Je tombe seulement maintenant sur votre billet. Je me suis souvent demandé non pas pourquoi l'Eglise parlait autant de sexualité, mais pourquoi elle en parlait si peu avant le XIXè siècle. A ma connaissance, personne ne pensait à priver Louis XIV du Saint Sacrement durant ses adultères publics avec ses favorites, Mme de Montespan ou Mme de Maintenon :)
"si nous sommes créateurs de nous-mêmes (...) la théorie du genre"
Laquelle ? Vu mon billet je crois utile de le préciser.
Je comprends que tu te refuses à cet appauvrissement du débat : mais il a été voulu par ceux-là même qui manipulent la théorie du gender. A partir de là, soit on nie leur existence ou leur portée (ta position actuellement) soit on sort par le haut en s'astreignant à préciser de quelle théorie du genre on parle.
Il semblerait que la théorie du gender ait son péché originel ;) une tache aussi difficilement dépassable que la nôtre.
L'homme "originel" de JPII n'est pas chronologiquement antérieur à notre réalité : i ne s'oppose pas à l'homme actuel mais à l'homme historique.
Et JPIi ne s'appuie pas simplement sur des données biologiques mais phénoménologiques pour construire une approche de la théologie du corps moins objectivante que les précédentes.
Enfin, et c'est intéressant : tu es le premier à introduire une dimension morale dans cette discussion comme dans ton article : ni les AFC (dont l'analyse - tu l'as montré - a ses limites) ni C Boutin ne le font : ils se contentent de souligner qu'il est étrange (et presque "contre-nature") d'introduire une théorie psycho-sociologique dans la biologie.
Ce que je reproche à ces derniers dans leur promptitude (et je ne parle pas de Mgr Vingt Trois qui a perdu une occasion de se taire) c'est le refus de toute discours scientifique sur la sexualité.
Or celui-ci s'il est rigoureusement scientifique et s'abstient de toute portée sociologique normative, est essentiel.
J'ajouterai qu'il ne suffit pas de "parcourir" Judith Butler pour bien la comprendre. Je ne suis pas un admirateur de cette philosophe mais sa pensée est bien plus nuancée que la caricature qu'on en fait.
Non, je regrette, on ne "devient" pas ce que l'on "est". Il n'y a pas de lien "naturel" entre le sexe "biologique" (gros guillemets) et le sexe "social". La biologie joue un rôle (hormones, fait que ce soit les femmes qui portent les enfants, etc.) mais notre identité d'homme ou de femme vient avant tout de l'image que nous a renvoyé la société dans laquelle nous vivons à partir du moment où elle a su que nous étions homme ou femme, et de la façon dont nous nous sommes construits ensuite, à partir de ce donné biologique, de cet image qu'on nous renvoie de nous mêmes, des idées en circulation dans la dite société, de notre parcours personnel, etc.
Parler de commencement, d'origine, de création, pourquoi pas, mais au point de vue spirituel ; sinon, ça n'a aucun sens, ou du moins, ce serait appauvrir considérablement l'interprétation de la Genèse. Je ne vois pas quel sens donner à l'"homme originel" dont parle Incarnare dans un billet mis en lien, auquel il faudrait se référer... quand le Christ dit "au commencement, il n'en était pas ainsi", je ne vois pas comment on peut l'interpréter autrement que "dans le plan de Dieu, il ne doit pas en être ainsi". Dieu n'est pas Créateur a un instant t, il est Créateur essentiellement et pour toujours, son oeuvre de création se poursuit aujourd'hui et elle se poursuivra jusqu'à ce que nous le rejoignions. Et elle se poursuit aussi à travers nos choix personnels...
D'autre part, ce n'est pas parce que Dieu est créateur qu'on peut déduire une morale de la conformation physique ou de la physiologie des hommes et des femmes ! Si l'on veut parler de biologie, plusieurs études ont montré ces dernières années que l'homme est en quelque sorte "fait" pour papillonner, pour disséminer ses gamètes... à partir de là, pourquoi ne pas multiplier les partenaires, admettre la polygamie, etc. Donc encore une fois, non, non et non, la nature ne nous parle pas. Nous rencontrons le Christ, d'une manière ou d'une autre, nous reconnaissons ce que nous sommes (donné biologique compris), et à partir de ce que nous sommes, en faisant usage de ce qui nous a été donné, nous nous mettons en marche à la suite du Christ. Mais ce n'est pas en nous référant à une hypothétique "nature humaine" que nous pouvons fonder une morale. Ou alors, en précisant la définition de la nature humaine, en la débarrassant du fatras de pseudo-science qui la parasite ("nature de l'homme", "nature de la femme", etc.), et en en donnant une définition d'ordre spirituel : la nature humaine = ce qu'est l'homme dans le plan de Dieu, l'homme tel que Dieu le crée (et non pas "l'a créé").
