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Obéir-écouter-regarder (par E. Bianchi)

Zabou the terrible - samedi 27/08/2016 - 22:30

« Le croyant, c'est-à-dire celui qui adhère à Dieu, se sachant appelé par lui, cherche avant tout à écouter sa Parole. Voilà pourquoi l'obéissance à Dieu signifie surtout écoute de la Parole de Dieu, inscrite dans la création, contenue dans les saintes Écritures, éloquence dans l'histoire et la communauté chrétienne. Écoute, Israël ! (Dt 6,4), voilà le grand commandement. Cette invitation à écouter, c'est-à-dire à accomplir la volonté de Dieu exprimée dans sa parole, est constante dans les Écritures de l'ancienne et de la nouvelle Alliance. Écouter signifie toujours réaliser, faire, accomplir la Parole de Dieu, c'est-à-dire obéir au Seigneur, comme le montre de manière synthétique la réponse donnée par Israël à l'alliance offerte par Dieu : Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous y obéirons (Ex 24, 7).

La première tâche du chrétien sera donc l'écoute assidue de la Parole, proclamée dans la liturgie, et lue, méditée, prière et contemplée chaque jour dans la lectio divina, afin qu'elle soit nourriture dans sa vie de foi, inspiration de chaque pensée, sentiment et action, critère de tout choix. La parole de Dieu germe et grandit, de jour et de nuit, comme une semence, même si le croyant ne sait pas comment et ne peut vérifier cette réalité. Les expressions obéissance à l'Évangile, obéissance à la foi et obéissance à la vérité rappellent que la communion avec Dieu passe par la connaissance de sa volonté et la réalisation de toute parole venant de lui. 

Illustration tirée du site "Marche dans la ville"

Dieu nous a appelés à la liberté, il nous veut libres, il ne nous impose pas sa volonté, et s'il nous a libérés du mal par le Christ, c'est pour que nous soyons vraiment libres (voir Ga 5,1). Dieu sait que ce n'est que dans la liberté que l'homme peut l'aimer et accepter son amour. La véritable obéissance chrétienne, ne l'oublions pas, naît uniquement d'un exercice du libre arbitre. C'est un exercice laborieux, parce qu'il s'agit d'assumer une responsabilité et de n'agir qu'en se fiant à la vie authentique et en obéissant aux exigences de l'amour. C'est dans le profond de notre conscience que nous pouvons écouter la parole de Dieu adressée à chacun d'entre nous et, dans le dialogue de notre conscience, nous pouvons parvenir librement et par amour à l'obéissance.  

C'est ainsi que nous pouvons faire une découverte simple et extrêmement profonde : obéir signifie comprendre que nous sommes appelés à regarder non pas tant ni seulement vers Dieu, mais avec lui vers les autres et vers la réalité, jusqu'à acquérir son propre regard. »

in Enzo Bianchi, Librement et par amour - un nouveau regard sur la vie religieuse, éd. Mediaspaul,  2015, p. 76-77. 

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France, dictature laïque ?

koztoujours - vendredi 26/08/2016 - 17:04

Dans cet autre monde que j’évoquais au début d’un étrange été, sera-t-il possible de vivre sa foi ? La France se trouve invariablement aux prises entre sa volonté de lutter contre l’islam radical et l’impossibilité juridique de traiter les religions de manière différenciée. Alors, plutôt que de les laisser toutes libres, elle envisage encore de toutes les réprimer. Dans un concours d’hypocrisie et d’absurdité : un mois est à peine passé depuis l’assassinat du Père Jacques Hamel, mort en « habits de service » au pied de l’autel, que certains s’engagent à interdire entre autres tout signe extérieur d’appartenance au christianisme.

Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré sur TF1, de façon générale et indifférenciée que : « le meilleur moyen d’apaiser les tensions est que soit proscrit tout signe extérieur d’appartenance à une religion »1. Ainsi conviendrait-il notamment, pour lutter contre les attentats islamistes, que les chrétiens n’affichent pas leur appartenance au christianisme. L’Etat Islamique s’en prend au « peuple de la croix » ? Nous interdisons la croix ! Et le Front National, par la voix de Florian Philippot, se montre plus large encore, souhaitant l’interdiction l’ensemble des signes ostensibles dans l’espace public2 – quand Nicolas Sarkozy se contente encore, sans que l’on comprenne bien ce qui le retient, à l’Université, les administrations et, surtout, les entreprises.

C’est une proposition portée de longue date par le Front National et justifiée par Marine Le Pen dans une très suprenante formule : « Je remarque que dans les pays où il y a eu des dictatures laïques, les populations vivaient incontestablement mieux, avaient plus de libertés individuelles que sous des dictatures non pas religieuses, mais de fondamentalisme islamique. » En serions-nous donc à nous interroger sur le type de dictature sous laquelle nous préférons vivre ?

