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Ah, Bruno, si l’abbé s’était cantonné à sa sacristie…

koztoujours - il y a 9 heures 27 min

Le renouveau, manifestement, c’est pas pour bientôt. Car s’il y a bien une tradition aussi erronée que constante dans le débat politique français, c’est celle de vouloir cantonner les prêtres et l’Église à la sacristie. Quand, il y a quarante-cinq ans, les évêques s’étaient élevés contre la course aux armements, l’amiral de Joybert, avait exhorté l’Eglise à remplir ses églises désertes plutôt que de se prononcer sur un sujet politique. En 2008, alors éditorialiste au Figaro, Yves de Kerdrel enjoignait aux évêques de se taire plutôt que s’opposer au travail dominical. En 2012, évidemment, d’aucuns considérèrent que l’Eglise n’avait rien à dire sur la famille. En 2011, Marine Le Pen le disait explicitement : « Les curés devraient rester dans leur sacristie, surtout quand on voit leurs résultats. » Là, c’est pas nouveau, mais c’est Bruno. Il réussit d’ailleurs la performance, dans un entretien qui a porté notamment sur le discrédit évident de la parole politique d’enjoindre le silence à d’autres. Pour reprendre les termes de Marine Le Pen, les politiques devraient faire preuve d’un peu d’humilité, « surtout quand on voit leurs résultats » !

Interrogé sur la laïcité, voici ce qu’explique Bruno Le Maire :

 « Quand on me dit qu’à Science Po, on fait un Hijab Day, je suis totalement opposé à cela. Mais de la même façon, quand dans les manifestations contre le Mariage pour Tous, je vois revenir un catholicisme politique et que l’on me dit que l’Église peut prendre des positions politiques, moi le catholique, dont toute la famille est catholique, je dis non. Je sais bien que cela crée de l’incompréhension, mais je tiens à cette ligne-là. Si cela aboutit à me faire traiter de laïcard, tant pis. J’ai dit à quel point la politique devait retrouver son souffle, sa capacité à dépasser ce que nous sommes comme individu pour rejoindre une ambition nationale. Mais dès que la religion tombe dans la politique, quelle que soit la religion, cela me pose une vraie difficulté. »

Passons sur la comparaison avec le Hijab Day, il y a déjà trop à dire. Passons aussi sur le procédé éculé consistant à mettre en avant ses convictions catholiques – à tout le moins son attachement identitaire – pour sommer l’Eglise de se taire. Nadine Morano ne manque jamais non plus une occasion de le faire, y compris pour expliquer que le pape ne comprend rien à la France, ce qui lui fait un deuxième point commun avec Bruno Le Maire, dont je lui laisse apprécier la valeur.

Arrêtons-nous un instant seulement sur une formulation : « quand dans les manifestations contre le Mariage Pour Tous (…) on me dit que l’Eglise peut prendre des positions politiques ». Des noms ! Qui a dit cela ? La seule initiative un peu coordonnée fut celle de Monseigneur Vingt-Trois, qui a appelé à prier pour que les enfants « cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ». Des évêques ont fait part, à titre individuel, de leur désaccord. Certains ont manifesté, à titre individuel. Mais un évêque n’a-t-il donc pas le droit de donner son opinion ? Les familles sont-elles un sujet qui serait interdit à l’Eglise, aux évêques ?

Car oui, de fait, c’est politique, au sens large du terme. L’Eglise ne peut pas s’occuper de la charité au quotidien et se désintéresser des décisions politiques structurelles qui l’impactent. Ca n’est pas politique au sens de ce que le personnel politique maltraite, caricature et racornit. Non, c’est politique comme l’exclusion l’est, comme la pauvreté l’est. C’est politique comme était politique la situation des Français à l’hiver 54. C’est politique comme est politique le sort des migrants qui crèvent sur les rives européennes, et que va rencontrer le pape, pendant que les politiques, eux, rentrent la tête dans les épaules les yeux frileusement rivés sur les sondages. C’est politique comme était politique le traitement des Roms contre lequel les évêques s’élevaient en 2010. C’est politique comme l’est le sort de notre Terre, que défend le pape dans Laudato Si. Tout cela est politique et il n’y a pas de tri à faire entre ces sujets, selon que la position de l’Eglise vous agrée ou non.  Alors, c’est toute la politique, ou rien. Mais l’option « rien » n’existe pas en démocratie. L’Eglise est au minimum un acteur social dont l’approche ne mérite pas moins de considération que celle dont bénéficie la multitude d’acteurs sociaux à la représentativité et à la réflexion pourtant douteuses qui ne manque pourtant pas de réclamer la parole. La réalité est que la laïcité est instrumentalisée par ceux qui y trouvent avec bonheur le moyen d’écarter un contradicteur gênant, sous couvert d’un grand principe.