Accessoirement : entre "la nature est muette", et "nous sommes les créateurs de nous-mêmes", non sequitur. Si nous sommes les créateurs de nous-mêmes, c'est toujours à partir d'un donné biologique et social que la théorie du genre ne remet aucunement en cause : elle remet simplement en cause l'évidence apparente de ce donné et son caractère irréversible.
Et je trouve peu pertinents les arguments qui prétendent discréditer le genre comme outil intellectuel en s'appuyant sur les lubies de ses tenants, si effarantes qu'elles soient - et que je n'ai jamais prétendu nier, au contraire de ce que tu écris, j'en donne moi-même un exemple (l'universitaire qui avance que l'inégalité homme-femme dans les compétitions sportives serait construite...). Cela revient à discréditer le Christ comme voie de salut au nom des errements de ses disciples. Restons sur le fond. Point de détail, les Papous : d'une, il y a plusieurs groupes ethniques en Papouasie, de deux, je n'ai pas parlé d'égalité à leur sujet... :-)
Je ne prétends à rien au plan théologique. Référé peut vouloir dire connoté mais pas beaucoup plus. Je souhaite défendre l'idée d'une nature humaine voire d'une loi naturelle (ce que nie Baroque mais pas Incarnare) en vue du bien et du juste. (nota : je ne prétends pas répondre à Baroque même si après m'être promis de ne pas écrire sur le sujet, je m'y suis trouvé comme contraint)
Surtout, une chose très importante est de voire le queer derrière le gender. Maintenant que j'ai lu les trois pages syndicales pour pouvoir parler, je ne peux qu'inviter ceux qui ont des doutes à lire ou parcourir le livre de Judith Butler... C'est tout à fait édifiant.
Bravo pour ce billet. Tu poses les éléments de réponse à BF les plus objectifs qui soient. Le glissement dans sa réponse est bien une confusion de l'objet, passé de la métphysique (entendu comme vision réaliste et humaine quant à l'être) à la sociologie (récupérée comme justification phénoménologique du construit sur le biologique), voire à la psychanalyse (qui exclut une finalité extèrieure au sujet lui-mêm). La réponse de Nicolas Matthey était judicieuse mais référencée sur le terrain de la théologie, ce qui donne du grain à moudre sur la réduction faite par Baroque sur la notion de "nature". Ici et sans polémique, tu donnes le juste milieu qui permet de prendre la mesure du FLOU qui préside au gender. Le même flou idéologique qui amène à penser la personne humaine à sa propre mesure : la notion de dignité "sois disant "perdue" pour l'euthanasie, le flou de l'amas de cellule pour justifier un délai "acceptable" dans l'avortement, etc... A ce titre l'hubris soulevé par le P. Grosjean garde toute sa valeur objective. Baroque opère également une caricature de la finalité quant au sexe. La fin pour le pénis n'est pas de s'emboîter dans un vagin ou un autre orifice. Même Spinoza aurait raillé cette réduction trop facile pour pouvoir vanter - voire promouvoir l'hédonisme du gender ^^. Si l'amour est don, merci de nous élever pour aspirer à passer, en les assumant et les accomplissement pleinement, de l'eros à la philia et l'agapé.
Il n'y avait que toi pour faire un billet si juste. S'il y a une part d'analyse critique légitime de la répartition des rôles sociaux, ce qui touche à la sexualité et à la procréation me semble relever d'une autre catégorie. Le développement de la théorie du genre militante variante queer est très loin de la simple remise en cause de stéréotypes liés à la famille bourgeoise du XIXe siècle.
Même les analyses à prétention scientifique laisse dubitatif comme tu le rappelles à propos de l'exemple papou... De même pour certaines catégories en Inde. Le Pakistan a également introduit parait-il un troisième genre sur les documents d'identité pour certains hommes castrés (par ailleurs très mal traités dans la société).
J'avais reparcouru quelques pages d'Hadjadj pour mon billet mais je manque de compétence pour en tirer les conséquences au regard de la question du gender. Il y a toutefois une page qui me marque en complément de celle sur le refus de la naissance. En refusant d'être né d'une femme et d'un homme, l'individu récuse la nature humaine et finalement l'unité de l'espèce humaine (c'est évidemment un peu dépassé mais on peut rappeler Buffon : Une espèce est une succession constante d'individus similaires qui peuvent se reproduire ensemble).