Il est frappant de voir ceux qui manient le plus souvent la référence aux « racines chrétiennes de la France » tirer ainsi une balle dans le pied des chrétiens en laissant penser qu’une croix puisse être, en France, un facteur de tension. Il ne l’est pas moins d’entendre l’ancien champion d’une « laïcité positive » se faire le chantre de sa conception la plus répressive. Nicolas Sarkozy, certes, ne balance pas entre deux dictatures mais, interrogé sur la recevabilité juridique de sa proposition, il n’envisage pas moins que de réviser la Constitution et renégocier l’adhésion à la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme. Cela suppose ainsi de réviser le tout premier article de notre Constitution. Si les textes ne sont pas intangibles, on ne touche pas sans danger aux libertés les plus fondamentales. Il sera encore plus symbolique pour la France de se placer en violation de ce texte historique adopté à Paris : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont l’article 18 proclame « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé« . A moins que nous entendions la dénoncer aussi…

Pas de naïveté : nous savons que les premiers visés sont les musulmans. Les chrétiens, de toute époque, « se conforment aux usages locaux pour les vêtements« , comme le rappelle la Lettre à Diognète – a fortiori, certes, dans un pays dont les usages locaux ont été forgés par le christianisme. Mais les juifs, eux, devraient ôter leurs kippas, les juifs orthodoxes, leurs vêtements traditionnels. Pouvons-nous croire à cela, même un instant de raison ? Pouvons-nous imaginer que la France se transforme en ce pays unique en Occident, où des policiers iraient demander à des juifs orthodoxes de se changer ? Pouvons-nous concevoir que des policiers interpellent un juif et le verbalisent parce qu’il porterait une kippa, dans notre pays où malheureusement des policiers français ont prêté la main à la déportation des juifs ? Cette hypothèse est tellement absurde qu’elle est évidemment inconcevable. Peut-on espérer que, dans des circonstances graves pour la France qui appellent un esprit de responsabilité renforcé, nos politiques prennent en compte le réel ?

Les chrétiens devraient-ils accepter de telles propositions, par pragmatisme et connivence, en considérant qu’ils ne seraient in fine pas concernés ? Ce serait non seulement peu chrétien mais, encore, de bien courte vue. Car elles alimentent la mise en accusation permanentes des religions, considérées globalement dans le plus parfait des amalgames et l’ignorance la plus satisfaite, sans prise en compte aucune de leurs enseignements différents. Comme toujours, comme après les attentats de janvier 2015, certains entendent mettre en cause la liberté religieuse. Je l’avais dénoncé, il faut s’y opposer aujourd’hui encore. Car demain, insidieusement, c’est bien la foi qui sera mise au ban de la société. Quelle que soit l’intention du législateur, quelles que soient les conditions. Tant pis si c’est précisément ma foi qui me donne la ressource pour retrouver de la sérénité, discipliner mes élans, retenir l’esprit de vengeance et l’envie viscérale d’en découdre. La réaction des catholiques après l’assassinat du Père Hamel avait été largement relevée : non, décidément, l’apaisement ne suppose pas la mise en accusation de ma foi. Et plus encore, je n’autorise pas les politiques et spécialement parmi eux ceux qui sont les premiers à hystériser la vie publique, premiers à instrumentaliser des polémiques pour détourner l’attention, premiers à exacerber les tensions, à me donner la moindre leçon d’apaisement.

Trouvez autre chose ! La lutte contre l’islam radical est un impératif. Mais elle passera par l’éducation, par une lutte contre les comportements, contre la discrimination, pour la préservation de l’ordre public3. C’est évidemment moins impressionnant et moins vendeur que de multiplier les moulinets et d’aligner les textes répressifs, mais c’est à ma connaissance le seul chemin possible et démocratique.

Lundi, je rachète un dizainier.

Un gros.

 


  1. On peut imaginer qu’il voulait parler de signe ostensible, à moins que nous ayons déjà franchi une étape supplémentaire, mais nous ne serions pas autrement vexés que, sur un sujet grave, on fasse preuve d’un peu de précision dans le vocabulaire.
  2. Le Front National se prévaut de la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes ostentatoires dans les établissements scolaires et imagine qu’il en irait de même pour l’espace public : c’est oublier que s’il existe bien des écoles juives, il n’existe pas – plus – de trottoirs juifs.
  3. et je ne peux ici passer sous silence la décision rendue à l’instant par le Conseil d’Etat : on peut discuter son appréciation du risque de trouble à l’ordre public mais c’est, à tout le moins, le seul fondement valable. La question du burkini n’était pas une question de laïcité, mais d’ordre public et prendre ceci en compte aurait permis à certains d’éviter de proférer des absurdités, et de lutter contre la seule menace qui nous occupe
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