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Loi « anti-gay » en Ouganda: de quoi parle-t-on ?

Cahiers Libres - il y a 8 heures 29 min

Le 24 février 2014, Yoweri Museveni, président de la République d’Ouganda, a signé l’Anti-Homosexuality Act. Cette loi, votée en décembre dernier par le Parlement, pénalise lourdement les pratiques homosexuelles. La presse occidentale, qui martelait que seul Poutine était capable du pire en la matière, est effarée.

Il convient, plutôt que de gloser sur l’homophobie populaire en Ouganda, ridiculisée dans une vidéo YouTube devenue célèbre, de replacer cette loi dans son contexte, afin d’éclairer notre indignation sur les enjeux locaux.

L’Ouganda : un pays religieux, au pouvoir politique fort

Ancienne colonie britannique, indépendante en 1962, l’Ouganda a été marqué par les dictatures du sanglant Idi Amin Dada, de 1971 à 1979, et du moins connu Milton Obote, de 1980 à 1985. En 1986, le guérilléro Yoweri Museveni s’empare du pouvoir, et le conserve depuis cette date. Aujourd’hui, l’Ouganda est une puissance régionale montante de l’Afrique australe : peuplé par 36 millions d’habitants, disposant d’une économie en développement, le pays est doté d’une armée solide. Celle-ci permet au président Yoweri Museveni, surnommé le « Bismarck de l’Afrique », d’être l’arbitre et le faiseur de rois de nombreux conflits voisins.

Chrétiens à 85 % (40 % catholiques, 30 % anglicans et 15 % évangéliques), les Ougandais sont pieux. Des martyrs locaux font l’objet d’une dévotion particulière : Charles Lwanga et ses 21 compagnons. Ces derniers étaient des serviteurs du roi Mwanga d’Ouganda, convertis au christianisme. Ils furent brûlés vifs en 1886, pour avoir refusé d’abjurer leur foi, et de pratiquer des actes homosexuels (alors répandus à la cour royale). Canonisés par Paul VI en 1964, ils sont vénérés par les catholiques et les anglicans. La dévotion populaire pour ces martyrs, exécutés pour leur chasteté, explique en partie l’hostilité de principe de nombreux Ougandais à l’homosexualité.

Origines de l’ « Anti-Homosexuality Act »

En octobre 2009, une proposition de loi déposée au Parlement ougandais vise à criminaliser l’homosexualité. Le texte suggère de punir de mort les relations homosexuelles entre adultes et mineurs, et de prison à vie toute relation entre adultes. Le texte recommande également l’extradition et l’emprisonnement à vie d’Ougandais contractant des mariages gays ou unions civiles à l’étranger, ainsi que l’interdiction de la « promotion » de l’homosexualité.

Dénoncée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la proposition de loi ougandaise s’inspire paradoxalement du Code pénal de l’Empire britannique colonial, qui punissait les relations homosexuelles de prison (il est ainsi toujours en vigueur en Inde, et dans la plupart des pays d’Afrique australe). Autre paradoxe : les députés ougandais à l’origine du texte ont été influencés par des missionnaires évangéliques américains, venus prêcher sur la décadence morale des Etats-Unis, qu’ils attribuent à l’homosexualité.

Applaudie par la population, la loi « anti-gay » est toutefois soutenue pour des raisons diverses. L’Eglise anglicane ougandaise veut apparaître comme la gardienne des mœurs chrétiennes, face à ses concurrents protestants, les Eglises évangéliques, qui progressent en Ouganda. La loi « anti-gay » est également une arme des législateurs anglicans contre certains pasteurs évangéliques, accusés de dérives sectaires, et de viols sur mineurs. Le texte permettrait donc de les neutraliser, et de discréditer leurs communautés.

De leur côté, les parlementaires ougandais font de cette loi un symbole, qui leur permet d’exister dans l’ombre du président Yoweri Museveni. Le texte est aussi un moyen pour l’aile nationaliste du parti au pouvoir, représentée notamment par Rebecca Kadaga, présidente du Parlement, de peser contre ses opposants internes, en engageant un rapport de force avec l’Occident.

