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Je hais les débats (1)
L’Homme Nouveau sera pluriparental
Sean est un sacré brave gars. Déjà, il a une vraie bonne gueule, un bel arbre, une famille unie et tout le monde sourit. En plus de cela, comme il n’a pas voulu séparer les enfants de sa femme de leur père, il a entamé une « third-parent adoption« . Parce qu’il voulait « faire passer le message aux enfants qu’ils étaient [ses] enfants« . Cet homme est amour.
L’article le précise, donc : « but because they maintained close ties with their biological father, who now lives in California, Mr. Kane did not want the court to sever that legal relationship« . Comme ces choses-là sont dites… Ils maintenaient des liens avec leur « père biologique». Bref, avec « leur père», non ? Il n’a pas voulu que la Cour tranche cette « relation juridique ». Et un poil charnelle, non, la relation ?
On pourrait s’étonner d’ailleurs de cette négation de la « biologie », du lien corporel, charnel. Il faut dire qu’il est introduit par le vocabulaire employé. On commence toujours par le vocabulaire, et par les images, les représentations. Prenez le terme d’ »homoparentalité», utilisé par tous. Il n’est pourtant pas neutre. Il se nourrit de la parentalité, terme assez indéfini, qui recouvre en somme toute la parenté sauf sa portée charnelle et qui permet de placer sous l’onction parentale l’affection d’un adulte pour un enfant dont il s’occupe. Etant ainsi parvenus à détacher la parentalité de la parenté, chacun peut en être revêtu. Nous voilà disposant d’un concept permettant d’attribuer à des personnes les attitudes ou qualités des parents, sans lien biologique. L’attachement au lien biologique devient même suspect, presque maurrassien. Non seulement on ne lui donnera pas le primat, mais on tendrait presqu’à le trouver inférieur : ce n’est qu’un lien de nécessité, pas un lien électif, ce qui ne manque pas de transparaître dans certaines positions.
Mais revenons à notre sacré brave gars : on lui sait gré de sa générosité. Pensez donc, il n’a pas voulu que la Cour sépare des enfants de leur père. Leur vrai père, leur unique père. Putain, Sean, give me a hug, t’es un gars trop cool ! L’article est d’ailleurs illustré par une belle photo de famille. Elle ressemble d’ailleurs étonnamment à celle de la famille traditionnelle, comme s’il fallait rassurer, et le père qu’on n’a pas voulu écarter en est absent. Après les mots, même les images cachent la réalité.
Notre Sean Kane est un fier représentant du nouveau monde. Ce Nouveau Monde, cet Homme nouveau que l’on forge, il passera aussi par la pluriparentalité.
Avec le trouple, vous en rîtes, comme d’une éventualité farfelue. A tort : elle est sérieusement à l’étude en Californie, patrie de Pamela Anderson, du porno et du progrès sociétal. Or, comme nous sommes ontologiquement et statutairement en retard sur la Californie, les Pays-Bas et la Belgique - à croire d’ailleurs que l’Homme français n’est pas encore pleinement « rentré dans l’Histoire » – il faut bien commencer à s’y intéresser.
Une maman, deux papasSean Kane en est un exemple : les enfants de sa femme devraient donc avoir désormais trois parents, dont deux pères.
Pourquoi faut-il absolument que Sean Kane soit déclaré « père», qu’il intervienne – quoi qu’il en dise – en concurrence avec leur père ? C’est assez mystérieux1. Qu’une personne, homme ou femme, se voie reconnaître des droits pour faciliter la vie quotidienne, pourquoi pas. Mais pourquoi faut-il nécessairement en passer par une reconnaissance de la personne en tant que « père » ou « mère » ?
Sean Kane présente d’ailleurs une vision surprenante de cette famille aux enfants de sa femme : il voulait, dit-il, leur « faire passer le message qu’ils sont ses enfants ». Eh bien, non, Sean, ils ne ke sont pas. Ca ne t’enlève en rien la possibilité de leur faire passer le message que tu les aimes énormément, que tu les aimes comme tes propres enfants, tu peux même le leur démontrer, mais sans travestir la réalité.
Si j’osais, je vous dirais que cette propension à appeler un chat un chien ne laisse pas de m’inquiéter. Surtout lorsqu’elle trouve une consécration légale.
Si l’on passe outre l’un des points les plus dérangeants de ces initiatives – le fait de faire vivre des enfants dans une fiction juridique – cette expérimentation présente encore quelques limites pratiques.
A titre d’exemple – et au point où j’en suis, vous ne m’en voudrez pas de faire vieux con – le jour où, non content d’avoir épousé ma femme, un gars se met en tête de m’opposer ses droits sur mes propres enfants, moi le père seulement biologoqiue, je ne vous promets pas de bien le prendre.
