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"L'important n'est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d'avoir été là, ce qui est ineffaçable" (Jacques Maritain)
Mis à jour : il y a 1 heure 46 min

La « droite populaire » est-elle républicaine ?

vendredi 08/07/2011 - 17:10

Les membres du Collectif La Droite Populaire ne sont pas stupides. La prudence et une forme d’éducation chrétienne m’interdisent de le supposer. Ils perçoivent donc les implications de leurs initiatives, et les assument. La question du républicanisme se pose dès lors aujourd’hui et elle se pose à l’UMP.

L’UMP a toujours mis en avant le caractère non républicain du Front National pour rejeter l’idée d’alliances avec cette formation : est-ce pour en couver un ersatz en son sein même ?

Cette question doit aussi inquiéter ceux qui se sentent ou ont pu se sentir naturellement représentés par l’UMP, parce qu’il est lassant autant que sidérant de voir la première formation politique du pays, le parti majoritaire, être pris en otage par un groupuscule identitaire, et sommaire.

L’image ci-contre est le communiqué de presse envoyé à toutes les rédactions françaises afin de célébrer le premier anniversaire de ce funeste collectif. La Droite Populaire y convie la presse à un « apéritif saucisson vin rouge afin de fêter dignement la fête nationale ».

Chacun aura fait le lien avec les opérations saucisson pinard goûtées par les identitaires et autres extrémistes.

Cette opération-là prend une dimension odieuse par son association avec la fête nationale. Elle est finalement anti-nationale. J’aurais même tendance à penser qu’elle va jusqu’à souiller le drapeau si présent dans leur invitation.

Ne croyez pas que j’aie un souci avec l’identité nationale : nos côtes, nos vallons, nos clochers coulent dans mes veines en même temps que le saucisson et le pinard. Je n’ai aucune leçon à recevoir à cet égard, mais je n’ai pas l’identité exclusive.

Que faut-il donc comprendre par cette invitation ? Qu’il convient de boire du vin rouge et manger du saucisson pour « fêter dignement la fête nationale » ? Qu’un vrai français boit du vin rouge et mange du saucisson ? Bref, qu’un musulman n’est pas un vrai français…

Si cela ne vous convainc pas, reprenons la scène : que doit comprendre un journaliste musulman invité à cette conférence de presse ? Manifestement, le buffet ne lui est pas ouvert. Manifestement, avec la Droite Populaire, il ne lui est pas permis de « fêter dignement la fête nationale ». A supposer qu’il soit seulement digne de fêter la fête nationale. Bref, ce sont des députés de la Nation qui excluent symboliquement des Français de la Nation, en raison de leur religion1. Il faut que cette invitation soit le pas de trop.

Il y a en effet de l’ordre à faire à l’UMP, mais l’UMP le veut-elle seulement ? Après tout, elle s’est tendue son propre piège.

On ne peut pourtant pas imaginer que toute l’UMP ait aujourd’hui soudainement adopté les thèses de La Droite Populaire, dont je peine à distinguer ce qui les différencie du Front National, malgré leurs dénégations. Certains, tels Lionel Tardy, s’agacent de cette prééminence et du bruit médiatique qu’il génère. De fait, les autres courants de l’UMP sont comme tétanisés, réduits au silence, et la Droite Populaire semble tenir le parti à sa main.

Comment comprendre, et comment accepter, que la démission de Lionnel Luca ait suffi à faire revenir Jean-François Copé sur sa décision, et à organiser une convention sur la binationalité ? Faut-il donc que ce sujet, surgi presque de nulle part, c’est-à-dire de la Fédération Française de Football, ait son débat à lui seul, conduit de surcroît par Lionnel Luca, alors que l’UMP achève à peine une convention sur l’immigration ? L’UMP n’en a-t-elle pas marre de faire prévaloir l’islam, le voile, l’identité nationale, l’immigration, la binationalité, sur l’ensemble des enjeux cruciaux qui se posent à la France ?

Lionel Tardy affirme dans LeMonde.fr : « leurs opinions ne sont pas celles de la majorité du groupe, et pour beaucoup de députés de base, ça commence à bien faire ». Tant pis pour les turbulences : il est temps que ceux-là se réveillent et, à leur tour, qu’ils se décomplexent.

La droite décomplexée, c’est aussi une droite qui sait être elle-même, sans complexe par rapport au FN !


  1. Faut-il d’ailleurs leur préciser que les juifs ne seront pas davantage bienvenus à leur apéritif ?


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Vous auriez pas vu ma Fin Véritable ?

mercredi 06/07/2011 - 22:56

L’année durant, ils interrogent l’essentiel dans leur quotidien. Pendant trois jours, l’essentiel fait leur quotidien. Et leur quotidien devient l’accessoire.

Ce sont les pères de famille qui, à Vézelay comme à Cotignac, ont offert ces trois journées, coupé les lignes et les ponts, se sont retirés de leur monde pour marcher dans la Création, se retrouver et trouver des frères.

Pendant ce temps, dans le monde, l’actualité bouillonnait en provenance de New-York, voire de Monte-Carlo. Pendant ce temps, un peu moins de mille pères marchaient en silence, priaient, échangeaient, chantaient, revenaient sur leur année, et sur leur vie, se sont réconciliés.

Moi, je suis parti à ce pélé avec une mission : faire un topo à mon chapitre, sur le thème de cette année : « Donne-moi, Seigneur, un cœur qui écoute ».

C’est la réponse de Salomon à Dieu qui lui demande ce qu’il souhaite obtenir de lui. Salomon est un jeune roi, il succède à David. Il ne demandera pas la gloire et la richesse mais de savoir discerner pour le bien de son peuple.

Le cœur. Je me suis arrêté sur le coeur parce que j’aime cette idée qu’il soit le lieu du discernement. Le cœur, siège de la totalité de la personne dans le langage biblique. Lieu de l’intelligence, lieu du sentiment. C’est l’Homme dans son entier. Non pas l’Homme réduit à sa seule raison, mais tout l’Homme. Le cœur,  « non seulement le siège des émotions et de l’affectivité, mais aussi celui de l’intelligence et des pensées »1. Le lieu de cette subtile alchimie de notre raison, notre psychisme, et de nos sens, qui fait de nous ce que nous sommes. Si, comme on me l’a fait remarquer, notre époque est aussi bien irrationnelle à de nombreux égards, combien de fois n’accordons-nous de légitimité qu’à la seule raison ? Et encore, une raison souvent limitée à sa dimension expérimentale, reproductible ? J’aime, dans cette perspective biblique, la prise en compte de l’Homme dans sa globalité. Et si, dans sa sagesse de près de trois mille ans, la Bible avait vu plus juste qu’aujourd’hui ?

D’ailleurs, pendant ce pélé, on m’a cité Ben Sirak le Sage : sois prompt à écouter et lent à donner ta réponse. Quelques centaines d’années plus tard, mon père, celui d’ici-bas s’entend, m’exhortait à savoir me taire et écouter. Qu’a-t-on inventé pendant tout ce temps ?

Pour la préparation de ce topo, je me suis coltiné de nouveau avec l’homélie de Benoît XVI aux Invalides, cette homélie dans laquelle il lançait que la « soif du savoir » comptait au rang des idoles : « l’argent, la soif de l’avoir, du pouvoir et même du savoir n’ont-ils pas détourné l’homme de sa Fin véritable, de sa propre vérité ? ». Oui, même la soif du savoir. Combien de vies passées à construire ces « bibliothèques qui brûlent » que sont les Hommes ? Et somme toute, parfois, quel orgueil, quelle vanité, dans la recherche de la connaissance. Est-ce un appel à l’ignorance ? Non, mais un appel à se trouver et à trouver Dieu, à trouver le « bonheur de vivre éternellement avec Dieu » (selon les mots de Benoît XVI). Après tout, c’était la lecture du jour : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ».

Ne pas oublier, donc, sans renier la connaissance, de rester au moins pauvre de coeur.

Se faire tout petit. « La route est encore une école de prière. Le dépouillement purifie l’âme et la rend apte à recevoir. La vision de Dieu n’est perceptible que par un coeur pur ». C’était dans le carnet, page 5, rubrique « Qu’est-ce qu’un pèlerin ? ». Alors on marche, à la recherche de notre fin véritable. On médite. Pendant quelques heures, un peu plus de deux jours, on se dépouille un peu.  On se dépouille du quotidien, on se dépouille de son confort. Ca fait mal aux genoux dans les descentes.

Vient le retour. L’appréhension du tourbillon. Avec la conscience que tôt ou tard, on se laissera reprendre. Alors le plus longtemps possible, même si l’on sait que c’est une erreur, comme on retiendrait sa respiration, on essaie d’en rester à l’essentiel. On se dit qu’on va s’accrocher. On se colle les chants dans les écouteurs. C’est la semaine qui suit. La semaine d’après, il faudra mesurer les fruits, s’ancrer dans la fidélité, ensemencer notre quotidien avec cet essentiel qu’on est allé côtoyer. Je ne suis pas un grand mystique, je suis même peut-être un petit croyant. Pour la recherche de ma fin véritable, je vais y aller piano pour y aller sano et lontano. Première chose : essayer d’avoir un coeur qui écoute.

Et puis… Je ne vous ai jamais collé de prière, ici, en six ans. Mais va falloir vous y faire, parce que ça risque de me reprendre l’an prochain, à la même période, et peut-être l’année d’après encore. Celle-ci, elle était page 22. Elle nous a été lue dans une petite église. Elle est sans histoires. Je suis reparti avec.

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.

Je ne demande pas de miracles ni de visions,

Mais je demande la force pour le quotidien !

Rends-moi attentif et inventif pour saisir

Au bon moment les connaissances et expériences

Qui me touchent particulièrement.

Affermis mes choix

Dans la répartition de mon temps.

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel

Et ce qui est secondaire.

Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure,

Que je ne me laisse pas emporter par la vie,

Mais que j’organise avec sagesse

Le déroulement de la journée.

Aide-moi à faire face aussi bien que possible

A l’immédiat et à reconnaître l’heure présente

Comme la plus importante.

Donne-moi de reconnaître avec lucidité

Que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs,

Qui sont occasions de croître et de mûrir.

Fais de moi un homme capable de rejoindre

Ceux qui gisent au fond.

Donne-moi non pas ce que je souhaite,

Mais ce dont j’ai besoin.

Apprends-moi l’art des petits pas !

  1. in Les mots-clés de la Bible


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Réhabiliter Pie XII

mercredi 29/06/2011 - 09:52

Condamner celui qui parle mais n’agit pas, ce n’est rien que de très classique. Condamner celui qui a agi sans bruit, celui qui a sauvé des hommes, des femmes, des enfants, en toute discrétion, c’est plus rare.

Au jeu de l’Histoire, Pie XII s’en tire moins bien que le résistant de la 25ème heure, moins bien que les leaders alliés, Roosevelt, Churchill et même De Gaulle, qui n’ont ni agi ni véritablement parlé (même s’il est très légitime d’attendre davantage d’un pape).

Il serait temps de réhabiliter cet homme sur lequel certains vont jusqu’à faire peser l’odieux soupçon d’un antisémitisme latent voire d’une passivité complaisante à l’égard du génocide des Juifs.

La déclaration historique d’un ambassadeur d’Israël, Mordechai Lewy, ambassadeur près le Saint-Siège justifie, après plusieurs billets et un  dossier sur le sujet, un rapide retour sur ce sujet. Cette déclaration pourrait contribuer à dissiper les polémiques entretenues à l’encontre de Pie XII. Car si le fait n’est pas une découverte historique, il prend une autre ampleur lorsqu’il est affirmé par un ambassadeur d’Israël :

« la volonté vaticane de sauver des juifs est un fait« 

Présidant une cérémonie destinée à honorer un prêtre comme « Juste parmi les Nations », il a aussi déclaré :

« Ce serait une erreur de penser que l’aide apportée aux juifs pendant la guerre à Rome est venue des couvents et des instituts religieux comme si c’était de leur initiative, sans le soutien du Vatican« 

Le fait que l’ambassadeur d’Israël ait été contraint de qualifier ensuite sa déclaration de « prématurée » – mais pas erronée – n’en disqualifie pas le fond.

Il est établi que Pie XII a sauvé des Juifs à Rome. Michal Tagliacozzo, lui-même sauvé de la déportation par l’Eglise, considère que 80% des Juifs de Rome furent sauvés grâce à Pie XII. En outre, l’ouverture des couvents – et spécialement l’accueil d’hommes au sein de couvents de religieuses – n’a pu se faire que sur ordre direct ou autorisation expresse du Vatican. 3.000 Juifs ont même été hébergés dans la résidence d’été du Pape, à Castel Gandolfo. Et ces actions ne furent pas les seules à l’encontre des persécutions des juifs. Le Saint-Siège intervint aussi en Hongrie, en Slovaquie, en Croatie ou en Bulgarie (comme rappelé ici). Des historiens juifs, tels Pinchas Lapide ou Sir Martin Gilbert, évaluent à plusieurs centaines de milliers le nombre de Juifs sauvés sous la conduite du Vatican.

Pie XII n’a certes pas prononcé un discours direct et explicite contre la Shoah. Il considérait que « le martyre ne se décrète pas à Rome« , et qu’il ne pouvait pas dès lors, par ses déclarations, mettre en danger d’autres personnes, juives comme catholiques. Il craignait notamment un résultat comparable à ce qui s’était produit en Hollande, où la condamnation par les évêques catholiques a eu pour effet direct une aggravation des déportations. Il ne pouvait pas davantage oublier que la parution de l’encyclique Mit Brennender Sorge avait immédiatement entraîné l’arrestation de 1.1000 religieux et prêtres en Allemagne ainsi que le pillage et la dévastation des évêchés de Munich, de Fribourg et de Rottenburg. Plusieurs historiens expliquent aussi sa position en considérant qu’il est resté influencé par la diplomatie telle qu’elle fut pratiquée lors de la Première Guerre Mondiale, et à laquelle il fut associé de près. Il semble toutefois que l’ensemble des diplomaties mondiales aient partagé cette option.