L’Eglise catholique seule contre tous

Alors que les Eglises protestantes soutiennent le texte, l’Eglise catholique s’est distinguée par son opposition. Lors de la messe de Noël 2009, l’archevêque de Kampala, Mgr Cyprien Lwanga, déclare que, si la pratique est un péché, la personne homosexuelle doit être accueillie avec respect, et non emprisonnée ou condamnée à mort. « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés », prêche alors l’archevêque, citant l’évangile de Luc. Son sermon est retransmis sur toutes les chaînes de télévision ougandaises, et apparaît comme la seule prise de position nationale d’importance contre le projet de loi.

L’Eglise catholique poursuit alors une position constante à l’échelle mondiale : elle condamne l’acte, mais pas le pécheur, et appelle à ne pas pénaliser l’homosexualité. Elle prévient toutefois que cette non-pénalisation ne doit pas s’accompagner d’une légalisation du mariage gay, et de pressions sur les Etats le refusant.

Entre 2009 et 2013, le projet de loi est mis en sommeil, sous la pression internationale. En décembre 2013, le texte est expurgé de la peine de mort, mais conserve une peine de prison de 7 ans pour relations entre adultes, et à vie pour relations entre adultes et mineurs. Le nonce apostolique à Kampala, Mgr Michael Blume, espère alors que le président Yoweri Museveni ne signe pas le texte : « nous prions que l’Esprit-Saint lui donne la sagesse ».

La crainte de l’ingérence occidentale

Le président ougandais a finalement signé l’ Anti-Homosexuality Bill, en ayant soin de préciser, à l’attention des Occidentaux : « les Africains ne cherchent pas à imposer leurs vues à tout le monde. Nous ne voulons pas que quiconque nous impose les siennes ». Une telle justification pour cette loi inhumaine ne tient pas, mais elle reflète un réel souci pour les sociétés africaines de se prémunir d’une ingérence occidentale pro-homosexuelle.

La légalisation en 2013 du mariage gay au Royaume-Uni et en France, deux puissances ex-coloniales encore très liées à l’Afrique, suscite l’inquiétude des Etats africains, qui craignent un « néo-colonialisme » occidental dans ce domaine. En outre, les aides financières apportées aux associations LGBT locales par les diplomaties américaine, néerlandaise et scandinave, ainsi que par de nombreuses délégations de l’Union européenne, contribuent également à raidir les autorités africaines, qui parlent de « promotion » de l’homosexualité.

Plus l’Occident met en scène et diffuse les revendications LGBT, plus les sociétés hostiles à l’homosexualité tentent de se protéger, par la violence et la force. Autre puissance de l’Afrique anglophone, le Nigéria a adopté une loi en janvier 2014 punissant de 14 ans de prison les relations homosexuelles, et interdisant par avance le mariage gay.

En réaction, de nombreuses voix en Occident appellent à couper les aides humanitaires aux pays concernés. Mais dans la plupart des cas, les associations gays locales n’en demandent pas tant. Celles du Ghana ont ainsi écrit au Premier ministre britannique David Cameron, qui menaçait en 2011 de sanctions les pays africains : « Dans un contexte général de violation des droits humains, où les femmes sont presque aussi vulnérables que les LGBT, où la santé et la sécurité alimentaire ne sont pas garantis pour chacun, mettre à part les problèmes LGBT renforce l’idée que les droits des LGBT sont spéciaux et hiérarchiquement plus importants que les autres droits ».

Cette loi « anti-gay » est grave, mais l’indignation occidentale ne doit pas  perdre de vue les conséquences d’une telle posture, qui peut être néfaste et contre-productive, pour les personnes homosexuelles sur place, et pour les pays africains.

Bougainville

Ce papier Loi « anti-gay » en Ouganda: de quoi parle-t-on ? a initialement été publié sur les Cahiers libres.

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N’ayons pas peur d’afficher nos accords avec l’Eglise

Cahiers Libres - jeudi 27/02/2014 - 20:00

“N’ayons pas peur d’afficher nos désaccords avec l’Eglise”, ainsi titre un “entretien du dimanche” du Progrès. Le théologien jésuite Joseph Moingt, âgé de 99 ans, était interrogé et il en est sorti un message qui ne nous a pas laissé de glace.