On citera aussi le cas du divorce, comme le relève une juriste dans l’article : s’il passait à la femme de Sean l’envie d’être fidèle à un autre homme (ne dénigrons pas les « fidélités successives« ), il faudra donc régler les modalités de la séparation et les droits de Sean sur les enfants de l’autre. Des droits de visite et de garde qui pourront d’ailleurs entrer en concurrence avec ceux du père, le biologique. Sans parler de l’hypothèse dans laquelle la femme de Sean rencontre Bruce, un solide gaillard, blond, souriant et tout amour, auquel viendrait l’idée de faire passer le message aux enfants de madame qu’ils sont ses enfants…
Deux mamans, deux papasLà-bas aussi, on explique que la société a évolué. Et si Sean Kane est en illustration, l’article est aussi l’occasion d’évoquer le cas de Bill Delanay. Pour nous montrer l’évolution de la société, le New York Times est allé dans une ville dont chacun connaît la représentativité sur le plan des moeurs : San Francisco.
Bill Delanay est le papa de deux petites filles. Enfin, pas vraiment, et c’est là que la pluriparentalité fait son office. Les deux petites filles n’ont, en fait, pas de papa. Bill est le papa biologique, pas le papa juridique. Juridiquement, elles n’ont que deux mamans.
La Californie a donc déjà atteint un stade avancé de construction d’un Homme nouveau. Aux yeux de l’Etat de Californie, ces petites filles sont juste issues de deux mamans, et leur père n’existe pas.
Aussi bien, pour qu’une absurdité vienne pallier une autre, ce cas est cité en exemple pour que ces petites filles retrouvent un lien avec leur papa. « He said his becoming a legal parent would give the whole family a greater feeling of security » : on aurait pu commencer par ne pas l’en priver, notez… Enfin, si l’on abstrait de son cas, on note que l’addition de parents devient un moyen d’accroître le sentiment de sécurité. A supposer que cette motivation soit sincère, on peut se demander ce que cela évoque encore de notre « société de la maîtrise »2.
Deux mamans, le reste on sait pasEn Belgique, patrie de la haine inter-communautaire, des crises gouvernementales et des avancées sociétales3 sur laquelle nous devons confesser notre retard, un « arrêt favorable aux couples lesbiens » (selon le titre de la RTBF) a été rendu jeudi dernier.
On aurait pu souhaiter qu’il soit avant tout favorable aux enfants concernés, mais le plus important pour la RTBF est manifestement que cet arrêt soit favorable aux couples lesbiens. D’ailleurs, le seul fait qu’il s’agisse de couples lesbiens a manifestement conduit la RTBF à considérer que l’arrêt ne pouvait qu’être positif et donc favorable, allez savoir pourquoi. En bref, la Cour constitutionnelle rejette la possibilité pour une mère biologique de s’opposer à la demande d’adoption de son enfant formulée par son ancienne compagne avant leur séparation. Les couples lesbiens ont donc les mêmes emmerdes que les couples hétérosexuels : j’imagine que c’est là qu’il faut trouver le progrès. Ceci mis à part, je peine à trouver l’élément favorable.
Les faits sont les suivants : L.G. et A.L. se sont mariées à Embourg, le 19 juillet 2008. Leur mariage a duré deux ans. Entretemps, le 5 septembre 2009, A.L. a donné naissance à une fille, suite à une procréation médicalement assistée (probablement fondée sur un projet de vie à long terme dûment vérifié…) et dans le cadre d’un « projet de coparentalité« . Un an plus tard, le projet de vie prenait déjà l’eau et A.L. quittait le domicile avec sa fille.
Voilà une enfant qui n’aura pas de papa et deux mamans divorcées, et en conflit dont une qu’elle n’aura pour ainsi dire pas connue. La décision de la Cour est en tout cas explicitement prise « dans l’intéret supérieur de l’enfant« . Moi, de toutes façons, ça fait belle lurette que je suis largué et que j’ai perdu de vue l’intérêt de l’enfant….
*
Il n’y pas si longtemps, certains expliquaient être revenus de leurs expériences soixante-huitardes. Ils concédaient être allés un peu loin, avoir un peu négligé les conséquences sur les enfants. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube de nouvelles expérimentations.
Comme d’autres idéologies auparavant, l’idéologie moderne4 redéfinit la réalité. Elle redéfinit le mariage, redéfinit la parenté, elle redéfinit l’Homme. Elle renomme, elle mélange, elle tente.
Au milieu de tout cela, du haut de leurs quatre, cinq, six, sept ans (et encore à l’adolescence), avec leur propre regard, il faudra bien que les enfants fassent preuve de l’agilité d’esprit qu’on leur prête pour se retrouver dans les nouvelles réalités qu’on leur aura construites. Il faudra qu’ils s’abstiennent de remettre en cause par un mal-être quelconque le festival inventif qui aura réjoui leurs parents et certaines majorités politiques confites en dévotion devant la modernité. A moins bien sûr que je ne fasse fausse route, et qu’une société à tous égards déstructurée ne se porte comme un charme.