Pourtant, même le prétendu silence de Pie XII est discutable. A titre d’exemple, croit-on que Radio Vatican faisait autre chose que porter la voix du pape lorsque, le 26 juin 1943, elle fit cette déclaration claire et vigoureuse (notamment rapportée dans le New York Times du 27 juin 1943) :

« Quiconque fait une distinction entre les Juifs et les autres hommes est infidèle à Dieu et contredit les commandements de Dieu. Aussi longtemps que les hommes feront des différences dans le traitement des membres de la famille humaine, la paix dans le monde, l’ordre et la justice seront menacés »

Sur quoi s’appuient alors les griefs persistants ? Sur des convictions personnelles et une vision anachronique des faits. C’est l’idée que les catholiques auraient encore eu besoin d’une condamnation plus explicite du génocide des Juifs, malgré la position connue de Pie XII, malgré les encycliques Mit Brennender Sorge et Summi Pontificatus, c’est l’idée que Pie XII, d’un discours, aurait pu mettre un terme à la barbarie nazie. Que n’a-t-il donc été de ces beaux parleurs inconséquents d’aujourd’hui, qui dénoncent à tours de bras pour le seul bénéfice de leurs cotes de popularité ?! Mais qui y croit vraiment ? Et que valent les arts divinatoires et autres prophéties rétrospectives, face à l’action véritable de Pie XII, et au douloureux et difficile discernement d’un homme confronté à l’incertitude, et à l’innommable ?

Version augmentée de l’article publié sur Atlantico

 


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Oser le clito, c’est elles qui le disent…

jeudi 23/06/2011 - 09:21

Longtemps, vous êtes resté en retrait, perplexe, un peu inquiet. Ce n’est pas que vous ayez des idées préconçues ni d’hostilité farouche, mais tout de même, c’est un cap à franchir. « Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! » Une forteresse ! Sont marrantes, elles, mais ça ne se prend pas comme ça ! Ça s’analyse, ça s’observe. Il faut un plan. Et c’est bien humain d’avoir quelque appréhension. Et puis vous vous êtes décidé. Geronimooo, vous avez osé le clito !

Oser. Rétrospectivement, ça doit foutre un peu la trouille. S’il faut oser, c’est qu’il y a un risque, c’est qu’il y a du courage. Ils ne l’avaient pas vu sous cet angle mais, au vu de cette affiche, certains vont avoir des frissons. Ce n’est pas parce qu’on regarde Dr House tous les mardis, ou qu’on ne détourne pas le regard quand le Dr Mallard réalise une autopsie sur le corps putréfié d’un Marines, qu’on peut vous exposer sans crier gare à un tel réalisme gynécologique.

D’autant qu’elles sont marrantes, ces nouvelles chiennes de garde, avec leur rhétorique guerrière mais nous ne sommes pas celui que vous croyez ! C’est pas parce qu’on a un phallus qu’on est des bêtes ! Et même si c’est plus adéquat sur les champs de bataille, tapez dessus et vous verrez que nous aussi, nous sommes des personnes sensibles. L’appareil génital masculin est d’ailleurs une vraie métaphore de l’homme. Que dis-je, c’est une métaphore ? C’est une métonymie ! C’est une synecdoque ! Mais quoi que soit cet appareil, gardez en mémoire, mesdames, que nous aimons aussi les gestes tendres, les mots câlins murmurés à l’oreille et même ce regard plein d’une énergie sauvage que tu me lanças, toi, le cheveu défait.

Mais pas ça.

Laissez-moi vous raconter. J’avais assurément moins de douze ans puisqu’après, nous avons déménagé. Mais j’en avais probablement moins. Nous étions, mon frère et moi, allés louer une vidéo au vidéo-club de Montesson, près de la place de l’église. Et si j’étais petit, je n’en avais pas moins le regard qui porte. Là, sur une jaquette, une femme faisait des trucs à un homme. Pas des trucs habituels, une pipe, quoi. J’ai mis des années à m’en remettre. Des années. Et si j’y suis arrivé, seul, sans que nul ne constitue de cellule psychologique malgré le traumatisme subi, je ne veux pas que ça me reprenne. Après ça, comme tout le monde (oui, toi aussi, alors fais pas le malin), y’a eu les magazines cochons (nous étions dans la première moitié des années 90, il n’y avait pas encore Internet) et, des fois, sans mauvais jeu de mots, c’était aussi prend toi ça dans la gueule. Et je ne parle même pas des cours de bio qui m’ont parfois foutu de vrais coups de flippe. Or, je l’ai écrit plus haut, nous sommes, aussi, des êtres sensibles. Et cette affiche, digne d’une propagande intégriste pour l’abstinence, ou d’une campagne de promotion collective de la FNICGV, c’est pas possible.

Mesdames les féministes (en tout cas, celles-là), laissez-moi vous dire qu’il vous manque un homme, un vrai. Un comme moi. C’est vrai, je pressens un manque de diversité dans vos conseils d’administration. Or, les hommes et les femmes, c’est pas pareil. Je crois que, pour nous convaincre ou nous conforter, il vous aurait fallu faire preuve d’un peu plus de sensibilité masculine.

Mesdames, vous êtes des pornographes. Dans une grande exhib’, vous placardez l’intimité féminine comme un bout de barbaque. Vous reprenez les pires clichés de notre époque, ses pires travers. C’est pas dans le porno qu’on se soucie du plaisir féminin, pas dans les proclamations martiales. Alors, je sais pas, moi, symbolisez : on n’est pas si cons qu’on soit imperméables aux symboles. Ou montrez-nous des femmes dans l’expectative, des femmes actives, des femmes du monde, des femmes épanouies. Vous savez, y’a des mecs qu’ont pleuré sur la route de madison 1.

Hein, Caro, faut savoir, aussi, si c’est à vous ou à nous que vous voulez parler. Si votre but est de l’atteindre, ou de vous célébrer en réunions de quartier dans votre auto-conscience d’être audacieuses. Si vous voulez nous apprendre à parler aux femmes, comme on murmure à l’oreille des chevaux, reprenez pas les errements masculins…

Et parce que ça me ferait mal aux fesses de parler de cul sans caser la religion quelque part, qu’on ne revienne pas me dire que c’est l’Eglise qu’est à côté d’la plaque quand elle parle de sexualité. Avec les maître-mots de respect et d’amour, et de plaisir de vivre, on atteint de meilleurs résultats. C’est Jacques qui l’a dit : osez le catho !

credit photo : kool-skatkat
  1. eh, pas moi, hein : j’suis pas une gonzesse ! D’ailleurs, je l’ai pas vu


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Capital, magazine factieux

samedi 18/06/2011 - 15:34

Dieu m’est témoin que je suis hétérosexuel, surtout en ce moment, mais vingt dieux que ce mec est sexy ! Peut-être bien le plus beau journaliste du PAF, avec son frère Delahousse et avant Nikkos Aliagas. J’aurais été beau, j’aurais voulu être comme lui. J’ai presque la même mèche, en plus courte. Du coup, qu’il y en ait pour mettre en question ses compétences professionnelles, ça m’surlecutte1. Même s’il démontre parfois mieux ses compétences en communication qu’en journalisme mais, oh, on ne va pas commencer à être exigeants.

Dans le coin opposé : Eric Besson. Forcément Besson.

Il ne vous en voudra pas, parce que ça ne l’a pas empêché de pécho grave, mais ok, c’est pas précisément Daniel Craig ni même, en brun, Keanu Reeves. Et puis : Besson, quoi. L’homme du « néo-conservateur bushiste à passeport français », l’homme de la trahison, l’homme de l’identité nationale. Et c’est à cet homme, le même, qu’il incombe de défendre le nucléaire après Fukushima.

Un si parfait salaud ne peut pas être totalement mauvais.

Alors, voyez, moi je dis que le coup du ministre qui quitte le plateau excédé avec des mots à faire rougir la chaisière, c’est facile. Et j’ai ma thèse. Reprenons.

 

Ci-dessous quelques-unes des questions – ou faut-il parler de ses thèses ? – de Guy Lagache. Mais notez qu’elles ne se lisent pas. Il faut entendre, voir, Lagache les formuler.

  • On ne connaît pas précisément ce que nous coûte l’énergie nucléaire ?!
  • S’il a demandé un audit, ça veut dire que c’est pas très précis quand même les chiffres !
  • [On va vers la transparence] Ca veut dire qu’il n’y en avait pas suffisamment ?!
  • Mais vous reconnaissez tout de même, Eric Besson, que, dans la filière nucléaire, il y a eu, traditionnellement, un manque de transparence et une certaine forme d’opacité ?! Vous le disiez !
  • Donc l’audit du Président n’a rien à voir avec le fait qu’il manque des connaissances ???
  • En tout cas ce qui est clair, c’est que depuis Fukushima, depuis la tragédie de Fukushima, 62% des Français sont pour une sortie progressive du nuclaire, ils sont inquiets. Est-ce que ce n’est pas précisément le moment de respecter la volonté du peuple et de sortir du nucléaire ?!!
  • On sait que les tarifs vont augmenter ?! N’est-ce pas ou pas ? C’est vrai ou pas ?
  • Alors : en France, la sûreté nucléaire pose problème. On voit qu’il y a des failles dans la façon de sécuriser les centrales.

Un caveat encore : les oublieux se rappeleront que le « néo-conservateur bushiste » ne fut pas de mon goût, que sa désertion m’a fait rire mais ne me l’a pas fait admirer, que l’identité nationale ne fut pas mon pied. Quant au nucléaire : je ne veux pas mourir dans d’atroces souffrances ni voir mes enfants déclarer une leucémie précoce. Et si l’on peut se contenter de faire tourner un hamster dans une roue en recyclant sa litière, notez que j’opine.

Mais l’histoire de ce Capital, je dis qu’elle va plus loin qu’un ministre qui quitte, excédé, un plateau télé. Je dis que c’est un coup.

Lagache ne pose pas des questions, il assène. Il affirme ses convictions personnelles. Si le président fait un audit, c’est l’aveu d’un manque de transparence. La sûreté nucléaire pose problème : c’est comme ça. Et un sondage, c’est la volonté du peuple, et il serait bienvenu que les politiques qui, d’ailleurs, manquent de volonté pour multiplier les fleuves, se bougent un peu le tréfonds pour la respecter cette volonté, non ?!

Lagache, d’ailleurs, ne réagit pas quand Eric Besson lui retourne, de façon d’ailleurs contenue et courtoise : « je veux bien que vous défendiez une thèse, essayez d’écouter une partie de la mienne ». Est-ce le rôle d’un journaliste de défendre une thèse ? Assurément pas. Encore moins avec des affirmations aussi contestables qu’un sondage valant expression de la volonté du peuple, ou aussi mensongères que le fait qu’il ait dit qu’il y avait un problème d’opacité dans le nucléaire.

Et là, il ne s’agit plus seulement de passer un ministre sur le gril, je dis qu’il y a trahison de son statut de journaliste. Parce qu’il est censé représenter une forme de neutralité, parce qu’il prend symboliquement la place du téléspectateur, du citoyen, qui interpelle le politique, son propos bénéficie d’un poids qui dépasse sa valeur intrinsèque. S’il dit que la sûreté nucléaire pose problème, c’est un fait qu’il ne s’agit plus que de commenter. Et puisqu’à l’inverse du neutre journaliste, le ministre est présumé partial… On comprend que ça Lagache, Besson.

En somme, Lagache ne reste pas à sa place : Besson, non plus.

Il est donc désormais acquis – puisque je vous ai convaincu – que Lagache est sorti de son rôle. Il n’agit pas en journaliste. Il agit en communicant. Il fomente son coup, il fourbit son clash. Et si l’on me suggère que Besson est renommé pour son impétuosité, ce n’est qu’un indice de plus : pousser à bout ce numéro-là n’est pas le plus malaisé. Quant au risque d’image, il est minime sinon nul : oh, c’est Besson, et sur le nucléaire ! C’est pas comme faire les gros yeux roulants à Jean-Marie Le Pen et condamner le mal et la souffrance, mais c’est tout comme et c’est 1.000 points. Et l’extra-ball.

Mais dans quel but ? Le buzz. Et l’image, surtout. Allons, quoi : c’est Capital, et c’est Lagache, qui se parent des atours du journalisme pugnace, contestaire, rebelle ! Ca-pi-tal, de M6, qui se pose en anti-nucléaire, et qui pourfend Besson, c’est énorme. Quel repositionnement ! Capital, le magazine du capital, programme factieux ? Quelle opération ! Et Lagache n’a plus qu’une belle gueule : il a un coeur, il a une âme, Lagache, il a des convictions. Et du courage. Lagache l’insoumis, qui l’eût cru ?! Faut être accroché à son hétérosexualité comme une moule à son rocher pour ne pas avouer un faible pour cet homme.

Alors, Besson a probablement commis une erreur en partant. Parce qu’un ministre, ça ne fait pas ce genre de choses ? Peut-être, mais il ne faut pas être fermé aux expériences nouvelles. Surtout parce qu’il est tombé dans l’embûche, il a donné dans le plan de com’ préparé à l’avance. Et, accessoirement, il a privé les téléspectateurs d’une contradiction nécessaire.


  1. félicitations à l’heureux gagnant !


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Ah, si j’étais Jacques…

mercredi 15/06/2011 - 12:20

Quelle volupté souveraine que de laisser s’envoler un mot au détour d’une promenade, voir s’affoler le petit monde politique, les chroniqueurs analyser, soupeser et après quatre jours de débat, se poser une fois encore avec componction cette même question, quand il est manifeste que sur tant d’autres sujets, on n’en fait pas assez : est-ce qu’on en fait pas trop ?  Hier encore, 21h00, France Info…

Agiter la fourmilière, titiller le landerneau, mais finalement peser, après tout, peser encore. Jouir de son statut de prévenu le plus populaire de France, être encore l’homme pour lequel la gauche appela à voter mais « en se pinçant le nez » (inénarrable DSK) et qu’elle aurait presque posé en référence, depuis l’autre.