Je n'avais pas eu le temps de vous répondre avant. Bon c'est le temps pascal... peut-être pas le temps le plus approprié au jeûne. Mais...
En quoi le jeûne a aidé ma vie spirituelle me demandiez-vous ? Je le soulignais déjà dans le premier commentaire. Le jeûne nous aide à vivre le combat spirituel que tout chrétien a à vivre. Le Christ nous a indiqué un chemin : le texte des tentations au désert n'est pas un moment précis de la vie du Christ, mais des tentations parcourons toute sa vie jusqu'à la croix... sauve-toi toi même si tu es le Messie.
Le jeûne est un moyen parmi d'autres pour rester en état de veille et donner à Dieu sa place dans notre vie et le laisser agir, parce je me mets dans le mouvement de recevoir et de rendre grâces et non plus de prendre. A l'inverse du geste d'Eve qui mange le fruit, je suis emportée dans le mouvement eucharistique du Christ.
Il faut aussi préciser ce que l'on entend par jeûne, car il y a jeûne et jeûne.Des jeûnes longs et des jeûnes courts. Dans une vie professionnelle et familiale en plein monde, nous n'allons pas vivre de la même manière qu'un ermite. Il nous faut trouver une mesure adaptée.
Je choisis de différer la prise de nourriture pour le Christ, alors quelque chose se désarme en moi, et je fais l'expérience que cela me rapproche du Christ. Je fais l'expérience d'approcher celui qui a dit : Je suis doux et humble de coeur. Cela met plus de compassion dans ma vie, plus d'amour. J'apprends la patience envers moi et les autres.
Pour plus de données sur l'aspect spirituel du jeûne, vous pouvez aussi lire un interview d'Amba Shenouda, patriarche copte d'Egypte, La voix d'un Père du désert. Il y a un chapitre sur le jeûne. DDB 2006
La notion de projet parentale est une erreur : c'est refusé l'enfant pour lui-même.
C'est le coeur de la déshumanisation et nous voyons bien que les médias et les politiques essayent de faire croire que le fait de vouloir un enfant, de le désirer, serait d'après eux le résultat d'un projet parental sur cet enfant.
Il n'en est rien : avoir un projet pour un enfant, c'est le refuser tel qu'il est.
Un enfant à naître est un être humain, pas un projet.
Cette notion de projet relève de l'idéolgie utilitariste : il faudrait que chacun serve à quelque chose, sinon la vie ne vaudrait pas d'e^tre vécue, il faudrait qu'un enfant serve à quelque chose.
Le père Abbé de Solesmes, ainsi que celui du Barroux, dit très bien les choses : nous ne servons à rien, notre vie ne sert rien, sinon à louer Dieu. L'être humain n'est pas un objet et n'a pas vocation à entrer dans un projet.
Un médecin devenu prêtre m'expliquer comment des parents, tous deux piannistes, avaient le projet que leur futur enfant devienne pianniste. Sauf qu'il avait les doigts trop court. Ils ont alors demandé l'avortement (qu'ils n'ont heureusement pas obtenu). Voilà la logique de l'idéologie du projet parental.
Et nous en voyons les désastres dans la PMA avec tous ces enfants congelés car ne faisant pas parti d'un projet. Ils n'ont pas le droit d'être eux-mêmes.
SD, je ne parle pas de mettre en place une bureaucratie, mais d'avoir un ensemble de bonnes pratiques et que les différents lieux de formation soient évalués par rapport à ces pratiques.
Et que d'un lieu à l'autre de l'Eglise, on ait suffisamment confiance dans le discernement des collègues pour ne pas intégrer des gens qui ont été écartés.
Les futurs prêtres de la Communauté St Martin ont bel et bien une évaluation psychologique au cours de leur première année au séminaire, que cela soit pour évaluer ce qui en eux pourrait faire obstacle à leur vie communautaire, à leur croissance spirituelle, ou pour détecter d'éventuelles faiblesses psycho-affectives.
Au séminaire diocésain de Metz-Nancy, idem : ma mère a suivi aux côtés des séminaristes des cours de théologie - et a perdu en route quelques camarades, "évincés" pour problème de maturité affective ou intellectuelle.
Ces deux exemples, venant de deux milieux religieux très différents, laissent à croire que ces pratiques sont plutôt répandues.
Maintenant, effectivement, au risque de "sur-protocoliser" dans un domaine où l'évaluation humaine doit être individuelle, globale, et laisser une place au caractère mystique de toute naissance vocationnelle, ne reste qu'à standardiser ces procédures..
C'est vrai, comme le dit David, que la composition et le développement de la photo permettent de valoriser le sujet. J'y vois surtout une démarche artistique visant à magnifier le réel (car une photo n'a pas pour ambition de traduire tel quel le réel, hein ?) et, peut-être, à traduire le regard d'amour de l'auteur pour son sujet.