- on nous explique qu’il veut pouvoir retirer les enfants de l’école. C’est une étonnante motivation pour demander à être père, que l’on ressort assez souvent. Soit dit en passant, en tout cas, chez moi, il suffit que je signe une autorisation, éventuellement même pour l’année
- il me prend parfois l’impression que notre société gâtée, terrorisée par le risque et incapable d’abandon, s’entretient dans une quête illusoire, mais pas moins effrénée pour autant, de maîtrise
- oui, je sais, c’est un peu violent, mais je n’ai pas pu m’en empêcher
- de façon révélatrice, le Front de gauche et ses gros sabots soulignent que l’on est encore là dans cette quête stupide de modernité – «Ce n’est pas le signe de modernité et l’image du Front de gauche que l’on veut donner» - comme si la modernité était un critère, en lieu et place de la vérité
Tant que vous y êtes, restez-y
Science et Charité
Lendemains de fête
Sauver n’est pas jouer
Chrétiens, n’hésitons pas à demander plus de transparence !
Peut-on baptiser les enfants de couples homosexuels ?
Frères
Combien de visages croisés pendant trois jours ? Combien de sourires ? Combien de regards ? Ceux des quelques cinquante pères de mon chapitre, ceux des quelques mille pères qui ont convergé à Vézelay, à partir de samedi soir. Mille pères, mille frères. Mille visages bienveillants.
Aussi quelques vaches. Et un lapin.
Deux ans après ma première participation, j’ai participé une troisième fois au Pèlerinage des pères de famille à Vézelay. Je prie toujours autant des pieds. Privé de chaussures de marche cette année, j’ai aussi prié des chevilles. C’est le signe que ça progresse : après les chevilles, les hanches et quand les entrailles seront touchées, puis le coeur et la tête, ce sera le bonhomme dans son entier qui sera capable de prier.
Frères, oui, parce que c’est bien cette fraternité concrète qui m’a marquée. Fraternité qui vous conduirait presque à en prendre certains dans vos bras, quand vos mots ne pourraient pas dire votre amitié. Quand, lors de la présentation commune, celui qui a plaisanté toute la journée confie au groupe qu’il a perdu sa femme. Quand l’un évoque ses difficultés professionnelles, qu’un autre confie la mort de son enfant ou la difficulté d’en avoir un. Quand vous retrouvez un ami trop longtemps perdu de vue. Quand ensemble nous prions pour celui qui nous a quittés, et pour les intentions qui nous ont été confiées. Quand, aussi, nous rendons grâce simplement pour nos familles, et pour la grâce d’être là ensemble.
Fraternité encore lorsque certains soutiennent ceux qui ont plus de mal à avancer, restent avec tel pèlerin qui, du haut de ses 76 ans, a accompli pratiquement toutes les étapes de ce pèlerinage qui sollicite les pieds des plus fringants.
Fraternité dans le partage. Partage des sticks de café, des saucissons et des bouteilles. Partage des réflexions autour de notre thème commun « Si tu savais le don de Dieu« , issu de cet évangile dans lequel le Christ s’annonce (et s’annonce comme le Messie pour la seule fois de l’évangile selon Saint Jean) à la Samaritaine : une femme, non-juive, et aux moeurs légères, comme le signe de l’universalité de la Bonne Nouvelle à partager. Encore une fois, voilà les femmes au premier rang de la Révélation : encouragement à regarder nos femmes avec une attention renouvelée ?
Fraternité dans la franche poilade aussi. Le cilice et le martinet sont restés à la maison, gardés par nos femmes enserrées dans leurs ceintures de chasteté - désolé : c’est #InquisitioStyle. Le catho rit quand il (se) brûle, mais pas que.
Mais surtout, surtout, cette fraternité dans les échanges de paix lors des messes de samedi soir et de dimanche. Ils ne sont pas protocolaires, dictés par le voisinage sur un banc d’église, ces échanges de paix. Dans la poignée de mains, et dans le regard, aussi sobres soient-ils, c’est bien la « paix du Christ » que nous voulons nous échanger. On déconne, on se vanne et puis il y a cet instant dans lequel on se dit sans un mot ce que l’on partage, et le bien que l’on veut pour l’autre. Je garde ces poignées de main et ces regards en souvenir précieux de ce pèlerinage. « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35, sans oublier, certes, Matthieu 5, 47).
Lundi, c’est une drôle de séparation que vous vivez. Arraché à Vèzelay, précipité de nouveau dans le monde.
Mais avec plus de frères que vous n’en aviez trois jours auparavant.
Et l’intuition, soufflée par l’aumônier, que seule une paternité commune permet cette fraternité.
