le langage conjugal et fait qu'il se r&eacute;alise suivant la pleine v&eacute;rit&eacute; de la vie des &eacute;poux est en m&ecirc;me temps une force, c'est-&agrave;-dire une facult&eacute; de caract&egrave;re moral, orient&eacute;e activement vers la pl&eacute;nitude du bien et, pour cela m&ecirc;me, orient&eacute;e vers tout v&eacute;ritable bien. C'est pourquoi sa t&acirc;che consiste &agrave; sauvegarder l'unit&eacute; ins&eacute;parable des deux significations de l'acte conjugal dont il est question dans <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>, c'est-&agrave;-dire &agrave; prot&eacute;ger aussi bien la valeur de la v&eacute;ritable union des conjoints (donc de la communion personnelle) que celle de la paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables (dans leur forme m&ucirc;rie et digne de l'homme).</p> <p>3.&nbsp;Suivant le langage traditionnel, l'amour, cette force sup&eacute;rieure, coordonne les actions de la personne, du mari et de la femme, dans le cadre des fins du mariage. Bien que ni la constitution conciliaire ni l'encyclique n'utilisent - quand elles affrontent le sujet - les expressions jadis habituelles, elles n'en traitent pas moins de ce &agrave; quoi se r&eacute;f&egrave;rent les expressions traditionnelles.<br /> Comme force sup&eacute;rieure que l'homme et la femme re&ccedil;oivent de Dieu en m&ecirc;me temps que la particuli&egrave;re &quot;cons&eacute;cration&quot; du sacrement de mariage, l'amour comporte une coordination droite des fins selon lesquelles - dans l'enseignement traditionnel de l'Eglise - se constitue l'ordre moral (ou plut&ocirc;t th&eacute;ologal et moral) de la vie des &eacute;poux.<br /> La doctrine de la constitution Gaudium et Spes et de m&ecirc;me celle de l'encyclique Huamane Vitae, projettent une lumi&egrave;re sur le m&ecirc;me ordre moral dans leur r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'amour, entendu comme force sup&eacute;rieure qui conf&egrave;re contenu et valeur ad&eacute;quats aux actes conjugaux, selon la v&eacute;rit&eacute; des deux significations, l'unitive et la procr&eacute;atrice, en plein respect de leur caract&egrave;re ins&eacute;parable.<br /> Dans cette pr&eacute;sentation r&eacute;nov&eacute;e, l'enseignement traditionnel sur les fins du mariage (et leur hi&eacute;rarchie) se trouve confirm&eacute; et en m&ecirc;me temps approfondi du point de vue de la vie int&eacute;rieure des conjoints, c'est-&agrave;-dire de la spiritualit&eacute; conjugale et familiale.</p> <p>4.&nbsp;La t&acirc;che de l'amour, qui est &quot;effusion des coeurs&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fd">Rm 5,5</a></i> des &eacute;poux comme force spirituelle fondamentale de leur pacte conjugal consiste, comme il a &eacute;t&eacute; dit, &agrave; prot&eacute;ger tant la valeur de la v&eacute;ritable communion des &eacute;poux, que celle de la paternit&eacute;-maternit&eacute; vraiment responsable. La force de l'amour - authentique au sens th&eacute;ologique et &eacute;thique - s'exprime dans le fait que l'amour unit correctement les deux significations de l'acte conjugal, excluant non seulement en th&eacute;orie, mais aussi en pratique la contradiction qui pourrait se r&eacute;v&eacute;ler en ce domaine. Cette contradiction constitue le plus fr&eacute;quent motif d'objection contre l'encyclique Humanae Vitae et contre l'enseignement de l'Eglise. Il suffit d'une analyse approfondie, non seulement th&eacute;ologique mais aussi anthropologique (nous avons cherch&eacute; &agrave; le faire dans toute la pr&eacute;sente r&eacute;flexion), pour d&eacute;montrer qu'il ne faut pas parler ici de contradiction mais seulement de difficult&eacute;. Or l'encyclique elle-m&ecirc;me souligne dans divers passages une telle difficult&eacute;.<br /> Celle-ci d&eacute;coule du fait que la force de l'amour est greff&eacute;e dans l'homme en proie aux emb&ucirc;ches de la concupiscence. Dans les sujets humains, l'amour se heurte &agrave; la triple concupiscence <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bk3.htm#bq">1Jn 2,16</a></i>, particuli&egrave;rement &agrave; la convoitise de la chair qui d&eacute;forme la v&eacute;rit&eacute; du langage du corps. C'est pourquoi, l'amour lui-m&ecirc;me n'est pas en mesure de se r&eacute;aliser dans la v&eacute;rit&eacute; du langage du corps sinon moyennant la domination sur la concupiscence.</p> <p>5.&nbsp;Si l'&eacute;l&eacute;ment cl&eacute; de la spiritualit&eacute; des &eacute;poux et des parents - cette force essentielle que les &eacute;poux doivent continuellement tirer de la cons&eacute;cration sacramentelle, - est l'amour, cet amour est par nature, comme il r&eacute;sulte du texte de <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bw">HV 20</a></i> li&eacute; &agrave; la chastet&eacute; qui se manifeste comme ma&icirc;trise de soi, c'est-&agrave;-dire comme continence: en particulier, comme continence p&eacute;riodique. Dans le langage biblique, l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens semble faire allusion &agrave; cela, quand, dans son texte classique, il exhorte les &eacute;poux &agrave; &ecirc;tre soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i><br /> On peut dire que l'encyclique Humanae Vitae constitue pr&eacute;cis&eacute;ment le d&eacute;veloppement de cette v&eacute;rit&eacute; biblique concernant la spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne conjugale et familiale. Toutefois, pour le rendre encore plus manifeste se r&eacute;v&egrave;le n&eacute;cessaire une analyse plus profonde de la vertu de continence et de sa signification particuli&egrave;re pour la v&eacute;rit&eacute; du mutuel langage du corps dans la coexistence conjugal et (indirectement) dans le vaste domaine des rapports r&eacute;ciproques de l'homme et de la femme.<br /> Nous entreprendrons cette analyse au cours des prochaines r&eacute;flexions du mercredi.</p> <p>- 10 octobre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:01:10 +0000 Incarnare 168 at http://www.theologieducorps.fr TDC 124 - La maitrise de soi et la continence renforcent la dignité de l'acte conjugal http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-124-la-maitrise-de-soi-la-continence-renforcent-la-dignite-de-lacte-conjugal <p>1.&nbsp;Conform&eacute;ment &agrave; ce que j'ai annonc&eacute;, nous allons entreprendre aujourd'hui l'analyse de la vertu de continence.<br /> La continence, qui fait partie de la vertu plus g&eacute;n&eacute;rale de temp&eacute;rance, consiste en la capacit&eacute; de dominer, de contr&ocirc;ler et d'orienter les impulsions &agrave; caract&egrave;re sexuel (convoitise de la chair)) et leurs cons&eacute;quences dans la subjectivit&eacute; psychosomatique de l'homme. En tant que disposition constante de la volont&eacute;, cette capacit&eacute; m&eacute;rite d'&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme vertu.<br /> Les pr&eacute;c&eacute;dentes analyses nous ont appris que la convoitise de la chair et le d&eacute;sir sexuel qu'elle suscite s'expriment par une pulsion sp&eacute;cifique dans la sph&egrave;re de la r&eacute;activit&eacute; somatique et, en outre, par une excitation psycho-&eacute;motive de l'impulsion sensuelle.