Dans le cas d'un tel appareil, on ne cherche plus à magnifier le réel, mais à le nier sans l'assumer : ce n'est plus l'approche artistique et créatrice qui prime. Ici, c'est juste un logiciel impersonnel installé sur un appareil compact qui est à la photo ce qu'une bagnole automatique est à la conduite automobile...
ben, euh. le travail du photographe est de rendre la beauté des gens, quitte à s'arranger pour que leurs défauts ne sautent pas au visage, quand même. on ne gomme pas, mais on fait gaffeau moment où la personne sera le plus "reconnaissable" et "beau" possible. de mon côté, je ne retouche pas les photos, mais entre le cadrage, le noir et blanc, et les photos détruites, c'est une vraie attention.
David en tant que photographe éclairé, tu sais qu'il est possible de montrer la beauté de la persone (même) à travers ses petites imperfections.. et non pas en gommant toutes les aspérités !
@David : en Asie, c'est l'inverse. Je ne sais pas si tu as beaucoup vu ça à Bali, mais en Chine et au Japon c'est flagrant : aucune crème pour la peau n'est vendue sans produit censé la rendre plus blanche.
En Chine, on y va carrément à la Javel.
Mais ce qui inquiète le plus les anthropologues et les amoureux de l'Asie, c'est que nombre de jeunes (même des garçons) se font opérer pour débrider leurs yeux.
On va vers une vraie perte de l'identité, au nom de la Beauté.
si tu comparais, il y a quelques années les modèles de couleur de développement entre l'europe et l'asie, tu voyais que les couleurs européennes étaient plus rouges et jaunes, déjà, pour sauver notre paleur.
c'est juste un petit peu plus poussé, non?
Janig, merci de votre témoignage : pouvez-vous nous décrire en quoi le jeûne a aidé votre vie spirituelle ?
Sur le site des assises du jeûne (qui ont eu lieu en 2010 - http://www.assiseschretiennesdujeune.fr/ ), la plupart des témoignages insistent plutôt sur les effets physio-psychologiques positifs du jeûne...
Il me semble qu'il y a déjà plusieurs types de jeûnes : total (ou à l'eau) ou au jus de fruit / potage. Le jeûne chrétien de courte durée me semble plus faire sens dans cette première forme... que je trouve aussi plus proche de la position de Newman, considérant que se nourrir est un bien, et jeûner s'abstenir d'un bien.
Par hasard un jour, le livre d'Aldabert de Vogüe, Aimer le jeûne m'est tombé entre les mains. Ce livre m'a aidé à trouver une manière de jeûner compatible avec une vie en pleine activité. Les maux de tête, la faim au bout de quatre heures... cela aussi c'était mon lot.
Donc j'ai expérimenté à partir de ma lecture, mais un jeûne hydrique, et j'en ai tiré un grand bénéfice spirituel. Si le jeûne existe en toute tradition spirituelle, ce n'est pas pour rien... Le jeûne vient toucher le point où nous avons besoin d'être retournés par Dieu... et le retournement est donné, il n'est pas le fruit de nos efforts, de notre volonté toute tendue de nous rapprocher de Dieu.
La migraine disparaît, si l'on jeûne régulièrement... une fois par semaine en carême ?
Réflexion pendant la messe : vu ainsi, les "dimanches de carême qui ne sont pas carême" ne sont plus des douces hypocrisies, mais des temps d'action de grâce, où nous remercions Dieu non seulement par la prière mais aussi des dons qu'il nous fait chaque jour.
Yogi, tu as raison sur ce point : le puritanisme ne parvient pas à l'objectif qu'il se fixe. Je crois que c'est parce qu'il est théorique, désincarné, loin de la réalité de notre expérience quotidienne.
Faut-il en déduire qu'il faut promouvoir l'attitude opposée ? Je n'en suis pas sûr. Pour moi, on va dans le mur dès qu'on raisonne en termes d'attitudes ou de comportements (c'est à dire en focalisant l'attention sur l'extérieur) et non en recherchant une unité intérieure.
La vraie éducation ne vise pas tant à nourrir qu'à garder vive la soif ; elle consiste non pas à donner un poisson, mais à apprendre à pêcher : pas à infantiliser, mais à faire émerger des hommes et femmes pleinement adultes.
