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- Le carême de saint Augustin

Cahiers Libres - vendredi 20/03/2015 - 10:00

Voici, aujourd’hui même, le retour solennel des observances quadragésimales, et aujourd’hui encore nous devons, comme chaque année, vous adresser la parole. Nourris ainsi par notre ministère d’un aliment spirituel et divin pendant que vous pratiquerez le jeûne corporel, votre cœur pourra livrer le corps à la mortification extérieure et en supporter le travail avec plus d’énergie.

La piété même ne demande-t-elle pas de nous qu’à la veille de célébrer la Passion et le crucifiement de Notre-Seigneur, nous nous fassions à nous-mêmes une croix pour y attacher les passions charnelles ? «Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises 1». Il est vrai que durant tout le cours de cette vie, harcelée par des tentations continuelles, le chrétien doit être constamment attaché à la croix; jamais il n’y a de moment pour arracher les clous dont il est dit dans un psaume: «Que votre crainte enfonce ses clous dans mes chairs 2». Les chairs sont ici les convoitises charnelles; les clous désignent les préceptes de justice que fait pénétrer en nous la crainte de Dieu, en nous attachant à la croix comme une hostie agréable au Seigneur. Aussi le même Apôtre disait-il encore: «Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d’offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu 3». Telle est la croix dont le serviteur de Dieu se glorifie, au lieu d’en rougir. «Loin de moi, s’écrie-t-il, de me glorifier, sinon de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde 4». A cette croix dont nous devons rester attachés, non l’espace de quarante jours, mais toute notre vie: car ce nombre mystérieux de quarante jours la désigne dans toute son étendue; soit parce qu’avant de vivre l’homme est quarante jours, selon l’opinion de plusieurs, à s’organiser dans le sein maternel; soit parce que les quatre Evangiles sont en accord parfait avec les dix préceptes de la loi, et que l’union de ces deux nombres dans le nombre quarante montre que nous avons besoin, durant le cours de cette vie, de l’un et de l’autre Testament; soit enfin pour d’autres raisons meilleures que saura découvrir un esprit plus pénétrant et plus clairvoyant. Aussi Moïse, Elie et le Seigneur lui-même ont jeûné quarante jours. C’était pour nous faire entendre que le but poursuivi par Moïse, par Elie et par Jésus-Christ, c’est-à-dire par la Loi, par les Prophètes et par l’Evangile, est de nous éloigner de l’imitation et de l’amour du siècle, de nous porter à crucifier en nous le vieil homme, sans nous laisser aller aux excès de table et à l’ivrognerie, aux dissolutions et aux impudicités, à l’esprit de contention et à l’envie; de nous déterminer à nous revêtir du Seigneur Jésus-Christ, sans chercher à contenter la chair dans ses convoitises 5.

C’est ainsi qu’il te faut vivre toujours, chrétien; si tu ne veux point te laisser prendre les pieds dans la boue dont la terre est couverte, garde-toi de descendre de la croix; et si tu dois y rester pendant toute ta vie, à combien plus forte raison durant ce temps de Carême, lequel est non-seulement une partie de la vie, mais le symbole de la vie.

En tout autre temps ne laissez appesantir vos cœurs ni par la crapule ni par l’ivresse; mais dans celui-ci pratiquez encore le jeûne. En tout autre temps évitez l’adultère, la fornication et tous les plaisirs défendus; dans celui-ci, abstenez-vous même de vos épouses. Ce que vous vous retranchez par le jeûne, ajoutez-le à vos bonnes oeuvres ordinaires en en faisant des aumônes. Employez à la prière le temps que vous passez à rendre. le devoir conjugal. Au lieu de s’efféminer dans des affections charnelles, que le corps se prosterne pour s’appliquer aux supplications qui purifient. Qu’on étende pour prier les mains qui se croisaient pour embrasser.

Quant à vous qui jeûnez dans les autres temps, maintenant jeûnez encore plus. Vous qui d’ordinaire crucifiez vos corps par une continence perpétuelle, appliquez-vous en ce moment à implorer votre Dieu plus fréquemment et avec plus de ferveur. Vivez tous avec un plein accord, soyez tous fidèles l’un à l’autre, embrasés durant ce pèlerinage du saint désir de la patrie et brûlants d’amour. Que l’un n’envie pas à l’autre, ni ne tourne en dérision les faveurs divines qu’il ne possède pas lui-même. En fait de dons spirituels regarde comme à toi ce que tu aimes dans ton frère, et qu’à son tour il regarde comme sien ce qu’il aime en toi. Que sous prétexte d’abstinence on se garde de changer ses plaisirs plutôt que d’y renoncer, en se procurant soit des aliments recherchés, en place de la chair dont on s’abstient, soit des boissons rares, au lieu du vin dont on se prive: ne serait-ce pas favoriser la volupté quand il s’agit de dompter la chair? Sans doute, pour ceux qui sont purs tous les aliments le sont; mais il n’est personne pour qui la sensualité le soit.

Surtout, mes frères, abstenez-vous des querelles et des discordes. Souvenez-vous de ces vifs reproches adressés par un prophète; «On vous voit, quand vous jeûnez, suivre vos penchants, frapper et meurtrir de coups ceux qui portent votre joug; on vous entend crier sans cesse 6». Après d’autres reproches de même nature, il ajoute: «Tel n’est pas le jeûne qui me plait, dit le Seigneur». Voulez-vous crier? Poussez souvent le cri dont il est dit: «J’ai crié vers le Seigneur 7». Car ce cri ne ressent pas l’amertume, mais la charité; ce n’est pas le cri de la bouche, mais le cri du coeur; ce n’est pas un cri semblable à cet autre: «J’attendais qu’il accomplit la justice, et il a fait l’iniquité; au lieu d’être juste il a crié 8».