<br /> Pour parvenir &agrave; ma&icirc;triser cette pulsion, cette excitation, le sujet personnel doit s'engager, dans une progressive &eacute;ducation, au contr&ocirc;le personnel de la volont&eacute;, des sentiments, des &eacute;motions qui doit se d&eacute;velopper &agrave; partir des gestes les plus simples &agrave; travers lesquels il est facile de traduire en acte la d&eacute;cision int&eacute;rieure. Cela suppose &eacute;videmment la claire perception des valeurs exprim&eacute;es dans la norme et, en cons&eacute;quence, la maturation de solides convictions qui, si la disposition de la volont&eacute; les accompagne, donnent naissance &agrave; la vertu qui y correspond. Voil&agrave; ce qu'est pr&eacute;cis&eacute;ment la vertu de continence (ou ma&icirc;trise de soi) qui se r&eacute;v&egrave;le comme condition fondamentale, soit pour maintenir dans la v&eacute;rit&eacute; le langage r&eacute;ciproque du corps, soit pour que les &eacute;poux se trouvent &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; selon les paroles bibliques <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>. Cette soumission r&eacute;ciproque signifie la sollicitude commune pour la v&eacute;rit&eacute; du langage du corps; par contre, la soumission &quot;dans la crainte du Christ&quot; indique le don de la crainte de Dieu (don de l'esprit Saint) qui accompagne la vertu de continence.</p> <p>2.&nbsp;Cela est tr&egrave;s important pour une compr&eacute;hension ad&eacute;quate de la vertu de continence et, en particulier, de la continence p&eacute;riodique dont il est question dans l'encyclique Humanae Vitae. La conviction que la vertu de continence s'oppose &agrave; la convoitise de la chair est juste, mais pas absolument compl&egrave;te. Elle n'est pas compl&egrave;te, sp&eacute;cialement quand on tient compte du fait que cette vertu n'appara&icirc;t pas et n'agit pas de mani&egrave;re abstraite et donc isol&eacute;ment, mais toujours en liaison avec les autres (nexus virtutum) donc en liaison avec la prudence, la justice, la force et surtout avec la charit&eacute;.<br /> Il est facile de comprendre, &agrave; la lumi&egrave;re de ces consid&eacute;rations que la continence ne se contente pas d'opposer une r&eacute;sistance &agrave; la convoitise de la chair; gr&acirc;ce &agrave; cette r&eacute;sistance, elle s'ouvre &eacute;galement aux valeurs plus profondes et plus m&ucirc;res inh&eacute;rentes &agrave; la signification nuptiale du corps dans sa f&eacute;minit&eacute; et masculinit&eacute;, comme &eacute;galement l'authentique libert&eacute; du don dans les relations r&eacute;ciproques des personnes. Dans la mesure o&ugrave; elle recherche d'abord le plaisir charnel et sensuel, la convoitise m&ecirc;me de la chair rend, en un certain sens, l'homme aveugle et insensible aux valeurs plus profondes qui jaillissent de l'amour et qui, en m&ecirc;me temps constituent l'amour dans la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure qui lui est propre.</p> <p>3.De cette mani&egrave;re se manifeste &eacute;galement le caract&egrave;re essentiel de la chastet&eacute; conjugale dans son lien organique avec la force de l'amour qui est r&eacute;pandue dans le coeur des &eacute;poux en m&ecirc;me temps que la cons&eacute;cration du sacrement de mariage. Il est en outre &eacute;vident que l'invitation directe adress&eacute;e aux &eacute;poux d'&ecirc;tre &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i> valeurs les plus profondes et les plus m&ucirc;res qui vont de pair avec la signification nuptiale du corps et la v&eacute;ritable libert&eacute; du don.<br /> Si la chastet&eacute; conjugale (et la chastet&eacute; en g&eacute;n&eacute;ral) se manifeste d'abord comme capacit&eacute; de r&eacute;sister &agrave; la convoitise de la chair, par la suite elle se r&eacute;v&egrave;le graduellement comme capacit&eacute; particuli&egrave;re de percevoir, d'aimer et de r&eacute;aliser les significations du langage du corps qui demeurent absolument inconnues &agrave; la concupiscence elle-m&ecirc;me et qui enrichissent progressivement le dialogue des &eacute;poux en le purifiant et en le simplifiant en m&ecirc;me temps.<br /> C'est pourquoi l'asc&egrave;se de la continence dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i> loin d'entra&icirc;ner l'appauvrissement des manifestations affectives, les rend au contraire spirituellement plus intenses et par cons&eacute;quent les enrichit.</p> <p>4.&nbsp;En analysant de cette mani&egrave;re la continence dans la dynamique propre &agrave; cette vertu (anthropologique, &eacute;thique et th&eacute;ologique), nous nous apercevons que dispara&icirc;t cette apparente contradiction que l'on reproche souvent &agrave; l'encyclique Humanae Vitae et &agrave; la doctrine de l'Eglise au sujet de la morale conjugale. Selon ceux qui soul&egrave;vent cette objection, il existerait donc une contradiction entre les deux significations de l'acte conjugal, la signification unitive et la signification procr&eacute;ative <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>, de sorte que, s'il n'est pas permis de les s&eacute;parer, les &eacute;poux se trouveraient priv&eacute;s du droit &agrave; l'union conjugale quand ils ne peuvent, en toute responsabilit&eacute; se permettre de procr&eacute;er.<br /> Si l'on &eacute;tudie &agrave; fond l'encyclique Humanae Vitae on se rend compte qu'elle donne la r&eacute;ponse &agrave; cette apparente contradiction. Le pape Paul VI confirme en effet que cette contradiction n'existe pas; il existe seulement parfois une difficult&eacute; provenant de la situation int&eacute;rieure de l'&quot;homme de la concupiscence&quot;. Par contre, pr&eacute;cis&eacute;ment en raison de cette difficult&eacute;, c'est &agrave; l'enseignement int&eacute;rieur asc&eacute;tique des conjoints qu'est confi&eacute; l'ordre v&eacute;ritable de la coexistence conjugale en vue duquel ils sont &quot;corrobor&eacute;s et quasi consacr&eacute;s&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i> par le sacrement du mariage.</p> <p>5.&nbsp;Cet ordre de la coexistence conjugale signifie en outre l'harmonie subjective entre la paternit&eacute; (responsable) et la communion personnelle, harmonie cr&eacute;&eacute;e par la chastet&eacute; conjugale. Dans celle-ci m&ucirc;rissent, en effet, les fruits int&eacute;rieurs de la continence. Gr&acirc;ce &agrave; cette maturation int&eacute;rieure, l'acte conjugal lui-m&ecirc;me assure l'importance et la dignit&eacute; qui lui sont propres dans sa signification potentiellement procr&eacute;ative; en m&ecirc;me temps prennent une ad&eacute;quate signification toutes les &quot;manifestations affectives&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i> qui servent &agrave; exprimer la communion personnelle des &eacute;poux, proportionnellement &agrave; la richesse subjective de la f&eacute;minit&eacute; et masculinit&eacute;.</p> <p>6.&nbsp;Conform&eacute;ment &agrave; l'exp&eacute;rience et &agrave; la tradition, l'encyclique rel&egrave;ve que l'acte conjugal est &eacute;galement une manifestation d'affection <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bs">HV 16</a></i>; c'est une manifestation d'affection particuli&egrave;re parce qu'en m&ecirc;me temps elle a une signification potentiellement procr&eacute;ative. Par cons&eacute;quent, elle est destin&eacute;e &agrave; exprimer l'union personnelle, mais pas seulement celle-ci. En m&ecirc;me temps, en effet l'encyclique note l'existence - m&ecirc;me si c'est de mani&egrave;re indirecte - de multiples manifestations d'affection, efficaces exclusivement pour exprimer l'union personnelle des conjoints.<br /> La t&acirc;che de la chastet&eacute; conjugale et encore plus pr&eacute;cis&eacute;ment celle de la continence ne consistent pas seulement &agrave; prot&eacute;ger l'importance et la dignit&eacute; de l'acte conjugal par rapport &agrave; sa signification potentiellement procr&eacute;ative; elle consiste &eacute;galement &agrave; prot&eacute;ger l'importance et la dignit&eacute; propres de l'acte conjugal lui-m&ecirc;me en tant qu'exprimant l'union entre les personnes et d&eacute;voilant &agrave; la conscience et &agrave; l'exp&eacute;rience des &eacute;poux toutes les autres manifestations d'affection possibles pour exprimer ainsi leur profonde communion.