“Il est un drame. Et ce n’est pas le manque de prêtre. Il est que les fidèles n’ont pas la parole.”  Et pour remédier à ce drame il avance une proposition : “Des laïcs -hommes ou femmes- peuvent être chefs de leur communauté, en accord avec les prêtres et les évêques. Il est primordial de laisser les communautés de laïcs prendre des responsabilités.”

Sa proposition est intéressante, géniale même, sauf… qu’elle est mise en oeuvre depuis longtemps. Regardez les communautés comme l’Emmanuel, Sant’Egidio, Communion et Libération ou encore les Focolari. Elles sont toutes des communautés de laïcs dirigées par des laïcs. Et elles ont des responsabilités importantes dans l’Eglise : évangélisation, participation à la vie paroissiale, apostolat auprès des plus démunis. Leurs actions sont importantes, et elles ont un très grand nombre de membres. Il existe beaucoup de communautés comme celles-ci. Elles sont récentes car elles doivent beaucoup au concile Vatican II.

L’Eglise est aujourd’hui bien loin du cléricalisme. Aujourd’hui nous sommes entrés dans un âge où les laïcs sont des acteurs à part entière de l’Eglise. Il est dommage de continuer de soutenir que c’est l’inverse, car ce n’est pas exact.

Plus loin, Joseph Moingt dit : « Il y a tant à faire pour éviter que notre société se déshumanise. S’occuper des pauvres, des exclus, prendre position dans les débats publics.” Là encore il semble oublier le travail des millions de catholiques laïcs engagés, responsables d’organisations caritatives, d’ONG chrétiennes. Le Secours catholique, la Société de Saint de Vincent de Paul, l’Ordre de Malte1, le CCFD, l’OCH, l’Arche de Jean Vanier, et tant d’autres. Certes, il y a encore énormément à faire pour que le monde soit meilleur et c’est bien pour cela que l’Eglise nous appelle sans cesse à “construire la civilisation de l’amour ».

Et justement, si les catholiques se bougent autant c’est grâce au message de l’Eglise. Alors pourquoi Joseph Moingt nous invite à ne pas avoir peur d’afficher nos désaccords avec l’Eglise ?

Pour qu’il puisse y avoir un désaccord construit et pertinent, il faut d’abord connaître la position de l’Eglise. Nous faire connaître le magistère, c’est le rôle des théologiens. Joseph Moingt soutient que ceux-ci ont plutôt vocation à “faire bouger l’institution” et à “être les porte-paroles des laïcs”… Je ne peux être d’accord : si les laïcs ne connaissent pas le magistère, ses nuances, ses subtilités, ils porteront sur celui-ci un jugement inexact… bref nous aurons de tristes malentendus dans l’Eglise.

Etre en désaccord n’est pas forcément un problème. Ce qui est un problème c’est de critiquer ce que l’on ne connaît pas et ainsi émettre des jugements qui seront forcément erronés.

En matière de morale sexuelle par exemple, qui connaît la théologie du corps ? En matière de doctrine sociale de l’Eglise, qui connaît le discours sur l’écologie ? Une personnalité progressiste regrettait récemment le “silence” de l’Eglise sur l’écologie. Ce silence n’existe pas, l’Eglise a eu des positions fortes sur l’environnement ou sur des sujets comme les OGM ou le changement climatique. C’est un triste exemple de malentendus qui peuvent exister.

Le désaccord, construit, argumenté sur des bases solides, et réelles, est non seulement un droit… mais il est un devoir. Ce ne sont pas des théologiens rebelles qui le disent : c’est le code de droit canonique. Le canon 212 § 3 dispose que “Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des moeurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes.” Eh oui, les brebis du Bon pasteur ne sont pas des moutons de Panurge. Le droit de désaccord est aussi un devoir, à condition que cela se fasse dans le respect des personnes et sur une base intellectuelle solide. Le devoir de désaccord est trop important pour être fait à la légère.

Etre en désaccord n’est pas un problème… mais on peut aussi être… d’accord avec l’Eglise. Et il ne faut pas avoir peur d’afficher nos accords avec elle. Etre libre ne se limite pas à dire non à l’autorité. Le chrétien n’est pas un adolescent dominé par un esprit de contradiction lançant fièrement un “non” dès que le curé ouvre la bouche.