Pardonnez, et on vous pardonnera; donnez et on vous donnera 9». Telles sont les deux des ailes sur lesquelles la prière s’élève jusqu’à Dieu: pardonner à qui nous offense, et donner à qui est dans le besoin.
Saint Augustin d’Hippone, Père et Docteur de l’Eglise
Sermon 205 “Le crucifiement chrétien”

  1. Ga 5,24
  2. Ps 118,120
  3. Rm 12,1
  4. Ga 6,14
  5. Rm 13,13-14
  6. Is 58,33-5
  7. Ps 141,2
  8. Is 5,7
  9. Lc 6,3

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Clé de lecture de l’Évangile selon Saint Jean : Marcher dans la lumière

Cahiers Libres - jeudi 19/03/2015 - 20:00

Saint Jean est à l’honneur dans la liturgie du temps de Pâques, puisqu’il est lu chaque jour à partir du 4ème Dimanche de carême, et jusqu’à la Pentecôte.

C’est l’occasion de dire quelques mots sur cet Évangile fascinant, d’apparence simple, mais si l’on comprend les mots et les phrases, le message profond nous échappe souvent. En effet, bien souvent, Jean dit plus que la phrase comprise dans son sens le plus littérale. « Donne-moi à boire » dit-il à la Samaritaine à côté du puits de Jacob, mais très vite la suite du récit nous fait comprendre que l’eau dont il parle, ce n’est pas seulement le composé chimique H2O.

 Pour s’y retrouver, il faut d’abord dégager la structure générale. Deux parties principales se laissent aisément distinguer :

  • Jn 1-12 : six signes donnés par Jésus pour croire
  • Jn 13-21 : le commandement de l’amour et le septième signe, la mort et résurrection de Jésus.

La colonne vertébrale de l’Évangile est constituée des sept signes, en voici la liste :

  • l’eau changée en vin à Cana (Jn 2,1-12)
  • la guérison du fils du fonctionnaire royal à Cana à nouveau (Jn 4,46-54)
  • la guérison de l’infirme des piscines de Bethesda (Jn 5)
  • la multiplication des pains (Jn 6)
  • la guérison de l’aveugle-né (Jn 9 ; cf. Jn 7-10)
  • La résurrection de Lazare (Jn 11)
  • La mort et la résurrection de Jésus (Jn 18-21)

Ma conviction est qu’une clé de lecture simple permet de relier entre eux les différents signes opérés par Jésus, de sorte qu’apparaît le fil rouge du récit évangélique. Celle-ci est donnée dans la première épître de Jean : « Dieu est lumière […] si nous marchons dans la lumière […] le sang de Jésus nous purifie de tout péché. » (1 Jn 1,5-7)

Le boiteux et l’aveugle

L’expression « marcher dans la lumière » renvoie aux signes 3 et 5, deux miracles semblables de Jésus. Ils sont localisés près d’une piscine de Jérusalem, la première est au nord du Temple (Bethesda), et la seconde au sud (Siloé), ils se passent tous deux à Shabbat, et ils sont construits de manière semblable : un individu qui ne demande rien est guéri par le Christ qui disparaît, discussion avec les autorités juives, et peu après Jésus le retrouve dans le Temple.

Nos deux infirmes de Jn 5 et 9 qui n’avaient pas le droit de pénétrer dans le Temple (cf. 2 S 5,8) ont été rendus par Jésus à leur pleine dignité de fils d’Israël. Et là, dans le Temple, ils reconnaissent Celui qui les a sauvés. Le Temple de Jérusalem symbolise cette Alliance entre Dieu et Israël, que Jésus vient renouveler, élever par le don de la Foi.

Les deux institutions juives du Temple et du Shabbat sont liées, non seulement ici par Jean, mais dans la Torah et la tradition juive. Sans entrer dans de longs développements, qu’il suffise de mentionner que les Rabbins ont déduits de la Parole de Dieu que les travaux interdits le jour du Shabbat sont précisément ceux qui ont été nécessaires à l’érection de la Tente de la Rencontre. Le Sanctuaire comme le Shabbat sont donnés à Israël pour qu’il partage le repos de YHWH (cf. Ps 132,14). Il est tout à fait significatif que nos deux hommes aient reçu à Shabbat la possibilité de « marcher dans la lumière » et l’accès au Temple, à l’Alliance.

Il y a autour du thème du Shabbat quelque chose à creuser, comme le montrent les messages donnés par Jésus à l’occasion de ces deux signes :

  • signe n°3 : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi. » (Jn 5,17)
  • signe n°5 : « Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » (Jn 9,4-5)

Jésus explique ici que son œuvre est à comprendre en lien avec celle de Dieu son Père, qui ne cesse jamais son travail de Créateur et Sauveur. En revanche – c’est le 2ème message – l’homme est appelé à cesser son travail, quand il fait nuit, quand il n’a plus la lumière. Il y a donc bien un Shabbat, un appel à cesser le travail, et il commence quand vient la nuit.

L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez

Mais quel est ce travail qu’il s’agit d’arrêter à la fin du jour ?

  • signe n°4 : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, […] L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » (Jn 6,27-29)

Le travail dont Jésus parle, et auquel l’homme est appelé à consacrer sa vie, c’est la foi, qui est simultanément œuvre de Dieu et œuvre de l’homme. Ce chapitre 6 où Jean développe le mystère de l’Eucharistie est narrativement encadré par les récits des guérisons de l’infirme (Jn 5) et de l’aveugle (Jn 7-10), de même que le Temple de Jérusalem est topologiquement encadré par ces deux mêmes récits. Quelle magnifique manière de suggérer que la promesse contenue depuis Moïse et David dans le Sanctuaire et le Shabbat sera accomplie dans le Pain de vie, par lequel Dieu et l’homme demeurent l’un dans l’autre (cf. Jn 6,56) !