<br /> Il s'agit en effet de ne pas porter pr&eacute;judice &agrave; la communion des &eacute;poux dans le cas o&ugrave;, pour de justes raisons, ils doivent s'abstenir de l'acte conjugal. Et il importe aussi et encore plus que cette communion construite continuellement, jour apr&egrave;s jour, gr&acirc;ce &agrave; des manifestations affectives conformes, constitue pour ainsi dire un vaste terrain sur lequel, dans les conditions opportunes, m&ucirc;rit la d&eacute;cision d'un acte conjugal moralement droit.</p> <p>- 24&nbsp;octobre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:02:43 +0000 Incarnare 169 at http://www.theologieducorps.fr TDC 125 - La continence comme vertu est pour l'homme le moyen de se libérer de ses tensions http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-125-la-continence-comme-vertu-est-pour-lhomme-moyen-de-se-liberer-de-ses-tensions <p>1.&nbsp;Nous allons poursuivre l'analyse de la continence &agrave; la lumi&egrave;re de l'enseignement contenu dans l'encyclique Humanae Vitae.<br /> On pense souvent que la continence provoque des tensions int&eacute;rieures dont l'homme doit se lib&eacute;rer. A la lumi&egrave;re des analyses ci-dessus, la continence, int&eacute;gralement comprise, se r&eacute;v&egrave;le plut&ocirc;t l'unique moyen pour lib&eacute;rer l'homme de ces tensions. Elle ne signifie rien d'autre que l'effort spirituel qui vise &agrave; exprimer le langage du corps, non seulement dans la v&eacute;rit&eacute; mais aussi dans l'authentique richesse des manifestations d'affection.</p> <p>2.&nbsp;Cet effort, est-il possible? En d'autres termes (et sous un autre aspect) se pr&eacute;sente ici l'interrogation au sujet de la possibilit&eacute; de r&eacute;aliser la norme morale que rappelle et confirme Humanae Vitae. Cette interrogation est l'une des plus essentielles (et aussi, actuellement, une des plus urgentes) dans le domaine de la spiritualit&eacute; conjugale<br /> L'Eglise est absolument convaincue de la justesse du principe qui affirme la paternit&eacute; et la maternit&eacute; responsables - au sens expliqu&eacute; par les pr&eacute;c&eacute;dentes cat&eacute;ch&egrave;ses - et cela non seulement pour des motifs &quot;d&eacute;mographiques&quot;, mais aussi pour des raisons plus essentielles. On qualifie de responsables la paternit&eacute; et la maternit&eacute; qui correspondent &agrave; la dignit&eacute; personnelle des conjoints, comme parents, &agrave; la v&eacute;rit&eacute; de leur personne et de l'acte conjugal, d'o&ugrave; d&eacute;coule l'&eacute;troite et stricte relation qui rattache cette dimension &agrave; toute la spiritualit&eacute; conjugale.<br /> Dans Humanae Vitae, le pape Paul VI a exprim&eacute; ce qu'avaient d&eacute;j&agrave;, par ailleurs, exprim&eacute; de nombreux moralistes et savants, m&ecirc;me non catholiques <i>(Cf. les d&eacute;clarations de &quot;Bund f&uuml;r evangelische-Katolisch Wierdervereinigung&quot; (O.R. 19.9.68, p.3) du Dr F. King, anglican (O.R. 5.10.68 , p.3) et &eacute;galement du musulman Mohammed Ch&eacute;rif ZEGHOUDU (m&ecirc;me num&eacute;ro). Est particuli&egrave;rement significative la lettre que K. BARTH a adress&eacute;e le 28 novembre 1968 au cardinal CICOGNANI, lettre o&ugrave; il fait l'&eacute;loge du grand courage de Paul VI.)</i>, c'est-&agrave;-dire que pr&eacute;cis&eacute;ment dans ce domaine, si profond&eacute;ment et essentiellement humain et personnel, il faut avant tout se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; l'homme comme personne, au sujet qui d&eacute;cide de lui- m&ecirc;me et non aux moyens qui en font un objet (de manipulation) et le d&eacute;personnalisent. Il s'agit donc ici d'une authentique signification &quot;humaniste&quot; du d&eacute;veloppement et du progr&egrave;s de la civilisation humaine.</p> <p>3.&nbsp;Cet effort est-il possible? l'ensemble des probl&egrave;mes consid&eacute;r&eacute;s par l'encyclique Humanae Vitae ne se r&eacute;duit pas simplement &agrave; la dimension biologique de la fertilit&eacute; humaine (&agrave; la question des rythmes naturels de fertilit&eacute;) mais remonte &agrave; la subjectivit&eacute; m&ecirc;me de l'&ecirc;tre humain , &agrave; cet &quot;ego&quot; personnel qui fait qu'il est homme ou qu'il est femme.<br /> D&eacute;j&agrave; durant la discussion du Concile Vatican II au sujet du chapitre de Gaudium et Spes concernant la &quot;Dignit&eacute; du sacrement et de la famille et sa mise en valeur&quot;, on parlait de la n&eacute;cessit&eacute; d'une valeur approfondie des r&eacute;actions (et aussi des &eacute;motions) en relation avec l'influence de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; sur le sujet humain <i>(Cf. Interventions du cardinal L&eacute;on SUENENS &agrave; la Congr&eacute;gation g&eacute;n&eacute;rale 138 du 29.9.1965: Acta Synodalia S. Concilii Oecumenici Vaticani II, vol. 4, pars. 3, p.30)</i> Ce probl&egrave;me n'appartient pas tant &agrave; la biologie qu'&agrave; la psychologie. De la biologie et de la psychologie il passe ensuite au cadre de la spiritualit&eacute; conjugale et familiale. Ici, en effet, ce probl&egrave;me est en rapport &eacute;troit avec la mani&egrave;re d'entendre la vertu de continence, c'est-&agrave;-dire la ma&icirc;trise de soi et en particulier la continence p&eacute;riodique.</p> <p>4.&nbsp;Une analyse attentive de la psychologie humaine (qui est en m&ecirc;me temps une auto-analyse subjective et devient par la suite analyse d'un &quot;objet&quot; accessible &agrave; la science humaine) permet d'aboutir &agrave; quelques affirmations essentielles. En effet, dans les relations entre personnes o&ugrave; s'exprime l'influence r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; se lib&egrave;re dans le sujet psycho-&eacute;motif humain, dans l'&quot;ego&quot; humain, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d'une r&eacute;action que l'on peut qualifier d'&quot;excitation&quot;, une autre r&eacute;action que l'on peut appeler &quot;&eacute;motion&quot;. Bien que ces deux r&eacute;actions se r&eacute;v&egrave;lent en m&ecirc;me temps, il est possible de les distinguer par exp&eacute;rience et de les &quot;diff&eacute;rencier&quot; quant &agrave; leur contenu ou leur objet (A cet &eacute;gard, on pourrait rappeler ce qu'a dit saint Thomas dans une fine analyse de l'amour humain en relation avec le &quot;concupiscibile&quot; et avec la volont&eacute; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fhl.htm#h0">I-II 26,2</a></i>.<br /> La diff&eacute;rence objective entre l'un et l'autre genre de r&eacute;actions positives consiste dans le fait que l'excitation est avant tout &quot;corporelle&quot; et, en ce sens, &quot;sexuelle&quot;; l'&eacute;motion, en revanche - bien que suscit&eacute;e par la r&eacute;action r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; - se r&eacute;f&egrave;re surtout &agrave; l'autre personne comprise dans son &quot;int&eacute;gralit&eacute;&quot;. On peut dire qu'il s'agit d'une &eacute;motion caus&eacute;e par la personne, en relation avec sa masculinit&eacute; ou f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>5.&nbsp;Ce que nous affirmons ici relativement &agrave; la psychologie des r&eacute;actions r&eacute;ciproques de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute; aide &agrave; comprendre la fonction de la vertu de continence dont nous avons parl&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment. Celle-ci n'est pas seulement - ni m&ecirc;me principalement - la capacit&eacute; de s'abstenir - c'est-&agrave;- dire la ma&icirc;trise des multiples r&eacute;actions qui s'entrelacent dans l'influence r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;; une telle fonction pourrait se d&eacute;finir comme &quot;n&eacute;gative&quot;. Il existe aussi une autre fonction (que nous pouvons appeler &quot;positive&quot;) de la ma&icirc;trise de soi: c'est la capacit&eacute; de guider les r&eacute;actions respectives tant en ce qui concerne leur contenu qu'en ce qui concerne leur caract&egrave;re.