Etre libre c’est aussi librement dire oui à l’Eglise. Eglise qui n’est pas seulement une institution humaine, mais qui est avant tout le corps mystique du Christ. Nous sommes tous ensemble le corps du Christ, nous avons chacun une responsabilité. Les laïcs ont cette belle vocation d’être l’avant-garde au coeur du monde. Politique, société civile, monde du travail, famille, ce sont les laïcs qui ont en charge ces composantes de la société. Et c’est pour cela que l’Eglise elle-même nous envoie en mission au coeur de la société. Jean-Paul II ne dit pas autre chose dans son exhortation apostolique Christifideles laici

« Comme le Samaritain de l’Évangile : nous avons vu la société gisante hors de son chemin » disait Frédéric Ozanam, un laïc catholique que Jean-Paul II a béatifié aux JMJ de 1997 à Paris. Ozanam n’a pas passé son chemin, il s’est penché vers la France de 1848 qui connaissait une profonde misère. Une misère sociale dans les faubourgs, une misère spirituelle avec l’anticléricalisme et les débuts de la déchristianisation. Il a fondé une des premières organisations caritatives de laïcs, la société de Saint Vincent de Paul. Elle compte aujourd’hui un million de bénévoles dans le monde. C’est l’une des plus importantes ONG en nombre de bénévoles. Ozanam a aussi été engagé en politique en 1848, et il fut un intellectuel engagé avec le journal l’Ere nouvelle. Ozanam a été le précurseur de la doctrine sociale de l’Eglise et de Vatican II.

En envoyant les jeunes “construire la civilisation de l’amour” Jean-Paul II nous a donné Ozanam en exemple d’engagement des laïcs. Il est dommage que le père Joseph Moingt ne mentionne pas cet exemple, ni tous les autres. Il est dommage que des catholiques progressistes n’aient pas vu les merveilles de l’Eglise.

Je suis tout à fait libre de ne pas être d’accord avec l’Eglise et de le dire… Mais je suis aussi libre d’afficher mon plein accord avec le message qu’elle délivre aux fidèles laïcs : être le samaritain se penchant vers la société gisant sur le chemin, être missionnaire dans le monde… sans en être.

Charles Vaugirard

  1. qui existe depuis le Moyen-âge

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Pourquoi je me suis engagée en politique

Blog jeunes cathos - jeudi 27/02/2014 - 16:15
En vue des Municipales les 23 et 30 mars 2014, le Jeunes Cathos blog publie pour vous chaque semaine le témoignage d’un(e) jeune catho engagé(e) en politique ou dans la vie de la cité. Cette semaine, Alice, 27 ans, nous partage les convictions qui l’ont conduite aujourd’hui en position éligible sur une liste électorale en région parisienne.
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La loi morale naturelle, de quoi parle-t-­on ?

Cahiers Libres - jeudi 27/02/2014 - 10:00

La notion de loi morale naturelle est désormais controversée et rejetable pour nos oreilles « post­ modernes ». Les poils de nos oreilles se hérissent d’ailleurs au seul fait d’entendre l’expression, de sorte que, généralement, l’on veut tout de suite interrompre la discussion en se disant que l’on se trouve devant un catholique obscurantiste, probablement d’extrême droite, tant il est devenu évident que, à partir d’un penchant naturel – ou bien de l’observation de la nature – l’on ne saurait déduire une loi morale. De plus la nature se montre souvent cruelle, or l’éthique semble d’abord concerner le cœur ou la gentillesse, n’est­-ce pas ?

Notons d’abord que dans cet ordre d’argumentation on trouve le procédé très actuel que j’appellerais ici la réduction « ad Nazium », à savoir que dès que l’on parle d’une notion traditionnelle, l’on se rend automatiquement suspectable d’être un sympathisant d’extrême droite. Or ce n’est pas le cas, car l’on confond ici la réfutation « ad Nazium » avec celle « ad absurdum ». La première n’a pas tellement de valeur philosophique, mais exerce la figure rhétorique de persuasion. Au-delà de la rhétorique, essayons de voir le fond philosophique de l’objection : la difficulté d’articuler deux notions : la nature et la loi. Essayons de les exposer brièvement.