 Le discours de Jésus pour la résurrection de Lazare ne nous éloigne pas de notre thème :

  • signe n°6 : « N’y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu’un marche le jour, il ne bute pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais s’il marche la nuit, il bute, parce que la lumière n’est pas en lui. » (Jn 11,9-10)

La comparaison de ce verset avec les précédents permet d’identifier les expressions ‘travailler pour la foi’ et ‘marcher’, et la nouveauté est cet avertissement : la nuit venue, vous qui seriez tentés de quand même marcher, attention ! vous risquez de trébucher, vous n’avez pas la lumière en vous, mais vous la recevez de Jésus.

Marcher dans la lumière n’est donc pas d’abord l’acte de l’homme, mais le don de Dieu, et Lazare est là pour nous le montrer avec éclat, puisqu’en Jn 11,44, le récit nous dit qu’à l’appel de Jésus « le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et son visage était enveloppé d’un suaire. » La foi, comme la vie est un don de Dieu.

Saint Pierre ou comment faire le mal avec de bonnes intentions

Ce dernier signe est éclairant quant à la condition de l’homme : non seulement il est mortel, mais surtout il n’a pas la lumière en lui, il est dépendant de « la lumière qui vient dans le monde » ; il est tellement fréquent de se comporter comme si l’on pouvait s’en sortir tout seul, au point même de penser que ce serait une faiblesse d’attendre quelque chose d’ailleurs. Et pourtant c’est « celui qui agit en Dieu » qui « vient à la lumière », alors que « celui qui commet le mal » fait partie de ceux qui ont « préféré les ténèbres à la lumière. » (cf. Jn 3,19-21)

Celui dont les œuvres sont mauvaises, c’est celui qui n’agit pas en Dieu, ce n’est pas nécessairement celui qui commet des actes méchants. L’apôtre Pierre en fournit une illustration éclairante.

Lors du dernier repas, Jésus venait de dire à Pierre : « où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant » (c’est-à-dire : tu m’as suivi fidèlement jusqu’à ce jour, mais maintenant c’est la nuit, ne t’obstine pas à vouloir marcher sans lumière), mais celui-ci lui répond : « je donnerai ma vie pour toi » ; « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. » (Jn 13,36-38) Notre prétention de vouloir « aider Dieu à sauver le monde » se transforme si facilement en agir contre Dieu…

« Sans moi vous ne pouvez rien faire », dit Jésus à ses disciples (Jn 15,5), dans l’allégorie de la Vigne, où il dit à ses disciples « demeurez en moi » : il y a un temps pour marcher et un temps pour s’arrêter… C’est le temps pour demeurer dans l’amour de Dieu.

Le grand jour du Shabbat

Il est désormais temps de dire un mot sur le dernier signe, celui vers lequel tendent tous les autres.

Le dernier mot de Jésus avant de mourir sur la croix est « c’est achevé » (Jn 19,30), est un écho à l’achèvement de la création (cf. Gn 2,1-4a). Le dernier signe est donc encore donné à Shabbat, et c’est celui du côté ouvert par la lance, d’où il est sorti du sang et de l’eau : la solennité avec laquelle l’Evangéliste témoigne de cela en protestant de la vérité de ce qu’il atteste (cf. Jn 19,35) indique bien que c’est là qu’il faut chercher le point fondamental de ce septième signe.

Ce Shabbat était un « grand jour » (Jn 19,31) qui renvoie au « grand jour » de la fête des Tentes, où Jésus avait déclaré : « si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi, et il boira celui qui croit en moi » (Jn 7,37-38)

En résonnance avec son dialogue avec la Samaritaine, Jésus a montré sur la croix qu’il a soif de la soif des hommes (cf. Jn 19,28), soif de cette eau qu’on lui apporterait pour qu’il la change en vin. Le 2ème signe de Cana fournit une illustration de ce que représente cette eau que Jésus attend de nous : la foi, comme celle du fonctionnaire royal qui croit déjà sur la parole du Maître, et pour s’affirmer après l’exaucement (cf. Jn 4,46-54 et 20,29).

Conclusion : la vie éternelle

Tout ce développement permet de saisir ce qu’est la vie éternelle. Tant que le disciple marche à la suite de Jésus, la Vie est pour lui une réalité future, mais quand il est établi dans la demeure de Dieu, quand il a accueilli les ténèbres au sein desquelles la lumière de Dieu est cachée, il est en quelque sorte sous la croix et s’abreuve au fleuve de Vie qui coule de son cœur. Sa foi et son amour ne sont plus son œuvre, mais l’œuvre de Dieu en lui. « Celui qui croit a la vie éternelle. » (Jn 6,47) Voilà notre vocation chrétienne… rien de moins.

Frère Moïse,
Communauté des Béatitudes

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Un Appel à la conversion écologique

Cahiers Libres - jeudi 19/03/2015 - 13:00

Appel du Carême 2015 pour une conversion écologique” Hein ? Quoi ? Encore ? Pourquoi ? Qui ? D’où ? A quoi ? Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando ?

« Encore ? »

Et bien oui, puisque Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, en avait lancé un il y a trois semaines (à retrouver ici).  Tout à fait compatible, d’ailleurs, et du reste Mgr Rey fait partie des premiers signataires de l’Appel de carême dont il est question ici.

« Qui ? »

Des chrétiens. Et, presque, je voudrais m’arrêter là, et vous inviter à consulter la liste des premiers signataires.Vous y trouverez des catholiques, des orthodoxes et des réformés. Des personnalités connues, et des anonymes. Des évêques, des prêtres, et des laïcs. Des militants habituellement associés à « la droite » ou à « la gauche ». Bref, des chrétiens de tous horizons, réunis par une même préoccupation : le constat d’urgence vitale, pour notre humanité, de la question écologique.

« D’où ? »

D’ici et d’ailleurs, de partout.

Ne cherchez donc pas à « démasquer » un groupe politico-religieux, un parti, un lobby, un programme, qui avanceraient en tapinois derrière un appel au rassemblement. Il n’y en a pas.  Il n’y a rien d’autre que – c’est notre souhait – les chrétiens, le plus grand nombre et la plus grande diversité possible de chrétiens.