<br /> Il a &eacute;t&eacute; dit que, dans le domaine des r&eacute;actions r&eacute;ciproques de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;, l'excitation et l'&eacute;motion n'apparaissent pas seulement comme exp&eacute;riences distinctes et diff&eacute;rentes de l'&quot;ego&quot; humain; tr&egrave;s souvent, elles apparaissent aussi conjointement dans le cadre de l'exp&eacute;rience m&ecirc;me en tant que deux &eacute;l&eacute;ments diff&eacute;rents de celle-ci. C'est de diverses circonstances, de nature int&eacute;rieure et ext&eacute;rieure, que d&eacute;pend la proportion r&eacute;ciproque selon laquelle ces deux &eacute;l&eacute;ments se r&eacute;v&egrave;lent dans une exp&eacute;rience d&eacute;termin&eacute;e. Parfois, c'est l'un des &eacute;l&eacute;ments qui pr&eacute;vaut nettement; d'autres fois, il y a plut&ocirc;t un &eacute;quilibre entre eux.</p> <p>6. La continence comme capacit&eacute; de diriger l'excitation et l'&eacute;motion dans la sph&egrave;re de l'influence r&eacute;ciproque de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute; a pour t&acirc;che essentielle de maintenir l'&eacute;quilibre entre la communion o&ugrave; les &eacute;poux ne d&eacute;sirent exprimer r&eacute;ciproquement que leur union intime, d'une part, et celle o&ugrave; (au moins implicitement) ils accueillent la paternit&eacute; responsable, d'autre part. De fait, l'excitation et l'&eacute;motion peuvent porter pr&eacute;judice par le sujet, &agrave; l'orientation et au caract&egrave;re du r&eacute;ciproque langage du corps.<br /> L'excitation cherche avant tout &agrave; s'exprimer sous forme de plaisir sensuel et corporel, c'est-&agrave;-dire qu'elle tend &agrave; l'acte conjugal qui (d&eacute;pendant des rythmes naturels de f&eacute;condit&eacute;) comporte la possibilit&eacute; de cr&eacute;ation. Par contre, l'&eacute;motion provoqu&eacute;e par un autre &ecirc;tre humain comme personne, m&ecirc;me si son contenu &eacute;motif est influenc&eacute; par la f&eacute;minit&eacute; ou masculinit&eacute; de l'&quot;autre&quot;, ne tend pas d'elle-m&ecirc;me &agrave; l'acte conjugal, mais se limite &agrave; d'autres manifestations d'affection dans lesquelles s'affirme la signification nuptiale du corps et qui, toutefois, ne comprennent pas sa signification (potentiellement ) procr&eacute;atrice.<br /> Il est facile de comprendre quelles cons&eacute;quences d&eacute;coulent de cela, relativement au probl&egrave;me de la paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables. Ces cons&eacute;quences sont de nature morale. L'excitation cherche surtout &agrave; s'exprimer sur la plan physique et elle comporte &eacute;videmment une possibilit&eacute; de procr&eacute;ation. Par contre, l'&eacute;motion peut se manifester sans aboutir &agrave; l'acte conjugal et ses cons&eacute;quences possibles. Cette distinction permet vraiment de mieux comprendre que le probl&egrave;me de la paternit&eacute;-maternit&eacute; responsable est d'ordre moral. Je supplie Dieu de faire acc&eacute;der les chr&eacute;tiens et tous les gens de bonne volont&eacute; &agrave; ce niveau de v&eacute;rit&eacute; lib&eacute;ratrice et humanisante.</p> <p>- 31&nbsp;octobre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:04:32 +0000 Incarnare 170 at http://www.theologieducorps.fr TDC 126 - La continence perfectionne la communion personnelle entre l'homme et la femme http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-126-la-continence-perfectionne-la-communion-personnelle-entre-lhomme-la-femme <p>1.&nbsp;Nous allons poursuivre l'analyse de la continence &agrave; la lumi&egrave;re de la doctrine exprim&eacute;e par l'encyclique Humanae Vitae.<br /> Il convient de rappeler que les grands classiques de la pens&eacute;e &eacute;thique (et anthropologique) tant pr&eacute;-chr&eacute;tienne que chr&eacute;tienne (Saint Thomas d'Aquin) consid&egrave;rent la vertu de continence non seulement comme capacit&eacute; de contenir les r&eacute;actions corporelles et sensuelles, mais aussi et plus encore comme capacit&eacute; de contr&ocirc;ler et de guider toute la sph&egrave;re sensuelle et &eacute;motive de l'homme. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de la capacit&eacute; d'orienter soit l'excitation vers son d&eacute;veloppement correct, soit l'&eacute;motion elle-m&ecirc;me, les dirigeant vers l'approfondissement et l'intensification de leur caract&egrave;re pur et, en un certain sens, d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;.</p> <p>2. Cette diff&eacute;renciation entre la perspective de l'excitation et celle de l'&eacute;motion n'est pas une contradiction. Elle ne signifie pas que l'acte conjugal, comme effet de l'excitation, ne comporte pas en m&ecirc;me temps l'&eacute;motion de l'autre personne. Il en est certainement ainsi dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens, sous forme d'exhortation aux &eacute;poux: &quot;Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i></p> <p>La distinction entre excitation et &eacute;motion relev&eacute;e dans cette analyse ne prouve rien d'autre que la richesse subjective, r&eacute;active et &eacute;motive, de l'&quot;ego&quot; humain; cette richesse exclut n'importe qu'elle r&eacute;duction et fait que la vertu de continence peut &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute;e comme capacit&eacute; de diriger la manifestation, tant de l'excitation que de l'&eacute;motion, suscit&eacute; par la r&eacute;activit&eacute; de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;.</p> <p>3. La vertu de continence comprise de cette mani&egrave;re a un r&ocirc;le essentiel dans le maintien de l'&eacute;quilibre int&eacute;rieur entre les deux significations, unitive et procr&eacute;ative, de l'acte conjugal <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i> en vue d'une paternit&eacute; et d'une maternit&eacute; vraiment responsables.<br /> L'encyclique Humanae Vitae accorde l'attention requise &agrave; l'aspect biologique du probl&egrave;me, c'est-&agrave;-dire au caract&egrave;re rythmique de la f&eacute;condit&eacute; humaine. M&ecirc;me si cette p&eacute;riodicit&eacute; peut, &agrave; la lumi&egrave;re de l'encyclique, &ecirc;tre appel&eacute;e indice providentiel pour une paternit&eacute; et une maternit&eacute; responsables, ce n'est pas toutefois &agrave; ce niveau que trouve sa solution un probl&egrave;me comme celui-l&agrave;, un probl&egrave;me qui a une signification si profond&eacute;ment personnelle et sacramentelle (th&eacute;ologique).<br /> Selon l'encyclique, la paternit&eacute; et la maternit&eacute; responsables constituent &quot;la v&eacute;rification d'un amour conjugal en pleine maturit&eacute;&quot; et, pour cette raison, on y trouve non seulement la r&eacute;ponse &agrave; l'interrogation concr&egrave;te que l'on se pose dans le cadre de l'&eacute;thique de la vie conjugale, mais aussi, comme je l'ai d&eacute;j&agrave; dit, l'indication d'un trait de spiritualit&eacute; conjugal que nous d&eacute;sirons au moins esquisser.</p> <p>4.&nbsp;La mani&egrave;re correcte d'entendre et de pratiquer la continence p&eacute;riodique en tant que vertu (ou, selon <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a></i>, la &quot;ma&icirc;trise de soi&quot;) d&eacute;cide essentiellement du caract&egrave;re naturel de la m&eacute;thode appel&eacute;e, elle aussi, &quot;m&eacute;thode naturelle&quot;: celle-ci est naturelle au niveau de la personne. On ne saurait donc penser &agrave; une application m&eacute;canique des lois biologiques. La connaissance des rythmes de f&eacute;condit&eacute; - m&ecirc;me si elle est indispensable - ne cr&eacute;e pas encore cette libert&eacute; int&eacute;rieure du don, qui est de nature explicitement spirituelle, et d&eacute;pend du degr&eacute; de maturit&eacute; int&eacute;rieure de l'homme. Cette libert&eacute; suppose la facult&eacute; de diriger les r&eacute;actions sensuelles et &eacute;motives de l'homme de telle mani&egrave;re qu'elle rend possible la donation de soi &agrave; l'autre &quot;ego&quot; sur la base de la m&ucirc;re possession de son propre &quot;ego&quot; dans sa subjectivit&eacute; corporelle et &eacute;motive.