Amis traditionalistes, n’exultez pas trop vite, avant d’exposer le b.a.-ba de la philosophie réaliste sur la question, j’aimerais débuter mon propos avec une phrase importante de Léo Strauss, que tous ceux qui tentent de ressusciter des notions de la philosophie antique et médiévale ne devraient pas oublier :

« Nous voyons autour de nous deux camps hostiles, lourdement fortifiés et sévèrement gardés. L’un est tenu par les libéraux de divers acabits, l’autre par les disciples catholiques et non-catholiques de saint Thomas. Mais les deux armées, auxquelles s’ajoutent ceux qui préfèrent ménager la chèvre et le chou et ceux qui pratiquent la politique de l’autruche, ces deux armées, s’il est permis d’accumuler les métaphores, sont embarquées sur le même bateau. Tous sont des Modernes. Nous sommes tous aux prises avec la même difficulté. Le droit naturel dans sa forme classique est lié à une perspective téléologique de l’univers»1.

Cet avertissement étant posé, intéressons nous au sens du mot nature.

La signification du mot nature est compliquée, car la nature lie en soi deux notions extrêmes. La nature autour de nous, les paysages, les forets et les animaux ; celle-ci nous renvoie vers la notion écologiste et philosophique d’un tout. En même temps, on parle de la nature de l’homme et de la nature de l’âme, qui se trouve plutôt sur le registre de l’individualité. Comment peut-­on tenir toutes les réalités sur une même notion unifiée ?

Cela est possible grâce à la définition d’Aristote qui, au lieu de privilégier une approche, essaie d’embrasser une totalité. Le philosophe nous dit : « La nature est un principe et une cause du mouvement et de repos, pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par accident »2. Or cette définition est loin d’être claire, car elle suppose de connaître ce que signifient les mots principe, cause et surtout « le mouvement », qui sera l’objet de son étude à partir du livre III de la Physique. Que devons nous retenir ? D’abord que chaque être en mouvement possède une nature, qui est le principe et la cause de son mouvement. Or il ne s’agit pas ici principalement de mouvement du corps même s’il est évidemment inclus aussi dans la définition, mais surtout le mouvement qui vient de la forme de l’être. Autrement dit, la nature est liée avec ce que la chose est.

Lorsque l’on parle de la morale naturelle, l’on essaie de s’appuyer sur la morale qui se fonde sur la nature de l’homme, ce qu’il est véritablement. Car la nature n’est pas quelque chose à inventer mais quelque chose qu’on reçoit depuis la naissance. La seconde notion problématique est la loi, car aujourd’hui la loi est prise uniquement dans le sens positif, comme une règle admise par la majorité. Mais cela ne saurait être confondu avec le sens contenu dans l’expression « loi morale naturelle », car la loi n’est pas donnée par une autodétermination anarchique qui exprime le contrat entre deux ou plusieurs volontés libres. Thomas d’Aquin définit la loi ainsi : « La loi est une œuvre de la raison »3. Or la raison est un caractère fondamental de la nature humaine. La loi n’est ni une œuvre de la volonté, ni une œuvre de l’intelligence supérieure, mais bien l’œuvre de la raison pratique, qui mesure des actes humains pour atteindre une finalité. Quelle finalité ? Celle qui se trouve inscrite de caractère indélébile dans la nature humaine. Ainsi donc, lorsque l’on parle de la loi morale naturelle, on parle de la mise en œuvre par la raison de cette finalité donnée par la nature.

Mathias Siroky

Pour approfondir l’étude : le document de la Commission Théologique Internationale À la recherche d’une éthique universelle.

 

  1. STRAUSS Léo, Droit naturel et histoire, p.19.
  2. ARISTOTE, Physique, livre II, ch. 1. 192b.
  3. THOMAS d’AQUIN, Somme théologique, I II q. 90. a. 1. rep.