C’était un con, c’est devenu soudain notre intellectuel incompris, connaisseur sans égal des arts premiers. C’était juste Chichi, c’est Ben Chirac le Sage. Ses oracles sont décryptés. Avec amnésie et nostalgie. Tout étant toujours, par définition, mieux avant, on se tourne vers le Vieux, devenu une véritable icône républicaine.

Un Vieux qui la joue fine, d’ailleurs, qui ne s’est pas installé dans la rancoeur pas plus qu’il ne s’est posé en commandeur. Il aurait pu faire salon, recevoir en son cabinet. Imaginez ce que François Mitterrand aurait pu faire, si Dieu lui avait prêté vie. Et l’on voit bien d’ailleurs que le monde politico-médiatique est à l’affût de ces rendez-vous : « Jacques Chirac a rencontré / a reçu / a déjeuné avec / [_____]. Rien n’a filtré sur la teneur de leur entretien ». Même ses piques à l’encontre de Nicolas Sarkozy, dans ses Mémoires, ne concernent que le Sarkozy d’avant la présidence.

Des piques émoussées, d’ailleurs. Ils ne s’entendaient pas ? On le savait. Ils n’avaient pas les mêmes opinions ? Aussi. Ni le même style ? Certains ont justement voté Nicolas Sarkozy pour cette raison. Par un effet de balancier et de contraste assez classique, ils le regrettent un peu d’ailleurs.

Alors quoi ? Il ne pourrait pas s’offrir une petite gourmandise ? L’un des chroniqueurs, hier soir, disait que le monde politique manquait cruellement d’humour depuis quelques semaines, et l’affaire DSK. C’est bien antérieur. Le monde politique souffre d’un manque patent de légèreté. Sa versatilité devrait pourtant l’y aider.

Alors que regardez mon Jacques. Quelle sensualité dans la vacherie… Ce mot, pour lui, c’était une pâtisserie, un chou à la crème, une de ces petites gâteries qu’on ne se refuse pas à son âge, comme le petit chocolat avec le café, et tant pis si Bernadette le gourmande. On le voudrait gâteux, mais il n’est pas plus gâteux aujourd’hui qu’il n’était con hier. Admirez plutôt la précision. Un coup, trois victimes. Nicolas Sarkozy est la première, mais la moins surprenante. Vient François Hollande : lui qui avait déjà payé cher sa Une de Match avec Nicolas Sarkozy, le voilà adoubé par la droite au moment de rassembler la gauche. Et Dominique de Villepin. Le voilà vraiment tout seul. Son parti s’effrite, ses cadres s’évadent. Et lorsqu’il s’agit de songer à une alternative à Nicolas Sarkozy, papa ne songe pas à lui. Il l’oublie, l’ignore. Pire, il recommence avec son meilleur d’entre nous, comme si lui, le cri de la gargouille, le panache, la grandeur, l’esprit, oui monsieur, j’ose le dire, l’esprit même de la France, était une parenthèse.

Non, je ne verrai pas en Jacques Chirac une baderne cacochyme. On l’a trop pris pour un baudet pour s’y risquer encore. Je veux de la légèreté (oui, j’veux du soleil, aussi), je veux croire que, libre, il s’amuse, qu’il prépare ses bonbons. Et moi, si j’étais Jacques…


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Sauver Asia Bibi. Mais comment ?

lundi 06/06/2011 - 11:04

Le 19 juin prochain marquera le deuxième anniversaire de l’incarcération d’Aasiya Noreen Bibi, Asia Bibi. Et chaque jour qui passe la rapproche de la mort. Par l’exécution de la sentence prononcée le 8 novembre 2010, par un assassinat dans sa cellule, comme fut assassinée Zarmina, la musulmane de la cellule voisine, ou à sa libération, comme furent abattus Rashid et Sajid. Deux ans à vivre dans ses excréments, deux ans dans une cellule sans fenêtre, deux ans à l’isolement pour sa sécurité, deux ans interdite de promenade. Et cela non pas du fait de quelques preneurs d’otages, mais sur décision de « justice ».

Deux ans ainsi et, au bout, la pendaison peut-être, pour avoir un jour relevé la tête, refusé d’être juste une « chienne de chrétienne », pour avoir une fois décidé de ne pas taire sa foi. Le 14 juin 2009, à la cueillette avec d’autres femmes, par 40 degrés, elle a bu de l’eau du puits et a replongé son gobelet. L’une de ces femmes a alors vociféré que l’eau était haram, souillée par la chrétienne. Le ton monte. L’autre assure que Jésus est un bâtard, la somme de se convertir.

« Je suis blessée de l’intérieur. Nous, les chrétiens, on s’est toujours tus, on a appris dès notre plus jeune âge à ne rien dire, à garder le silence parce que nous sommes une minorité. Mais j’ai aussi une forte tête et là, je veux réagir, défendre ma foi. Je ne veux pas laisser ces femmes attaquer ma religion de manière aussi injurieuse.

Je prends une grande inspiration pour remplir mes poumons de courage.

- Je ne veux pas me convertir, j’ai foi en ma religion et en Jésus-Christ qui s’est sacrifié sur la croix pour les péchés des hommes. Qu’a fait votre prophète Mahomet pour sauver les hommes ? Et pourquoi devrais-je me convertir et pas vous ?

A ce moment-là, la haine jaillit de toutes parts. Les femmes se mettent à hurler autour de moi. » (Blasphème, Oh éditions, p.36)

5 jours après, Asia Bibi est arrachée aux siens par la foule, battue, traînée au commissariat, jetée dans un van. Sa vie rude et simple de jeune femme de la campagne, vivant de la cueillette des baies et de la garde des buffles, est terminée, quoi qu’il arrive. Innocente pourtant, elle devra au mieux quitter son pays avec sa famille. Au pire, elle sera exécutée. Trouvée morte un matin dans sa cellule. Assassinée après sa libération.

Malgré le soutien du gouverneur du Pendjab, malgré le soutien du ministre des minorités pakistanais, malgré le soutien du Pape, malgré les medias.

Parce qu’il est faux de dire, comme on le lit parfois, que les medias se sont désintéressés d’elle. Sans compter la presse chrétienne, Le Monde en parlé, Le Figaro en a parlé, Libé aussi. Mais Asia Bibi est devenue un symbole de la loi anti-blasphème, cette loi qui sert avant tout d’instrument d’oppression des minorités.

Et c’est dangereux d’être un symbole.

Salman Taseer, le gouverneur musulman du Pendjab, a été assassiné par son garde du corps le 4 janvier dernier, pour avoir pris la défense d’Asia Bibi. Shahbaz Bhatti, Ministre pakistanais des Minorités a été assassiné le 2 mars dernier parce qu’il défendait les minorités, et Asia Bibi en particulier (voir son entretien avec Anne-Isabelle Tollet, l’auteur de Blasphème, quinze jours avant son assassinat - spécialement à partir de 7’55).

« C’est Zénobia qui m’a parlé, par exemple, des nombreuses manifestations qui se sont déroulées à Lahore, Karachi et Islamabad. C’est effrayant d’imaginer ces milliers de gens descendre dans la rue pour crier ouvertement que je dois mourir, moi, pauvre fille insignifiante. Je suis devenue malgré moi l’emblème de la loi du blasphème. Ces manifestations sont donc dirigées contre moi pour le maintien acharné de cette loi devenue intouchable, semble-t-il, depuis le meurtre du gouverneur » (Blasphème)

Si Asia Bibi était libérée, elle sera assassinée. Comme le souligne Anne-Isabelle Tollet, « toutes les statistiques montrent que les personnes accusées de blasphème, quand elles sortent de prison, sont tuées dans les semaines qui viennent ».

Asia Bibi mourra probablement.

Elle ne mourra pas dans l’ignorance, elle mourra dans l’impuissance et dans l’oubli, otage de la haine et de la lâcheté. Dans l’oubli, parce que nous ne nous mobilisons qu’un temps. Nous nous mobilisons en septembre lorsque la sentence tombe. Nous nous mobilisons en juin quand vient l’anniversaire de son incarcération. Et puis, nous reprenons naturellement nos vies. Dans l’oubli, parce que la Cour de Lahore n’a pas fixé de calendrier pour l’examen du cas d’Asia Bibi. Recluse dans un cloaque, sans soins, cela en arrangerait certainement plus d’un qu’elle meure avant que la Cour n’ait à statuer sur son cas.

Alors, que faire ? Que faire de plus ? Pour l’aider concrètement, un premier pas consiste à acheter Blasphème, dont les droits d’auteur permettront aussi de subvenir aux besoins d’Asia Bibi et de sa famille, notamment en rémunérant son avocat. Peut-être aussi rester informé, pour ne pas oublier, via twitter en suivant le fil « Asia Bibi », ou facebook.

Un autre pas consisterait à signer la pétition de l’Aide à l’Eglise en détresse, contre la loi anti-blasphème. En un an, seulement 10.000 personnes ont marqué leur intérêt pour la défense des minorités au Pakistan. Pas plus de 10.000 personnes en France se sentiraient concernées par le sort de ces personnes que la justice pakistanaise exécute, ou que la foule assassine, pour un différend privé quelconque, pour un mot de trop, pour un regard, au prétexte d’un prétendu blasphème. Signer une pétition, ce n’est pourtant pas grand-chose, c’est la moindre des choses. La moindre, parce que son efficacité laisse malgré tout songeur. Sauf à signaler la préoccupation des Français à nos propres décideurs.

 

Quoi d’autre ? Ecrire à vos députés, pour qu’ils continuent d’interpeller le gouvernement. L’Elysée, peut-être, aussi. Par un message personnel, c’est mieux, ou éventuellement en reprenant le message ci-dessous, en note de bas de page1. Ecrire aussi à Amnesty International, qui se fout royalement du Pakistan et des minorités persécutées là-bas. Faudrait-il envisager de conditionner l’aide au Pakistan ?

Pourtant, on peut craindre que les initiatives venant des Occidentaux, encore perçus comme chrétiens, ne puissent faire obstacle aux fanatismes locaux, à la dévotion mal placée de la population, au plaisir de dominer les plus faibles. Une fois encore, le regard se tourne vers les musulmans. Une fois encore, il est probable que l’évolution ne puisse venir que d’eux seuls. Et il faudrait qu’elle vienne aussi des musulmans situés hors du Pakistan.

Parce qu’il serait également faux de croire qu’il s’agit là d’une affaire de chrétiens contre les musulmans, quoi qu’écrivent certains sites moins soucieux de défendre Asia Bibi que de servir leurs aigreurs. D’une part, parce que des musulmans sont également touchés par cette loi inique : depuis 1986, sur 1.061 inculpations, 456 concernaient des Ahmadis, 452 des Musulmans, 132 des chrétiens (soit, toutefois, près de 10% des condamnations, alors qu’ils représentent 1,5% de la population) et 21 des hindous (cf. Le Figaro). D’autre part, parce que des musulmans ont eu le grand courage de défendre les minorités au Pakistan malgré les menaces et les assassinats. Ce fut le cas de Salman Taseer, ou encore de Muhammad Aslam Khaki, ou Mohammad Farooq Kha (assassiné depuis), comme nous le rappelait Nystagmus. D’autres voix musulmanes se sont élevées. En France, la famille d’Asia Bibi a rencontré Dalil Boubakeur. Une fois encore, nous attendons beaucoup d’eux.

Voilà.

La lecture de ce billet vous a pris cinq minutes. Cinq minutes de plus pour Asia Bibi dans son cloaque. Cinq minutes sans voir sa famille. Cinq minutes sans voir la lumière du jour. Cinq minutes sans promenade. Cinq minutes seule, sans compagnie, à l’isolement. Cinq minutes sous l’oeil de Khalil, le geôlier qui la persécute. Cinq minutes de plus. Et quand nous ne penserons plus à elle, quand une actualité tragique ou dérisoire aura de nouveau effacé Asia Bibi de nos préoccupations, elle passera encore des heures, des jours, des semaines, témoin de la liberté impossible. Un jour peut-être, nous apprendrons qu’elle a été retrouvée morte. Elle sera une icône de plus, mais une icône morte. A moins que l’addition de nos pauvres initiatives puisse la sauver. Ne renoncez pas parce que vous croyez que ce serait dérisoire.

*


  1. Monsieur / Madame le Député / Monsieur le Président,

    Vous connaissez certainement le sort d’Aasiya Noreen Bibi – Asia Bibi – emprisonnée et condamnée à mort par un tribunal pakistanais pour un blasphème qu’elle n’a même pas commis. Depuis deux ans, elle croupit en prison dans une cellule infâme. Elle peut mourir à tout moment, par manque de soins, ou des mains d’un geôlier, comme d’autres avant elle. Si même elle était libérée, elle court le risque d’être assassinée dès sa sortie de prison, comme tant d’autres avant elle. Je vous demande de mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour faire part systématiquement aux autorités pakistanaises de la préoccupation de la France et des Français – qui vous interpellent – pour Asia Bibi et pour toutes les victimes de cette loi d’oppression qu’est la loi anti-blasphème.

    Dans le meilleur des cas, Asia Bibi devra être arrachée au pays qu’elle aime, mais dans lequel elle ne pourra plus vivre. Asia Bibi et sa famille sont venus en visite à Paris, pour sensibiliser les Français à leur cas. C’est, aussi, un honneur, que les Français soient considérés comme des soutiens à rechercher. C’est le signe que la France reste, dans le monde, un symbole de la liberté. Nous devons être à la hauteur de cette attente. Je vous demande de faire en sorte qu’Asia Bibi et sa famille soient accueillis en France, dans les meilleures conditions.

    Je compte sur votre action et vous prie de recevoir Monsieur / Madame le Député / Monsieur le Président, l’expression de ma plus haute considération.


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Allez, dites oui !

vendredi 03/06/2011 - 10:32

L’un de mes fils a un peu plus de 20 mois et il a franchi un cap. Depuis quelques jours, il opine. Du chef et du tronc, parce qu’il ne fait pas les choses à moitié. Il peut aussi pousser un « iiiiiiii » réjoui. Ce ne sont pas des oui en catimini, mais des oui puissants et marqués. 20 mois. Dont une bonne partie à lui demander : « et tu sais dire autre chose que ‘non’, toi ? » « nôôn ».