</p> <p>5.&nbsp;Comme nous l'avons relev&eacute; dans les analyses bibliques et th&eacute;ologiques faites pr&eacute;c&eacute;demment, le corps humain est, dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, ordonn&eacute; int&eacute;rieurement en vue de la communion des personnes (communio personarum). C'est en cela que consiste sa signification nuptiale.<br /> C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette signification nuptiale du corps qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;form&eacute;e, pour ainsi dire &agrave; la base m&ecirc;me, par la concupiscence (en particulier par la convoitise de la chair dans le cadre de la triple concupiscence). Dans sa forme venue &agrave; maturit&eacute;, la vertu de continence d&eacute;voile graduellement l'aspect &quot;puret&eacute;&quot; de la signification nuptiale du corps. De cette mani&egrave;re, la conscience d&eacute;veloppe la communion personnelle de l'homme et de la femme, une communion qui n'est pas en mesure de se former et de se d&eacute;velopper, dans la pleine v&eacute;rit&eacute; de sescommunion des personnes (communio personarum). C'est en cela que consiste sa signification nuptiale.<br /> C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cette signification nuptiale du corps qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;form&eacute;e, pour ainsi dire &agrave; la base m&ecirc;me, par la concupiscence (en particulier par la convoitise de la chair dans le cadre de la triple concupiscence). Dans sa forme venue &agrave; maturit&eacute;, la vertu de continence d&eacute;voile graduellement l'aspect &quot;puret&eacute;&quot; de la signification nuptiale du corps. De cette mani&egrave;re, la conscience d&eacute;veloppe la communion personnelle de l'homme et de la femme, une communion qui n'est pas en mesure de se former et de se d&eacute;velopper, dans la pleine v&eacute;rit&eacute; de ses possibilit&eacute;s, uniquement sur le terrain de la concupiscence. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment cela qu'affirme l'encyclique Humanae Vitae. Cette v&eacute;rit&eacute; a deux aspects: un aspect personnel et un aspect th&eacute;ologique.</p> <p>- 7 novembre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:06:09 +0000 Incarnare 171 at http://www.theologieducorps.fr TDC 127 - Au centre de la spiritualité conjugale il y a la chasteté http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-127-au-centre-de-la-spiritualite-conjugale-il-y-la-chastete <p>1.&nbsp;A la lumi&egrave;re de l'encyclique Humanae Vitae, l'&eacute;l&eacute;ment fondamental de la spiritualit&eacute; conjugale est l'amour r&eacute;pandu dans le coeur des &eacute;poux comme don de l'Esprit Saint <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gxl.htm#fd">Rm 5,5</a></i>. Les &eacute;poux re&ccedil;oivent ce don dans le sacrement en m&ecirc;me temps qu'une particuli&egrave;re cons&eacute;cration. L'amour est uni &agrave; la chastet&eacute; conjugale qui, se manifestant dans la continence, r&eacute;alise l'ordre int&eacute;rieur de la coexistence conjugale.<br /> La chastet&eacute;, c'est vivre dans l'ordre du coeur. Cet ordre favorise le d&eacute;veloppement des manifestations d'affection dans la proportion et au sens qui leur sont propres. De cette mani&egrave;re se trouve &eacute;galement confirm&eacute;e la chastet&eacute; en tant que vie selon l'Esprit <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e3d.htm#fc">Ga 5,25</a></i>, comme l'exprime saint Paul. L'Ap&ocirc;tre pensait non seulement aux &eacute;nergies immanentes de l'esprit humain mais encore et surtout &agrave; l'influence sanctifiante de l'Esprit Saint et &agrave; ses dons particuliers.</p> <p>2.&nbsp;Au centre de la spiritualit&eacute; conjugale, il y a donc la chastet&eacute; non seulement comme vertu morale en connexion avec les dons de l'Esprit Saint - avant tout avec le don du respect de ce qui vient de Dieu (donum pietatis). C'est &agrave; ce don que pense l'auteur de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens quand il exhorte les &eacute;poux &agrave; &ecirc;tre &quot;soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>. Ainsi donc, l'ordre int&eacute;rieur de la coexistence conjugale, qui permet que les manifestations d'affection se d&eacute;veloppent selon la proportion exacte et la signification qui leur sont propres, est le fruit non seulement de la vertu &agrave; laquelle les &eacute;poux s'exercent mais aussi des dons de l'Esprit Saint avec lequel ils collaborent.<br /> Dans quelques passages de son texte (particuli&egrave;rement <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bx">HV 21</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b2">HV 26</a></i> traitant de l'asc&egrave;se sp&eacute;cifiquement conjugale, c'est-&agrave;-dire des efforts pour acqu&eacute;rir les vertus d'amour, de chastet&eacute; et de continence, l'encyclique Humanae Vitae parle indirectement des dons de l'Esprit Saint auxquels les &eacute;poux deviennent sensibles dans la mesure o&ugrave; ils ont acquis la maturit&eacute; dans la vertu.</p> <p>3.Cela correspond &agrave; la vocation de l'homme au mariage. Ces deux &ecirc;tres qui, selon l'expression la plus antique de la Bible, - &quot;seront une seule chair&quot;, ne peuvent r&eacute;aliser une telle union au propre niveau des personnes (communio personarum) si ce n'est moyennant les forces provenant de l'esprit, et pr&eacute;cis&eacute;ment de l'Esprit Saint, qui purifie, vivifie, fortifie et perfectionne les forces de l'esprit humain: &quot;C'est l'esprit qui donne la vie, la chair ne sert de rien&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fxp.htm#ly">Jn 6,63</a></i>.<br /> Il en r&eacute;sulte que les lignes essentielles de la spiritualit&eacute; conjugale sont inscrites d&egrave;s l'origine dans la v&eacute;rit&eacute; biblique sur le mariage. Cette spiritualit&eacute; est, depuis l'origine &eacute;galement, ouverte aux dons de l'Esprit Saint. Si l'encyclique Humane Vitae exhorte les &eacute;poux &agrave; une pri&egrave;re pers&eacute;v&eacute;rante et &agrave; la vie sacramentelle (en disant &quot;qu'ils cherchent surtout dans l'Eucharistie la source de la gr&acirc;ce et de la charit&eacute;&quot;; qu'&quot;ils recourent avec humble pers&eacute;v&eacute;rance &agrave; la mis&eacute;ricorde de Dieu qui est accord&eacute;e dans le sacrement de la p&eacute;nitence&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fb0.htm#b1">HV 25</a></i>),elle le fait en se rappelant que c'est l'Esprit Saint qui &quot;donne la vie&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/bqf.htm#cu">2Co 3,6</a></i></p> <p><i>4. </i>Les dons de l'Esprit Saint, et en particulier le don du respect de ce qui est sacr&eacute;, semblent avoir ici une importance fondamentale. En effet, ce don soutient et d&eacute;veloppe chez les conjoints une sensibilit&eacute; particuli&egrave;re &agrave; l'&eacute;gard de tout ce qui ,dans leur vocation et leur coexistence, porte le signe du myst&egrave;re de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption; &agrave; l'&eacute;gard de tout ce qui est un reflet cr&eacute;e de la sagesse et de l'amour de Dieu. C'est pourquoi ce don semble initier l'homme et la femme de mani&egrave;re particuli&egrave;rement profonde au respect des deux significations ins&eacute;parables de l'acte conjugal dont parle <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i> par rapport au sacrement de mariage. Le respect des deux significations de l'acte conjugal ne peut se d&eacute;velopper pleinement que si, pour le fonder, il se r&eacute;f&egrave;re profond&eacute;ment &agrave; la dignit&eacute; personnelle de ce qui dans la personne humaine appartient de mani&egrave;re intrins&egrave;que &agrave; la masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, et si, ins&eacute;parablement, il se r&eacute;f&egrave;re aussi &agrave; la dignit&eacute; personnelle de la nouvelle vie qui peut na&icirc;tre de l'union conjugale de l'homme et de la femme. Le don du respect de ce que Dieu a cr&eacute;&eacute; s'exprime pr&eacute;cis&eacute;ment dans cette r&eacute;f&eacute;rence.