« Pourquoi ? »

Parce que la maison brûle. Le dérèglement climatique engendre sécheresses et calamités météorologiques qui frappent les populations déjà les plus pauvres, les plus démunies, et jettent sur les routes des milliers de réfugiés. La pollution de l’air, de l’eau, de nos productions alimentaires cause d’un bout à l’autre de la planète malformations, cancers et autres maladies directement imputables à nos modes de production ; et les plus touchés sont ceux qui travaillent la terre. Les ressources non renouvelables techniquement accessibles viennent à manquer : énergies fossiles, minerais… et notre planète ne pourra pas, matériellement, nous offrir à la fois des ersatz renouvelables (tels que les agrocarburants) et nous nourrir. L’urbanisation galopante dévore les terres agricoles et menace notre sécurité alimentaire. Le trouble mariage de la technique et de la biologie fait émerger le spectre de l’eugénisme, d’une humanité à deux vitesses, dominée par des « super-humains » ou « trans-humains » dotés de la puissance de machines, et déshumanisés. La vie dans toute sa richesse, sa diversité, sa fragilité est ravalée au rang de produit marchand, sommé de faire preuve d’efficience ou de disparaître. Enfin, les écosystèmes sont dégradés dans des proportions effroyables et risquent, à court terme, de cesser de nous fournir leurs innombrables services, sans lesquels notre survie est tout bonnement impossible.

Parce que, dès le premier chapitre de la Bible, Dieu nous confie la Création. Comme chrétiens, nous sommes appelés à être les intendants prudents du monde empli de vie où nous nous trouvons placés. Celui-ci n’est pas un artefact, ni une parenthèse superflue : notre accomplissement de créature ne consiste pas à dévorer la planète. Longtemps, nous avions pu croire notre existence, notre mode de vie, à peu près indifférents aux capacités de régénération du globe. Il y eut, certes, des catastrophes écologiques locales, une surexploitation ponctuelle qui fit abandonner une cité, ensabla un port. A présent, tout est changé. Prendre soin de la Création n’a plus rien d’une abstraction : la capacité de l’homme doué de technique et d’énergie à surexploiter son monde au point d’en détruire la capacité à porter de la vie, à une échéance de l’ordre du siècle, est une réalité établie, démontrable, vérifiable. Se garder de ce péril passe dès lors au premier plan de toutes préoccupations, comme le fut, il y a cinquante ans, le combat des artisans de paix contre le risque d’apocalypse nucléaire.

Parce que, dès le quatrième chapitre, Dieu nous confie les uns aux autres. En l’état des ressources naturelles, suivre un chemin de conversion écologique, c’est répondre à l’éternelle interpellation divine : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Nos frères d’ici, et des pays plus pauvres. Nos frères de ce temps, et nos frères à naître. Voilà tous ces frères qui sont, dès à présent, exposés à une multitude de périls mortels, si nous ne répondons pas à cet appel par un engagement de toute notre personne : une conversion.

« Où sont les chrétiens ? » Ne nous le cachons pas, à quelques exceptions près, nous sommes des tard-venus. Pour les catholiques, nous tardons même à répondre à l’appel de nos papes. Trop souvent, l’écologie a été rejetée dans l’ombre de la politique politicienne, voire de l’idéologie, ou encore considérée comme une sorte de pratique païenne consistant à « faire passer les crapauds avant les hommes ». Mais voici venus les jours où les crapauds, précieux auxiliaires de l’agriculture, sont en danger au point que cette même agriculture en soit à son tour menacée…

« Comment ? »

La crise écologique se traduit par d’innombrables manifestations dont l’énumération démoralise. Pour autant, la source est unique : un mode de vie passant outre les limites et les mesures, dans une logique d’accaparement effréné de matériel et d’énergie, insoucieux du monde et de l’autre, irresponsable. Aussi, chaque fois que nous renonçons à un comportement relevant de cette logique, nous agissons pour l’écologie, pour la Création, pour nos frères.

Il convient ici d’insister sur deux points : la nécessité de se former, et l’importance de rejoindre les hommes et les femmes qui, depuis plusieurs décennies, mènent déjà ces combats.

Sur le premier point, nous manquons, trop souvent, des connaissances nécessaires – principalement en sciences de la vie – qui nous permettent de comprendre à quel point les combats écologistes s’enracinent dans les données scientifiques. Or, pour adapter, mesurer, modérer la pression de notre mode de vie sur notre planète, il faut comprendre en quoi il influe sur elle, savoir qu’il ne s’agit pas d’affirmations gratuites, mais de mécanismes à l’ampleur démontrée. Ainsi l’opposition aux grands projets ne se base-t-elle pas sur un regard d’un romantisme naïf sur les beautés de la campagne, mais sur l’importance vitale des milieux naturels et de leurs nombreuses fonctionnalités (expansion des crues, autoépuration des eaux, réservoir de biodiversité et d’auxiliaires de l’agriculture, etc.) à mettre en balance avec les éventuels avantages de l’aménagement dans une optique de bien commun.

Car l’écologie est une affaire de justice et de bien commun. Encore faut-il être correctement informé pour savoir où se trouvent celui-ci et celle-là.

Second point : l’Appel est une invitation à rejoindre le combat écologique qui existe déjà, à l’enrichir et à s’enrichir de la diversité de ces rencontres, non une volonté de réinventer une écologie « communautariste ». En effet, « la parole évangélique et la conscience écologique partagent cette exigence spirituelle de simplicité, de mise en commun et de fraternité ». Faire fi des décennies d’expérience accumulées par les acteurs de l’écologie dans tous les domaines serait impardonnable. Les accusations réciproques de « faire de l’écologie contre l’homme » ou « d’avoir causé la crise écologique en appelant l’homme à soumettre la Terre » relèvent largement de fantasmes à balayer d’urgence. Chrétiens et écologistes non chrétiens ne peuvent que se retrouver dans le combat pour la préservation d’une Terre vivable pour tous.