Il dit aussi « enko des iens », ce qui ne nous sera d’aucune utilité pour la suite de ce billet.

De fait, aussi « trop chou » soit le spot, c’est bien une régression qu’il nous propose. Et celui-ci, c’est pire. Notez d’ailleurs que, à force de m’entraîner à dire « non », je poursuis sur ma lancée et finis logiquement sur un non à la DS4. Mais c’est ainsi, le non est tendance, et cette tendance aura inspiré cette campagne.

« Dire non », « avoir la force de dire non », « réapprendre à dire non », donc… Oui, mais « non », c’est pourtant bien la première chose que l’on apprend. Avant même de savoir vraiment parler, on dit non. Vigoureusement. De gauche à droite. On me soumettait d’ailleurs, cette explication : « je dis non donc je suis, séparé de ce qui m’entoure. Un passage obligé, non ?! ». Il finit d’ailleurs sur un non, qui me pousse à dire oui. Oui, un passage obligé. Mais, passé le passage, et établi que je suis, je peux dire oui, non ?

Pourtant, le non serait romantique. C’est le bruit des barricades, c’est le non de la révolte. C’est « celui qui a dit Non » (chanté par Florent Pagny, dont on n’aura pas la liberté de penser et de frauder). Et depuis peu, on « s’indigne ». « Dégage » a été désigné comme mot de l’année, « s’indigner » ne devait pourtant pas être bien loin derrière. Et pourtant, l’indignation… Combien sont-ils à nous jouer l’indignation, la colère pour, tout au plus, polir leur bonne conscience ? Combien à célébrer, selon la formule consacrée et médiatique, leur « capacité d’indignation toujours intacte » ? Notez qu’il ne s’agit pas de Hessel-bashing, puisque lui-même a franchi le gué, et publié depuis un « engagez-vous ».

« Non ». Est-ce si difficile d’être dans le non ? Certes notre vie quotidienne est faite de beaucoup d’acceptations mais prenez la politique : tout le monde sait à quel point il est plus facile d’être dans l’opposition qu’aux responsabilités. « On a tous une bonne raison de dire non » proclamait une affiche il y a quelques années. Mais à quoi dit-on oui ? Non au chômage, non à la pauvreté, non à l’illettrisme, et puis tiens non à l’immigration. Mais oui à quoi ? Les partis excellent dans le non velléitaire, c’est toujours sur le projet qu’ils calent. Ils calent d’autant plus qu’une fois le projet annoncé… on a tous une bonne raison de dire non.

Prenez l’Eglise aussi. Un bon exemple, l’Eglise. Combien ne connaissent d’elle que ses « non » ? Pour faire vite, non à l’euthanasie, aux gouzis-gouzis avant le mariage, à la contraception, à l’avortement. Pourtant tous ces « non » sont subalternes. Qu’il s’agisse du catholicisme ou d’une autre religion, on ne peut pas la comprendre par ses prescriptions, ou ses interdits. Ce n’est qu’en raison d’un grand Oui que quelques non sont acceptables. Je me souviens d’ailleurs de la démarche de Benoît XVI lors des Journées Mondiales de la Famille à Valence, en 2006 : « «proposer » et non « défendre », « aider à comprendre » et non « condamner »".

Descendons d’une marche : c’est encore vrai quelques échelons plus bas. Prenez le blogueur. C’est quand il dit oui qu’il se met en danger. Un projet, une proposition, une contribution n’est jamais suffisante, jamais exempte de défauts.

Il est plus facile de se réfugier dans la critique. Et, comme tant d’autres, dans un confortable cynisme. On se gausse des prétendus naïfs, mais on ne se moque pas assez des cyniques. On devrait. Moquer le cynisme, petit confort intellectuel et charentaise de la pensée.

Alors, marcher au non et à l’indignation… C’est peut-être un passage obligé, mais j’ai une prédilection pour ceux qui carburent au oui et à l’enthousiasme. Et puis, essayons de dire « oui ». Oui à ce copain qui demande un service, oui à cet engagement qui nous prendra du temps, oui à cette sortie qui ne vient pas au bon moment pour soi, oui à cette main tendue. Un oui est plus engageant qu’un non.

Et si ces mots ont échoué à vous convaincre, on dit qu’une image en vaut mille : je sais qu’au vu de celle-ci, les mecs auront dit oui au moins une fois dans la journée, même tout bas, et même du bout des lèvres.


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Du Fromantin dans un monde global

lundi 30/05/2011 - 16:10

Mondialisation : dans mon barème à moi, je garde un point bonus pour ceux qui évoquent les atouts et avantages de la France. La complainte éternelle lasse. Oui, les doutes, les craintes, et les délocalisations… On sait ! Mais on n’avance pas en soulignant les risques et les peurs. Risque et peur de l’immigration d’un côté de l’échiquier, risque et peur du chômage de l’autre, voire de l’immigration et du chômage de part et d’autre. Nul doute qu’électoralement, on recommande aux politiques de faire ainsi la preuve de leur proximité avec les Français. Double ration de pommade dans le dos : mais oui mais bien sûr, nous comprenons vos peurs, nous sommes avec vous et tenez, on les accompagne. Mais nos réserves, nos indignations et les fantasmes protectionnistes n’y feront pourtant rien : la mondialisation est là. C’est à nous de lui donner une autre couleur, à nous d’en faire non un mécanisme implacable et déshumanisant, mais une opportunité et d’y insuffler de la saveur, à nous d’en faire non une globalisation stérilisante, mais le cocktail de nos atouts.

L’enjeu est très actuel. On lit d’ailleurs que la présidentielle pourrait se jouer sur la mondialisation. Pourtant, comme l’écrit Jean-Louis Bourlange, juste après avoir précisément souligné qu’ »un spectre hante l’élection présidentielle : la mondialisation » :

« C’est l’incapacité de notre société politique à assumer un discours cohérent sur cet inquiétant défi qui plonge l’opinion dans le désarroi, transforme les candidats potentiels en pantins désarticulés, fait monter dans un ciel livide le soleil noir de la haine et du refus. »

Jean-Christophe Fromantin (ci-après « JCF », hein) propose à cet égard un projet cohérent, international et national. Un gage de cohérence : son projet semble s’inspirer directement de ce qu’il est, un maire de Neuilly qui a aussi beaucoup vécu dans diverses villes de nos régions – Nevers, Chateauroux, Chartres, Dunkerque, Saintes, Strasbourg… – qui a passé plusieurs vacances à sillonner la France à vélo et un chef d’entreprise aux avant-postes de la mondialisation. Pendant des années, son activité a consisté à accompagner les PME dans leurs projets de développement international. Il a vu leurs faiblesses, et leurs atouts. Que l’on adhère ou non à son projet, que l’on trouve ses solutions suffisantes ou à construire, JCF a au moins cet « avantage différenciateur »-ci : son projet, c’est un peu lui-même. Pas un projet de circonstance, mais une vision incarnée.

Précisément, il insiste sur les « avantages différenciateurs » de la France. Inutile de vouloir jouer sur tous les tableaux : passons en revue nos atouts, ceux du territoire, ceux des hommes. Non seulement cela assoit la crédibilité de nos solutions, de nos projets, mais c’est également un facteur d’adhésion des Français. Il y a là une forme de transposition nationale d’un « connais-toi toi-même ».

« Pour atteindre son objectif de « requalification », la France doit repartir de ce qu’elle a à offrir, c’est-à-dire de tout ce qui compose son patrimoine. Bien sûr, quand j’évoque le patrimoine, je l’entends au sens large, comme l’ensemble de ce que nous avons développé et qui est profondément lié à la fois à notre culture, à nos valeurs, à nos savoirs et à nos territoires. (…) Serions-nous les leaders mondiaux de l’agoralimentaire si nous n’avions pas une tradition gastronomique et un savoir-faire agricole ? Aurions-nous d’importantes filières médicales, biomédicales et pharmaceutiques si nous n’avions pas été imprégnés de valeurs humanistes ? (…) Au coeur de ces enjeux, il y a nos territoires et tout ce qu’ils peuvent produire comme richesses. Si nous détruisons ce lien profond entre notre patrimoine et notre économie, nous risquons de perdre ce qui relie l’homme à son territoire. »

Un mot, donc, résonne dans l’ouvrage : le territoire, les territoires et évidemment, en premier lieu, les territoires français qui bénéficient d’une singulière diversité (comme il le rappelait d’ailleurs sur France Info). Et JCF ne voit que des avantages à la mise en place d’une « stratégie de reterritorialisation » – à distinguer de la décentralisation, qui laisse toujours entendre que la capitale dispense, magnanime, ses bienfaits - dont trois en particulier :

« Le premier avantage à mener une politique de reterritorialisation est de renforcer le sentiment d’appartenance [et donc, l'implication, NdM]« 

« Le deuxième avantage de la politique de reterritorialisation est la valorisation des atouts d’un territoire , ou plutôt l’exploration en profondeur de ses atouts. Dans un numéro du Figaro Magazine de juillet 2010, un journaliste demandait à plusieurs personnalités étrangères pourquoi elles avaient choisi de s’installer en France. J’ai été surpris du regard qu’elles posaient sur notre pays, presque à l’opposé du nôtre (…) en quelques lignes était clairement résumé ce que les autres perçoivent et que nous ne percevons peut-être plus : la créativité, la qualité de vie, l’échelle humaine, l’équilibre… »

« Le troisième avantage de cette réhabilitation, c’est son caractère durable. (…) En partant du patrimoine, on mobilise la valeur de tout ce que la nature, l’histoire et la culture nous ont donné. On ne fait pas table rase de ce que nous avons; au contraire, on construit l’avenir en valorisant ce qui nous entoure. »

JCF envisage également le rôle du numérique, des nouvelles technologies, dans ce processus. Celui-ci permet à des PME, et notamment les plus petites parmi elles, de devenir exportatrice, là où une taille critique apparaissait nécessaire. Les différents outils (paypal, twitter, CMS divers) désormais disponibles à tous peuvent permettre de mettre en avant des productions bel et bien en lien avec leur territoire. Des infrastructures numériques, JCF passe aux infrastructures de transport et aux échelons de décisions territoriaux.

Pour être pleinement convaincu, je demande à voir davantage encore d’illustrations concrètes de l’efficacité spécifique du lien entre l’entreprise et le territoire, quoique l’idée me semble s’imposer comme une évidence. Mais le projet développé par Jean-Christophe Fromantin est intéressant par l’angle choisi, celui du territoire comme point de départ de la réflexion, par l’ambition, celle de combiner l’efficacité économique et l’efficacité politique, où l’efficacité économique n’est pas obtenue en niant les hommes, mais en recherchant leur implication et la reconnaissance du rôle de chacun, et par son optimisme lucide.

J’ignore si son chapitre final sera de nature à convaincre ces « indignés » qui siègent, ou tentent de siéger, à Bastille. Leurs visées politiques semblent plus proches d’une demande d’Etat-providence que d’un retroussage de manche. Néanmoins, aussi floues soient-elles encore, leurs revendications traduisent peut-être les sentiments latents de la jeunesse. Probable que celle-ci ait besoin d’un cap, dans la « tempête » de la mondialisation. Possible qu’elle trouve quelque écho à son exigence de « démocratie réelle » dans le parcours de Jean-Christophe Fromantin et son refus de voir scinder le « monde politique » de la « société civile ».


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So you wanna fight ?!

mercredi 25/05/2011 - 18:06

Y’a un groupe avec un nom étrange qui cherche des noises à l’Eglise, Une, Sainte, Catholique, Apostolique, Romaine et, aussi, un poil Eternelle. Vous y croyez ? C’est l’Orient, le Grand. Pas l’autre. L’Orient de France : l’Alsace, peut-être… Ca m’a toujours stupéfié ce besoin, pour les franc-maçons, d’élaborer des titres. C’est pourtant une tradition qui n’est ni très républicaine, ni très laïque. Quand l’une de vos activités statutaires est de vous emplafonner les curés, moi ça me surprend. Du coup, j’oscille toujours entre le remake du Club des Intrépides, du Petit Nicolas, et une toute petite réaction de jalousie des Frères à l’encontre des Princes de l’Eglise. Il est vrai que  »Evêque de Rome, Vicaire de Jésus Christ, Successeur du Prince des Apôtres, Souverain pontife de l’Eglise universelle, Primat d’Italie, Archevêque et métropolite de la province romaine, Souverain de l’Etat de la Cité du Vatican, Serviteur des serviteurs de Dieu », ça claque, ce qui suscite chez les Grands (Grand Orient ou Grande Loge) des titres d’une inventivité remarquable. Et je ne parle pas de la tenue : c’est bien la peine de critiquer la soutane quand on porte un tablier, moi je dis.

Bref, que « le Grand Orient de France agresse l’Eglise catholique » est une vilaine manière mais, oh, bon, ça ne va pas nous empêcher de dormir. You wanna fight ? Commence, on te rejoint.

Le GODF n’a pas apprécié que l’Eglise s’exprime sur le débat bioéthique.

De toutes façons, le GODF n’apprécie pas que l’Eglise s’exprime.

Le GODF n’apprécie pas l’Eglise.

Le GODF n’apprécie pas.

Et il le dit vertement :

« Le Grand Orient de France s’étonne et s’inquiète des réactions de l’Église Catholique concernant le projet de loi sur la bioéthique, discuté en ce moment à l’Assemblée Nationale. L’évocation par Monseigneur Vingt-Trois d’un « recul de civilisation » dénote un obscurantisme et un mépris des positions éthiques laïques qui sont évidemment la préoccupation des élus concernés et à qui l’on doit reconnaître la conscience de leur responsabilité. Sans dénier à l’Eglise le droit de dire une morale qui concerne ses adeptes, le Grand Orient de France rappelle que dans ce débat qui intéresse le pays tout entier dans la diversité de ses composantes philosophiques et religieuses, l’État est chez lui et l’Église doit rester chez elle. Le respect de la laïcité garante de la paix et de la justice sociale est à ce prix. »

Perso, je pense qu’il ne faut pas se formaliser plus que ça, et parier sur une regrettable incompréhension.