</p> <p>5.&nbsp;Le respect de la double signification de l'acte conjugal dans le mariage, qui na&icirc;t du don de respect pour la cr&eacute;ation de Dieu, se manifeste &eacute;galement comme crainte salvifique: crainte de d&eacute;truire ou de d&eacute;grader ce qui porte en soi le signe du myst&egrave;re divin de la Cr&eacute;ation et de la R&eacute;demption. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment de cette crainte que saint Paul parle dans l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens quand il &eacute;crit: &quot;Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e2">Ep 5,21</a></i>.<br /> Si cette crainte salvifique s'associe imm&eacute;diatement &agrave; la fonction &quot;n&eacute;gative&quot; de la continence (ou &agrave; la r&eacute;sistance oppos&eacute;e &agrave; la convoitise de la chair), elle se manifeste &eacute;galement - et de mani&egrave;re croissante au fur et &agrave; mesure que cette vertu m&ucirc;rit - comme sensibilit&eacute; pleine de v&eacute;n&eacute;ration pour les valeurs essentielles de l'union conjugale: pour les deux significations de l'acte conjugal (ou, pour le dire selon le langage des pr&eacute;c&eacute;dentes analyses: pour la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure du mutuel langage du corps).<br /> Prenant pour base l'essentielle r&eacute;f&eacute;rence &agrave; ces deux valeurs fondamentales, l'union des &eacute;poux s'harmonise dans le sujet avec paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables. Le don de respect pour tout ce que Dieu a cr&eacute;&eacute; fait graduellement dispara&icirc;tre l'apparente contradiction et r&eacute;duit graduellement la difficult&eacute; d&eacute;coulant de la concupiscence, gr&acirc;ce &agrave; la maturit&eacute; de la vertu et &agrave; la force du don de l'Esprit Saint.</p> <p>6.&nbsp;S'il s'agit des probl&egrave;mes de la continence p&eacute;riodique (ou recours aux m&eacute;thodes naturelles), le don du respect pour l'oeuvre de Dieu aide en principe &agrave; concilier la dignit&eacute; humaine avec les rythmes naturels de f&eacute;condit&eacute;, c'est-&agrave;-dire avec la dimension biologique de la f&eacute;minit&eacute; et de la masculinit&eacute; des conjoints, dimension qui a &eacute;galement une signification propre pour la v&eacute;rit&eacute; du mutuel langage du corps dans la coexistence conjugale.<br /> De cette mani&egrave;re &eacute;galement, ce qui se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l'union conjugale par le corps - moins au sens biblique qu'au sens directement biologique - prend une forme humainement m&ucirc;re gr&acirc;ce &agrave; la vie selon l'Esprit.<br /> Toute la pratique de la r&eacute;gulation droite de la fertilit&eacute;, si &eacute;troitement li&eacute;e &agrave; la paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables, fait partie de la spiritualit&eacute; conjugale et familiale chr&eacute;tienne; et ce n'est qu'en vivant &quot;selon l'Esprit&quot; qu'elle devient int&eacute;rieurement vraie et authentique.<br /> &nbsp;</p> <p>- 14&nbsp;novembre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:08:31 +0000 Incarnare 172 at http://www.theologieducorps.fr TDC 128 - Le respect de l'oeuvre de Dieu, source de la spiritualité conjugale http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-128-respect-de-loeuvre-de-dieu-source-de-la-spiritualite-conjugale <p>Nous basant sur la doctrine contenue dans l'encyclique Humanae Vitae, nous entendons tracer une esquisse de la spiritualit&eacute; conjugale. Dans la vie spirituelle des &eacute;poux, les dons de l'Esprit Saint op&egrave;rent &eacute;galement et, en particulier, le donum pietatis, c'est-&agrave;-dire le don du respect pour ce qui est oeuvre de Dieu.</p> <p>1.&nbsp;Ce don, uni &agrave; l'amour et &agrave; la chastet&eacute;, aide &agrave; identifier dans l'ensemble de la coexistence conjugale, cet acte dans lequel, au moins potentiellement, la signification nuptiale du corps est li&eacute;e &agrave; sa signification particuli&egrave;re et m&ecirc;me exceptionnelle de cet acte: sa dignit&eacute; et la grave responsabilit&eacute; qui, par cons&eacute;quent, y est attach&eacute;e. De ce fait, l'antith&egrave;se de la spiritualit&eacute; conjugale est constitu&eacute;e, en un certain sens, par la carence subjective de cette compr&eacute;hension li&eacute;e &agrave; la pratique et &agrave; la mentalit&eacute; anticonceptionnelles. Plus que tout, cela constitue un &eacute;norme dommage du point de vue de la culture int&eacute;rieure de l'homme. La vertu de chastet&eacute; conjugale et, plus encore, le don de respect pour ce qui vient de Dieu, mod&egrave;lent la spiritualit&eacute; des &eacute;poux afin de prot&eacute;ger la dignit&eacute; particuli&egrave;re de cet acte, de cette manifestation d'affection o&ugrave; la v&eacute;rit&eacute; du langage du corps ne peut &ecirc;tre exprim&eacute;e qu'en sauvegardant la potentialit&eacute; procr&eacute;atrice.<br /> La paternit&eacute; et maternit&eacute; responsables signifient l'&eacute;valuation spirituelle - conforme &agrave; la v&eacute;rit&eacute; - de l'acte conjugal, dans la conscience et dans la volont&eacute; de chacun des deux &eacute;poux qui, dans cette manifestation d'affection, apr&egrave;s avoir consid&eacute;r&eacute; les circonstances internes et externes, et, en particulier, les circonstances biologiques, expriment leur m&ucirc;re disponibilit&eacute; &agrave; la paternit&eacute; et maternit&eacute;.</p> <p>2. Le respect pour l'oeuvre de Dieu contribue &agrave; faire en sorte que l'acte conjugal ne soit pas d&eacute;valu&eacute; et priv&eacute; d'int&eacute;riorit&eacute; dans l'ensemble de la vie conjugale - qu'il ne devienne pas &quot;habitude&quot; - et qu'en lui s'exprime une pl&eacute;nitude ad&eacute;quate de contenus personnels et &eacute;thiques, et aussi de contenus religieux, c'est-&agrave;-dire la v&eacute;n&eacute;ration &agrave; l'&eacute;gard de la majest&eacute; du Cr&eacute;ateur, ultime et unique d&eacute;positaire de la source de la vie, et &agrave; l'&eacute;gard de l'amour nuptial du R&eacute;dempteur. Tout cela cr&eacute;e et &eacute;largit, pour ainsi dire, l'espace int&eacute;rieur de la libert&eacute; mutuelle du don dans lequel se manifeste pleinement la signification nuptiale de la masculinit&eacute; et de la f&eacute;minit&eacute;.<br /> L'obstacle de cette libert&eacute; est constitu&eacute; par la contrainte int&eacute;rieure n&eacute;e de la concupiscence, orient&eacute;e vers l'autre &quot;ego&quot; comme objet de jouissance. Le respect de ce que Dieu a cr&eacute;&eacute; lib&egrave;re de cette contrainte, lib&egrave;re de tout ce qui r&eacute;duit l'autre &quot;ego&quot; au niveau de simple objet: il fortifie la libert&eacute; int&eacute;rieure du don.</p> <p>3.