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mau ke mana

David Lerouge - mercredi 26/02/2014 - 16:01

Il est temps de donner un peu d’air à ma foi, Singapour, Batam, Bangka, Bali, Jakarta… histoire de contempler de quel feu se chauffe encore l’homme, au delà de nos cris du moment, de nos fors et surtout écouter des jeunes qui donnent un peu de leur vie. Jika punya waktu di situ, pasti kita bisa ketemu. kirim email saja!... Lire mau ke mana

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Mon chemin de foi en Centrafrique

Blog jeunes cathos - mercredi 26/02/2014 - 14:43
Alors que la guerre continue ses ravages en Centrafrique, Anne-Sophie témoigne de l'Eglise qu'elle a connue pendant son volontariat en 2007 et de son chemin de foi décapant. "Si je devais résumer mon expérience de foi en Centrafrique, je dirai que, d’une grande intensité, elle fût autant déstabilisante qu’enrichissante, autant source de souffrance que de joie profonde."
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L’Eglise cherche-t-elle vraiment Dieu ?

Cahiers Libres - mercredi 26/02/2014 - 10:00

Il y a quelques jours, je lisais un article d’Aymeric Christensen, dans La Vie, sur un catholicisme qui serait poussé à s’assumer comme contre-culture. Le propos était intéressant bien sûr, mais je fus pris d’une certaine lassitude. J’eus le sentiment que nous tournions en rond dans des débats sans fin.

Ce thème de la contre-culture est le développement contemporain du grand débat sur le « mode de présence au monde », décliné depuis plus de 50 ans. Nous avons eu les catholiques de l’enfouissement, nous aurons maintenant les catholiques de contre-culture. Avec probablement les mêmes désillusions.

Au fond, quel est le contenu réel de la question du « mode de présence au monde » ? Le monde n’est pas le même pour un Français de la classe moyenne et pour un Indien des basses castes. Et même dans un contexte identique, il y a mille manières de le voir et de l’appréhender.

Chaque fois, on croit trouver le fil à couper le beurre. « Il faut dire la foi avec les mots de notre temps », dit-on par exemple. La belle affaire ! Et quel langage parlons-nous déjà sinon celui de notre temps ? « Il faut aller vers le monde », dit-on encore. Mais nous vivons déjà de plain-pied dans ce monde, tant il est vrai que bien peu de privilégiés se paient le luxe d’être Amish…

Et diverses considérations de s’enchaîner : pour servir la nouvelle évangélisation, l’Eglise doit être « davantage ceci et moins cela » ; les catholiques doivent se comporter « comme-ci et pas comme ça ». J’ai un peu l’impression d’une Eglise à la recherche d’une quadrature du cercle qu’elle ne trouvera jamais ; ou encore d’une Eglise édictant un code de comportements à usage interne. Pitié ! De l’air ! J’étouffe dans cette Eglise-là !

Cherchant un peu d’air frais, je me suis remémoré ce que m’avait dit récemment un ami prêtre et qui m’avait troublé : « Ce qui est fondamental, ce n’est pas la nouvelle évangélisation, c’est d’être ce que nous sommes. » En effet, quelle est notre identité fondamentale ? Quel est cet « être catholique », en tout temps et en tous lieux ?

Notre « être catholique », nous ne nous le donnons pas à nous-mêmes au gré des circonstances sociales et historiques, par la force de nos raisonnements. Seul Dieu peut nous le donner par sa grâce. Que nous cherchions vraiment Dieu avec l’Eglise dans notre quotidien le plus ordinaire et les mots nous seront donnés, et les comportements avec. Chacun selon sa vie, son histoire, son tempérament, ses goûts, ses choix, chacun selon sa liberté intérieure ; et non chacun formaté par le moule clérical.

Finalement, l’Eglise ne souffre-t-elle pas davantage dans son mode de présence à Dieu que dans son mode de présence au monde ? L’Eglise cherche-t-elle vraiment Dieu de toute son âme ? Pour moi, c’est une vraie question.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 21 février 2014

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Carême : faire une retraite ?

Blog jeunes cathos - mardi 25/02/2014 - 14:16
La période du Carême est propice à prendre du temps pour soi et à élargir son espace intérieur. Qu’est-ce que je veux ? Quel est mon désir profond ? François a fait en décembre dernier une retraite selon les Exercices spirituels de Saint-Ignace et nous en partage les fruits.
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