@ Incarnare :
Je tombe seulement maintenant sur votre billet. Je me suis souvent demandé non pas pourquoi l'Eglise parlait autant de sexualité, mais pourquoi elle en parlait si peu avant le XIXè siècle. A ma connaissance, personne ne pensait à priver Louis XIV du Saint Sacrement durant ses adultères publics avec ses favorites, Mme de Montespan ou Mme de Maintenon :)
"si nous sommes créateurs de nous-mêmes (...) la théorie du genre"
Laquelle ? Vu mon billet je crois utile de le préciser.
Je comprends que tu te refuses à cet appauvrissement du débat : mais il a été voulu par ceux-là même qui manipulent la théorie du gender. A partir de là, soit on nie leur existence ou leur portée (ta position actuellement) soit on sort par le haut en s'astreignant à préciser de quelle théorie du genre on parle.
Il semblerait que la théorie du gender ait son péché originel ;) une tache aussi difficilement dépassable que la nôtre.
L'homme "originel" de JPII n'est pas chronologiquement antérieur à notre réalité : i ne s'oppose pas à l'homme actuel mais à l'homme historique.
Et JPIi ne s'appuie pas simplement sur des données biologiques mais phénoménologiques pour construire une approche de la théologie du corps moins objectivante que les précédentes.
Enfin, et c'est intéressant : tu es le premier à introduire une dimension morale dans cette discussion comme dans ton article : ni les AFC (dont l'analyse - tu l'as montré - a ses limites) ni C Boutin ne le font : ils se contentent de souligner qu'il est étrange (et presque "contre-nature") d'introduire une théorie psycho-sociologique dans la biologie.
Ce que je reproche à ces derniers dans leur promptitude (et je ne parle pas de Mgr Vingt Trois qui a perdu une occasion de se taire) c'est le refus de toute discours scientifique sur la sexualité.
Or celui-ci s'il est rigoureusement scientifique et s'abstient de toute portée sociologique normative, est essentiel.
J'ajouterai qu'il ne suffit pas de "parcourir" Judith Butler pour bien la comprendre. Je ne suis pas un admirateur de cette philosophe mais sa pensée est bien plus nuancée que la caricature qu'on en fait.
Non, je regrette, on ne "devient" pas ce que l'on "est". Il n'y a pas de lien "naturel" entre le sexe "biologique" (gros guillemets) et le sexe "social". La biologie joue un rôle (hormones, fait que ce soit les femmes qui portent les enfants, etc.) mais notre identité d'homme ou de femme vient avant tout de l'image que nous a renvoyé la société dans laquelle nous vivons à partir du moment où elle a su que nous étions homme ou femme, et de la façon dont nous nous sommes construits ensuite, à partir de ce donné biologique, de cet image qu'on nous renvoie de nous mêmes, des idées en circulation dans la dite société, de notre parcours personnel, etc.
Parler de commencement, d'origine, de création, pourquoi pas, mais au point de vue spirituel ; sinon, ça n'a aucun sens, ou du moins, ce serait appauvrir considérablement l'interprétation de la Genèse. Je ne vois pas quel sens donner à l'"homme originel" dont parle Incarnare dans un billet mis en lien, auquel il faudrait se référer... quand le Christ dit "au commencement, il n'en était pas ainsi", je ne vois pas comment on peut l'interpréter autrement que "dans le plan de Dieu, il ne doit pas en être ainsi". Dieu n'est pas Créateur a un instant t, il est Créateur essentiellement et pour toujours, son oeuvre de création se poursuit aujourd'hui et elle se poursuivra jusqu'à ce que nous le rejoignions. Et elle se poursuit aussi à travers nos choix personnels...
D'autre part, ce n'est pas parce que Dieu est créateur qu'on peut déduire une morale de la conformation physique ou de la physiologie des hommes et des femmes ! Si l'on veut parler de biologie, plusieurs études ont montré ces dernières années que l'homme est en quelque sorte "fait" pour papillonner, pour disséminer ses gamètes... à partir de là, pourquoi ne pas multiplier les partenaires, admettre la polygamie, etc. Donc encore une fois, non, non et non, la nature ne nous parle pas. Nous rencontrons le Christ, d'une manière ou d'une autre, nous reconnaissons ce que nous sommes (donné biologique compris), et à partir de ce que nous sommes, en faisant usage de ce qui nous a été donné, nous nous mettons en marche à la suite du Christ. Mais ce n'est pas en nous référant à une hypothétique "nature humaine" que nous pouvons fonder une morale. Ou alors, en précisant la définition de la nature humaine, en la débarrassant du fatras de pseudo-science qui la parasite ("nature de l'homme", "nature de la femme", etc.), et en en donnant une définition d'ordre spirituel : la nature humaine = ce qu'est l'homme dans le plan de Dieu, l'homme tel que Dieu le crée (et non pas "l'a créé").