&nbsp;Cela ne peut se r&eacute;aliser que moyennant une profonde compr&eacute;hension de la dignit&eacute; personnelle tant de l'&quot;ego&quot; f&eacute;minin que de l'&quot;ego&quot; masculin, dans la coexistence r&eacute;ciproque. Cette compr&eacute;hension est le fruit fondamental du don de l'Esprit qui pousse la personne &agrave; respecter l'oeuvre de Dieu. C'est de cette compr&eacute;hension, et donc indirectement de ce don, que tirent leur vraie signification nuptiale toutes les manifestations d'affection qui constituent la trame de la persistance de l'union conjugale. Cette union s'exprime par l'acte conjugal, seulement dans des circonstances d&eacute;termin&eacute;es, mais elle peut et elle doit se manifester continuellement chaque jour gr&acirc;ce &agrave; diff&eacute;rentes manifestations d'affection qui sont d&eacute;termin&eacute;es par la capacit&eacute; de l'&quot;ego&quot; &agrave; &eacute;prouver une &eacute;motion d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e par rapport &agrave; la f&eacute;minit&eacute; et - r&eacute;ciproquement - par rapport &agrave; la masculinit&eacute;.<br /> L'attitude de respect pour l'oeuvre de Dieu que l'Esprit suscite chez les &eacute;poux a une &eacute;norme signification pour ces manifestations d'affection, car vont de pair avec elles la capacit&eacute; de la satisfaction profonde, de l'admiration, de l'attention d&eacute;sint&eacute;ress&eacute;e &agrave; l'&eacute;gard de la beaut&eacute; visible et en m&ecirc;me temps invisible de la f&eacute;minit&eacute; et masculinit&eacute;, et enfin la facult&eacute; d'appr&eacute;cier le don d&eacute;sint&eacute;ress&eacute; de l'autre.</p> <p>4.&nbsp;Tout cela d&eacute;cide de l'identification spirituelle de ce qui est masculin ou f&eacute;minin, de ce qui est corporel et en m&ecirc;me temps personnel. De cette identification spirituelle surgit la conscience de l'union &agrave; travers le corps qui sauvegarde la libert&eacute; int&eacute;rieure du don.<br /> Au moyen des manifestations d'affection les &eacute;poux s'aident l'un l'autre &agrave; demeurer dans l'union, et en m&ecirc;me temps ces manifestations prot&egrave;gent en chacun d'eux cette paix intime qu'ils &eacute;prouvent au fond d'eux-m&ecirc;mes et qui est, en un certain sens, la r&eacute;sonance int&eacute;rieure de la chastet&eacute; guid&eacute;e par le respect pour ce qui est la cr&eacute;ation de Dieu.<br /> Ce don comporte une attention profonde et universelle envers la personne dans sa masculinit&eacute; et f&eacute;minit&eacute;, cr&eacute;ant ainsi le climat int&eacute;rieur favorisant la communion personnelle. Ce n'est que dans un tel climat de communion personnelle des &eacute;poux que peut m&ucirc;rir correctement cette procr&eacute;ation que nous qualifions de &quot;responsable&quot;.</p> <p>5.&nbsp;L'encyclique Humanae Vitae nous permet de tracer une esquisse de la spiritualit&eacute; conjugale. Voil&agrave; le climat humain et surnaturel dans lequel - tenant compte de l'ordre biologique et, en m&ecirc;me temps, se basant sur la chastet&eacute; soutenue par le donum pietatis - se forme l'harmonie int&eacute;rieure du mariage, en plein respect de ce que l'encyclique appelle &quot;double signification de l'acte conjugal&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/fbz.htm#bo">HV 12</a></i>. Cette harmonie signifie que les &eacute;poux vivent ensemble dans la v&eacute;rit&eacute; int&eacute;rieure du langage du corps. L'encyclique Humanae Vitae proclame que la connexion entre cette v&eacute;rit&eacute; et l'amour est ins&eacute;parable.</p> <p> - 21 novembre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:09:53 +0000 Incarnare 173 at http://www.theologieducorps.fr TDC 129 - Les réponses aux interrogatoires sur le mariage et la procréation http://www.theologieducorps.fr/tdc/tdc-129-reponses-aux-interrogatoires-sur-mariage-la-procreation <p><a name="1"></a>1.&nbsp;La cat&eacute;ch&egrave;se que j'ai entreprise il y a plus de quatre ans et que je conclus aujourd'hui peut &ecirc;tre group&eacute;e tout enti&egrave;re sous le titre: &quot;L'amour humain dans le plan divin&quot; ou, pour &ecirc;tre plus pr&eacute;cis: &quot;La R&eacute;demption du corps et le caract&egrave;re sacramentel du mariage&quot;. Cette cat&eacute;ch&egrave;se peut &ecirc;tre divis&eacute;e en deux parties.<br /> La premi&egrave;re partie est consacr&eacute;e &agrave; l'analyse des paroles du Christ qui s'av&egrave;rent capables d'introduire le pr&eacute;sent th&egrave;me. Ces paroles ont &eacute;t&eacute; analys&eacute;es longuement dans l'ensemble du texte biblique; et &agrave; la suite de cette r&eacute;flexion, qui s'est poursuivie pendant plusieurs ann&eacute;es, il semble indiqu&eacute; de mettre en relief les trois textes qui ont &eacute;t&eacute; soumis &agrave; l'analyse pr&eacute;cis&eacute;ment dans la premi&egrave;re partie de la cat&eacute;ch&egrave;se.<br /> Il y a d'abord le texte o&ugrave; le Christ se r&eacute;f&egrave;re &quot;&agrave; l'origine&quot; dans son entretien avec les pharisiens au sujet de l'unit&eacute; et de l'indissolubilit&eacute; du mariage <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#zz">Mt 19,8</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#p0">Mc 10,6-9</a></i> Puis, il y a les paroles du Christ dans le Discours sur la Montagne o&ugrave; il est question de la concupiscence qui constitue &quot;un adult&egrave;re commis dans le coeur&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfo.htm#j3">Mt 5,28</a></i>. Enfin, il y a les paroles, transmises par tous les Synoptiques, o&ugrave; J&eacute;sus se rapporte &agrave; la r&eacute;surrection des corps dans l'&quot;autre monde&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gfq.htm#a33">Mt 22,30</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/gbx.htm#tc">Mc 12,25</a> <a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/f10.htm#bck">Lc 20,35</a></i>.<br /> La seconde partie de la cat&eacute;ch&egrave;se a &eacute;t&eacute; consacr&eacute;e &agrave; l'analyse du sacrement sur la base de l'&eacute;p&icirc;tre aux Eph&eacute;siens <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/exs.htm#e3">Ep 5,22-33</a></i> qui remonte &agrave; l'&quot;origine&quot; biblique du mariage, que rappellent les paroles du livre de la Gen&egrave;se: &quot;(...) l'homme laissera son p&egrave;re et sa m&egrave;re, s'attachera &agrave; sa femme et ils deviendront une seule chair&quot; <i><a href="http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/e4c.htm#fj">Gn 2,24</a></i>.<br /> La cat&eacute;ch&egrave;se de la premi&egrave;re partie et celle de la seconde utilisent de mani&egrave;re r&eacute;p&eacute;t&eacute;e l'expression &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;. Celle-ci est, en un certain sens, une formule de travail. L'introduction de l'expression et de concept de &quot;th&eacute;ologie du corps&quot; &eacute;tait n&eacute;cessaire pour &eacute;tablir sur une base plus large le th&egrave;me de &quot;la R&eacute;demption du corps et du caract&egrave;re sacramentel du mariage&quot;. Il convient en effet d'observer tout de suite que l'expression &quot;th&eacute;ologie du corps&quot; embrasse bien davantage que le seul contenu des r&eacute;flexions faites. Dans ces r&eacute;flexions ne sont pas comprises un bon nombre de probl&egrave;mes qui, en raison de leur objet, appartiennent &agrave; la th&eacute;ologie du corps (comme par exemple le probl&egrave;me de la souffrance et de la mort, si important dans le message biblique). Il est n&eacute;cessaire de le dire clairement. Il faut n&eacute;anmoins reconna&icirc;tre que les r&eacute;flexions au sujet du th&egrave;me &quot;La R&eacute;demption du corps et le caract&egrave;re sacramentel du mariage&quot; ne peuvent se d&eacute;rouler correctement que si elles partent du moment o&ugrave; la lumi&egrave;re de la R&eacute;v&eacute;lation touche la r&eacute;alit&eacute; du corps humain (c'est-&agrave;-dire sur la base de la th&eacute;ologie du corps) Cela est confirm&eacute; notamment par les paroles du livre de la Gen&egrave;se: &quot;Les deux (...) deviendront une seule chair&quot; paaux paroles cl&eacute;s du Christ. Nous sommes revenus &agrave; ces r&eacute;flexions &eacute;galement en entreprenant au terme de ce cycle de cat&eacute;ch&egrave;ses l'analyse de l'encyclique Humanae Vitae.