« A quoi ? »

Partant de là, l’engagement écologique personnel traduira librement la diversité de nos talents. La transformation individuelle de notre mode de vie sera certes nécessaire – et le site de l’Appel offrira, bientôt, divers témoignages. Non pas dans le but de rejoindre les rangs des « donneurs de leçons » mais pour proposer des exemples de choix possibles, souvent pas si contraignants, et toujours libérateurs. Car la conversion écologique n’est pas un aride chemin de Calvaire, mais un chemin de Résurrection. Pour autant, changer nos habitudes d’individus ne suffira sans doute pas. C’est aussi à interpeller nos décideurs, en citoyens soucieux du bien commun, que nous sommes appelés : à transformer non seulement notre quotidien, mais nos sociétés. Partout où l’homme est acculé à poser, pour sa survie à court terme, un choix qui compromet les ressources naturelles à moyen terme, et donc la survie de ses propres enfants, il est victime d’une structure de péché, qu’il s’agit de renverser.

Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’Appel soit général et peu directif : comme tout engagement au service du frère, les modalités de l’engagement écologique sont aussi variées que les demeures dans la maison du Père ! Reste, néanmoins, à ne pas en diluer la radicalité : il s’agit d’une conversion au sens plein du terme. Une conversion qui appelle à changer de vie, de regard, de système. Une conversion pleinement, fondamentalement chrétienne.

 Phylloscopus

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IVG : « n’y pensez-pas ! »

Cahiers Libres - jeudi 19/03/2015 - 10:00

Les députés ont voté cette nuit la suppression du délai de réflexion jusque-là nécessaire pour subir une IVG. S’ils achèvent d’achever l’hypocrisie de la loi Veil, qui faisait mine de la considérer comme une exception, ils manifestent surtout une profonde méconnaissance de l’âme humaine.

Délai de réflexion : sortir de l’émotion

Ce temps de réflexion serait « infantilisant et stigmatisant » selon la députée Coutelle. Notre droit prévoit pourtant un tel délai dans de nombreux actes de la vie quotidienne. Est-il infantilisant ? Non, il tient compte de ce que, comme être humains, nos émotions sont parfois si intenses qu’elles risquent d’obscurcir notre jugement. L’enthousiasme, la séduction face au vendeur à distance… ou la tristesse ou la peur.

On s’obstine à croire que l’IVG est un acte libre et non déterminé. Nombre de femmes témoignent cependant de contraintes fortes : « si je ne le fais pas, mon copain va me lâcher » (et sa variante fréquente : « mon mec est parti quand il a appris que j’étais enceinte »), « ma famille va me rejeter : je ne suis pas mariée..», « je sors de l’échographie, le docteur m’a dit qu’il y avait 5% de chances qu’il soit trisomique », « impossible d’envisager des études/une carrière avec un bébé ».

Impossible ? Peut-être… ou pas. Le temps court favorise la peur, accule et enferme car il ne laisse pas l’opportunité de percevoir des ouvertures, des solutions. Il ne laisse pas la place au dialogue, qui pourrait ouvrir des possibilités jusque-là insoupçonnées. Qui, parmi nous, n’a pas en tête une décision prise sous le coup de l’émotion ? Sommes-nous tous des enfants ? Non, simplement des personnes humaines, qui ne sont pas purs intellect et volonté, mais aussi faits d’émotions.

Les députés suppriment le délai de réflexion pour une IVG

Délai de réflexion : le temps de la délibération

Quand bien-même nous serions pur intellect, ce serait encore méconnaître son fonctionnement que de supprimer ce délai.

Il y a une raison pour laquelle personne ne peut juger à la place d’autrui : c’est que le fait-même de vivre une réalité en donne une perception différente de celle que l’on a de l’extérieur. De l’intérieur, la perception est  plus marquée par l’émotion, certes, mais le fait de poser un début d’acte modifie mon regard : d’abstraites, les choses deviennent concrètes.

Supprimer le délai de réflexion, c’est priver l’intelligence de ce temps qui lui est nécessaire pour appréhender la réalité que l’on est en train de vivre. C’est priver donc la volonté de la possibilité de poser un choix libre et éclairé.

Cette nuit, l’idéologie a remporté une victoire sur l’humanité.

 Incarnare

 

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Déclaration du scoutisme protestant : Quand six protestants se mettent d’accord

Cahiers Libres - mercredi 18/03/2015 - 20:00

Vendredi 13 mars dernier, 6 mouvements de scoutisme protestants signaient une déclaration commune. Habitués à lire des déclarations en réaction à l’actualité, il nous serait facile de passer à côté de ce texte qui ne dénonce aucun attentat, ni projet de loi, ni dérive sociétale. Au lieu de ça, ce texte se contente de définir ce que sont le scoutisme et le protestantisme aujourd’hui et pourquoi ils ont énormément à apporter.

 Comment s’y retrouver avec les protestants ?

Les catholiques que je rencontre me disent souvent d’emblée qu’ils sont perdus dans tous les courants du protestantisme. Que je leur explique que j’ai grandi chez les baptistes (mais pas ceux de la FBF, moi j’étais à l’AEEBLF), que je trouve aujourd’hui plutôt mon compte chez les mennonites qui non, ne sont pas des amish en roulotte, et que ma dernière Eglise était à la Mission Populaire Evangélique et je les ai perdus pour de bon. Et je n’ai pas encore mentionné les luthéro-reformés, les pentecôtistes, ni même les adventistes.

Pourtant, quand je fréquente les mouvements catholiques, je retrouve la même diversité dans cette belle Église dite universelle. C’est difficile d’imaginer que tout puisse être apaisé tous les jours entre les tradis et charismatiques, les jésuites, dominicains, franciscains, salésiens et autres ordres que vous ne cessez d’inventer ou encore les partisans du catholicisme social et ceux de la messe en latin. Et je n’ai pas non plus mentionné les catholiques de rite oriental.