Accessoirement : entre "la nature est muette", et "nous sommes les créateurs de nous-mêmes", non sequitur. Si nous sommes les créateurs de nous-mêmes, c'est toujours à partir d'un donné biologique et social que la théorie du genre ne remet aucunement en cause : elle remet simplement en cause l'évidence apparente de ce donné et son caractère irréversible.
Et je trouve peu pertinents les arguments qui prétendent discréditer le genre comme outil intellectuel en s'appuyant sur les lubies de ses tenants, si effarantes qu'elles soient - et que je n'ai jamais prétendu nier, au contraire de ce que tu écris, j'en donne moi-même un exemple (l'universitaire qui avance que l'inégalité homme-femme dans les compétitions sportives serait construite...). Cela revient à discréditer le Christ comme voie de salut au nom des errements de ses disciples. Restons sur le fond. Point de détail, les Papous : d'une, il y a plusieurs groupes ethniques en Papouasie, de deux, je n'ai pas parlé d'égalité à leur sujet... :-)
Je ne prétends à rien au plan théologique. Référé peut vouloir dire connoté mais pas beaucoup plus. Je souhaite défendre l'idée d'une nature humaine voire d'une loi naturelle (ce que nie Baroque mais pas Incarnare) en vue du bien et du juste. (nota : je ne prétends pas répondre à Baroque même si après m'être promis de ne pas écrire sur le sujet, je m'y suis trouvé comme contraint)
Surtout, une chose très importante est de voire le queer derrière le gender. Maintenant que j'ai lu les trois pages syndicales pour pouvoir parler, je ne peux qu'inviter ceux qui ont des doutes à lire ou parcourir le livre de Judith Butler... C'est tout à fait édifiant.
Bravo pour ce billet. Tu poses les éléments de réponse à BF les plus objectifs qui soient. Le glissement dans sa réponse est bien une confusion de l'objet, passé de la métphysique (entendu comme vision réaliste et humaine quant à l'être) à la sociologie (récupérée comme justification phénoménologique du construit sur le biologique), voire à la psychanalyse (qui exclut une finalité extèrieure au sujet lui-mêm). La réponse de Nicolas Matthey était judicieuse mais référencée sur le terrain de la théologie, ce qui donne du grain à moudre sur la réduction faite par Baroque sur la notion de "nature". Ici et sans polémique, tu donnes le juste milieu qui permet de prendre la mesure du FLOU qui préside au gender. Le même flou idéologique qui amène à penser la personne humaine à sa propre mesure : la notion de dignité "sois disant "perdue" pour l'euthanasie, le flou de l'amas de cellule pour justifier un délai "acceptable" dans l'avortement, etc... A ce titre l'hubris soulevé par le P. Grosjean garde toute sa valeur objective. Baroque opère également une caricature de la finalité quant au sexe. La fin pour le pénis n'est pas de s'emboîter dans un vagin ou un autre orifice. Même Spinoza aurait raillé cette réduction trop facile pour pouvoir vanter - voire promouvoir l'hédonisme du gender ^^. Si l'amour est don, merci de nous élever pour aspirer à passer, en les assumant et les accomplissement pleinement, de l'eros à la philia et l'agapé.
Il n'y avait que toi pour faire un billet si juste. S'il y a une part d'analyse critique légitime de la répartition des rôles sociaux, ce qui touche à la sexualité et à la procréation me semble relever d'une autre catégorie. Le développement de la théorie du genre militante variante queer est très loin de la simple remise en cause de stéréotypes liés à la famille bourgeoise du XIXe siècle.
Même les analyses à prétention scientifique laisse dubitatif comme tu le rappelles à propos de l'exemple papou... De même pour certaines catégories en Inde. Le Pakistan a également introduit parait-il un troisième genre sur les documents d'identité pour certains hommes castrés (par ailleurs très mal traités dans la société).
J'avais reparcouru quelques pages d'Hadjadj pour mon billet mais je manque de compétence pour en tirer les conséquences au regard de la question du gender. Il y a toutefois une page qui me marque en complément de celle sur le refus de la naissance. En refusant d'être né d'une femme et d'un homme, l'individu récuse la nature humaine et finalement l'unité de l'espèce humaine (c'est évidemment un peu dépassé mais on peut rappeler Buffon : Une espèce est une succession constante d'individus similaires qui peuvent se reproduire ensemble).
Je n'avais pas eu le temps de vous répondre avant. Bon c'est le temps pascal... peut-être pas le temps le plus approprié au jeûne. Mais...