</p> <p><a name="2"></a>2.&nbsp;La doctrine contenue dans ce document de l'enseignement contemporain de l'Eglise demeure en rapport organique, soit avec le caract&egrave;re sacramentel du mariage, soit avec toute la probl&eacute;matique biblique de la th&eacute;ologie du corps, centr&eacute;e sur les paroles cl&eacute;s du Christ. En un certain sens, on peut m&ecirc;me dire que toutes les r&eacute;flexions qui traitent de la &quot;R&eacute;demption du corps et du caract&egrave;re sacramentel du mariage&quot; semblent constituer un ample commentaire de la doctrine contenue pr&eacute;cis&eacute;ment dans l'encyclique Humanae Vitae.<br /> Ce commentaire semble certainement n&eacute;cessaire. L'encyclique, en effet, en donnant une r&eacute;ponse &agrave; quelques interrogations que l'on se pose aujourd'hui dans le cadre de la morale conjugale et familiale, a suscit&eacute; en m&ecirc;me temps d'autres questions de nature biom&eacute;dicale, comme on le sait. Mais des questions qui sont aussi (et surtout) de nature th&eacute;ologique: elles appartiennent &agrave; ce domaine de l'anthropologie et de la th&eacute;ologie que nous avons appel&eacute; &quot;th&eacute;ologie du corps&quot;.<br /> Les r&eacute;flexions faites servent &agrave; affronter les interrogations qui ont surgi en relation avec l'encyclique Humane Vitae. La r&eacute;action qu'a suscit&eacute;e l'encyclique confirme l'importance et la difficult&eacute; de ces interrogations. Elles sont r&eacute;affirm&eacute;es &eacute;galement par les &eacute;nonc&eacute;s suivants de Paul VI o&ugrave; le pape rel&egrave;ve la possibilit&eacute; d'approfondir l'expos&eacute; de la v&eacute;rit&eacute; chr&eacute;tienne dans ce secteur.<br /> L'a confirm&eacute; en outre l'exhortation Familiaris consortio, fruit du Synode des Ev&ecirc;ques de 1980: De muneribus familiae christianae. Ce document comprend un appel, adress&eacute; particuli&egrave;rement aux th&eacute;ologiens, pour qu'ils &eacute;laborent de mani&egrave;re plus compl&egrave;te les aspects bibliques et personnels de la doctrine contenue dans Humanae Vitae.<br /> Relever les interrogations suscit&eacute;es par l'encyclique veut dire les formuler et en m&ecirc;me temps en chercher la r&eacute;ponse. La doctrine contenue dans Familiaris consortio demande que la formulation des interrogations aussi bien que la recherche d'une r&eacute;ponse ad&eacute;quate se concentrent sur les aspects bibliques et personnels. Cette doctrine indique &eacute;galement la voie &agrave; suivre pour le d&eacute;veloppement de la th&eacute;ologie du corps, la direction du d&eacute;veloppement, et donc aussi, la direction de son perfectionnement et approfondissement progressifs.</p> <p><a name="3"></a>3.&nbsp;L'analyse des aspects bibliques &eacute;claire la mani&egrave;re d'enraciner la doctrine proclam&eacute;e par l'Eglise contemporaine au sujet de la R&eacute;v&eacute;lation. Cela est important pour le d&eacute;veloppement de la th&eacute;ologie. Le d&eacute;veloppement, c'est-&agrave;-dire le progr&egrave;s en th&eacute;ologie, se r&eacute;alise en effet en reprenant constamment l'&eacute;tude du d&eacute;p&ocirc;t r&eacute;v&eacute;l&eacute;.<br /> L'enracinement de la doctrine proclam&eacute;e par l'Eglise dans toute la Tradition et dans la R&eacute;v&eacute;lation divine elle-m&ecirc;me est toujours ouvert aux interrogations des hommes et utilise &eacute;galement les instruments les plus conformes &agrave; la science moderne et &agrave; la culture d'aujourd'hui. Il semble que dans ce secteur l'intense d&eacute;veloppement de l'anthropologie philosophique (en particulier de l'anthropologie qui se trouve &agrave; la base de l'&eacute;thique) rencontre de mani&egrave;re tr&egrave;s voisine les interrogations suscit&eacute;es par l'encyclique Humanae Vitae &agrave; l'&eacute;gard de la th&eacute;ologie et sp&eacute;cialement de l'&eacute;thique th&eacute;ologique.<br /> L'analyse des aspects personnels de la doctrine contenue dans ce document a une signification existentielle pour &eacute;tablir en quoi consiste le vrai progr&egrave;s, c'est-&agrave;-dire le d&eacute;veloppement de l'homme. Dans toute la civilisation contemporaine - et particuli&egrave;rement dans la civilisation occidentale - il existe une tendance cach&eacute;e et en m&ecirc;me temps suffisamment explicite &agrave; mesurer ce progr&egrave;s selon la mesure des choses, c'est-&agrave;-dire des biens mat&eacute;riels.<br /> L'analyse des aspects personnels de la doctrine de l'Eglise contenue dans l'encyclique de Paul VI met en &eacute;vidence un appel r&eacute;solu &agrave; situer le progr&egrave;s de l'homme &agrave; la mesure de la personne, c'est-&agrave;-dire de ce qui est un bien de l'homme comme homme - qui correspond &agrave; sa dignit&eacute; essentielle.<br /> L'analyse des aspects personnels entra&icirc;ne la conviction que l'encyclique pr&eacute;sente comme probl&egrave;me fondamental le point de vue de l'authentique d&eacute;veloppement de l'homme; ce d&eacute;veloppement se d&eacute;termine en effet, en principe, &agrave; la mesure de l'&eacute;thique et non seulement &agrave; celle de la technique.</p> <p><a name="4"></a>4.&nbsp;Les cat&eacute;ch&egrave;ses consacr&eacute;es &agrave; l'encyclique Humanae Vitae constituent seulement un partie, la partie finale, de celles qui ont trait&eacute; de la R&eacute;demption du corps et du caract&egrave;re sacramentel du mariage.<br /> Si j'attire particuli&egrave;rement l'attention pr&eacute;cis&eacute;ment sur ces derni&egrave;res cat&eacute;ch&egrave;ses, je le fais non seulement parce que le th&egrave;me dont elles traitent est plus &eacute;troitement li&eacute; &agrave; notre &eacute;poque, mais aussi parce que c'est d'elle que proviennent les interrogations qui impr&egrave;gnent en un certain sens l'ensemble de nos r&eacute;flexions. Il en r&eacute;sulte que cette partie finale n'est pas artificiellement ajout&eacute;e &agrave; l'ensemble, mais qu'elle lui est unie de mani&egrave;re organique et homog&egrave;ne. En un certain sens, cette partie qui, dans sa disposition globale, est plac&eacute;e, &agrave; la fin, se trouve en m&ecirc;me temps au d&eacute;but de cet ensemble. Cela est important du point de vue de la structure et de la m&eacute;thode.<br /> Le moment historique semble voir lui aussi sa signification: en effet, les pr&eacute;sentes cat&eacute;ch&egrave;ses ont commenc&eacute; durant la p&eacute;riode des pr&eacute;paratifs du Synode des Ev&ecirc;ques de 1980 sur le th&egrave;me du mariage et de la famille (De muneribus familiae chritianae) et prennent fin apr&egrave;s la publication de l'exhortation Familiaris consortio qui est le fruit des travaux de ce Synode. Nul n'ignore que le Synode de 1980 s'est r&eacute;f&eacute;r&eacute; &eacute;galement &agrave; l'encyclique Humanae Vitae et a reconfirm&eacute; pleinement sa doctrine. Toutefois, le moment le plus important semble celui, essentiel, qui, dans l'ensemble des r&eacute;flexions accomplies, peut se pr&eacute;ciser de la mani&egrave;re suivante: pour affronter les interrogations que suscite l'encyclique Humanae Vitae, surtout en th&eacute;ologie, pour formuler ces interrogations et en chercher la r&eacute;ponse, il faut trouver ce cadre biblico-th&eacute;ologique auquel on fait allusion quand on parle de R&eacute;demption du corps et de caract&egrave;re sacramentel du mariage. Dans ce cadre se trouvent les r&eacute;ponses aux interrogations &eacute;ternelles de la conscience des hommes et des femmes, et &eacute;galement &agrave; celles, difficiles, de notre monde contemporain en ce qui concerne le mariage et la procr&eacute;ation.</p> <p>- 28&nbsp;novembre 1984</p> Wed, 09 Sep 2009 20:12:05 +0000 Incarnare 174 at http://www.theologieducorps.fr