Là où j’ai grandi, la méfiance a toujours été grande vis-à-vis des autres Églises, protestantes ou non, et je me serais probablement beaucoup moins mélangé si je n’avais pas eu le scoutisme. C’est dans les mouvements de jeunesse que j’avais eu l’occasion de jouer avec des enfants des Églises d’autres dénominations, de découvrir leur façon de prier, d’assister aux cultes et aux baptêmes, et au milieu de tout ça de me forger mes propres convictions. On ne se mélangeait pas tant que ça : le scoutisme protestant se divise en à peu près six associations qui sont souvent liées aux différentes dénominations. Les Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France par exemple, seul mouvement protestant de scoutisme reconnu par l’Etat et l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout, sont de tradition luthéro-réformée, tandis que les Porteurs de Flambeaux sont les scouts de l’Armée du Salut, et les Royal Rangers sont proches des Églises Pentecôtistes.

Pourquoi y a-t-il autant de mouvements scouts ?

Le Scoutisme Français, c’est pas tellement simple non plus. Contrairement à la plupart des pays du monde qui n’ont qu’un seul mouvement de scoutisme reconnu par l’Organisation Mondiale, la France a choisi d’en avoir un par grande religion ainsi qu’un dit « laïc », ce qui a vite monté le nombre à cinq. Ce n’est pas tout le scoutisme en France. Le Ministère de la Ville, de la jeunesse et des Sports en reconnait quatre de plus, dont deux catholiques, et encore une soixantaine d’autres de tailles très diverses revendiquent de pratiquer une pédagogie scoute, sans être reconnus officiellement mouvements de scoutisme.

Rien qu’entre les cinq mouvements du scoutisme français, est-ce déjà simple de s’entendre ? Probablement pas. Mais j’entends de plus en plus le constat que cette mise en avant de la différence religieuse a ses avantages. D’abord elle rappelle qu’il n’y a pas un scoutisme mais plusieurs. Que contrairement aux clichés, ce n’est pas la même pédagogie depuis 100 ans mais des diversités de pratiques en France et à travers le monde qui continuent d’évoluer. Le scoutisme rencontre un concept bien français de l’éducation populaire, complémentaire de l’éducation formelle qu’apporte l’école et éducation informelle prodiguée par la famille. Différente des deux autres aussi, l’occasion de proposer une pédagogie horizontale, dans laquelle celui qui apprend est moteur de son éducation. Le but du scoutisme est de faire grandir les jeunes dans toutes les dimensions de leur personne. On parle de développer cinq relation : relation à soi, à son corps, au monde, aux choses et enfin relation spirituelle (souvent les mouvements religieux parlent alors de relation à Dieu). Dans beaucoup de pays où il n’y a qu’un seul mouvement officiel, cette dernière relation est laissée de côté, de crainte qu’un discours religieux ne prenne le pas sur les autres. Je pense que c’est cette implication des religions dans la pédagogie, proposant quand on voit l’ensemble une véritable diversité de pratiques et de paroles qui permet probablement d’obtenir un véritable exemple de laïcité.

De quoi naît une déclaration ?

Pour vivre cette diversité, encore faut-il se rencontrer. Même au sein d’une seule confession comme les protestants, cela peut prendre du temps. Cela fait une quinzaine d’année seulement que le dialogue a commencé à se nouer entre les six mouvements de scoutisme protestants. Cela a commencé timidement par des rencontres entre cadres associatifs. Ça s’est approfondi durant des weekends, des formations de responsables organisées en commun, ou encore des manifestations nationales ou locales, durant lesquelles plutôt que d’avoir des stands séparés nous choisissions d’avoir un grand espace commun. On a parlé de scoutisme, des scoutismes. De ce que nous partageons et de ce qu’on a de particulier. De la vie spirituelle, de la façon dont on s’y prend pour amener les questions de foi dans nos témoignages, dans les activités, tout en laissant la liberté aux jeunes de faire leurs choix, de savoir si pour ça les encadrant ont eux-mêmes besoin d’avoir la foi ou pas. Il a fallu souvent prendre le temps de s’arrêter, rien que pour se mettre d’accord sur le vocabulaire. On s’est mis aussi à copier, moi le premier, ce qui nous plaisait dans les autres mouvements. Le but n’était pas de se réunir sous une seule bannière pour autant, mais de profiter au mieux de la richesse des autres offerte ainsi. Des rencontres entre protestants, parce qu’il est nécessaire de commencer par ceux qui sont proches de soi, mais cela ne peut pas être une limite. C’est au contraire un tremplin pour pouvoir encore mieux s’ouvrir aux autres.

Tout récemment, parce que nous nous sentions prêts, parce que nous sentions aussi qu’il y avait un besoin d’expliquer à d’autres ce que nous étions, nous avons écrit une déclaration ensemble. Signée publiquement vendredi dernier, elle est là pour exprimer que même des protestants sont parfois d’accord entre eux. Contrairement à la plupart des déclarations, ce n’est pas un texte en réaction, écrit dans l’urgence par un groupe se trouvant un minimum commun pour pointer ce qu’elle ne veut pas. C’est un texte qui prend le temps de se construire, pour être une porte vers encore plus. On a vu la semaine dernière les 5 mouvements officiels du Scoutisme Français s’unir dans un communiqué pour mettre en garde contre une proposition de loi sur la neutralité imposée aux structures privées, on a là une proposition de ce qu’elles peuvent proposer pour la société, la laïcité et la jeunesse. C’est un peu ça du coup pour nous, être scout en 2015.

La déclaration a été publiée sur www.scoutisme-protestant.org où vous pouvez retrouver une présentation des 6 mouvements signataires.