En quoi le jeûne a aidé ma vie spirituelle me demandiez-vous ? Je le soulignais déjà dans le premier commentaire. Le jeûne nous aide à vivre le combat spirituel que tout chrétien a à vivre. Le Christ nous a indiqué un chemin : le texte des tentations au désert n'est pas un moment précis de la vie du Christ, mais des tentations parcourons toute sa vie jusqu'à la croix... sauve-toi toi même si tu es le Messie.
Le jeûne est un moyen parmi d'autres pour rester en état de veille et donner à Dieu sa place dans notre vie et le laisser agir, parce je me mets dans le mouvement de recevoir et de rendre grâces et non plus de prendre. A l'inverse du geste d'Eve qui mange le fruit, je suis emportée dans le mouvement eucharistique du Christ.
Il faut aussi préciser ce que l'on entend par jeûne, car il y a jeûne et jeûne.Des jeûnes longs et des jeûnes courts. Dans une vie professionnelle et familiale en plein monde, nous n'allons pas vivre de la même manière qu'un ermite. Il nous faut trouver une mesure adaptée.
Je choisis de différer la prise de nourriture pour le Christ, alors quelque chose se désarme en moi, et je fais l'expérience que cela me rapproche du Christ. Je fais l'expérience d'approcher celui qui a dit : Je suis doux et humble de coeur. Cela met plus de compassion dans ma vie, plus d'amour. J'apprends la patience envers moi et les autres.
Pour plus de données sur l'aspect spirituel du jeûne, vous pouvez aussi lire un interview d'Amba Shenouda, patriarche copte d'Egypte, La voix d'un Père du désert. Il y a un chapitre sur le jeûne. DDB 2006
La notion de projet parentale est une erreur : c'est refusé l'enfant pour lui-même.
C'est le coeur de la déshumanisation et nous voyons bien que les médias et les politiques essayent de faire croire que le fait de vouloir un enfant, de le désirer, serait d'après eux le résultat d'un projet parental sur cet enfant.
Il n'en est rien : avoir un projet pour un enfant, c'est le refuser tel qu'il est.
Un enfant à naître est un être humain, pas un projet.
Cette notion de projet relève de l'idéolgie utilitariste : il faudrait que chacun serve à quelque chose, sinon la vie ne vaudrait pas d'e^tre vécue, il faudrait qu'un enfant serve à quelque chose.
Le père Abbé de Solesmes, ainsi que celui du Barroux, dit très bien les choses : nous ne servons à rien, notre vie ne sert rien, sinon à louer Dieu. L'être humain n'est pas un objet et n'a pas vocation à entrer dans un projet.
Un médecin devenu prêtre m'expliquer comment des parents, tous deux piannistes, avaient le projet que leur futur enfant devienne pianniste. Sauf qu'il avait les doigts trop court. Ils ont alors demandé l'avortement (qu'ils n'ont heureusement pas obtenu). Voilà la logique de l'idéologie du projet parental.
Et nous en voyons les désastres dans la PMA avec tous ces enfants congelés car ne faisant pas parti d'un projet. Ils n'ont pas le droit d'être eux-mêmes.
SD, je ne parle pas de mettre en place une bureaucratie, mais d'avoir un ensemble de bonnes pratiques et que les différents lieux de formation soient évalués par rapport à ces pratiques.
Et que d'un lieu à l'autre de l'Eglise, on ait suffisamment confiance dans le discernement des collègues pour ne pas intégrer des gens qui ont été écartés.
Les futurs prêtres de la Communauté St Martin ont bel et bien une évaluation psychologique au cours de leur première année au séminaire, que cela soit pour évaluer ce qui en eux pourrait faire obstacle à leur vie communautaire, à leur croissance spirituelle, ou pour détecter d'éventuelles faiblesses psycho-affectives.
Au séminaire diocésain de Metz-Nancy, idem : ma mère a suivi aux côtés des séminaristes des cours de théologie - et a perdu en route quelques camarades, "évincés" pour problème de maturité affective ou intellectuelle.
Ces deux exemples, venant de deux milieux religieux très différents, laissent à croire que ces pratiques sont plutôt répandues.
Maintenant, effectivement, au risque de "sur-protocoliser" dans un domaine où l'évaluation humaine doit être individuelle, globale, et laisser une place au caractère mystique de toute naissance vocationnelle, ne reste qu'à standardiser ces procédures..
David, ton dernier billet est juste exceptionnel :) http://davidlerouge.fr/index.php?post/2011/03/21/WWJD
ce serait à la photo ce que ce site est à la gentillesse?
C'est vrai, comme le dit David, que la composition et le développement de la photo permettent de valoriser le sujet. J'y vois surtout une démarche artistique visant à magnifier le réel (car une photo n'a pas pour ambition de traduire tel quel le réel, hein ?) et, peut-être, à traduire le regard d'amour de l'auteur pour son sujet.