Car il y a, au sein de l’Eglise, une intensité et une qualité de réflexion sociale comme il en existe peu ailleurs – et notamment pas au sein des partis politiques dont la production d’idées voisine le néant, en intensité comme en qualité. Celui que je suis, qui s’est d’abord exprimé sur des sujets strictement politiques avant de repousser mon horizon, peut témoigner de la qualité respective de la production écrite du personnel politique et des nombreux religieux dont je m’enfile les ouvrages.

C’est d’ailleurs un point que Bruno Le Maire pourrait creuser, lui qui, dans le même entretien, nous fait une opportune démonstration. Ainsi, à la question de savoir ce qu’il pense des propos du pape qui aurait dit que « la France en ferait trop sur la laïcité », voici qu’il répond ceci avec toujours la même humilité :

« Au préalable je dirais « Qui suis-je pour juger le pape »?. Je pense que cela traduit une incompréhension profonde de ce qu’est la nation française. La nation française et toute son histoire, est celle de la raison, des arguments, qui l’emportent sur les dogmes. Cela touche de façon très profonde de ce que nous sommes comme citoyens libres, de ce que nous sommes comme citoyens autonomes, responsables. Parce que nous raisonnons, parce que nous avançons des arguments, que nous sommes égaux. »

Passons sur la bonne blague du « qui suis-je pour juger ? », d’autant plus qu’il enchaîne sur rien moins que l’imputation d’une « incompréhension profonde de ce qu’est la nation française », ce qui ressemble à s’y méprendre à un jugement, pour le moins catégorique. Par bonheur, il est resté évasif et nous a épargné la tarte à la crème dont nous ont gratifiés Nadine Morano (encore elle) et Rachida Dati, sur « ce pape, qui est Argentin ». Bruno Le Maire a-t-il seulement pris connaissance des propos du pape ? Ceux qui commencent par : « un Etat doit être laïque. Les Etats confessionnels finissent mal. Cela va contre l’Histoire » ?1 Je doute que cela soit le cas et donc, dans le même mouvement, je doute que cela le qualifie véritablement pour se prononcer sur la place de la raison et de l’argumentation, qui exigent à tout le moins l’une et l’autre de savoir sur quoi l’on prend position. Au demeurant, si Bruno Le Maire voulait bien se donner la peine, il pourrait constater que l’usage de la raison et des arguments n’est pas étranger au monde religieux, à sa vie quotidienne comme à sa production intellectuelle. La méconnaissance dont il fait état, au profit d’ailleurs de généralités discutables, pour imaginer exclure le monde religieux du monde de la raison, le cantonner à un statut subalterne et inférieur, y compris intellectuellement, est insultante.

Elle vient d’ailleurs invalider son propre propos. Car loin de faire preuve d’une « incompréhension profonde de ce qu’est la nation française », le pape a fait preuve d’une compréhension fine de ce pays et de l’état du débat en son sein, que vient involontairement étayer Bruno Le Maire, lorsqu’il a précisé ceci  :

La petite critique que j’adresserais à la France à cet égard est d’exagérer la laïcité. Cela provient d’une manière de considérer les religions comme une sous-culture et non comme une culture à part entière.
  1. in extenso, « Un État doit être laïque. Les États confessionnels finissent mal. Cela va contre l’Histoire. Je crois qu’une laïcité accompagnée d’une solide loi garantissant la liberté religieuse offre un cadre pour aller de l’avant. Nous sommes tous égaux, comme fils de Dieu ou avec notre dignité de personne. Mais chacun doit avoir la liberté d’extérioriser sa propre foi. Si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire. De même, si un catholique veut porter une croix. On doit pouvoir professer sa foi non pas à côté mais au sein de la culture. La petite critique que j’adresserais à la France à cet égard est d’exagérer la laïcité. Cela provient d’une manière de considérer les religions comme une sous-culture et non comme une culture à part entière. Je crains que cette approche, qui se comprend par l’héritage des Lumières, ne demeure encore. La France devrait faire un pas en avant à ce sujet pour accepter que l’ouverture à la transcendance soit un droit pour tous. »
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Victoria Picone chante pour insuffler Dieu

Blog jeunes cathos - lundi 23/05/2016 - 17:22

La talentueuse jeune chanteuse française Victoria Picone sort son premier album, "My heart to yours". D’une grande fraîcheur, cette artiste de 24 ans nous entraîne sur des mélodies pop / soul, inspirées de sa foi chrétienne. Elle est en concert ce 24 mai au Zèbre de Belleville. A ne pas manquer !

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Jazz in St Pair II

David Lerouge - dimanche 22/05/2016 - 13:01

2e expérience de jazz chez les voisins.... Lire Jazz in St Pair II

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