Pierre Collas

 

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Ce papier Déclaration du scoutisme protestant : Quand six protestants se mettent d’accord a initialement été publié sur les Cahiers libres.

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Michel Menu : “continuez à viser haut !”

Cahiers Libres - mercredi 18/03/2015 - 10:00

Michel Menu est parti le lundi 2 mars pour son dernier Raid vers le bivouac éternel. Même si je n’ai pas couru derrière lui en grand jeu, même si je ne l’ai pas accueilli dans mon coin de pat’ en grande pompe pour un concours cuisine, c’était aussi mon Chef. J’ai eu l’honneur de correspondre avec lui et l’immense joie d’aller le rencontrer chez lui pour l’interviewer le 10 décembre 2005, vous trouverez la vidéo de cette rencontre à la fin de l’article.

C’est un Raider Scout qui écrit ces quelques lignes, un de ces jeunes scouts qui, par passion du scoutisme et par envie de se donner toujours plus, a prononcé cet engagement : « Quoi qu’il en coûte, je répondrai toujours prêt ».

Aujourd’hui marié et père de deux enfants, je tâche tous les jours de conserver mon idéal Scout, celui de ma promesse qui s’est raffermi dans mon investiture Raider puis mon Départ Routier Scout. Je n’ai que 25 ans et je sais à quel point je dois au scoutisme, véritable chemin de sainteté, pour m’avoir permis de m’accomplir et surtout de me remettre en question quotidiennement. Je dois au scoutisme et peut-être encore plus à ses Chefs qui ont su me le transmettre, parmi eux, Michel Menu. Le départ de cet homme exceptionnel, qui jusqu’à ses 99 ans, a toujours conservé une âme de jeune telle que Samuel Ullmann la définit si bien dans le texte « Être Jeune », m’impose de ne pas garder pour moi les trésors qu’il a pu me révéler et qui sont l’objet de cet article.

Vous avez dit Raiders ?

« Ce qui avait fait la particularité des Raiders c’était deux choses. La première c’est le Raid, c’était la première fois qu’on lançait des gamins de 15 ans tout seuls avec une boussole pendant 36 heures. La seconde c’était le service, un service utile à la société et reconnu par l’État Français (1600 Raiders intégrés aux services publiques pendant 8 jours par décret du Ministère de l’Education Nationale lors des inondations parisiennes de 1956). »

 « L’important c’est qu’il faut trouver des activités qui parlent au jeune, des activités sur lesquelles il s’engagera au-delà de ce qu’il a envie de faire. Ainsi, après un entrainement avec des pompiers ou des sauveteurs en mer, à 16-17 ans ils étaient reconnus « capables de », on se dit « ben ce type là il n’est pas simplement un petit boy scout à faire des nœuds » c’est un type qui peut faire un sauvetage. »

Quel scoutisme Michel Menu a-t-il vécu ? 

Un scoutisme authentique tel que Baden Powell l’enseignait, directement appris au camp international de Gillwell en tant que Deputy Camp Chief.

« Le scoutisme est fait pour faire du scoutisme, le bivouac est une très bonne école mais on ne cherche pas la souffrance pour la souffrance. »

« Le judo, la chevalerie et l’indianisme ne sont que des accessoires seconds du scoutisme qui correspondaient à une époque »

« La loi scoute ce n’est pas quelque chose à enseigner, c’est pour le garçon, c’est ce que lui doit prendre et comprendre comme chemin pour sa vie. »

Avec du recul, que pensait Michel Menu de son innovation Raider ?

« On a créé une élite pensant que les gens suivraient, mais il ne suffit pas d’avoir une élite pour que les gens suivent. Avec les Raiders le scoutisme d’après-guerre (passé de 32 000 à 65 000 scouts) a repris une allure, une couleur, pour des gars de 15-16 ans les Raiders qui s’entrainaient avec les pompiers, qui partaient en Raid, c’était très fortement attractif. Peut-être faire plus attention entre l’élite et puis la base, il aurait peut-être fallu une étape intermédiaire. Mais bon c’est assez difficile de dire au type qui veut sauter en parachute, tu vas d’abord sauter d’une chaise pour être sûr et puis d’une table, non au final il n’y a qu’un vrai saut c’est quand on saute de l’avion en vol. »

Comment redonner du vent dans les voiles du Scoutisme actuel ?

Avec son humilité authentique Michel avait commencé par répondre « Je ne suis plus du tout dans le coup, je suis déjà au purgatoire, je ne peux donc pas vous donner de conseil et encore moins de consigne. »

« C’est sûr que si le scoutisme veut un futur il faut qu’il trouve de quoi mettre du vent dans ses voiles, il se doit d’innover, trouver les formes d’applications qui vont bien. La France est devenue une terre de mission, à vous de trouver !»

« Une des méthodes les plus importantes du scoutisme doit néanmoins perdurer c’est celle qui consiste à faire confiance à un gars de 15 ans qui n’attends que ça, qui veut être cru pour ce qu’il est, il ne veut pas être simplement le fils de M. Intel ou l’étudiant de telle école. »

La définition des Goums, par… son créateur :

« Au sujet des Goums, l’âge de 22 -28 ans pour les jeunes adultes est un âge important où l’on a besoin de silence pour savoir où on va. Qu’est-ce qu’on va leur proposer pour se sortir du bruit de la ville, de ce monde, et d’une vie active parfois oppressante ? la Nature. Comment la proposer ? avec des raids dans les déserts. Comment les vivre ? avec un esprit de pauvreté. Pendant 8 jours et nuits le jeune à l’occasion de se dire « et moi qu’est-ce que je fais de ma vie ? », c’est un temps de recueillement complet, pas seulement spirituel. Le spirituel marche sur le corps, il faut donc que le corps soit dérouillé aussi, il faut que le mental par le silence soit réactivé. On reprend les buts du scoutisme : santé, caractère, sens de Dieu. Pour nous les goumiers, la Croix de Jérusalem qui constitue la croix des goumiers, c’est l’étoile polaire qui permet de s’orienter dans le désert. »

« Ce qui est important au début de sa vie, ce n’est pas seulement d’avoir une vision spirituelle (la foi du Chrétien) mais que cette foi du chrétien soit portée par la personne toute entière c’est-à-dire par un corps qui est assez entrainé pour dire : ah y a ça à faire ? Bah je le fais ! Et par un mental qui dit « écoutez avant de répondre à votre question j’ai besoin d’un moment de réflexion et si j’ai besoin de m’instruire, de lire un livre, d’assister à une conférence je le ferai ».