Dans le cas d'un tel appareil, on ne cherche plus à magnifier le réel, mais à le nier sans l'assumer : ce n'est plus l'approche artistique et créatrice qui prime. Ici, c'est juste un logiciel impersonnel installé sur un appareil compact qui est à la photo ce qu'une bagnole automatique est à la conduite automobile...
ben, euh. le travail du photographe est de rendre la beauté des gens, quitte à s'arranger pour que leurs défauts ne sautent pas au visage, quand même. on ne gomme pas, mais on fait gaffeau moment où la personne sera le plus "reconnaissable" et "beau" possible. de mon côté, je ne retouche pas les photos, mais entre le cadrage, le noir et blanc, et les photos détruites, c'est une vraie attention.
David en tant que photographe éclairé, tu sais qu'il est possible de montrer la beauté de la persone (même) à travers ses petites imperfections.. et non pas en gommant toutes les aspérités !
@David : en Asie, c'est l'inverse. Je ne sais pas si tu as beaucoup vu ça à Bali, mais en Chine et au Japon c'est flagrant : aucune crème pour la peau n'est vendue sans produit censé la rendre plus blanche.
En Chine, on y va carrément à la Javel.
Mais ce qui inquiète le plus les anthropologues et les amoureux de l'Asie, c'est que nombre de jeunes (même des garçons) se font opérer pour débrider leurs yeux.
On va vers une vraie perte de l'identité, au nom de la Beauté.
si tu comparais, il y a quelques années les modèles de couleur de développement entre l'europe et l'asie, tu voyais que les couleurs européennes étaient plus rouges et jaunes, déjà, pour sauver notre paleur.
c'est juste un petit peu plus poussé, non?
Un indice : il y a sans doute d'autres moyens d'être «sans tache ni ride».
Janig, merci de votre témoignage : pouvez-vous nous décrire en quoi le jeûne a aidé votre vie spirituelle ?
Sur le site des assises du jeûne (qui ont eu lieu en 2010 - http://www.assiseschretiennesdujeune.fr/ ), la plupart des témoignages insistent plutôt sur les effets physio-psychologiques positifs du jeûne...
Il me semble qu'il y a déjà plusieurs types de jeûnes : total (ou à l'eau) ou au jus de fruit / potage. Le jeûne chrétien de courte durée me semble plus faire sens dans cette première forme... que je trouve aussi plus proche de la position de Newman, considérant que se nourrir est un bien, et jeûner s'abstenir d'un bien.
Par hasard un jour, le livre d'Aldabert de Vogüe, Aimer le jeûne m'est tombé entre les mains. Ce livre m'a aidé à trouver une manière de jeûner compatible avec une vie en pleine activité. Les maux de tête, la faim au bout de quatre heures... cela aussi c'était mon lot.
Donc j'ai expérimenté à partir de ma lecture, mais un jeûne hydrique, et j'en ai tiré un grand bénéfice spirituel. Si le jeûne existe en toute tradition spirituelle, ce n'est pas pour rien... Le jeûne vient toucher le point où nous avons besoin d'être retournés par Dieu... et le retournement est donné, il n'est pas le fruit de nos efforts, de notre volonté toute tendue de nous rapprocher de Dieu.
La migraine disparaît, si l'on jeûne régulièrement... une fois par semaine en carême ?
Il y a une grâce à cueillir...
Réflexion pendant la messe : vu ainsi, les "dimanches de carême qui ne sont pas carême" ne sont plus des douces hypocrisies, mais des temps d'action de grâce, où nous remercions Dieu non seulement par la prière mais aussi des dons qu'il nous fait chaque jour.
Bon dimanche à tous.
Très bel article, et superbe comparaison gastronomique !
Merci Incarnare.
Yogi, tu as raison sur ce point : le puritanisme ne parvient pas à l'objectif qu'il se fixe. Je crois que c'est parce qu'il est théorique, désincarné, loin de la réalité de notre expérience quotidienne.
Faut-il en déduire qu'il faut promouvoir l'attitude opposée ? Je n'en suis pas sûr. Pour moi, on va dans le mur dès qu'on raisonne en termes d'attitudes ou de comportements (c'est à dire en focalisant l'attention sur l'extérieur) et non en recherchant une unité intérieure.
La vraie éducation ne vise pas tant à nourrir qu'à garder vive la soif ; elle consiste non pas à donner un poisson, mais à apprendre à pêcher : pas à infantiliser, mais à faire émerger des hommes et femmes pleinement adultes.