D’abord, quand Monseigneur Vingt-Trois affirme que les orientations prises dans les débats sur les lois bioéthiques traduisent un « recul de civilisation », il ne vise pas le Grand Orient de France. Sauf à ce que les orientations prises dans lesdits débats soient directement inspirées par le Grand Orient. Ce que personne, je dis bien personne, ne pourrait se résoudre à croire de bonne foi.

D’ailleurs, les positions du Grand Orient de France ne se confondent pas avec les « positions éthiques laïques ». Tenez, il y a même des laïcs qui ont de l’éthique et des positions, sans pour autant être franc-maçons. J’en ai croisé, par exemple au Collectif Plus Digne la Vie au sein duquel nombreux sont ceux qui sont non seulement laïcs mais en outre même pas catholiques.

Je pense donc sincèrement que le Grand Orient de France n’aurait pas dû se sentir blessé ainsi et réagir de façon aussi courroucée.

Le choix du vocabulaire témoigne aussi du malentendu. Dans son communiqué, le Grand Orient de France évoque les « adeptes » de l’Eglise. C’est un choix malencontreux qui souligne la mauvaise perception que le Grand Orient a de l’Eglise et des catholiques. Pour l’Eglise catholique, comme pour l’islam d’ailleurs, ou le judaïsme, on emploie de préférence le terme « fidèles ». Sinon, ça fait méprisant. Et le mépris, ça classe.

De même que, notez bien, il me semble qu’il y a une forme de contradiction intrinsèque dans le communiqué du GODF. Prenez l’avant-dernier paragraphe. Vous comprenez quelque chose, vous ? Si, comme le Grand Orient de France a raison de le rappeler, c’est bien « un débat qui intéresse le pays tout entier dans la diversité de ses composantes philosophiques et religieuses« , alors pourquoi l’Eglise devrait la boucler ? Vous voyez, vous aussi, par où ça pêche ?

Le GODF se méprend encore sur la laïcité, bien sûr, qui ne peut pas être, surtout en république, surtout en démocratie, une injonction faite aux représentants des diverses religions de se taire, même si l’on sait bien que, à bout d’arguments, c’est ainsi souvent dans l’anathème que certains se réfugient.

Il y a donc un terrible malentendu, mais auquel il ne faudra pas attacher trop d’importance. L’Eglise, ses représentants, ses fidèles, continueront de s’exprimer. Ils continueront de donner leur avis sur la marche du monde, parce qu’ils se sentiraient coupables et incohérents de se désintéresser ainsi du sort de leurs prochains. D’autres continueront d’affirmer que ceux-là sont les seuls en France, en république et en démocratie, auxquels on pourrait dénier par principe la liberté d’opinion. Pas certain qu’une telle position puisse véritablement asseoir leur crédibilité.

Mais ainsi va le monde, en France.

Milles bisous, mes frères, toutes paroisses et obédiences confondues.


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Nicolas Sarkozy, pasteur méthodiste

lundi 23/05/2011 - 09:10

Sacré queutard, lui aussi, tout de même, hein ? Déjà grand-père, il va encore être papa. Mais si l’on écarte cette circonstance, que tous les socialistes s’accordent à considérer comme mineure – aujourd’hui plus encore qu’hier – il y a tout de même  une ressemblance avec ce bon grand-père. Oui, avec toute cette barbe, ça pourrait aussi être moi. Ou DSK. Quelque chose dans les paupières… Enfin non, précisément pas DSK. Mais imaginez Nicolas Sarkozy un peu plus âgé. S’il arrive à rester en place le temps de la photo, il aurait bien des airs de l’un des plus célèbres des pasteurs méthodistes, William Booth. Et puis, il fait un enfant à sa propre femme. Certes la troisième mais tout de même, c’est d’un classique.

La prédiction de Sarko l’an dernier n’en paraît donc que plus fondée, lorsqu’il déclarait à des députés UMP :

« A côté de lui, je passerai pour un pasteur méthodiste. Ma montre, à côté de la sienne, apparaîtra comme un vulgaire modèle »

On susurre qu’il aurait préféré affronter un DSK, plus facile à déstabiliser qu’un Hollande ou une Aubry. Alors, Sarko, dépité d’avoir perdu son paratonnerre, son sparring partner ? Possible. Mais pas si sûr. Car il peut encore servir et durablement modifier le cadre de la campagne prochaine.

Parce que la comparaison lui va bien au teint, lui que l’on dépeignait, que l’on dépeint encore, comme un excité, un type qui ne sait pas se tenir ni se contenir. A la place de l’excité, voilà que c’est un DSK que tous poussaient du col. Un DSK, pas vraiment l’archétype du gars qui se contrôle.

DSK en lui-même, c’est de l’histoire ancienne.

Il reste les Hollande, Fabius, Lang, Royal, Aubry, compagnons de trente ans qui n’ont évidemment pas pu ne pas voir. Il reste naturellement les Moscovici, Le Guen, et Cambadélis, dont on nous dit, un brin benoîtement, qu’ils sont « trois bons vivants, appréciant bonnes chères et jolies filles ». Ceux qui, en connaissance de cause, l’emmenaient vers la présidence.

Il reste toute la presse (ou presque) et mes compagnons de tweets, dont nombre de journalistes, si prompts à fondre sur Sarkozy – ou sur Eric Woerth, au nom de la vertu en politique – mais durablement frappés de surdité et de cécité au sujet de DSK.

Il faut lire Nicolas Beau, dans Le Monde, évoquer « l’omerta » et les interventions du camp DSK dans les médias. Lire Jean Quatremer, quand il évoque la pression de Ramzi Khimoun, conseiller en com’ de DSK, pour qu’il retire son billet de 2007. Se souvenir que le chapitre d’un livre de Tristane Banon évoquant sa « rencontre » avec DSK a été retiré par son éditrice. Lire Beau, encore, lorsqu’il écrit qu’aucun media n’a relayé la vidéo publiée par Agoravox dans laquelle Tristane Banon racontait son agression. Carlo Revelli, qui gère Agoravox, raconte également l’ »omerta médiatique ». Nos vaillants journalistes, qui commentent à loisir le moindre appel de la présidence à un rédacteur en chef, n’en ont jamais dit mot. Voilà qui relativise bien des indignations.

Lire aussi Nicolas Demorand qui, dans son édito du 19 mai dernier, balance les dirigeants socialistes1 et lire Aimée Joubert et Marc Cohen qui lui conseillent en retour d’interroger Serge July et les dirigeants de Libé sur les raisons pour lesquelles ils étouffèrent l’affaire Banon2. Oui, voilà de quoi tempérer les indignations vertueuses.

Nul doute que Nicolas Sarkozy observe, gourmand, les dirigeants socialistes et toute cette presse qui n’a pas hésité à mettre en cause sa stabilité psychique, sa capacité à « endosser le costume de chef d’Etat », se débattre avec leur connaissance personnelle du rapport manifestement pathologique de Dominique Strauss-Kahn au sexe, consciencieusement mis sous le boisseau depuis des années.

Comme le souligne encore Jean Quatremer,

« Il ne s’agit pas ici de parler de coucheries entre adultes consentants mais de possibles délits! En 2007, M. Strauss-Kahn est accusé de tentative de viol. Et personne n’a enquêté. C’est affolant ! Cette année-là, lorsque j’écris qu’il frôle le harcèlement, j’avais évidemment assisté à des scènes et recueilli des témoignages. Ensuite, j’en ai reçu d’autres. Des dérapages au sein du Parti socialiste. Des étudiantes à Sciences-po qui savaient toutes qu’il ne fallait pas se retrouver seule dans une pièce avec DSK. »

Et Nicolas Sarkozy n’a pas fini de jouir de ses habits neufs de pasteur méthodiste : l’affaire DSK est une épine dans le pied dont le PS ne sera pas débarrassé de si tôt.

Le mieux pour le PS serait peut-être encore que DSK plaide coupable, et que cette affaire soit oubliée le plus vite possible, ce qui ne devrait pas arriver. Sauf surprise, DSK plaidera non coupable le 6 juin prochain. Un procès sera organisé, qui pourrait se tenir dans quelques mois, en pleine campagne présidentielle. Et s’enclenchera le système judiciaire américain. Comme si l’on ne suivait pas déjà assez de séries, on nous a ré-expliqué que le rôle de la défense sera notamment de détruire la réputation de la victime présumée3.

Imaginez le tableau : durant plusieurs jours, les JT s’ouvriront sur ce procès durant lequel un socialiste, ancien candidat implicite de son parti, s’appliquera à détruire l’honneur de celle qui est femme, immigrée, noire, pauvre,  femme de chambre, musulmane, pieuse, allant régulièrement « prier au rez-de-chaussée de la mosquée, dans la salle réservée aux femmes », réfugiée politique… et venant d’un pays particulièrement touché par la pratique du viol, systématisée par le pouvoir en place4. Avec DSK, le PS a tiré le gros lot.

Assurément, en regard, Nicolas Sarkozy passerait presque pour un pasteur méthodiste.

Ne soyons pas naïfs pour autant. D’autres indignations sont partisanes, et cette affaire ne provoquera ni une prise de conscience politique, ni un sursaut de neutralité journalistique. Ca valait le coup, toutefois, avant que la page se tourne, de faire ce noeud à nos mouchoirs. Pour ne pas, nous, être frappés d’amnésie.

Cette affaire amènera peut-être tout au plus la presse à une plus grande sévérité concernant la « vie privée ».

De Nicolas Sarkozy.

*


  1. « Comment ont-ils reçu les propos d’une des leurs, députée PS, avouant sa peur de se retrouver seule dans la même pièce que lui ? Et ceux de la fille d’une des leurs, faisant état à la télévision d’une tentative de viol présumée ? Sur cette dernière affaire, que savait exactement François Hollande, dont les journalistes Christophe Deloire et Christophe Dubois disent, dans Sexus politicus(Albin Michel), qu’il avait à l’époque réconforté la jeune fille ? »
  2. « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu. Et avant d’aller, si j’ose dire, faire le ménage chez les autres, Demorand pourrait nettoyer les placards chez lui, à Libération pour voir s’il n’y traine pas quelques cadavres. En clair, par exemple, vérifier si Tristane Banon n’est pas allé raconter son toute son histoire à Libé juste après les faits et si les gens qui dirigeaient le journal à l’époque ne l’auraient pas jugée indigne d’intérêt. »
  3. non, ne me dites pas que l’on dit « plaignante » : elle n’a pas porté plainte à ce jour
  4. sources : JDDLe Figaro


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En eaux troubles

mardi 17/05/2011 - 08:52

D’abord l’excitation du news-addict devant une info de portée historique, un choc jamais vu dans une pré-campagne ou une campagne. L’homme que l’on voyait puissant, dominant, encore récemment en situation de maitrise sur un plateau télé, celui que l’on aurait pu porter à l’Elysée, même sans « se pincer le nez », contrairement à ce qu’il avait élégamment suggéré en son temps, arrêté pour une affaire de mœurs.

L’agacement, aussi, devant ces commentaires hypocrites : « ça ne ressemble pas à Dominique Strauss-Kahn », « on n’a jamais entendu la moindre rumeur à ce sujet ». Mensonges. Le fait est que, si, ça lui ressemble trop bien. Ce qu’aujourd’hui tout le monde sait était connu de tous les les politiques, de tous les médias, et au-delà… puisqu’ici même, j’avais évoqué l’affaire Tristane Banon, il y a déjà trois ans1. Encore récemment, le fait de l’avoir évoqué sur twitter me valut quelques réponses bien péremptoires.

Aujourd’hui, le témoignage de sa propre mère vient ajouter de la crédibilité à celui de Tristane Banon. Alors, si, quand on a entendu ce qu’elle décrit, assez d’hypocrisie : ça ressemble à Dominique Strauss-Kahn. Non que ce soit nécessairement son quotidien mais qu’il n’y a rien d’impossible dans cette affaire. Rien d’impossible lorsque l’on sait aussi qu’Aurélie Filipetti, pourtant elle-même députée PS, est allée jusqu’à déclarer qu’elle s’arrangeait pour ne pas se trouver dans une pièce seule avec lui2. Ou lorsque l’on se souvient que, bien qu’informé – ô combien informé et même dûment prévenu, depuis 2007 – des risques aux Etats-Unis, il a usé de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles d’une employée. Oui, malgré son intelligence, il est tout à fait capable de tomber de lui-même dans ses propres pièges. Et non, il n’y a rien d’impossible à imaginer qu’un de ces hommes dans leur tour d’ivoire, persuadés qu’il y aura toujours un ami à appeler, un moyen d’arranger les choses, d’étouffer les affaires, ait pu négliger les risques. 

Agacement également, c’est le moins que l’on puisse dire devant ces trop nombreuses réactions, presqu’unanimes, par lesquelles les uns et les autres (de Ségolène Royal à Alain Juppé, à pratiquement tous les politiques…) « pensent d’abord à DSK et à sa famille », mais oublient systématiquement d’honorer de leurs précieuses pensées celle qui a peut-être subi une toute autre humiliation que celle de DSK aujourd’hui. Agacement encore devant la défense Polanski-style de DSK par BHL, encore prêt à venir au secours des puissants et en renfort d’une justice à deux vitesses. Dans le meilleur des cas, cette pauvre femme de chambre est oubliée. Dans le pire, celle qui a peut-être été violée, ou a manqué de l’être, est traitée comme une pute ou une maîtresse-chanteuse. Ce sont aussi ces réactions qui permettent aux DSK en tous genres de prospérer.

Soit dit en passant, même la vidéo dans laquelle Tristane Banon témoignait est odieuse. Il faut apparemment, en France (à la télé ?), raconter une telle histoire en se marrant, même quand on est la victime. Thierry Ardisson, lui, en rit presque grassement3. C’est encore de l’entertainment, ponctué d’un « j’adôôôre » de sa part qui témoigne aussi du peu de sérieux avec lequel on accueille ce type d’affaires. Seule réflexion sensée, celle de Roger Hanin : « ça c’est de la connerie. S’il fait ça, il peut faire n’importe quoi ».