« Aujourd’hui malheureusement il y a une question et toutes le monde répond, en discute dans la précipitation sans réfléchir, on s’étripe et finalement ça fait une bonne distraction qui sert d’ailleurs la plupart du temps à cacher les besoin réels du pays. La personnalité aboutie c’est être capable de prendre du temps pour son corps, pour son mental, pour sa relation avec les autres, etc. »

« J’ai arrêté de faire des Raids Goum en 2003 (ndlr soit à 87 ans…), parce ce qu’il y a un moment où quand tu ne peux plus porter le sac de l’autre en plus du tiens il faut savoir s’arrêter. »

Pour conclure…

« Moi ce qui me fait toujours plaisir c’est de trouver un gars qui dit « moi je veux aller plus loin » plus loin que la facilité, plus loin que le confort ».  Michel était un véritable forgeron des âmes, capable de créer par son vécu, par ses écrits et toujours maintenant par ses prières, des âmes fortes et apaisées qui plaisent à Dieu.

Je termine par deux extraits de ses mails :

Mail du 24 mai 2005 :

« Le Raider ne craint pas de partir même sans bagages parce qu’il sait où il va ! Dans le sillage de Celui qui est venu pour révéler aux hommes que leur vie a un sens. Bon raid ! »

Mail du 8 mai 2005 :

« Continuez à viser haut ! C’est de là qu’on voit le mieux Celui qui s’est annoncé à nous comme la Vérité. »

R. N° 5509

Ce papier Michel Menu : “continuez à viser haut !” a initialement été publié sur les Cahiers libres.

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what you must know

David Lerouge - mardi 17/03/2015 - 18:28

Juste histoire de mettre les choses au clair, et vous éviter de passer pour de grosses buses quand vous débarquerez au presbytère, voici une série de phrases qu’il ne faut plus jamais dire, sous peine de vous faire repérer aussi sec comme un débutant voire un plouc.  “on voudrait une bénédiction, pas un mariage” Ah ben ça tombe mal, parce... Lire what you must know

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« Ici au Tchad, être à deux est une vraie force »

Blog jeunes cathos - mardi 17/03/2015 - 18:11

Henry et Marie-Marthe sont pour deux ans en coopération au Tchad dans un centre hospitalier de la capitale, N’Djamena. Troisième épisode !
(voir aussi Episode 1: Jeune couple de volontaire au Tchad, une nouvelle aventure !
Episode 2: Se laisser surprendre)
N’hésitez pas à leur poser des questions et nous faire part de votre propre expérience !

Quatre mois que nous sommes arrivés à N’Djamena.

Nous avons déjà bien évolué dans nos missions depuis notre arrivée.

Pour Marie-Marthe, beaucoup de nouveautés : elle sort peu a peu de la maternité pour gérer les consultations pré-natales deux fois par semaine. C’est un vrai moment de partage avec les femmes et elle aime beaucoup cela. Elle commence aussi à développer une activité d’échographie. C’est encore un début mais elle adore annoncer le sexe des enfants !

Pour Henry, le travail dans le service de médecine reste le même mais il gagne en autonomie. C’était un peu le stress quand Carlos, l’autre médecin, est parti en vacances, mais tout s’est bien passé !

Ici, être a deux est une vraie force. Loin de nos repères nous nous sentons très fragiles et nous sommes vite déstabilisés par les difficultés. Heureusement nous nous soutenons mutuellement pour nous permettre de tenir le coup quand ça ne va pas et d’avancer quand on reprend le dessus. Bizarrement on passe beaucoup plus de temps ensemble au Tchad qu’on ne le faisait en France, cela nous donne la chance de nous découvrir encore plus et on en apprend tout les jours même après un an de mariage (et cinq ans ensemble) !

Nous prenons des cours d’arabe tchadien avec des étudiants infirmiers afin de pouvoir consulter sans traducteur. Les patients se moquent gentiment de nos difficultés à nous faire comprendre … Pour l’instant on n’arrive pas à grand chose à part les faire beaucoup rire mais c’est déjà chouette ! Et petit à petit on fait des progrès.

Nous avons reçu la visite de notre charge de mission de la DCC qui assure notre suivi et les relations avec nos partenaires. C’était un moment plein de doutes et d’interrogations mais également un temps riche pour nous faire avancer. L’occasion de faire le deuil de notre « mission rêvée » mais aussi de s’arrêter pour regarder le chemin  déjà parcouru et ce que nous construisons petit à petit.

Nous n’avons pas encore réussi à nous implanter dans l’église locale, les messes à 6h30, le seul jour où on peut faire une grasse mat’ c’est encore trop dur pour nous ! Heureusement une petite messe est célébrée par les jésuites tous les jours à l’hôpital. Ça nous permet de prendre quand même le temps de nous ressourcer spirituellement et dans les périodes de doute, ça aide !

 

Henry, 26 ans et Marie-Marthe, 22 ans

 

 

 

Voir aussi :
Episode 1: Jeune couple de volontaire au Tchad, une nouvelle aventure !
Episode 2: Se laisser surprendre

Dossier volontariat / solidarité internationale
Le volontariat avec la DCC
Expérience de solidarité internationale avec le réseau Picpus
S’engager pour un monde plus solidaire avec le CCFD

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