Il a fallu attendre une Cécile Duflot pour apporter une réponse équilibrée et, même encore, une Clémentine Autain4 et notamment cette déclaration : « Tout le monde appelle à la décence. Mais on ne peut pas exclure l’hypothèse que la femme de chambre ait été agressée. La décence, c’est aussi d’avoir une pensée pour elle. » Oui, même si l’expression est incorrecte, il faudrait au minimum respecter une « présomption de victime ». Parce que cette femme, après avoir été souillée, ne doit pas être encore insultée. Avec Clémentine Autain, pour une fois, je relève aussi que la vision et le vocabulaire changent dès lors qu’il ne s’agit pas d’un citoyen ordinaire mais d’un puissant.

Outre le fait qu’ils ne sont pas justifiées, ces deux poids deux mesures sont délétères pour la démocratie, et les images de politiques affichant leur solidarité étaient à double tranchant : concorde, ou connivence ?

Et puis, depuis, il y a ces images littéralement sidérantes d’Outre-Atlantique, la très longue séquence de sa sortie du commissariat, celles de son arrivée au Tribunal, celles de sa comparution. Certes, le système américain peut s’enorgueillir de traiter de la même manière les puissants et les misérables. Et l’on ne voit pas, en effet, ce qui justifierait qu’il soit traité autrement.

Mais en le voyant ainsi, le sentiment bascule. Quoi que l’on pense de lui, de ce qu’il semble bien avoir commis, de son comportement passé, du mal fait aussi à la France, et sans sympathie à son égard, sa déchéance fait, étonnamment, un peu mal. Sans bien comprendre pourquoi. Est-ce, confusément, parce qu’il reste un de nos compatriotes, jugé dans un pays étranger ? Parce notre système n’imposerait pas ce traitement pas même aux pires de nos criminels (ce qui reste à voir) ? Parce que ces images sont fournies avec trop de complaisance ? Parce qu’il n’est plus le puissant, mais un homme abattu et, déjà, un homme fini.

Alors, on navigue en eaux troubles, on navigue entre deux eaux, de la colère à la compassion, finalement pris dans le malaise.


  1. ici et
  2. ce qui ne renvoie pas au comportement d’un séducteur, mais d’un agresseur
  3. tenez, même une femme le qualifie de « séducteur », tandis qu’une autre le gratifiait d’être « vigoureux »
  4. et, semble-t-il, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan


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Le cancer de la politique française

mercredi 11/05/2011 - 17:19

Vous allez dire que je râle tout le temps. Mais quelle soudaine impulsion a conduit Laurent Wauquiez à brûler ce qu’il était en une seule sortie, que personne ne lui demandait et que rien n’exigeait ? Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, devait-il s’exprimer sur les affaires sociales ? Membre du gouvernement, devait-il reprendre les antiennes décennales de la droite contre les assistés, laissant en outre penser que quatre ans de Sarkozy n’y ont rien fait ? Représentant d’une « droite sociale », devait-il attaquer une réalisation sociale majeure du gouvernement ? Il n’y a pas si longtemps, Laurent Wauquiez était « un huron à l’Assemblée Nationale ». A-t-il donc abandonné toute velléité d’iconoclasme pour reprendre, en grognard usé de la droite, le refrain épuisé des assistés, cancer de la société française ? En une sortie, il a ruiné son image sociale et a endossé la vieille politique. Pour un peu de visibilité, seulement ?

Le même jour, sur une autre partie du spectre de l’UMP, Claude Goasguen dévoilait une autre idée de génie : créer un registre des binationaux. Pour lutter, probablement, contre la cinquième colonne. Un grand fichier de Français potentiellement déloyaux. Un truc sain, qui ne jette pas le soupçon a priori, ça.

Fort heureusement, le premier s’est fait recadrer sèchement et certains, tels Marc-Philippe Daubresse, Etienne Pinte ou encore Roselyne Bachelot, ont réagi clairement. Quant au second, on peut imaginer que sa proposition reste une sortie personnelle. Il doit d’ailleurs enrager contre Wauquiez, le Goasguen, parce que tout de même, un registre des étrangers-ou-presque, normalement c’est du qui tâche et qui t’envoie au JT.

L’une et l’autre proposition posent de faux débats ou créent le problème qu’elles prétendent résoudre.

Le « cancer de l’assistanat » fait partie de ces idées solidement implantées dans une partie de l’électorat, qui ne prend plus la peine de les vérifier. L’idée confortant des présupposés bien établis combien s’astreignent à les confronter à la réalité ? Chacun connaît un type qui abuse des allocs et roule en SLK. Ou assure en connaître un. Ou connaît quelqu’un qui assure que la Porsche Panamera appartenait bien au type qui abuse. Et puisque de toutes façons, on sait que ça existe, hein, on va pas faire son gauchiste, non plus, tout de même ?! Bon. Pourtant, même si, précisément, Le Monde est un journal de gauche, il fournit quelques arguments qui permettent de penser que, si cancer il y a, la tumeur n’est pas forcément maligne. Et Roselyne, dont les jardinières sont bien tenues et qui veille encore mieux sur ses plate-bandes, a également renvoyé Wauquiez à ses affaires européennes.

Quant aux binationaux, qui, aujourd’hui, a ressenti leur existence comme une difficulté (rappelons que, s’ils sont bi-nationaux, c’est qu’ils sont, aussi, nos compatriotes) ? Que les musulmans soient une menace nationale, ça, on avait fini par l’enregistrer. Mais les bi-nationaux pas musulmans ? Par exemple, le bi-national qui s’en fout. Lui aussi ?

Mais une fois les débats lancés – avec la séquence obligatoire sur l’absence de tabous, de sujets interdits et vas-y que tu vas pas m’empêcher de débattre, oh, et si rien que ça, ça t’escagasse, c’est que t’es bien chatouilleux du poil, toc, y’a que la vérité qui blesse – combien d’entre nous (enfin d’entre vous) découvrent soudainement l’existence d’un problème dont, d’ailleurs, ils se sentent soudainement très concernés ?

Et puis, l’une comme l’autre des propositions relèvent aussi d’un même réflexe, dont on pourrait dire qu’il est le cancer de la politique. Ce n’est pas une exclusivité de la droite, et ce n’est pas un privilège français. Mais tous ceux qui ont le souci du bien commun devraient s’en abstenir : c’est diviser pour l’emporter, opposer pour gagner.

L’absence de projet, l’absence de vision, semblent condamner la politique à ces brutales et éphémères saillies, à ces débats qui sont autant de polémiques hyper protectionnistes, hyper défensives, comme autant de coups furieux et désespérés d’un pays acculé et sur le déclin. Comment s’étonner qu’un tel pays cherche le bouc-émissaire, pour expliquer qu’on en soit là ?

Bruno Le Maire, nouvellement en charge d’une redéfinition du projet de la droite, semble poser un diagnostic intéressant, et quelques bonnes bases. Au-delà du diagnostic, des bases et d’une bonne démarche, il faudra encore voir les applications concrètes de ce projet. Autre aléa, il  »ne se soucie pas de la relation personnelle du candidat avec les Français : à M. Sarkozy de jouer ». Ce ne sera pourtant pas, et de loin, la partie la plus simple.

 


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Avis aux lecteurs

samedi 07/05/2011 - 21:05

Une charge de travail qui s’étend sur mes week-ends et d’autres circonstances plus personnelles m’amènent à vous être infidèle. Il est ainsi plus que probable que je ne puisse laisser courir mes doigts sur ce clavier ces quelques prochains jours. Bien sûr, ce n’est pas grand-chose, ça ne durera pas longtemps. J’aurais pu ne rien dire. Mais j’imaginais votre tourment et ça me mettait mal à l’aise. De toutes façons, je fais ce que je veux. Donc si je suis plein d’égards à votre endroit et que j’ai envie de vous prévenir, c’est pas vous qu’allez m’empêcher de le faire. Clair ?


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Bettencourt, Renault, la FFF, et ta mère en mp3 sur le web

mercredi 04/05/2011 - 10:14

Ah, la technologie va si vite !

Quand je pense à Q, qui s’ingéniait à élaborer des gadgets discrets et perfectionnés pour que James puisse tout à la fois photographier, filmer et enregistrer (quoique, à la réflexion, James enregistrait très peu), je me dis que la démocratisation des engins d’espionnage nous a aussi fait perdre ce romantisme là.

Rien ne nous empêche certes de procéder en savourant une vodka-martini mélangée au shaker, pas à la cuillère, mais pour le style, on s’arrête là : aujourd’hui il suffit de poser son iPhone quelconque bien en évidence sur la table, comme tout participant à une réunion, pour enregistrer tous les propos tenus, avec pour seule limite la durée de vie médiocre de la batterie de l’appareil.

Le dernier épisode en date est bien sûr l’affaire de la FFF, à propos de laquelle Mediapart a osé un titre et un chapeau odieux et à première vue mensongers, mais propice à vendre les abonnements qui seuls vous permettront d’accéder au verbatim intégral de la réunion, et d’assurer la rentabilité du site.

Il y a quelques semaines, L’Express publiait les enregistrements d’une réunion au siège de Renault, au cours de laquelle était évoqué le sort des salariés accusés à tort d’espionnage. Parmi les personnes ainsi écoutées, Jean Reihnart, l’avocat de la société Renault, dispensant son conseil aux dirigeants de sa cliente, et interrogeant le responsable de la sécurité à l’origine des accusations.

Il y a bientôt un an commençait l’affaire Woerth / Bettencourt, sur la base des enregistrements des conversations d’une vieille dame, certes la plus fortunée de France, mais d’une vieille dame tout de même.

Trois affaires coup sur coup en moins d’une année, voilà qui crée la tendance.

Bien sûr, à chaque fois, une cause justifiera à la fois l’écoute et sa publication. Hugues, qu’une affection compréhensible pour ses confrères, sous le feu de sa critique, anime encore, note que les gazettes publient les extraits des écoutes « sans toutefois épouser la cause du Ganelon à l’attitude inqualifiable et aux objectifs malsains, ça va sans dire ». Ca irait mieux en le disant, puisque l’on enregistre (oups) bien peu d’interrogations sur le procédé. L’interrogation est d’autant moins en Cour que l’on n’ira tout de même pas défendre ces salauds du pouvoir, politique, patronal et même footballistique.

S’ils le font un peu, les mêmes, ou leurs confrères, pourraient s’intéresser davantage audit Ganelon. Dans ces sphères blindées de luttes de pouvoir, il serait coupable d’imaginer que l’enregistreur ne soit mû que par la noblesse de la cause. La formule usuelle traduit d’ailleurs un relatif embarras quant à la démarche ou, à tout le moins, l’intention de le masquer : notez ainsi que lesdites gazettes se prévaudront toujours de « s’être procuré les enregistrements de… », alors qu’ils se sont bornés à répondre positivement et fébrilement à la démarche empressée de l’enregistreur. Au Monde, d’ailleurs, Pascale Robert Diard, chroniqueur judiciaire qui a laissé s’échapper les fameux enregistrements Bettencourt, n’est pas louée pour son recul, mais a du s’en expliquer longuement.

Mais soit : ne paraissons même pas défendre les uns et les autres. Il reste une implication pratique de cette nouvelle tendance : toute réunion peut être enregistrée, jusqu’aux réunions les plus confidentielles, jusqu’à celles au cours desquelles un avocat travaille à la défense de son client. Il paraît dès lors avisé désormais, dans la moindre de ces réunions, de requérir des participants qu’ils laissent leurs appareils dans une boîte en plomb verrouillée à l’entrée de la salle de réunion. Ca risque d’être sport, compte tenu de la manie qu’ont certains de tripoter leur appareil en cours de réunion, mais cela paraît indispensable.

Et puis tentons d’universaliser, parce qu’il faut toujours le tenter, hein, ça permet d’essayer d’impliquer tout le monde : si la société ne fait plus état d’une quelconque réprobation morale à l’encontre de ces procédés déloyaux, ne serait-ce qu’à l’occasion d’un caveat plus ou moins musclé, il faut s’attendre à ce que le procédé prospère. Édifiés par les comportements observés « là-haut » et persuadés que le comportement est licite et légitime, bientôt plus aucun entretien préalable au licenciement qui ne sera enregistré (par le salarié ou par le patron) et même plus aucune assemblée générale de club de philatélie qui ne le soit. D’ores et déjà, prévoyez d’organiser les prochaines dans un environnement bruyant, tel un hall de gare, pour rendre l’enregistrement inutilisable. Et mettez-vous un pavé sur la langue.

Qui a parlé de société de défiance ?

 

credit photo : Florin Hatmanu


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Sexe et fessée : s’il n’y a pas l’âme…

jeudi 28/04/2011 - 13:28

Une mère gifle, sa mère s’excuse. Leçon :  Les gifleurs ont été des giflés. J’hésite : les gifleurs doivent-ils gifler leurs parents pour les avoir giflés quand ils étaient petits ? L’idée est bien sûr d’amener les parents à cesser de gifler pour que leurs enfants ne soient pas plus tard des gifleurs. Je me permets de penser que ça ne peut fonctionner que pour des parents qui pensent déjà mal faire : pourquoi les autres voudraient-ils absolument que leurs enfants ne leur ressemblent pas ?

J’ai été giflé et je gifle pas. C’est pas qu’j'veux point, c’est qu’j'peux point. Je suis un grand sensible, et mes enfants ont les plus beaux visages du monde : comment pourrais-je ?1 J’en connais d’autres qui, en revanche, sont contre mais ont tout de même giflé. J’avoue : ma grandeur d’âme est facilitée par le peu de temps que je peux passer en semaine avec mes enfants. Mais disons que, si la gifle ne peut être un instrument quotidien, en certaines circonstances, elle peut venir seconder les vertus de l’éducation et de la pédagogie.

Exemple : non, ta mère ne « va [pas] chier » et, en disant cela, tu la blesses dans son moi profond. Et, en prime, voilà pour toi, « tu l’as pas volée ». Ajouter « ptit con », en revanche, sera peu pédagogique.

Le clip me paraît toutefois mal accordé. On lit qu’il s’agit d’une campagne contre la gifle (et la fessée). Pourtant, le clip met en scène une claque abusive : l’enfant n’a pas fait exprès de renverser son verre, il n’a fait que renverser un verre, et la claque est violente. En outre, le clip évoque des « enfants battus ». Assimiler la gifle ordinaire au fait de battre son enfant, comme le font ce clip et son concepteur, c’est faire une confusion et nuire à l’enjeu lui-même par manque de nuance.

Le débat peut toutefois être légitime, et je souscris à l’idée que la gifle est souvent un échec de l’autorité. Il est toutefois un peu facile d’envisager la chose de façon abstraite. Le parent qui gifle son enfant sait, généralement, que ce n’est pas une grande victoire et, pour bien apprécier la situation, il faut ajouter quelques ingrédients : fatigue, stress, bruit, surprise… Il est bien rare d’appliquer une gifle de sang-froid.

Mais, si le débat est légitime, il est affligeant d’apprendre qu’on envisage de légiférer pour interdire la fessée, et même la gifle. La position de la psychanalyste Claude Halmos, qui fait bien la distinction entre le parent aimant qui cède à la facilité et le parent maltraitant, est convaincante. Et sa conclusion s’impose :

« Les parents qui dérapent ne relèvent pas de la loi, et celle-ci pourrait même leur porter, ainsi qu’à leurs enfants, préjudice. Car, les faisant se sentir encore plus coupables et encore plus incompétents, elle risquerait d’accroître les difficultés qu’ils ont à éduquer. Or, la violence qui menace les enfants aujourd’hui n’est pas celle de la fessée, mais celle de l’absence d’éducation. Cette absence d’éducation qui les laisse exilés des lois du monde, en proie à leurs pulsions. Proposer une loi sur la fessée aujourd’hui, c’est se tromper de combat. »

Une telle loi serait pourtant assez emblématique d’une certaine pratique de la politique. Non seulement l’Etat s’immisce dans la sphère familiale de façon excessive mais, surtout, la loi devient déclarative et exonératoire : on légifère en effet sur l’aval, sur le symptôme, quand le coeur du sujet est bien l’autorité des parents. A supposer qu’un parent soit poursuivi pour avoir donné une fessée ou une claque2, cela apportera-t-il quoi que ce soit à son autorité ? Un parent s’abstiendra-t-il de donner une claque ou une fessée parce qu’il y a des sanctions pénales ? Si tel était le cas, cela lui apprendra-t-il pour autant à asseoir autrement son autorité ? Recourir à la loi n’est-il pas aussi une façon de porter atteinte à l’autorité des parents, que l’on contourne ou que l’on tente de suppléer ? Bref, la loi est une fois encore utilisée pour donner l’illusion d’une action et permettre à ses signataires de gargariser de leurs paraphes sans aucunement traiter la racine du problème : l’autorité des parents, autorité que l’on s’est en revanche ingénié à dévaloriser, avant de s’affoler ingénument devant sa dégradation.

Comment ne pas faire le lien avec cet autre sujet de la semaine, l’introduction conjointe par Jean-Paul Huchon et Luc Chatel du Pass Contraception dans les lycées d’Ile-de-France – un Luc Chatel qui ne doit plus très bien savoir comment enfiler sa veste, tant il l’a retournée. On s’immisce dans les familles alors que « les parents doivent être les premiers éducateurs », on donne à l’enfant la possibilité de contourner la position de ses parents (posant ainsi la présomption qu’elle est erronée), et l’on ne traite, à bon compte, que le signe visible en ignorant la racine véritable du problème : l’absence d’éducation sexuelle véritable, et la banalisation de l’avortement.

Car, bien évidemment, chacun est favorable à une diminution du nombre d’avortements, et chacun préfèrera une contraception à un avortement. Mais la promotion d’une sexualité prétendument sans conséquence n’est pas de nature à réduire le nombre d’avortements, sans compter que l’on avorte tout simplement davantage aujourd’hui qu’auparavant pour une grossesse non désirée, comme l’indique Nathalie Bajos, chercheur à l’Inserm : « chez les 14-15 ans, le nombre de grossesses non désirées interrompues est passé de 65 % en 1990 à 79 % en 2005 (sur la même période, de 54 % à 67 % chez les 16-17 ans) ».

Bref, s’il n’y a pas l’âme, la distribution de Pass Contraception ne sera pas de nature à diminuer le nombre d’avortements; au contraire, elle l’augmentera.

Seulement voilà, pour limiter le nombre d’avortements, il est indispensable de s’autoriser – à l’école comme ailleurs – un discours sur la sexualité : sur le don, le respect, le droit de dire non, de suivre son propre rythme. Alors, quand Jean-Marie Le Guen propose la gratuité de la pilule « pour toutes les mineures » – de moins de 15 ans, donc ? Et c’est pour réduire le nombre d’avortements ? – il peut bien dire qu’il « faudrait, parallèlement, renforcer et améliorer l’éducation sexuelle et affective en milieu scolaire », cela reste du conditionnel et un terrain sur lequel il ne s’engagera pas : l’autorité des parents, la sexualité responsable, la gauche n’a pas ça en rayon, elle qui a plutôt oeuvré en sens inverse.

Autorité, contraception, s’il n’y a pas le sens, s’il n’y a pas l’âme…

Mais ça, l’âme…

*

Mise à jour : ne me tenez pas rigueur de ce changement de titre (initialement : « gifle et fessée »), mais vraiment « sexe et fessée », c’est trop d’la balle pour le référencement.


  1. en revanche, j’ai donné quelques rares fessées, après les sommations d’usage, répétées, et épuisement des solutions alternatives
  2. compte tenu des priorités de la Justice, chacun peut imaginer que ça n’arrivera pas


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C’est Pâques : le catho nouveau est arrivé !

lundi 25/04/2011 - 08:30

Cette fois, je peux le dire : j’ai vu la Vierge. L’usage, pour les cathos, est de s’en prendre plein la gueule pour pas un rond, spécialement durant la Semaine Sainte. Et celle-ci était bien mal emmanchée, avec l’épisode catholiques profanateurs à Avignon : voilà bien la preuve que les religions c’est tout pareil et qu’on devrait se méfier des cathos, tout ça c’est des talibans. D’ailleurs, va donc, hé, Torquemada ! Rien que du très classique, d’ailleurs un peu petit bras par rapport aux années passées. Et puis, dans un combo spirito-liturgique quasi-parfait, un hebdo national fait sa Une sur les cathos sans se payer leurs fioles en pages intérieures. Le même hebdo avait sorti un numéro sur « le grand retour des cathos« . Mais c’était il y a trois ans. 2008, une paye. Depuis, il y a eu les carêmes tourmentés et douloureux de 2009 et surtout de 2010.

Très beau combo, donc, puisqu’il est dans la logique des choses que la Semaine Sainte commence dans l’affliction pour s’achever dans la lumière de la Résurrection.

Déjà, à l’automne dernier, le calme a semblé revenir. Il y eut l’incroyable succès du film des Hommes et des Dieux, il y eut encore le livre du Pape, Lumière du Monde. Alors, on peut lire ces sous-titres, dans le numéro de la semaine : « le catho n’est pas coincé, le catho est décroissant, le catho a du style, le catho est sincère ». Et le catho est sur le cul, aussi. Parce qu’il n’a pas l’habitude.

Qu’est-ce qui a bien pu changer ? Le catho deviendrait-il tendance ?

Le catho n’est-il plus coincé ? L’a-t-il vraiment été ou est-ce le regard qu’on porte sur lui qui change ? Parce que l’Eglise a aussi cette particularité d’accueuillir tout le monde : les humbles, les pauvres, les timides, les bras cassés, les autres et même moi, avec mon iPhone et mon costard trop la classe. Alors non, évidemment, elle ne regorge pas en premier lieu de fashionistas. Mais ce n’est ni le but de l’Eglise ni la vocation du catholique. Ce que le catholique aime, c’est la cohérence, c’est la pierre, c’est l’intangible. Le catalogue automne-hiver, il n’a rien contre, mais c’est moins son trip profond.

Mais allez, personne ne se leurre : le mouvement le plus visible en France est encore un long mouvement de sécularisation. Le nombre de prêtres diminue, le nombre de vocations également, et nos églises sont parfois peuplées de têtes bien chenues. Pourtant, paradoxalement, un nouveau dynamisme est né de ce mouvement.

L’Eglise a, déjà, eu la grâce d’être servie par un grand pape pendant plus d’un quart de siècle, qui a pu impulser cet élan. Un pape, qui a donné « une vie pour une génération« . Une vie qui a commencé par ces mots : « N’ayez pas peur ! », pour s’achever sur ceux-ci : « si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier ». Message reçu par la génération Jean-Paul II. Et, dans son style bien différent de professeur, de théologien, Benoît XVI semble prendre le relais : Jean-Paul II a mis le feu, il l’alimente, fidèle à sa devise pontificale, « affermis tes frères dans la foi ». Il répond ainsii aux attentes de la nouvelle génération de catholiques, comme le souligne une nouvelle enquête. Voilà deux « Générations aux ptits oignons ».

Alors, il y a moins de prêtres ? Oui, quoique… Mais c’est un appel pour les laïcs catholiques à se prendre en main. L’Eglise les y invite régulièrement et c’est de toutes façons incontournable. Il n’est plus possible d’attendre que « la hiérarchie » seule se bouge et intervienne, parce que nos pasteurs ne sont plus assez nombreux pour s’occuper seuls du troupeau.

Et puis, la démarche religieuse a été grandement débarrassée de sa dimension sociale. Être catholique aujourd’hui, et l’assumer dans le monde, ce n’est ni une obligation ni un statut social, c’est un vrai choix. « Partout, on assiste au basculement historique d’un catholicisme reçu vers un catholicisme choisi », écrit Jean-Pierre Denis. Et pour ceux qu’on appelle parfois les « héritiers » (de la foi de leurs parents), c’est un choix renouvelé, spécialement lorsqu’ils se font secouer comme ces dernières années. Bien sûr, il existe toujours des ilots dans lesquels le choix parait plus évident, lorsque tout l’entourage semble le faire. Mais les catholiques vivent bien dans le monde et, ni aveugles ni sourds, ils constatent aussi, dans leur vie sociale, professionnelle, qu’ils sont moins nombreux.

Ce déclin numérique dont on ne cesse de bassiner le catho lui donne un sentiment d’urgence : l’Eglise a certes passé 20 siècles, surmonté des crises internes majeures, et survécu à des trahisons spirituelles mais aujourd’hui en France, elle pourrait être reléguée aux marges de la société. Alors, avant de le mettre « au monde entier », et pour ce faire, c’est en son sein que le catholique sent un feu nouveau.

Et puis surtout, après avoir donné sa chance à un 20ème siècle laïcisé voire athée, il ne semble pas qu’en soit sortie la voie du bonheur, individuel comme collectif. Pire encore, le CEVIPOF met en lumière une société de défiance, le Médiateur de la République évoque même un « burn-out de la société française ». Alors avec son goût de l’intangible, son exigence de sens, le catho peut bien penser que l’Espérance a encore son mot à dire. Peut-être l’avait-on trop vue ici pour bien en percevoir encore la force, peut-être un peu de distance en restaure-t-il une meilleure vision ?

Alors, allez donc, il y a peut-être de la marge avant de le devenir, mais nous ne sommes pas vraiment pressés d’être « tendance ! Puisque nous cessons d’être majoritaires, laissez-nous essayer d’être prophétiques, quitte à bouffer des sauterelles au désert (Mc. 1,6).

Et ne désaffectez pas nos églises trop vite. Elles n’ont pas fini de servir !

 

article publié sur Atlantico | crédit photo : rdesoras


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Piss partout, Christ nulle part

lundi 18/04/2011 - 09:54

C’est la marche absurde du monde… Aux Etats-Unis, un « pasteur » a mis le feu au Coran. Un artiste a plongé le Christ dans la pisse. Brûler le Coran, pisser sur la Croix, y’a un filon. Comme il serait vain de chercher du sens dans l’absurde,  ce sont les réactions qui sont taxées d’intolérance.

C’est aussi que ceux qui ont détruit le « Piss Christ » ont manqué du savoir-vivre-ensemble minimum pour espérer se faire comprendre du monde. Ils ont manqué d’à-propos. Comme Gainsbourg brûlant un billet de 500 francs, que n’ont-ils fait de cette destruction un happening, dénonçant l’idôlatrie de la transgression et de la provocation, tant l’art, surtout contemporain, est devenu un cache-sexe de la vacuité ? Mais ces gens-là sont affligés, c’est malheureux, d’un refus chronique de la modernité, et d’un manque criant de fantaisie. On aurait pu imaginer un flash-mob, singer un salon artistique, que sais-je, avant de passer à l’exécution. A 50, 100, 150, on peut contenir un gardien de musée de province. Ils auraient dressé là comme un plateau de télévision quelques canapés défoncés, chaussé des culs de bouteilles, épuisé des mégots. Ils auraient chanté du Boullez et instruit le procès des modernes idoles.

Serrano dénonçait-il l’idolâtrie du crucifix ? Ils auraient dénoncé, eux, ces idoles modernes que sont l’art contemporain, la transgression et son intégrisme, dans lequel la démarche artistique se pervertit. La transgression qui devrait être un point de départ est l’aboutissement de la démarche. L’esthétisme ne pouvant pas, ou ne pouvant plus – allez savoir – être le critère de l’art, la transgression l’a remplacé. Et tant pis si celle-ci devait être originellement au service d’un sens. A ce compte, nos agités du pic à glace auraient donc pu faire de l’acte éminemment transgressif qu’ils ont commis une performance artistique.

On peut tout de même chercher un sens à l’œuvre de ce Serrano. Jean-Pierre Denis, évoquant déjà cette représentation, soulignait que si « aux Etats-Unis, son exposition alimenta la controverse (…) certains la défendirent comme une métaphore certes provocatrice et extrême, mais au fond juste, sensible, puisqu’elle nous renvoie à la façon dont notre société méprise en profondeur la Passion du Christ  tout en faisant mine de respecter la religion »1. On pourrait y voir encore une dénonciation de l’idolâtrie du crucifix. D’ailleurs, en un sens, Andres Serrano pourrait voir dans cette destruction et les mails des opposants l’aboutissement de sa démonstration : lorsqu’ils personnifient la Croix, en invoquant « l’honneur du crucifix », n’est-ce pas un pas vers l’idolâtrie ? Comme l’écrit toutefois Jean Pierre-Denis, « il serait naïf de donner [à l'auteur] le bon Dieu sans confession ». D’ailleurs, en ce qui me concerne, je reste ouvert à l’idée qu’on puisse illustrer tout ceci sans plonger la Croix dans la pisse. Mais je reconnais bien volontiers que je suis un garçon assez peu transgressif.

Admettons, donc, pour l’auteur. Je ne suis pas certain en revanche que les promoteurs de l’exposition aient privilégié cette interprétation lorsqu’ils ont prévu de montrer cette photo, ni lorsqu’ils ont résolu d’en faire l’affiche de leur expo, placardée dans la ville (comme le rappelait Mgr Cattenoz), certains de se faire connaître, et de provoquer des réactions.

Alors le pasteur fou, le propriétaire de la collection, dénoncent l’intolérance, crient à l’obscurantisme moyen-âgeux (ce qui est méconnaître le Moyen-Âge, mais nous ne sommes pas à ça près). Vraiment, il y là un truc marrant : c’est que ces apôtres de la tolérance commencent par pisser sur ce que d’autres tiennent pour sacré. Bien sûr, ils en ont formellement le droit, mais c’est une façon de prêcher la tolérance à coups de tatanes dans la gueule que je trouve bien peu pédagogique – sauf à acter, ce qui est bien possible, que la tolérance peut aussi s’accompagner du mépris d’autrui. Mais alors, est-ce donc sur leur sens du respect et leur goût de la tolérance que leurs adversaires devraient se caler ? Dans ce cas, à la fois transgressifs et intolérants, les adversaires du Piss Christ ont plutôt bien retenu la leçon.

Certes, le parallèle a sa limite. Le pasteur fou n’invoquait pas même implicitement une démarche artistique (et vu son air pas drôle, je ne parierais pas un kopeck sur du second degré de sa part), les islamistes qui ont tué des occidentaux ne sont évidemment pas excusables. Les excités du marteau du dimanche ne le sont guère non plus, mais ils n’ont pas tué. Bref, l’épisode « Burn a Coran » est une version exacerbée et tâcheronne de notre polémique de gens du monde.

Dieu m’est témoin en outre2 que mon premier mouvement a été de dénoncer ceux qui ont instrumentalisé cette affaire pour se positionner. Car là-bas, c’est Ahmid Karzaï qui a mis le feu aux poudres pour se placer en défenseur de l’Islam, en dénonçant publiquement une video de l’autodafé du Coran qui serait passée inaperçue sinon. Et ici, c’est l’Institut Civitas qui a mis à profit cette exposition pour se faire connaître – avec force chaînes de mails – et se poser en défenseurs du christianisme, alors même que cette exposition est passée inaperçue pendant plus de trois mois. L’immense majorité des musulmans n’a pas réagi lors du dernier passage à l’acte du pasteur fou, et l’immense majorité des catholiques quoique choqués n’a pas appelé à la destruction de l’oeuvre. Et puis, pour avoir visionné une video émanant de chez eux, dans lequel un prêtre prêchait la nécessité de défendre la chrétienté, sur fond d’images de croisés, et d’un « tous à vos postes » qui venait clore la video sur un long écho, je tiens leur idéologie et leur action pour à peu près aussi nuisibles au christianisme que la photo de Serrano.

Karzaï et Civitas ne sont pas des « idiots utiles ». Ils ne sont pas stupides, mais ils sont bel et bien complices. Les provocateurs comptent sur eux pour exister, et eux existent par les provocateurs (à tout le moins Civitas). Ce petit jeu a son côté lassant : oui, cette image nous déplaît, oui, la provocation vient encore suppléer le talent et oui, c’est mal de réagir violemment. Mais, hein, ma foi, vous imaginiez quoi ?

A nous, donc, de sortir de ce cercle funeste.

Des catholiques m’opposent souvent ceci : et donc, on ne fait rien ?

Alors, que faire ? Eh bien, par exemple, suivre le Christ. Pour un catho, ça se pose là, comme idée, non ? Suivre obstinément sa propre voie de construction intérieure, comme extérieure, et pourquoi pas Sa voie. Parce que lire encore, en ce dimanche des Rameaux, que « l’honneur du Christ nous oblige » est pour le moins déplacé alors que l’évangile du jour nous rappelle le souci que le Christ avait de son honneur. Comme si le Christ avait besoin de nous pour défendre son honneur, comme si une oeuvre minable était de nature à porter atteinte à son « honneur ». Comme s’il s’agissait d’honneur. On pourrait dire, avec Bernanos, cité par Sébastien Lapaque : « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait ». Et, avec Edmond, « finalement, quelle humiliation pourront-ils y ajouter, ces hommes qui ont déjà mis Dieu à mort ? Qu’ils crachent sur la croix : ils l’ont déjà fait ».

Pour continuer dans la référence biblique, il parait que le maître a besoin d’ouvriers pour la moisson. Aux dernières nouvelles, il y avait du pain sur la planche. Et l’on fait davantage pour la foi, pour le christianisme, en construisant qu’en dénonçant. Alors, que toute cette énergie, toute cette ardeur, souvent juvénile – nos profanateurs d’art moderne ont une vingtaine d’années – soit mise à l’organisation d’événements montrant positivement le christianisme, qu’elle soit mise au service de la charité, au service du prochain. Le reste nous ronge inutilement.

S’il y a des « avant-postes » que nous devons occuper, les uns les autres, c’est bien ceux-là.


  1. Pourquoi le christianisme fait scandale, p. 106
  2. ainsi que Benjamin, Sébastien, Bertille, David…


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Je ne suis déjà plus là

samedi 09/04/2011 - 07:30

Je suis parti tondre la pelouse de mon beau-père1. Sans mon beau-père. Le tracteur est qu’à moi, ou presque : je serai difficilement joignable. Je vais aussi construire des cabanes. Tailler des bouts de bois. Et d’autres choses que vous n’êtes pas obligés de savoir.

Maintenant, rêvez pas. C’est pas à un vieux blogueur qu’on apprend à surveiller son blog. Si ça part en sucette, la sentence tombera comme l’éclair.

Comme le jardin est de bonne taille, alors j’en ai pour une semaine. Allez, courage, ça va être plus dur pour vous que pour moi. Oui, je sais.

 

 


  1. papa, achète-toi un tracteur comme celui-là, et on en reparle


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Une candidature, qui se pose « là »

mercredi 06/04/2011 - 10:37

Invité à assister au Conseil National du Parti Chrétien-Démocrate en tant que simple observateur extérieur (puisque je ne suis pas même adhérent du PCD), je m’y suis rendu en « blogueur et ami ». Pour l’intérêt objectif de l’évènement et, parce que, même si je n’arrive pas à me départir d’un foutu doute sur la stratégie et sur le mode d’intervention d’un chrétien en politique, y’a pas à faire, le courant passe spontanément avec les gars du PCD. Et les filles, aussi.

Du grand agriculteur à la comptable brestoise, sans oublier le philosophe-éducateur-délégué général pour n’évoquer que trois visages, ni mentionner tout le monde parce que ça va bien, hein. Alors, tant qu’à faire, dans la mesure où eux, ils l’ont levé, ce doute, pour ce qui les concerne, la question ne se pose plus.

Samedi, deux motions étaient en débat, l’une portée par les vice-présidents du PCD, l’autre par la délégation de Touraine. Elles  proposaient des chemins différents tant en ce qui concernait le timing de la présidentielle, le principe d’une candidature, que celui du rapport à l’UMP. Comme l’on dit dans ces occasions, les scores respectifs témoignent de la réalité de la démocratie interne, et offrent à la motion retenue une majorité claire. Selon les termes de la motion retenue, « le PCD  présentera un candidat à l’élection présidentielle de 2012 et met dès aujourd’hui tout en œuvre à cet effet ».

Cette candidature PCD va se heurter à des obstacles non négligeables.

Le premier d’entre eux est d’être prise au sérieux. Sondée dans mon entourage large, cette candidature se heurte souvent, dans le meilleur cas, au scepticisme et dans le pire, à la dérision. Elle se heurte également au risque de contribuer à éliminer Nicolas Sarkozy du second tour. A ce jour, le premier tour s’annonce serré pour tous, et mal parti pour Nicolas Sarkozy. Le risque est donc de faire passer le cap du premier tour au FN, et élire un candidat socialiste à la présidence. Et si Christine Boutin affirme ne pas faire de différence entre Sarko et DSK, elle ne serait pas la dernière à reconnaître que, sur toutes les questions éthiques et /ou bioéthiques, la différence existe, à tout le moins dans les entourages, ou les fidélités contraintes. Troisième risque, plus interne au PCD, il y a l’implantation des élus locaux, davantage soulevé par la motion Touraine. Enfin, le dernier risque est celui de se gaufrer.

Le choix fut donc fait, en connaissance de ces risques. Les protestations ont commencé à se faire entendre. Et je ne peux pas m’empêcher de sourire en lisant que Jean-François Copé, surpris que les petits doigts ne trouvent pas les coutures de pantalons, déclare1 qu’il « faut éviter à tout prix les candidatures multiples ». Le risque existe certes. Mais, comme il est confortable de jouer la partition du politique raisonnable, appelant à un peu de discipline dans les rangs, quand cela fait bientôt trois ans (sur quatre, ça compte), que l’aile de centre-droit et, plus encore, les chrétiens, font valoir leurs réserves sans autres conséquences que quelques discours et une pratique des signaux qui fait passer la politique pour une notice de sémaphore…

Vieille politique, à courte vue. Vieille politique qui exige encore l’alignement quand les votes de 2002 et de 2005 ont démontré le rejet par principe des « votes utiles » et autres « votes forcés ». 2007 n’a été qu’une heureuse parenthèse marquée par la conjonction d’une personnalité et d’un moment qui ne sera pas celle de 2012. Christine Boutin soulignait pour sa part que « si la France cherchait en 2007 un homme énergique et de rupture, elle ne regardera pas l’échéance de 2012 sans avoir les yeux ouverts et la mémoire vive ».

Il s’agira alors peut-être d’une candidature de témoignage, mais le témoignage a aussi un sens fort. Un participant au Conseil National a eu cette référence – osée parce qu’elle est marquée – en citant cette parole simple et forte de Sainte Bernadette : « je ne suis pas chargée de vous le faire croire, mais de vous le dire ». Voilà qui me parle. En écho, une autre parole m’est venue, qui ne surprendra personne : « l’important n’est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d’avoir été là, ce qui est ineffaçable ».

Un facebook-friend, et non des moindres, réagissait ainsi à l’annonce d’une candidature PCD : « si tous les gens qui ont un « cri » à pousser et des convictions à défendre se croient obligés de se présenter à la présidentielle, bonjour les dégats ! Comment expliquer que le débat démocratique soit à ce point moribond dans notre pays ? ». Je crois plutôt que nous souffrons d’un trop-plein de candidatures d’ambitions, sans convictions, que ce sont bien davantage ces candidatures sans structure et interchangeables qui abîment notre démocratie, et que les électeurs ont besoin de la fraîcheur et de la vivacité d’une politique de convictions.

Avoir été là, être là, « ici et maintenant » pourrait-on ajouter… Lorsque certains se crispent sur une identité menacée, lorsque certains agitent cette identité sans l’habiter, au PCD, nombreux vivent les racines chrétiennes de la France, sans hargne ni exclusive.

Certes, le PCD a ses faiblesses, et notamment le manque de visibilité de ses cadres, de ces autres visages qui portent un même projet et de mêmes valeurs. Il semble, à ce qu’elle m’en disait en janvier, que Christine Boutin en soit consciente. Mais il a aussi cette capacité d’être le témoin de valeurs anciennes qui ont enrichi la France et l’Europe – Christine Boutin évoquait les catholiques sociaux et les démocrates chrétiens qui ont inspiré l’Europe, Franck Margain2 saluait Marc Sangnier, et l’un des vecteurs possibles de leur renouveau.

Or, comme l’a souligné Christine Boutin, en faisant référence au rapport du Médiateur de la République, la France paraît fatigué psychologiquement. Un programme, des mesures concrètes, sont nécessaires, c’est évident, aussi relatifs soient les programmes électoraux. Mais il est indispensable de remettre la France sur ses deux pieds. Je crois malheureusement à la justesse du diagnostic posé par le CEVIPOF : la défiance s’est imposée. La France se retrouve aujourd’hui comme un corps fractionné, plus fractionné encore qu’il y a peu. Un corps sans projet commun, sans vision. Fractionné par le chômage (auquel Christine Boutin a raison de dire que l’on s’est habitués). Fractionné également, entre autres, par ceux qui, à gauche, n’ont eu de cesse de dénigrer ses valeurs fondatrices croyant pouvoir faire table rase de son passé et par ceux qui, en réponse, à droite, vivent l’identité comme une crispation, ou une ligne de programme obligée. Il est, certainement, urgent aujourd’hui de « restaurer la confiance et redonner un véritable sens aux valeurs de la république : Liberté, Egalité, Fraternité. »

Christine Boutin et le PCD ont mis en avant une volonté de ré-appropiation de l’Europe, autrefois belle idée enthousiasmante aujourd’hui lestée par la « machinerie », ainsi qu’un souci d’intégration ouverte et positive dans la mondialisation3. Autant de sujets que les valeurs fondatrices du PCD peuvent lui permettre d’aborder avec quelque légitimité.

crédit photo : PCD


  1. en visant, certes, Jean-Louis Borloo
  2. responsable du PCD de Paris
  3. cf. ce précédent billet à cet égard


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